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 Jaxon Corporation (Maddison)

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Adam Tenseï
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MessageSujet: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 21 Aoû - 13:36

— Je n’ai rien compris.
— Hmm… Disons que pour assurer la montée du cours de l’action, la compagnie A doit montrer sa stabilité financière. La stabilité financière n’est pas toujours calculée par les investisseurs : ce qui compte, c’est que certains critères soient satisfaisaits. C’est une question d’apparence. On construit une compagnie B dont les investissements sont censés sécurisés les actifs de la compagnie A en les protégeant des fluctuations. Pour que ça fonctionne, il faut que l’argent de la compagnie B vienne d’un circuit distinct de celui de la compagnie A. En pratique, ça fonctionne très bien. Mais en théorie, il suffit qu’une partie de l’argent de A soit investi dans B pour donner l’apparence d’actifs sécurisés.
— Mais… ?
— Mais à la moindre difficulté, la pyramide s’effondre.
— Quel intérêt alors ? Vendre ses stocks tant que le cours est haut ?
— Non. Vendre même une partie des stocks enverrait un message négatif aux investisseurs et provoquerait l’effondrement. L’intérêt, pour les exécutifs, c’est de toucher des bonus pendant quelques années et de se retirer. À ce moment, ils auront ont fait assez de profits pour couvrir leurs pertes lors de l’effondrement.
— Mais les autres auront investi en pure perte.
— Exactement.

Adam hocha la tête.

— Merci de votre patience, Mrs. Winford. Surtout après…
— Ne vous excusez pas.

***

Adam observait le schéma sur le paperboard de son bureau.

— Elle me regarde, elle me demande, elle part s’asseoir par terre contre le pneu de la voiture. Pourquoi…

Il pointa du doigt le siège passager.

— Pourquoi ne pas s’asseoir ici. C’est aussi près, plus confortable, pas besoin de se relever. Là où elle était avant. Moins de décision. C’est pas c’que tu ferais, toi ? Si tu venais d’utiliser ton pouvoir ? Chercher la solution la plus simple.

Il jeta un regard à Salem.

— Ou alors… Les phares de la première voiture vont par là. De la seconde ici. Les lampadaires. Tu crois que c’est à cause de la lumière ?

Nouveau regard. Adam secoua la tête et rejoignit son fiancé, pour le saisir par les hanches et l’attirer contre lui.

— Tu sais quoi, je ferai ça plus tard. On commande une pizza et on regarde le match ?

***

— Oui bonjour… Junichiro Watanabe à l’appareil, du Kyoto Economics Journal. Je conduis des entrevues avec des administrateurs financiers américains, dans le cadre du projet Asiamérique du Groupe Universitaire Conjoint en Économies. J’aurais aimé savoir si Ms. Fieldam aurait pu m’accorder un peu de son temps précieux.

***

Adam retira le bracelet en cuir noir gravé du nom « Salem » et rajusta le nœud de sa cravate avant de jeter un coup d’œil à sa montre. Il avait cinq heures avant l’heure du rendez-vous décidé avec le secrétaire de Fieldam à Jaxon Corp. Cinq heures pour s’assurer d’une dernière précaution et mettre la touche finale à son plan. Cette fois-ci, et comme souvent, les choses étaient beaucoup plus compliquées qu’un simple sauvetage dans une ruelle mal famée et Adam avait déployé tous ses talents pour tisser patiemment sa toile autour de Jaxon Corp. Il s’agissait désormais de ressembler les fils.

Le devin sortit de la voiture, jeta le sac à dos sur son épaule et traversa la rue déserte qui menait à la résidence étudiante où vivait Maddison. Il avait téléchargé l’emploi du temps de la section de la jeune femme sur le site de l’université, avait récupéré pas très légalement la liste des élèves et s’était assuré qu’elle n’avait pas cœur à cette heure-ci. Il espérait simplement qu’elle se trouverait chez elle : faire appel à un mutant localisateur était toujours possible, mais il n’avait pas de temps à perdre.

Le mutant pénétra dans le bâtiment et harponna au passage un jeune homme qui relevait son courrier dans des boîtes aux lettres en ferraille à l’aspect peu engageant.


— Je cherche la chambre de Maddison.

L’étudiant le dévisagea de la tête aux pieds.

— Vous êtes un témoin de Jéhovah ?
— Pas vraiment. Un ami.

Le type haussa les épaules.

— Deuxième étage. Y a les noms sur les portes.

Sans prendre la peine de le remercier, Adam s’engagea dans les escaliers, suivit du regard par l’étudiant, qui observait ce curieux Asiatique en costume-cravate avec son sac à dos. Le curieux Asiatique en question était bientôt arrivé au deuxième étage. Il parcourut du regard les noms sur les portes. Maddison Perterson. Le jeune homme frappa et, quand la porte s’ouvrit, il interrogea de but en blanc :

— Tu sais marcher avec des talons hauts ?

Avant de jeter un regard à l’intérieur de la chambre d’étudiant et de compléter à rebours :

— Bonjour.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 21 Aoû - 14:38

Dans L’affrontement, un passage explique que : La dignité passe par le sentiment qu’on a de son utilité. La culpabilité a ce quelque chose de destructeur, on se perd quelque part sans savoir comment retrouver la sortie. On tourne, on cherche encore et encore mais toute la confiance qu’on avait en soi, à un moment donné de sa vie, nous échappe. On ne se sent plus capable, on ne sait plus pourquoi on est là, on doute de tous les projets qu’on a pu faire. Et puis on comprend qu’il y a deux issus, celle de baisser les bras en abandonnant et, celle qui nous permet de nous relever en retrouvant son chemin. Retrouver cette confiance qu’on avait en soi, recommencer à croire qu’on a, nous aussi, une utilité. Cette utilité qui, utilisé à bon escient, nous permettra de retrouver ce que l’on a été, ce que l’on a voulu être. Etre utile n’est peut-être qu’un moyen permettant de se donner bonne conscience, de se rappeler ce qu’on a fait dans les moments de doute mais, c’est aussi comme ça qu’on avance.

Son coude sur le plan de travail, assise sur un tabouret, Maddison est plongée dans un des livres qui lui sert pour ses études. Stabilo et post-It près d’elle, elle marque des pages, souligne des passages, engrange des informations en essayant de ne pas se laisser distraire par les bruits qui viennent du campus. Elle tourne une page, lis la première phrase mais son esprit décroche la ramenant à l’autre soir. Elle s’en souvient, un tas d’interrogations en ont découlés. Elle s’en veut, forcément. De toute façon elle a la sensation de savoir faire que cela depuis un moment. Ca l’énerve, ce n’est pas ce qu’elle veut être. Devant les gens, elle donne le change, elle est l’étudiante normale mais, il lui suffit de se retrouver seul pour se remettre à cogiter. Un jour, elle le sait, elle devra régler ses problèmes de fond. C’est juste qu’elle n’en a pas le courage. Pas encore.

Elle relit cette phrase qu’elle n’a pas comprise, sans plus de succès. Dans un soupir, elle le referme. Ca suffit pour aujourd’hui. Elle se prépare un thé qu’elle prend avec elle jusqu’à son canapé, qui lui sert de lit quand elle a le courage de le déplier. Assise sur ses jambes, la tasse posée sur la table basse, elle ouvre ce petit carton, cette boite magique – comme lui avait dit sa grand-mère – qui contient des histoires qu’elle est la seule à avoir lu. Elle, et la personne qui les a écrits. Ça lui redonne toujours le sourire, sans réellement savoir pourquoi, peut-être à cause de cette héroïne qui a les même traits qu’elle. Elle se voudrait aussi courageuse qu’elle. Oh, ce n’est pas qu’elle en manque, c’est juste une histoire de manque de confiance, elle le sait bien. Naïvement, elle espère que ses études lui servent, qu’elle pourra faire partie de quelque chose lui donnant l’impression de servir à quelque chose.

Sa lecture, qui lui donne le sourire, s’interrompt quand on frappe à la porte. Avec toute la précaution du monde, elle range ses histoires dans sa boite, qu’elle repose sous la table basse avant de se lever. Elle s’interroge sur la personne qui se trouve derrière la porte mais, elle sait qu’il y a qu’une façon de savoir qui vient la voir. Elle parcourt, les quelques mètres qui la séparent de sa porte, réajuste son t-shirt carrément trop grand, trop long, à l’effigie d’une double trilogie : Star Wars. Ce t-shirt qui, tellement long, pourrait presque recouvrir le short qu’elle porte. Ce n’est pas la tenue adéquate pour recevoir quelqu’un mais, elle imagine un ami, un étudiant, qui se ficherait pas mal de sa tenue. Elle remet une mèche de cheveux derrière son oreille, la rebelle s’est échappé du reste des cheveux tenu par un pinceau. En temps normal, les pinceaux faisaient de très bons élastiques, la méthode avait été testée et approuvée depuis longtemps par l’étudiante.

Elle est devant la porte qu’elle ouvre sans attendre, son regard se lève et ses yeux s’agrandissent. Le costume d’abord. Ce n’est pas un étudiant et elle commence à se dire qu’elle aurait dû enfiler autre chose. Le visage, ensuite, elle s’étonne. Adam… La personne qu’elle n’a pas mise sur sa liste de visiteurs potentiels. Elle bloque, un instant. Instant qui dure un peu plus quand il pose une question qui sort de nulle part. Dans un réflexe, elle baisse les yeux sur ses pieds nus puis relève les yeux, interrogative et étonnée quand il se décide à commencer par le commencement.

_ Salut.

Elle tient la porte dans sa main et commence à se dire qu’il est peut-être temps de faire autre chose que de rester planté là comme un poisson qu’on vient de sortir de son bocal. Elle secoua la tête, une fois, pour se replacer les idées, connecter ses neurones entre eux et prendre conscience de la situation.

_ Je cours un marathon tous les jeudi matin en talon.

Ce n’est pas vrai mais ce n’est pas un mensonge, juste la première phrase qui lui est venue. De l’humour, de l’ironie, parce qu’elle ne comprend pas la raison de cette question. Elle ne comprend pas non plus pourquoi il est là, elle en est un peu gênée. Et, pendant qu’on y est, elle ne comprend pas l’épisode qu’elle a manqué, celui où ils étaient passés du vouvoiement au tutoiement. Ça ne lui pose pas de problème, ça l’étonne, c’est tout.

Que ses amis puissent la voir comme Adam l’avait vu n’était pas un problème, ils la connaissent en dehors de ces épisodes. Avec Adam, c’est différent, il ne la vue que de cette manière, pas la meilleure image qu’elle peut offrir à quelqu’un. C’est ça qui la gêne un peu. Elle fait avec, lâche sa porte qu’elle ouvre en grand avant de balancer le pouce derrière son épaule. La tenue qu’il a, aussi, a quelque chose d’impressionnant. Il parait jeune, le costume/cravate, c’est… Inhabituel.

_ Vo… Tu veux entrer ?

Elle se pousse sur le côté pour donner un accès à son logement d’étudiante dans lequel elle porte un regard avec une légère grimace.

_ Désolée, c’est un peu le bordel.

Propre mais bordélique, des livres, des notes, des feuilles volantes un peu partout. C’est tout ce qui peut être distinctif dans son appartement. Pas de photo de famille, pas de photo d’amis ou de petit ami. Elle le laisse entrer, si Adam le désire, et bien qu’elle sait que la politesse veut qu’elle lui demande s’il désire quelque chose à boire, c’est une tout autre question qu’elle a en tête et qu’elle ne peut s’empêcher de poser.

_ Qu’est-ce qui me vaut cette visite ?

La logique l’entraine à penser qu’il vient pour s’assurer qu’elle va bien mais cette raison est écartée aussi vite. Elle ne colle pas avec la première question qu’il a posée en arrivant.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 21 Aoû - 15:47

La surprise de Maddison ne parut pas effleurer Adam. Mais le jeune homme avait l’habitude de prendre ses interlocuteurs au dépourvu : c’était inévitable — il avait toujours un train d’avance et un train de retard, et son propre décalage, il le cultivait soigneusement. Il n’étudiant pas les sciences du comportement à l’université, mais il les avait étudiées sur le terrain et la manipulation était devenue chez lui une seconde nature. Sans se faire prier, il entra dans le petit logement de sa protégée.

Tandis qu’il promenait son regard sur les lieux, sur tous les objets, les meubles, du sol au plafond, il laissa glisser la bretelle de son sac à dos sur son épaule. Le sac tomba au sol dans un bruit sourd, Adam enfonça les mains dans les poches de son pantalon de costume et il se mit à déambuler dans la pièce, s’arrêtant devant les étagères pour parcourir des yeux les titres sur la tranche des livres, devant le bureau pour déchiffrer quelques lignes d’une feuille qu’on avait abandonnée là.

D’une voix distraite, occultant totalement la dernière question de Maddison, il confessa :


— J’suis pareil. Toujours… Désordonné. Mon bureau est comme ça…

Geste de tête vers le tas de feuilles volantes.

— En pire.

Il attrapa le livre que Maddison avait été en train de le lire et se mit à le feuilleter négligemment.

— Salem, lui, évidemment, c’est tout le contraire. Besoin que chaque chose ait une place. Très millimétré. C’est plus reposant.

Il ouvrit le livre à un chapitre.

— « Produire, lire et exploiter les résultats d’un MMPI ». Hmm. J’ai passé ce test. Au lycée. C’était…

Il haussa les épaules et reposa le livre sur le bureau, avant de détailler Maddison des pieds à la tête. Il y avait du travail. Mais le rapide tour du propriétaire lui confirmait, en gros, ce qu’il avait espéré : pas d’effets personnels, du travail et que du travail, pas vraiment d’endroit où se détendre. La jeune femme lui avait confié, quand ils s’étaient rencontrés, quelques jours plus tôt, qu’elle cherchait à se rendre utile, à fonder ses intuitions, à faire quelque chose, et, de toute évidence, sa vie avait besoin d’être remplie par un peu plus que les surligneurs multicolores et les pages de notes.

Tout à fait ce qu’il lui fallait.


— J’pensais qu’on pourrait aller se promener, un peu. Prendre l’air. Voir la ville. Sauver le monde.

Adam regarda un instant sa montre. Dans les temps.

— …une petite partie du monde, disons…

Il tendit le cou pour regarder, dans un coin de la pièce, le placard, hélas fermé, où il supposait que Maddison rangeait ses vêtements. Les talons hauts, c’était un bon début, mais avec le mini-short et le tee-shirt de geek, ça risquait d’entamer un peu la crédibilité de son acolyte. Adam avait supposé machinalement qu’elle devait avoir une tenue stricte, pour… les entretiens d’admission ? les grands oraux ? Quelque chose dans ce goût-là. Tous les étudiants devaient avoir ça. Sans doute.

Il fixait le placard depuis une ou deux secondes en silence, lorsqu’il interrogea, toujours manifestement dépourvu de sens de l’à-propos :


— Tu as un tailleur ? Ou, à défaut, quelque chose de plus… de moins…

Il fit un geste de la main qui englobait de haut en bas la tenue pour le moins casual de la jeune femme.

— Disons, de plus professionnel.

C’était presque diplomatique de sa part. Certes, lui, il passait son temps à se promener en sous-vêtement dans son appartement quand il était sûr de ne pas recevoir de la visite, sans beaucoup se soucier de ce que pouvait en apercevoir les voisins d’en face, alors il était mal placé pour critiquer les tenues confort de ceux aux portes desquels il venait frapper sans prévenir en plein milieu de la journée, mais pour l’heure, c’était de la garde-robe de Maddison dont il était question.

Il précisa :


— Parce que sinon, va falloir qu’on trouve un magasin de vêtements.

Définitivement, il avait l’air de l’inattendu : la visite, les questions et les propositions. Comme si cela coulait de source, il rajouta :

— Là où on va, on aura besoin de quelque chose de… Strict. Un peu. Pour donner le change. T’as déjà fait du théâtre ?

Depuis quelques secondes, en posant ses questions, il n’avait pas détourné le regard de celui de Maddison. Il ne savait pas détecter les mensonges à coup sûr, mais il y avait dans ses yeux perçants, dans ses yeux noirs et insondables d’Asiatique, un calme froid et analytique qui jurait avec son comportement aux allures désordonnées. C’était un test, c’en était presque évident : Adam voulait déstabiliser Maddison, l’énerver pourquoi pas, observer la manière dont elle réagirait à cette invasion inattendue et incompréhensible.

Parce que la suite de ses projets était beaucoup plus complexe à gérer qu’un visiteur indésirable et Adam n’était pas du genre à se lancer dans des opérations compliquées sans s’assurer quelque peu des capacités de ses partenaires.

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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 21 Aoû - 16:42

Elle commence à se demander si elle n’a pas oublié une partie de la soirée, voire une autre soirée dans son intégralité. Elle n’a jamais vu quelqu’un entré aussi facilement, avec autant d’aisance et faire comme si il se trouve chez lui. Que son sac occupe le sol de Maddison n’est pas un problème, qu’il dévisage tout ce qu’il trouve non plus. C’est juste perturbant, pas habitué, les gens font preuve de plus de réserves d’habitude. Son regard descend sur le sac qui vient de toucher le sol, elle se demande ce qu’il peut y avoir dedans avant de relever les yeux en se disant que ça ne la regarde pas. Il ne répond pas non plus à sa question et, là encore, c’est plus perturbant que dérangeant. Ca l’intrigue quelque part.

_ Y a pas que ton bureau qui doit être désordonné.

Un simple murmure, qui restait audible. Pas une critique mais une constatation. Dans son costume, sous son air droit, Adam est comme une pile de feuille qu’il faut trier. On ne sait pas de quoi il parle, à croire qu’il laisse passer ce qui lui passe par la tête plutôt que de chercher à dire quelque chose de structuré et de cohérent. Parce que, là était bien le problème, il n’y a absolument rien de cohérent dans ce qu’il dit. Il passe des talons, à son bureau, pour en venir à Salem et son côté ordonné.

Elle se trouve bien contente d’avoir rangé sa lecture avant d’ouvrir la porte, elle ne porte même aucun regard vers le dessous de sa table basse, pour ne pas laisser penser que quelque chose, qui a une importance pour elle, s’y trouve. C’est sa boîte à elle, personne n’y touche. Elle ferme les yeux, un très court instant, et essaye de trouver une logique dans ce qu’il dit, en se demandant ce qu’il faut gardé, ce qu’il faut mettre de côté et voir si un lien existait entre toutes ses phrases.

Elle croise les bras, hausse un sourcil. Sauver le monde, rien que ça ? Ce type entrait, doucement mais sûrement, dans la catégorie des personnes étranges. Il lui manque réellement quelque chose parce qu’elle ne comprend pas comment elle venait de passer du statut de « fille saoul sur le bord d’une route » à « la fille qui va aider à sauver le monde ». Elle avise son placard de vêtement, puis elle essaye de se regarder dans son intégralité, chose très compliquée à faire sans un miroir. Elle le laisse finir, toujours interrogative, en se disant qu’il va bien finir par lui donner quelque chose pour qu’elle comprenne. La dernière question est posée et pour toute réponse, Maddison décroise les bras et lui offre un sourire ravissant. Son index se point sur son canapé.

_ Va t’asseoir, s’il te plait.

Elle ne bouge pas de sa position, ni de son expression tant que sa demande n’est pas appliquée. Elle attend et, quand Adam trouve sa place, c’est en face de lui qu’elle s’assoit à son tour. Maddison est parfaitement calme, elle ne voit pas de raison de s’énerver. Encore une fois, il n’est pas énervant, ni dérangeant, il était surprenant ce qui le rend intrigant. Elle lève un instant une main.

_ Je propose qu’on recommence par le début.

Elle inspire un bon coup et Adam va rapidement se rendre compte qu’il n’aura même pas à poser les questions, censées être logique au premier abord. Elle compte faire tout le boulot, vu que ça ne semble pas être son truc.

_ Oui, je suis bien rentrée l’autre soir. Merci de bien avoir voulu me raccompagner… Oh, bien évidemment, si je peux te rendre la pareille en t’aidant pour quelque chose, je le ferais. Ma tenue ne convient pas ? Eh bien…

Elle se relève, se dirige vers le placard qui contient ces vêtements qu’elle ouvre pour elle, dans un premier temps. Contrairement au reste de son appartement, il reste prodigieusement bien rangé avec toutes sortes de tenues qu’on peut trouver dans le placard d’une étudiante de son âge. Sur des cintres, à droite toute, quelques tailleurs qui, contrairement au reste de ses vêtements, semblent venir de boutique bien trop chère pour son statut. Elle imagine que cela ne se voit pas. Sa famille a les moyens, les rares occasions où il fallait se voir impliquaient des tenues exigeantes, au millimètre près. C’est sa mère qui y tient, pensant que plus Maddison sera parfaite en venant, moins, son père trouvera quelque chose à redire. Il ne sait dire les choses que de manière violente, on comprend que sa mère cherche à éviter ça. Maddison aussi.

Elle détourne les yeux de son placard pour se tourner et reposer son regard sur Adam.

_ Un tailleur strict et professionnel. Où va-t-on? La seule connaissance que je te connais c’est, cette femme près de l’arrêt de bus alors je préfère demander pour savoir de quel genre de strict et professionnel on parle !

Elle n’élève pas la voix, n’est même pas excédée mais, tout fois, on peut la sentir un peu sceptique. Elle ne sait rien de lui et cette arrivée complètement inattendue demandait à être un peu éclaircie. Elle se sait un peu anxieuse parce que pas des plus à l’aise. Un sentiment capable de déclencher un pouvoir, elle ne l’espère pas mais, par mesure de sécurité, après avoir posé sa question, elle détourne automatiquement le regard. La manière la plus sûre pour elle de ne rien voir. Elle ne se sent pas obligée de vérifier les paroles d’Adam, il s’est suffisamment montré honnête, en quelque sorte, lors de leur rencontre pour ne pas tout remettre en cause.

D’un pas, puis d’un deuxième, elle se décale de son placard qu’elle laisse ouvert. Très vite, elle le désigne d’une main.

_ Le plus simple, c’est peut-être que tu regardes par toi-même.

Elle penche légèrement la tête, avec presque un air de défi en se demandant si Adam le ferait vraiment ou pas. Il avait scruté tout ce qu’il avait pu trouver de visible, est-ce qu’il peut aussi le faire pour un placard de fringue ? En réalité qu’il fouille dans ses affaires ne la gêne pas plus que cela, il n’est pas son genre, elle n’est carrément pas le sien. Ce ne sont que des vêtements et, ceux qui peuvent être considérés comme vraiment personnels se trouvent dans un tiroir en bas, pas directement à vue.

_ Et, non, je n’ai jamais de théâtre
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 21 Aoû - 17:27

Le bureau d’Adam était comme Adam : le comble de l’organisation sous le comble de la désorganisation. Le regard toujours fixé dans celui de Maddison, Adam attendit. Une seconde, deux secondes, puis la réponse calme et mesurée de la jeune femme fit naître un sourire sur ses lèvres et le mutant partit s’installer très calmement et très sagement sur le canapé, jetant un regard distrait à la boîte qui trainait sur la table basse, sans y accorder beaucoup plus d’attention. Des effets personnels, Maddison devait en avoir, et s’ils n’étaient pas exposés, ils étaient rangés. Adam ne voulait rien moins que braquer sa future collaboratrice.

C’était vrai : il ne lui avait pas demandé si elle était bien rentrée. Les questions inutiles, malgré les apparences, n’étaient pas sa spécialité, même celles qui relevaient de la pure politesse. Adam était un ange pour s’occuper des gens quand il fallait agir, mais dans le domaine de la conversation, tout était différent. En silence, il suivit du regard Maddison qui se relevait pour inspecter sa garde-robe et ne fit aucun effort pour visiter les tenues de la jeune femme : il n’était pas un expert en mode et tout ce qu’il fallait, c’était un tailleur. Maddison était probablement beaucoup mieux placée que lui pour choisir ce qui conviendrait.

Adam secoua la tête, se pencha en avant pour attraper la bretelle de son sac à dos et le tirer vers lui, avant d’en sortir un téléphone portable. Il tapota l’écran pendant une ou deux secondes avant de déclarer :


— On va à Jaxon Corporation. C’est dans le centre financier. Ils s’occupent des forêts. Ils font pousser les arbres, coupent du bois, transportent du bois. Des milliers et des milliers de tonnes de bois. Grosse société. Cotée en bourse. Beaucoup d’actionnaires. Beaucoup de gens qui ont construit leur fond de pension autour de cela.

Le devin déposa son portable sur la table basse, le navigateur ouvert à la page d’accueil du site corporatif de la Jaxon, et poussa l’appareil vers Maddison.

— Dans une semaine à peu près, la Jaxon Corporation, comme la plupart des grandes entreprises, va publier ses prévisions trimestrielles. De longs documents à peu près incompréhensibles pour le commun des mortels. Seuls quelques chiffres ressortent. Notamment les bénéfices. Ce sont ces chiffres qui influent sur le cours de l’action, sur la manière dont les investisseurs se comportent à l’égard de la compagnie.

Il se pencha à nouveau vers son sac pour tirer une enveloppe de papier kraft, dont il sortit la photographie d’une femme brune, d’une cinquantaine d’années. La photographie rejoignit le téléphone sur la table basse.

— Dans trois jours, Andy Fieldman, la cheffe des opérations financières à la Jaxon Corp, va recevoir un rapport de l’un de ses comptables à propos du Trust Indigo, un rapport qui dira, en substance, que les financements du Trust forment une boucle avec les financements de la Jaxon. Mais c’est le trust qui est censé protéger les actifs de la Jaxon avec des assurances extérieures. Si les financements tournent en rond, les actifs ne sont pas protégés et, fatalement, la Jaxon finira par s’effondrer.

