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 Le contrat solennel (Salem)

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Adam Tenseï
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MessageSujet: Le contrat solennel (Salem)   Mer 20 Fév - 21:43

I gave myself to him,
And took himself for pay.
The solemn contract of a life
Was ratified this way.
Emily Dickinson

***

New-York — Sept jours plus tôt

— Los Angeles ?
— Oui, Madame.
— Pourquoi ?
— Changer d’air.


Martha Orckmann posa son stylo, croisa les doigts et plongea son regard pénétrant dans celui d’Adam.

— Vous avez l’un des esprits les plus brillants que j’aie jamais rencontrés, Adam. Vous mettez un point d’honneur à ne pas le montrer et je ne sais pas pourquoi. C’est votre affaire, tant que vous l’employez efficacement ici, ça me va. Mais Adam, peu importe l’intelligence, quand nous tournons les yeux vers notre propre vie, nous ne sommes jamais assez clairvoyants.
— Je veux juste partir, Madame.


***

New York — Six jours plus tôt

— Salut, Ulysses.
— Bonjour, William.
— Il est pas là.
— Je sais. Il est à Los Angeles.
— A L.A. ?
— Pour une semaine.
— Mais… Euh… Ça veut dire qu’il a pris l’avion.


Ulysses hocha gravement la tête. Les deux hommes se regardèrent et William finit par souligner l’évidence.

— Adam ne prend pas l’avion.
— Je sais. Will, avant de partir, il était… Ça faisait des années que je ne l’avais pas vu comme ça. J’ai eu l’impression de le revoir au tout début.
— Je sais.
— Est-ce que… est-ce que tu sais s’il a pris… des trucs ?


William haussa les épaules.

— Pas qu’je sache.

***

Los Angeles — Cinq jours plus tôt

— Nous avons beaucoup entendu parler de vous. Nous serions ravis de vous avoir.
— …à Los Angeles…
— Nous vous aiderions à trouver un logement, bien entendu. C’est une ville très accueillante, vous savez.
— Et votre offre dure… ?
— Vous avez dix jours pour réfléchir.


***

Los Angeles — Quatre jours plus tôt

— Adam, vous devriez rentrer à l’hôtel. Depuis combien de temps n’avez-vous pas dormi ?
— Je ne sais plus.
— Vous allez vous faire du mal. Ces dossiers peuvent attendre. Rentrez vous reposer.
— Non. Je n’arrive pas à dormir, de toute façon.


***

New York / Los Angeles — Trois jours plus tôt

— Adam… Adam… Écoute-moi… Non, pleure pas. Je t’en supplie, pleure pas. Ça va aller tu sais, ça va… Les choses… Les choses prennent du temps. Peut-être que vous pouvez encore… Dis pas ça. Non, je peux pas… On peut pas… C’est pas la question, Adam. T’en as même pas envie. Tu sais très bien que non. Téléphone-lui…. Alors au moins un message… Essaye… Adam ? Allo ? Adam ?


***

Los Angeles — La veille

Salem,

Alors que se réunissent autour de moi les souvenirs de mes souffrances passées et que, du premier jour de ma mutation jusqu’à ma dernière vision, je sens peser sur moi toutes les horreurs de ces existences qui ne sont pas les miennes, je ne trouve aucune douleur qui ait la même force ni la même saveur que celle que tu m’as infligée, et pourtant, dans la plaie qu’elle a ouvert en moi, il y a une secrète beauté, car cette douleur est le témoignage de la possibilité de ton existence et elle est la preuve qu’il fut un temps où ma vie m’a appartenu pendant quelques mois.

Comme ce temps est révolu, ne dois-je pas en faire le sacrifice à présent et reprendre le cours méthodique et destructeur qui fut toujours le mien, jusqu’à ce qu’enfin une erreur, ou le destin plus fort que moi, m’ôte ce qu’il me reste de vie et que…


Adam froissa son septième brouillon et le jeta avec les autres à la poubelle.

