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 Ilion (Ivan)

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Ulysses Winford
Mutant de niveau 1

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MessageSujet: Ilion (Ivan)   Mer 17 Avr - 12:10

Il avait dû faire quelque chose de mal, se tromper à un moment, commettre une faute. Sans doute, quelqu’un, quelque part, là-haut, le punissait pour quelque chose. Ulysses était toujours allé au Temple, pendant son enfance, avec une piété indifférente, par coutume et par habitude, et depuis qu’il était entré dans l’adolescence, il n’avait jamais songé beaucoup à Dieu, mais quand il regardait ce qu’avait été sa vie ces deux dernières semaines, il devait bien le reconnaître : il était difficile de ne pas se sentir opprimé par une puissance obscure.

Ivan était parti — enfin, il l’avait chassé. Pour son propre bien. Comme ça, il irait mieux et il pourrait offrir son accent suédois et la forme délicate de ses doigts, et ses poissons, et ses lapins, et ses écureuils et ses daims, à un autre amant, à un humain au génome bien propre, dont le sourire n’avait pas la force toxique d’un champignon hallucinogène. Mais ça ne changeait rien, ça ne le consolait, il ne devait pas être assez noble pour se réjouir du bonheur que l’on trouverait loin de lui ; non, tout ce qu’il voyait, c’était qu’Ivan était parti.

Et puis on l’avait enlevé, ce n’était pas tout à fait une surprise, il se doutait que ça devait arriver, un jour ou l’autre dans le désert, entre deux dunes ou en plein faubourg, une vieille kalashnikov soviétique sur l’épaule, on l’avait poussé dans une camionnette de tôle, on lui avait mis un sac sur la tête, on avait enfoncé des poings très dévots dans son petit ventre d’infidèle, on lui avait fait cracher son sang d’ange pour voir s’il allait s’envoler.

Et il avait connu ce que connaissent tous les agents : le retour au foyer plus brutal que la prison, les débriefings de dix heures de long, les interrogatoires comme un suspect, les lampes plantées droit dans le nez, les insinuations douteuses, les états de service étalés sur une table, et quelques bandages, et quelques verres d’eau, un vieux hamburger rassis entre deux séances en farsi. Deux jours, trois jours, quatre jours, combien de temps cela avait-il duré ? Combien d’heures interminables ?

À l’autre bout de New-York on était venu au bureau d’Ivan, on l’avait emmené dans une salle et on lui avait posé, mais très poliment, très civilement, pour ne pas froisser l’ambassade de Suède, ni Interpol ni les polices étrangères, mais on lui avait posé tout de même des questions à n’en plus finir, sur Ulysses, sur ce qu’il avait dit, sur ce qu’il avait fait, sur les gens auxquels il avait parlés, sur leur relation, s’ils avaient fait l’amour, combien de fois, où, comment, si Ulysses était fidèle, s’ils étaient ensemble ou séparés, s’il lui connaissait d’autres amants, s’il n’avait rien remarqué — un jour où il aurait été un peu triste, un mot étrange au détour d’une phrase, un regard dans le lointain d’une nuit trop calme, des conversations au téléphone, des visiteurs tard le soir.

Ulysses était resté abattu d’abord, endolori, fatigué, découragé, trahi et maltraité — Ivan était parti — on l’avait tabassé — on l’avait affamé et assoiffé — on l’avait interrogé en anglais, en arabe, en farsi — on avait pris l’empreinte de sa rétine, on avait vérifié son acte de naissance, on lui avait fait passer six polygraphes, on lui avait fait répondre à des questions sur sa mère, sur son père, et puis finalement on avait fermé les dossiers, sans un au revoir sans un pardon, simplement parce que la question était réglée, il pouvait revenir, c’était bon — simple question de formalités.

Alors il s’était trainé jusqu’à chez lui, il avait failli se noyer dans sa baignoire, il s’était laissé tombé sur son lit et puis il avait dormi, douze ou treize heures peut-être, dormi d’une seule traité, jusqu’à se réveiller dans la brume amère de sa vie. Il était quatre heures du matin. La courbe élégante de son réveil soulignait les chiffres pourpres dans l’obscurité de sa chambre. Il se redressa dans ses draps doux, sur son matelas qui épousait la forme de son corps, et avec une grimace de douleur, il s’adossa à ses oreillers immenses et généreux.

Il parcourut du regard son corps nu : la ligne parfaite de chacun de ses muscles, qui se répondaient les uns aux autres sans fausse note, son ventre qu’aucun pli disgracieux ne défigurait quand il s’asseyait, chacun de ses orteils sans défaut, les géométriques croissants des lunules de ses ongles ; alors de ses yeux verts comme un rêve d’été coulèrent des larmes précipitées en silencieux et élégants sillons sur la douceur de ses joues éternellement jeunes.

Il s’extirpa péniblement de son lit. Il n’y avait plus de bleus et plus de coupures, mais tout son corps lui faisait mal. Il ne savait pas si c’était les soins de l’hôpital militaire, son pouvoir et simplement la nature qui avaient fait disparaître les traces de ses blessures. Péniblement, pour seul vêtement, il enfila un pantalon de jogging, descendit une à une les marches de son escalier et rejoignit Rimbaud sur le bar, qui avait survécu à quelques jours de privation.

Ulysses fit tourner son téléphone entre ses belles mains. Un quart d’heure plus tard il était toujours là, debout devant le bar, le téléphone entre les mains. Finalement ses doigts courirent sur l’écran.


Ulysses a écrit:
Viens.

Une seconde plus tard.

Ulysses a écrit:
Je t’en supplie.

Puis :

Ulysses a écrit:
Je ne peux pas rester sans toi.

Ulysses a écrit:
Ivan. Reviens. Juste une fois. Maintenant. Ou demain matin si tu dors. Ou demain soir si tu travailles. Ou quand tu pourras. Reviens juste une fois.

Il posa le portable sur le bar et tituba jusqu’au canapé pour s’y effondrer et cinq minutes plus tard, il était à nouveau endormi. Il avait laissé son téléphone en silencieux et ce ne fut que la sonnerie de la porte qui le réveilla dans un sursaut cauchemardesque. Le cœur battant, envahi par une peur panique, il mit plusieurs secondes à reprendre pied. Cherchant autour de lui l’indice de l’heure qu’il pouvait être, tandis que les volets hermétiques fermés de son appartement le plongeait dans une obscurité où luisaient les dizaines de voyants des différents appareils électriques.

La seconde sonnerie le fit sursauter. Il se tira du canapé et marcha péniblement vers la porte. Un coup d’œil au visiophone — c’était Ivan, accompagné de l’une des gardiennes. Ulysses entra le code qui ouvrait la lourde porte.


— Bonjour Monsieur Winford. Monsieur Str…

La femme s’interrompit, subjuguée par le spectacle irréel de son torse nu. Pour la première fois depuis qu’Ivan lui avait révélé son pouvoir, Ulysses se sentit oppressé par la serviabilité parfaite des employés de l’immeuble. D’une voix fatigué et embarrassé, il murmura :

— Merci, Madame Emster…

La femme hocha la tête et tourna les talons comme un automate, pour rejoindre l’ascenseur, tandis qu’Ulysses laissait Ivan rentrer. Quand la porte se fut refermée derrière le Suédois, l’Américain murmura de sa voix toujours faible :

— Je suis… Je suis désolé… Je devrais pas… Je devrais… M’habiller. Je voulais pas t’imposer ça. C’est dangereux. Nocif. Je devrais cacher. Je vais… J’ai tellement mal j’arrive pas à… Mais je vais mettre une couverture.

La perspective de s’envelopper dans une couverture devait être terrible, parce qu’aussitôt il fondit en larmes avant de se précipiter dans les bras d’Ivan.

— …je peux pas faire ça…



…je suis trop lâche.

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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Jeu 18 Avr - 21:54

Décidément…
Ivan se retourna pour la énième fois et une tripoté de chiens bâtards tenta de se faire discrète derrière une poubelle. Inutile, le Suédois n'avait pas besoin de les voir pour savoir qu'ils le suivaient. C'est fou, le printemps à New York, les bestioles de ce pays deviennent intenables. Il se laissa tomber en soupirant sur le banc d'un petit parc près de chez lui. Il devait être pas loin de trois heures du matin et, faute d'arriver à dormir, Ivan était parti s'aérer quelques minutes. À peine s'était-il assis qu'un espèce de cocker/basset aventureux trotta vers lui et cala sa tête sur ses genoux. Il le grattouilla distraitement derrière les oreilles en regardant des papillons de nuit papillonner autour d'un réverbère grésillant, dans le calme jamais vraiment calme de la nuit New-Yorkaise.

Ulysses, toutes ses pensées étaient tournées vers lui, la distance n'avait rien arrangée, au contraire, plus les jours passait, plus le manque se faisait grand. Est-ce que c'était un effet du pouvoir de son ami ? Il n'avait aucun moyen de le savoir, et le seul avec qui il aurait pu en parler était Ulysses lui-même, qui ne devait pas être beaucoup plus avancé que lui. Ivan avait bien essayé réinterroger Salem, mais les mutations étaient bien trop diverses et propres à chaque personne pour qu'il soit capable de l'aider. Bref, en ajoutant à cela le très diplomatique mais interminable interrogatoire qu'il avait subit quelques jours plus tôt, et s'en fut fini du sommeil déjà précaire du Suédois. Il se sentait à bout, il avait remué ciel et terre pour tenter d'avoir la moindre information, mais rien, à part qu'on avait pas vu l'ange dans les environs depuis un bout de temps. Les connaissances d'Ulysses sur le moyen-orient, la CIA, les langues qu'il parlait, la longue liste des Winford morts pour une cause ou une autre, tout cela ne cessait de s'imposer à lui et l'angoisse l'étreignait chaque jour un peu plus.

Tout à ses pensées, Ivan perdit complètement la notion du temps, il somnola même un peu, puis finalement fit sursauter la monumentale compagnie d'animaux qui s'était attroupée à ses côtés. C'était vraiment étrange, quand même, depuis longtemps maintenant il savait qu'il avait une relation privilégiée avec les animaux, que même ceux réputé sauvages l'approchaient sans craintes, mais là, il y avait excès. La seule raison pour laquelle Ivan ne cherchait pas sérieusement à comprendre ce qui se passait étais que cette étrange et disparate compagnie le rassurait et l'apaisait énormément. Du fond de sa détresse, il se raccrochait à toutes les sources de réconfort qu'il pouvait trouver. Malgré l’heure avancée, il se sentit épié par la faune jusqu'à rentrer chez lui, quoique le merle l'attendait déjà sur la rambarde de l'escalier, avec sa copine, complètement à l'affût eux aussi.

Ivan était épuisé, pourtant la lumière clignotante de son portable, qu'il avait laissé sur la table de chevet, lui donnant en un instant l'impression d'être parfaitement réveillé. Quelle heure était-il ? Un espoir le prit, comme à chaque message, sauf qu'il était certain cette choix-ci que ce n'était pas son opérateur téléphonique qui lui offrait 20 % de réduction dans tout le rayon bd de la fnac. Ivan regarda l'appareil et son cœur fit un bond dans sa poitrine, il regretta immédiatement d'être parti et de n'avoir pas vu les messages tout de suite. Le temps d'un trajet et le Suédois réveillait en sursaut la gardienne. Il était encore tôt, même si l'on sentait que l'aube ne tarderait pas, Ivan trépignait dans l'ascenseur, les messages lui laissaient deviner qu'Ulysses ne devait vraiment pas aller fort, mais peu importait pour le moment l'état dans lequel il retrouverait son homme ou les horreurs qu'il avait pu subir, il fallait qu'il le voit, qu'il le serre contre lui, le monde serait alors un peu moins rude.

Quand la porte s'ouvrit, il resta un instant aussi pétrifié que la gardienne. La beauté d'Ulysses était plus saisissante que dans ses souvenirs, mais la tristesse de son ange le fit se ressaisir rapidement. Il entra dans l'appartement et secoua la tête à tout ce que son ami disait.

« Tu n'as pas à te cacher, mon ange, tu n'es pas dangereux. »

Il serra son ami contre lui un très long moment, prenant doucement conscience de la réalité de ce qui lui arrivait. Ulysses était revenu, enfin, il voulait à nouveau de lui, sa fatigue, la pénombre et la beauté troublante de l'ange avait beau rendre le moment surréaliste, ce n'était pas un rêve.

« J'étais tellement inquiet pour toi… Tu as l'air épuisé, viens. »

Bon, Ulysses était toujours resplendissant, bien sûr, mais sa voix faible, ses yeux éteints, sa tristesse, toute son attitude trahissait qu'il n'allait pas bien physiquement et mentalement. Ivan l'emmena dans l'une des chambres, tiens, le lit est déjà défait, c'était la bonne. Il se glissa sous les draps avec lui, fermement décidé à le couver jusqu'à ce qu'il soit en pleine forme. Cependant, après un très long câlin, de nombreux baisers et une quantité remarquable de paroles rassurantes mais approximatives, parce qu'il n'avait plus vraiment l'énergie pour réfléchir, ce fut lui qui tomba de sommeil dans ses bras.

Quand il rouvrit les yeux, il remarqua tout de suite que la journée avait bien avancé, il se redressa, encore engourdi de sommeil, et entreprit sans grande conviction d'ordonner ses boucles brunes, histoire d'être un peu moins imparfait face à son ami. Maintenant qu'il était un peu plus en forme, les questions se bousculaient dans sa tête, mais il n'était pas sur de vouloir les poser, il n'avait pas envie de plonger Ulysses dans la tristesse en lui rappelant des souvenirs difficiles. Première étape, se blottir contre lui-même si celui-ci a eu l'outrecuidance de quitter la pièce. Et malgré les inquiétudes qui persistaient, il commença par marmonner d'une voix pâteuse.

« Promet moi qu'on ne fera plus jamais de pauses pour me guérir, c'était horrible… »

Il releva finalement la tête pour le regarder avec tristesse.

« Même si c’était beaucoup moins pire que pour toi, je suppose. Tu vas bien ? »
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Ven 19 Avr - 8:56

Conservatoire de musique de New-York, six ans auparavant

— C’est excellent, Ulysses.
— Merci…
— Est-ce que tu as déjà songé à continuer professionnellement ?

L’adolescent secoue la tête.

— Qu’est-ce que tu veux faire, plus tard ?
— Avec mes études je serai, je ne sais pas, cartographe militaire, sans doute.
— Oui mais toi, qu’est-ce que tu veux faire ?

Il hausse les épaules. Silence.

— Je ne pourrais pas venir la semaine prochaine…
— On reportera.
— …non mais… je ne pourrais plus venir du tout.



Il faut que je me concentre sur mes études.


***

Ulysses ne reniflait pas, il n’avait pas les yeux rouges et son nez élégant n’était pas irrité par des mouchages trop fréquentes ; Ulysses ne pleurait pas, il versait des larmes, comme un héros tragique en proie au destin ; Ulysses n’avait pas de sanglots, il poussait de nobles soupirs, caressant le creux du cou d’Ivan de son souffle toujours frais, et sa peau n’était pas moite d’avoir trop dormi, elle était douce et belle comme les tissus de l’Asie.

Mais Ulysses était malheureux et sa douleur était plus touchante encore qu’elle paraissait privé des vivants soubresauts d’une humaine affliction : elle était enfermée dans une beauté incomparable, comme un joyau qu’un écrin précieux ne dévoilerait qu’à moitié. Combien de fois Ulysses avait-il pleuré devant des compagnes et compagnons demeurés insensibles, parce qu’ils avaient été persuadés que ces démonstrations trop nobles d’une souffrance pourtant sincères ne pouvaient être qu’une comédie affectée, parce que personne, dans la vraie vie, ne pouvait pleurer comme cela ?

Il s’agrippait quand même aux vêtements d’Ivan, parce que cela il pouvait encore le faire, il se pressait contre lui, pour sentir sa chaleur et la force de ses mains : Ivan n’était pas un géant, Ivan n’était pas un colosse, il n’était pas armé jusqu’aux dents et il n’était pas féroce, mais Ulysses se sentait, dans ses bras refermés, un peu moins en danger, un peu plus en sécurité. Son cœur battait, dans sa mâle poitrine, avec la reconnaissance qu’on a pour les miracles inespérés.

Il se laissa conduire jusqu’à sa chambre et à peine dans le lit il revint se cacher dans les bras de son ami. Il ne répondit rien, mais pendant une heure, deux heures peut-être, il l’écouta parler ; il chercha ses caresses et il chercha ses baisers, et jamais dans un lit, il n’avait été si sage, jamais il ne s’était contenté d’une aussi simple tendresse, parce que précisément jadis, c’étaient les douleurs les plus grandes que le poussaient aux étreintes les plus désespérées. Mais Ivan était revenu et le passé était passé.

Ulysses regardait le plafond. Les volets de la chambre étaient légèrement relevés pour laisser entrer la lumière dorée du milieu d’après-midi. Les mains croisées sur la nuque, il regardait les plafonds en suivant dans les détours de son âme les ondulations de sa peur. Il avait été réveillé vers la fin de la matinée, il s’était levé, discrètement, pour boire, pour marcher dans son appartement, pour se sentir en sécurité chez lui, puis il était revenu se glisser tout à côté d’Ivan.

Il l’avait regardé dormir un moment. N’était-ce pas le plus bel homme du monde ? Bien sûr, on n’avait jamais vu de Suédois moins blond et bien sûr, Ivan n’était pas très grand. Oh, bien sûr, il avait l’air si jeune encore et bien sûr, il s’habillait n’importe comment. Mais c’était le plus bel homme du monde, parce qu’il était brun et un peu petit, parce qu’il avait l’air d’un ado distrait avec ses tee-shirts mal choisis.

Puis il s’était rallongé sur le dos et il avait observé son plafond. Les courriels devaient se bousculer dans sa boîte. Les coups de fil en attente s’empiler dans le journal des appels. Il y avait sans doute bien du courrier pour lui à la réception. Martha l’attendait, Adam l’attendait, les organisations de charité, les comités d’administration, les associations, les documents à analyser, les articles à traduire, les gens à voir, les chèques à signer, les orphelinats à bâtir, les…

Alors que l’angoisse s’emparait à nouveau d’Ulysses, Ivan se réveilla. Instinctivement, l’Américain passa un bras autour de son compagnon et l’attira contre son corps à l’improbable perfection. Il écouta sa voix, son accent — la veille il n’avait pas été assez conscient pour en profiter mais l’accent aussi était charmant. Ulysses réfléchit et, avec son habituel sincérité, répondit finalement :


— Non.

Au bout de quelques instants, il comprit que sa réponse pouvait être mal interprétée.

— Je veux dire… Non, je ne vais pas bien. Et… Et… On ne fera plus de pause. Enfin… Ce sera comme tu veux. Je ne peux pas…

Il avala péniblement sa salive, inspira pour retrouver son calme, mais la peur montait, encore et encore et finalement, incapable de conserver la virile indifférence qu’il avait voulue cultiver, il repoussa Ivan pour le forcer à s’allonger sur le dos et vint lui se blottir contre le Suédois, mêlant une jambe au sien, agrippant son tee-shirt tout froissé par la nuit, se pressant avec l’énergie du désespoir contre son corps.

— J’ai pensé à toi tout le temps, Ivan. J’essayais de ne pas le faire, parce que c’était pire, c’était plus terrifiant encore, mais j’ai pensé à toi tout le temps Ivan. Je ne sais pas comment faire. Je devrais partir loin et de te laisser tranquille, mais j’ai pas le courage. Je devrais… J’arrive pas à faire ce que je devrais faire. Je suis tellement lâche, et je devrais être plus fort, je devrais être plus courageux, mais j’ai eu peur, et j’ai cru que je n’allais pas y arriver, et j’ai eu mal, et je ne savais pas quoi faire, et ils m’ont juste frappé, ils n’ont même pas fait plus et déjà j’avais peur.

Je ne sais pas être courageux, je ne sais pas, je ne sais pas faire comment Patty, ou comme Adam, je ne sais pas faire comme mon père, ou comme toi, toi tu n’as pas peur, toi, tu es courageux, mais moi, je ne sais rien faire, je peux juste sourire, voilà, et, et, et être beau, c’est tout ce que j’ai jamais su faire, sourire et être beau, mon seul talent c’est la prostitution, en fait, être beau pour qu’on vote pour Martha, être beau pour qu’on me libère, être beau pour qu’on me donne ce que je veux, pas étonnant que j’me comporte comme une pute, comme un moins que rien, j’vaux pas trop mieux, et toi t’es là, tu reviens, mais je suis pas si beaucoup que ça, un jour forcément tu vas te rendre compte du reste, que je suis lâche, et bête, et inutile, et faible, et ennuyeux, que j’ai pas de personnalité et pas de talent, tu vas, tu vas… tu…


C’était incroyable : Ulysses avait omis des négation, il avait dit des gros mots et il avait contracté certains mots. L’heure était, de toute évidence, extrêmement grave : les signes grammaticaux étaient infaillibles. Ça, et le fait qu’il avait à nouveau fondu en larmes et que, pour une fois, les sanglots étaient bien présents.