C’était en gros ce qu’il avait compris des explications de Mrs. Winford, la présidente-directrice-générale du gigantesque groupe américain Winford Electrics, et dans les compétences financières et économiques de la mère de son ancien compagnon, Adam avait une confiance absolue.

— Dans cinq jours, notre comptable trop scrupuleux va être retrouvé mort, dans le garage de sa maison, dans le Queens, asphyxié par les gaz de son pot d’échappement. Apparemment un suicide. Ce que nous avons besoin de savoir, c’est si Fieldman est déjà au courant des malversations financières de la Jaxon, avant qu’elle ne reçoive son rapport et prenne une décision aux conséquences peut-être sinistres.

Ce petit exposé avait été particulièrement clair, selon Adam, mais il lui avait fallu des semaines de visions pénibles, des douleurs intenses et de travail acharné pour donner du sens à ce qu’il avait prédit, mettre des noms sur quelques-uns des protagonistes, des dates sur les événements futurs et des raisons à l’enchaînement des causes. Passer de quelques images à une compréhension, même grossière, des enjeux financiers du montage de la Jaxon Corp avait été un travail de longue haleine.

Le jeune homme se pencha en avant, les coudes sur ses genoux, les mains croisées, et reposa son regard sur Maddison.


— Je veux savoir si Fieldman mentira quand je lui poserai des questions.

Adam esquissa un sourire.

— Tu as un don pour ça. Moi, j’ai un don pour savoir comment certaines choses se sont passées. Et comment d’autres vont se passer. Pour savoir, par exemple, qu’une fille va se faire agresser dans une ruelle donnée un soir donné. Ou qu’un comptable va être retrouvé mort. Et tu vois…

Maintenant venait peut-être la partie la plus difficile à admettre pour bien des gens — pour tout le reste du monde, en fait, tous les êtres, humains ou mutants, qui ne vivaient pas dans sa tête.

— …ce qui arrivera ne doit pas forcément arriver. La nécessité est une matière malléable. Relativement. Il suffit d’un peu d’expérience.

Adam décroisa les mains et se réinstalla plus confortablement dans le clic-clac, si tant est qu’un clic-clac pût être confortable en effet.

— Et d’un peu d’aide…

D’une certaine façon, il proposait à Maddison une entrée aisée dans son monde. En s’introduisant dans les locaux de la Jaxon Corp pour poser quelques questions sous un faux prétexte, ils ne risquaient pas grand-chose. Il avait exploité les dons d’autres personnes dans des situations beaucoup plus dangereuses. Mais les conséquences positives ne s’évaluaient pas à l’aune des risques et cette affaire était bien plus importante que d’autres plus risquées.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 21 Aoû - 18:22

Son placard ne trouve pas le regard du nouvel arrivant, Maddison le délaisse donc pour revenir s’installer devant Adam, la table basse les séparant. N’ayant pas de deuxième canapé-lit, et encore moins la place de le mettre, ni même de fauteuil, Maddison se trouve sur la moquette. Chose qu’elle trouve absurde. De la moquette dans un logement étudiant ! Elle ne souhaite toujours pas regarder Adam pendant ses explications, son regard se pose naturellement sur le téléphone. Bien qu’émettant une certaine luminosité, il ne diffuse pas cette lueur si particulière et désagréable pour elle.

Les finances : ce qu’elle déteste. Maddison lit, dessine, étudie, elle ne fait pas de calcul, elle ne cherche pas à savoir comment fonctionne la manière dont est gérée de l’argent. Un tort, sûrement, mais ça la rend dingue, elle trouve ça au-dessus de ses compétences. Elle suit bien les explications d’Adam, essaye d’en retenir les noms et l’idée générale qu’elle saisit mais, elle n’est pas certaine de comprendre tous les tenants et tous les aboutissants.

Elle décroche, relève les yeux, un sourcil levé, interrogative quand il dit que quelqu’un va être retrouvé mort. Monde des mutants mit à part, il est impossible de savoir quand quelqu’un va mourir. Elle ne comprend pas, encore moins la précision qu’il peut mettre dans cette histoire, une date, des circonstances. Elle ne comprend encore moins pourquoi il lui parle de ça et elle se surprend à regarder où se trouve la porte de sortie. Elle sait très bien où elle est mais c’est comme un instinct de survie qui se réveille, une pointe de peur qui lui demande de voir où se trouve la sortie la plus proche. Elle s’étonne de l’attention qu’elle met en le regardant prendre son sac. Une enveloppe, elle se sent stupide quand elle comprend qu’elle avait cessé de respirer en attendant de voir ce qu’il sortirait.

Ses mains viennent trouver son visage, le temps de faire le point parce qu’elle ne sait pas ce qu’elle doit penser. Il l’avait aidé, mais il est un parfait inconnu à ce jour. Maddison à 22 ans, cet âge où l’on est encore un peu trop naïf, insouciant et où on ne réfléchit pas à tout. Cet âge où on se croit capable de tout, sans y voir les moindres conséquences, celui où on se cherche et où on a envie de se lancer dans une aventure. Il faut avouer qu’elle ne fait pas exception, flippé, ne comprenant pas mais parfaitement intriguée avec presque cette envie de se lancer dans une inconnue totale. Ses réflexions, le regard dans le vide, en sont là quand Adam explique qu’il veut savoir si Fieldman va mentir quand il posera des questions.

Elle relève soudainement la tête, bouche légèrement ouverte, elle se veut sereine mais ne l’est pas. C’est une évidence. Qu’est-ce qu’il sait ? Elle plisse les yeux en écoutant ses explications, il revient sur son don, alors qu’elle n’avait parlé que d’intuitions. Elle ne sait pas si c’est son sourire qui la rassure ou le fait qui donne l’explication à son savoir sur ce qui va se passer. Son cerveau remonte un chemin qui lui a échappé jusqu’à présent, sur la venue d’Adam au bon moment dans la ruelle. Les choses apparaissent sous un nouvel angle. Si Adam n’était pas là par hasard, si Adam avait un « don » pour savoir ce qui allait se passer alors il aidait – sauvait – les gens sciemment. Ca l’inquiète, l’interpelle, l’intrigue, elle ne sait plus trop.

Elle baisse à nouveau les yeux, sa main vient trouver le dessus de sa table basse sur laquelle elle pose un doigt, à croire que faire des petits cercles imaginaires sur la table lui permet de mieux réfléchir. Beaucoup d’informations. Elle prend quelques secondes, une minute et relève enfin les yeux sur Adam, si étrange, si particulier.

_ Dans mes souvenirs, un peu obscurcis, j’ai parlé d’intuition.

Sa main désigne l’ensemble de son logement, des livres qui s’y trouvent parlant d’eux-même sur les études qu’elle suit.

_ Mes études… J’apprends à comprendre les gens et leurs comportements. C’est une science, pas forcément bien maitrisé pour ma part, à quel moment ça en devient un don ? Et par don, j’entends, une réelle capacité comme celle de voir ou de comprendre à quelle date et dans quelles circonstances quelqu’un va mourir.

Elle n’a pas l’intention de cacher ce qu’elle est, elle n’en avait plus eu l’intention à partir du moment où lui avait parlé de sa capacité. Tout lui revient en mémoire, ce qu’il avait dit, sa proposition concernant des gens qui pouvaient l’aider elle et ses « intuitions ». Une simple discussion et tout prend de nouveaux airs. Elle ne veut pas se cacher mais elle veut comprendre comment lui a pu comprendre. Parce que, ça ne fait aucun doute, il a compris. Elle se dit qu’elle aurait pu poser directement la question plutôt que de chercher à nier, sans réellement le faire. Elle inspire, et reprend rapidement.

_ Ca ne fonctionne pas comme ça, de toute façon.

Les lèvres un peu pincées, elle se dit qu’elle n’a jamais parlé ouvertement de ce qu’elle peut voir. C’est étrange. Elle se reprend et se décide à lui expliquer qu’une partie de son plan n’est pas faisable, pas comme il l’entend en tout cas.

_ Il faut que les gens me répondent. Si on répond à quelqu’un d’autre, à celui qui pose la question, ça ne fonctionne pas. Et, je ne décide pas de quand ça fonctionne.

Quand elle perd un peu trop de contrôle d’elle-même ou quand… Quand une situation est trop stressante. Finalement, dans son plan, il se peut que ça fonctionne, qui dit inhabituelle comme situation dit forcément stressante pour elle. Elle affiche un air désolé.

_ Je peux donner aucune garantie.

Ca l’ennuie, elle veut l’aider, ça serait une bonne manière de le remercier. Elle n’est même pas certaine de vouloir le faire que pour lui mais, pour elle aussi. Mais elle ne contrôle pas ce côté mutant, parce qu’il s’agissait bien de ça.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Jeu 22 Aoû - 8:45

Pendant quelques minutes, Maddison tenta de louvoyer entre ses remarques et de se faire passer pour l’étudiante du coin du quartier, qui avait lu deux ou trois bouquins et observait les mouvements de sourcils de sa boulangère pour vérifier qu’elle ne se faisait pas flouer sur le prix de la baguette. Pourquoi pas. Adam admettait qu’il pouvait y avoir une infime chance qu’il se fût trompé, mais il n’y croyait guère : le comportement de la jeune femme, lors de leur première rencontre, avait été des plus révélateurs — aux yeux d’un mutant qui vivait avec des mutants, tout du moins.

Pendant un instant, il se demanda si sa collaboratrice potentielle n’allait pas repousser sa proposition. Bien sûr, il ne lui demandait pas de l’accompagner pour débusquer des dealeurs de drogue dans les quartiers chauds de New York, mais se jeter dans la vie extérieure et utiliser son pouvoir sciemment, pour la première fois peut-être, c’était une expérience éprouvante — le faire avec une responsabilité comme celle qu’il venait de lui donner l’était plus encore. Il avait détourné le regard pour la laisser tranquille. Méditer.

Mais peu à peu, la jeune femme reprit la parole et commençait, à haute voix, à réfléchir non plus à l’opportunité d’une pareille entreprise mais à sa possibilité. Elle n’avait donc pas menti : elle avait besoin de faire quelque chose de sa particularité. Comme bien des mutants. Adam s’était un peu attendu à ce que le pouvoir de Maddison ne fût pas idéal : ils ne l’étaient jamais et ils ne fonctionnaient jamais comme on l’avait prévu. C’était précisément pour cette raison qu’il était venu très à l’avance solliciter la jeune femme : pour parer à toutes les éventualités.

Adam hocha lentement la tête et conclut :


— On peut toujours essayer.

De toute façon, il n’y avait pas grand-chose à perdre : si la petite expérience ne fonctionnait pas, ils pouvaient toujours se reposer sur la perspicacité d’un humain lambda pour tenter de démêler les pensées de leur interlocutrice. Au pire, ils repartiraient bredouille mais, tout bien considéré, ils n’avaient rien à perdre. Adam reporta son regard sur la jeune femme et lui adressa un sourire rassurant.

— Souvent, quand on est jeune… Au début…

Il réfléchit un instant avant de reprendre.

— On essaye de fuir. Parce qu’on sait pas quoi faire. On sait pas maîtriser. C’est douloureux. Parfois dangereux. On imagine que c’est comme, je ne sais pas, une peau trop sensible au soleil. Il faut éviter le soleil, on évitera les coups de soleil. C’est pas comme ça qu’ça marche.

À nouveau, il se pencha en avant, vers elle, pour mieux lui parler.

— Paradoxalement, il faut utiliser pour être capable de ne pas utiliser. Je ne sais pas, dis toi que c’est comme un muscle que tu entraînes. Ça devient jamais facile, mais c’est plus…

Il haussa les épaules.

— Rassurant, en quelque sorte. Ce genre de choses, ces intuitions, c’est… Il y a la surface. Ce qu’on voit, ce qui est évident, ce qui est vraiment complètement hors de la norme. Savoir si les gens mentent. Savoir ce qui va se passer. Mais c’est beaucoup plus compliqué que ça. Ça affecte toute notre manière de concevoir les choses. Dans les petits détails. Au quotidien. On s’en rend plus ou moins compte. Mais on peut pas dominer ça comme un hoquet. Au bout d’un moment, ce serait comme arrêter de respirer.

Lui, il n’avait peut-être jamais eu à se poser ce genre de questions : sa mutation avait été violente et traumatique dès la première seconde et tourner les yeux pour regarder ailleurs en attendant que le mal passât n’avait jamais été l’une de ses options. Il avait appris à intégrer cet aspect de son existence de la manière la plus rude possible : parce qu’il n’avait absolument pas eu le choix. Mais même les mutants dont les dons étaient plus discrets ou plus faciles à supporter risquaient, il le savait, de graves dépressions s’ils tentaient de les réprimer.

— On a juste besoin d’une question. Une réponse. Un indice. On va l’enrober, on va discuter, mais au bout du compte, ce sera vraiment rien du tout. Cinq secondes, au plus. Plus facile que l’autre soir quand tu m’as demandé le nom de mon fiancé, en fait.

Et ce n’était pas tout à fait faux. La difficulté nouvelle était peut-être que, cette fois-ci, Maddison serait bien plus consciente d’elle-même et des erreurs qu’il était possible de commettre. C’était une chose d’utiliser son pouvoir sur un coup de tête et une autre que de préparer soigneusement l’exercice. Mais enfin, Adam ne lui proposait pas un marathon du polygraphe et, quantitativement, l’exercice ne serait pas trop exigeant.

— Tu peux voir ça comme un jeu. Comme un exercice d’improvisation. Voilà comment ça va se passer.

Savoir tout ce qu’on fera étape par étape était souvent la meilleure manière de se sentir bien une fois sur le terrain : Adam ne se lançait jamais dans un projet sans en connaître les détails les plus concrets. Rien ne se passait jamais comme prévu, mais ce qui comptait, c’était d’arriver l’esprit serein sur les lieux, pour être capable de s’adapter ensuite.

— On va aller au siège de la Jaxon au centre-ville. On va demander à la réceptionniste d’appeler Fieldman. On a un rendez-vous avec elle. On va monter dans l’ascenseur, attendre dans son antichambre et être reçus dans son bureau. Je vais conduire l’entrevue, comme pour un journal. Tu peux poser des questions de temps en temps. Qui servent à rien. Juste pour qu’elle ait l’habitude de te parler. Et au bout d’un moment, quand tu te sens prête, quand la conversation convient, tu lui poseras la question qu’on aura préparée et tu observeras bien sa réponse. On continuera à discuter encore un peu. Puis on sortira, on quittera le bâtiment, et ce sera fini. C’est tout ce qu’on va faire : bavarder.

De finances, avec une experte, en se faisant passer pour d’autres personnes, dans une immeuble avec une sécurité privée, chez une compagnie qui était peut-être capable d’assassiner l’un de ses propres comptables. Facile.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Jeu 22 Aoû - 15:14

Maddison a hoché la tête, convaincue. Bien sûr, ils peuvent essayer. Toute cette discussion, cette rencontre suivie de cette visite a beau avoir quelque chose de surprenant – et un peu perturbant pour elle qui n’y est pas habituée – elle se dit que c’est un moyen d’essayer d’être utile. Elle doute fortement de leurs chances de réussite, Maddison n’est pas le genre de personne à être certaines de ses capacités mais, elle veut essayer. Elle le veut tellement qu’elle en oublie une certaine prudence, celle que l’on doit avoir quand on monte un plan avec un parfait inconnu. Elle est incapable de savoir ce qu’elle doit penser d’Adam, il a cette sorte de contradiction qu’elle n’arrive pas à réellement cerner. Ce côté un peu froid et distant, à dire les choses comme elles viennent et qui ne font pas forcément plaisir à entendre et, ce côté, comme maintenant, où il essaye d’expliquer des choses comme pour rassurer et dire que c’est normal.

Maddison n’a pas de doute à avoir, Adam semble bien plus renseigné qu’elle sur un point de vue mutant. Elle l’écoute parce qu’elle veut comprendre. Des conseils, elle en a besoin, ça n’a jamais fait de mal à personne, surtout quand ils sont dit calmement, assis sur un canapé. Elle en a encore plus besoin en sachant ce qu’ils prévoient de faire, ça la stress un peu mais, elle se dit que c’est une bonne chose. Stress et peur, sont des bons déclencheurs pour son pouvoir. Elle sait aussi qu’elle est capable d’être complètement flippé et, en même temps, de garder un air sûr d’elle. Un entrainement qu’elle avait eu le temps d’avoir avec son père.

Elle sourit, un peu, ce n’est pas qu’elle a peur de son pouvoir c’est juste qu’elle n’a pas toujours envie de savoir si les gens disent la vérité ou non et, surtout, elle n’apprécie pas les désagréments qui viennent avec. Elle n’a pas de bouton off, quand il se déclenche, elle le garde jusqu’à ce qu’il semble épuisé et, dans certaines circonstances, elle préfère l’éviter. Devenir sensible à n’importe quelle lumière, sans parler du mal de tête, n’est pas adéquat partout. Elle n’empêche pas réellement son pouvoir de venir, elle se force seulement à ne pas regarder les gens, ça tenait plus du réflexe qu’autre chose. Comme là, elle ne le regarde pas, très rarement, plus souvent quand il ne parle pas. Ce n’est pas qu’elle se refuse à le sonder mais, elle veut garder son pouvoir pour plus tard, il en a besoin et, elle croit bien qu’elle en a besoin également.

Une nouvelle fois, Maddison sourit, en se pinçant un peu les lèvres, presque gênée quand il fait référence à la question qu’elle lui a posée. Elle semble même s’excuser muettement, elle avait eu besoin d’une réponse à ce moment-là, une confirmation aux doutes qu’elle avait eu. Elle ne s’excuse pas verbalement, pas une nouvelle fois, préférant écouter la manière dont les choses vont se passer. Elle attend la fin et relève la tête pour le regarder à nouveau dans un sourire, un peu flippé mais amusé.

_ Un jeu d’enfant, en fait.

C’est un peu ironique mais pas dans le mauvais sens du terme. Elle se doute que ce n’est pas si simple, il y a des enjeux derrière. Elle ne sait pas réellement dans quoi elle s’embarque. L’insouciance de l’âge, probablement. Elle a quand même quelques requêtes alors, les yeux toujours sur lui – car c’est les seuls moments où elle s’autorise à le regarder – elle poursuit.

_ Est-ce que je peux prendre des notes là-bas, enfin, faire semblant d’en prendre. Si ça se déclenche et que je la regarde de trop, ça va se voir. Je veux dire, j’ai les yeux qui se mettent à pleurer et la lumière environnante devient très compliquée à gérer. Si j’évite de la regarder tout le temps, on va très vite penser que quelque chose ne va pas alors, je me dis que la prise de notes est un bon prétexte pour ne pas passer son temps à regarder quelqu’un.

Des excuses pour ne pas regarder les gens elle en a la pelle, elle essaye toujours que ce soit le moins visible possible. Cela dit, tous ceux qui la connaisse dirons que Maddison est le genre de personne qui n’ose jamais regarder les gens, parce qu’on n’a pas toujours un calepin pour échapper à une conversation.  Ces gens mettant ça sur le compte d’un manque de confiance en elle, ça lui convient, elle préfère cette étiquette à celle de mutant ambulant et puis, en y réfléchissant bien, ce n’est pas totalement faux.

_ Un tailleur, strict et pro alors.

Elle sourit pleinement, sa décision est prise alors elle se lève et retourne devant son placard, resté ouvert, pour jeter un œil dedans. En fait, elle sait parfaitement ce qu’elle va prendre, elle a une tenue pour ça, pas de celle qui l’enchante le plus pour une raison bien particulière mais… Puisqu’il le faut. Elle attrape ce dont elle a besoin et se tourne vers Adam.

_ Je reviens dans cinq minutes, si tu as besoin de quelque chose. Le frigo, les verres, les tasses.

Son index a pointé trois directions dans la cuisine ouverte pour désigner ce qu’elle a présenté. Qu’il se serve s’il a besoin de quelque chose pendant qu’elle tourne les talons pour aller s’enfermer dans la petite salle de bain de son logement, ses affaires sur le bras.

Deux minutes, le temps qu’il avait fallu pour qu’elle enfile sa tenue. Elle pose un regard sur le miroir et soupir. Sa chemise blanche, cintrée, cette jupe de tailleur noire qui arrivait au genou. La tenue typique qu’elle met quand elle risque de croiser son père, celle qui devait être parfaite pour qu’il n’ait rien à lui redire. Toujours une peine perdue. Tenue achetée par les soins de sa mère et qui devait valoir plus que beaucoup d’autres fringues réunies dans son armoire. Du gâchis, selon elle. Au moins, pour une fois, elle se dit que c’est peut-être une bonne chose.

Les trois minutes suivantes lui sert à attacher ses cheveux de manière plus « pro » qu’un pinceau dans les cheveux, à réajuster son maquillage, pas grand-chose, essentiellement un coup de mascara. Un dernier regard dans le miroir lui apprend qu’elle est bien loin de la tenue qu’elle avait eue cinq minutes plus tôt. Elle se sent inspirer de l’air pour le relâcher rapidement et sort de la salle de bain en s’arrêtant devant le placard qui contenait ses vêtements, genoux fléchis, elle attrape une paire de chaussures avec lesquelles elle passera d’1m65 à, environ 1m70. Chaussures en main, elle referme le placard, revient vers Adam avec une légère moue sur le visage, à chercher son approbation ou les choses qui ne conviennent pas.

_ Alors ?
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Jeu 22 Aoû - 15:49

Adam était absolument persuadé d’être le pire pédagogue du monde, mais ce n’était peut-être pas tout à fait le cas. Sans doute, il n’eût pas été à sa place dans une salle de classe : il n’aimait guère les enfants ou, tout du moins, ils le mettaient mal à l’aise, et il était loin de faire preuve d’une patience angélique. Il voulait que le monde autour de lui fût aussi décidé à régler les problèmes qu’il l’était lui-même et laisser les gens suivre leur rythme n’était pas sa grande spécialité. Mais quand il se retrouvait devant des personnes aussi volontaires que Maddison, il savait comment présenter les choses et comment les accompagner — un héritage de sa vie de sportif professionnel, probablement.

Le jeune homme hocha la tête quand sa comparse l’interrogea sur le calepin.


— On sera là-bas pour écrire un article : rien ne paraîtra plus naturel.

Il avait même prévu de lui proposer de jouer à l’aveugle pour pouvoir mettre des lunettes de soleil en permanence et se prémunir de la lumière, quand il avait supposé qu’elle pouvait y être sensible, en se remémorant les gestes de Maddison la nuit de leur rencontre, mais il préférait laisser la jeune femme choisir ses propres rituels : les mutants, dès leur jeune âge, étaient doués pour trouver les petites ruses qui leur permettaient de passer inaperçus et de se rassurer soi-même dans les situations difficiles. Adam lui-même n’en manquait pas.

Le devin laissa sa protégée inspecter la garde-robe, récupéra son téléphone et s’immergea aussitôt dans l’écran. Quand quelques minutes plus tard, Maddison ressortit de la salle de bain pour choisir ses chaussures, il ne releva pas même les yeux. Mais il souriait à son écran, en tapotant quelques mots de temps en temps : signes infaillibles qui permettaient de reconnaître un amoureux en train d’échanger des messages avec la personne qui occupait ses pensées. Et Salem et Adam étaient toujours glués l’un à l’autre.

Il ne sortit de sa conversation écrite sur les nouvelles marques de croquettes à acheter pour les chats que lorsque Maddison lui adressa de nouveau la parole. Après avoir tapoté un dernier message d’au revoir, il releva le regard et hocha de nouveau la tête.


— C’est très bien.

Si Adam s’était un peu plus intéressé aux (très, très) très nombreux magasins de vêtements dans lesquels son fiancé l’avait traîné, il eût sans doute été capable de se rendre compte que la qualité de cette tenue dépassait de loin celles qu’il avait connues, jusque là, à Maddison et que le tailleur n’était pas « très bien », il était parfait. Mais pour Adam, tous les tailleurs se ressemblaient et il fallait vraiment être tordu, à son humble avis, pour y voir de sensibles différences. Ce n’était pas, par exemple, comme les voitures. À tout hasard. C’était bien sûr Salem qui avait choisi son propre costume.

Lui, il s’était occupé d’autres détails. Il plongea à nouveau la main dans l’enveloppe en kraft qui avait contenu la photographie de la femme qu’ils allaient rencontrer et en sortit deux cartes.


— J’me suis permis de « récupérer » ta photo sur l’intranet de la fac.

Oh, il n’était pas un hacker expert — mais il en connaissait. Simplement, la sécurité informatique du département de sciences comportementales, en tout cas des fichiers étudiants, n’était pas exactement le Fort Knox virtuel de l’année et, avec un peu de persévérance, il avait pu sans difficultés mettre la souris sur l’image. Il leva l’une des cartes à la lumière, plissa des yeux, la fit tourner entre ses doigts, pour une dernière inspection.

— Pour l’occasion, je m’appelle Junichiro Watanabe. En séjour de formation auprès de l’école d’études économiques, ici. Rédacteur junior au Kyoto Economics Journal. Je m’intéresse aux administrateurs financiers étasuniens et je travaille dans un projet du GUCE.

Il tendit la carte à Maddison : un permis de conduire de l’État de New York avec la photographie de la jeune femme.