***

New York — Ce soir-là

Une pluie battante tombait sur la ville. Les bus passaient avec leurs affiches publicitaires : votez Orckmann, allez voir tel film, cette semaine exposition d’Ambre Eydel dans telle galerie en vue. Adam regardait passer d’un œil morne les voitures, les autobus, les gens qui sortaient du bureau. Puis, régulièrement, il levait les yeux vers l’autre côté de la rue, longeait du regard la façade de l’immeuble et observait les fenêtres éclairées de l’appartement, tentant d’apercevoir une silhouette derrière les rideaux, une ombre découpée dans le contrejour. Et la pluie continuait à tomber, trempait ses cheveux, son blouson, son tee-shirt, tous ses vêtements.

Un nouvel autobus passa. Sous un portrait du peintre Eydel par un grand photographe à la mode, sous le visage parfaitement androgyne de l’artiste prodige, le titre énigmatique de l’exposition était inscrit en lettres noires.


Et la Nuit, l’Espoir

Brusquement, Adam quitta son poste d’observation, traversa la route sans se soucier des voitures qui klaxonnaient, composa le digicode, gravit les escaliers et s’arrêta devant la porte. De l’autre côté, dans l’appartement, les chats dressèrent l’oreille avant de se précipiter au pas de la porte. Adam resta immobile, puis leva le poing et frappa à la porte, tout dégoulinant et grelotant.

Quand elle s’ouvrit enfin, il bégaya :


— Je… Je… Je…

Un goût de fer se mêla à sa salive ; il saignait du nez. C’était la dixième fois cette semaine.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Jeu 21 Fév - 19:52

« 253, 254, 255… »

Il faisait nuit noire et le silence dans la chambre était complet, si on omettait Salem qui s’était remit à compter comme lorsqu’il avait dix ans et le bruissement des feuilles de papier couvertes de pointillés incompréhensibles qui envahissait progressivement l’espace. Il n’avait pas mangé, il n’avait pas faim, il n’avait pas envie de dormir non plus, ni de quitter Boston, ni d’y rester, la seule chose qu’il voulait étais probablement quelque part en train de risquer sa peau pour lui et les pire scénarios se formait déjà dans sa tête.

« Je suis désolé. »

Salem s’immobilisa, l’affliction de Kevin était sincère et en cet instant, il ne doutait pas qu’il aurait donné cher pour lui ramener Adam par la peau du cou et effacer les événements de la soirée. Pour lui aussi, le bonheur de Salem valait plus que ses propres intérêts. L’intéressé se sentit encore plus coupable, jamais il n’avait eu autant l’impression de ne pas mériter l’amour qu’il recevait, il n’avait jamais fais que blesser les gens qui l’entouraient, Adam, Kevin, Jenny, sa famille, tous.

« Tu n’as rien fais, c’était foutu d’avance. Avec moi c’est toujours pareil. »

***
Ivan posa une tasse de thé bouillant devant lui et s’assit les jambes croisées de l’autre côté de la table basse. Dans le salon envahi de plantes vertes, les chats étaient étrangement calmes, l'adolescent supposa qu'ils étaient déprimés aussi.

« Tu peux pas rester là, à te morfondre. »
« J’ai nulle part où aller, va y avoir le loyer à payer dans quelques jours, comment tu veux que je fasse ? Et puis y’a aussi les meubles et… »
« Non, non, tu paniques, là, il faut que tu parles à Adam avant de tout jeter par les fenêtres. S’il y a un chèque à faire, je m’en occupe. Ne pense pas à ces détails. »
« Et tu veux que je pense à quoi ? Il ne répond pas à mes messages, il s’est barré à l’autre bout du pays pour ne pas me croiser, et je le comprends très bien. »
« Laisse-lui un peu de temps. Et tu devrais rentrer chez toi, imagine s'il revient… »
« Y r'viendra pas. Comment pourrait-il revenir alors que j'ai dis que j'aimais quelqu'un d'autre… J'ai même pas eu la force de le regarder en face pour lui balancer ça. »
« Salem… »