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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Mer 1 Mai - 17:40

Si Ivan était encore un peu ensommeillé quand Ulysses le prit contre lui, ça ne dura pas bien longtemps. Déjà, son ange était encore plus beau – si c'était possible – avec un peu plus de lumière, ensuite, ses larmes et ses paroles ne pouvaient le laisser indifférent. Le mot "pute" fit tout particulièrement un électrochoc au jeune Suédois – sans doute parce que les omissions de négations faisaient un peu trop parti des (mauvaises) habitudes de son auteur pour qu'il les remarque. Vraiment, ça ne ressemblait pas à ce qu'il connaissait d'Ulysses.

Et si l'ange s'arrêta finalement de parler, ce ne fut pas parce que son auteur voulait montrer a quel point il était bouleversé en terminant sa phrase par trois petits points, comme si ses mots s'étaient perdus dans sa gorge, sans doute emportés par les sanglots, non, c'était parce qu'Ivan avait posé son index sur ses lèvres irréprochables pour lui intimer d'arrêter. Il ne voulait pas voir son homme s'autoflageller plus longtemps.

« Tu es beaucoup plus fatigué que tu n'en as l'air. »

Sa main quitta les lèvres d'Ulysses pour effleurer sa joue, essuyant les larmes au passage. Il se sentait malheureux, comme si la tristesse de son ami se déversait sur lui, mais parvenait à garder un air calme, maintenant qu'il était reposé.

« Bien sûr que j'aurais eu peur s'il m'était arrivé la même chose, je ne sais pas comment font les autres, moi je n'arrive à être courageux que quand je suis terrifié. »

Et oui, c'était le secret de son calme, la psychologie, parfois… C'est donc probablement parce qu'il craignait de voir Ulysses encore plus triste que la fois où il s'était réfugié dans la salle de bain qu'Ivan lui fit un petit sourire encourageant.

« Tu as dis tellement de grandes bêtises que je ne sais pas par laquelle commencer. Mais… tu es beau, dedans. Tu es courageux, parce que quand on n'est pas courageux, on ne fait pas de missions pour la CIA je dirais, et pour le reste, c'est la même chose. Tu es beau à l'extérieur, c'est une évidence, ça influence sûrement les gens qui te regardent, et si c'est un peu grâce à ça que tu as pu revenir en un morceau, j'espère que cela va durer. Mais tu ne dois pas croire qu'il n'y a que ton apparence qui est digne d'intérêt à cause de ce qui est arrivé. »

Il s'arrêta d'un instant pour le contempler d'un air pensif.

« J'ai l'impression que tu ne la vois pas, ta beauté, ni le dedans, ni le dehors…

Tu rates quelque chose d'incroyable, si tu veux mon avis. Tu es incroyable.
»

Ivan déposa un baiser sur son front et resta blottit contre lui un moment. Finalement, c'était maintenant que son ange devait être courageux, pour surmonter ce qui lui était arrivé. Mais ce qui était sûr, c'est qu'il ne le ferait pas tout seul. Ivan n'avait plus l'intention de le lâcher… ou alors c'était le pouvoir de l'ange qui provoquait ce besoin ? Encore une fois,il ne savait pas trop quoi penser de ses agissements depuis qu'il fallait prendre cette histoire de mutation en compte. Il aurait aimé en savoir plus là-dessus aussi, mais Ulysses ne devait pas avoir découvert grand-chose avec ce qui lui était arrivé. Heureusement, il restait Salem, Adam, et le mystérieux établissement où ils avaient emmené le type qui faisait marcher les morts, mais ce sera pour une autre fois. Pour l'instant, son ange avait besoin de beaucoup d'amour, et son estomac d'un bon repas après les cochonneries qu'il avait avalé jour après jour. Alors qu'ils se câlinaient depuis un bon bout de temps, le ventre d'Ivan se mit à gargouiller, le faisant rougir de honte.

« Désolé… heu… si nous mangions ? »
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Jeu 2 Mai - 10:37

Ulysses avait grandi parmi une galerie de héros : les Winford des générations précédentes, son père, son frère, sa sœur, et il avait connu le courageux Adam qui risquait sa vie pour sauver de parfaits inconnus, et il avait appris que le courageux Ivan combattait sans sourciller de sanguinaires quoique titubants zombies, et lui, lui il parlait à des journalistes et il était terrorisé quand on l’enlevait dans un ridicule petit camp terroriste. Il n’avait rien dit, il avait participé à son évasion, il avait gardé la tête haute, mais tout cela, il était incapable de s’en rendre compte, parce qu’Ulysses, quand il se regardait dans le miroir de la salle de bain ou de son esprit, ne voyait pas grand-chose.

Il serrait compulsivement contre Ivan, agrippant le tee-shirt de hippie de son petit ami et priant pour que pas une seule seconde le Suédois n’arrêtât de le serrer dans ses bras. Il voulait l’entendre parler, il voulait que son accent lointain modulât ses étranges expressions pas tout à fait américains, il voulait le sentir contre lui, il voulait, et c’était peut-être la première fois depuis très longtemps, des caresses entièrement innocentes, simplement rassurantes, des caresses douces et rien de plus.

Sans doute n’avait-il pas été entièrement convaincu par les propos rassurants d’Ivan, mais il avait arrêté de pleurer, et dans le silence de leur étreinte étroite, il s’était calmé petit à petit. Il ne dormait pas, mais ses yeux s’étaient fermés et s’il bougeait, ce n’était que, de temps en temps, pour chercher un peu plus la chaleur du corps de son compagnon. Dire qu’il avait pu songer à passer tous ces jours loin de lui, loin de cette assurance un peu irréelle, de cette douceur un peu loufoque et de ce mélange curieux de candeur et de virilité qui faisait tout le charme d’Ivan.

Ivan, le seul être capable de serrer un Ulysses à demi-nu et désespéré sans tenter d’en profiter, le seul être capable de tuer des zombies un jour et de nourrir ses poissons le lendemain et le seul être capable de laisser son ventre gargouiller quand il était dans le lit du plus bel homme du monde. Ulysses redressa enfin la tête et esquissa un sourire amusé, appuyé sur le torse d’Ivan.


— Bien sûr. Je ne voudrais pas que tu dépérisses.

Devant l’air perplexe de son ami, l’Américain chercha un mot un peu plus courant et hasarda :

— …que tu meurs de faim. Viens.

Le jeune homme se dégagea des draps pour se relever en réprimant une petite grimace de douleur. Rester près d’Ivan lui avait fait du bien malgré tout et il se sentait un peu mieux que la veille. Il s’étira, offrant, toujours à demi-nu, un spectacle qui devait certainement suffire à en rendre certains à moitié fous, puis effleura le mur à côté de la tête de lit. Aussitôt, dans tout le duplex, les panneaux qui retenaient la lumière du jour commencèrent à se lever doucement, pour diffuser dans les pièces les rayons d’une journée agréable et tirer Ulysses dans l’obscurité dans laquelle il s’était tenu.

L’Américain tendit la main pour attraper celle de son ami et l’entraîna dans le couloir, du couloir dans l’escalier, pour gagner enfin la cuisine. Il n’avait pas songé à s’habiller, parce qu’il faisait chaud, parce que l’idée de tous les mouvements impliqués dans une semblable action le crispait déjà et parce qu’il éprouvait l’envie toute naturelle de tous ceux qui étaient tristes et blessés : traîner en pyjama. Il ouvrit le réfrigérateur pour en contemplant le contenu.


— On peut faire une sorte de pizza. J’ai de la pâte feuilletée.

Il jeta un coup d’œil à Ivan.

— Je suis désolé, la dernière fois c’était des pâtes et là… Je t’assure que d’habitude, je cuisine un peu mieux que ça. Enfin, quand j’ai des invités.

Mais comme il ne se sentait certainement pas d’attaque à faire séance tenante un soufflé et qu’il voyait très mal Ivan cuisiner quoi que ce fût — allez savoir pourquoi — il attrapa les différents ingrédients et les posa sur le plan de travail. Alors qu’il déroulait la pâte en observant son compagnon, il s’interrompit brusquement pour déclarer :

— Ivan…

Le mutant baissa les yeux, rougit légèrement et murmura :

— Tu m’as manqué. Même en dehors de… De tout ça. Avec l’Agence. Juste, dans la vie, tu m’as manqué.

Il adressa un sourire un peu timide à la pâte feuilletée avant de la piquer avec une fourchette et de l’oindre de sauce tomate, en rajoutant bientôt les différents ingrédients. Au moins, c’était rapide et cinq minutes plus tard, la préparation était enfournée. Une fois les mains lavées, Ulysses revint près de son ami et, d’un air presque incertain, il posa la main sur les hanches d’Ivan et remarqua :

— On ne s’est pas embrassé, depuis la dernière fois… Enfin, hier, tu m’as embrassé sur le front et… dans le cou. Mais sur la bouche, tu sais, on ne s’est pas embrassé.



Pose tes mains dans mon dos. S’il te plait.


Ulysses approcha ses lèvres de celles d’Ivan, avant de les presser doucement contre les siennes et de laisser sa langue rencontrer celles de son ami. Le chaste baiser dura quelques secondes puis le jeune homme recula légèrement son visage avec un sourire comme soulagé et murmura :

— Tu embrasses très bien. Tu fais tout très bien. J’ai beaucoup de chance.

En dehors du kidnapping, naturellement. Sans se détacher d’Ivan, il reprit la parole.

— J’aimerais que… Que l’on fasse des projets ensemble. Des choses normales. Pas tester mes gènes, ou libérer Adam d’un tortionnaire, ou aller à une réunion politique. Je ne sais pas. Le cinéma. Une soirée avec des amis. Une exposition. Une fête foraine. Les gens…

Il eut l’air un peu gêné.

— Les gens n’ont jamais vraiment fait ça avec moi. Ils voulaient surtout… Enfin, tu sais…

Ulysses rougit à nouveau et le mot « pute » recommençait à résonner dans sa tête. De peur d’être mal compris, il précisa cependant :

— Et… Et je veux faire des choses comme ça avec toi aussi. Je veux dire, je te trouve très attirant. Très. Mais aussi… Je voudrais faire…

Il haussa les épaules, décidément embarrassé, avant de frémir, parce que hausser les épaules lui avaient fait un peu mal.

— Je voudrais faire des choses de couple. Je ne sais pas. C’est un peu banal, peut-être… Tu voudrais que… Que je sois plus original ?

Telle était l’une des angoisses fondamentales d’Ulysses Winford : être un garçon commun et sans intérêt.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Ven 3 Mai - 20:14

Ivan suivi bien volontiers son petit ami retrouvé dans la cuisine, et le regarda parler à la pâte feuilletée avec un sourire en coin. Ulysses n'avait décidément pas besoin de pouvoir pour être adorable.

« Toi aussi tu m'as manqué. »

Il prit ensuite son ami par la taille et l'embrassa tendrement, il est vrai qu'après l'avoir retrouvé la veille complètement défait et malheureux, il avait plus songé à le rassurer et à le faire se reposer – même si c'est lui qui a dormi comme un loir au final – qu'à lui faire de grandes démonstrations d'amour. C'était du reste assez flatteur de s'entendre faire la remarque, et pour la peine, Ivan l'embrassa à nouveau. La suite, et surtout la timidité avec laquelle Ulysses lui proposa de faire des sorties, le fit sourire tout en lui donnant envie de l'embrasser encore – on y prend vite goût. C'était embêtant parce qu'il voulu prendre sa plus grosse voix pour faire semblant de le gronder, mais était finalement à la limite de rire.

« Mais nous avons des projets, voleur ! Tu avais dis que tu me montrerais ton ranch, avec le lac, des chevaux, des bétails et des sangliers. Le reste, j'ai un peu oublié aussi, il y avait le snowboard, mais c'est sûrement un peu tard, et il y avait quelque-chose comme faire de la voile en Australie, mais en faire ici, ce sera bien aussi. Après, le cinéma, bien sûr, j'aime beaucoup, le théâtre aussi, il y a plus d'imagination dedans, je trouve. Les parcs d'attractions, je n'y suis presque jamais allé, mes parents trouvaient ça stupide, mais ça doit être amusant… en tout cas je veux vraiment faire des choses de couple avec toi, bien sûr. »

Il lui fit une petite bise en effleurant le bas de son dos et ajouta.

« Tu es très adorable, mais tu n'as pas besoin d'être aussi inquiet quand tu proposes quelque chose, tu sais. Je ne mords pas, ou… pas très fort. »

Ding

La pizza feuilletée était prête, Ivan aida à mettre la table et ne laissa pas vraiment le temps à leur repas de refroidir, quand on a faim, en Suède, on ne fait pas semblant – et puis il n'y avait qu'une pizza pour deux, alors c'est sûr, elle n'a pas pu voir le soleil longtemps. Repus, il débarrassa et passa cinq bonnes minutes à vérifier que Rimbaud était toujours aussi bien installé, puis, maintenant qu'il était en meilleure forme, il reprit d'un air motivé.

« Tu veux qu'on sorte un peu, maintenant ? Par contre, si tu pouvais me prêter des habits, ce serait bien, ceux-là sont froissés, et ils ne sont pas vraiment très… Et mes cheveux ?! Ils doivent faire pleins de boucles dans tous les sens, j'avais oublié ça ! Il faut que je me douche. Hier, je n'y ai pas du tout réfléchis, je dois avoir une tête épouvantable… »

Un peu nerveusement, il tenta de s'arranger dans les reflets de l'aquarium, mais n'était pas satisfait du tout. Et il n'avait pas de bonnet sous la main, pourtant, il le savait, qu'il ne devait jamais sortir sans bonnet. Un jour, il oublierait sa tête. Bref, il tenta de passer outre son physique négligé et repoussant, alors qu'il était en présence du plus beau mec du monde, et de réfléchir à ce qu'ils allaient pouvoir faire de leur après-midi. Mais la concentration lui manquait et, régulièrement, il tentait d'arranger ses boucles de quelques gestes compulsifs.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Ven 3 Mai - 21:35

Le temps d’une toute petite seconde, Ulysses se demanda si le fait d’avoir manqué à Ivan n’était pas, finalement, beaucoup plus inquiétant que rassurant. Naturellement, emprisonné au milieu du désert, l’idée d’être une drogue dangereuse pour son petit ami lui était bien vite sortie de l’esprit et depuis qu’il était de retour aux Etats-Unis, il n’avait guère songé qu’à se réfugier dans les bras d’Ivan et non point à examiner les effets possiblement délétères que sa mutation toute récemment découverte pouvait avoir sur le (plus ou moins) innocent écologiste, mais maintenant qu’il était en mesure de réfléchir un tout petit plus posément, il retrouvait ses vagues inquiétantes — s’il manquait à Ivan, cela voulait-il dire qu’Ivan était en manque : toute la question était là.

Fort heureusement, Ulysses demeurait Ulysses et les mains d’Ivan sur sa peau, les lèvres d’Ivan contre ses lèvres, tout cela ne pouvait pas le laisser indifférent et il avait beau être encore fatigué et traumatisé, il se fit un devoir de répondre sans aucune ambiguïté aux caresses et aux baisers de son compagnon. Preuve soit qu’il était trop secoué pour retrouver ses anciennes craintes, soit que les assurances répétées d’Ivan avaient fait leurs effets, quand ils se détachèrent et que les signes de son désir furent très explicites, au lieu de s’enfuir pour cacher son émoi dans l’un des très nombreux recoins de son gigantesque appartement, il se contenta de rougir et de murmurer :


— …désolé.

De toute façon, son attention décidément bien flottante était déjà captivée par les paroles d’Ivan, qui lui offrait la salvatrice remémoration de tout ce qu’ils avaient déjà prévu de faire. À mesure que le Suédois évoquait leurs projets passés, Ulysses hochait doucement la tête, comme s’il les avait tous oubliés et en effet, pendant les quelques jours de sa détention et ceux qui avaient suivi, pendant la rupture même qui les avait précédés, tout avait disparu dans un noir tourbillon.

Mais déjà, il s’imaginait avec Ivan en train de dévaliser le stand de tir à la carabine sous le regard consterné d’un forain anéanti. Ou en train de faire du rafting dans les cascades près des Grands Lacs. De chevaucher dans la propriété Winford. De grimper aux arbres. De prendre un jet privé pour trouver les neiges éternelles des meilleures stations européennes. Comme un couple normal. Ulysses esquissa un sourire sincèrement soulagé tandis qu’Ivan en profitait pour le distraire en le tripotant comme un petit lubrique et en lui faisant des propositions douteuses.

Ulysses leva un regard presque innocent vers son petit ami qui se proposait de le mordre.


— Hmm ?

L’information mit quelques secondes à faire son trajet dans son esprit encore embrumé.

— Oh…

Bon, il avait un peu de mal à l’imaginer. Après tout, avec Ivan, il ne l’avait fait qu’une seule et unique fois, puis ils avaient vécu une semaine très chaste, essentiellement parce qu’Ulysses se retenait de sauter son ami toutes les dix secondes, histoire de se prouver à lui-même qu’il valait un peu mieux que cela, ensuite ils avaient rompu, ils s’étaient remis ensemble, ils avaient rompu, il s’était fait enlevé et voilà. Tout cela ne laissait pas beaucoup de temps pour la bagatelle.

Donc, beaucoup de temps à rattraper. Ulysses commençait décidément à être de moins en moins décent et il fallut le salvateur rappel de son four pour l’empêcher de s’essayer à une gymnastique que son état de santé encore fragile déconseillait peut-être. Tout à fait ailleurs, d’une voix lente, le sagace cuistot fit remarque :


— La pizza… est cuite…

Heureusement qu’Ivan se mît en tête de l’aider à disposer les couverts, parce qu’il avait oublié où étaient rangées ses propres fourchettes et, en mangeant la pizza, il regardait les dents d’Ivan se plonger dans la pâte feuilletée d’un air très concentré avant de le suivre d’un regard définitivement songeur alors qu’il débarrassait. Plus il y réfléchissait, plus il se rendait compte que sur la personnalité, la vie et les goûts de son parfait petit ami, il ne savait pas grand-chose.

Ulysses en était encore à hésiter entre découvrir très empiriquement ce qu’Ivan préférait dans un domaine très précis ou poser des questions plus civilisées mais moins immédiatement instructives quand le Suédois s’abandonna un peu soudainement, sans crier gare, à une angoisse que l’Américain avait vu des dizaines et des dizaines de fois chez Adam et, plus épisodiquement, chez d’autres fugaces partenaires, une angoisse souvent inexplicable à ses yeux mais que la découverte de sa mutation éclairait d’un jour nouveau.

Un peu désemparé, Ulysses observa Ivan en silence avant de se souvenir que chez Adam, ce qui commençait par « Je suis mal coiffé » évoluait vite en « Je suis beaucoup moins beau que toi » puis en « Je suis terriblement moche » et enfin en « Je suis indigne de vivre ». Sans savoir ce qui, dans cette préoccupation progression, tenait à la personnalité franchement désaxée de son précédent petit ami et ce qui, au contraire, venait de sa mutation à lui, Ulysses jugea prudent de prendre les devants sur tout développement néfaste.

Il se leva donc et s’approcha d’Ivan, avant d’ordonner d’un air très autoritaire :


— Regarde moi.

Un peu trop préoccupé, il ne se rendit pas compte de l’extraordinaire docilité avec laquelle Ivan répondit à cette injonction à la puissance pas tout à fait humaine et plongea ses yeux dans ceux de son ami.

— J’aime beaucoup tes cheveux. Je te trouve très beau. Tu n’as pas une tête épouvantable. Viens.

Il attrapa la main d’Ivan et l’attira à l’étage pour un retour à la case départ. Ulysses ouvrit en grand ses placards.

— Je te laisse choisir ce que tu veux et euh…

Il hésita. Pendant une dizaine de secondes, un petit débat intérieur s’éleva en lui pour le faire changer incessamment d’avis, puis il rajouta d’une voix finalement plus du tout assurée :

— Moi je… Je t’attends dans la salle de bain. Là. C’est là. Cette porte.

Sans oser croiser le regard d’Ivan il disparut dans la salle de bain en question, qui n’était pas loin de faire la taille de l’appartement des Cordova-Tenseï et dans laquelle, outre une baignoire qui valait une piscine de jardin, deux vasques incrustées dans le miroir où pouvait se refléter une équipe de football américain au complet (et non, ce n’était pas déjà arrivé), il y avait une cabine de douche susceptible de contenir une bonne partie de la dite équipe (non plus), avec le dernier cri de tous les machines et bidules imaginables.