— Tu t’appelles Maddison Williams. Tu aides un professeur à faire des recherches en sciences comportementales. En méthodologie : affiner le codage des réactions des répondants dans les entretiens semi-directifs. Tu suis des entretiens dans des domaines variés, surtout ceux dans lesquels tu n’es pas spécialisé, pour pouvoir te concentrer sur l’aspect formel.

Les faux documents n’auraient pas résisté à un examen du FBI, de la CIA ni, avec un peu de patience, de la NYPD, mais pour les gardes de sécurité d’une corporation, qui n’avaient aucune raison de les soupçonner, ce serait très largement suffisant.

— J’ai un peu regardé le cursus en sciences comportementales, il m’a semblé que c’était un truc que tu pourrais faire. T’as pas vraiment besoin de mentir. C’est ça le secret : une bonne couverture, c’est une couverture qu’on peut gérer et une couverture qu’on peut gérer, c’est 90% de vérité. T’inquiètes pas de paraître naturel ou pas. Pour eux, tu seras une psy et tout le monde pense que les psys sont bizarres. On est jeunes, on a pas une tête d’enquêteurs financiers, ils seront pas sur les nerfs. C’est pas des dealeurs ou des trafiquants qui sont constamment sur leurs gardes. Ils sont habitués à vendre leur histoire. Elle…

Il désigna la photographie restée sur la table basse.

— C’est une femme de pouvoir, plus âgé. Elle se sentira supérieure à nous. Pour elle, on sera des gamins qui peut-être, avec beaucoup de chance, travailleront sous ses ordres dans vingt ans. C’est parfait. Le sentiment de supériorité des gens, c’est leur pire ennemi. Ils se mettent eux-mêmes dans le pétrin, avec ceux. Nous, on est juste là pour la pousser un peu et elle ira toute seule.

Entre les faux papiers et son commentaire sur la psychologie méfiante des dealeurs, Adam n’avait définitivement pas l’air de ne faire qu’interroger d’inoffensifs administrateurs financiers pour résoudre ses problèmes. Et la suite de ses conseils apporta une preuve supplémentaire qu’il n’en était pas à son coup d’essai :

— Vide complètement ton portefeuille, choisis des cartes de fidélité en plastique, essuie-les et remplis-le avec ça. Essaye de toucher le moins possible aux choses : pose pas tes mains sur le bureau, sur les accoudoirs de la chaise, dans l’ascenseur. Si t’as peur d’oublier, garde juste tes mains croisées dans l’dos quand tu marches et sur ton calepin quand t’es assise. Accepte pas à boire, va pas aux toilettes. Regarde jamais autour de toi et jamais les gens dans les yeux, sauf ceux à qui tu parles. Si quelqu’un nous interpelle de loin, te retourne pas tout de suite, attends qu’ça recommence, et seulement à ce moment-là, on s’retourne. Faut juste essayer d’être le plus insipide, fade et inexistant possible.

C’était donc, finalement, un peu l’inverse du théâtre.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Jeu 22 Aoû - 16:46

Ça peut paraitre dérisoire, presque stupide, mais elle trouve rassurant d’avoir un calepin. Cette fois c’est des notes qu’elle va prendre, contrairement à son calepin – le vrai, celui qui est toujours dans son sac – rempli de croquis et de dessin. Maddison a toujours eu besoin de dessiner les choses qu’elle peut voir au quotidien, douée d’une mémoire visuelle, elle se sent obligée de tout consigner, ou presque, dans ce calepin. Alors, oui, prendre des notes c’est rassurant, en bien des sens.

L’échange auquel se livre Adam ne passe pas inaperçu, non plus, mais elle doute que dire quoi que ce soit à ce propos soit constructif pour ce qu’ils prévoient de faire. En réalité, elle n’est même pas certaine de vouloir donner une vie « normale » à ce jeune homme qu’elle trouve un peu déphasé avec les gens qu’elle rencontre habituellement. Lui garder un côté un peu hors normes va avec ce qui est projeté de faire et, quelque part, de manière peut-être un peu étrange, le rendre moins « humain » permet de rester plus serein.

Maddison s’appuie ce sur qui sert de comptoir, séparant le salon/chambre, de la cuisine. Une chaussure trouve le sol et elle commence à mettre celle qui lui est resté dans la main. Ce moment même où Adam lui apprend qu’il s’est servi sur l’intranet de la fac. Instantanément, elle relève la tête, le dévisage sans réussir à se sentir étonnée. C’est dérangeant, elle trouve, que des informations soient aussi facilement accessibles. Elle sent sa bouche s’ouvrir dans une protestation mais, se retient, la referme et secoue la tête avant de finir de mettre sa première chaussure. Elle ne sait pas qui il est et, plus ça va, plus elle se pose des questions qu’elle n’a pourtant pas envie d’exprimer. Plus tard, peut-être. Encore que, elle l’imagine se volatiliser dans la nature une fois qu’ils auront finis.  

Elle met la deuxième chaussure et se rend compte qu’elle n’est pas au bout de ses surprises, bien que, en y réfléchissant, c’est tellement logique. Des fausses identités. Elle repose son deuxième pied, chaussé, sur le sol et s’approche en regardant les cartes, attrapant celle qui lui est destinée en se sentant presque soulagée d’apprendre qu’elle n’aura pas à mentir. Pas tellement. Elle déteste tellement ça.

_ Maddison Williams.

Ce n’est qu’un murmure, juste pour elle, pour que son cerveau assimile l’information. Junichiro Watanabe, aussi, elle essaye de l’assimiler. Elle n’a pas la mémoire des noms, elle le sait, c’est une horreur. Mais elle possède une autre sorte de mémoire alors, elle tend sa main de libre vers Adam.

_ Je peux voir ta carte ? S’il te plaît.

Voir le nom écrit, c’est ce qui lui faut, elle s’en souviendra plus facilement de cette façon. Maddison n’a jamais réellement compris comment deux informations, strictement identique, pouvaient lui rester en mémoire, ou non, selon la manière dont on lui présentait. Dire les choses ne lui parle pas tellement, les voir, c’est autre chose. Elle fronce un peu les sourcils dans une interrogation.

_ C’est quoi le GUCE ?

Les finances, définitivement, ce n’est pas son truc. Elle préfère poser les questions maintenant plutôt que d’avoir l’air paumée ensuite même si, heureusement, la couverture que lui a donnée Adam la pardonne de ne pas tout comprendre. Et, après tout, même si elle n’a pas besoin de savoir ce que ça signifie pour aujourd’hui, c’est une chose qu’elle saura, au moins pour elle.

Elle l’écoute vraiment quand il donne des conseils et, il semble parler avec tellement d’expérience que ça en devient presque flippant. Elle cherche à comprendre comment il emploie son temps de libre. Elle dans une ruelle, puis aujourd’hui à la Jaxon, elle commence à avoir une vague idée. Pas seulement vague à vrai dire, c’est juste que ça semble irréaliste. Elle hoche la tête mais on peut la sentir un peu inquiète face aux recommandations d’Adam. Ne rien toucher, pourquoi ? Fatalement, c’est pour ne pas laisser de trace, ce qui implique que quelqu’un pourra chercher par la suite à comprendre ce qui s’est passé. Convenons que ce n’est pas ce qu’on fait de plus engageant. Elle attend qu’il ait fini avant de relever la tête vers lui, un sourcil un peu surélevé.

_ Tu sais que t’es flippant des fois… souvent !

Ce n’est pas une question, pas vraiment, mais un constat plus qu’autre chose. Elle fait rouler ses yeux dans une inspiration et va chercher son sac dans lequel elle sort son portefeuille. Sur la table, elle pose tout ce qui ne peut pas lui servir, tout ce qui comporte son nom de famille, toutes les cartes qui ne sont pas en plastique et fait le constat qu’elle possède beaucoup trop de choses. Ça va de l’utile comme sa carte d’étudiante, à sa carte de bibliothèque en passant par le moins utile comme cette carte de fidélité d’un magasin où elle n’a mis les pieds qu’une fois. C’est dans la cuisine qu’elle finit par faire ce qu’il demande, le nettoyage de ses cartes.

Elle veut lui demander les risques, pas qu’elle veuille réellement savoir mais elle sait que ça va l’inquiéter. C’est ce qu’elle recherche, parce qu’elle sait que c’est un bon déclencheur et c’est aussi pour cette raison qu’elle décide de se taire, qu’elle garde cette question pour un peu plus tard, avant d’arriver sur les lieux, quand elle en aura besoin. Retour au salon, elle remet ce qu’il faut dans son portefeuille qui connait, maintenant, de nouveaux papiers, une nouvelle identité. Le tout est remis dans son sac avec de quoi prendre des notes. Elle inspire à nouveau, se redresse et fait face à Adam.

_ Une dernière question. Qu’est-ce que je dois lui demander exactement. La finance, ce n’est pas franchement ma tasse de thé.

Elle veut bien faire, ne pas faire trop d’erreur, pour lui mais aussi pour elle. Si Maddison veut aider, elle ne veut pas non plus finir dans un poste de police à expliquer quelque chose qu’elle n’est pas certaine de comprendre. Son casier judiciaire comporte déjà quelque truc, elle n’a pas tellement envie d’en rajouter d’autre surtout qu’Adam n’a pas l’air de faire que dans le légal. Hormis cette question, elle est prête. Pas tellement, elle n’en sait rien, en fait. Mais elle veut le faire, en tout cas, elle veut le faire avant de trop réfléchir et de risquer de changer d’avis.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Ven 23 Aoû - 14:55

Adam tendit sa carte à Maddison. De fait, si un nom particulièrement exotique avait l’avantage d’endormir la méfiance de ses interlocuteurs en les laissant mettre sur le compte d’une culture étrangère les détails qu’ils eussent ordinairement regardés avec suspicion, il avait le défaut de n’être pas aisé à retenir pour une Américaine. Pour sa part, quoiqu’il ne parlât presque pas un mot de japonais, il avait assez entendu les histoires des cousins et cousines pour naviguer sans difficulté parmi les patronymes.

Il haussa les épaules quand son interlocutrice l’interrogea à propos du GUCE.


— Groupement Universitaire Conjoint en Économie.

Négligemment, il précisa :

— Ça n’existe pas.

Avant d’esquisser un sourire et de faire remarquer :

— Tous les domaines croulent sous leurs acronymes. Tout le monde est prêt à croire que tel groupe dédié à ceci ou cela existe quelque part dans l’université. Ça donne un air sérieux, mais ça permet d’éviter les questions gênantes. Il suffit de dire « GUCE », comme si, de toute évidence, tout le monde devait savoir de quoi il s’agit. Après ça, les gens se contentent de supposer que c’est un truc vachement connu.

Ses visions l’avaient entrainé dans des milieux bien différents au fil des années et il avait fini par apprendre de ses propres réactions qu’à moins de partir suspicieux, il était rare qu’on cherchât à décrypter les moindres petits détails d’un discours ou d’une personne : ce qui comptait, c’était l’apparence de vérité. C’était un peu comme les biscuits dans les supermarchés : il fallait être allergique à quelque chose pour prendre la peine de lire les ingrédients. La plupart des consommateurs se contentaient de les choisir à l’allure.

À nouveau, il souligna :


— C’pas comme si on allait travailler sous couverture pendant trois ans, tu vois. On a juste besoin de faire illusion une demi-heure.

Un exercice beaucoup plus facile, supposait-il, que la complète immersion de certains agents de police. Il avait du mal à se représenter ce qu’était une existence constamment sur ses gardes, pour investir un réseau criminel, sans jamais se relâcher, ni le jour, ni la nuit. D’une certaine façon, même si ses propres entreprises étaient parfois bien dangereuses, il estimait choisir souvent la voie de la simplicité : il n’avait pas à se soucier de la solidité du procès, ou de ménager les victimes, ou de tout résoudre. Il se contentait de faire son possible.

Il détourna le regard pendant que Maddison préparait son sac à main, se releva du canapé, marcha vers le bureau et se mit à regarder par la fenêtre. Son possible à lui, c’était vrai, elle avait raison, son possible à lui était un peu effrayant. Pendant longtemps, il ne s’en était pas rendu compte. Il n’avait vécu que pour cela : réparer ce qui n’était pas encore cassé avait été la seule manière de donner du sens à ses visions, comme un prisonnier qui ordonnerait sa cellule à défaut de pouvoir contrôler autre chose.

Mais depuis qu’il avait rencontré Salem, les choses avaient changé. Il avait d’autres rêves que de se mettre en danger pour sauver de parfaits inconnus. Il voulait rentrer chez lui. Regarder le basket. Aller au parc. Trier les boîtes de conserve : faire les choses simples et quotidiennes dont il avait cherché à se priver pour se transformer en héros de bande-dessinée et éviter d’avoir à méditer sur sa propre existence. Il avait pris du recul, en somme, et il se rendait compte du danger. De ce qu’il y avait à perdre. Des raisons d’avoir peur.

Une nouvelle question de Maddison le tira de ses pensées, il se détourna de la fenêtre et observa à nouveau la jeune femme, équipée cette fois-ci de pied en cap, avant de hausser les épaules.


— J’sais pas encore. On va réfléchir à ça. Viens, on va s’promener.

Ils avaient encore du temps devant eux : le temps de sortir dans ces vêtements qu’on ne mettait pas tous les jours, de s’immerger dans le centre d’affaires, de regarder comment les gens bougeaient, parlaient, allaient et venaient. D’avoir un avant-goût de ce monde qui serait le leur pendant un tout petit bout de temps. Et de réfléchir à leur question centrale. Adam avait quelques idées, mais c’était Maddison qui la poserait et il préférait l’élaborer avec elle.

Il sortit de la chambre, laissa la jeune femme fermer derrière elle et ils descendirent les deux étages, pour traverser la rue et revenir à la voiture. Adam sortit les clés du véhicule de sa poche.


— Tiens, prends l’volant.

Il jeta les clés à sa comparse et partit s’installer sur le siège passager. Comme souvent, il avait eu l’air de décider cela sur un coup de tête. Pourtant, il lui en coûtait de céder le volant de sa voiture ; mais s’occuper les mains, faire une tâche familière et répétitive, qu’on effectuait souvent par automatisme, était le meilleur moyen pour dominer la nervosité du premier exercice grandeur nature et sans filet. Maddison pouvait au moins se réfugier dans tous ces gestes bien appris et bien maîtrisés.

Pendant que le véhicule démarrait, Adam entreprit de résumer leur situation.


— On veut savoir si elle sait que son entreprise trempe dans des affaires financières louches. Si c’est le cas, elle va avertir ses supérieurs qu’un gêneur est sur le machin. Si c’est pas le cas, elle ne se rend pas compte que ceux au-dessus d’elle sont moins scrupuleux et intègres. Dans le premier cas, on passera des informations à des journalistes. Dans le second cas, on lui donnera plus tard, à elle, des preuves de ce qui se passe et elle prendra les mesures appropriées.

Du coup, notre question a pas besoin d’être super précise. Ce qu’on veut juger surtout, c’est de son caractère, en gros. Mais on peut pas lui demander frontalement : « vous détournez de l’argent ? » Le mieux, c’est de guider l’entretien vers l’éthique de la finance. Pour en arriver à des questions personnelles, mais d’allures anecdotiques. Genre : « est-ce que vous avez déjà eu affaire à des situations illégales ? »

J’ai vérifié, elle a pas de casier, j’ai pas trouvé son nom dans les procès financiers, et j’ai bien cherché. Si elle répond non et qu’elle dit la vérité, elle est intègre. Si elle répond oui et qu’elle dit la vérité, alors ça veut dire que soit elle couvre quelque chose, soit elle a déjà couvert quelque chose, ailleurs, dans le passé. Dans tous les cas, on peut pas lui faire confiance. Si elle dit non et qu’elle ment, pareil. Si elle dit oui et qu’elle ment…


Adam esquissa une moue songeuse.

— …eh bien ce serait très étrange, ça, c’est sûr…
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Ven 23 Aoû - 15:59

Maddison a soupiré à la réponse d’Adam, se demandant si elle n’avait pas été censée se douter que ce sigle n’existait pas. Bien qu’en cherchant, elle était certaine de le retrouver pour quelque chose, Adam à raison, tout le monde ne parle qu’en initial. Il est certain que ce n’est pas elle qui aurait pu élaborer une couverture, pas certaine de faire preuve de suffisamment d’imagination pour cela. Elle a accepté ce qui la rend presque incapable de revenir sur cette décision.

Une décision qui l’entraîne en dehors de son appartement, elle lâche juste un léger soupir en fermant la porte de son appartement, ce petit geste fait, sans s’en rendre compte la plupart du temps, qui donne l’impression de se donner du courage. Combien de fois, en rentrant chez elle de ses cours, ou d’une sortie, elle avait marché bien droite, l’air serein pour donner l’impression de rien et encore moins montrer à son père qu’elle avait peur de lui à chaque fois qu’elle le croisait ? Un exercice tellement pratiqué que c’est presque devenu une seconde nature, lui permettant, dans ce couloir, ces escaliers, cette rue à traverser, d’avoir ce pas assuré, sans fausses notes alors que son esprit, lui, tourne à une vitesse incroyable.

Si Adam avait pu étonner par sa tenue en arrivant, imaginez ce que ça peut donner quand deux personnes, taillés dans des costumes, traverse un bâtiment universitaire. Elle apprécie de ne croiser personne qu’elle connait parce qu’elle n’a pas la moindre envie de répondre à la moindre question. Et voilà qu’elle se retrouve à rattraper les clés d’une voiture qu’elle ne connait pas. Étonnée, elle a presque envie de dire à Adam qu’elle est capable de prendre sur elle et de ne pas se mettre à flipper déraisonnablement une fois installée dans sa voiture, qu’il n’a pas besoin de chercher à lui occuper l’esprit. Pourquoi l’aurait-il fait si ce n’était pour ça ?

Elle n’a pas envie de débattre pour savoir qui a le plus besoin de conduire alors, une fois son sac posé à l’arrière de la voiture elle s’installe et démarre. Aucune idée de la direction à suivre mais il avait dit que c’était juste une ballade, elle va droit devant elle. Si une direction est plus adéquate qu’une autre, elle imagine qu’il sera lui dire à ce moment-là. Elle l’écoute, le regard sur la route avant de secouer la tête doucement.

_ Cette question ne fonctionnera pas.

Ça lui semble logique, elle sait comment fonctionne son pouvoir même si elle ne le contrôle pas. Mais elle convient que ce qui est logique pour elle ne l’est pas forcément pour Adam, elle en arrive donc à ce moment où elle se dit qu’il est temps de lui expliquer comment ça fonctionne.

_ Ce n’est pas basé, comme pour une machine, sur des signes comme le battement du cœur. C’est comme si ça retraçait toute la vie des gens pour, après… Eh bien, disons, qu’après ils prennent une couleur ou une autre pour définir s’ils mentent ou non.

Pas de nuances, juste, deux couleurs. Elle ignore que c’est qu’un premier stade, que ça va finir par évoluer. Honnêtement, elle n’y songe même pas, la seule évolution qu’elle veut c’est une meilleure gestion des douleurs que ça peut provoquer par la suite. Mais, la question n’est pas là pour le moment.

_ Du coup, poser cette question, la donnera sûrement menteuse, comme un peu près tous les gens. Elle n’a peut-être pas de casier mais, elle était jeune un jour et elle a sûrement fait quelque chose qui est considéré comme illégal.

En tout cas, Maddison avait été jeune, et bien avant ce qui peut être inscrit sur son casier judiciaire, elle s’était déjà laissé embarquer avec des amis dans des choses anodines, passer sur une propriété privée, voler un chewing gum ou deux à la boulangerie du coin. Ce qu’elle essaye de dire c’est qu’une personne, même si elle ne s’en souvient plus, peut être considérée comme menteuse parce qu’elle a fait quelque chose des années avant.

_ Elle va donc pouvoir paraitre comme en train de mentir alors que ça n’aura aucun rapport avec ton affaire.

Elle hausse légèrement les épaules, reste concentrée sur la route tout en étant un peu désolée. Son pouvoir est à prendre avec certaines précautions. Une question trop ouverte limite forcément la possibilité de savoir la vérité parce que son pouvoir va se calquer sur une généralité.

_ En fait pour que ça fonctionne il faudrait que dans la question il y ait des trucs qui limitent un peu l’action. Euh, je ne sais pas, placer des mots comme la Jaxon, ou « dans le cadre de votre travail », enfin quelque chose de passe partout mais qui définit vraiment le contexte.

Elle se pince les lèvres, réfléchie, et suit une route sur la droite qui est censée les faire sortir du campus.

_ Est-ce que c’est possible de lui dire qu’il y a eu un cas de malversation dans une entreprise X, de lui demander comment elle juge ce genre de comportement parce que brasser autant d’argent ça doit être tentant. Ça nous dira pas si elle l’a fait ou pas mais, dans un premier temps, on saura si elle approuve ou non ce genre de comportement.

Si cette femme cria au scandale en s’offusquant mais qu’elle virait au rouge en même temps, il est clair que ça lui rendrait un caractère bien moins sympathique. Par contre si elle s’offusque et qu’elle est sincère, il y a déjà beaucoup plus de chance pour qu’elle soit intègre.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Sam 24 Aoû - 16:02

La voiture s’était finalement éloignée du campus et, aussitôt, elle avait été happée dans la circulation de Manhattan. Confortablement installé dans le siège passager, un coude sur la portière, Adam promenait son regard sur les passants, les immeubles, les petites scènes de la rue, ne jetant que de temps à autre un coup d’œil à Maddison, comme pour s’assurer qu’elle allait bien. Parfois, il fixait un coin de rue et, deux ou trois secondes plus tard, il s’y passait une petite catastrophe : un cycliste rentrait dans une grand-mère, un chien rompait sa laisse, une étale de primeurs se renversait.

Il paraissait distrait, mais il réfléchissait. À nouveau, ses plans étaient un peu perturbés par le fonctionnement du pouvoir de Maddison. Il n’était pas entièrement sûr de tout saisir. S’il y avait une chose qui lui était rapidement devenue évidente, peu après son entrée à l’Institut, c’était qu’il était presque impossible de comprendre parfaitement les pouvoirs des autres mutants, lorsqu’il n’avait pas sur le monde physique une influence directe. Ses camarades à l’agilité surhumaine n’étaient pas très difficiles à suivre : mais les gens comme Maddison, comme Salem ou comme lui-même étaient toujours enfermés dans leurs propres particularités.

D’un air songeur, Adam murmura, plus pour lui-même sans doute que pour son interlocutrice :


— On dirait un test de valeur de vérité pour une proposition logique…

Ce n’était pas vraiment sa définition du mensonge à lui : le pouvoir de Maddison lui paraissait plus… large. En quelque sorte. Moins attaché à la volonté ou à la morale de ceux qui proféraient un énoncé. Machinalement, Adam se mit à tapoter du bout des phalanges contre la vitre de la portière passager, dans le silence de l’habitacle toujours privé de la moindre note de musique. Pas vraiment l’image qu’on se faisait d’une voiture de jeune.

L’idée de Maddison n’était pas mauvaise : circonscrire la question dans le temps et l’espace tout en restant suffisamment évasif pour ne pas avoir l’air de formuler des accusations.


— Le truc, c’est que…

Il désigna du doigt une avenue dans une intersection.

— Tiens, tourne-là, y a un immeuble de parking. On va laisser la voiture ici.

Il arrêta de taper sur la vitre.

— …on aura peut-être qu’une seule chance. Les gens peuvent dire la vérité, ils peuvent mentir, mais ce qu’ils font, surtout, c’est éviter de répondre. Si la question est trop sensible, elle se contentera de couper court à l’entrevue. Mais d’un autre côté, si elle est trop anodine, elle glissera dessus. Il faudrait…

À nouveau, il se replongea dans ses pensées, attrapant au passage le ticket de parking que Maddison venait de récupérer, par la vitre ouverte, de la machine. La voiture se mit à tourner dans les étages tous identiques du parking. Adam n’en était pas à son premier interrogatoire, mais à chaque fois, les choses étaient différentes et il n’y avait pas de recettes miracles. Il avait tout de même répertorié quelques trucs.

Alors que Maddison coupait le moteur de la voiture, il sortit de ses pensées et reprit d’une voix cette fois-ci enfin plus assurée :


— Il faut la pousser à bout. Les gens… Les gens quand ils sont énervés, mais pris par surprise, ils ont tendance à… Répondre. Pas forcément la vérité. Mais, tu sais, ils répondent comme ils donneraient un coup de poing. Pour se défendre. En droit, on appelle ça une déclaration en circonstances exceptionnelles.

Je peux faire ça. La pousser à bout.


La manière dont il avait débarqué dans la chambre de Maddison en l’emmêlant dans l’écheveau de ses questions hors sujet ou trop précises n’était qu’un témoignage parmi d’autres de son sens de la manipulation, cultivée au fil des années. Dans sa vie quotidienne, Adam cultivait parfois une franchise un peu rude, mais il avait un art consommé de la comédie improvisée.

Le jeune homme sortit de la voiture, récupéra les clés, ouvrit le coffre et sortit une mallette qui n’eût pas dépareillé entre les mains d’un employé d’une des grandes entreprises du centre d’affaires. Les deux acolytes se mirent en route pour sortir du parking.


— Elle était bien. La question que tu proposais. On peut même la rendre plus précise, finalement. Quelque chose comme : « Est-ce qu’à votre avis il y a des problèmes de légalité dans la gestion de la Jaxon ? ». Ou une formulation plus directe, selon… l’atmosphère. De la conversation. C’est bien ça, non ? Je veux dire, est-ce que ça irait ? Est-ce que ça donnerait des signaux clairs ?