***

Salem allait et venait dans le salon, la brève conversation qu'il avait eu avec son ancien futur beau-frère aurait dû l'aider un peu, mais elle l'avait plongé dans l'angoisse. Adam allait mal, très mal, comme dans un passé qu'il n'avait pas connu. Il se rendait maintenant compte que ce passé, il n'en avait entendu que quelques bribes, et pas toujours de la bouche de son compagnon. La conversation qu'il eut avec Sakura Tenseï lui était revenue en pleine figure, et si Adam mettait fin à ses jours, par sa faute ? Il ne pourrait pas vivre avec ça…

***

Salem se frotta les yeux, constatant pour la énième fois que cela ne calmait en rien les désagréables tiraillements qui les agressaient, ni la douleur lancinante qui partaient de ses tempes pour irradier dans tout son crâne. Le bureau d'Adam était sans dessus-dessous, ou plutôt, tous les documents qui s'y trouvaient avais été déplacés et réorganisés autrement. Les photographies et post-it n'étaient plus liés à des dates ou des lieux mais raccordés les uns aux autres. Salem ne cherchait pas à résoudre les affaires, mais à en apprendre plus sur Adam, à tenter de comprendre ce qu'il vivait au quotidien, les souffrances qu'ils avaient subies et auquel il n'avait porté assez d'attention. Tout ça était probablement vain, et de toute façon cela n'avait plus tellement d'importance, maintenant qu'il était parti. Mais il avait beau essayer de se convaincre, il ne cessait de tourner et retourner toutes ces informations dans sa tête.

Un peu hagard, il lui fallut quelques instants avant de se demander s'il n'avait pas entendu frapper à la porte. Machinalement, il posa le message codé concernant une vision sur un tas qui faisait déjà référence à deux autres. Il traversa ensuite le salon qui ressemblait à une zone sinistrée, tant elle était envahie de bouteilles de sodas et de paquets de chips vides, et ouvrit la porte.

Son cœur manqua un battement, pendant un instant, il eut juste l'impression qu'il rêvait. Il faut dire qu'il avait imaginé cette scène un bon tas de fois. Il s'était vu se confondre en excuse et noyer sous les mots d'amour un Adam pas très convaincu, mais de toute évidence il n'était pas devin. Les belles paroles attendront, pour l'instant c'est l'inquiétude qui prenait le garçon d'assaut. Adam était pâle, épuisé, trempé et grelottant, il lui attrapa le bras et le tira à l'intérieur.

« Viens, faut pas que tu restes comme ça, tu vas attraper mal. »

Salem le fit asseoir sur le canapé et revint à vitesse grand V de la salle de bain avec une serviette et des mouchoirs en papier. Il lui fit enlever sa veste et sa chemise imbibée d'eau et l'enroula dans le drap de bain, avant d'essuyer le sang avec les mouchoirs.

« Te faudrait une douche, ce serait mieux… »

Pendant quelques instants encore il ne sembla s'intéresser qu'à la façon d'arranger l'état désastreux dans lequel son homme était revenu, puis soudainement, il se laissa tomber à côté de lui et fondit en larmes.

« Je suis tellement désolé… »

Il eut alors des sanglots tels qu'il ne parvint plus à articuler le moindre mot, puis, laborieusement, il reprit.

« Je sais que je suis horrible… je sais pas, je sais pas comment changer… mais je peux pas vivre sans toi, Adam… je suis… tellement… »

Il n'avait pas osé s'approcher d'abord, de peur qu'Adam le repousse. Mais au fil des larmes il avait recherché un peu de la chaleur de son compagnon – même si c'était plutôt lui qui le réchauffait, certes. Plus Salem prenait conscience qu'il était là, avec lui, à nouveau, plus la perspective qu'il pouvait aussi bien repartir séance tenante lui semblait insoutenable. Il n'avait jamais vraiment réalisé jusqu'alors à quel point Adam faisait partie de lui, mais maintenant qu'il se sentait à nouveau grandit par sa présence, il était prêt à tout pour le garder.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Jeu 21 Fév - 21:08