Ulysses prit une profonde inspiration puis se pencha vers les robinets de la baignoire — ils avaient bien le temps de sortir plus tard et, pour l’heure, il préférait la chaleur enveloppante et rassurante d’un bain. Une fois que l’eau eut commencé à couler, il se retourna vers le miroir et lentement, ôta ses rares vêtements, pour observer son corps nu dans le reflet. Aussi objectivement que possible, il essaya d’en détailler les moindres parcelles et devant ce spectacle tout à fait surréel, en toute bonne foi, lui n’avait qu’une seule conclusion : rien de vraiment exceptionnel.

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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Sam 4 Mai - 17:39

Il faut le reconnaître, avoir devant soi le plus bel homme du monde dans un état d’excitation bien visible pouvait faire tourner la tête, même pour l'innocence incarnée qu'était Ivan – qui voyait les dauphins, ça excuse tout. Alors cette histoire de morsures n'était peut-être pas un gentil jeu de mots totalement désintéressé – déjà, Ivan et les jeux de mots… Mais de là à dire que c'était une proposition, tout de même, il y en a qui pousse le bouchon au-delà des bornes. Tout juste Ivan souhaitait-il observer l'effet de ses taquineries sur son Américain exhibitionniste. Ils furent immédiats et plutôt flatteurs, ce qui n'empêcha pas le jeune homme de paniquer à l'idée d'avoir une tête insortable, mais quand il se retrouva devant l'étagère grande ouverte, avec dans la pièce d'à-côté un ange tombé du ciel qui l'avait dévoré des yeux sans rien pouvoir cacher de ses envies pendant tout le repas, et qui faisait, de ce qu'il entendait, couler un bain, ces inquiétudes étaient devenues bien secondaires.

Ivan observa quelques instants les tenues sous ses yeux, en se posant la question que tout garçon normalement constitué devrait se poser quand il doit se choisir une tenue qui fera tourner la tête de son amoureux : "Si j'étais Salem, qu'est-ce que je prendrais ?". Il opta finalement pour un pantalon noir, un tee-shirt avec une photo de New-York et une chemise, bref, ce n'était pas vraiment le plus vital, surtout que dès qu'il entra dans la salle de bain, la nudité absolue lui sembla une bien meilleure option. Ulysses se regardait dans le miroir, et d'autant qu'il pu en juger, il n'était pas particulièrement épaté par ce qu'il voyait. Peut-être qu'il était immunisé contre son propre pouvoir pour ne pas subir le même sort qu'un certain Narcisse, qui sait. Ivan ne prit pas vraiment le temps d'y réfléchir, tout ce qui intéressait son esprit à présent était de caresser ce corps, si parfait et si désirable qu'on en mangerait.

« Tu es magnifique »

Le Suédois était cette fois complètement hypnotisé, il revint attraper l'ange par la taille et promena pour de bon ses mains le long de son dos en l'embrassant. Il dévora ensuite son cou et sa poitrine de baisers et de légers mordillements, testant un peu le terrain et, fait notable, ça ne laissait aucunes traces. Pas comme Irvin de Copenhague qui devenait vite rouge comme un… peu importe. Après avoir été prit d'une petite frénésie de baisers, Ivan eut un léger sursaut de conscience et ralentit le rythme, jetant un regard à la pièce comme s'il n'y prêtait attention que maintenant – c'est vrai qu'entre le mobilier et Ulysses nu, le choix avait vite était fait dans son esprit au départ.

C'était une sacrée salle de bain, en y regardant, même celles des plus beaux palaces où il avait séjourné elles n'étaient pas comparables, et que dire de la baignoire dans lequel il aurait pu facilement élever des bébés phoques. Comme elle était maintenant à moitié pleine, Ivan retira lui aussi ses vêtements, dévoilant son corps parfaitement réveillé, et parti faire trempette après avoir vérifié en du pied qu'il n'allait pas s'ébouillanter.

« Tu viens ? »

Les cheveux ruisselant, il invita Ulysses – qui devait être bien content d'avoir un Ivan plutôt qu'un phoque dans sa baignoire – à le rejoindre et vint immédiatement agripper à son cou, se retrouvant à cheval sur ses jambes.

« Elle est bien, cette salle de bain… »

Ce bref interlude décoration qui n'attendait pas de réponses fut oublié aussi vite alors que la frénésie reprenait Ivan. Ayant eu son quota de câlins depuis la veille, le Suédois se montrait plus sauvage que la dernière fois, même s'il était bien loin d'un Adam au mieux de sa forme. Les gestes toujours aussi experts de son compagnon achevèrent de lui faire tourner la tête et après des caresses qui durèrent tout de même un moment, c'est sans transition qu'il se mit à chevaucher autre chose que les jambes de son ami. Ses gémissements étouffés s'élevèrent dans la pièce, où il faisait de plus en plus chaud et humide – à cause de la baignoire qui se remplissait toujours, bien entendu. Et c'est donc là-dessus que je vais les laisser profiter d'un peu d'intimité et jeter tous les voyeurs hors de la pièce en leur laissant une chanson choisit parfaitement au hasard pour leur faire passer le temps – et couvrir le bruit.

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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Dim 5 Mai - 10:28

Peut-être Zumthor avait-il eu tort ? Après tout, même les brillants généticiens pouvaient se tromper dans la plus simple des analyses de leur domaine, non ? Peut-être Salem, le jour où il avait décrété sans l’avertir que sa beauté était inhumaine, avait-il laissé parler une quelconque jalousie ? Peut-être était-il tout à fait normal et peut-être Ivan avait-il pour lui une passion qui ne naissait que de ses bonnes qualités ? Peut-être était-il réellement, authentiquement remarquable, quelqu’un d’intéressant, et pas seulement un concentré hypnotique de phéromones ?

Plus Ulysses s’examinait dans le miroir en passant en revue le moindre détail de sa perfection sans le voir, moins il songeait à ce qui l’avait motivé d’abord en se dénudant : éveiller les instincts charnels de son très innocent et très lubrique compagnon. Devant son reflet, ses angoisses revenaient et il ne songeait plus qu’à la génétique, aux mutations, aux pouvoirs, à la genèse des sentiments d’Ivan, aux sentiments de tous ceux qui avaient éprouvé, un jour, même la plus vague affection pour lui, à son travail dans lequel il n’était peut-être pas du tout compétent, au monde entier tordu par sa présence.

L’idée d’être incapable de se rendre compte par lui-même de sa prétendue beauté le traumatisait un peu plus. Il avait l’impression de devenir fou ou que tout le monde, autour de lui, avait l’esprit dérangé. Mais il devait bien se rendre à l’évidence : si Adam n’avait pas joui d’une quelconque immunité aux douleurs physiques et morales, l’Asiatique eût été depuis longtemps enfermé à l’asile et, de la même manière, il était fort probable que son propre pouvoir impliquât une sorte de verrou de sûreté qui le rendait insensible… à quoi ? simplement sa beauté ? son charme ? toutes ses qualités ?

Quand Ivan se glissa dans la salle de bain à son tour, Ulysses était décidément très loin de partager les mêmes préoccupations que lui et le compliment sincère du Suédois lui fit une impression douloureuse. Il se retourna vers lui pour tenter de lui expliquer en peu de mots ses noires réflexions, mais déjà Ivan l’avait enlacé, déjà les mains du jeune homme passaient sur sa peau et il ne fallait pas une seconde au corps de l’Américain pour réagir, pour s’échauffer et se tendre sous un désir qu’il n’était jamais parvenu à contrôler.

Il aurait sans doute pu lui dire d’arrêter, mais Ulysses n’en était plus capable depuis bien longtemps. Il offrait ce qu’on lui demandait si souvent sans réticence et, la plupart du temps, sans aucun doute, il le faisait avec désir et y trouvait un plaisir certain. Sous les caresses d’Ivan, alors que les lèvres du jeune homme s’égaraient sur son corps, Ulysses soupirait, et en se sentant entrainé vers la baignoire, son esprit était partagé entre l’envie de s’enfuir et le désir de pousser plus loin de si agréables retrouvailles.

L’Américain avait le sentiment de ne plus rien maîtriser. Alors que précisément, il eût souhaité parler à Ivan, tempérer ses ardeurs, peut-être pour s’assurer qu’elles naissaient d’un désir authentique et non d’une fureur éveillée par son pouvoir, le jeune homme ne trouvait d’autres gestes que ceux qu’il avait toujours eus et auxquels l’expérience avait donné une saveur irrésistible.

La fébrilité un peu sauvage d’Ivan l’effrayait néanmoins. Elle lui paraissait si étrangère à ce qu’il connaissait de son caractère qu’il craignait une fois de plus d’en être la cause, et alors que le Suédois se redressait légèrement pour venir concrétiser leur union, Ulysses était prêt à protester pour de bon. Mais il était déjà trop tard et ce ne fut qu’un gémissement de plaisir soumis qui franchit ses lèvres — quelques secondes plus tard, il était incapable de penser à rien et ce fut avec la même perfection que toujours qu’il s’employa à combler Ivan.

L’eau ne coulait plus, les deux jeunes gens étaient calmes et, Ivan ses bras, dans la chaleur confortable de la baignoire, Ulysses faisait des efforts immenses pour ne pas pleurer et ne pas trembler. Ce n’était que la deuxième fois qu’ils faisaient l’amour et, déjà, tout était d’une inextricable complexité. Il l’avait désiré et l’avait redouté, il avait espéré fuir la passion d’Ivan et l’avait nourrie et, désormais, il ne savait plus — il ne savait plus qui était Ivan, quels étaient ses sentiments, et la honte, la culpabilité et la peur l’envahissaient. Tout avait semblé si simple la première fois, si pur et si parfait, que le retour de ses anciennes angoisses, alors même qu’il avait pris un plaisir depuis longtemps oublié dans cette étreinte sauvage qui le perturbait tant, le désolait.

Finalement, le silencieux Ulysses, n’y tenant plus, murmura d’une voix très lointaine :


— Je reviens. Je dois… Je reviens.

Il repoussa doucement Ivan pour sortir de la baignoire et, pressé de cacher les formes de son corps que l’eau dessinait plus précisément encore qu’à l’ordinaire, il s’enveloppa dans un peignoir, avant de disparaître dans la chambre. Il descendit les escaliers, erra de compartiment en compartiment, laissant derrière lui ses traces de pas mouillées, jusqu’à se réfugier dans le coin de son appartement où, derrière une cloison coulissante, se tenait une petite salle de sport personnelle.

Le jeune homme s’assit au bord du banc de musculation et observa ses jolies mains tremblantes. Les images des dernières minutes revenaient dans son esprit — le corps si désirable d’Ivan, voilé et découvert par les ondulations de l’eau, la sensation enivrante de le posséder, son plaisir, le plaisir du Suédois, la passion, ces impressions parfaites, délectables, qui auraient dû le combler, et dans le même temps la peur qui l’avait saisi à chaque geste, le sentiment d’être commandé par des impulsions plutôt que par sa propre volonté et, peut-être, d’une certaine façon, l’idée d’avoir été forcé par Ivan.

Mais Ivan, que pouvait-il y faire ? Était-il seulement maître de ses réactions ? Et surtout, en avait-il envie ? Incapable de songer que sa mutation était une partie aussi définitoire de son être que sa couleur de cheveux, sa sincérité ou sa passion pour la musique, Ulysses ne la considérait que comme une donnée extérieure, une erreur qui n’avait rien à voir avec lui et qui provoquait, chez ceux qui l’entouraient, des réactions qui ne se rapportaient pas vraiment à sa propre personne.

Les larmes avaient recommencé à couler et, pour la première fois de sa vie, en songeant aux films qu’il avait vus, le jeune homme se rendait compte qu’elles n’avaient rien de naturel. Même cette manifestation si commune de la tristesse humaine était chez lui modifiée : personne ne pleurait comme cela dans la vraie vie. C’était impossible. Pourquoi ses yeux ne lui brûlaient-ils pas ? Pourquoi est-ce qu’il ne reniflait pas ? Pourquoi est-ce qu’il n’avait pas du mal à respirer entre deux sanglots ?

Et plus il pleurait, bien entendu, plus il songeait au pauvre Ivan dans sa baignoire, qui avait peut-être l’impression d’avoir passé un excellent moment, qui était transi d’amour, enfin, de passion, oui voilà, transi de passion, le pauvre Ivan qu’il avait empoisonné, si gentil, si innocent, si pur, et qu’il avait transformé en amant sauvage quand il l’était et en pauvre hère désespérée quand il était absent. Et petit à petit, Ulysses commença à se demander ce qu’il arriverait s’il parvenait à s’inoculer une maladie de peau très grave.

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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Lun 6 Mai - 14:27

Ivan avait deviné comment tout ça allait finir presque avant que ça commence. Après tout, Ulysses s'en voulait déjà de simplement éprouver du désir, ou du plaisir, peut-être. Le Suédois ne savait exactement ce qu'il se passait dans la tête de son compagnon, mais il avait bien compris qu'il se sentait tout le temps coupable quand il s'agissait de sexe. Et maintenant, avec cette histoire de pouvoir, ce devait être encore pire. Lui-même avait bien sentit qu'il n'avait pas été dans son état normal, et maintenant que c'était fini, il regrettait de n'avoir pas su s'arrêter avant.

Il ne fit rien quand Ulysses sortit et resta un moment dans l'eau, envahit par un découragement sévère. Si tout ce qu'il faisait ou disait en présence de son ami perdait toute sa valeur parce qu'il subissait son influence. Que pouvait-il faire ? Ce qui était sûr, en tout cas, c'est qu'il n'avait pas envie d'abandonner. Maintenant que l'ange s'était éloigné, Ivan sentait en partie à quel point sa présence avait jouée dans ce qui venait de se passer. Il se demanda d'ailleurs si le côté un peu effrayant de la chose n'avait pas fait fuir une bonne partie des anciennes relations du blondinet. Lui, en tout cas, il n'en avait pas peur, pas parce qu'il était courageux, mais parce que, quelque part, cette sensation lui était familière. Il n'arrivait pas vraiment à déterminer où il avait pu ressentir des impressions similaires, mais il y avait quelque chose. Bizarrement, ça lui rappelait ses poissons, mais qu'est-ce qui ne lui fait pas penser à des poissons, de toute façon.

Le Suédois était encore fort songeur quand il se sécha et enfila la tenue qu'il avait choisie plus tôt, la perspective de rester caché au fond de la baignoire, terrorisé à l'idée de devoir faire face à un Ulysses qu'il venait de blesser, ne le séduisit pas très longtemps. Comme à chaque fois, il préféra se secouer pour faire changer les choses. C'est calme en apparence, et complètement paniqué en réalité, qu'il quitta la salle de bain et se mit à aller de pièce en pièce, un peu déboussolé. Il finit par se retrouver dans la cuisine, et regretta soudain qu'ils ne soient pas simplement partis prendre l'air comme il l'avait proposé. S'il ne s'était pas inquiété pour ses cheveux, peut-être qu'Ulysses ne serait pas perdu dans l'un des recoins de son immense appartement, à pleur…

Regarde-moi, Ivan se rappela soudain la promptitude avec laquelle il avait obéis à Ulysses, un peu plus tôt, là, près de l'aquarium. Sur le coup il n'avait rien remarqué, mais y repensant, il y avait déjà là quelque chose de surnaturel. Si cela lui revenait maintenant, c'était qu'une impression semblable l'avait prise alors qu'il baissait comme par réflexe les yeux vers le sol où brillait quelques traces d'eau. Sauf que cette fois, il était seul, ou peut-être qu'Ulysses n'était pas si loin, à moins qu'il se fasse simplement des idées. En tout cas il était sacrément perturbé pour ne pas avoir remarqué ça plus tôt, c'était indigne d'un policier. Sans plus attendre, il suivit les empreintes et quitta le coin cuisine, sous le regard de Rimbaud.

Ulysses n'était finalement pas si près que ça et c'est après avoir fait le tour d'une bonne partie de l'appartement qu'il entra dans la salle de sport. Il le contempla un instant dans sa tristesse trop belle pour être vraie, puis vint s'asseoir à côté de lui sur le banc.

« Je m'excuse. J'aurais pu éviter cela, pardon. »

Il posa une main sur l'épaule de son ami en le regardant d'un air triste. Le pouvoir d'Ulysses n'était pas une excuse, Ivan se sentait parfaitement responsable de ce qu'il s'était passée et il voulait absolument éviter que son ami pense que tout était sa faute. Pour le reste, par contre, les choses étaient beaucoup plus compliquées, comment prouver qu'il était sincère tout en sachant très bien qu'il est sous influence ?

« Je crois qu'on va devoir parler beaucoup, pour que ça marche. »

Le Suédois avait l'air de réfléchir à son idée tout en la disant, mais quand il fallut l'appliquer concrètement, il parut vite très gêné et se tritura les doigts.

« J'aime le… err… sexe mais, ça ne me vient pas très vite, d'un coup. J'en ai vraiment envie quand je me sens bien, et que l'autre se sent bien et qu'il y a une ambiance… je ne sais pas trop, mais c'est différent de tout à l'heure. Si je recommence à faire comme tout à l'heure, tu me dis non, tu me tapes ou tu fais ce que tu veux mais si je n'arrive pas à m'empêcher tout seul, empêche-moi. Je ne veux pas que tu ne te sentes pas bien à cause de moi. »

Il médita un moment avant d'ajouter, toujours en grandes réflexions.

« Par contre, je dis toujours très vite aux gens quand je les aime, là, c'était mon style, et je suis sûr qu'il y a du vrai dans ce que je ressens pour toi, qu'il y en a beaucoup. Et puis je me sens bien avec toi, je suis d'accord avec ce que je ressens, alors je m'en fiche si quelque chose rend mes sentiments plus forts. Il ne faut pas empêcher ce qui est bien. »

Ivan se passa une main dans les cheveux, pas trop sûr d'avoir bien formulé sa pensée.

« Enfin, moi, je le ressens comme cela. »
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Lun 6 Mai - 19:11

Ulysses était désespéré. Enfin, non, il n’était pas désespéré, parce que de toute sa vie, il n’avait jamais su se laisser tout à fait abattre et son emploi du temps dément était l’un de très nombreux témoignages de ses activités frénétiques et de son désir insatiable d’aller de l’avant, de découvrir, de repousser les problèmes, de les résoudre, et de continuer. Si ses étagères étaient chargées de livres, de films et de CDs, c’était qu’une mauvaise rencontre ne le décourageait pas et s’il travaillait toujours pour l’Agence, c’était que les difficultés de la carrière ne l’effrayaient pas.

Comme tous les Winford, Ulysses avait hérité d’un sens du sacrifice et des responsabilités écrasants, mais aussi d’une volonté de fer et d’une aptitude à prendre en main sa propre existence que ses traits d’ange fragile n’annonçaient guère. Et le jeune homme enveloppé dans son moelleux peignoir, tout seul dans la salle de sport dont il eût très certainement pu se passer, ressembler beaucoup plus aux générations de militaires et de politiciens visionnaires qui l’avaient précédé que lui-même ne voulait bien le croire et tout en pleurant, il ne pouvait s’empêcher de songer à des solutions.

Certes, ses premières idées n’avaient pas été nécessairement brillantes : se couper une oreille pour introduire de la dysmétrie dans son visage, acquérir une culotte de chasteté auprès d’un collectionneur d’objets médiévaux, s’inoculer une rougeole permanente ou se retirer dans le désert pour vivre une existence érémitique n’étaient pas nécessairement les perspectives les plus raisonnables ni les plus réjouissantes qu’il pût trouver, mais son esprit progressait lentement vers des propositions plus modérées et quand Ivan fit son apparition à son tour dans la salle de musculation, le jeune homme avait déjà abandonné l’idée de porter en permanence une cagoule du SWAT.

Ulysses essuya ses larmes d’un revers de manche et se décala pour laisser Ivan s’asseoir à côté de lui. Cinq minutes plus tôt, il l’eût sûrement fui, mais à peine le Suédois avait-il pris place que le jeune homme revint se coller contre lui, pour poser sa tête sur l’épaule rassurante du colossal biologiste (ceci dit sans ironie aucune). Puis, quand Ivan commença à se massacrer les doigts, un défaut très répandu, en essayant de s’expliquer, Ulysses attrapa l’une de ses mains dans la sienne, en lui prêtant l’oreille attentive qu’il avait finalement décidé de ne pas couper.

Il l’écouta — et il eut beaucoup de mal à ne pas laisser tomber ses bonnes résolutions et fondre à nouveau en larmes ou, tout du moins, braquer un laboratoire pharmaceutique pour trouver les souches d’une dangereuse maladie. Parce que ce qu’Ivan commençait par lui dire, finalement, c’était qu’il l’avait forcé, lui et son pouvoir, parce que sinon, Grands Dieux, jamais il ne l’aurait fait. De toute évidence, il n’y avait pas d’ambiance et Ivan n’était pas en confiance avec lui.