Ils pénétrèrent dans l’ascenseur pour regagner le rez-de-chaussée et, une fois sortis du parking, ne tardèrent pas à se retrouver dans une rue peuplée d’hommes en costume cravate et de femmes en tailleur, téléphones portables à la main, contrats plein les sacoches. C’était New York, c’était le centre du monde : Wall Street n’était pas très loin. Les deux jeunes gens avaient encore quelque temps pour prendre la température de ce monde point tout à fait familiers et se fondre dans la masse, avant de se jeter dans l’arène et de jouer leur petit numéro.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Dim 25 Aoû - 17:21

Maddison, non mécontente d’avoir laissé la voiture d’Adam au parking – conduire, n’a jamais été son activité favorite -, continue de réfléchir à ce qui a pu se dire. Le cadre étudiant est plus simple, c’est toujours plus simple, ce n’est que de la théorie où elle voit, en quelques occasions, passer un interrogatoire. Les circonstances de ce qu’elle étudie sont différentes, la personne interrogée est là pour répondre à un interrogatoire qui, dans la majeure partie des cas, n’est pas fait pour lui plaire. Un interrogatoire fourni par une autorité quelconque est bien moins compliqué sur certains aspects, il n’y a pas besoin de trop voiler ses véritables questions. Là, c’est différent, il faut savoir quelque chose en passant par des déviations, sans avoir l’air d’être inquisiteur sur un sujet lié à l’illégalité. Elle aurait pu douter de toute cette histoire mais, étrangement, Adam semble habitué à ce genre de situation alors, elle réfléchit aux différentes possibilités.

La pousser à bout peut être une solution mais, ils ne sont que des jeunes personnes pour cette femme qui, si elle flirte réellement avec l’illégalité sans scrupules, peut ne pas avoir de remords et être attiré par un certain pouvoir. Au lieu de s’énerver, elle pourra, tout aussi bien, leur montrer la sortie. Un « la sortie est là, je n’aie pas à répondre à votre question » et Maddison ne saura rien de plus que ce qui aura été dit. Elle hoche la tête.

_ Oui, cette question peut fonctionner. En tout cas ça dira, si ça fonctionne, si elle est au courant ou non. Mais aucune garantie, selon sa réponse, de savoir si elle y est pour quelque chose ou non.

Etre au courant rend un peu coupable quand même mais, ce n’est pas parce qu’elle le sait qu’elle y participe forcément. Maddison n’est même pas certaine de ce qu’Adam recherche exactement. L’étudiante, se pousse un peu, pour éviter un homme au téléphone bien trop pressé pour chercher à éviter les gens sur son passage. Elle lève les yeux au ciel un court instant avant de se reconcentrer sur leur conversation.

_ C’est qu’une idée mais, on ne me demande pas de m’y connaitre en finance, du coup, ponctuellement je peux aussi poser des questions pour chercher à comprendre telle ou telle chose.

La couverture qu’Adam lui a donnée, proche de la réalité, peut aussi la faire passer pour la blonde parfaite quand il s’agit de parler finance. Est-ce que cela serait vraiment étonnant de l’entendre poser des questions anodines, parfois même un peu débile pour quelqu’un qui connait la finance, afin qu’elle puisse comprendre réellement de quoi deux personnes discutent ?

_ Et, à un moment, arriver à une question du style « Si vous avez un problème à couvrir vos finances, est-ce qu’il vous arrive de réinjecter de l’argent appartenant à quelqu’un de la société ou à une autre entreprise qui appartient à la Jaxon, comme une sorte d’emprunt ? »

Sa question à fatalement quelque chose de directe mais, si depuis le début elle ne semble rien comprendre au truc, si cette question est posée avec la plus grande innocence sans rien d’inquisiteur, on lui pardonnera plus facilement de l’avoir posée, non ?

_ L’idée c’est que je ne sois absolument pas une menace pour elle, juste la fille qui est là pour son étude mais qui, à côté de ça, ne comprend rien au sujet abordé. Je me dis que, de cette manière, la question peut être plus frontale sans que ça puisse être particulièrement inquiétant.

Maddison propose son idée mais elle sait aussi qu’elle ne se sentira pas offusquée si l’idée est rejetée. C’est Adam qui semble avoir l’expérience de ce genre de chose, lui qui sait probablement mieux qu’elle comment il faut s’y prendre alors, forcément, elle finira par suivre le plan qu’il choisira. Elle n’est même pas certaine qu’il est possible de monter un plan de A à Z, trop de paramètres peuvent s’ajouter, faire changer les choses. Elle hausse les épaules, les lèvres un peu pincées.

_ Mais la pousser à bout peut fonctionner aussi. En fait, je suppose que ça dépend du genre de personne qu’elle est. Elle peut tout aussi bien nous demander de partir sans répondre à la moindre question, en gardant son sang-froid. Ça ne nous avancerait pas beaucoup.

Quoiqu’il en soit, Maddison ne montre pas de signe de nervosité. Elle est un peu nerveuse, c’est une certitude, tout le monde le serait un peu dans sa situation mais, ça va. Elle sait aussi, qu’avant de se lancer réellement, elle finira par demander à Adam les risques qu’ils encourent si les choses se passent de la pire façon qu’il soit. Demander ce genre de précision est une source de stress supplémentaire, elle en a pleinement conscience et, c’est exactement pour ça qu’elle lui demandera. Elle sait qu’elle peut donner le change et paraitre plutôt zen même si ce n’est pas le cas, et elle a besoin de son pouvoir alors, l’inquiéter un peu ne peut pas lui faire de mal. L’avantage, avec Adam, c’est qu’elle n’aura même pas besoin de lui demander de dire les choses cash, sans enrobage, c’est déjà ce qu’il fait en temps normal… Pour ce qu’elle a pu en voir et en juger.

_ On va vraiment faire ça, alors ?

Elle tourne la tête vers lui, semble prendre conscience de ce qui va réellement se passer. Tout était apparu de manière si inattendue, si rapide, qu’elle n’est pas certaine d’avoir pris le temps de réellement se rendre compte de ce qui va se passer. Et, en fait, elle ne change toujours pas d’avis, c’est juste étrange de se retrouver dans cette rue, prêt à faire quelque chose qu’elle n’aurait même pas songé à faire toute seule. Maddison se met à sourire en regardant Adam.

_ Je ne voyais pas le boulot d’entraîneur sportif de cette manière.

Il n’y a pas de jugement de valeur, même pas une critique dans le timbre de sa voix. Une constatation, il n’est question que de ça. Peut-être aussi une question à demi voilée sur les activités qu’il peut faire. Elle ne veut pas la moindre réponse, estime que ce n’est pas le moment pour ça.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Dim 25 Aoû - 21:17

Adam haussa les épaules.

— Si elle sait et qu’elle ne dit rien, elle y est pour quelque chose.

Le jeune homme, de toute évidence, n’était pas trop tolérant en matière de morale. Mais après tout, si une part importante de son existence consistait à se jeter au devant du danger pour sauver de parfaits inconnus, il n’était pas étonnant qu’il se montrât peu disposé à ergoter sur les motivations des criminels. Il devait bien avouer cependant que les crimes d’argent le répugnaient particulièrement : la facilité avec laquelle, au trentième étage d’un building ultra-moderne, on pouvait oublier les vies versées dans les fonds de pension le choquait profondément.

D’ailleurs, il n’aimait pas ce quartier, ces affaires, cette fierté toute new-yorkaise d’être la capitale financière du monde. Alors que les deux jeunes gens se frayaient un chemin entre les flux des passants pressés, Adam posait sur les visages un regard un peu plus noir que d’habitude. Sa sensibilité politique était froissée par l’idée que, pour bien des gens, ces hommes et femmes d’affaires étaient les véritables héros de l’Amérique.

Cette profonde réprobation lui faisait envisager plus spontanément qu’une autre la solution de la confrontation : l’idée de tenter de briser l’une des représentantes de ces empires financiers qu’il trouvait si immoraux et de le faire sur son propre terrain avait quelque chose de particulièrement séduisant. Et puis, de toute façon, en règle générale, il envisageait les rencontres à l’aune du combat, où la ruse tenait une large part, mais où la violence trouvait aussi son utilité.

La solution beaucoup plus pacifique de Maddison, qui se proposait de jouer à l’innocente, le prit un peu par surprise — ce qui, chez lui, s’exprimait toujours très flegmatiquement par un air un peu songeur. Il finit par hocher la tête et reconnaître :


— Non, non, tu as raison. Multiplier les questions naïves, pour pouvoir faire passer celle qui compte. C’est une excellente idée.

Dix mois plus tôt, Adam eût probablement rejeté toute nouvelle proposition en bloc et exigé de s’en tenir au plan qu’il avait prévu, lui. Mais depuis, il avait mûri, grandi et appris à accepter l’aide qu’on lui proposait ou qu’il venait chercher de lui-même. Sa fierté rigide et souvent inutilement dangereuse avait cédé la place à une patience plus ouverte aux suggestions de ceux qui croisaient son chemin — l’une des nombreuses améliorations de la fréquentation de Salem sur son caractère.

Le devin réfléchit encore un peu et finit par répéter, d’un air cette fois-ci tout à fait convaincu :


— Une excellente idée. Faisons comme ça.

Il désigna un café de l’autre côté de la rue.

— Viens, j’t’offre un truc. On va regarder les gens passer. Comment ils disent, les acteurs ? « Étudier les caractères ».

Ils se laissèrent emporter par la marée de dizaines de personnes qui recouvrit le passage piéton et les poussa de l’autre côté. Arrivés de l’autre côté, Adam croisa le regard de Maddison. La question de la jeune femme lui arracha un demi-sourire.

— T’inquiètes. C’est plus facile que ça en a l’air.

Les deux acolytes pénétrèrent dans le café ultra-moderne au design épuré, commandèrent et, une fois les boissons réglées, s’installèrent sur deux fauteuils qui faisaient face à l’immense baie vitrée et, derrière elle, à la rue. Une nouvelle fois, Adam se mit à observer les passants. Il mit quelques secondes à répondre à la remarque de Maddison.

— C’est pas ma vocation. Entraîneur sportif, je veux dire. C’est le temps de m’inscrire à l’université. Pour m’occuper. J’vais commencer des études, finalement.

Parfois, il plissait les yeux, suivait du regard, avec une intensité toute particulière, tel homme ou telle femme, détaillant les chaussures, le pantalon, la broche du chemisier, jusqu’à ce que la silhouette disparût à l’angle de la rue, puis il passait à quelqu’un d’autre, comme si le flux et le reflux continuels de ces êtres affairés cachaient des signes visibles et déchiffrables par lui seul.

— Avant, j’travaillais dans la politique. Stratégie électorale. Mais c’était… par sentiment du devoir, surtout. Salem m’a convaincu qu’il fallait plutôt que j’essaye de faire des trucs qui me plaisent. C’est une question de…

Survie, à vrai dire. Plus il se chargeait de responsabilités, plus ses visions étaient morbides, et plus ses visions étaient morbides, plus elles ravageaient sa santé. Mais Adam préféra une formulation plus générale :

— D’équilibre. Disons.

Il détacha finalement son regard de la foule pour reporter son attention sur sa coéquipière de la journée.

— Et toi ? T’as une idée de c’que tu veux faire, quand tu auras tes diplômes ?

Pour éviter de stresser Maddison d’avantage avec cette question redoutable pour les étudiants perdus, il prit soin de souligner :

— Remarque, t’as l’temps d’voir venir.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Dim 25 Aoû - 22:12

Le problème des gens qui ne sont pas sûr d’eux-mêmes sur quelques points, c’est qu’on accepte leur proposition. C’est déroutant, comme s’ils s’étonnent d’avoir pu proposer quelque chose que l’on peut qualifier de bien. Encore plus quand, à côté d’eux, se trouve une personne qui semble bien plus qualifiée qu’eux. Dans le cerveau de ces personnes, une petite voix, faible qu’il ne faut pas manquer, monte doucement pour leur dire « tu vois, toi aussi tu peux y arriver ». Ils ont du mal à y croire mais cette idée à quelque chose de séduisante alors, à ce moment-là et bien malgré, ils se mettent à sourire, tête baissée, pour eux-mêmes. Maddison, avant de traverser la rue, de s’installer, de commander une boisson et de remercier Adam d’avoir payé, n’avait pas échappé à cette règle.

Une nouvelle confiance, toute relative pourtant, s’est installée dans ses petits neurones. Elle en demeure quand même inquiète de la tournure que peu prendre les choses mais, elle fait en sorte que ça ne puisse pas se voir. Des petits signes, forcément, peuvent la trahir mais il faut savoir regarder, les voir et les interpréter. Elle a son soda dans les mains quand elle s’intrigue en se demandant les études qu’il pourra bien reprendre.  Elle ne dit rien mais le regarde quand il détaille les gens, elle trouve que ça à presque quelque chose de fascinant, comme si, de là où il se tient, Adam est capable de voir des choses qui lui échappent complètement. Elle se demande si c’est la même impression qu’elle donne aux gens quand son pouvoir fait des siennes, qu’elle est à la seule à voir des couleurs qui lui donnent tellement d’éléments. Elle cligne des yeux, reporte son attention sur son verre.

Maddison lui aurait prêté bien des activités mais absolument pas celle de la politique. Un mauvais jugement mais, elle ne voit pas la politique comme quelque chose de parfait droit et intègre. Adam s’intéresse à des malversations dans une entreprise, combien il y en avait dans un parti politique ? Il met un peu de temps à trouver le mot adéquat, forcément, elle se pose des questions. Elle s’en pose un tas. Elle boit quelques gorgées et reporte son attention sur la rue et les gens qui passent.

_ J’ai des études assez spécifiques pour avoir une idée de ce que je veux faire.

Elle sourit, reporte son attention sur lui, sans sentir la moindre pointe d’angoisse sur l’avenir. Elle n’est pas dans un cursus général, ce qui lui donne déjà une idée de ce qu’elle veut faire plus tard. Elle n’a pas une idée précise de l’endroit où elle se retrouver, elle sait juste ce qu’elle veut faire.

_ Je veux juste que ce soit utile. Ce que je peux faire. Je ne sais pas où, police, un service spécifique ou autre chose mais…

Elle hausse les épaules en réfléchissant un court instant.

_ … Il faut que ça serve pour quelque chose que je crois juste.

Elle n’a pas de meilleure explication à apporter. Ce qu’elle veut c’est qu’un gamin qui accuse son père d’être violent soit pris au sérieux, savoir que quelqu’un peut le croire. Une vérité qui s’applique dans plusieurs situations. Elle sait qu’elle ne peut pas aider tout le monde, elle n’a même pas la prétention de le vouloir mais si elle a cette particularité, c’est bien pour en faire quelque chose, non ? Sinon, à quoi ça sert. Ses études c’est parce qu’elle ne veut pas compter uniquement sur son pouvoir, parce qu’elle veut avoir une certaine crédibilité sans avoir à parler de ce même pouvoir.

_ Enfin, je crois que ce choix se porte plus sur un vécu. Mes intuitions, c’est juste une confirmation de plus et, quelque part, une aide supplémentaire.

Sa vie l’avait défini, elle continuera d’ailleurs à le faire. Son pouvoir ce n’est qu’une sorte d’extension pour l’aider à aller dans une voix qu’elle avait déjà choisie. Elle a presque l’impression qu’on lui donnait tout en main pour se racheter d’un tas de choses dont elle se sent encore coupable. Des mauvais jugements, elle en avait trop eu, malmenant quelqu’un qui avait tout fait pour elle. L’histoire ne doit pas se répéter.

_ Pourquoi tu fais tout ça ?

Elle ne sait pas comment fonctionne son pouvoir, ni même ce qu’il peut voir où la façon dont il le voit mais, à voir des choses qui vont se produire on doit facilement être tenté par un tas de choses apportant une vie plus facile d’un point de vue financier, par exemple. Mais lui, non, il va sauver la fille qui a trop bu dans une ruelle, il s’attaque à une énorme entreprise, tout ça est forcément motivé par quelque chose, non ?

_ Salem, il a l’air d’avoir une part de responsabilité dans certains de tes choix mais,

Elle ne sait pas qui est ce fameux Salem, celui qui revient souvent dans les mots d’Adam. Celui qui, très probablement, était la personne recevant des textos. Ce fiancé – ce dont elle ne doute pas, son pouvoir étant actif quand il l’avait dit – semble avoir une place assez particulière. Elle trouve ça mignon, elle trouve ça chouette. Un côté un peu fleur bleue, peut-être.

_ il ne doit pas y avoir que ça.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mar 27 Aoû - 8:51

Un instant, Adam considéra Maddison en l’imaginait en inspectrice de police. Ce n’était pas une mauvaise idée : si son pouvoir ne se faisait pas trop envahissant, elle pouvait obtenir d’excellents résultats. Étrangement, l’idée d’embrasser une semblable carrière et de faire ce qu’il faisait, mais dans la légalité, ne l’avait jamais traversé et, toute son existence, Adam avait plutôt envisagé la police comme d’encombrants antagonistes à fuir autant que possible plutôt que comme l’incarnation de ses propres idéaux.

Ce qui ne l’empêchait pas de transmettre de temps en temps quelques informations. Il avait fini par se faire des amis dans la police et dans le bureau du procureur, et certaines affaires, ponctuellement, faisaient des progrès improbables parce qu’un mystérieux informateur, dont on gardait l’identité secrète comme souvent, avait eu de curieuses intuitions à propos de telle ou telle affaire. Mais Adam ne s’était jamais vu avec un badge, un revolver et des règles à respecter.

Il n’allait cependant pas décourager la vocation des autres, aussi proposa-t-il :


— J’connais deux ou trois personnes, dans la police. Aux stupéfiants et aux homicides.

Adam connaissait toujours deux ou trois personnes, dans tous les domaines, à New York.

— J’pourrais t’présenter, si tu veux. Que t’ais un aperçu un peu concret d’la chose.

Mais, à son humble avis, Maddison aurait eu sa place plutôt dans une unité du F.B.I., prompt en général à accueillir des méthodes alternatives, qu’à la NYPD, qui s’avérait parfois un peu fermée aux investigations psychologiques. C’était d’ailleurs ce qu’Adam s’apprêtait à conseiller à sa collaboratrice quand celle-ci lui retourna en quelque sorte sa question. Aussitôt, le regard d’Adam quitta celui de la jeune femme pour se reposer sur la rue et ses passants.

Il secoua légèrement la tête et corrigea :


— Salem, il essaye plutôt d’me convaincre de pas m’faire tuer pour des inconnus.

Avec un certain succès, d’ailleurs. Jamais son fiancé n’avait tenté de le dissuader tout à fait de mettre sa vie en danger, mais il avait considérablement amélioré sa perspective sur les choses et c’était grâce à lui qu’Adam avait pu retrouver, sinon une vie normale, du moins une vie à lui, en dehors des visions, des responsabilités et du sacrifice de soi. Le devin eût bien parlé pendant des heures de ce que Salem faisait et disait, mais cela ne répondait pas exactement à la question de son interlocutrice.

D’un autre côté, il n’avait pas l’air tellement disposé à y répondre. Elle était complexe, cette question, et elle touchait à des choses fort personnelles qu’Adam lui-même n’était pas certain de bien comprendre. Il n’avait que des éléments et il ne voulait pas tous les partager. Pour ne pas paraître entièrement rétif cependant, et inspirer à Maddison un peu de la confiance qui serait nécessaire à leur entreprise, il en indiqua quelques-uns.


— D’abord, faut voir que j’ai pas tellement le choix de ce que je… devine. J’ai pratiquement aucun contrôle sur ça. Sur ce que ça concerne, quand ça arrive, les infos que ça donne. C’est la roulette. Et la plupart du temps, ce que je vois, c’est…

Adam s’interrompit le temps qu’un groupe d’étudiants passât à côté d’eux. Discuter de ce genre de choses en public exigeait toujours quelques précautions.

— …violent. Criminel. Dangereux. J’sais pas, j’ai jamais vu un numéro de loterie, par exemple.

Bien sûr, il avait des visions anodines et d’autres plus personnelles. Quand quelque chose le travaillait au quotidien, il lui arrivait de le prédire, comme d’autres en rêveraient et, parfois, ces prédictions étaient des plus agréables. Mais l’immense majorité de ses visions n’avait rien de plaisant.

— Ensuite, hm… C’pas comme si je regardais ça au cinéma, tu vois. Je sens tout. Parfois, je vis à la place d’une des personnes dans la scène. La victime, le bourreau, ça dépend.

Ce qui impliquait bien des souffrances physiques, dans ce cas, mais Adam passa sur ce détail.

— Alors c’est… Difficile de pas s’impliquer. Je crois. J’ai besoin que ça fasse sens. Et que certains de ces trucs arrivent pas. Sinon le monde serait vraiment trop… Désespérant.

Ce n’était pas les seules raisons, mais c’était celles auxquelles Adam avait toujours songé, sans jamais chercher à creuser beaucoup plus profond. Au fil des années, il s’était convaincu qu’il n’avait plus vraiment le choix. C’était une manière de donner un sens à son existence. Il avait fallu que Salem fît irruption dans sa vie pour qu’il se rappelât qu’il n’était pas qu’une machine à prédire et à résoudre, mais aussi un jeune homme de vingt-et-un ans, avec une vie devant lui.

Visiblement peu désireux de s’étendre sur son propre cas, Adam changea presque aussitôt de sujet, en reportant son regard sur Maddison.


— On va bientôt y aller, je pense. Tu t’sens prête ?

Ils avaient encore un peu de temps devant eux — Adam songeait à s’y rendre à l’avance pour observer un peu l’environnement de la Jaxon, en attendant l’heure du rendez-vous à proprement parler, mais il était tout aussi disposé à temporiser, si son acolyte avait besoin de rassembler ses esprits avant de partir à la bataille.
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mar 27 Aoû - 12:22

Elle ne se sent pas découragée, elle hoche même la tête dans un sourire remerciant mais n’ajoute rien. Pas qu’elle tient absolument à refuser son offre c’est, seulement, qu’elle n’en ait pas là. On lui offre des intervenants lors de ses cours, des stages, des façons de voir comment ça se passe mais elle n’est pas décidée sur le service à intégrer, pas encore. Elle veut se laisser le temps de la réflexion, de voir où elle pourrait être le plus utile. Rien n’est figé, elle ne sait pas où elle va finir, parfois les choses font qu’on a des idées de voix à emprunter et, en fait, on se retrouve dans tout autre chose. Jusqu’à présent, par exemple, elle n’a jamais imaginé suivre quelqu’un qu’elle ne connait pas pour se lancer, hors appui légal, dans une histoire qui peut vite la dépasser.

Elle l’écoute parler de Salem et des raisons qui l’envoient dans ce genre d’entreprise. Malgré le sujet, il y a quelque chose de rassurant dans le fait de parler de choses un peu plus normales. Au moins, il n’est pas question de faux papier, de conduite à tenir, d’empreinte à éviter de laisser un peu partout. Il est question de pouvoir, de capacité et de ce qu’on peut en faire mais, ça lui semble bien plus normal que de jouer les espions. Elle ne cherche même pas à imaginer les conséquences du pouvoir d’Adam, par expérience, elle sait que personne ne peut réellement imaginer les choses à moins de les vivre. Ce genre de capacité, elle voit ça comme quelque chose de parfaitement personnel, que seule la personne concernée peut vraiment comprendre et prendre en compte.

Le menton dans la paume de sa main, elle se dit qu’elle n’aimerait sûrement pas le pouvoir qu’il a. Rien que l’idée de tout ressentir en étant à la place d’un protagoniste… Ça lui parait affreux comme idée. Elle est loin de penser qu’il lui dit cela pour se faire plaindre alors, sagement, elle s’abstient de tout commentaire. Elle hoche une nouvelle fois la tête, en la redressant et laissant sa main retrouver la table. Que les choses puissent avoir un sens, que ce dont ils sont capables puissent servir. Elle est d’accord avec ça. Ca la dépasse un peu, beaucoup, parce que bien qu’elle sache qu’il est question d’un gène, elle ne comprend pas pourquoi elle, pourquoi cette particularité. S’en servir, essayer d’en tirer quelque chose, c’est comme une sorte de réponse à ses interrogations finalement.

Il ne lui donne pas l’occasion de pouvoir répondre quoi que ce soit, revenant très vite sur ce qui les attend. Maddison cligne des yeux, revient sur terre, sur ce qui les attend et attrape son verre pour finir les quelques gorgées qui restaient. Elle inspire un bon coup, jette un dernier regard sur les personnes qui sont dehors avant de revenir sur Adam dans un hochement de tête.

_ Oui.

Elle croit… Mais elle évite de l’ajouter à sa réponse. Elle met sa volonté à l’épreuve, son envie de bien faire aussi. Elle veut l’aider, elle ne veut pas décevoir, un tas de choses s’entrechoquent dans son cerveau mais, elle se dit que c’est normal.

_ J’ai juste une requête. Avant que tout ne commence, trouve un moment, le plus tard possible pour me dire ce qu’on risque dans le pire des cas, si tout devait se passer le plus mal possible.

Pour elle cette demande lui semble des plus logiques, elle sait pourquoi elle le fait mais, c’est en prononçant ces mots qu’elle se dit que ça peut être logique uniquement pour elle. En fait, sans son raisonnement, on peut même voir ça comme une sorte de pessimisme, comme si elle ne croit absolument que ça puisse réussir. C’est loin d’être le cas alors, très rapidement, elle s’explique sur cette demande.