Quelques années auparavant

— Adam ? Adam, regarde moi.
— J’me souviens pas de vous…
— C’est moi, Ulysses. On… Tu m’as embrassé. Hier.
— Peut-être.
— …
— Hier…
— Oui, hier.
— Avant… Aujourd’hui. Hier.
— Tu as pris quelque chose ?
— Quoi ?
— Je ne sais pas. De la drogue.
— Sais plus.
— Adam. Qui t’a fait ça ?
— Quoi ?
— Dis moi.
— Personne. Tombé.
— Pourquoi tu restes avec lui ?
— Qu’est-ce qu’il y a d’autre ?


***

C’était à peine si les yeux noirs si noirs d’Adam paraissaient voir Salem quand ils se posaient sur lui — mais ils ne se posaient pas, à vrai dire, sur l’adolescent, ni sur aucun objet de ce qui avait été son appartement, leur appartement, ils passaient, sans rien distinguer semblait-il, comme si le monde avait été enveloppé d’une brume impénétrable, et plus aucun nouveau son ne sortait de sa bouche, ni aucune pensée ne se formait dans son esprit — inerte, sous le choc, il se laissa mollement conduire dans le couloir.

Des volutes d’encre noir dansaient perpétuellement dans ses yeux ; d’ordinaire, il leur suffisait de quelques secondes pour emplir tout à fait son regard, et alors Adam s’effondrait dans l’une de ses visions ; parfois, elles frémissaient sur le bord de ses iris, quand une série d’intuitions se présentait dans son esprit très rapidement ; mais ce soir-là, elles volaient simplement, comme d’indolents nuages qu’une brise printanière fait et défait, et le sang continuait lentement à couler de son nez.

S’il se rendit compte qu’on lui ôtait sa veste puis sa chemise, il n’en montra rien. Assis sur le canapé, les yeux fixés sur la fenêtre, ou au-delà de la fenêtre dans la rue, ou au-delà de la rue elle-même dans un monde qui n’existait plus ou pas encore, il se contentait d’exécuter mécaniquement les quelques mouvements qui permettaient d’ôter le tissu et quand la serviette fut posée autour de ses épaules, il ne fit aucun effort pour la retenir, et elle glissa sur sa peau pour retomber, inutile, derrière lui, sur le canapé.

Mais quand Salem commença à pleurer, peu à peu ses iris se concentrèrent à nouveau, la fumée obscure se dissipa et ses yeux se fixèrent lentement sur un point du mur. Enfin il sentit le corps de son ami pressé contre le sien et, aussitôt, une puissante nausée l’envahit ; des dizaines d’images revinrent dans son esprit, issues de ses visions les plus précises, celles qui s’étaient multipliées ces sept derniers jours, et qui avaient retracé avec une méticulosité sadique les amours de Kevin et de Salem.

La pensée obsédante — il en aime un autre — s’empara à nouveau de lui avec son odieuse simplicité et, sans réfléchir, il se décala sur le canapé, pour rompre le contact de leurs deux corps. Aussitôt il sentit le froid se plaquer sur sa peau nue et, d’une main tremblante, il rattrapa la serviette pour en entourer ses épaules ; mais ce qui le préoccupait surtout, c’était l’idée d’être ainsi dénudé devant Salem, comme si leur rupture avait fait naître en lui une pudeur inédite.

D’une voix rauque, il murmura :


— Désolé, j’peux pas… C’est pas… J’ai pas le droit, c’est pas à moi, c’est pas moi que tu… J’peux pas.

Lentement, il commença à promener le regard autour de lui. Les bouteilles de soda. Les paquets de chips. Leurs meubles. D’une voix presque rêveuse, il murmura :

— J’avais peur de vous déranger. Qu’il soit ici… Je pensais. Je pensais qu’il serait ici. Que vous seriez ici. Que vous…

Un gémissement de douleur vint brusquement interrompre le cours chaotique de ses propos et le jeune homme porta une main à sa tempe, en fermant les yeux.