Avec la ferme envie de se promener pour le reste de ses jours en combinaison de ski trois fois trop grande pour lui, Ulysses hocha sagement la tête et quand Ivan eut fini de parler, le silence s’installa. La main de l’Américain s’était un peu crispée sur celle de son ami et, en observant ses haltères sagement posées au sol, son propriétaire broyait du noir. Il secoua néanmoins sa tristesse et murmura :


— Je te crois. Quand tu dis que tu m’aimes, je te crois. Il y a beaucoup de gens qui ont eu l’occasion de subir les effets de mon pouvoir et aucun, vraiment aucun, ne s’est jamais comporté comme toi. Tu n’as pas à t’excuser. Tu te comportes de manière remarquable, étant données les circonstances.

Il y avait dans la voix calme d’Ulysses assez de tristesse pour que cette déclaration, somme toute capitale, ne constituât pas un soulagement pur et en effet, la suite ne tarda pas à tempérer quelque peu l’effet de ces premières paroles rassurantes.

— Je suis désolé si j’ai forcé ton désir tout à l’heure. Ce n’était pas… Prévu. Je ne mesure pas très bien les effets de tout ça. J’espère qu’un jour tu te sentiras assez, je ne sais pas, assez en confiance avec moi pour qu’on puisse faire les choses… Volontairement.

Les larmes, bien entendu, recommençaient à couler.

— Je sais pas comment, je sais pas… je sais pas comment tu fais pour pas… Me trouver dégoûtant et… Partir. Et t’enfuir. Et je veux pas… Je veux pas profiter de toi, c’est pas c’que j’veux, c’est pas…

Ulysses s’interrompit presque aussitôt, ravala courageusement ses larmes, contrôla l’inflexion de sa voix et reprit d’un ton beaucoup plus maîtrisé :

— Pardon. Désolé. Ça va aller. C’est juste, tu comprends, je ne sais plus ce que je suis. Je ne sais plus où le pouvoir commence. Où il s’arrête. Quels événements de ma vie sont normaux. Ce n’est pas seulement une question de sexe. C’est… Si j’étais télékinésiste, je saurais. Quand un objet se déplace tout seul, ce n’est pas normal et on sait qu’il se passe quelque chose. Là, je ne contrôle rien, c’est comme ça, tout le temps et il n’y a pas de signe. Comme un soupçon généralisé.

Comme à son habitude, Ulysses excellait à décrire très précisément ce qui le perturbait et lui qui passait son temps à souligner combien son esprit fonctionnait mal, combien sa psychologie était torturé, faisait une fois de plus la démonstration, après les épreuves qu’il avait enchainées en quelques jours, d’une solidité mentale qui dépassait de très loin celle qu’il voulait bien reconnaître.

— Tu vois, quand je suis revenu à New-York, j’étais assez content de moi. J’avais trouvé un travail, j’avais réussi à prendre le contrôle sur mon addiction, j’avais cessé de me torturer à propos d’Adam. Et quand je t’ai rencontré… C’était parfait. Parce que tu es incroyable, et mystérieux, et gentil, et toujours surprenant. Mais depuis, j’ai l’impression de ne faire que me plaindre. Et pleurer.

Alors que dans la vie, d’habitude, je ne suis pas comme ça. Je ne suis pas la personne la plus équilibrée du monde, c’est certain. Mais je ne suis pas comme ça.


Le jeune homme se redressa un peu pour pouvoir regarder son compagnon dans les yeux.

— Je ne veux pas que tu ais l’impression que tout est compliqué avec moi. Et je ne veux pas que tu te sentes coupable. Mes problèmes, ce sont mes problèmes. À moi. Tu as fait une erreur, c’était de me mentir. C’était au début. C’est passé. La mutation, le sexe, l’Agence, la politique. Ce sont mes problèmes. Tu peux m’aider à les gérer, et tu le fais, même si c’est compliqué, tu le fais. Mais ce n’est pas ta faute.

Uysses posa sa main libre sur la joue du Suédois.

— Ivan… Tu as de la place, chez toi, dans tes tiroirs, pour quelques affaires à moi ?
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Mar 7 Mai - 21:58

Rah, mais non, Ivan ne voulait pas dire qu'il s'était sentit forcé, il avait eu envie de faire tout un tas de choses salissantes à Ulysses avant même d'entrer dans la salle de bain. Mais il ne s'était pas reconnu dans sa façon de lui sauter dessus, et craignait qu'Ulysses, lui, se soit sentit forcé. Et surtout il cherchait à éviter que ça se reproduise. Enfin bref, c'est de la faute du personnage, il ne parle pas bien anglais, tant pis pour lui. Pour se faire comprendre sans commettre plus de bourdes, Ivan secoua très négativement la tête quand Ulysses laissa entendre que c'était qui l'avait forcé, le Suédois était innocent, mais pas à ce point il faut croire.

Le petit aperçu de la manière dont la découverte de son pouvoir affectait Ulysses le laissa songeur. Il avait beaucoup de mal à imaginer ce que cela pourrait lui faire de découvrir que pendant une bonne partie de sa vie il s'était passé des choses spéciales autour de lui sans qu'il s'en rende compte, et de ne pas savoir où se trouvait la limite entre la normalité et le reste. Ce devait être vraiment perturbant (et ça va te tomber dessus, mon petit, ahaha). Il eut ensuite droit à un bon nombre de compliments et de paroles rassurantes, puis ce fut l'apothéose. Ivan n'en crut pas ses oreilles, pour de vrai.

« Tu veux qu'on se… mette ensemble ? »

Comme il n'était pas encore très au point, en langue autant qu'en amour, il avait peur de mal interpréter les choses. Et puis il y avait peut-être une coutume américaine qui voulait que quand on commence à être proche l'un de l'autre, on laisse deux tee-shirts et une brosse à dent de rechange chez son compagnon, pour les soirs où l'on aura pas envie de rentrer chez soi. Ce qui est sûr, c'est que dans tous les cas, il était d'accord. Pour ne pas qu'Ulysses pense que sa question signifiait qu'il trouvait l'idée curieuse ou qu'il ne voulait pas, il ajouta rapidement.

« Tu auras toute la place que tu voudras. Ou alors je peux amener mes affaires ici, si tu le veux. »

Bien sûr, dans "affaires" il fallait inclure les aquariums, les merles, les bébés hérissons et le reste, ce qui prendrait forcément un peu plus de temps, de place et d'énergie, mais vu la taille de l'appartement d'Ulysses, ça restait plus que jouable. C'était en tout cas un sacré pas en avant pour eux deux, jamais personne, jusqu'à présent, ne lui avait fait une telle proposition et après les difficultés qu'ils avaient eus, il voyait là la preuve la plus évidente qu'Ulysses l'aimait et voulait vraiment construire quelque chose avec lui. Et pour ce qui est des difficultés…

« Je ne trouve pas que tout est compliqué avec toi, nous avons eut des difficultés et c'était aussi beaucoup de ma faute, mais ce n'est pas comme si à chaque fois ma patience était testée. Si j'essaie de t'aider c'est parce que je trouve ça naturel, on est ensemble, alors tes problèmes sont un peu les miens. Ce n'est pas quelque chose d'extérieur qui viendrait m’abîmer la vie. Et puis, après les problèmes, on est un peu plus fort, et un peu plus proche, au final. On se débrouille bien. »

La preuve, Ulysses allait maintenant s'installer chez lui – et s'il y a encore de grosses bourdes dans le tas, c'est la faute du personnage, bien sûr. Ignorant s'il avait dit de grosses bêtises ou pas, Ivan attrapa Ulysses par la taille, et c'est cette fois-ci fort chastement qu'il goûta à ses lèvres. Pour le regarder ensuite avec un sourire heureux

« Je suis vraiment content que tu veuilles habiter avec moi. J'essaierais de ne pas trop bouger dans le lit, et si les aquariums dans le couloir font trop de bruit, on les mettra ailleurs, ou si les plantes gênent trop le passage… Tu me diras, je veux que tu sois bien chez nous. »

Son regard se fit rêveur alors qu'il imaginait déjà Ulysses dans son univers, comme ça, quotidiennement.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Mar 7 Mai - 22:30

Le loft était grand, très grand, sur deux étages, avec une perspective à n’en plus finir, des pièces cachées, une décoration hors de prix, des chambres plus qu’il n’en fallait et Ulysses, lui, était tout seul. Il aimait bien son appartement, la question n’était pas là, mais sa vie venait de basculer dans un monde nouveau et il ne se sentait ni le courage ni l’envie de passer ses soirées seules, dans son lit froid, de se réveiller le matin seul et d’errer dans son palace en s’interrogeant sur le sens de l’existence.

La seule chose d’à peu près certaine dans son existence bousculée et génétiquement modifiée, c’était qu’il voulait Ivan près de lui et puisque tout était compliqué, Ulysses s’était décidé pour l’épreuve du feu : aller vivre dans la jungle avec son Tarzan à lui et ses soixante-dix poissons. C’était à la fois, à ses yeux, un rempart contre la terreur, une preuve de confiance et un moyen de construire quelque chose de beaucoup plus stable que les rencontres ponctuelles que son pouvoir rendait nécessairement étranges ne le permettraient.

Ulysses secoua la tête quand Ivan proposa d’emménager dans sa forteresse.


— Je préfère venir chez toi. C’est moins… Je ne sais pas. C’est à ton image, c’est ma nouvelle vie, je préfère.

Il n’en fallut pas beaucoup plus à Ivan pour aménager leur existence sur les dix années à venir et, pour un peu, Ulysses s’attendait à lui voir trouver des noms pour les bébés phoques qu’ils élèveraient dans le jardin, quand ils auraient creusé un bassin. Pour une fois, il ne se demanda pas si la promptitude avec laquelle Ivan acceptait sa proposition et l’aisance dont il faisait preuve pour appeler ce qui avait été sa maison à lui leur chez eux naissaient de l’effet de son pouvoir ou plutôt, s’il se le demanda, il choisit de ne pas répondre à la question. De toute façon, il n’y pouvait rien.

Il se contenta donc de se lover contre lui.


— Ne t’inquiète pas, de toute façon je dors…

Il s’interrompit. Il n’avait jamais vécu avec personne non plus et un ensemble de petits détails vint le frapper.

— Hmm…

Tout cela lui paraissait soudainement beaucoup plus compliqué qu’il ne l’avait songé en faisant sa proposition et, à mesure qu’il dressait dans son esprit la liste de ses particularités, tout devenait beaucoup plus concret. Une impatience presque enfantine commençait à se saisir de lui.

— Il y a des choses que tu ne sais pas sur moi. Je veux dire, des détails, des habitudes. Il faut peut-être que tu sois au courant, avant que je ne débarque. Viens.

Comme ils n’allaient pas discuter indéfiniment sur un banc de musculation et qu’Ulysses était désormais obnubilé par l’idée de charger sa voiture pour défaire ses cartons chez Ivan, il se releva, prit la main de son amant et l’entraîna dans le couloir.

— D’abord, je ne dors jamais beaucoup, mais je dors souvent. Du coup, c’est fractionné. Ça ne doit pas être pratique à deux, à vrai dire, je ne sais pas, je n’ai jamais vécu avec personne, mais enfin, je vais essayer de faire un effort pour m’adapter à ton rythme.

Ulysses était passé assez rapidement sur le fait qu’Ivan fût son premier compagnon à domicile, parce qu’il en était tout de même un peu intimidé, mais comme par ailleurs il affichait un sourire rayonnant, il était aisé de voir qu’il ne prenait pas la chose à la légère. Il lâcha la main du Suédois en s’engageant dans l’escalier.

— Aussi, je crois que quand je travaille, je suis un peu… Absorbé. C’est peut-être désagréable quand on essaye de me parler, il faudra me dire, je ferai attention.

Arrivé en haut des marches, l’Américain rattrapa aussitôt la main de son ami en continuant à réfléchir à haute voix.

— J’aime bien faire le ménage souvent aussi, mais c’est moins parce que je suis maniaque que parce que ça me permet de laisser mes pensées divaguer, du coup, il ne faut pas te sentir forcé de faire pareil.

Une fois dans la chambre, sans réfléchir, le mutant dénoua son peignoir et le laissa tomber au sol, dévoilant à nouveau la nudité surnaturelle de son corps, avant de se planter devant son placard.

— Je ne fais pas souvent la cuisine, mais c’est parce que je vis tout seul je crois. Je peux essayer d’être plus régulier.

Il attrapa quelques vêtements.

— Sinon, hmmm… je mets souvent de la musique, mais je peux utiliser un casque, et… Ivan ?

Ses affaires dans les mains, il s’était retourné vers son petit ami et ce ne fut qu’en l’observant qu’il comprit sa petite erreur. Il hésita un instant à disparaître dans la salle de bain pour se rhabiller en vitesse et tempérer ainsi l’effet de son pouvoir mais les expériences passées semblaient indiquer que la fuite n’était pas une solution très viable. Alors il posa ses vêtements sur le lit, s’approcha d’Ivan, lui prit les mains et les posa sur ses hanches.

— Et je me promènerai habillé quand tu auras des choses importantes à penser. Et on trouvera un moyen pour que ce ne soit pas toujours… Un problème.

Il n’avait certes, pour l’heure, aucune idée du genre de contrôle qu’il pouvait exercer sur son pouvoir, ni même s’il était possible d’exercer le moindre contrôle, mais comme le monde entier ne passait pas son temps à lui sauter dessus, il supposait qu’il y avait tout de même des degrés.

Pour l’heure, sa première stratégie était de transformer l’énergie sauvage dont Ivan avait fait preuve en quelque chose de non moins érotique mais de plus langoureux, qui devait permettre, espérait-il, de laisser un peu plus de libre-arbitre à son ami. Pour la première fois de son existence, Ulysses était presque content d’avoir fait l’expérience de sa propre addiction ; au moins n’était-il pas en terrain inconnu.

Au lieu donc de détourner le regard en prétendant qu’il n’y avait aucun problème, ce qui revenait à foncer droit dans le mur, le mutant resta dans les bras de son ami.


— Je sais qu’on devait sortir, mais on pourrait déjà apporter quelques affaires chez toi, pour ce soir et les jours qui viennent. Ensuite, on pourra toujours aller au cinéma ce soir. Ou au restaurant.

Un ton plus bas, il murmura :

— …tu sais, tu peux me caresser quand tu as envie. Je préfère que tu m’apprivoises plutôt que tu ronges ton frein.

Expression peut-être un peu trop idiomatique. Ulysses précisa donc :

— …plutôt que tu te retiennes et qu’après, tu craques. D’accord ?
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Jeu 9 Mai - 11:12

Tout en suivant sagement Ulysses, Ivan continuait à s'imaginer à quoi pourrait ressembler leur toute prochaine vie commune. Son ange lui apportait quelques informations, mais d'autres questions plus ou moins anecdotiques lui venaient au fur et à mesure. Par exemple, que mangeait Ulysses au petit déjeuner ? Parce qu'il faut prendre un petit déjeuner, oui monsieur.

« Avec ton emploi du temps que j'ai vu, je ne pense pas que tu puisses beaucoup changer de rythme. Si tu peux te coucher un peu avec moi le soir, ce sera très bien. »

Mais du coup, si ses moments de sommeils étaient morcelés, qu'en était-il des repas ? Et Ulysses ne travaillait-il pas trop ? Certes, il resplendissait et ne montrait pas le moindre signe de fatigue, mais il semblait tout de même avoir un programme de folie. Bon, cette idée fut rapidement balayée par l'image d'Ulysses absorbé dans son travail, Ulysses en train de faire le ménage, Ulysses nu.

Le regard d'Ivan se fit ailleurs alors qu'il contemplait le corps dévoilé de son homme, il était tellement parfait. Il ne l'écoutait maintenant parler que d'une oreille très distraite, incapable de détourner les yeux de ce spectacle. Puis Ulysses s'approcha de lui et le Suédois regarda ses mains posées sur ce corps si parfait en mourant d'envie de rester lové contre lui pour toujours.

« Ce n'est pas un problème. »

Non, vraiment, il n'y avait aucuns soucis, Ulysses était beau, et charmant, et parfait, et ils allaient vivre ensembles pour toujours au milieu des poissons qui chantent. Il fini heureusement par se rendre compte qu'il avait un petit peu déconnecté et releva les yeux vers son homme pour le regarder d'un air toujours un peu rêveur, mais quand même plus attentif. Visiblement, l'ange était aussi impatient que lui de s'installer dans sa jungle, il ne put que se sentir encore plus ravi.

« Oui, on aura tout le temps pour faire des sorties après. Et je vais éviter de ronger le frein, alors… »

Ce disant, Ivan s'était mis à promener ses mains dans le dos d'Ulysses, il ne fallut pas longtemps avant qu'il ne l'enlace et réclame des baisers. À nouveaux, l'envie de rester comme ça pendant des heures le prit, mais dans le fond il n'avait pas oublié leur projet. Après plusieurs minutes d'un câlin beaucoup moins fougueux que le précédent, il se détacha de lui avec certes quelques difficultées et lança d'un ton enjoué.

« Allez, il faut te préparer, maintenant. Est-ce qu'il a des choses un peu encombrantes que tu aimerais avoir aussi ? Comme le piano, j'aime quand tu joues du piano, il faudra que j'en achète un, mais il faut que je fasse de la place avant. Et il nous faut une grande télévision, pour qu'on puisse continuer de regarder la série de l'autre jour, je n'en ai pas… »

Mais il avait un aquarium géant devant le canapé, ce qui était au moins aussi bien, de son point de vue. Après qu'Ulysses se soit rhabillé, Ivan tenta de l'aider en listant tout ce qui lui semblait important d'emmener avec eux. Et il y avait notamment Rimbaud, qui ne pouvait pas rester là tout seul. Et puis sa brosse à dents, sa brosse à cheveux, parce que les siennes ont toutes perdues des dents qui ont disparues à jamais dans sa chevelure, les vêtements, ça il devait être plus doué que lui pour les choisir, et ainsi de suite. Finalement, la voiture d'Ulysses stationna dans l'allée de garage de sa nouvelle demeure, l'habituel merle s'était posté sur la rambarde quelques instants avant qu'ils n'entrent, et Ivan s'empressa de faire de la place dans ses placards pour les affaires d'Ulysses. Une tâche relativement aisée puisqu'il avait une quantité de vêtements tout à fait raisonnable, rien à voir avec un certain Salem.

Tandis qu'Ulysses terminait de s'installer, Ivan parti observer d'un air fort songeur son salon, il ne savait pas vraiment comment il pourrait bouger le plus grand de ses aquariums pour y mettre la télévision et la chaîne hi-fi. Cela lui donnait un peu l'impression de jouer à ce puzzle avec de petites pièces carrées coincées dans un cadre qu'il faut faire glisser dans tous les sens, sauf que cette version-là était particulièrement complexe. Heureusement, si sa maison n'avait pas la superficie impressionnante de celle d'Ulysses, il y avait bien assez de pièce pour qu'ils aient plusieurs salons, et quand il rejoignit son compagnon, Ivan avait déjà d'autres questions pratiques en tête.

« Il y a beaucoup moins de sécurité ici que dans ton immeuble, ça ne risque pas de poser de problèmes ? »

Ulysses venait tout juste de se faire kidnapper, tout de même, et il était clair que comparé à sa maison, l'immeuble où vivait l'ange était une tour imprenable. Bien sûr, c'était en ignorant le fait qu'en comptant les poissons, les merles et le reste, Ivan avait, rien qu'à l'intérieur de sa maison, une quantité d'alarmes que la plus sûre des imprimeries de billets de banque lui envierait.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Jeu 9 Mai - 11:45

Soit. Il est possible, probable, que pendant quelques minutes, Ulysses n’eût plus trop le loisir de se concentrer pleinement sur les aspects les plus pratiques de son déménagement. Sa passagère distraction avait sans doute quelque chose à voir avec le fait qu’il s’était retrouvé allongé contre Ivan en train de perfectionner ses connaissances en linguistique suédoise et de froisser les beaux vêtements que son ami venait tout juste de lui emprunter, tout en ondulant pas très innocemment du bassin sous les mains baladeuses de son professeur.

Grâce au Ciel, Ivan était un peu moins lubrique qu’il n’en avait l’air et il trouva le courage d’interrompre cette nouvelle étreinte. L’air un peu perdu, Ulysses poussa un soupir à précipiter la fonte glaciaire avant de murmurer :


— Ah oui… Les vêtements…

Il tendit le cou pour embrasser Ivan une dernière fois avant de se lever, mais se ravisa, parce qu’il n’avait pas trop confiance en ses propres capacités à s’en tenir à un baiser. Bien plus raisonnable, donc, il quitta le lit, reprit ses vêtements et s’enferma dans la salle de bain pour n’en sortir que pleinement habillé et auréolé d’une beauté beaucoup plus artistique et, pour qu’Ivan pût se reposer un peu, beaucoup moins érotique.

Pendant une bonne heure, les deux jeunes hommes rivalisèrent de sourires béats et d’activité fébrile pour empaqueter le nécessaire, Ulysses assurant qu’il se débrouillerait bien pour le reste plus tard. Il ne comptait certes pas se séparer de son piano, ni de sa chaîne, ni de sa télévision, ni de… Bon, il allait peut-être devoir faire quelques sacrifices, ou bien acheter une autre maison, ce qui revenait pour lui, à vrai dire, à acheter une baguette de pain. Tout ce qu’il voulait, lui, s’était se précipiter dans sa maison, comme un enfant se précipite sur un cadeau.