_ Je… enfin, tu vois, je ne choisis pas quand ça fonctionne ou pas mais c’est lié à mes états. Plus je flippe, enfin plus un sentiment est présent et plus ça de chance de s’activer. Alors, stresser ou flipper sur les risques, c’est une chance de plus de me voir capable de réussir.

Elle a l’impression de se perdre un peu dans ses explications et, maintenant, de passer pour la fille qui va avoir l’air de flipper comme une malade. Elle se connait, elle sait qu’elle peut être en flippe totale et, pourtant, rester calme et sereine mais, Adam, lui, il ne connait rien d’elle. Ce n’est pas le genre d’information qu’on trouve sur un organigramme d’université. Du coup, voilà qu’elle agite un peu les mains.

_ Mais ne t’inquiète pas, je suis capable de craindre quelque chose, sans le montrer.

Elle sourit pour tenter de finir de le convaincre, si besoin en est. Un sourire avec un fond un peu étrange, cette capacité ne s’est pas spécialement forgée dans la joie et la bonne humeur, elle ne l’a pas apprise sur des planches de théâtre – chose qu’elle n’a jamais fait de sa vie -, l’expérience personnelle… Chose sur laquelle elle n’a pas la moindre envie de se voir s’étendre alors, elle se lève et, n’ayant pas idée de l’endroit où se trouve la Jaxon, c’est, une fois de plus, Adam qu’elle suit pour se retrouver devant l’endroit voulu.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mar 27 Aoû - 17:52

Adam finit sa tasse de café sans rien ajouter. Depuis quelques temps, quand il parlait de son don, il avait l’impression que quelque chose manquait. Ses motivations n’étaient pas très claires, même pour lui. Et le fonctionnement du don, lui aussi, lui échappait. Pendant un ou deux ans, il avait eu l’impression que les manifestations s’en étaient stabilisées et, depuis trois mois, de nouveaux phénomènes apparaissaient, absolument inédits, à la fois progrès et régression.

Il chassa ces inquiétudes de son esprit, pour se concentrer sur la tâche du jour. Au moins, ce ne serait pas très compliqué. Il ne risquait pas un mauvais coup de couteau s’il commettait une erreur. Et ce milieu de costumes-cravates, il le connaissait mieux qu’il n’en avait l’air ou qu’il ne voulait bien l’avouer : la politique et la finance étaient deux univers voisins et, en fréquentant le premier intensivement pendant quelques mois, il avait fatalement fréquenté le second.

Le jeune homme allait se lever quand il fut arrêté par les requêtes de Maddison. Tout autre qu’un mutant aurait trouvé le raisonnement de la jeune femme pour le moins contre-intuitif, mais la plupart de ceux qui n’avaient pas un don permanent savaient que le stress était parfois le seul moyen de le déclencher et, dans les premiers temps, de le contrôler. Adam hocha la tête et précisa en passant :


— T’sais, y a d’autres moyens de… contrôler tout ça. J’veux dire, sans s’mettre la pression à chaque fois qu’on veut l’utiliser. Mais on en reparlera après.

L’une des principales leçons de l’Institut consistait précisément à remplacer ces facteurs déclenchants extérieurs en exercices de la volonté. Ce n’était pas possible pour tous les pouvoirs ou, tout du moins, certains étaient bien plus compliqués que d’autres. Autant qu’Adam avait pu en juger, en comparant avec ses camarades, il avait hérité de l’un des dons les plus retors de l’Institut — mais enfin, il était toujours possible d’améliorer un peu son existence.

Le regard du jeune homme s’attarda quelques secondes encore dans celui de Maddison, pour sonder sa volonté, puis finalement s’en détacha et Adam, après avoir rajusté sa cravate, se releva, attrapa sa mallette et sortit dans la rue. Ils n’eurent à marcher que cinq ou six minutes, dans les rues toujours bondées du centre d’affaires, pour atteindre un immeuble dont la Jaxon occupait les dix derniers étages. Les jeunes gens s’engagèrent dans un ascenseur immense, avec d’autres personnes — des cadres, des employés de bureau, de secrétaires, des coursiers, toute la population de ces immeubles financiers.

Au quarantième étage, l’ascenseur s’ouvrit sur l’accueil de la Jaxon : un immense comptoir en demi-ellipse, orné du nom de la corporation et derrière lequel attendait une jeune femme, casque d’opératrice sur les oreilles et sourire d’un calme olympien et travaillé aux lèvres. Lorsque les deux complices s’approchèrent, elle les accueillit de cette voix à l’improbable douceur qui exigeait probablement des heures d’entraînement :


— Bonjour et bienvenue à la Jaxon Corporation. Je m’appelle Amelia. Que puis-je faire pour vous ?
— Nous avons rendez-vous avec Ms. Fieldman.
— Puis-je vous demander votre nom ?
— Junichiro Watanabe.
— Auriez-vous une pièce d’identité ?

Adam sortit un permis de séjour plus vrai que nature qu’il tendit à la jeune femme. Depuis qu’il avait repris la parole, une infinité de petits détails avait changé : un léger accent japonais s’était glissé dans le rythme de sa syntaxe, mais son anglais s’était fait plus distingué. Ses gestes, moins souples, moins sportifs, son air, moins assuré. Il ne dégageait plus son aura de calme dangereux qui le distinguait ordinairement.

Il rangea le permis qu’Amelia lui rendait.


— Quarante-septième étage.

Haut dans la chaîne alimentaire.

— Vous pouvez prendre nos ascenseurs particuliers.

La réceptionniste indiqua d’autres cabines, dans le couloir, et les deux acolytes, après un sourire un peu distrait d’Adam, les gagnèrent. Comme il l’avait conseillé, Adam n’avait pas posé ses mains sur le comptoir d’accueil. En le contournant, il attrapa un prospectus de la Jaxon, qui présentait les activités de la corporation et, une fois dans l’ascenseur particulier, faisant mine d’avoir les mains encombrées, il appuya sur le bouton du quarante-septième étage à travers le papier du dépliant.

Puis il l’ouvrit en faisant mine de le parcourir. Bientôt, les portes de l’ascenseur se rouvrirent et un second comptoir, assez semblable au premier, s’étendait devant eux, portant cette fois l’inscription « Services financiers ». À nouveau, ils se rapprochèrent.


— Junichiro Watanabe et Maddison Williams pour Ms. Fieldman.
— C’est à quel propos ?
— Nous avons un rendez-vous. Je suis avec le Kyoto Economics Journal et Ms. Williams avec l’Hudson University.
— Vous êtes un peu en avance…

Adam fit mine de regarder sa montre d’un air confus, comme le bon chercheur distrait et perdu qu’il était.

— Ah. Oui. Y a-t-il un moyen de, une salle pour…
— Patienter ?
— S’il vous plait.
— Suivez moi.

La réceptionniste contourna son comptoir et les guida jusqu’à un salon qui servaient à recevoir les rendez-vous des divers responsables. Il était vide pour l’heure.

— Je peux vous servir quelque chose en attendant ?
— Non, merci, merci beaucoup.

La réceptionniste jeta un regard interrogateur à Maddison, pendant qu’Adam s’asseyait dans un fauteuil, ouvrait sa mallette opportunément encombrée de documents divers et mal rangés, afin d’y glisser le prospectus de la compagnie bien en évidence.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 28 Aoû - 3:47

Il est clair que ce n’est pas le bon endroit, ni le bon moment, pour se tester à des expériences, qui lui paraissent expérimentales, sur le fonctionnement de son pouvoir. Elle n’a pas vraiment le temps pour cela. Si une méthode d’apprentissage au contrôle de capacité existait, en moins de trente minutes, tous les mutants auraient déjà sauté dessus, rendant, au passage, riche son auteur. Elle sait déjà qu’Adam semble avoir bien plus d’informations qu’elle sur le sujet, ce n’est pas la première fois qu’elle a cette impression mais, vraiment, ce n’est pas le sujet pour le moment. De manière assez distraite, elle a simplement hoché la tête avant de le suivre.

Le bâtiment l’impressionne, ce n’est qu’un immeuble avec un nombre incroyable d’étages mais rien de réellement surprenant à New York, encore moins dans ce quartier. Son sentiment lui vient sûrement de ce qu’ils ont prévu, elle efface cette pensée de sa mémoire ou, du moins, la calle dans un coin de son cerveau. Quatrième étage, elle voit Adam qui ne touche à rien, ça lui rappelle de faire la même chose. Pas qu’elle l’ait oublié mais, vous savez, les habitudes. Elle croise les mains, s’emmêle les doigts et laisse ses bras tendus devant elle, dans une posture tout à fait acceptable. Maddison aurait volontiers donné sa carte d’idée mais, celle d’Adam a suffi, on ne lui demande rien, elle n’insiste pas.

Finalement, c’est lui qui l’impressionne. A croire qu’il a fait ça toute sa vie. Il faut le voir appuyer sur le bouton de l’ascenseur, le geste semble tellement naturel, absolument pas prémédité et pourtant… En réalité un tas de choses changent chez Adam, non, chez Junichiro. Elle aurait bien fait le détail de tous ces petits changements mais, au lieu de ça, elle regarde le compteur de l’ascenseur afficher les étages qui passent, les mains toujours devant elle. Maddison, une fois l’ascenseur ouvert, s’approche du deuxième accueil, un sourire parfait sur le visage pour faire office de bonjour. Etre polie, il parait qu’il faut toujours l’être.

Intérieurement, bien qu’elle garde la même allure, elle se sent soulagée de savoir qu’ils vont devoir patienter. Elle tenait à sa dernière requête, qu’elle pensait voir apparaitre dans l’ascenseur. Adam est en avance mais, il le sait parfaitement. Ce n’est que dans la salle d’attente que Maddison, dans un nouveau sourire avec un mouvement de tête simple répond au regard de la réceptionniste.

_ Non, merci.

Non sans ce sourire de remerciement, elle va prendre place pendant que la réceptionniste part retrouver son poste. On peut  lui apporter toutes les boissons de la terre qu’elle est certaine de ne rien pouvoir avaler. Une boule lui noue le ventre et elle est bien contente que ce genre de détail ne puisse pas se voir. Elle s’installe sur un fauteuil, droite, les mains toujours emmêlées sur ses jambes. On lui demande de ne toucher à rien, elle se sent un peu comme un automate à tout prendre au pied de la lettre. Il ne s’est pas écoulé deux minutes que la porte s’ouvre à nouveau sur la réceptionniste.

_ Ms Williams ?
_ Oui ?

A force de se répéter ce nom dans sa tête, elle réussit à ne pas laisser la moindre hésitation ou un blanc quand elle entend ce nom qui lui est pourtant inconnu. Elle garde son sourire, bien qu’un peu interrogateur, ce qui lui semble légitime en réalité. Elle se pose un tas de questions, se demande ce qu’elle a fait de travers mais, n’exprime absolument pas ce conflit intérieur.

_ Je suis navrée mais est-ce que je peux vous demander une pièce d’identité.

Finalement, être seulement accompagné de quelqu’un ne suffit pas.

_ Oui, bien sûr, juste une seconde.

Elle prend son sac et, rapidement, identifie l’emplacement de son portefeuille qu’elle sort pour en extraire la pièce d’identité spécialement conçue pour ce jour-là. Celle d’Adam était passé sans aucun souci, elle ne s’inquiète donc pas de la sienne. Maddison se relève et fait les quelques pas qui la séparent de la réceptionniste pour lui tendre l’objet demandé qui ne fait pas office d’une très grande vérification.

_ Merci.
_ De rien.

Toujours ce sourire bienveillant sur les lèvres de Maddison, elle récupère sa fausse pièce d’identité alors que la réceptionniste les laisse à nouveau seuls. Elle retrouve rapidement sa place, laisse échapper doucement l’air qu’elle avait comprimé dans ses poumons. Elle ne s’en est même pas rendu compte mais, elle fait au moins l’effort de laisser cet air s’échapper de manière discrète même si, dans la pièce, il n’y a qu’Adam. Elle n’ose pas poser la moindre question à Adam, elle ne sait pas si une caméra n’est pas cachée, ce genre de chose. Les expériences de ce genre, c’est une grande première pour elle. Tout va bien se passer. Dans son sac, elle organise un peu ce qui s’y trouve pour mettre le bloc note en premier lieu, sur lequel elle accroche un stylo. Moins elle aura à chercher dans son sac, mieux elle se portera une fois qu’elle saura dans le bureau de Fieldman.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 28 Aoû - 16:12

Adam ne prit même pas la peine de relever les yeux quand la réceptionniste revint pour vérifier le faux permis de conduire de Maddison. Pour un rendez-vous avec un cadre, ils n’allaient certainement pas se mettre à scanner scrupuleusement les pièces d’identité et la Jaxon Corporation n’était pas une compagnie militaire privée ou une industrie sensible. L’espionnage industriel, principal ennemi des grandes corporations, n’avait pas vraiment cours dans le domaine et ce qu’ils venaient chercher, eux, sous le couvert de leurs fausses identités, n’intéressaient guère que les Fédéraux — et les Fédéraux ne cherchaient pas à se faire particulièrement discrets.

À nouveau, le silence retomba dans la salle d’attente. Au bout de quelques minutes, Adam, qui avait parcouru des yeux, sans rien dire, les murs, les plinthes, les chaises, se pencha vers Maddison et murmura :


— Dans le pire des cas, on a raison, ils sont au courant et ils nous repèrent. On a pas de preuves, ils vont certainement pas tuer deux personnes pour ça. Mais ils vont essayer de nous noyer sous les procédures judiciaires. Techniquement, on usurpe pas d’identité, parce que ces gens existent pas. Mais on pénètre illégalement dans une propriété privée. Ils peuvent nous faire arrêter. Il y aura une garde à vue. On fera passer ça pour une plaisanterie d’étudiant. Au pire, dans 72 heures, on est dehors.

Ce n’était sans doute pas la perspective la plus terrifiante du monde et il fallait bien avouer que, somme toute, cette mission était de loin l’une des moins dangereuses dans lesquelles il se fût engagé. Toutefois, s’il y avait bien une chance qu’Adam voulait éviter, c’était une garde à vue réussie pour la police — et que ses empreintes digitales fussent rentrées dans le fichier informatique. Il était précautionneux, certainement, mais il avait été jeune un jour et il préférait se méfier des erreurs qu’il avait pu commettre alors.

Du coin de l’œil, il observa son élève en crime. Il n’était pas certain que soixante-douze heures dans un poste de police fussent suffisantes pour stresser Maddison et déclencher son pouvoir sans difficulté. La jeune femme s’était peu à peu renfermée dans son rôle et même lui peinait à décrypter ses émotions. Pendant un instant, il se demanda s’il ne devait pas en rajouter un peu, lui exagérer les désagréments d’un interrogatoire de police, pour faire monter la pression. La surenchère ne lui parut finalement pas des plus judicieuses.

Un petit quart d’heure plus tard, un homme d’une trentaine d’années fit son apparition dans la salle d’attente, l’air passablement ennuyé — probablement avait-il mieux à faire qu’escorter des visiteurs, pour grimper dans la hiérarchie de la société.


— Par ici, s’il vous plait.

Adam se leva et, avec un sens tout japonais de la hiérarchie, précéda Maddison dans les couloirs. Ils ne tardèrent pas entrer dans un grand bureau qui exhibait l’un des principaux luxes new-yorkais : l’espace. Le bureau trônait au milieu d’une pièce pour le moins minimaliste : un fauteuil imposant d’un côté, deux fauteuils plus simples de l’autre, une œuvre d’art abstraite sur le mur de gauche, une œuvre d’art abstraite sur le mur de droite, et tout le quartier d’affaires qui s’étendait au pied de l’immeuble, par la baie vitrée.

Fieldman se leva de son siège pour designer les deux fauteuils d’un geste de la main, avec un sourire un peu distrait.


— Bonjour… Bienvenue. Je vous remercie d’être venu. Vous êtes donc…

Elle laissa sa phrase en suspens, manière de poser des questions sans en poser. Adam s’inclina légèrement en avant, avant de se redresser un peu vite, comme un Japonais qui tenterait d’oublier ses coutumes de salutation sans tout à fait y parvenir.

— Watanabe Junichiro, du Kyoto Economics Journal. Voici ma collègue Maddison Williams de l’Hudson University. Département de sciences comportementales. Votre secrétaire nous avait assuré, au téléphone, qu’une observation était possible…

Il la sonda du regard, en lui laissant le soin de compléter la phrase d’elle-même. Fieldman hocha la tête en s’asseyant, bientôt imitée par ses invités.

— Bien sûr, bien sûr. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut aider la science à progresser.
— C’est très généreux, merci, très généreux.

Adam posa sa mallette sur ses genoux, l’ouvrit, et se mit à farfouiller à l’intérieur, brassant des feuilles et relevant de temps à autre un regard gêné vers Fieldman, qui l’observait avec un sourire patient mais un peu figé.

— Je… Voilà, oui, voilà.

Il sortit un calepin et un stylo, avant de reposer la mallette à côté de lui. Fieldman se cala dans son fauteuil pour se donner un air calme, mais, avec une once d’incertitude, elle souligna :

— Je vous avoue que je n’ai pas tellement l’habitude de donner des interviews. Je laisse cela aux relations publiques et je m’occupe plutôt des chiffres, à vrai dire.

Très occupé à dévisser le bouchon de son stylo, en faisant tenir dans un équilibre précaire le calepin sur ses genoux, Adam releva les yeux et adressa un sourire à la fois rassurant et nerveux.

— Ne vous inquiétez pas, c’est très… simple. Oui, voilà. Je vais vous poser des questions sur votre travail, un peu sur votre parcours. Ms. Williams vous demandera peut-être quelques éclaircissements techniques, sur des points de finance ou d’économie. Et puis, avant que l’article ne paraisse, vous aurez, bien sûr, une copie, pour rédiger un peu plus, si vous voulez, n’est-ce pas.

Il griffonna rapidement quelques informations sur son calepin, avant de sourire une dernière fois.

— Prête ?

La question s’adressait sans doute beaucoup plus à Maddison qu’à son interlocutrice principale.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Jeu 29 Aoû - 1:15

Assise sur la chaise, la main dans son sac pour en sortir son calepin, déjà tout prêt, Maddison s’est lancé dans un échange de sourires courtois, les présentations menées par Adam, elle a fini par hocher la tête, son bloc-notes sur les genoux et son stylo dans les mains. Elle est prête, elle ne peut pas l’être plus, en fait, honnêtement, elle n’en sait rien. Elle n’a aucune idée de la manière dont les choses vont se passer, des moments où elle pourra intervenir. Ça n’a rien à voir avec le théâtre, c’était de l’impro, rien n’est écrit, préciser, il n’y a personne pour souffler des répliques oubliées ou dire quand intervenir.

Ms. Fieldman est prête, elle aussi, ça sonne comme un top départ d’une course qu’on n’arrête pas en chemin. Il est toujours possible de fuir, de simuler un besoin urgent de sortir mais, Maddison s’y refuse catégoriquement. Maintenant qu’elle est là, elle s’imagine s’incruster sur son siège, les avants bras uniquement sur elle, ses mains sur son calepin. Et puis, finalement, le début d’entretien se passe plutôt bien, elle prend des notes pendant qu’Adam, pour le coup devenu Junichiro, pose des questions sur le parcours de cette femme dont les expressions ne sont pas nombreuses.

Maddison a cette impression de se retrouver devant une personne briefée pour avoir les bons gestes, les bonnes réponses et signaux avant de répondre. Peut-être quelque chose qu’on imposait, ou qui était utile quand il s’agissait de défendre un point de vue ou d’inspirer confiance. La seule chose qu’elle trouve réellement notable, c’est ce petit doigt, celui de droite, qui de temps en temps tressaute que légèrement, un peu comme si Fieldman avait envie que l’entretien ne s’éternise pas trop longtemps.

La première intervention de l’étudiante est presque spontanée. Un mot qui sort, un choix de filière au sein même de la comptabilité, des initiales à la noix qu’elle ne comprend pas. Elle relève la tête, s’excuse, confuse, demande une explication, l’air un peu navré de devoir les interrompre. Son remerciement est presque inaudible, avec une envie de se refaire aussi petite que possible pour les laisser reprendre. A croire qu’elle tient à rester dans son rôle d’observatrice, sans entrer dans leur conversation mais, il faut bien qu’elle comprenne les choses, non ?

Finalement, Maddison se dit que ça ne va pas être si compliqué que ça, un tas de mots qu’elle ne comprend pas, ou n’est pas certaine de comprendre, sortent, ce qui lui donne une bonne raison pour, de temps en temps, lever très légèrement une main, qui devient presque un signe d’excuse, avant de redemander des précisions sur ce qui a pu être dit. Jusqu’à présent, Fieldman, a toujours répondu avec ce même sourire figé qu’elle avait offert à Adam à leur arrivée et, toujours ce petit doigt qui sautille légèrement. Un signe d’agacement, plus que d’impatience.

L’entretien se poursuit et Maddison parait crédible dans sa prise de notes, elle remercie le fait d’être toujours étudiante pour ça. Adam de son côté à une aisance déconcertante à jouer un rôle qui lui va parfaitement. Elle est bien loin de son niveau mais, elle arrive déjà à ne pas trembler de tous ses membres et à ne pas faire fuir son regard après avoir posé une question. Ce n’est déjà pas si mal, hein ? Disons qu’elle joue son rôle sans réellement prendre des libertés, s’en tenant à ce qu’on a pu lui demander.

_ Je suis vraiment navrée mais, la répartition financière c’est quoi exactement ?

Elle admet volontiers que Fieldman peut avoir des doutes sur sa couleur de cheveux naturel pourtant, une fois de plus, c’est avec un sourire de façade qu’elle porte son regard sur Maddison, et d’une voix qui ne s’élève jamais, répond.

_ C’est la manière dont on répartit les bénéfices de l’entreprise. Un pourcentage va dans l’investissement pour l’entreprise, un autre dans le pourcentage patronal et le reste devient les dividendes.

Fieldman fait un effort pour expliquer les choses à Maddison qu’elle doit commencer à croire inculte dans le monde de la finance. Elle explique les choses en gros, sans vraiment donner dans les détails techniques qui perdrait la jeune femme. Maddison lui offre son plus beau regard navré en entendant le dernier mot. Hop, un petit doigt qui tressaute. Avec continuer comme ça, Adam n’aura pas besoin de la faire sortir de ses gonds, Maddison et ses questions vont finir par y arriver sans le vouloir. Elle garde son air mais ça la stress quand même, et voilà que Fieldman se retrouve entouré d’une jolie et dangereuse lueur. Maddison cligne des yeux à cette apparition mais s’abstient, se force, à ne rien faire d’autre comme baisser le regard. Elle ne l’a pas fait depuis le début quand on lui parlait, elle ne peut pas le faire maintenant.

_ Les dividendes c’est ce que l’on verse à nos actionnaires. Par exemple, si une personne possède 10% de part alors, on lui verse 10% de ces dividendes.
_ Merci.

Elle retourne à ses notes non sans un nouveau sourire à son interlocutrice, laissant les deux experts – bien plus qu’elle, à ne pas en douter – repartir dans des considérations plus poussées et, donc, plus techniques.  Sur le coup, elle n’en avait pas conscience mais, laisser Fieldman parler d’actionnaires était un bon tremplin. Ce sont  eux qu’il faut attirer, non ? Eux qui investissent en passant avoir un bon retour, ce qui est le cas pour les premiers arrivés et qui le devient beaucoup moins pour les derniers arrivants. Elle a bien ce schéma de pyramide en tête mais ce n’est pas pour autant que ça lui dire. L’entretien se poursuit pour arriver sur la manière dont les actionnaires retrouvent leurs investissements et le bénéfice qui va avec. Une fois de plus, Maddison les interrompt avec cette main qui se lève à peine. Elle commence à bien aimer le petit doigt de Fieldman. L’air interrogateur, et pas très certaine de ce qu’elle va dire :

_ Et, si vous avez un problème à payer les investisseurs, est-ce qu’il vous arrive d’aller chercher de l’argent chez les employés de la société...

Elle hausse les épaules, en énumérant ce qui lui passe par la tête.

_ Le patron ou une société qui appartient à celle-là, enfin, ce genre de chose ?

Maddison garde son air de néophyte complète, aux questions qui peuvent paraitre comme absurde. Elle ne se détache pas de cet air mais, son cœur est devenu une usine qui tambourine comme un malade. Elle ne l’a pas fait depuis le début alors le fait qu’elle garde son regard sur Fieldman ne doit pas paraitre étrange, elle a aussi gardé son stylo en main, prête à écrire comme si de rien n’était une fois qu’elle aura eu une énième réponse.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Jeu 29 Aoû - 16:57


L’entretien débuta. Pendant un long moment, Adam s’attarda sur la carrière de son interlocutrice : ses années de formation, ses premières entreprises, ses opportunités, les réseaux professionnels qui l’avaient amenée au poste qu’elle occupait, les qualités qu’elle estimait nécessaires à sa fonction. Pour n’importe quel intervieweur, c’était la manière de mettre en confiance un interlocuteur peu habitué à répondre à des questions ; pour Maddison et Adam, c’était aussi un premier moyen de décrypter les réactions de la femme.

Peu à peu, les questions cependant s’étaient faites plus précises. Adam lui-même marchait sur un chemin très étroit. Il avait des connaissances en économie, mais elles étaient schématiques et, en tout cas, très en-dessous de celles non seulement de Fieldman mais du Junichiro qu’il avait inventé. Il aurait suffi que la conversation dérivât en quelques phrases pour que la supercherie fût éventée — un point qu’il avait soigneusement évité de souligner, bien entendu, lorsqu’il avait présenté la mission sous ses meilleurs auspices à Maddison.