— J’arrive pas à… Plus. J’arrive plus à penser. J’ai pris l’avion et… J’ai pris… J’ai pas… Dormi. Beaucoup. Manger. J’ai pas… Y a plus de futur. J’arrive plus à voir. Le futur. Y a plus que vous. C’est tout… Passé. C’est vous.

Le devin rouvrit les yeux et à nouveau un flot noir les avait envahi — il braqua cet étrange regard sur son ancien fiancé et reprit la parole avec une nervosité nouvelle, comme s’il courait après ses propres mots pour les rattraper :

— Deux fois, j’ai pris l’avion deux fois, pour aller, et puis pour revenir, à Los Angeles ils ont dit, avant, avant je vous ai vus, mais je comprends pas, c’est bête hein, mais c’est tellement, tellement horrible, que je comprends pas, ils ont dit que, le numéro 64, le numéro complémentaire, le numéro, avant de tout jeter par les fenêtres, et le poisson s’appelle et j’ai pris, je crois que j’ai pris quelque chose, je me souviens plus, tout à l’heure, je crois que j’ai pris — quelque chose — je suis désolé, j’aurais pas dû, je sais plus, je sais pas, pourquoi, j’aurais pas dû, je suis désolé, j’aurais dû être meilleur, tu sais, pour tenter ma chance, quand même, j’aurais dû être meilleur, pour la comparaison, au moins ça, un peu plus, un peu plus beau, un peu plus, plus, plus, j’aurais dû, si j’étais, si j’avais été différent sans doute, non pas sans doute, enfin, peut-être, si j’étais, enfin peut-être, si tu me frappais, peut-être tu te sentirais mieux, je veux dire, tu serais moins, moins, moins en colère, contre moi, et tu m’aimerais un peu plus, si tu pouvais… parce que… parce que… je peux faire des choses, tu sais, je peux, il y a des choses que je sais faire, je peux, par exemple je peux, je ne sais pas, des choses mieux, pour toi, parce que, je suis pas très doué, je sais bien, le sexe, tout ça, mais je peux, je peux essayer de faire des choses, et tu seras moins, tu seras plus, ils m’ont dit, à Los Angeles, je crois que je peux… changer… je… crois… je…

Des tourbillons d’encre noir venaient et revenaient toujours plus brutalement dans les yeux d’Adam — ses mains tremblaient — et d’une voix soudainement plus lucide mais transie de peur il murmura :

— Salem… Je n’vois plus rien…

Et en effet, pour la seconde fois depuis qu’il avait remis les pieds dans son appartement, son regard paraissait ne pas parvenir à se fixer sur ce qui l’entourait.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Ven 22 Fév - 19:53

Il ne fallut pas longtemps à Salem pour comprendre que l’état d’Adam était bien plus désastreux qu’il ne l’avait cru au départ. Trop occupé à tenter de lui éviter l’hypothermie et l’hémorragie, il ne prêta d’abord que peu d’attention aux volutes de fumées qui se baladaient dans les yeux de son ancien compagnon. Mais dès qu’Adam se remit à parler, il comprit que ça allait être son principal problème. Stupéfait, Salem l’entendit dire qu’il croyait que Kevin serait là aussi, Kevin ? À New-York ? Dans leur appartement ? La clairvoyance du devin en avait prit un sacré coup, il n’aurait jamais imaginé une seconde qu’il puisse penser ça, le rival lui-même aurait sans doute trouvé l’idée saugrenue.

Avant qu’il n’ait pu amorcer une tentative d’explication, le devin se mit à tenir des propos bien plus inquiétants. L’ignoble sentiment d’impuissance qui l’avait si souvent prit lorsqu’il assistait à une crise d’Adam s’empara de lui à nouveau, avec une puissance jusque-là inédite. Non seulement il n’avait aucune idée de ce qu’il pouvait faire – et il doutait qu’il y ait quoique ce soit de plus que lorsqu’Adam s’écroulait simplement – mais en plus c’était entièrement sa faute, et il y avait urgence. Adam ne pouvait pas rester comme ça, s’il était dans cet état depuis sept jours, son épuisement et sa douleur devaient être extrêmes.