Du coup, à chaque qu’Ivan empaquetait avec soin un vêtement ou un objet, Ulysses surgissait derrière lui pour le fourrer (l’objet, pas Ivan) dans le carton, avant de disparaître comme un ouragan. Il ne leur fallut donc pas longtemps pour pousser la porte de la jungle et, aussitôt, les yeux d’Ulysses se posèrent sur le merle, dont on eût juré qu’il accueillait Ivan. L’Américain jeta un regard sur son compagnon, qui n’avait pas l’air étonné du comportement étrange de l’oiseau.

Sans faire de commentaire, Ulysses grimpa à l’étage et commença à ranger ses vêtements pendant qu’Ivan exerçait son intelligence sur une nouvelle énigme du professeur Layton. Vraisemblablement, nombreux eussent été les New-Yorkais à se sentir oppressés dans la végétation luxuriante peuplée de poissons qui envahissait la maison d’Ivan, mais Ulysses pour sa part était trop content de retrouver dans cette ville qui n’en finissait pas un peu de la nature qui avait entouré son enfance et qu’il n’avait jamais installée dans son appartement, certain de n’avoir pas le temps de s’en occuper.

Une fois tous ses vêtements bien rangés et la promesse intérieure faite de renouveler un peu la garde-robe catastrophique d’Ivan, Ulysses dévala les escaliers, ses escaliers, et attrapa un Ivan qui passait par là pour la taille pour déclarer avec un sourire rayonnant :


— Je suis tellement content !

Le sourire disparut aussitôt quand Ivan souligna qu’il n’avait pas de porte blindée. Ulysses pâlit.

— Oh je…

Il baissa les yeux.

— Je n’y avais pas pensé.

Ulysses et ses peurs : une histoire qui ne risquait pas d’être balayée par les derniers événements. Déjà, le jeune homme se sentait envahi d’une panique presque incontrôlable et, instinctivement, il se rapprocha d’Ivan pour se réfugier dans ses bras. À moitié pour lui-même, à moitié pour son ami, il articula :

— Je ne risque rien à New-York.

Avant de répéter, histoire de bien se convaincre :

— Je ne risque rien.

Il n’avait pas l’air convaincu du tout, mais il prit une profonde inspiration et murmura :

— Ça va aller, ça ira très bien, c’est parfait.

Il releva les yeux vers Ivan et força un sourire encore un peu timide.

— Tu sais, Ivan… Tout à l’heure, chez moi, tu parlais de mon emploi du temps. Je n’ai pas envie que tu ne sois qu’une ligne dans mes journées. Ni de devoir faire des pieds et des mains pour me dégager une heure et te voir. Je vais… Me calmer un peu. En plus, je crois que c’est mieux pour moi. J’ai besoin de faire le point. Surtout maintenant que je t’ai ren…

Ayeuh !


Ulysses se recula brusquement, parce que le merle s’était posé sur son épaule pour lui picorer la joue. L’oiseau s’envola aussitôt pour retourner sur la rambarde et le fixer d’un air mauvais. C’était que le merle, voyez-vous, était un peu jaloux et n’appréciait guère que l’on touchât à son Ivan comme ça. Il l’accueillait à chaque fois qu’il rencontrait et en échange, c’était bien normal à son avis, il exigeait l’exclusivité de la part du Suédois.

Ulysses se frotta la joue en regardant l’oiseau d’un air très perplexe.


— Il est un peu agressif… J’espère que tu n’en as pas beaucoup des comme ça, sinon, je vais finir comme dans Hitchcock…

Il avait dit cela pour plaisanter, mais à bien y réfléchir, l’oiseau n’avait décidément pas l’air des plus sympathiques. Prudemment, Ulysses contourna Ivan pour se réfugier derrière lui, au cas où une nouvelle attaque aérienne décidât de l’éborgner, cette fois-ci.

— Peut-être qu’on devrait sortir, en fait. Le temps qu’il s’habitue.

Et puis comme ça, ils pourraient aller acheter un casque, pour parer à toutes les éventualités.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Jeu 16 Mai - 21:22

Ivan avait beau être un jeune homme tout à fait intelligent, il était aussi un peu ailleurs et il y avait pas mal de petites choses qui lui échappaient, parfois. Entres autres, comment les Américains pouvaient angoisser autant. Bien sûr, avec ce qu'il lui était arrivée, Ulysses avait largement le droit d'être tendu, mais vu le niveau de sécurité de son appartement, ce ne devait pas être une angoisse tout à fait nouvelle et dans tous les cas, c'était un problème qu'il ne savait pas du tout comment gérer. Le Suédois, qui était plutôt du genre à partir de chez lui en oubliant de verrouiller la porte, allait avoir du mal à trouver comment rassurer pleinement son compagnon.

« Tu ne risques rien, ici, tu n'as pas à t'inquiéter. »

Peut-être en installant une porte blindée, ou des caméras, ou en achetant un labrador – pour surveiller, bien sûr, et pas parce que c'est mignon – bref, il y avait sûrement des choses à faire pour s'assurer que son secrétaire de presse préféré puisse dormir tranquille. Comme Ulysses changeait de sujet, Ivan préféra laisser cette affaire de côté pour le moment, et se contenta juste de presser un peu plus son ami contre lui pour le rassurer, sans prêter attention au regard mécontent du merle qui le surveillait de loi. Apprendre que l'ange comptait faire une peu de ménage dans son emploi du temps pour pouvoir rester un peu plus souvent avec lui était rassurant autant que flatteur, ça prouvait qu'il tenait vraiment à ce que tout soit parfait. Ivan eut un sourire ravi, et il allait déposer une bise sur les lèvres d'Ulysses quand ils furent interrompus par l'oiseau.

« Désolé, il est plus possessif que je croyais… »

Il adressa un regard mécontent au merle, mais n'était pas particulièrement surprit, parce que ce n'était pas la première fois qu'un incident de ce type arrivait. Il regarda ensuite si le volatile n'avait pas trop abîmé la joue d'Ulysse et constata qu'il n'avait même pas une égratignure. C'était rassurant, mais il fallait qu'Ivan trouve comment éviter que ce genre de choses se reproduisent, maintenant, ça avait toujours était un problème épineux, quand ses animaux refusaient d'accepter un nouveau venu. Il ne manquera plus que les véritables problèmes de sécurité pour Ulysses viennent de l'intérieur de sa maison. Le Suédois hocha la tête quand il proposa de sortir un peu, il n'était pas sûr que ça calmerait l'oiseau, mais se dit que ça pourrait aider son ami à être un peu plus serein.

« Oui, laissons-le un peu, heureusement que j'ai surtout des poissons. Je vais te montrer le quartier. »

Des poissons, et pas le moindre piranha, main dans la main, Ivan emmena donc Ulysses. Le quartier avait l'air on ne pouvait plus tranquille, les charmantes petites maisons étaient pour l'essentiel occupées par des personnes âgées, et les quelques familles avec enfants papotaient dans le parc au coin de la rue. Il y avait une poignée de petits magasins, notamment la supérette ouverte 24h/24 et 7j/7, très pratique quand on oublie toujours d'acheter des tas de choses au supermarché même en faisant des listes de courses. Et puis il y avait pas mal d'animaux. Comme partout, oui, mais ici les bestioles n'avait pas cette manie de fuir à toute vitesse bien avant d'être à portée de bras. Les chats en arrivaient presque à venir se frotter contre les jambes d'Ivan, les oiseaux piaillaient sans se soucier d'eux, les lézards bronzaient paresseusement… Difficile d'imaginer, quand le jeune homme n'était pas dans les parages, qu'une ville comme New York puissent autant fourmiller de vie. Le seul à ne pas y prêter plus d'attention que ça était Ivan, pour qui les choses semblait parfaitement normale.

« … Par là-bas, il y a un musée intéressant, je l'ai trouvé quand je me suis perdu il y a longtemps. C'est un peu loin à pied, mais je te le montrerais une autre fois, si tu veux. Qu'est-ce que tu aimes manger ? On pourra faire quelques courses avant de rentrer.
Non.
»

Une petite mésange s'était posées sur une poubelle pour le regarder avec curiosité, et Ivan venait en un mot de décourager l'un des chats du voisinage de lui bondir dessus toutes griffes dehors. Après avoir croisé le regard d'Ivan, le félin s'assit simplement au pied du container en faisant comme s'il n'avait pas faim du tout.

« Err… je disais ? Ah oui, les courses… »
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Ven 17 Mai - 11:28

Dans la ruelle, main dans la main toujours avec Ivan, Ulysses voyait ses doutes se transformer en quasi certitude. Il avait été un peu distrait, d’abord, par cette main qui s’était innocemment refermé sur la sienne, parce que jamais personne ne l’avait entraîné comme cela pour une innocente promenade et qu’ainsi, en écoutant Ivan parler du quartier, des voisins désagréables, de ceux qui étaient gentils, des magasins, des musées, des animaux, l’Américain avait vu se dérouler devant ses yeux le paysage de sa nouvelle vie qui comprenait ces deux phénomènes pour lui entièrement inédits : un foyer partagé et un vrai petit ami.

Adam avait été relégué en quelques heures à la préhistoire de ses relations sentimentales tant le moindre geste d’Ivan lui faisait sentir toute la distance qui séparait le Suédois de celui qui avait été, quand il l’avait connu, un mutant turbulent beaucoup plus préoccupé par ses propres problèmes que par leur couple. Alors Ulysses ne flottait pas sur un petit nuage : il prenait la mesure, concrètement, réellement, de la chance qui était la sienne et, de coin de rue en coin de rue, il posait sur Ivan un regard admiratif.

Mais même distrait, il avait fallu se rendre enfin à l’évidence : Ivan ne tournait pas rond. Oh, il ne parlait pas de l’insouciance sidérante d’un jeune homme qui passait par ailleurs ses journées à traquer les trafiquants d’armes, ni de la calme innocence de celui avec qui, deux ou trois heures plus tôt à peine, il avait fiévreusement fait l’amour, ni de l’allure de gentil pacifiste du type qui avait abattu des zombies sans frémir. Non, ce qui était étrange, c’était les oiseaux. Les lézards. Les chats. Les chiens. Tout.

Les yeux fixés sur le chat, l’estomac noué, Ulysses n’entendit pas Ivan qui reprenait la parole. Son métier, son vrai métier, quand il ne répondait pas aux questions des journalistes, était de chercher le petit détail qui clochait et, dans la vie d’Ivan, il le comprenait désormais, les petits détails qui clochaient étaient légions. L’Américain voulait bien admettre que son petit ami, que tout le monde devait nécessairement aimé, eût en plus un bon contact avec les animaux, mais il y avait à l’humainement possible, il l’avait bien intégré désormais, des limites infranchissables.

En sentant une petite pression un peu plus forte sur sa main, alors qu’Ivan tentait de le tirer de sa rêverie, Ulysses quitta le chat des yeux pour poser son beau regard sur son ami.


— Ivan…

Mais quelle était la probabilité que deux mutants mâles qui ignoraient leurs propres pouvoirs pussent se rencontrer de la sorte ? Elle était infime. C’était presque impossible, sans doute. Peut-être Ivan avait-il simplement une autorité naturelle. Ulysses préférait ne pas exposer brutalement son compagnon à des hypothèses qui pouvaient être entièrement infondées et, alors qu’il concevait un plan pour mettre ses suppositions à l’épreuve, il adressa finalement un sourire au jeune homme.

— Tu as raison, allons faire les courses.

Et après un virage à cent-quatre-vingt degrés (c’est très sportif comme histoire), les deux hommes repartirent en direction de la supérette. Faire les courses, c’était encore une nouveauté dans la vie d’Ulysses, qui n’avait jamais eu à s’en soucier et qui n’avait, par conséquent, jamais mis les pieds dans un magasin d’alimentation. Cependant, ce n’était pas à cette nouvelle et trépidante aventure qu’il songeait en traversant la route.

— Ça te dirait d’aller chez moi, ce week-end ? Pas à mon appartement, je veux dire : dans la maison familiale. On pourrait faire du cheval.

Là, en pleine nature, les petites particularités d’Ivan ne lui échapperaient et il en aurait le cœur net. Arrivés dans le magasin, il lâcha finalement la main de son ami pour prendre un panier, avant de promener autour de lui un regard un peu déboussolé. C’était, à son avis, horriblement mal ordonné et il y avait un monde entre les produits frais de toute première qualité qu’on trouvait ordinairement pour lui et les marques de la grande distribution qui s’étalaient sous ses yeux.

— Euh…

Les clients qui passaient ne pouvaient s’empêcher de jeter sur lui un regard et si Ulysses était convaincu que c’était parce qu’il avait l’air idiot, avec son panier en plastique rouge et son air perdu, en réalité, il y avait dans les yeux de ces étrangers une lueur, parfois fuyante, parfois explicite, de concupiscence. Finalement, l’Américain se rangea à la plus sage des décisions :

— Je te laisse passer devant. De toute façon, je mange de tout.

Sagement, Ulysses emboîta le pas d’Ivan et se mit à promener un regard curieux dans les rayons, tandis que toutes les personnes qu’ils croisaient promenaient, elles, un regard curieux sur son corps. De toute évidence, le jeune homme était aussi indifférent à l’exceptionnelle attention qu’on lui portait qu’Ivan pouvait l’être à la surnaturelle placidité des lézards dont ils avaient un peu plus tôt croisé le chemin.

Ce fut à peine s’il fît attention, donc, à l’authentique émerveillement du jeune homme blond qui, une boîte de raviolis dans les mains, l’observait choisir la marque de ses propres pâtes et d’ailleurs il ne se rendit pas compte que la seconde suivante, le dit jeune homme blond avait disparu. Mais lorsqu’Ulysses, qui avait naturellement décidé que les spaghettis les plus appétissants étaient ceux qui trônaient tout en haut du rayon, se mit sur la pointe des pieds pour tenter de les attraper, en marmonnant :


— …mais comment est-ce qu’on est censé…

…un employé qui le dépassait d’une bonne tête vola à son secours, tendit la main, frôla la sienne, saisit la boîte tant désirée et la lui tendit.

— Merci.
— Je ne vous ai jamais vu ici…

L’homme posait sur Ulysses un regard un peu prédateur, que l’Américain ne remarquait absolument pas, puisqu’il était occupé à lire les instructions pour faire cuire les spaghettis. Distraitement il répondit :

— Hmoui, c’est la première fois que je fais les courses.

Manifestement, l’homme ne se souciait pas beaucoup de l’étrangeté de la réponse — ce n’était pas vraiment les habitudes domestiques d’Ulysses qui l’intéressaient. Il se rapprocha un peu du jeune homme, en contractant tous ses muscles pour se donner l’air un peu plus impressionnant.

— Vous voulez peut-être que je vous guide… ?

Ulysses consentit enfin à relever le regard. En trouvant l’employé si près de lui, il murmura d’une voix un peu tendue :

— Non, c’est bon, je suis avec…

Il avait jeté un regard par-dessus son épaule mais Ivan avait disparu, parti chercher, probablement, le plus gros paquet de croquettes du monde. Pendant ce temps-là, une araignée courait discrètement sur les prix des sauces bolognaises.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Mer 12 Juin - 21:10

P { margin-bottom: 0.21cm; }
Dans le petit monde d'Ivan, tout allait au mieux, il vivait avec son petit-ami – qui avait un charme hypnotisant et venait de se faire enlever par des terroristes – s'épanouissait dans son travail – à poursuivre des trafiquants. Et en plus il faisait beau et les oiseaux chantaient au-dessus de sa tête – très littéralement – il n'allait pas s'en plaindre. Sans doute, cette profusion de bestioles partout où il passait aurait dû lui mettre la puce à l'oreille, mais en matière d'animaux, le Suédois n'en avait jamais trop. Aussi, s'il s'était bien rendu compte au fil du temps qu'en sa présence il se passait parfois quelques petites choses inhabituelles, il n'avait pas vraiment creusé la question. Il aimait les animaux et ceux-ci le lui rendaient bien, c'était tout naturel, quelque part.

À la proposition d'Ulysses, Ivan se contenta donc d'être enchanté de pouvoir aller parcourir le vaste domaine Winford à dos de pottok. Rien qu'à l'idée, il se revoyait déjà quelques années plus tôt dans ses propres prairies. Mais s'imaginer avec son ange à lui était encore mieux, et s'ils croisaient des grizzlis, la scène serait vraiment idyllique. Ah non, Ulysses avait déjà dit qu'il n'y en avait pas dans sa forêt…

« Ce serait parfait ! J'aimerais y être déjà. Il faudra qu'on fasse de la barque aussi ! »

Le sourire aux lèvres, il acquiesça quand Ulysses proposa de faire quelques courses et c'est toujours cote à cote qu'ils rejoignirent le magasin. Ivan eut un petit air amusé en se rendant compte que ce n'était vraiment pas l'environnement naturel de son ami, mais le regard craquant et déconcerté de l'ange balayant les rayons ne suffit pas à lui faire oublier son rituel habituel : partir en quête de la plus grosse boîte de nourriture pour poissons tropicaux du monde, ainsi que d'un immense sac de croquettes pour les chats errants du quartier et d'un sachet de mélange de graines spécial perruche pour la maisonnette à oiseaux de son jardin. Un lecteur attentif et inconditionnel de 30 millions d'amis et TV5 Monde pourrait marmonner qu'attirer au même endroit des oiseaux et des chats n'était peut-être pas l'idée la plus brillante du monde, mais aux abords de la maison d'Ivan il n'y avait jamais eut beaucoup d'accident à dénombrer, étrangement.

C'est donc les bras chargés qu'Ivan partit rejoindre Ulysses, et cela lui prit un peu de temps, d'abord parce que la boite de paillettes pour poissons, posée comme elle l'était sur le sachet de graines mélangées, menaçait de tomber à chaque pas, et qu'il ne pouvait rien faire pour arranger ça puisque ses deux bras portaient le sac de croquettes sur lequel le reste tenait en équilibre. Et ensuite parce qu'il n'avait pas imaginé qu'Ulysses puisse aller étudier les différentes compositions des pâtes, même si c'était la seule chose qu'il avait su cuisiner jusque-là – ahah, ça c'est pour Salem. Il fit donc un peu le tour du magasin avant qu'un pressentiment ne le prenne au rayon haricots en conserve, Ulysse était deux rayons à côté, et il n'était pas seul. Sans savoir qu'il tenait sa soudaine intuition d'une créature à huit pattes et six yeux qui n'est pas un insecte (merci TV5 Monde), le Suédois partit le rejoindre avec toute la vitesse que lui permettait l'empilement précaire de ses futurs achats.

Effectivement, Ulysses était là, avec une araignée et un grand dadais de vendeur à l'air très intéressé. Ivan avait déjà remarqué les regards en coin de ce type-là les multiples fois où il était venu faire ses courses, mais cette fois l'attitude du grand type était parfaitement claire.


« Vous êtes gentil, mais il ne va pas se perdre. »

Le type se retourna et regarda d'un air étonné l'amoncellement de nourriture pour animaux d'où dépassait une tête bouclée à l'accent improbable, puis jeta un coup d'œil à Ulysses comme pour vérifier si c'était bien à lui qu'il faisait allusion en disant qu'il n'était pas seul. Apparemment oui. Plus tenace que son statut de pnj anonyme pouvait le laisser croire, il poursuivit.

« On peut quand même discuter un peu… »
« Vous avez sans doute du travail. »
« Pas tellement. »


Ivan avait beau ne pas être d'un naturel possessif, voir ce garçon tenter de s'incruster auprès d'Ulysses l'agaça presque instantanément, et puis, il avait la tête de quelqu'un persuadé que comparé à lui, il avait toutes ses chances.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Sam 15 Juin - 16:41

Ulysses se faisait draguer environ soixante-sept fois par jour. Forcément, après quelques années, tout cela avait cessé de lui paraître extraordinaire et il avait quelques difficultés à reconnaître dès l’abord les signes d’un intérêt qui ne fût pas entièrement innocent. Il lui suffisait en général de quelques minutes pour se rendre compte qu’on n’en voulait pas qu’à sa conversation, mais distrait qu’il était par cet univers entièrement nouveau et passablement hostile du supermarché, et par la disparition de son zoologue surnaturel attitré, le mutant n’avait pas la tête à décrypter le gonflement pectoral de son interlocuteur, qui tentait de bien montrer combien la mise en rayon des briques de lait, ça vous développait un homme.

La délicate conséquence de cette distraction curieusement innocente de la part d’un érotomane comme Ulysses était qu’il lui arrivait parfois de laisser ses admirateurs progresser un peu trop dans leurs espérances, jusqu’au point où il était difficile de leur faire comprendre qu’il n’était finalement pas intéressé — à ceci s’ajoutait le fait que les concupiscents les moins tempérés, sous l’effet de son délicieux pouvoir, développaient un tempérament audacieux pour ne pas dire franchement violent et comme plus le temps passait, plus Ulysses était beau, les choses ne s’arrangeaient pas vraiment.