Mais la première partie de l’entrevue, faite de questions brèves et de réponses peu développées, avait imposé un rythme rapide et directif qu’Adam continuait à exploiter — il pouvait donc sans difficulté interrompre Fieldman pour lui demander de préciser un point central quand il la sentait progresser vers des territoires qui excédaient la méticuleuse préparation à laquelle il s’était livrée. Bientôt, les questions de Maddison s’entremêlèrent aux siennes, empêchant Fieldman de se reposer sur un rythme de croisière.

Naturellement, une pareille stratégie jouait quelque peu avec les nerfs de la femme d’affaires et, plus le temps passait, plus ils risquaient de se faire mettre dehors par une Fieldman pressée de s’en retourner au calme silencieux de ses chiffres et de ses feuilles de calcul. Adam songeait à presser un peu le sujet, quand Maddison glissa enfin, avec un air de parfaite naïveté, la question cruciale.

Fieldman s’interrompit et regarda la jeune fille comme si elle avait tenté de divisier un entier par zéro.


— Bien sûr que non. Ce serait parfaitement illégal. Et totalement idiot, à vrai dire.

Elle se reprit et tenta une approche un peu plus diplomatique et plus pédagogique :

— Si l’on fait tourner l’argent en vase clos, la ou les sociétés qu’il alimente finissent par s’effondrer. Elles ne peuvent pas réagir aux agressions extérieures. Tout le principe d’une économie de capitaux réside dans la circulation de ces capitaux entre instances tierces.
— Mais il y a de cas de montages financiers illégaux qui correspondent à ce que Ms. Williams évoque. Comment s’assurer qu’une partie de la société ne les mette pas en place pour maximiser les bonus à court terme ?
— Il suffit de contrôler les méthodes de calcul des bénéfices prévisionnels. Si une irrégularité comptable, volontaire ou non, perturbe le cycle des investissements et de retours sur investissements, les bénéfices prévisionnels devraient montrer une tendance à la baisse, soit dans les bénéfices eux-mêmes, soit dans le calcul des intérêts, pour les prêts industriels.
— Et c’est une partie de votre travail ?
— En théorie. En pratique, je m’occupe des opérations financières qui soutiennent l’expansion de la société. Les agents de la division comptable s’occupent de la régularisation de nos capitaux.

Adam avait eu l’impression que la réponse de Fieldman à la question de Maddison avait été parfaitement sincère mais, même sans en être certain, il poursuivait la conversation sur ce terrain. Si Fieldman avait menti, la constance avec laquelle elle continuait à le faire était un bon indicateur de son implication dans le montage. Si au contraire elle avait dit la vérité, ses propos reflétaient son dévouement au fonctionnement légal d’une société et le rôle qu’elle pouvait jouer dans la résolution d’une crise éventuelle.

— Et si une irrégularité apparaît, ils vous font un rapport ?
— C’est cela. À partir de ce rapport, je ferais des recommandations aux dirigeants de la société qui prendraient les mesures appropriées.

Le tour de la question était fait et, pour éviter d’éveiller des soupçons inutiles, Adam passa à des questions plus générales :

— Cela fonctionne de la même manière dans toutes les sociétés ?

L’entretien reprit et quitta les positions personnelles de Fieldman pour aborder le fonctionnement traditionnel de la plupart des grandes entreprises financières. Un petit quart d’heure plus tard, Fieldman entreprit, plus ou moins délicatement, de mettre fin à la discussion — parce que le temps, c’était de l’argent. Après quelques politesses d’usage, les deux jeunes gens sortirent du bureau et furent recueillis aussitôt par le secrétaire de Fieldman, qui entreprit de les reconduire vers l’ascenseur.

Brusquement, comme mû par une soudain inspiration, Adam interrogea le jeune homme :


— Croyez-vous qu’il soit possible de, hm, disons, visiter le service comptable ? Vous savez, pour donner un peu plus de chair à tout cela, voir, comment dire ?, le quotidien. Les petits mains, oui, c’est cela, les petits mains de l’entreprise au travail.
— Eh bien…
— Ms. Fieldman a déjà été si utile, en vérité, oui, très… pédagogique ? Je crois qu’on peut dire cela comme ça. Je suis sûr qu’avec un semblable tempérament, elle doit prendre soin de votre avancement…
— Oui, je suppose…
— Je ne regrette pas, vraiment, ce choix. Ce sera un plaisir de faire connaître une telle professionnelle…

Le secrétaire parut réfléchir. Meilleur l’article, meilleure la réputation de Fieldman, meilleure la réputation de Fieldman, meilleurs les postes qu’elle occuperait dans le futur — et donc meilleurs les siens.

— Venez, c’est par ici.

Il laissa les ascenseurs à leur gauche et les engagea dans un nouveau couloir, avant de déboucher dans un espace libre où une dizaine d’employés travaillaient à la comptabilité de l’entreprise. De nouveau, Adam parut se rappeler, du fond de sa distraction, un détail qui lui avait échappé.

— Ah oui, il faudrait dire à Ms. Fieldman que l’article paraitrait en mars prochain.
— J’y penserai…
— Sans doute devrais-je lui envoyer un formulaire d’assentiment, qu’il faudra compléter en deux exemplaires et…
— Attendez, je vais chercher de quoi noter.
— Ah, très bien, très bien…

Une fois le secrétaire parti et la voix libre, Adam se pencha à l’oreille de Maddison et murmura :

— Je voudrais jeter un coup d’œil au type que j’ai Vu. Pour me faire une idée. Tu en as pensé quoi, toi, d’elle ?
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Ven 30 Aoû - 9:11

Le problème avec une imagination fertile, dans ce genre d’histoire, c’est qu’on peut facilement élaborer des théories, tirées par les cheveux, parce qu’on a l’impression de faire quelque chose d’hors norme. Une comptable coupable, retrouvée morte, un suicide maquillé pour effacer toutes les preuves. Avec un peu de chance, on finirait même par retrouver le chandelier, dans la bibliothèque du colonel moutarde. La situation est tellement inhabituelle que, finalement, on n’envisage même pas le fait qu’il puisse s’agir d’un véritable suicide, quitte à faire partie de quelque chose, il faut que ce soit sur quoi n’importe qui aurait buté. Une façon de penser qu’on n’imagine même pas avoir…

Vert…

Elle vire au vert. C’est aussi déterminant que peut l’être sa façon de s’exprimer. Maddison cligne des yeux, un geste anodin mais qui, pour elle, est un réflexe, comme si ses yeux cherchent à se protéger d’une agression extérieure. Adam reprend le fil de la discussion, elle baisse les yeux sur son calepin. N’importe qui, se penchant au-dessus de son épaule, à ce moment-là, pourrait voir qu’elle ne fait que des gribouillis, même un pharmacien – pourtant habitué aux écritures des médecins – ne tirerait rien de ce qu’elle griffonne. Elle écoute la suite, d’une oreille distraite, s’efforçant de relever la tête de temps en temps pour continuer comme elle le fait depuis le début, mais ne comprend plus rien. Elle prend conscience que, sans même connaitre Fieldman, elle l’avait jugé coupable.

Elle s’est relevée, en même temps qu’Adam, son calepin refermé dans sa main, servant un sourire pour remercier la femme, restée derrière son bureau. A peine sortie du bureau, Maddison porte son index dans le coin de son œil mais, sans lui laisser le temps de souffler, l’employer de Fieldman arrive. Elle redresse la tête, récupère son sourire, se dit que dans moins de deux minutes ils seraient dehors. La bonne blague. Elle essaye. Elle essaye vraiment de ne pas porter un regard interrogateur à Adam quand il demande à voir les locaux mais, elle n’arrive pas à s’en empêcher, c’est plus fort qu’elle. Ça ne dure pas longtemps, elle reprit très vite sa posture pour suivre le mouvement une fois que la requête fut acceptée.

Est-ce qu’il arrive toujours à avoir ce qu’il veut ? Parce que c’est l’impression qu’il donne, et s’en est perturbant. Il prononce un nom lors d’un contrôle d’identité – et suspicion – et tout le monde se met à flipper, il demande à une parfaite inconnue de venir vérifier un mensonge éventuel et elle le fait, il veut visiter des locaux, on lui accorde… Il cherche à se débarrasser de quelqu’un pendant un petit moment et, boom, il est encore exaucé. C’est impressionnant. C’est intrigant et, vraiment flippant. Le secrétaire s’est enfui temporairement, Maddison secoue la tête, perdue avant de relever les yeux vers Adam.

_ Quel type ?

Il voit définitivement beaucoup de choses qu’elle. Elle n’en doute pas. Elle porte une nouvelle fois l’index sur l’intérieur de son œil droit, ça pique doucement, pas assez pour que ça se voit. Ce n’est que le début d’une manifestation qui apporte plus de désagrément. En retirant sa main, elle la balance pour effacer sa question, l’important est sûrement de répondre à celle qu’il a posé lui.

_ Très intègre, limite psychorigide. Les règles, c’est les règles. Et franchement, je crois qu’elle n’aime pas tellement qu’on bouleverse son monde.

Tout le monde peut se douter que Fieldman est plus à l’aise dans un livre de comptes qu’à donner une interview, quoi qu’il en soit, elle n’a pas menti, pas quand elle s’est adressée à Maddison. Elle n’a pas parlé fort, pas besoin que ce qu’elle vient de dire tombe dans des oreilles indiscrètes. Inspirant, elle fronce les sourcils parce qu’en fait, elle ne comprend toujours pas comment Fieldman ne peut pas être au courant. C’est bizarre, si elle ne sait rien, pourquoi est-ce que c’est elle qu’on va retrouver morte.

_ J’ai une question.

Elle se place devant Adam, non seulement personne ne peut l’entendre mais, en plus, elle s’assure que personne – d’un peu trop malin – ne puisse lire sur ses lèvres.

_ Si on continue à fouiller et qu’on trouve qu’il y a un problème dans les comptes alors qu’elle n’est pas au courant, est-ce que ce n’est pas nous qui allons provoquer ce que tu as vu ?

Fieldman ne sait rien, c’est une certitude. Elle ne sait rien et elle est encore en vie dans son bureau, deuxième constatation. Alors, à un moment, Maddison est bien obligée de se demander si ce n’est pas leur action d’aujourd’hui qui va finir par tout déclencher. Mettre le doigt sur quelque chose d’illégale, entrainant des remords chez Fieldman qui s’asphyxie dans sa voiture, ou qui sert de bouc-émissaire pour que la justice est un coupable plein de remords. On peut réellement aller jusque-là pour une malversation ?

Maddison, si pleine de volonté qu’elle peut être, n’a pas envie d’avoir une mort sur la conscience. Adam l’a aidé, elle lui en est reconnaissante mais pas à ce prix-là. Elle ne s’en rend même pas compte mais, c’est à son tour de tapoter du doigt sur le calepin qu’elle tient toujours.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Ven 30 Aoû - 9:43

Comment ça, quel type ? Adam fixa Maddison pendant un instant avec un air de vague compréhension, avant de recomposer l’impassibilité de son visage. Comme souvent, il avait donné à son acolyte d’un jour des informations pour le moins schématiques et, comme souvent, on s’était embarqué avec lui sans savoir exactement où l’on allait. Adam avait un don certain pour fourrer les gens dans le pétrin malgré leur prudence naturelle et ce jour-là, Maddison ne dérogeait pas à la règle : de son pouvoir et de la vision qui les avait conduits ici, Adam n’avait dit que deux ou trois mots.

C’était donc l’heure des doutes et des interrogations. Même s’il écoutait sa complice d’une oreille attentive, Adam passait en revue les visages affairés des comptables à la recherche de traits familiers. Mais lorsque Maddison posa l’une des nombreuses questions paradoxales qui finissaient toujours par se former quand on approchait de trop près le pouvoir d’Adam, le jeune homme fut bien obligé de reporter toute son attention sur elle.

Il esquissa un sourire triste.


— Peut-être.

Il y avait des réponses plus rassurantes, mais telle était la désagréable vérité : le futur était un monde incertain, même pour Adam. Il ne passait pas une journée sans se heurter à un raisonnement circulaire engendré par ses prédictions. Mais, malgré ses propres incertitudes, en quelques années, il avait tout de même réussi à rassembler deux ou trois éléments de réponse.

— Imagine qu’il y a une explosion au centre-ville. Il y a quelqu’un de blessé chez toi. Tu as une voiture, tu peux l’amener à l’hôpital. Mais tu risques d’encombrer le trafic, de créer des accidents, d’empêcher les secours d’arriver dans d’autres endroits. Est-ce que ça veut dire que tu dois laisser ton ami mourir ? Quand les maux sont plus hypothétiques que les biens, il faut parier et tenter de faire de son mieux.

Il n’y avait là rien de stable ni de réconfortant et, après avoir grandi durant toute son adolescence dans cet univers de probabilités et de responsabilités écrasantes, Adam n’était plus guère capable de se rendre compte des difficultés que les autres pouvaient avoir à en saisir le fonctionnement habituel. Lui, en tout cas, était incapable de demeurer insensible et immobile devant ses visions et l’idée qu’un principe de précaution conduirait à la mort de bien des gens lui était insupportable.

D’un geste de la tête, il désigna un homme dans le fond de la salle.


— Lui, là-bas.

Adam sortit de la poche intérieure de son costume un téléphone portable pour le moins antique, très éloigné du gadget qu’il avait utilisé chez Maddison. Il composa rapidement le numéro de la Jaxon, avec le suffixe privé de Fieldman, récupéré sur le poste de son secrétaire. Lequel secrétaire, qui commençait à revenir avec de quoi noter les informations de Junichiro, en entendant son téléphone sonner, tourna les talons et fit marche arrière.

Pendant ce temps, Adam marchait à grands pas vers l’homme qu’il avait indiqué, tout en murmurant à Maddison :


— J’ai peut-être pas été très clair, en fait. C’est lui, que j’ai vu. Dans son garage, asphyxié. Je voudrais juste voir, tu sais… S’il a l’air déprimé. Prédisposé. Histoire d’être sûr.

Ils arrivèrent devant le box du comptable, dont le bureau croulait sous les rapports. L’homme leva un instant les yeux vers eux, derrière d’épaisses lunettes :

— Oui ?
— Vous avez l’air occupé.

Un peu agacé, l’homme répondit :

— Oui, évidemment, on finit par les prévisions budgétaires pour le dernier trimestre.
— Après cela, vous prenez des congés… ?
— Euh… Je ne sais pas. Sans doute.
— Il y a…

Du bout de l’ongle, Adam poussa un dossier pour découvrir une brochure touristique vantant les mérites d’une croisière sur le Nil.

— L’Égypte, très joli.
— On y va avec ma femme pour notre dixième ann… Bon, écoutez, je ne voudrais pas paraître grossier…
— Mr. Watanabe, Ms. Williams !

Après avoir échangé avec Maddison un regard lourd de sous-entendus sur l’improbable pulsion suicidaire d’un homme qui mettait les bouchées doubles au travail pour pouvoir partir en croisière avec sa femme, Adam fit volte-face pour regarder le secrétaire, qui revenait, visiblement un peu épuisé par ces invités de plus en plus incontrôlables.

— Je suis désolé, mais nous sommes… vous savez, en plein exercice budgétaire, et…
— Mais bien sûr, oui, bien sûr, nous ne voudrions pas, je veux dire, vous déranger.
— Je vous remercie.

Ils furent bientôt reconduit vers l’un des ascenseurs principaux et, quelques minutes plus tard, ils ressortaient de l’immeuble de la Jaxon. Presque aussitôt, Adam desserra son nœud de cravate et esquissa un sourire satisfait.

— Bien, bien, c’était parfait. Pas si difficile. Je crois que tout est clair, maintenant.

Pour quelqu’un qui avait l’habitude d’envisager d’un bloc le passé, le présent et plusieurs futurs possibles, sans doute.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Ven 30 Aoû - 10:28

Elle a envie que le temps s’arrête, juste deux minutes, le temps de réfléchir. Peut-être n’est pas la réponse qu’elle veut entendre, enfin si mais, elle aurait préféré que la vérité soit une autre réponse. Bien sûr que non, tout va bien dans le meilleur des mondes. Ce genre de réponse aurait été apprécié, vraiment. Pourquoi est-ce que cette réponse n’est jamais donnée en toute sincérité ? Elle ouvre la bouche pour répondre quelque chose, sans même savoir ce qu’elle va dire mais, avant qu’un son ne sorte, elle se retrouve à le suivre et à comprendre qu’elle fait fausse route depuis le début. Il n’est pas question de Fieldman, il est question d’un type. De ce type qui prévoit de partir en croisière avec sa femme. Rien de suicidaire là-dedans.

Son cœur s’emballe et elle déploie des efforts qu’elle n’imagine même pas pour remercier le secrétaire, revenu, qui les met à la porte… Très poliment, cela dit. Tout c’était bien passé, elle avait pris sur elle, s’en était tenu à son rôle mais, oui, elle a commencé à paniquer quand le secrétaire s’était pointé et, maintenant qu’elle est dehors, tout s’embrouille d’un coup. Maddison a l’impression d’être une cocotte-minute qui vient de lâcher prise au moment où Adam explique, dans un sourire et par elle ne sait quel miracle, que c’est parfait. Elle sourit, non elle rit un peu, légèrement, c’est complètement nerveux.

_ Pas si difficile ?

Elle lèvre les mains, se frotte le visage et inspire avant de se remettre devant Adam et de lever les yeux vers lui.

_ Ok alors, pour commencer, dans mon monde à moi, ça n’avait rien de facile. De deux, je ne vois pas en quoi c’est parfait étant donné que personne n’a l’air au courant de rien et que…

Et qu’un type va finir mort dans sa voiture. Ce qu’elle arrive à ne pas dire à voix haute, d’ailleurs elle ne crie pas, elle explique juste son point de vue de manière excédée. Une remontée de stress, parait que c’est typiquement féminin. Non mais sérieusement, à quoi d’autre pouvait-on s’attendre ? Elle n’est pas une habituée de ce genre de chose, elle ne pense pas à tous les détails, ne pense même pas à prendre un prospectus pour appuyer sur un bouton d’ascenseur. C’est son truc à lui.

Elle penche la tête en arrière et expire l’air qui lui reste. Elle sait très bien que c’est elle qui déraille, qui s’emporte, que c’est sa façon à elle de faire retomber la pression mais, sérieusement, elle ne saisit pas Adam. Il voit des choses, apparemment les ressent aussi et, en sachant que ce type va mourir, il reste tellement détaché, à trouver que tout est facile, parfait et clair. Elle ne sait pas comment il fait pour être aussi détaché, peut-être même qu’elle l’envie sur cet aspect mais, elle n’a pas l’habitude de tout ça.

Elle ne connait pas l’homme qui va potentiellement mourir mais, elle l’a vu, elle sait qu’il a une famille, qu’il a un boulot et c’est déjà beaucoup trop d’informations pour elle. Il n’est pas un cas pratique, il a une existence réelle et même si elle sait qu’elle doit faire la part des choses, elle n’y arrive pas. Un manque d’expérience, un jour elle relativisera mieux les choses selon la voix qu’elle empruntera mais sa vie n’est pas faite de morts qui l’entourent… Encore moins de vivant avec une date de mort sur le haut de la tête.

_ Tu sais quoi, en fait, laisse tomber.

Elle laisse retomber ses mains en signe d’abandon avant de tourner les talons

_ Je rentre un métro.

Elle est persuadée que son petit cerveau ne peut pas supporter tout ça, que c’est bien trop gros pour elle et qu’elle n’a pas les épaules pour le supporter. Mais voilà, Maddison c’est une jeune femme et, ça doit être dans les gènes, elle est capable de changer d’avis en une dizaine de pas. Un sport très connu dans le monde féminin, dire quelque chose, revenir dessus en moins de deux minutes. Elle s’arrête, ferme les yeux, tourne les talons une deuxième fois et finalement revient vers Adam, pas très fière, elle tente un sourire navré.

_ Désolée

Elle se sent un peu stupide de lui faire une crise, de claquer la porte – sans avoir de porte – pour revenir vers lui. Elle a l’impression d’être redevenue cette gamine capricieuse qu’elle avait pu être quand son frère vivait encore dans la maison familiale. En fait, elle est incapable de partir, elle veut savoir, elle veut comprendre et, par-dessus tout, elle veut que l’homme puisse partir en croisière avec sa femme. A nouveau devant Adam.

_ C’est juste que… J’sais pas comment tu fais.

Elle hausse les épaules, elle n’a pas de meilleures explications à lui apporter ce qui vient de se passer. Si Maddison avait eu l’air excédé deux minutes plus tôt, ce n’est plus le cas maintenant.

_ Explique-moi en quoi c’est clair ?

Ca l’énerve un peu dans le fond, elle a vraiment l’impression de débarquer de nulle part, d’avoir loupé une saison entière et de ne pas suivre l’intrigue principale. Ca l’énerve parce que, pour lui, ça semble tellement naturel qu’elle a l’impression d’avoir loupé quelque chose d’évident que tout le monde a vu… Sauf elle. C’est d’autant plus égoïste que ça l’énerve parce que, au fond, elle ne pense pas avoir servi à quoi que ce soit alors qu’elle avait vraiment envie de bien faire.

_ Parce que, je ne comprends pas.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Ven 30 Aoû - 17:08

Adam fut parcouru d’un frisson alors qu’une bourrasque de vent s’engouffra entre les deux rangées d’immeubles qui bordaient l’avenue. Il s’était entraîné pour cela pendant des années, de lui-même, à l’Institut, il avait connu la pression de la compétition sportive et des missions bien plus périlleuses, et cependant, il éprouvait toujours le même soulagement une fois qu’il retrouvait sa vie normale, loin des personnages à jouer, des erreurs à ne pas commettre et des conséquences à calculer.

La réaction de Maddison fut accueillie d’un air parfaitement égal par l’Asiatique. Certes, il n’avait jamais été le jeune homme le plus expressif du monde. Mais, au-delà de cela, il avait l’habitude que la découverte de ce monde d’incertitudes et de dangers fût un peu délicate pour ceux qu’il embarquait pour la première fois dans l’une de ses aventures et, somme toute, Maddison s’en tirait plutôt bien. Même si Adam était incapable de comprendre parfaitement le stress qu’elle avait pu ressentir, il s’était attendu à ce que le retour à la réalité fût un peu compliqué.

Loin de se formaliser, donc — il avait connu bien pire — il allait retourner à sa voiture quand Maddison revint sur ses pas, avec des excuses et des questions. Adam écarta les premières avec un demi-sourire.


— T’inquiètes, j’ai eu des associés plus vindicatifs que toi.

Et dont les premières expériences, il était vrai, avaient été plus traumatisantes. Adam regarda autour de lui avant de proposer :

— Viens, on va s’trouver un coin plus sympa. Par là, y a une espèce de parc.

Il avait retrouvé deux de ses caractéristiques principales en quittant le personnage de Junichiro : une syntaxe bien plus libre et une connaissance encyclopédique de New York. Il commença à marcher dans la rue et entreprit tout d’abord de rassurer Maddison sur ses propres capacités. S’il appréciait que ses adversaires le vissent comme l’improbable concentré d’aptitudes hétéroclites qu’il paraissait être de prime abord, il préférait que ses alliés, eux, eussent l’impression de pouvoir progresser.

— T’sais, c’que j’fais, j’le fais depuis… J’sais pas, des années. J’ai lu des dizaines de bouquins de psycho, de socio, de crimino. J’étudie chaque vision dans le détail avant d’me lancer. Et j’me suis entraîné à plein de choses. Avant…

Il s’interrompit, le temps de traverser et de s’engager dans une rue moins fréquentée.

— …j’étais boxeur. Kick-boxing, précisément. J’aurais dû en faire mon métier, mais bon… Enfin bref, je veux dire : tout ça, j’ai l’habitude. Ça vient petit à petit. C’t’une question de pratique.

Bien sûr, il entrait là-dedans une bonne part de capacités innées et de talent, quelque chose de cette assurance olympienne et dangereuse qu’il dégageait quand il cessait de jouer un rôle, mais Adam était lucide : il devait sa survie à un travail méticuleux de tous les instants et, depuis qu’il avait décidé de cesser de subir ses visions pour en tirer quelque chose, il n’avait pas laissé un jour s’écouler sans s’améliorer, un petit peu, dans tel ou tel domaine. À défaut de pouvoir avoir le moindre contrôle sur son pouvoir, il avait tenté d’en tirer parti d’une autre manière.

Les deux jeunes gens s’engagèrent dans un petit parc. Rien à voir avec l’immensité de Central Park : une petite mare, des jeux pour enfants, cinq ou six bancs, des arbres et des puissants.


— Là, c’est simple. On sait que Fieldman est intègre. Psychorigide, même, comme tu dis. S’il a conscience d’une irrégularité, elle va la faire remonter à sa hiérarchie. Parce que ce sont les règles. On sait que le comptable a pas spécialement l’intention de se jeter par la fenêtre. Et qu’il fait son travail bien, pour être sûr de pas avoir à le refaire après et pour être tranquille le temps de la croisière. Donc, l’erreur est bien là et ce qui va lui arriver, c’est bien un crime.