Sans y penser il se mit à chercher dans sa mémoire la moindre petite chose qui pourrait aider, mais une violente douleur lui transperça le crâne. En un instant son esprit fut envahi d’avions, de chiffres, d'images de Los Angeles, et la douleur s’intensifia encore. Salem ferma les yeux, elle s’appelait comment, déjà ? Kroster Fall ? Ce n’était pas Kroster Fall, l’important, c’était ce moment où Adam était passé par-dessus la cloison des toilettes pour l’aider. Il était beau, il avait ce calme et cette maîtrise, tout le contraire de lui à ce moment-là. Il l’avait aimé pour ça. Et puis, c’était le premier mutant qu’il ait vu, le premier New-Yorkais avec qui il se sentit proche, le premier garçon qui lui donna envie de tirer un trait sur son passé pour construire quelque chose qui n’appartiendrait qu’à eux.

L’image présente d’un Adam nettement moins rayonnant se recomposa devant lui alors qu’il parvenait à refluer le flot d’image hors de son esprit. Il mobilisa son énergie pour se pencher sur tout ce qu’Adam venait de lui dire, plutôt que sur tout ce qu’il avait pu voir, ce qui n’était pas si aisé pour lui.

« Tu ne vois plus… ? »

Un nœud se forma au creux de son ventre alors que la panique l’envahissait, mais ce n’était pas le moment, il devait être… comme Adam. Calme, sûr de ce qu’il faisait, comme lors de leur tout premier rendez-vous. Il se leva du canapé pour s’asseoir sur la table basse, en face du devin, et lui prendre la main.

« Ça va aller, tu es juste épuisé, je reste là, d'accord ? Qu'est-ce que tu as pris ? »

Salem espérait qu'il n'avait pas touché à un truc pas clair qui l'aurait mis dans cet état, les trafiquants, Adam connaissait bien mieux que lui, mais il devait aussi mieux connaître les ravages que ça causait. Il aurait aussi voulu rassurer son ancien fiancé sur ses sentiments, mais avait peur de ne pas être crédible après ce qu'il s'était passé. Cependant, il ne pouvait pas le laisser faire fausse route à ce point. Après une hésitation, il se lança, sans vraiment savoir comment formuler la chose.

« Je… t'aime ? Je ne sais pas si ces mots ont encore du sens venant de moi, mais c'est la vérité. Kevin a… une place particulière dans ma vie, on a vécus beaucoup de choses ensemble, et si tout ce que tu as vu de nous c'est des… câlins et des baisers, alors tu es très loin du compte. Mais de toute façon, tout ça c'est du passé. Je ne sors pas avec lui et je ne le ferais jamais. C'est avec toi que je veux être, même si je te mérite pas. »

Il s'interrompit et repoussa les mèches de cheveux trempées d'Adam pour observer ses yeux, les volutes noires s'y baladaient toujours et il n'avait aucun moyen de savoir si Adam était un peu revenu ou pas du tout.

« Tu es gelé, il faut au moins que tu mettes quelque chose de sec… »

À défaut d'oser le changer lui-même, Salem lui essuya les cheveux avec la serviette, tout en se disant qu'il faudrait aussi qu'il mange, qu'il dorme, qu'il s'aime. Ça n'était pas gagné.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Ven 22 Fév - 23:42

Necesitamos a veces
descender a la nada,
al casi nada de la nada,
alli donde de la nada
es una musica infinitesimal,
lo unico que se oye
cuando todo lo demas enmudece,
cuando el oido queda
completamente solo.
Roberto Juarroz, Duodecima Poesia Vertical, 37

***

Voilà qui était inédit. Il devenait aveugle — quelle ironie, tout de même. Mais n’était-ce pas le propre des voyants que de ne pas voir le monde tel qu’il était ? Tirésias n’était-il pas aveugle ? Et Homère lui-même ? Camoens avait perdu un œil. Francis Bacon, à moins que ce ne fût John Donne, il n’était plus certain. Ce n’était pas Ronsard, non, Ronsard était sourd. Un Anglais. Il n’arrivait plus à retrouver exactement le nom.