Mais enfin, Ulysses avait finalement quitté la boîte de spaghettis des yeux et, après avoir cherché du regard sans le trouver son petit ami (qui n’était pas très grand), la sublime créature reporta sa sublime attention sur son interlocuteur (qui n’était pas très petit). Il lui sembla soudain que l’obligeant personnage était somme toute un peu trop près de lui. Naturellement, son premier réflexe fut de dessiner du regard les contours de ces très gros muscles, puis de se sentir mal à l’aise en même temps que très intéressé.

Un an auparavant, il eût fourré la boîte de spaghettis au milieu des coquillettes (ce n’est pas une métaphore) pour entraîner le rayonnant rayonneur dans l’arrière-boutique, mais Ulysses était un autre homme — un homme changé — un homme qui n’avait aucune confiance en ses capacités de changement. Il détourna le regard des biceps bien ciselés de son vis-à-vis, qui pour sa part avait intuitivement compris que cet ange-là était déchu et peut-être beaucoup plus accessible qu’il n’en avait l’air.

Ce fut alors qu’héroïquement Ivan survint. Ulysses regarda le paquet de croquettes avec un mélange de honte et de reconnaissance, tandis que le paquet de croquettes tentait d’écraser le sculptural employé par une démonstration de virilité verticalement limitée mais pleine de bonne volonté. Après un échange plein d’incisive rhétorique, ses deux mâles se toisaient virilement et Ulysses ne savait plus où se terrer. Prudemment, il précisa :


— C’est mon copain.

L’employé considéra tour à tour Ivan et Ulysses, avec un air de perplexité pour le moins désobligeante à l’égard du Suédois. De toute évidence, il avait un peu du mal à croire que l’ambulante perfection odysséenne se fût acoquiné avec un paquet de croquettes comme ça. Un sourire narquois se dessina sur son visage.

— Bah j’comprends que tu me mates, alors…

Ulysses rougit jusqu’à la pointe des oreilles et bafouilla :

— J’ai pas… Je suis pas… Pas du tout…
— T’es mignon mais si t’avais pu arracher mon tee-shirt, tu l’aurais fait.
— Mais…
— J’sais reconnaître un mec qu’on a pas satisfait depuis longtemps quand j’en vois un. Franchement, tu devrais… AAAYEEEUH !

Un coup de superbe genou était venu broyer les abondants attributs du fanfaron — après quoi Ulysses, qui pour n’être pas agent de terrain, n’en avait pas moins reçu une formation minimale, décocha un coup précis et vicieux dans les genoux, avant de tourner les talons, tandis que l’araignée se laissait sadiquement tomber dans les cheveux de Monsieur Muscle geignant et entreprenait de le faire paniquer en courant sur son visage.

Le mutant, lui, était parti pour prendre l’air, terrassé par la honte et la culpabilité. Mais alors qu’il allait sortir du magasin sous les regards admiratifs des caissières distraites par son passage de leurs tâches quotidiennes, il se heurta contre une autre montagne de muscles.


— Hop hop hop. Où est-ce qu’on va ?
— Dehors.
— Je crois pas non. Vous allez me suivre, la terreur.
— Quoi ?

Ulysses releva les yeux vers un proéminant pectoral bardé du mot « Sécurité » puis vers un visage qui devait appartenir à un homme très, très hétérosexuel, parce qu’il n’avait l’air nullement impressionné par le charme littéralement destructeur de son turbulent client.

— On agresse pas les gens comme ça.
— J’n’ai rien fait !

Imperturbable dans son calme olympien, le vigile déclara :

— On va faire un rapport d’incident.

Ulysses poussa un soupir résigné et emboîta le pas à Sécurité qui le conduisait dans un petit local, évocateur plus du placard à balais que de la salle d’interrogatoire. Sécurité s’assit à son bureau après lui avoir fait signe de s’installer sur la chaise de fortune qui lui faisait face.

— Mon Ami m’attend sans doute…
— Il survivra.
— Mais il est avec l’autre pervers !
— Vous parlez de Maxwell ?
— Euh, oui, je ne sais pas.
— Votre ami, c’est le petit brun bouclé, c’est ça ? Celui qui achète toujours de la nourriture pour poissons ?
— Il. N’est. Pas. Petit.

Sécurité haussa les sourcils avant de prendre calmement (et olympiennement) une feuille et un stylo.

— Oui, oui, c’est ça. Bon, on va faire un rapport d’incident. Comment vous vous appelez ?
— Ulysses Winford.

L’homme releva brusquement les yeux, avant d’en jeter un sur son ordinateur Symposium (succursale de Winford Electrics), éclairé par son ampoule Watty (du groupe Winford Electrics), tandis que son portable Millenium (un produit de Winford Electrics) vibrait dans sa poche.

— Mais euh… Qu’est-ce que vous faites dans un supermarché ? Vous avez pas des gens qui font ça pour vous ?
— Quand est-ce que je pourrais voir Ivan ?
— On va faire un rapport.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Lun 17 Juin - 20:59

De derrière son paquet de croquettes, Ivan regardait alternativement Ulysses et le vendeur, le ventre un peu noué. Bien sûr, ce type-là avait beaucoup d'atouts comparé à lui, il pouvait soulever des cageots pleins de boites de spaghettis d'un bras pour les ranger tout en hauts des étagères de l'autre, quel homme. Et puis il était perspicace, si Ulysses s'intéressait à d'autres, c'est certainement qu'il n'était pas satisfait par lui, il était aisé de le croire, la dernière fois qu'Ivan l'avait touché – il y a quelques heures – son ange avait fondu en larmes. Trop occupé à s'imaginer qu'Ulysses allait finir par reconnaître que cet employé lui plaisait beaucoup que lui et qu'il allait partir avec, le Suédois n'eut d'autre réaction, quand il lui décocha finalement deux coups bien placés, que d'écarquiller les yeux.

Alors qu'Ulysses s'éloignait en vitesse, Ivan chercha avec empressement comment se débarrasser de son fardeau pour le suivre. Faute de mieux, il le refila au vendeur qui se redressait en grimaçant et ne sembla pas se rendre compte tout de suite de ce qui lui arrivait.

« Pouvez-vous ranger ceci pour moi ? Stupide idiot… »

Arf, il fallait vraiment qu'il note les insultes que Salem avait essayé de lui apprendre, ce n'était pas avec ça que ce crétin allait regretter ses paroles. Le vendeur grommela en le fusillant du regard, avant d'écarquiller les yeux.

« Qu'est-ce que c'est que… »
« Oh ! C'est une araignée jaune et noir, je n'en vois pas souvent de semblables… »
« Enlève-la ! Enlève-la ! »

Comme le Suédois suivait des yeux la petite bête qui quittait le bout de son nez pour se promener sur sa joue, sans avoir l'air de l'écouter l'écouter, Maxwell – oui, au même moment, Sécurité nous apprenait son vrai nom – dans un moment de panique, lâcha le sac de croquettes qui s'éventra au sol et se passa vivement la main sur le visage en continuant à hurler.

« Elle m'a piqué ! Elle m'a piqué ! »
« Impossible, elle ne pique pas, enfin je ne crois pas. De toute façon elle ne va pas vous manger, calmez-v… »

*BLAM*

Après un vif mouvement de recul, Maxwell glissa sur les croquettes pour chats répandues sur le sol et s'étala par terre de toute sa grande taille. Ivan observa cette scène pitoyable d'un air dubitatif, avant de se criper.

« Vous l'avez tuée… espèce de… de… KEUNART ! »
« Non, mais c'est quoi ce foutoir ? Vous croyez être où, là ? »

Un autre vendeur venait d'être attiré par le joyeux bazar que Maxwell avait fait, il portait le même uniforme que les autres employés, sauf qu'il était bleu marine au lieu de rouge brique, ce qui faisait sans doute de lui le chef. Ivan n'était pas tout à fait certain d'avoir quelque chose à voir avec ce qui venait d'arriver, mais comme le type le fixait, lui, il tenta de répondre, à tout hasard.

« Dans un supermarché ? »
« Hahaha ! Monsieur veut amuser la galerie, on dirait ! Vous n'allez pas faire le zouave longtemps avec moi, je vous le dis… »
« La galerie… marchande ? Je ne vais pas faire… quoi ? »
« Mais il est complètement à la rue, ce mariole, venez par là ! »
« Je ne vous permets pas de me traiter de sans-abris, vous devriez tous revoir vos attitudes. »
« C'est ça, c'est ça, bon tu vas me suivre ou je dois vous dérouler le tapis rouge ? »
« Ce ne sera pas nécessaire. »

Ivan suivi le responsable du magasin jusqu'au cagibi de Sécurité, les rares phrases qu'ils échangèrent ne furent pas beaucoup plus concluantes que les premières. Et quand finalement, le Suédois fut assis à côté d'Ulysses dans le placard à balais, le responsable expliqua à Sécurité – que nous appelleront Ronald – qu'Ivan s'en était pris au vendeur, que beaucoup de témoins avaient entendu le vacarme, et pour cause, le Suédois avait renversé la moitié du contenu des rayons par terre et ne s'arrêta de hurler sur le pauvre Maxwell terrorisé qu'après qu'il soit intervenu. De toute évidence, le responsable était aussi doué pour exagérer les choses que pour sortir des expressions de toutes sortes et Ivan n'était pas sûr d'avoir tout compris, mais ça ne l'empêcha pas de secouer vivement la tête.

« Ça ne s'est pas passé comme ça. »
« Être aussi agressif, ce n'est pas normal, vous devriez vous faire suivre. »
« Par qui ? »

Silence, Ivan commençait à perdre patience, il se leva en jetant un regard sombre aux deux hommes, l'air pas plus impressionné que ça par la montagne de muscles au calme olympien.

« Les vidéos de surveillance confirmeront que je n'ai rien fait à ce vendeur, et si vous n'avez rien d'autre à dire, nous partons. »
« Et puis quoi encore ! Tu rêves si tu crois qu'on va vous laisser filer après ce qu'il s'est passé. »
« Vous commettriez une infraction en nous retenant ici. »
« Et maintenant, il parle comme s'il était de la police ! »
« Je suis de la police. »
« Il a raison. »

Ronald entraîna alors Mr le responsable hors de la pièce pour lui expliquer que tout ce qu'ils pouvaient faire, c'était d'appeler la police, mais qu'avec un Winford et un potentiel policier enfermé dans leur placard, ce serait sûrement le magasin qui en pâtirait le plus dans cette affaire. Pourtant le responsable n'en démordait pas, il fallait que justice soit faite. Dans le cagibi, Ivan soupira.


« D'habitude, c'est un peu plus simple de faire l'épicerie. »
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Lun 17 Juin - 22:08


— En fait, il ne s'est pas passé grand-chose.

Ronald avait l'air un peu sceptique, ce qui était sans doute l'expression la plus sensible de la nervosité pour ce tempérament d'une rare pondération. D'abord, Maxwell, il le connaissait un peu, il l'avait à l'oeil et ce n'était pas la première fois qu'il aurait importuné un client masculin à l'apparence un peu trop agréable. Ensuite, quand les clients tentaient de s'enfuir à toutes jambes d'un supermarché, ce n'était pas pour rien, généralement : croyez-en son expérience. Enfin, tout Winford qu'il était, Ulysses avait l'air un peu ailleurs et, à coup sûr, il était drogué.

Partagé entre la montagne d'ennuis qu'il prévoyait s'il s'en prenait à un membre d'une des plus influentes familles du pays et son sens immodéré de la justice, car n'était-il pas, lui, le vigile, un maillon de cette chaîne éternelle qui allait du gardien de musée à l'agent de la NSA, un représentant de l'ordre, un rempart de la civilisation contre la barbarie des voleurs de poires ? Si fait. Il veillait au grain.


— Bon, reprenons. Ivan, là, c'est votre... partenaire ?

Ulysses hocha la tête avant de s'entêter :

— Quand est-ce que je peux le voir ?
— Patience. D'abord, on va faire...
— ...un rapport, oui, je sais. Et si je rachetais le magasin ?

Ronald haussa les sourcils.

— Ça règlerait la question, non, sans doute ?
— Vous vous croyez tout permis parce que vous avez de l'argent ?

Un peu déconcerté par cette réaction brutale qu'à ses yeux sa solution très pragmatique et toute naturelle n'appelait pas, Ulysses ouvrit de grands yeux verts et même Ronald se sentit chamboulé par ce spectacle d'une rare innocence, d'une beauté angélique, ce spectacle d'une pureté presque religieuse, ce miracle presque qui...

— Bon, bon, on se calme...

Bref, le rapport n'était pas très avancé quand le responsable et Ivan débarquèrent à leur tour. À en juger par le récit très vivant du responsable, Ivan avait fait bien pire qu'Ulysses et le jeune homme ne put s'empêcher de poser un regard plein de fierté sur son petit ami, non sans se demander si : 1) tout s'était bien passé exactement comme le responsable le décrivait et si, au quel cas 2) Ivan avait agi par distraction ou 3) sous l'effet de la jalousie. La deuxième solution était attendrissante ; la troisième était virile ; Ulysses était comblé.

Le couple put bientôt profiter du cagibi en toute intimité. Quelques secondes de silence suivirent la rassurante déclaration d'Ivan (qui ne convainquit pas Ulysses le moins du monde et l'Américain était pleinement décidé à ne jamais remettre les pieds dans un supermarché). Puis Ulysses déclara soudainement :


— Je te trouve parfait. Je veux dire, je suis excité par beaucoup de gens, et tout, c'est vrai. C'est un problème. Je suis pas sûr de pouvoir tout contrôler et... Ça me fait peur. Voilà. Mais tu es le seul que je trouve parfait. Pas seulement parce que tu es gentil. Je te trouve aussi très beau. Et pas juste beau, comme ça, de loin, d'un point de vue esthétique. Si ça ne tenait qu'à moi, on ferait l'amour là sur le bureau.

Il était en train de prononcer sa dernière phrase quand Ronald rentra. Tout olympien qu'il fût, l'idée qu'un Winford se fît prendre par un fou furieux sur son rapport qu'il n'avait même pas encore fini était pour le moins perturbante. Ulysses rougit jusqu'aux oreilles.

— Euh...
— Hm. Le responsable veut bien oublier cette affaire si vous présentez tous les deux des excuses à Maxwell.
— Plutôt crever.

Ce cri du coeur fut cueilli au vol par le responsable en question qui passa la tête par l'ouverture du cagibi et s'exclama :

— Ah ! Vous voyez, Ronald, vous voyez, ce sont des excités !

Le mot "excité" fit bien entendu rougir un peu plus Ulysses, qui ne savait plus où se mettre (enfin, si, mais passons). Maxwell, pendant ce temps, faisait les cent pas dans une travée non loin de là et, maintenant que l'araignée s'était enfuie et qu'il avait un peu repris ses esprits, il se rendait compte qu'il lui était parfaitement impossible de sortir l'image d'Ulysses de ses pensées — ou plutôt toutes les images d'Ulysses, le moindre de ses regards, la moindre de ses expressions, capturés en quelques secondes à peine.

Dire que c'était le zoomaniaque à l'accent bizarre qui profitait de cette perfection ! Le monde était plein d'injustices. Mais peut-être que s'il arrivait à être un peu plus galant, Ulysses lui pardonnerait ses emportements. Ou alors il fallait qu'il fît plus de sport.


— Des excuses, ce n'est pas si grave.
— Lui, il peut présenter des excuses à Ivan.
— Vous l'avez quand même molesté...
— C'est beaucoup dire.
— ...puis vous avez tenté de l'empoisonner avec une dangereuse araignée tropicale...
— Elle était là par hasard.
— ...avant de lui fracasser le crâne sur le sol...
— Il a glissé, sans doute.
— ...en le traitant de tous les noms.
— C'est la barrière linguistique.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Mar 9 Juil - 21:22

Ivan n'était pas si mécontent que Maxwell se soit molesté tout seul avec un sac de croquettes, au moins, il avait rejoins Ulysses. Certes, pour se retrouver enfermé dans un placard à balais, mais ils étaient ensemble, et puis son américain préféré avait le don de rendre cet endroit beaucoup plus intéressant qu'il ne l'était vraiment. L'idée de s'ébattre fougueusement, là, sur le rapport de Sécurité, fit son chemin dans l'esprit du suédois avant d'être balayé par Sécurité lui-même, qui revenait vers eux. Si le calme olympien de Ronald en fut un instant ébranlé, il n'en perdit pas de vu ses objectifs, faire régner la paix et l'ordre dans le mo… la supérette. Malheureusement le jeune couple ne se laissait pas faire.

« Hors de question, je ne lui ai rien fait. Ce n'est pas de ma faute s'il y a de la poussière sous les rayons et que cela attire les bêtes. »

Et puis, un grand gaillard comme Maxwell effrayé par une araignée ? C'était ridicule, en plus Ivan aussi avait un sens aigu de la justice, et il était innocent. Aucun des arguments du vigile ne fit plier le duo, Ron croisa calmement les bras – pendant que son auteur est totalement déconcentré par l'envie de lui faire croiser la route d'Eigon, son double maléfique – et les regarda l'un et l'autre.

« Dans ce cas, nous sommes dans une impasse. »
« Appelez la police, demandez monsieur Rockwell. »
« Le commissaire, rien que ça ? »
« Il est très bien. »
« Je sais… »

Le vigile resta songeur un instant, sans doute se remémorait-il son passé trouble qui lui avait fait croiser la route du commissaire' qui le guida alors sur la route de la droiture et de la pondération, tel un père l'aurait fais pour son fils. Mais enfin, même si Ivan le connaissait, apparemment, déranger un commissaire de police pour une affaire de ce genre lui paraissait vraiment disproportionné.

« Vous êtes sûr de ne pas vouloir vous excuser ? »

Parce que bon, tout de même, cela réglerait le problème une fois pour toutes, et il pourrait retourner… surveiller l'entrée, c'était la solution la plus simple, mais vu les têtes que firent les deux jeunes gens, ça n'était pas prêt d'arriver. Ronald allait rouvrir la bouche quand la porte s'ouvrit en grand.

« Je… je suis désolé, je n'aurais pas dû te parler comme ça. »
« Ah… enfin, on y arrive. »

Maxwell était de retour, et son air contrit ne l'empêchait pas de dévorer Ulysses des yeux. Ivan fronça les sourcils, et Ronald se prépara à lui donner un coup sec dans la nuque s'il tentait de lui sauter dessus depuis l'autre côté de la table. L'ambiance n'était pas des plus sereine, mais au moins, le principal responsable de ce bazar s'était excusé.

« Bien, le problème est donc réglé ? Où est le chef ? »
« Au téléphone, avec son supérieur, je crois. »

Ah, la hiérarchie, Ronald haussa les épaules.

« Il n'y a plus de raison de vous retenir ici. Maxwell, il faut que je te pose quelques questions, tu sais, pour le… »
« Tu vas faire un rapport sur moi ? »
« Bien sûr, c'est la procédure. »
« Deux minutes. »

Ivan n'avait pas traîné pour attraper la main d'Ulysses et l'emmener loin de ce trouble-fête, mais Max n'en avait vraisemblablement pas finit avec eux.

« Je suis vraiment, vraiment désolé, je n'aurais pas dû être aussi direct… mais, mais ça ne change pas que… aïeuh ! »

Alors que les portes automatiques venaient tout juste de s'ouvrir, un tequel sortit de nul part se rua sur Maxwell pour planter ses canines dans son mollet, et une vieille dame affolée arriva à sa suite.

« Pardon, pardon ! Je suis désolé ! Je ne sais pas ce qui lui a prit, tout à coup… Chouia ! Chouia, lâche le monsieur ! »

Quand le chien se calma, Ivan était déjà de l'autre côté de la rue, il ne disait rien, mais son air renfermé montrait qu'il devait encore être en train de maudire son rival en suédois.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Mer 10 Juil - 8:45

La barrière linguistique, Ivan, finalement, s’en sortait très bien. Ulysses écoutait son petit ami proposer d’appeler le commissaire. Lui-même évitait en général de faire jouer ses relations — c’était toujours beaucoup moins problématique de la part d’un étranger que d’un Winford et il détestait passer pour un petit privilégié. D’ailleurs, il se voyait très mal appeler un responsable de la C.I.A. pour le tirer du supermarché. Ceci étant dit, il se demandait si Ivan n’avait pas un badge d’Interpol.

Avec l’idée de badge vint l’idée de l’uniforme de police, avec l’idée de l’uniforme de police, celle des menottes, et de la matraque, et en quelques secondes, Ulysses ne prêtait plus qu’une attention très relative au petit jeu de pouvoir qui s’instaurait entre Ivan et les responsables du magasin, trop occuper à s’imaginer son hypothétique carrière de cambrioleur très malchanceux, interrompu dans ses méfaits par un policier zélé avec un charmant accent, et contraint de démontrer sa repentance de bien des manières pour éviter la prison.