On sait aussi que le secrétaire de Fieldman est prêt à courir à droite à gauche pour s’assurer que le moindre détail de la vie de sa supérieure se passe bien. D’un autre côté, on sait qu’il est ambitieux : c’est pour ça qu’il nous a aidés, pour faire une bonne impression sur nous, pour que l’article soit meilleur. Probablement qu’il compte sur Fieldman pour gravir les échelons en même temps qu’elle. Donc Fieldman est non seulement intègre : elle est compétente.

Maintenant, regarde les choses autrement. Si Fieldman avait été corrompu, qu’est-ce qu’on aurait dû faire ? Convaincre des organisations officielles qu’il y a un problème à la Jaxon et le faire super vite. Possible, mais difficile et aléatoire. Maintenant, si c’est quelqu’un comme Fieldman qui le fait, son avis aura plus de poids et les choses seront plus faciles. Plus certaines. Nous, notre travail, c’est de donner à Fieldman assez de doutes sur sa hiérarchie pour qu’elle préfère en référer aux services de contrôle gouvernementaux.

Mais des gens au-dessus de Fieldman, dans la hiérarchie de la Jaxon, y en a pas trente-six milles. Pour qu’ils l’aient tenue à l’écart de trucs de ce genre, il faut qu’ils en soient pas à leur coup d’essai. Y a forcément des traces, quelque part. Pas des preuves, on a pas besoin de preuves. On a juste besoin de créer des soupçons. Et vu comme Fieldman réagit au quart de tour, il lui en faudra pas beaucoup pour prendre des mesures de précaution. À la limite, on peut même fabriquer des documents pour lui donner des soupçons. Pas besoin que ça fasse illusion, du moins que ça déclenche sa méfiance.


Les raisonnements d’Adam suivaient leurs embranchements les uns après les autres avec un systématisme impitoyable — précisément parce qu’il avait soigneusement examiné la situation avant de se lancer sur le terrain. Il finit par hausser les épaules et conclure simplement :

— En résumé, on a appris qu’on avait une alliée haut placée qui ferait le travail à notre place, pour peu qu’elle soit un peu motivée. Mets-toi à sa place. Imagine que vendredi soir, elle reçoive des photos floues de son patron avec un homme inconnu, au milieu de la nuit. Avec un message d’avertissement énigmatique. Et que samedi matin, elle ait un rapport d’un comptable sérieux et dévoué qui souligne des irrégularités. Les gens croient pas aux coïncidences. Ils préfèrent voir des signes. L’un des avantages, quand on sait ce qui peut arriver à l’avance, c’est qu’on peut leur offrir les signes dont ils ont besoin.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Sam 31 Aoû - 6:10

Il peut être dérangeant de ne pas le voir s’animer plus que ça mais, elle ne s’en formalise pas, c’est Adam – ou comment un simple prénom devient une excuse et une raison à un tas de choses. Ce n’est pas parce qu’elle ne comprend pas, qu’elle évacue une certaine pression qu’il doit se mettre à réagir aussi, elle ne possède pas la prétention d’être différente des autres, encore moins d’être indispensable. Un demi-sourire, ça ne tient pas du miracle mais, venant de lui, elle s’en contente. Il se peut même qu’elle ait souri, sûrement un peu rassurée de ne pas être la plus vindicative. Vraiment, elle s’en contente, n’attend pas plus venant de lui hormis des explications parce qu’elle a réellement besoin de savoir. Elle hoche la tête et, parce qu’une fois n’est pas coutume, elle se laisse guider dans les mouvements de foule pour le suivre.

Adam a la particularité, en apportant des réponses, de créer encore plus de questionnement à son sujet. C’est un peu comme un puzzle dont les informations viennent au compte-gouttes et qu’il faut rassembler par la suite. Elle ne demande pas à connaître sa vie, ni son existence actuelle, ils ne se connaissent pas. Mais, elle s’interroge sur le temps qu’il passe à s’améliorer, commence à se demander où il trouve le temps d’avoir un fiancé et la vie personnelle qui va avec. Elle ne met pas non plus en cause l’expérience qu’il peut avoir, elle avait pu s’en rendre compte allant des petites choses, jusque dans son changement de comportement. Elle n’est pas certaine que ce soit rassurant pour elle. Tout le monde ne peut pas se lancer dans ce qu’il fait, pas du jour au lendemain, ça ne s’apprend pas en une nuit et trois livres, c’est un travail de longue haleine. Quand est ce qu’il a commencé ?

L’énigme qu’il est ne se résout pas en trois paroles et, même si elle est curieuse, le sort d’un autre homme – un comptable, pour être précise – l’intéresse davantage qu’Adam. Ce n’est pas visé contre l’asiatique, bien au contraire, mais, lui, à la connaissance de Maddison, n’est pas en danger de mort dans l’immédiat. Elle met tout ce qui le conserve dans un coin de sa tête, pose son regard là où vont ses pas et se concentre sur les affaires de la Jaxon, sur le fait qu’un meurtre va bien être commis.

Le raisonnement d’Adam semble logique mais, même avec, elle ne se flagelle pas mentalement de ne pas avoir su faire les mêmes déductions que lui. Il voit mieux, analyse mieux, à moins d’avoir le scénario avant tout le monde, elle n’aurait pas su en tirer les mêmes conclusions. Elle n’est pas lui, n’a pas ses compétences. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il lui reste encore beaucoup de choses à apprendre.

_ Ça veut dire que c’est le comptable qui va trouver des irrégularités ? Parce que, si c’est le cas, je ne vois pas trop ce que va changer le fait d’envoyer un truc à Fieldman, ni ce que ça va changer dans la finalité.

Si le comptable relève une irrégularité et dépose son rapport à Fieldman, vu la femme, même sans lettre d’avertissement, elle est capable de creuser un peu. Bien trop intègre pour faire autrement, selon Maddison qui demeure en droit de se tromper. Fieldman creuse, découvre qu’il y a réellement un problème et avise les personnes qui lui sont supérieures. Tout ça aurait pu se faire sans l’intervention des deux jeunes personnes, la finalité en demeure, quand même, la mort du comptable. Richard Chapman, ce n’est pas le nom qui était inscrit sur la plaque posée sur son bureau ?

_ Si c’est lui qui met le doigt sur une irrégularité, qu’il ne se suicide pas, ce ne peut pas être pour cinquante raisons. Soit on cherche à le faire taire, soit c’est parce que l’irrégularité est signalée et qu’on veut faire croire à sa culpabilité et étouffer l’affaire en le désignant comme coupable, non ?

Il existe sûrement d’autres raisons mais, dans l’immédiat, elles lui échappent totalement. Maddison, le regard toujours devant elle, fronce doucement les sourcils, signe, chez elle, qu’elle réfléchit peut-être un peu trop.

_ Mais ils seront deux à être au courant, lui et Fieldman. Si, lui, se suicide en apparence, elle va bien finir par se poser des questions.

Auquel cas, elle peut craindre quelque chose et ne plus rien faire, ou alors, elle creuse encore plus et se retrouve, aussi, asphyxiée dans sa voiture pour rejoindre le comptable au pays des gens qui ne peuvent plus rien balancer. Tout reste atrocement embrouillé dans sa tête, elle a envie d’être plus vive d’esprit, de mieux comprendre les choses et ne pas avoir à poser toutes ces questions. Elle a même songé à hocher la tête suite au raisonnement d’Adam, pour dire qu’elle a compris et ne pas chercher plus loin mais, elle en est incapable. Qu’on puisse la trouver lente ne lui pose pas de problème, tant qu’elle comprend les tenants et les aboutissants.

_ Parce que, de qui peut venir ce qui va arriver au comptable ? Des supérieurs qui veulent protéger leurs intérêts et qui sont au courant, soit du secrétaire qui, de son côté, veut pouvoir évoluer avec Fieldman et aura eu vent de l’affaire, non ?

Ou alors elle a oublié d’autres protagonistes dont elle ignore l’existence – ou auxquels elle n’a simplement pas songé -, ou bien, ce qui est possible, elle a encore compris une information de travers qui fausse son jugement. Le visage de Maddison se tourne vers Adam pour lever les yeux vers lui.

_ Est-ce que c’est possible qu’il puisse aussi arriver quelque chose à Fieldman sans que tu le saches ?

Deux suicides, en apparence, c’est quand même risqué, des gens vont forcément se poser des questions mais, elle se doit de demander. Le pouvoir d’Adam, bien que connu dans les grandes lignes, lui échappe complètement en ce qui concerne son fonctionnement. Elle a parfaitement conscience de poser plein de questions, s’interrogeant un instant, elle plisse légèrement les yeux.

_ Et si jamais je pose trop de questions, euh…

Elle hausse les épaules dans un petit sourire, pas réellement désolée.

_ Je crois qu’il va falloir que tu fasses avec.

Il est en droit de la laisser en plan là, évidemment mais elle préfère, de loin, le voir répondre plutôt que la laisser avec ses interrogations.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Sam 31 Aoû - 8:58

Adam avait une furieuse envie de jeter sa mallette dans la mare — décidément, il ne comprendrait jamais l’intérêt d’engoncer les gens dans des costumes et de les encombrer de matériel inutile. Maintenant qu’il avait accompli sa mission, le jeune homme n’avait qu’une envie : laisser derrière lui un personnage qui lui correspondait si peu. Pendant qu’il discutait avec Maddison, il s’échinait donc à dénouer et retirer la cravate que Salem avait choisie pour lui « parce qu’elle allait bien avec ses yeux ». Noirs. Franchement.

Il hochait donc un peu distraitement la tête alors que les questions toutes légitimes de Maddison s’accumulaient : il avait l’impression de s’entendre lui-même, devant ses livres d’économie de l’entreprise, quelques jours plus tôt, alors qu’il tentait de démêler la vision — sauf que la jeune femme avait l’air beaucoup moins irritable. Tirant victorieusement la cravate de son col pour la fourrer dans la mallette, Adam finit par répondre à la dernière question avec l’une des formules si peu réconfortantes dont il avait apparemment le secret :


— Bien sûr. Tout est possible.

De quoi mettre du soleil dans votre quotidien. Il désigna un banc d’un geste de la tête et partit s’y asseoir, pour pouvoir poser la mallette au sol et, les coudes sur le dossier, observer assez paisiblement les deux canards qui tournaient inlassablement dans la petite mare. Ce n’était pas l’heure du déjeuner et, à part eux-mêmes et les deux volatiles, le petit parc était absolument désert.

— Si j’ai bien compris, et je crois que j’ai bien compris, ce montage, c’est un peu une arnaque sur le très long terme. Le but, c’est d’empocher des bonus, pour les dirigeants de l’entreprise, sur quelques années, en gonflant artificiellement les bénéfices. Et puis l’entreprise s’effondre. L’effondrement est pas provoqué par le montage financier lui-même : c’est parce qu’il paraît inévitable que le montage est effectué, pour prolonger la vie de l’entreprise contre le bon sens. C’t’un peu comme réparer une voiture avec du scotch parce qu’on sait qu’on a pas beaucoup de kilomètres à faire.

Mais du coup, ça peut profiter qu’aux gens qui sont haut dans l’entreprise. Les autres, il leur faut du temps pour évoluer, pour rentrer dans leurs frais, pour faire carrière, etc. Comme le secrétaire, par exemple. Du coup, à part deux ou trois personnes au sommet, le reste du monde a tout à perdre. C’que j’veux dire, c’est qu’c’est pas seulement une irrégularité qu’on peut corriger, tu vois. Ou une incohérence de calcul. C’t’un gros drapeau rouge.


Somme toute, Adam était content qu’Agatha Winford, la présidente-directrice-générale de Winford Electrics, eût pris le temps de lui expliquer patiemment les différents mécanismes en jeu, sans quoi il eût été complètement perdu dans son univers qui dépassait de lui l’environnement économique habituel d’un fils de commerçants.

— Fieldman, en voyant ça, elle peut a priori se dire que le circuit est fermé de l’extérieur. Que c’est les investisseurs de la société tierce qui ont racheté en douce des parts de la Jaxon, pour faire un montage à court terme. C’est pour cette raison qu’elle ferait remonter l’information : pour que les dirigeants de la Jaxon, qu’elle suppose indépendant, régularisent la situation, par exemple en conseil d’administration. Mais si le montagne vient d’une partie du conseil d’administration de la Jaxon, si elle soupçonne pour une raison X ou Y ses supérieurs, elle a plus de solution interne. Parce que y a rien à creuser, réparer ou corriger : de toute façon, c’est foutu. Sa seule solution, c’est de faire appel aux instances de régulation, parce que : 1) ça la protège des menaces, 2) ça préserve son intégrité et 3) ça conserve ses chances d’être employées dans d’autres entreprises. Du coup…

Adam s’interrompit, fouilla dans sa poche et en tira un mouchoir pour essuyer le sang qui avait commencé à couler de son nez. Il avait beau reprendre son pouvoir en main depuis quelque temps, les effets désagréables des derniers mois ne s’étaient pas encore totalement dissipés. Il renversa la tête en arrière pour éviter de se couvrir de sang et tenta de reprendre le fil de ses explications :

— Ouais… Euh… Alors… Ah oui…

Retirant le mouchoir pour retrouver une voix moins nasale, il poursuivit :

— J’pense que même si le comptable se suicide, c’est foutu pour les dirigeants. Si y a aucun signe qu’il avait prévu de mettre fin à ses jours, y aura une enquête de police. Et les gens qui font ce genre de plan financier à court terme, c’est pas des criminels professionnels, tu vois. Aucune chance qu’ils aient assez couverts leurs traces pour résister à une enquête poussée. Fieldman, elle, j’pense pas qui lui arrive un truc. C’est une chose de se débarrasser d’un sous-fifre de sous-fifre, c’en est une autre de trucider l’un de ses principaux cadres. Donc, bon, à partir du moment où ils attirent l’attention, c’qu’une question de temps, mais ça va leur sauter au nez.

De haut de leurs millions et de leurs gratte-ciels, ces hommes et ces femmes s’estimaient vraisemblablement tout permis, mais Adam savait d’expérience que la NYPD était peu impressionnée par l’ego de ceux sur lesquels elle enquêtait. La capacité d’un civil à contourner perpétuellement la loi, il n’y croyait pas beaucoup : le crime, c’était une carrière qu’il fallait embrasser pleinement.

— Nous, on veut juste accélérer le processus en évitant de passer par la case assassinat. On veut forcer Fieldman à déclencher une enquête externe plutôt qu’interne. À partir du moment où tout le monde te regarde, tu vas pas t’amuser à poser des bombes. C’est pareil.

Adam redressa à nouveau la tête et cligna plusieurs fois des yeux, comme pour s’habituer à la lumière du soleil — réflexe qu’il partageait, manifestement, avec Maddison.

— C’t’un peu comme si y avait un mat en six coups avec un sacrifice et un mat en trois coups sans sacrifice. Nous, on va prendre le second. Enfin, Fieldman va le faire à notre place. Parce qu’elle même a pas tellement le choix.

Ni, sans doute, l’envie de choisir : après l’entrevue qu’ils avaient eue avec la femme, Adam la voyait très mal se mettre à enquêter d’elle-même sur une malversation de grande envergure, en violant au passage toutes les lois qui lui imposaient de rapporter les délits et crimes dont elle avait la connaissance. Il était même prêt à parier qu’elle ne traversait pas quand le feu était rouge. Et qu’elle mangeait cinq fruits et légumes par jour.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Lun 2 Sep - 20:23

Après une formule de plus réconfortante –ce qui est ironique- Maddison l’écoute donner ses explications, le regard braqué devant elle. Si elle doit s’habituer au fait qu’Adam annonçait les choses telles qu’elles étaient, il fallait s’habituer au fait qu’elle ne regardait pas les gens en face. Perturbant pour certain mais, honnêtement, elle ne pense pas que ça puisse avoir le moindre impact dérangeant pour Adam, ça ne fait pas d’elle quelqu’un de moins attentive et comme il a l’air de s’arrêter à des choses assez terre à terre, elle ne se voit pas le perturber pour si peu.

Par contre, elle fait exception à sa règle quand quelque chose cloche, tournant la tête vers lui, ses yeux s’ouvrent un peu plus grands en le voyant saigner du nez. Très vite, c’est un regard interrogateur qu’elle lui porte, elle veut lui demander ce qui lui arrive mais s’abstient. Finalement, elle n’est pas la seule à avoir des problèmes avec les conséquences de son pouvoir, en tout cas, elle suppose que c’est ça. De toute façon, avant qu’elle ait le temps de demander quelque chose, ou de s’inquiéter de savoir s’il a besoin de quelque chose, Adam – très Adam – est déjà reparti dans ses explications. Elle hallucine un peu, trouve que, finalement, ça lui ressemble pas mal et le laisse poursuivre.

Elle retire ce qu’elle a pu penser un peu plus tôt, en réalité, il est capable d’être rassurant dans une certaine mesure. Elle comprend mieux maintenant, du moins, c’est ce qu’elle pense. Et oui, ça la rassure parce qu’elle se dit que les choses peuvent bien se passer, qu’il existe encore des personnes intègres comme Fieldman – pourtant dans une grosse entreprise – qui peuvent faire bouger et éviter certaines choses grâce à leur sens moral. Ça rend le destin du comptable bien moins scellé que ce qu’elle pouvait penser avant et, ça, c’est une bonne chose pour elle.

_ Ça va aller ?

Elle désigna, d’un mouvement de tête, son visage qui a l’avantage de comporter son nez et ses yeux. Il lui semble plus important de s’inquiéter, temporairement, de son état à lui que de la discussion en cours. C’est comme ça qu’elle fonctionnait pour sa part. Maddison se penche en avant pour attraper son sac et fouiller dedans.

_ J’ai… euh… attend... Ah voilà, ça.

Victorieuse, elle finit par sortir un petit flacon, des gouttes pour les yeux qu’elle tend vers lui. Cela dit, très rapidement, elle affiche un regard assez septique, suivit d’un sourire.

_ J’suis pas certaine que ça serve à grand-chose en réalité.

Sur elle, en tout cas, cela n’avait pas le moindre effet. A la base c’était censé régulariser un peu la sensibilité que peuvent ressentir ses yeux face à l’agression caractéristique que provoquait la lumière mais, cette cause étant de la faute de son pouvoir, cela n’avait aucune portée sur elle. Maddison ne sait même pas pourquoi elle les gardes, ses gouttes pour les yeux, ni même pourquoi elle continue de les utiliser de temps en temps. En réalité, ça lui sert plus d’excuses qu’autre chose quand les gens commencent à l’interroger sur la teinte rouge que peuvent prendre ses yeux. Elle laisse Adam prendre la décision d’accepter ou non, peut-être que sur lui ça peut fonctionner un peu. Ce serait vraiment injuste !

_ Donc, en gros, avec un peu d’aide c’est Fieldman qui va clôturer le problème.

Elle s’est à nouveau adossée au banc dans une inspiration. Elle trouve ça bien que ce soit Fieldman qui mette la main sur un problème, elle espère même que toute cette histoire pourra l’aider à évoluer vers un autre poste, enfin, si elle en a envie. Elle préfère de loin que ce soit quelqu’un comme Fieldman qui soit mise en « avant », plutôt que deux pseudos étudiants venus poser des questions qui auraient pu paraître délicates. Elle soupire doucement, un sourire sur les lèvres, satisfaite.

Rien ne lui assure à 100% que les choses se passeront de cette manière, sans passer par la case assassinat mais, Adam a l’air de savoir ce qu’il fait, ce qu’il dit. Elle a, depuis un moment, abandonné l’idée de remettre en cause son expérience dans ce genre de domaine. Elle sait qu’elle sera attentive aux informations dans les prochains jours, espère y voir la finalité de cette histoire ou alors… Elle pose son regard sur Adam.

_ Tu me diras, comment ça se fini ?

Elle a envie de savoir que ça s’est bien fini, que tout le monde va bien, que les gens à incriminer se seront fait taper sur les doigts – façon de parler. C’est très égoïste au final, mais l’idée d’avoir pu faire quelque chose de  « bien », c’est forcément rassurant pour elle. Aucun intérêt pour elle d’aller crier sur les toits ce qui avait pu être fait aujourd’hui, juste de le savoir, pour elle, ça lui suffit amplement… Dans la mesure où ça se passe comme Adam l’envisage.

_ Rien à voir mais, tu sais, tu avais parlé d’une aide pour mes intuitions, et euh…

Elle ne sait pas trop comment tourner sa question, ni même ce qu’elle veut réellement savoir. Elle ne serait même pas venue dessus si Adam n’avait pas montré des signes de désagréments. Jusqu’à présent, Maddison a toujours pensé que ses maux de tête, et ainsi de suite, sont propres à elle-même, que ce n’est pas forcément une généralité. Maddison est probablement la mutante la moins renseignée sur ce monde un peu particulier, elle a l’avantage d’avoir une mutation discrète et n’a jamais trouvé de personne avec qui en parler réellement. Elle sait, comme tout le monde, qu’il existe une école mais, pour une raison inconnue, elle la voie comme quelque chose d’hyper select.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mar 3 Sep - 15:55

— Ça va passer.

Avait répondu Adam, d’une voix somme toute un peu fuyante, quand Maddison s’était inquiétée de son état de santé. Oui, ça allait passer, et puis ça allait revenir : c’était comme cela depuis des jours, et de pire en pire ces derniers mois. Il avait décidé cependant, il y avait peu de temps, de reprendre les choses en main, d’entraîner plus rigoureusement son pouvoir pour se prémunir contre ces sursauts indésirables, mais comme il n’y avait pas pour l’heure de sensibles améliorations, il était parfois pris d’un doute. Cela suffirait-il ?

Il prit le flacon qui lui tendit sa nouvelle amie et le tourna pour l’examiner, avant de le lui rendre, avec comme un sourire d’excuse, parce qu’il savait bien ce que cela faisait, de ne pas pouvoir aider les gens.


— Non, c’est gentil, mais… C’est pas ça. J’ai pas mal. Aux yeux. Enfin, pas là.

Il n’avait pas tellement envie de rentrer dans les détails. Pour Adam, la douleur était une affaire très privée qu’il partageait malaisément, parce qu’elle lui faisait peur, comme tout le monde, et parce que, quelque part, sans doute, il en avait un peu honte, comme s’il avait été censé pouvoir s’en prémunir de lui-même. Comme si tout dépendait de lui. Alors, si Maddison n’avait pas repris le fil de la conversation, il l’aurait sans doute fait de lui-même.

Il hocha la tête pour confirmer la conclusion de la jeune femme. Finalement, si tout le contexte était bien compliqué, du moins pour eux d’eux qui n’avaient pas une grande expérience de ce monde des affaires, la mission qu’ils s’étaient données, elle, avait été assez simple : vérifier l’intégrité d’une personne et s’arranger pour lui mettre un tout petit peu la pression. Beaucoup moins à faire qu’Adam n’en avait l’habitude, mais il n’en était pas fâché, au contraire.

Il hocha la tête une seconde fois pour promettre à Maddison de la tenir au courant. Il n’envisageait pas les choses autrement, de toute façon : lui-même n’aurait pas supporté d’être maintenu dans l’ignorance, puisque c’était précisément pour tout savoir, et avoir une petite influence, qu’il se lançait dans ces aventures improbables. Maddison et lui partageaient cette même exigence : donner du sens au monde grâce à leurs pouvoirs et en racheter un peu de souffrance. La satisfaction n’était jamais définitive, Adam le savait très bien, mais à chaque fois, tout de même, c’était une petite victoire.

Adam ferma les yeux en tentant de retrouver son calme. Comme souvent, un saignement était le signe avant-coureur d’une vision mais, depuis deux ou trois mois, il essayait de les contrôler ou, à défaut, de les retarder quand c’était possible. Il fallait se concentrer sur le présent, d’une manière qu’il eût été bien incapable de décrire à quelqu’un d’autre, mais enfin, c’était une question de sensations, d’équilibre. Le silence qui avait commencé à s’installer l’effrayait un peu, parce qu’il le laissait seul avec ses pensées, alors il fut soulagé quand Maddison reprit la parole.


— Oui.

Il avait dit cela un peu précipitamment, sans rouvrir les yeux, pour se raccrocher à cet instant présent qui dérivait vers lui. Enfin, il souleva les paupières et esquissa un sourire un peu douloureux, parce que le sang commençait à battre fort contre ses tempes.

— On peut faire ça seul, bien entendu, mais au début, c’est souvent difficile, et surtout, au début, on cherche plutôt à tout enterrer pour avoir l’air normal, qu’à comprendre. C’est une très mauvaise chose. ‘Faut pas essayer d’éviter d’utiliser son… ses capacités. Au contraire. Plus on les entraîne, moins elles deviennent envahissantes. Sans même avoir envie de devenir, je sais pas, un super-héros, mieux vaut essayer de s’améliorer.

Il avait l’air de dire des évidences, mais en réalité, cette sagesse n’était pour lui que très récente : il avait compris que la fuite en avant n’était pas la bonne solution peu de temps auparavant et c’était sur ses propres résolutions de ces derniers jours autant que sur sa longue expérience du monde mutant qu’il se fondait.

— Si t’as fait du sport, je veux dire, en club, un peu régulièrement, c’est en gros la même chose, au début. Je veux dire, les mêmes principes. Enfin, sinon… Il y a des gens, des gens qui font ça. Bien sûr, tu sais, il y a l’Institut. Je suppose que tu en as entendu parler. Là-bas, il y a tout ce qu’il faut : des professeurs, des entraîneurs, des médecins, des psychologues. Des gens spécialisés auxquels on peut parler. Et d’autres…

Ils n’avaient jamais prononcé le mot entre eux, mais cette fois-ci, à voix basse, puisqu’ils en parlaient pour de bon, Adam se décida :

— …mutants. Comme nous. Et c’est important, ça, aussi. De pouvoir en parler. De voir que y a aucune fatalité, aucun isolement obligé. C’est vrai, on a tous du mal à se comprendre les uns les autres. Mais enfin, y a pas mal de choses, pas mal d’expérience qui sont solidaires.

Même Adam qui, de toute évidence, n’était pas le jeune homme le plus communicatif de New York, avait été profondément soulagé quand, au terme de certaines journées particulièrement difficiles, il avait pu se laisser tomber dans l’un des fauteuils des salles communes de l’Institut et échanger quelques mots insignifiants avec une hydromancienne, devant un match de hockey.

— Mais évidemment, c’est peut-être un peu intimidant, comme ça, une première fois. Surtout si tu es arrivée à être discrète tout ce temps. C’est pas l’cas de tout le monde. Bref… Y a des manières plus progressives de découvrir. Par exemple les associations. Et sinon, moi, évidemment, je peux t’aider, au moins au début. Pour l’entraînement.

Malgré lui, Adam poussa un soupir de soulagement. Parler des différentes manières dont Maddison pouvait prendre contact avec le monde mutant avait repoussé petit à petit sa vision. Ce n’était que partie remise, il le savait bien : elle finirait par le surprendre ce soir-là, peut-être plus violente que s’il l’avait laissée venir d’elle-même, mais c’était tout de même une victoire. Il se redressa sur le banc, à nouveau un peu plus à l’aise.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mar 3 Sep - 22:53

Maddison récupère le flacon, l’air désolé. Elle a essayé. Elle reste néanmoins assez sceptique sur son état mais elle ne dispose pas tellement d’informations sur les réelles raisons et, comme elle n’aime pas s’avancer sur des terrains glissants, elle préfère s’abstenir d’insister. Une décision qu’elle trouve judicieuse vue la manière dont il s’empresse de répondre sur un tout autre sujet, bien loin de comprendre qu’il puisse avoir besoin de s’accrocher au présent. Non télépathe, elle n’a pas la prétention de comprendre les gens mieux que d’autre.

L’idée de vouloir devenir un super-héros la fait sourire. C’est bien dans les histoires qu’elle possède dans sa boite à chaussure mais, dans la vraie vie… Non, ce n’est vraiment pas dans ses envies. Maddison veut que son pouvoir puisse servir à quelque chose, il le faut bien sinon pourquoi elle l’a ? Mais, à aucun moment elle n’a envie d’être reconnue d’une manière ou d’une autre. Si Maddison veut faire avancer les choses ce n’est pas par besoin de grandeur et de reconnaissance mais parce que c’est dans ses convictions. Le reste, finalement, hormis le résultat, n’a que peu d’importance à ses yeux.

Elle réfléchit sur sa façon de faire, à détourner tout le temps le regard, à se forcer à ne pas regarder les gens. Elle ne considère pas que c’est une fuite mais une façon de se préserver parce qu’elle n’a pas envie de savoir, à des moments inopinés, si gens disent oui, ou non, la vérité. Mais, finalement, c’est quand même une sorte de fuite, c’est juste qu’elle en a marre de ne pas pouvoir supporter la moindre lumière, que ses maux de tête sont des plus désagréables et que, personne de normalement constitué n’avait envie de ça. Croire Adam ne lui pose pas de problème mais, dans l’immédiat c’est comme lui qui a l’air d’être plus en difficulté qu’elle. Ce n’est pas très engageant.

Elle hoche la tête parce qu’elle a effectivement entendu parler de l’institut mais n’a jamais cherché à se renseigner plus que ça. Inconsciemment, elle n’a peut-être pas envie qu’on la considère comme… Comme une mutante, le mot est dit. Elle ne sait pas pourquoi ça sonne étrangement à son oreille, elle a quand même eu le temps de s’habituer à cette idée depuis le temps. Elle sait qu’elle n’est pas « seulement » humaine, qu’il y a autre chose. Ça lui enlève une part de normalité, c’est sûrement ce qui la dérange le plus. Au mot « mutant », sans qu’elle ne s’en rende compte, Maddison s’enfonce un peu plus sur le banc déviant son regard sur une parcelle d’herbe qui n’a rien d’exceptionnel. Son regard se porte sur Adam, surprise par sa dernière proposition. Elle ignore ce qui la surprend réellement, c’est toujours étrange de tomber sur des gens voulant aider sans même réellement connaitre une personne.

_ En fait, c’est assez contradictoire pour moi. Je ne veux pas spécialement le cacher, je suis comme ça, enfin je veux dire je me suis faite une raison depuis longtemps. Mais, si les gens le savent, je me dis que mes relations sociales vont forcément en prendre un coup. Dans une moindre mesure, c’est comme les gens qui sont mal à l’aise en sachant que la personne qui leur fait face peut lire leurs pensées.

La personne a beau maitriser son pouvoir – parce qu’il s’agit bien de cela, d’un pouvoir -, ne pas s’en servir à tout bout de champ. Dans l’esprit des personnes au courant, il existera toujours un doute. Et c’est ce petit doute, non vérifiable, qui peut rendre les relations plus que compliquées entre deux personnes. Peut-être qu’entre mutants il existait une compréhension plus grande de ce genre de chose mais Maddison n’a absolument pas envie de s’enfermer dans une boite avec uniquement des mutants pour relations sociales.

_ Personne n’a envie de savoir que la personne qui est en face est capable de voir si un mensonge est dit ou non. Comme j’e n’ai pas toujours envie de le savoir non plus, en fait.

Elle n’aime pas les mensonges, c’est une certitude mais, des fois, elle préfère rester dans l’ignorance. Il faut que les gens puissent avoir une chance d’être cru dans leur histoire, ça fonctionnait comme ça. Un peu comme un parent qui laisse passer quelques conneries de son enfant en faisant croire qu’il n’a rien vu.

_ L’institut c’est entrer dans une case et, une fois que les gens le savent, les choses changent. J’ai pas envie de perdre ce que j’ai pour le moment, du moment qu’on ne me demande pas directement ce que je suis, je ne vois pas d’intérêt à le faire.

C’est sûrement très égoïste mais, c’était sa façon de voir les choses. Ça peut même être une vision erronée, elle n’est pas quelqu’un de particulièrement obtus et n’est pas contre des points de vue différents. Elle sait que, d’une certaine manière, elle ment à son entourage. Du moins, elle ne leur dit pas tout, c’est sa façon à elle de se protéger et garder ce qu’elle a.

_ Et, évidemment, il y a toi…

Ça la fait sourire, elle ne voit pas réellement en quoi c’est une évidence. Il y a une différence entre mettre à jour un problème dans une entreprise et, prendre un peu de son temps pour entrainer quelqu’un sur ses pouvoirs. Surtout quand on a l’air aussi occupé que lui. Dans un sourire, elle pose son regard sur lui.

_ T’sais en général quand les gens font la promo d’un truc, ils mettent en évidence les résultats obtenus grâce à leur méthode. M’en veux pas mais, si on revient un petit peu en arrière, juste un peu, ce n’est pas très probant comme résultat.

Le sourire qu’elle porte sur ses lèvres veut prouver que ce n’est pas une critique. C’est même plutôt une crainte. Même avec de l’entrainement, on peut avoir de genre de désagrément ? Ça ne s’arrête jamais ? Ça n’a rien d’engageant, pourquoi se prendre le chou à s’entrainer si c’est pour avoir les mêmes résultats ? Son sourire, doucement s’efface.

_ Est-ce que ça s’arrête un jour ?
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 4 Sep - 13:09

Pendant un moment, fixant à son tour l’herbe qui s’étendait devant eux et entourait, en un disque égal mais parsemé de fleurs, le petit étang, Adam réfléchit à ce que Maddison avait dit. Sans doute, pour elle, les choses se présentaient assez différemment et, c’était vrai, un peu comme pour une télépathe. Lui, jusqu’à très récemment, il n’avait pas pu avoir de visions sur commande et, lorsque son pouvoir interférait avec la vie privée, passée ou future, de ceux qui l’entouraient, cela n’avait été que par inadvertance et, souvent, sans aucune conséquence.

Il songea à Salem. Il s’en était rendu compte petit à petit, mais Salem, avec un peu d’entraînement, sans nécessairement améliorer son pouvoir, mais plutôt en apprenant à comprendre les signes qu’il en recevait, pourrait devenir comme Maddison. Déjà, l’adolescent le décryptait mieux que quiconque : il regardait son corps changeait de température, ses pupilles se dilater, son sens battre plus ou moins vite et, comme il le connaissait bien, il savait ce qui se préparait alors, ce qui se tramait dans son esprit.

Mais si Adam avait une entière confiance en Salem, l’idée que quelqu’un d’autre pût ainsi s’immiscer dans le secret de ses pensées, de quelque manière que ce fût, lui déplaisait évidemment beaucoup. Le pouvoir de Maddison était ainsi beaucoup plus discret que le sien, beaucoup plus facile à supporter, somme toute, dans la chair de son corps, mais aussi beaucoup plus embarrassant au quotidien, dans la vie, dans la vraie vie que l’on pouvait avoir avec les autres.

L’ultime question de la jeune femme fut accueillie encore avec silence. Adam réfléchit, puis finit pour dire, d’une voix lente :


— Oui et non.

Ça, au moins, c’était une réponse qui ne pouvait pas manquer d’échapper au pouvoir de Maddison. Le jeune homme détacha les yeux de la mare pour fixer Maddison et il lui adressa un sourire beaucoup plus confiant qu’il ne l’aurait eu quelques semaines plus tôt. Mais désormais, il voyait les choses très différemment. Avec plus de maturité, surtout.

— Le pouvoir change en permanence. Pas dans leurs mécanismes fondamentaux, mais ils évoluent. Ils se complexifient et, généralement, ils gagnent en puissance. Ça, c’est à peu près inévitable. C’est un peu…

Adam s’interrompit pour chercher, comme il le faisait souvent, une métaphore parlante. Lui qui ne pouvait pas, en raison de son don, écouter et regarder des histoires, c’était avec des histoires, petites ou longues, qu’il expliquait le plus aisément les choses. Son regard passa une énième fois sur les canards qui continuaient à tourner en rond dans leur petite étendue d’eau, puis il le posa à nouveau sur Maddison.

— …comme un bateau à voiles, sur une mer, avec du vent. Le bateau va toujours bouger. Si on ne ferait rien, si on apprend pas à naviguer, il va dériver et, quand il y aurait une tempête, il va se renverser et ce sera la catastrophe. Si on sait naviguer, il bougera toujours, on ne pourra pas tout contrôler, parce qu’il n’y a que les voiles, pas de moteurs, mais quand même, tant bien que mal, on ira à peu près là où on vent et, surtout, on se sortira des tempêtes. La plupart du temps.

Même dans ses histoires, l’Asiatique glissait un peu de ce réalisme rude qu’il avait eu dès les premières secondes de sa rencontre avec Maddison. Pourquoi faire autrement ? C’était, après tout, la stricte vérité : la plupart des mutants qui s’entrainait s’en tirait plutôt bien, mais il y en avait certains qui ne pouvaient pas échapper à la fatalité. Mieux valait en avoir conscience. Quoi qu’il en fût, à moins que Maddison ne se mît soudain à développer des dons télékinétiques dévastateurs, Adam la croyait à peu près hors de semblables dangers.

— Ça ne s’arrête pas, dans le sens où on sera toujours des mutants, et que nos pouvoirs seront de plus en plus présents. Ça peut s’arrêter, dans le sens où, avec beaucoup d’entraînement, ils seront moins envahissants. Pas forcément plus discrets, mais, tu vois, moins menaçants.

Cela aussi, c’était une conviction nouvellement acquise, mais il en sentait la vérité au fond de lui — et c’était tant mieux, parce qu’il avait besoin de cette vérité-là, pour avancer.

— Et je suis pas forcément l’exemple le plus convaincant de tout ça, c’est sûr. Mais… Mon pouvoir est très compliqué, d’abord. Très…

Son sourire se fit un peu triste et, soudain, il avait perdu beaucoup de son assurance lointaine et mystérieuse. Il avait l’air fatigué.

— …violent. Mais sans l’Institut, par exemple, je ne serais pas là. Je veux dire : je serais mort.

Sa tristesse devenait envahissante, parce que c’était, évidemment, la stricte vérité. Il ne savait pas trop si ses visions l’auraient tué elles-mêmes ou si lui, incapable de les supporter, aurait finalement réussi à mettre fin à ses jours, comme il l’avait souvent tenté les premières années, mais il était certain de cela au moins : sans la patience de l’Institut, les murs protecteurs, il n’aurait pas survécu assez longtemps pour rencontrer Salem.

Il avait détourné le regard et il faisait tourner entre ses doigts le mouchoir imbibé de sang dont il s’était servi quelques minutes plus tôt. À voix basse, il fit remarquer :


— Après tout, je suis encore très jeune.

Il en avait pris conscience récemment et pour beaucoup, il était facile de l’oublier. Il s’était décidé depuis si longtemps à résoudre les problèmes des autres, avec son esprit systématique, méthodique, mais aussi téméraire, et il faisait preuve, pour ces problèmes extérieurs qui finalement ne le concernaient pas, d’une si grande maturité et d’une si grande intelligence qu’il était aisé de ne plus penser qu’il n’avait pas beaucoup plus de vingt ans.

Mais quand on le regardait, quand on le regardait lui, sans les missions, les aventures, les apparitions mystérieuses et les directives précises quoique inexplicables, on mesurait sans peine sa jeunesse, et son visage asiatique, aux traits beaucoup plus doux que celui d’un homme caucasien de son âge, lui donnait un air plus fragile encore.


— Il faut être patient.

Il avait conclut cela d’une voix un peu plus décidée, pour balayer de lui-même ses propres difficultés, comme il devait le faire souvent. D’ailleurs, il se redressa un peu contre le dossier du banc, pour retrouver une posture calme et sûre. Puis, sur un ton dégagé, il souligna encore :

— Et puis, tu sais, à l’Institut, tu n’es pas obligée d’y vivre. Ou de te déclarer. Ils savent être très discrets. Personne en dehors n’est obligé de savoir.
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Maddison L. Perterson
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 4 Sep - 14:56

Chez Maddison, l’idée de gagner en puissance n’est pas vraiment faite pour la rassurer. Il n’y a rien de dangereux dans son pouvoir, elle en est consciente et en est très contente mais, s’immiscer dans la vie des gens ce n’est pas ce qu’elle préfère. Elle y trouve une utilité dans certaines situations où il faut vraiment savoir si la personne dit la vérité ou non mais, c’est tout. Et son système à deux couleurs lui convient parfaitement, de toute façon, elle ne voit pas comment son pouvoir peut devenir plus compliqué. On ment ou on ne ment pas. Elle aura tout le temps de comprendre qu’il peut réellement devenir plus compliqué et difficile à cerner.

Son regard se pose sur la mare et elle se met à sourire aux images qu’Adam donne à ses explications. Pas étonnant qu’il soit prof, faut voir sa façon d’expliquer les choses. Peut-être pas adapter à des enfants, qui ont encore envie de croire au père noël et à la petite souris mais, pour les autres c’est bien. La réalité n’est pas toute rose et si quelqu’un en doute, il faut passer un peu de temps avec Adam qui aura très vite fait de dire comment les choses se passent vraiment.

Ça lui va bien de « critiquer » une absence de diplomatie alors qu’elle est la première à ne pas le mettre le plus à l’aise possible. Elle pose son regard sur lui dans une moue navrée, parce que le but n’a jamais été de chercher à le mettre dans cette position. Ça ne l’empêche pas d’être intriguée par ce qu’il dit, surtout quand il évoque le fait qu’il serait mort sans l’institut. Elle a envie d’y voir une métaphore mais, avec lui elle n’est vraiment pas certaine que ce soit le cas. Elle est là, à se plaindre de son pouvoir – qui peut être supportable – alors que, pour lui, ça a l’air bien plus compliqué. Elle se sent bien égoïste sur le coup et laisse son regard tombé sur le sol.

_ Désolée je ne voulais pas…

Elle ne sait même pas ce qu’elle doit dire exactement, bien loin des problèmes mutants elle ne prend pas la pleine mesure des conséquences que peut avoir un pouvoir. Pour elle, ça s’arrête à des maux de tête et une sensibilité à la lumière, désagréable et horrible mais pas mortel non plus. Pas qu’elle sache en tout cas. Un peu comme tout le monde, elle croit à tort que les pouvoirs les plus dangereux sont ceux qui apportent le plus de problèmes. Elle se trompe.

_ J’savais pas que ça pouvait être aussi compliqué.

Adam peut avoir un regard sur beaucoup de choses, c’est loin d’être le cas de Maddison plus en phase avec son âge réel que peut l’être Adam avec le sien. Elle ne sait même pas l’âge qu’il a exactement, les traits asiatiques ont cette particularité de pouvoir fausser la donne. Elle tente un sourire, si Adam semble reprendre un peu de contenance, elle trouve que ce n’est pas juste de l’ennuyer un peu plus avec ce sujet qui lui semble sensible.

_ Je croyais que depuis l’attaque qu’il y avait eu dans cet institut, ils étaient tenus de donner les noms des gens qu’ils avaient.

Elle plisse légèrement les yeux en cherchant dans sa mémoire. Ça commence à dater, elle devait avoir vu ça aux informations au moment des faits. Ça reste embrouillé, par très clair. Il est même possible qu’elle ait mal comprise une information sur le moment et qu’elle s’était arrêtée dessus sans réellement chercher à vérifier quoi que ce soit.

_ M’enfin, t’es sûrement plus au courant que moi sur ce point-là.

Elle ne s’est jamais réellement attardée sur cette école pour les raisons qu’elle avait déjà citées. Elle a un tas de question à poser sur cette école, son mode de fonctionnement, les gens qui s’y trouvent. Maddison est une mutante depuis plusieurs années et, pourtant, elle a l’impression qu’elle découvre un monde. Cependant, comme d’habitude, elle n’a pas tellement envie de lui voler trop de son temps, surtout après son saignement de nez. Il a peut-être besoin de se reposer un peu.

_ Tu veux que je te ramène quelque part. Enfin, avec ta voiture vu qu’on est venue avec.

C’est étrange de proposer à quelqu’un de le ramener sans même avoir un moyen de locomotion. Maddison n’est pas certaine qu’il puisse conduire, elle préfère proposer.

_ J’peux rentrer en taxi après, c’est pas un souci.

A défaut d’avoir l’impression d’avoir servi à quelque chose à la Jaxon, elle pouvait bien lui proposer de faire quelque chose pour lui. Elle ne se sent pas obligée, ça lui paraît même normal. Adam à quand même une sale manie de laisser plus d’interrogation que de réponse. Elle sait qu’une fois chez elle, elle regarda d’un peu plus près ce qu’elle peut trouver sur cet institut. Réaction débile dans la mesure où Adam peut lui fournir les éléments nécessaires, on en revient à ce manque de confiance, cette crainte de déranger plus qu’autre chose.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Jaxon Corporation (Maddison)   Mer 4 Sep - 17:00

Adam secoua la tête quand Maddison commença à s’excuser. Ce n’était pas pour cela qu’il avait évoqué ses propres infortunes. Comme tout le monde, il l’avait compris aussi, il aimait se faire plaindre et consoler, mais pas par n’importe qui, et les personnes qu’il était prêt à admettre dans cette confidence, les personnes dont la sollicitude lui étaient un véritable réconfort, se comptaient sur les doigts d’une main.

Non, il venait de rencontre Maddison, et ce qu’il voulait, c’était lui faire comprendre que le chemin, c’était vrai, pouvait être très long. Peut-être aussi cherchait-il à se l’exposer à lui-même et à transformer ses convictions récentes, mais encore largement informulées, en un tableau un peu plus clair, un peu plus synthétique, qui pût le convaincre encore une fois. Sa mutation était très douloureuse, c’était vrai ; elle s’améliorait très lentement, c’était vrai ; mais enfin, elle s’améliorait, et c’était cela, en fin de compte, qui comptait vraiment.

Un sourire amusé passa sur son visage et en chassa un peu la tristesse que les derniers éléments de la conversation y avaient malgré lui invitée. C’était compliqué, sans doute : lui, il ne s’en rendait pas vraiment compte. Le propre de son pouvoir avait été de le plonger très tôt dans des réseaux de causalité complexes et incertains, à chaque fois différents, et il s’y était, parce qu’au fond, c’était ce dont son esprit avait besoin : de la complexité. Quand les choses étaient trop simples, il les compliquait d’ailleurs de son propre chef : Salem lui disait cela, souvent.

Il haussa les épaules.


— Il y a les choses qu’on est censé faire et puis, disons, la pratique.

À vrai dire, il ne savait à peu près rien du fonctionnement effectif de l’Institut, de ses administrations, de ses groupes d’intervention plus ou moins secrets et de ses rapports avec le gouvernement. Il était beaucoup moins impliqué dans l’école que d’autres résidents de longue date, comme lui, qui avaient pris au fil du temps une part active dans ces affaires-là. Lui, il était resté à la marge, par tempérament surtout, plutôt que par politique.

Mais enfin, il n’avait pas l’impression d’être fiché où que ce fût. Ou alors, il était bien étonnant qu’avec un pouvoir comme le sien, personne ne fût venu le trouver pour le forcer à révéler des secrets encore en formation. Adam supposait que Jean, Ororo, Edward, Quentin et Logan, tous les autres qui s’occupaient au quotidien de l’Institut, savaient doser ce qui filtrait et ce qui restait hors de portée du gouvernement : ils jouaient à ce petit jeu depuis bien plus longtemps que lui.

Il étendit les jambes et soupira à la proposition de Maddison, avant de hocher la tête.


— Je veux bien, oui. Ce ne serait sans doute pas très prudent pour moi, de conduire, pour l’instant.

C’était un peu énigmatique, comme déclaration, et, en tout cas, ça n’avait pas l’air de l’enchanter. Parfois, Adam était un garçon assez typique et, en l’occurrence, ce qui le gênait surtout dans l’inconfort de son pouvoir, c’était qu’il ne pouvait pas conduire aussi souvent qu’il le désirait, lui qui avait une passion pour les sports mécaniques. Il suivit Maddison en se levant du banc, récupéra sa mallette et lui emboîta le pas, pour reprendre le chemin du parking.

Dans la rue, ils n’eurent plus guère l’occasion de parler : c’était l’heure de la sortie des bureaux et rester l’un à côté de l’autre, pour ne pas se perdre dans la foule, relevait déjà de l’exploit. Ce ne fut qu’une dizaine de minutes plus tard, à nouveau assis dans la voiture, qu’ils purent retrouver leurs esprits, loin du tumulte du quartier des affaires. Adam, pour une fois, se laissa aller à une remarque parfaitement anodine :


— J’aime bien ma ville, mais parfois, y a vraiment beaucoup trop de monde.

Anodine, elle ne l’était pas tout à fait, parce qu’il avait plus ou moins compris, au fil du temps, que c’était de cette population agissante et vrombissante que lui venait la plus grande part de ses visions. Sa vie eût été beaucoup plus paisible au milieu des grandes plaines de l’ouest, mais Adam aimait trop sa ville en effet, la ville en général, pour aller s’enterrer en pleine campagne.

Tandis que Maddison démarrait, il ouvrit la boîte à gant et sortit un bracelet de cuir où le prénom « Salem » était inscrit pour le fixer à son poignet gauche — un accessoire qui ne cadrait guère, c’était certain, avec Junichiro. Le jeune homme fixa le prénom un instant, en se demandant si son fiancé serait rentré avant lui, ce soir-là. Ils s’étaient promis une soirée devant la console de jeux vidéos et, chez les Cordova-Tenseï, ces choses-là étaient tout à fait sacrées.

Le mutant s’était calé dans son siège et, comme à l’aller, après avoir donné son adresse à Maddison, non sans lui avoir promis de la guider en gros quand il y aurait besoin, il s’était mis à regarder la ville à travers la vitre. Au bout d’un moment, de tout de même, il reprit la parole pour remarquer :


— N’empêche, tu t’es très bien débrouillée, là-bas. T’as raison de vouloir te rendre utile : tu es douée pour ça.

L’avantage avec la sincérité souvent abrupte d’Adam, c’était que lorsque, en de rares occasions, il peignait quelque chose sous des couleurs favorables, son optimisme n’en avait que plus de valeur, parce qu’on savait qu’il n’aurait pas hésité à souligner les imperfections. Et c’était vrai : Maddison n’avait pas commis la moindre fausse note, elle avait naviguée avec aisance dans la discussion et elle avait extirpé de Fieldman l’information précise qu’ils étaient venus chercher. Même quand Adam avait décidé d’improviser un peu — mais était-ce réellement une improvisation ? — la jeune femme ne s’était pas laissée démonter.

Après un nouveau temps de réflexion, Adam suggéra :


— Tu devrais jouer au poker.

Quand il songea qu’il avait l’air de suggérer que Maddison pouvait gagner un argent fou grâce à son don, il s’empressa de développer sa pensée :

— Pas pour dépouiller les gens. D’ailleurs, joue pas d’argent, c’t’addictif. Juste, au poker, les gens mentent, mais c’est prévu par le jeu. Et puis ils mentent, parfois en parlant, mais ils ne disent pas de mensonges. Ils disent juste quelque chose qui a l’intention d’un mensonge. Ce serait sans doute un bon terrain pour saisir les limites et les nuances de ton don.

Il sourit.

— Accessoirement, c’est amusant.
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