Ce ne fut que lorsque l’officier Strömberg le prit par la main que l’Américain sortit de sa douce (enfin, plus ou moins) rêverie pour promener un regard un peu distrait autour de lui. Définitivement, à part Maxwell qui le dévorait du regard, les employés du magasin allaient le prendre pour un cinglé fini incapable de se concentrer sur quoi que ce fût plus de cinq secondes et de tenir un discours cohérent. Pour ne pas aggraver son cas, et aussi parce qu’il était désormais convaincu que Monoprix (et son équivalent New-Yorkais) était l’un des cercles de l’enfer, le jeune homme se laissa sagement entraîné à l’extérieur.

Mais Ulysses, ô pauvre Ulysses, tes épreuves n’étaient pas finies ! Tu ignorais encore quel danger à quatre pattes te guettait dans la rue new-yorkaise ! Hélas ! Hélas ! Tu n’avais pas encore laissé derrière toi les cavernes ténébreuses, où même les pierres précieuses ne font pas luire l’infernale obscurité d’Hadès, que déjà les monstres de Poséidon furieux t’attendaient ! Ce jour-là, cependant, ce n’était pas Ulysses que les monstres s’échinaient à attaquer.

Alors que le splendide perturbateur de l’ordre public se retournait pour jeter un splendide et perturbateur regard à l’employé perturbé, qui était devenu soudainement beaucoup plus civilisé, ce qui allait très bien avec ses beaux pectoraux — les miracles de l’amour adoucissent les âmes même les plus brutales — une saucisse enragée vint planter ses crocs dans les mollets du musculeux mais infortuné chevalier servant.

Tout le monde se concentrait donc sur le zélé canidé, sauf Ulysses, qui coulait un regard soupçonneux sur Ivan, déjà en train de s’enfuir. Peut-être qu’attendre leur petit voyage en amoureux dans les terres protectrices des Winford était un délai qu’il ne pouvait même pas s’offrir. Parce que si la jalousie d’Ivan s’exprimait de la sorte, les morts, c’était à craindre avec le pouvoir d’Ulysses, allaient se compter en douzaines. Désormais presque entièrement convaincu des petites particularités de son ami — et je ne parle pas de son sens vestimentaire douteux —, l’angélique démon planta son angélique regard dans celui de Maxwell, qui ne se souvint plus qu’il venait d’être assommé, piqué et mordu en moins d’un quart d’heure, puis murmura :


— Ce n’est pas grave, j’ai l’habitude…

Cette réponse cryptique et un peu immodeste, qui laissait entendre que c’était toutes les cinq minutes qu’on lui faisait des avances, cette réponse, donc, parfaitement sincère, laissa sur le trottoir un Maxwell perplexe et une propriétaire de teckel navrée. Ulysses tourna les talons, Maxwell posa des yeux mélancoliques sur les fesses fermes qui s’éloignaient et ce ne fut que lorsque Ulysses et Ivan disparurent au coin de la rue, après quelques instants de rêverie, qu’il se demanda brusquement comment il avait pu être aussi rustre avec un client et comment il s’était retrouvé embarqué dans une pareille aventure.

À quelques dizaines de mètres de là, Ulysses, après une hésitation, avait passé un bras autour des épaules d’Ivan.


— Je suis désolé… De tout ça. De ce qui se passe, autour de moi, tout le temps. On ira faire des courses ailleurs, à un autre moment. On passera par une animalerie, pour que tu puisses acheter des croquettes et de la nourriture pour poissons.

Accessoirement, pour l’observer au milieu de dizaines d’animaux, histoire d’avoir une idée tout à fait arrêtée sur les mystérieux événements qui venaient de se dérouler autour d’eux. L’air de rien, Ulysses suggéra ensuite :

— On devrait rentrer d’abord, pour que tu puisses te reposer un peu. Tu dois être fatigué.

Fatigué d’avoir marché quelques centaines de mètres et d’avoir fait les courses. C’était un peu étrange. Mais Ulysses avait vécu assez longtemps avec Adam pour savoir que les mutants — enfin les mutants qui avaient un pouvoir actif, pas comme lui — étaient souvent fatigués après une manifestation. Et entre les animaux qui affluaient sur les traces d’Ivan, l’araignée tueuse et le teckel en folie, son petit ami ne s’était décidément pas ménagé.

Ce fut donc d’un air très protecteur et très autoritaire qu’Ulysses reconduisit Ivan dans sa jungle. Une fois la porte refermée derrière eux, pour les protéger de tous les regards lubriques qui les suivaient en permanence, Ulysses attrapa Ivan par la taille et l’attira contre lui.


— Viens là, mon cœur…

Oui, Ivan, cette enflure qui agressait les inconnus avec des paquets de croquettes, était en train de vivre le rêve que la moitié de New-York nourrissait depuis qu’elle avait croisé Ulysses. Lequel Ulysses referma ses bras autour de son ami et passa une main dans ses cheveux pour l’inciter à poser la tête contre son torse. Et pour une fois — ce n’était pas fréquent — le câlin, de la part d’Ulysses, était parfaitement innocent. Les menottes, la matraque et l’uniforme de policier étaient bien loin.

D’une voix merveilleusement douce — en fait, super-génétiquement douce, mais c’est moins poétique — d’une voix super-génétiquement douce, Ulysses murmura :


— Je comprends que tu sois en colère. Et que tu aies peur. Mais je suis là, tu sais. On est là, tous les deux, on est chez toi, rien que tous les deux. Je suis bien avec toi. Il ne faut pas que tu t’inquiètes. Il faut essayer de te calmer… Est-ce que tu te sens bien ? Tu veux boire quelque chose ? Faire une sieste ?

C’était officiel : Ulysses avait l’air de croire qu’Ivan ne pouvait pas transporter un paquet de croquettes sans tomber dans un épuisement profond. Mais il ne se voyait pas lui déclarer de but en blanc qu’il pensait qu’il contrôlait les chiens et les insectes pour agresser ses rivaux amoureux.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Lun 22 Juil - 16:15

Depuis son arrivée à Boston, Ivan avait plus d'une fois fait appel à ses relations pour se tirer de situations un peu embêtantes, voir même sortit son badge de policier. Ce n'était pas qu'il aimait profiter de ses privilèges – il détestait ça – mais le Suédois, pourtant très à son aise en temps de crise, avait le chic pour se mettre dans des situations pas possibles pour de bêtes tâches quotidiennes. L'incident du supermarché en était un parfait exemple, même si Ulysses avait lui aussi démontré un certain talent en la matière, et c'est donc avec résignation qu'il avait tenté de s'en remettre à Jon. Jon, de toute façon, avait toujours été très gentil avec lui, et ce ne serait pas le premier quiproquo étrange qu'il aurait eu à régler, ni le plus compliqué. Le pire, c'était la fois où il avait dû faire appel à son oncle. Neil Strömberg appréciait moyennement ce genre de mésaventure.

L'air renfrogné qu'avait Ivan sur le chemin du retour s'estompa vite, il n'était pas vraiment très doué pour être en colère. Pourtant ce n'était pourtant pas faute d'avoir essayé, une question de tempérament, sans doute. À peine Ulysses eût-il commencé à s'excuser que déjà Maxwell, les croquettes et le reste lui paraissait lointain et très secondaire, son Américain préféré passait avant tout.

« Tu n'as rien fais de mal, il n'avait pas le droit de te manquer de respect. Et ne t'en fais pas pour la nourriture, nous avons quelques réserves à la maison. »

Ivan était certes un peu jaloux, parce qu'il n'était pas grand et musculeux, mais c'était avant tout l'attitude qu'avait eu Maxwell envers Ulysses qui l'avait énervé, et le pouvoir du blondinet n'était pas une excuse. Sans doute le vendeur s'en était lui aussi rendu compte puisqu'il avait tenté de corriger le tir sur la fin. Bon, Ivan aurait bien aimé quelques excuses de sa part aussi parce qu'il l'avait bien regardé de haut, mais c'était moins grave. Tout en marchant, le Suédois haussa les épaules, quand son ami lui parla de fatigue.

« Je suis tout le temps un peu fatigué, c'est parce que je ne dors pas toujours bien. »

Difficile pour Ivan d'attribuer sa fatigue à autre chose, il passait généralement un tiers de ses nuits à rouler d'un bout à l'autre de son lit, à se lever pour boire un peu d'eau et chercher du réconfort auprès de ses poissons, et à retourner danser dans ses draps. Ces insomnies d'origine inconnue lui gâchaient la vie depuis son adolescence et à part les somnifères, qu'il préférait éviter de prendre, personne n'avait de solutions à lui proposer. C'était assez usant, mais il s'y était fais, à la longue.

Une fois rentré, et blottit contre Ulysses, à écouter sa voix super-génétiquement douce chuchoter à son oreille, Ivan se sentit complètement apaisé. Il resta silencieux quelques instants, soupirant d'aise dans le creux de son cou comme un chat paresseux vautré sur un coussin, puis ses neurones se remirent à fonctionner et il trouva que, tout de même, la prévenance d'Ulysses était un peu excessive. Il releva la tête pour le regarder.

« Le responsable du magasin a dis beaucoup de bêtises, je ne me suis pas battu avec ce vendeur, il ne faut pas que tu t'inquiètes à ce sujet. Je n'aime pas me battre, alors je préfère éviter, même s'il est vrai qu'il était agaçant. »

Le Suédois avait beau se dire que ce n'était pas demain la veille qu'il jetterait des voitures sur ses rivaux amoureux. Ni même des animaux, d'ailleurs – était-ce sa faute si toute la faune du quartier avant soudainement eut une dent contre Maxwell ? – c'était bien arrivé, malgré lui. Et il fallait être Ivan pour ne pas se poser de questions avec tout ce qui se passait autour de lui, mais voilà, pour lui, il n'y avait rien de suspect, à part le comportement de l'ange, qui était soudain devenu très protecteur.

« Mais je boirais bien quelque chose, et toi ? »

Se disant, il partit à la cuisine pour se servir un jus avec beaucoup de glaçons – c'est qu'il commence à faire sacrément chaud dans ce pays – tout naturellement, le merle, qui veillait au grain, le suivit, et ne sembla pas très intéressé par la fenêtre qu'Ivan ouvrit en grand pour aérer un peu.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Mar 23 Juil - 10:28

Si Ulysses n’était pas fraîchement sorti de la même habitude de déni que son nouveau petit ami, il lui eût sans doute été bien difficile de croire qu’Ivan pouvait à ce point éviter d’observer la réalité. Si ses suppositions s’avéraient exactes, alors le doux et pacifique Suédois qu’il tenait dans ses bras était peut-être beaucoup moins doux et pacifique qu’il n’en avait l’air. Après tout, l’araignée avait bondi sur le vendeur, le chien l’avait mordu — il eût suffi que l’araignée fût vénéneuse ou le chien plus massif pour que ce mouvement de colère connût des conséquences des plus graves.

Mais l’Américain était bien placé pour savoir qu’un mutant pouvait très bien être le dernier informé de ses particularités. Après tout, chaque jour, il en refaisait l’expérience : il se regardait dans le miroir et il voyait un type normal. Il sortait dans la rue et tout le monde se retournait sur son passage. Mais depuis la révélation de sa mutation, l’idée que le monde, autour de lui, ne tournait pas rond, l’idée que la réalité était entièrement déformée et que toutes les réactions de son entourage pouvaient n’être que les effets de sa mutation, le plongeaient dans des abîmes de perplexité — et il avait du mal à se résoudre à y entraîner Ivan.

Par exemple, n’était-il pas très probable que les troubles du sommeil de son charment et inconsciemment belliqueux partenaires vinssent des angoisses nocturnes des animaux qui l’entouraient ? De ces esprits qui, peut-être, s’invitaient dans le sien ? Et alors, quoi ? Devait-il lui dire de se débarrasser de sa clinique vétérinaire particulière et de ses poissons pour se reposer ? L’idée d’imposer à Ivan de se séparer de ses animaux était insupportable. Et, plus égoïstement, Ulysses avait peur de perdre son compagnon si récemment trouvé en se faisant oiseau de mauvais augure.

Alors qu’il sentait ses résolutions chanceler, Ulysses laissa Ivan se détacher de lui et murmura sans conviction :


— Oui. Pourquoi pas…

Il suivit du regard le Suédois, puis le merle qui lui emboitait le pas. Resté seul dans le vestibule, Ulysses laissa échapper un long soupir. Tout cela commençait à peser sérieusement sur son moral : entre son expérience de prisonnier en plein milieu du désert, ses interrogatoires interminables dans les locaux de l’Agence, sa relation sexuelle à la fois enivrante et traumatisante avec Ivan, le supermarché et le potentiel pouvoir de son ami, le jeune homme avait l’impression que sa vie s’effondrait en même temps qu’elle s’améliorait. Un peu comme si on l’avait laissé ouvrir son cadeau de Noël pour le lui reprendre aussitôt.

L’Américain retira ses chaussures et ses chaussettes, pour marcher avec ses (jolis) pieds nus sur le sol inexplicablement propre de la maison d’Ivan, comme si les oiseaux qui l’envahissaient avaient appris, comme par miracle, à ne pas s’y soulager, et rejoignit son turbulent mais innocent protecteur dans la cuisine. Le merle était posé non loin de lui et regardait par la fenêtre sans paraître avoir l’intention de s’enfuir.

Ulysses s’adossa à un meuble pour observer Ivan. Comme s’il allait pouvoir diagnostiquer mieux son petit ami en le regardant boire du jus de fruit. C’était certain, s’il le lui disait, Ivan n’allait pas le croire — puis il allait le détester — puis il allait se détester — puis il allait le détester encore plus de se détester — et leur vie serait fichue en l’air. Le Suédois était si fier de son calme et de son pacifisme que la perspective d’agresser les gens par animaux innocents interposés allait certainement être des plus douloureuses.

Ulysses sentit une larme couler le long de sa joue, qu’il s’empressa d’essuyer d’un revers de main. Il fallait se reprendre. C’était à lui d’être courageux. Il était un Winford. Et les Winford ne se laissaient pas abattre, dussent-ils se sacrifier pour la cause.


— Ivan…

Bon, sa voix était un peu faible, pas très assurée, et ses jolis yeux un peu humides, mais ce tableau émouvant qui surpassait toutes les scènes de cinéma les mieux réalisées n’en poursuivait pas moins :

— Je sais que ces derniers temps, je n’ai pas été très…

Le jeune homme haussa les épaules.

— Solide. Je suppose. Et hmm… que tu as pris l’habitude, disons, de veiller sur moi. Ou de me rassurer. Et c’est gentil, c’est très… Réconfortant. Tu es très réconfortant.

Ulysses esquissa un petit sourire timide — du genre à provoquer des émeutes dans les parkings.

— Mais euh… Tu sais, tu peux compter sur moi. Si tu as des problèmes. Tu peux m’en parler. Et je peux t’aider. Tu n’es pas obligé de me protéger pour tout. Je ne suis pas aussi fragile que j’en ai l’air.

Les yeux verts d’Ulysses sondèrent ceux d’Ivan. L’idée d’être une princesse perpétuellement courtisée que l’on empêcherait de se casser un ongle de peur qu’elle ne s’évanouît lui était des plus déplaisantes et il savait pertinemment qu’elle ne correspondait guère à la réalité. Ne venait-il pas de rentrer d’une dangereuse mission entouré de terroristes ? Or, avec ses airs de gamin, Ivan avait adopté spontanément une attitude protectrice, dont Ulysses ne parvenait pas encore à déterminer avec exactitude si elle exprimait seulement le caractère de son petit ami ou si elle venait d’un effort calculé pour l’épargner, lui et ses névroses.

— Par exemple, s’il y a des choses qui t’inquiètent. Ou qui te déplaisent dans mon comportement. Ou si tu as des doutes. Sur moi, ou sur la vie, sur ton métier, je ne sais pas. N’importe quoi. Tes problèmes importants comme anodins.

Ulysses quitta finalement le meuble contre lequel il s’était tenu pour s’approcher d’Ivan et le prendre virilement (si si) par les hanches.

— Je peux m’occuper de toi aussi.

Peut-être qu’au fond de lui, tout au fond de lui, Ivan s’était rendu compte de l’étrange vie qu’il menait, et Ulysses voulait, en tout cas, préparer un peu le terrain, pour le moment où les explications viendraient et où le Suédois serait contraint de poser un regard soupçonneux sur le merle qui partageait sa vie.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Ven 2 Aoû - 18:12

Ivan regarda Ulysses d'un drôle d'air. Pas besoin d'avoir une longue carrière policière derrière soi pour remarquer qu'il essayait de lui faire dire quelque chose. Il repensa à Maxwell, qui devait être le cœur du problème. Fallait-il qu'il avoue qu'il avait été un peu jaloux ? Il n'était pas jaloux. Non. Jamais il n'envierait un grand dadais comme lui, qui passe ses journées à soulever des cageots de salades et hurle à la vue de la moindre bestiole. Du coup, il pensa à l'araignée, pauvre bête qui n'avait rien fait de mal, à part le piquer, mais il l'avait forcément cherché. Parce que lui, des araignées, il en voyait souvent, cachées derrière les pots de fleurs, et elles ne le piquaient jamais, pas plus que les moustiques. Les chiens ne l'attaquaient pas non plus d'ailleurs, c'était Maxwell qui avait un problème, il n'était pas net et les animaux le sentait, voilà.

C'est à ce moment-là qu'Ivan se dit que le malaise d'Ulysses ne venait peut-être pas de Max mais, justement, de ces deux malencontreux incidents – on y arrive ! – et il baissa les yeux comme si faire tourner son fond de multivitaminé dans son verre était la chose la plus intéressante du monde. Il fallait que l'auteur reconnaisse l'évidence, le Suédois connaissait bien assez les animaux pour différencier les comportements normaux des autres, il serait mal parti pour traquer les trafiquants sans un esprit un minimum vif et s'il avait été si prompt à déduire que le pouvoir d'attraction d'Ulysses était un peu surnaturel, c'était qu'il avait sans doute bien réfléchi à ce sujet tout seul, sans doute pour expliquer ses propres particularités.

Mais alors, si le blondinet avait l'air triste et incertain, c'est parce qu'il le croyait responsable de l'attaque de la mygale et du teckel ? Déjà qu'on l'avait pris pour un détraqué il n'y a pas si longtemps, maintenant, il passait pour un psychopathe. Cette fois-ci, parfaitement à tort, en plus, parce qu'il n'avait vraiment rien fait. Les animaux agissaient différemment en sa présence, mais lui, il ne faisait rien.

Ulysses non plus ne faisait rien, de ce qu'il avait compris. L'idée fit rapidement le tour dans son esprit, pouvait-il avoir le même pouvoir que lui, mais sur les animaux ? Son ami, en tout cas, attendait des réponses, Ivan releva subitement les yeux comme s'il venait de se rappeler sa présence, l'air ouvertement troublé.

« Err… »

Certes, ce n'est pas un mot, mais il faut un début à tout, il posa le verre sur le plan de travail derrière lui tout en se disant que le chien ne s'était pas contenté de venir se frotter contre sa jambe. Il avait attaqué quelqu'un, et précisément une personne à qui le Suédois en voulait. Il se repassa la scène dans la tête, il était en colère à ce moment-là, il écoutait Maxwell parler en se demandant quand il arrêterait de les suivre, et il puis il a eu le chien. Il avait su qu'un chien se trouvait dehors bien avant de le voir et ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait, si bien qu'il savait déjà qu'il n'avait pas entendu l’animal. Il avait remarqué qu'il était là aussi sûrement que s'il n'y avait pas eu de murs entre eux. Cela n'empêchait pas qu'il était incapable d'expliquer la suite.

« Je ne sais pas… »

Ivan n'avait pas demandé à ce que le malheureux vendeur se fasse attaquer, d'accord, il ne l'aimait pas, mais il y avait un monde entre l'inimité et l'attaque frontale. À nouveau, il se demanda si Ulysses le prenait vraiment pour un dangereux sociopathe, et s'il avait raison. À moins que son ami ne pense à autre chose, peut-être se trompait-il complètement. Et pour les animaux aussi. Oui, en fait il aimerait être spécial, mais se faisait juste des idées, c'était plus problable. Cela dit, si ce n'était pas ça, à quoi Ulysses pensait-il ? Voyant qu'il commençait vraiment à s'embrouiller, Ivan se décida à procéder par étapes. Première étape, répondre.

« Toi, tu es parfait, vraiment, c'est moi qui dois… »

Il fronça les sourcils alors qu'un autre détail lui sautait aux yeux.

« … m'habituer. »

"Y'a trop de gens qui t'aiment" disait Céline Dion, elle aussi devait connaître un Ulysses. Avant même de se pencher sur l'affaire du teckel fou, il fallait qu'Ivan parvienne à ne pas se sentir en danger à chaque fois que quelqu'un venait tourner autour de son compagnon. Lui qui n'était pas particulièrement possessif de nature trouvait pourtant la tâche un peu difficile. Penaud, il attrapa Ulysses par les épaule et se blottit un peu plus contre lui.

« Les gens, je les trouve souvent… mieux. Je sais que je suis bête de penser comme ça, mais je n'arrive pas à ne pas avoir peur que tu partes. Je suis désolé pour tout à l'heure. Mais… même Maxwell, qui était un idiot, il était grand, il avait l'air fort et puis… il était sûrement moins bizarre. »

Sa voix s'était faite toute petite sur la fin, et il se réfugia dans le cou d'Ulysses pour qu'il ne remarque pas qu'il était plus triste qu'il ne voulait le laisser paraître.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Ven 2 Aoû - 18:44

Ulysses, c’était un agent secret : on ne l’entourloupait pas comme ça. Il était même mieux, dans le domaine de la perspicacité, qu’un agent secret : il était analyste. Traquer le petit détail, c’était sa grande spécialité. Ivan n’était certes pas une carte de Moyen Orient ni le relevé d’un compte en banque au Koweit, mais enfin, Ulysses pouvait affronter l’imprévu. De toute façon, ce jour-là, ce n’était pas exactement comme si Ivan avait fait dans les détails : entre le merle qui l’avait agressé lui, les animaux qui s’étaient réunis autour d’Ivan, l’araignée qui avait empoisonné Maxwell et le teckel qui avait tenté de lui arracher le tibia, le Suédois s’était montré particulièrement en forme.

L’Américain, lui, avait essayé de mener un interrogatoire en douceur, parce qu’on avait beau être de la CIA, on n’était pas (tout le temps) des monstres, mais de toute évidence, Ivan n’avait pas très bien vécu mais les questions prévenantes que la douce, mystérieuse, caressante, hypnotisante voix de son petit ami fraîchement retrouvé venait de lui murmurer. Le cœur du petit ami en question se fendit quand l’adorable Ivan, qu’on a quand même du mal à se représenter en train de rudoyer des trafiquants d’armes présumés pour leur soutirer des informations, quand l’adorable Ivan, donc, commença à donner des signes avant-coureurs d’excrétions lacrymales incontrôlées.

Ulysses réceptionna son homme occulairement humide dans ses bras et le serra contre lui. Pour la première fois, le jeune homme comprenait quelle torture il avait fait subir à tous ceux qui s’étaient attachés à lui. Pas étonnant qu’Adam, qui était dix fois plus possessif qu’Ivan (n’est-ce pas Salem ?) l’eût abandonné avec sa bague de fiançailles en travers de la gorge. Bref, Ulysses se retrouvait avec deux séries de problèmes sur les bras : d’un côté, il voyait très bien qu’il devait regonfler la confiance en soi d’Ivan (ce n’est pas une métaphore) et de l’autre, il avait compris que le « bizarre » était une forme d’aveu atténué pour « je contrôle des araignées tueuses ».

Même avec un dixième de son sens psychologique surentraîné, Ulysses eût été capable de comprendre qu’Ivan allait sacrément mal. Il fallait donc prendre les choses en main, métaphoriquement cette fois-ci, parce que l’heure n’était hélas pas au pelotage. Tout bas, Ulysses murmura :


— Viens. On va dans le salon. On sera plus tranquille.

Il réussit à échapper un peu à Ivan qui l’agrippait comme une peluche géante, lui prit la main, le guida courageusement dans la jungle amazonienne jusqu’à trouver une clairière où trônait le canapé.

— Allonge toi.

C’était pas très grand et ils allaient être obligés de se coller, les pauvres, mais on faisait avec les moyens du bord. Ulysses s’allongea à son tour tout contre son cher et tendre, les yeux dans les yeux, ce qui était sans doute le meilleur moyen de se faire écouter (et de griller un peu plus l’indépendance affective du Suédois).

— Il était grand, il avait l’air fort, c’est vrai. Je ne vais pas te mentir, j’aime bien ça. Mais je n’aime pas que ça. Tu es très beau, et très séduisant. Ce n’est peut-être pas ton avis, mais c’est le mien : c’est celui qui compte. Je ne me sens pas en manque de muscles quand je suis avec toi. Et crois moi, pour que je ne sois pas en manque, il faut que tu sois vraiment très bien.

Je comprends que tu ais peur. Enfin, non, je ne comprends pas tout à fait. Je ne me rends pas très bien compte. Mais quand j’étais…


Ulysses s’interrompit alors que les souvenirs de sa mission relativement catastrophique dans le désert remontaient brutalement dans sa mémoire.

— …là-bas. Au travail…

Lequel travail avait consisté à se faire passer à tabac par des terroristes, puis à s’enfuir dans un camp en pleine émeute, sans avoir mangé ni bu depuis de très longues et très nombreuses heures. Il n’était pas entré dans les détails avec Ivan, mais enfin, un agent d’Interpole, ça devait en gros pouvoir s’imaginer ce genre de choses.

—… même les gens qui, a priori, étaient chargés de me… Contrôler. Ne pouvaient pas le faire. Enfin, pas toujours. Pas tous. Bref, je me rends compte que… C’est compliqué. Pour les gens comme Maxwell. Et surtout pour toi. Mais tu sais, ce n’est pas comme si je t’avais choisi par défaut. Des gens, j’en connais vraiment beaucoup. Je veux dire, sexuellement. Beaucoup. J’ai l’embarras du choix, de toute évidence. Et c’est avec toi que je suis. Pas seulement pour faire la conversation. Pas seulement parce que tu es intelligent et charmant. Pour le reste aussi. Les gens ne sont pas mieux que toi.

Ça, c’était pour la partie facile. Le plus compliqué restait à faire. Ulysses caressa le dos d’Ivan un bon moment, en méditant à la manière de présenter les choses. Si Ivan avait compris en comprenant qu’il avait compris, mieux valait sans doute abandonner ses délais d’investigation et ses petits plans pour tester le pouvoir de son petit ami et prendre le problème à bras le corps.

— Quant à être… bizarre. Sans doute. Je suis bien placé pour savoir qu’on peut être le dernier à s’en rendre compte. Et qu’on peut ne pas avoir envie de s’en rendre compte. Mais c’est sans doute mieux d’être lucide. Pour toi. Pour ceux qui t’entourent. Pour… eux, aussi. Je veux dire… Les animaux. Un chien qui mord une personne, ça peut lui attirer des ennuis. Qu’il n’aurait pas eu dans d’autres circonstances. Il faut être prudent.

Maxwell avait beau s’être comporté comme une brute finie, il n’avait pas eu l’air d’en tenir particulièrement rigueur au teckel infortuné, qui ne se fera donc pas piquer à la fin de cette histoire — restez avec nous les enfants.

— Moi, je m’en fiche que tu sois « bizarre ». Je veux juste pouvoir t’aider. Et te connaître. Je n’ai pas envie d’être avec quelqu’un de moins bizarre. J’ai envie d’être avec toi. Et j’ai envie que tu te sentes bien. Que tu puisses dormir tranquillement, sans te sentir, je ne sais pas, disons, envahi ? envahi par les animaux malades de la chambre d’à côté. Que tu puisses être en colère en étant capable d’en contrôler toutes les conséquences. Ce genre de choses. Et si je n’arrive pas à t’aider assez, on trouvera des gens pour nous expliquer.

Ulysses déposa un chaste baiser sur le front torturé de son petit ami sanguinaire.

— Toi et moi, on n’est sans doute pas les personnes les plus normales du monde, avec les métiers les plus calmes et la vie la plus simple. Du cou, on est faits pour se comprendre.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Mar 13 Aoû - 20:53

Ivan ne pleurait pas, non, c'était un agent d'Interpol surentraîné, tout de même, mais ses yeux n'en était tout de même un peu plus humide qu'à l'accoutumé, et surtout, il s'accrochait à Ulysses comme un naufragé à un morceau de bois. Il finit cependant par concéder un peu d'espace à son morceau de bois qui voulait visiblement lui échapper et le suivit dans la jungle pour s'étaler sur le canapé où il le réceptionna. Ses doigts se mêlèrent aux cheveux blonds de son ami tandis qu'il l'écoutait. Sa remarque sur le fait qu'il avait l'embarra du choix le fit sourire, vu comme ça, il n'y avait effectivement aucune raison de s’inquiéter. De toute façon, c'était plutôt son demi-aveu pour l'attaque du teckel tueur qui le préoccupait, mais là encore, Ulysses se montra très prévenant. Il hocha la tête pour montrer que lui non plus ne voulait pas voir d'animaux se faire piquer par sa faute, puis se mit à réfléchir à l'idée que ses insomnies soient provoquées par des tortues malades.

« Tu crois que c'est à cause de ça que je ne dors pas très bien ? Je n'y avais jamais pensé. Tout ce que j'avais remarqué, c'est que je sais toujours quels animaux sont aux alentours de moi, et j'ai parfois l'impression de les comprendre, mais beaucoup de gens le croient aussi, alors je me disais que c'était dans ma tête. »

Il réfléchit quelques instants avant de concéder.

« Et les animaux sont gentils avec moi, et obéissant, enfin, pas tous. Le chien de mon oncle, il me fait parfois un peu peur. »

Et pour qu'un animal effraie Ivan, il doit avoir du sang berseck dans les veines. Ivan ne s'attarda malheureusement pas sur les caractéristiques de cette fascinante créatures, ni sur les raisons de ses craintes – quel dommage. Son esprit était pour l'instant accaparé par quelque chose de plus terrifiant encore.

« Tu penses que je devrais éviter d'approcher des animaux en attendant de savoir ce que j'ai. Parce que... Parce que... Je dois m'occuper des poissons, c'est important, ils ont besoin de moi, et les autres aussi. Je suis sûr qu'ils sont heureux avec moi, je ne leur fais pas de mal... et ce n'est pas grave si je ne dors pas très bien, je peux me débrouiller. De toutes les façons, c'est impossible à faire. »

L'idée de ne plus pouvoir approcher la moindre bestiole mettait le pauvre écologiste très mal à l'aise. Bien sûr, une petite voix dans sa tête – moi – lui soufflait qu'il pouvait parfaitement embaucher quelqu'un pour s'occuper de ses animaux et aller chez Ulysses quelque temps. Après tout, quand il avait passé la nuit là-bas il avait parfaitement dormi, et les exercices auxquels ils pouvaient s'être prêtés n'expliquaient effectivement pas tout. Mais Ivan et la Nature ne font qu'un, et la Nature à horreur du vide, il se sentait parfaitement incapable de pouvoir mener une vie normale sans aucun poisson à ses côtés, et il ne pouvait s'empêcher de penser qu'eux non plus. Après tout, même Rimbaud, le solitaire, avait parut vexé qu'il l'ait emmené très loin de lui – oui, les poissons, ça peut être très susceptibles.

Bref, Ivan n'était pas vraiment ravi de se découvrir la capacité de contrôler les bestioles, c'était une sacrée responsabilité, mine de rien. Est-ce qu'à chaque fois qu'il était arrivé quelque chose de mal à un animal qu'il avait croisé, c'était de sa faute ? Et puis quels étaient les limites ? Et les risques, et… Les questions se bousculaient dans sa tête, tout ça lui semblait un peu trop énorme.

« Cela ne peut pas être ça. Si je pouvais contrôler les animaux, je m'en serais rendu compte. Il y a forcément une autre explication. »

Il se mit immédiatement à la chercher, l'air visiblement désespéré.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Mer 14 Aoû - 9:20

Ivan était en train de devenir fou. Avouons-le : il avait déjà un certain potentiel. Demain, nous découvrirons d’ailleurs qu’il a une pièce secrète dans sa cave couverte de photographies d’Ulysses et que les anciennes conquêtes de l’Américain, c’est-à-dire la moitié de New York, ont depuis peu commencé à disparaître dans des circonstances inhabituelles, car ce n’est certes pas tous les jours que des gens se font dévorés par les rats. Mais ce jour-là, sur son canapé, au milieu de sa jungle, lové contre l’homme le plus beau du monde (rien que cela), Ivan était tout proche de l’épisode psychotique.

Donc, le Suédois oscillait entre la conviction qu’il allait devoir se séparer à tout jamais des animaux et celle que tout le monde pouvait contrôler le chenil du coin, avec un peu de bonne volonté. Pendant quelques minutes, Ulysses observa un peu désemparé les tentatives désespérées de son petit ami, soit pour nier l’évidente réalité, soit pour la contrôler à coups de bulldozer. Décidément, Ivan, dans ses raisonnements, ne faisait jamais dans la demi-mesure — probablement parce qu’il était psychopathe.

Il fallait intervenir.


— OK. Du calme. Du calme. Ça va aller.

Et voilà. Par mesure de précaution, Ulysses se décida tout de même à développer son brillant discours. Mais avant toute chose, il se redressa pour se relever, tendit la main et incita Ivan à faire de même. Puis il le guida dans les méandres de la maison, jusqu’à trouver une pièce à peu près inoccupée, c’est-à-dire une pièce qui n’était envahie que par la végétation — l’une des nombreuses chambres secondaires que son richissime mais étourdi compagnon n’avait pas jugé nécessaire de meubler.

Ulysses se glissa derrière Ivan, posa les mains sur sa taille et attira le dos de son ami contre son torse, pour lui faire sentir quel musculeux et viril soutien il avait dans cette difficile épreuve.


— Tu vois, tu peux déjà descendre ta clinique vétérinaire ici. C’est beaucoup plus loin de ta chambre qu’en haut. Comme ça, on verra si tu te sens mieux. Si tu as peur de rater quelque chose, on peut installer un babyphone.

Pour des hérissons malades, oui. Mais Ulysses était d’une patience angélique et, surtout, habitué à régler les problèmes, tous les problèmes, n’importe quel problème. Un Winford, ça ne se laissait pas abattre par une ménagerie de cacochymes. Le jeune homme resta dans le dos d’Ivan, pour déposer un baiser sur sa nuque et le serrer un peu plus contre lui.

— Tu sais, je ne crois pas que nous soyons les mieux placés pour nous rendre compte de nos particularités. Elles sont venues progressivement, elles se sont installées, et voilà. Ce n’est pas comme si nous allumions des feux, ou quelque chose dans ce genre-là. C’est moins spectaculaire et donc moins remarquable. Mais il faut être lucide : c’est une question de responsabilité.

Et le sens des responsabilités, pour Ulysses, c’était essentiel.

— Ça ne veut pas dire que l’on doive fuir. Et tout empêcher. Je ne suis pas un expert, c’est nouveau pour moi aussi, mais tu sais, quand…

Ulysses hésita. Étrangement, depuis qu’il était avec Ivan, il y avait un nom qu’il ne prononçait jamais, une personne qu’il n’évoquait absolument pas, quoiqu’elle eût été le centre de son existence pendant fort longtemps.

— …quand j’étais avec Adam, j’ai au moins compris qu’il n’était pas possible de se couper de ce genre de choses. Il faut apprendre à vivre avec. Pas comme un handicap. Parce que c’est une partie de l’être. Si tu te privais d’animaux, je pense que ce serait un peu, je ne sais pas… Comme de vivre dans une cellule d’isolement.

Une comparaison d’agent de la C.I.A.

— …tu deviendrais fou. Il ne faut pas chercher à empêcher que ces incidents se produisent. Il faut juste essayer de les comprendre. De les contrôler. Maintenant que tu vois cela un peu plus clairement, ce ne sera peut-être pas très compliqué. Et si ça l’est, on peut toujours demander de l’aide. À des gens plus expérimentés que nous. Il y a des associations, il y a l’Institut.

Ulysses, qui avait l’habitude de manier la chair humaine, fit habilement pivoter Ivan pour lui faire face et plonger son regard hypnotique…




…dans celui d’Ivan.


— Toi et moi, on va y arriver. On a juste besoin de prendre un peu de vacances, de temps en temps. Changer d’air, changer d’environnement, voir comment les choses se passent en d’autres circonstances. Pour comparer, faire le point, se détendre, ce genre de choses. Tu te souviens, on devait aller skier ? Et puis aller chez moi, aussi.

Pour achever de subjuguer Ivan, Ulysses glissa une main dans son cou, jusqu’à sa nuque, l’attira un peu plus contre lui et vint lui donner un romantique baiser de cinéma, avant de murmurer :

— Ne t’inquiète pas. Je vais prendre soin de toi.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ilion (Ivan)   Ven 23 Aoû - 19:44

Perdu comme il l'était, Ivan suivit son compagnon sans broncher, sur le chemin, son regard se perdait vers les innombrables aquariums qui occupaient chaque pièce. La remarque sur ses problèmes de sommeil le troublait toujours, c'était plus que plausible, ça confirmait certaines des choses qu'il avait remarquées jusque-là, mais si les souffrances des animaux malades pouvaient l'empêcher de trouver le sommeil, qu'en était-il de tous les poissons en bonne santé qui peuplaient sa maison ? Il essaya de définir ce qu'il ressentait en ce moment, pour voir, mais rien de précis ne lui venait, à part le fait qu'il se sentait complètement perdu. Mais était-ce dû à ce qu'il venait d'apprendre, ou parce que le ressentit de toute la faune qui l'entourait se bousculait dans sa tête ? Ça y est, il allait devenir fou – ce qui ferait certainement la joie d'un auteur sadique que je ne nommerais pas.

Une fois arrivé dans la chambre d'amis, Ivan se laissa bien volontiers aller contre le torse d'Ulysses, qui ne l'aurait pas fait, après tout, et il ne put s'empêcher de sourire en écoutant ce qu'il lui conseillait.

« Un babyphone pour tortues, tu es malin quand tu le veux, älskling. »

Au moins Ivan allait un peu mieux, il écouta sagement ce que lui disait Ulysses, en hochant régulièrement la tête. Oui, c'est sûr, fuir ne le mènerait à rien, maintenant qu'il savait pour son pouvoir, il devait comprendre précisément en quoi il consistait et comment le contrôler. Ça n'allait sans doute pas être simple au début, mais en tant qu'agent de terrain surentraîné, il avait connu des situations plus périlleuses – soyez sympas, faites au moins semblant d'y croire. Ce n'était vraiment pas son genre de prendre la fuite et d'esquiver ses responsabilités. Dans cette pièce vide, Ivan avait les idées un peu plus claires, enfin, jusqu'à ce qu'Ulysses essaie de l'hypnotiser pour au moins la troisième fois depuis le début de ce rp – j'avoue avoir manqué de réactivité de ce côté-là.



Ivan Mowgli Strömberg – ça lui va tellement bien – ne parvint plus à détacher ses yeux du regard magnifique qu'Ulysses posait sur lui. Quelle chance il avait qu'un homme aussi parfait veuille bien de lui pour compagnon, tout de même. En plus il trouvait toujours la solution idéale à chacun de ses problèmes, sauf pour le babyphone, mais ça c'était de sa faute, il avait oublié de lui dire que les tortues et les hérissons, ça ne crie pas quand ça a faim. Il ouvrit plusieurs fois la bouche pour parler, mais sans jamais oser interrompre le doux chant que faisait la voix d'Ulysses à ses oreilles. Quand celui-ci s'arrêta finalement, Ivan se contenta de l'approuver complètement.

« Oui, on devrait partir, faire le point, se détendre, tu as raison. Chez toi, chez toi ce serait bien, j'aimerais beaucoup aller sur le lac, et monter à cheval… »

Son superbe énoncé de leur futur emplois du temps fut interrompu par un baiser de cinémas, Ivan n'aurait pas pu se sentir plus comblé, son cœur battait fort dans sa poitrine et il continuait de dévorer Ulysses des yeux comme s'il était la plus belle chose qui existe au monde – ce qui le plaçait juste au-dessus des baleines, de son point de vue.

« Je… t'aime… »

C'est bien.
Hum, pardon, Ivan avait lâché ces mots d'amours, l'air complètement envoûté, il n'était plus inquiet pour son pouvoir, ni pour les animaux, ni pour rien, il n'y avait plus qu'Ulysses et sa beauté désarmante qui comptaient pour lui, même le temps lui semblait s'être arrêté. Il avait l'impression de pouvoir rester là, à le contempler pendant des heures, et qu'il n'aurait plus jamais besoin de rien d'autre. Et puis finalement il se rendit compte de ce qui lui arrivait et reprit ses esprits, son regard redevint normal, il le détourna un instant et se passa une main dans les cheveux pour se donner une contenance.

« On pourrait partir ce week-end, ce serait parfait, non ? »

Étrangement il se sentait un peu coupable de s'être laissé piégé, il connaissait le pouvoir d'Ulysses et devait sans doute pouvoir le gérer mieux que ça, enfin, peut-être. Là aussi, il allait devoir trouver le moyen de garder le contrôle, ça allait lui faire beaucoup de travail – mais il allait devenir l'agent d’Interpol le plus imperturbable de la région, Ronald avait de quoi se faire du souci.
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