La vérité, c’était que le pouvoir d’Adam, pendant une longue décennie, n’avait pas beaucoup évolué. Il s’était déclaré, il avait été chaotique et puis il avait stagné, avec ses horreurs quotidiennes, ces semaines plus difficiles que d’autres, mais toujours, en gros, fidèle à lui-même. Depuis qu’il avait rencontré Salem cependant, le jeune homme traversait de nouvelles contrées ; il ne s’en était pas rendu compte d’abord, mais désormais les choses n’étaient que trop évidentes et il lui était bien impossible de leur échapper.

Alors que quelques secondes plus tôt à peine il avait repoussé Salem, sa main se referma instinctivement sur celle de son ami, tandis que son regard errait dans le vide. Ses pensées, qui venaient de lui échapper dans le plus grand désordre, s’étaient soudain concentrées avec lucidité et alors qu’il avait senti son cerveau s’encombrer, il lui semblait désormais que son esprit flottait dans le vide et que, comme ses yeux, il ne trouvait plus aucun objet sur lequel se fixer pour formuler quelque impression que ce fût.

Ce qu’il avait pris…


— …je ne me souviens pas… j’ai pris…

Il murmura d’une voix presque inaudible le seul mot qui lui vint à l’esprit :

— …l’avion…

Mais ce n’était pas exactement ce que Salem lui demandait, il en avait une conscience confuse. De la drogue, c’était ce qu’il voulait savoir. C’était le sens du regard compatissant et inquiet qu’Ulysses posait sur lui — non, pas Lys, cela, c’était avant, bien avant, dans les jours qui s’étaient écoulés avant le présent, c’était le regard de Salem — impossible de confondre, les deux hommes étaient beaucoup trop différents ; Ulysses était blond, Salem était brun, Ulysses avait couché avec la moitié de New York sans jamais cesser de l’aimer comme le seul être au monde qui en valût la peine et Salem n’avait couché qu’avec lui et en aimait un autre. Très différent.

D’ailleurs, Salem revenait à la charge. La seule chose qu’Adam comprenait, la seule chose qu’il entendait, c’était que Kevin avait une place particulière dans son existence, que sans doute, lui, il ne passait pas après la famille, qu’il était plus, beaucoup plus que des baisers et des câlins. Etait-ce cela que Salem croyait ? Qu’il lui en voulait pour des baisers ? Que sa jalousie était purement physique ? Quelle piètre idée il devait avoir de lui — sans doute l’avait-il mérité — il ne savait pas comment — mais d’une certaine manière, évidemment, il l’avait mérité.

Instinctivement, Adam retira sa main de celle de Salem, alors que la même nausée puissante s’emparait à nouveau de lui. Tout revenait : les mensonges, toutes les fois où Salem avait prétendu que Kevin était révolu et sans importance, tous les faux-semblants revenaient envelopper cette déclaration présente et lui ôter toute sa force. Des larmes roulèrent sur les joues d’Adam, qu’il s’empressa d’essuyer d’une main tremblante, sans se rendre compte que Salem lui séchait les cheveux.

Alors qu’il était demeuré inerte et silencieux pendant de longues secondes, Adam reprit la parole d’une voix calme et rêveuse, avec la syntaxe élaborée qu’il avait parfois, quand ses pensées profondes remontaient à la surface de son esprit, qu’il ne songeait plus à parler pour agir, vite, efficacement, mais qu’il se laissait aller à explorer la complexité de son âme — il ne l’avait presque jamais fait avec Salem, sans s’en rendre compte à vrai dire, simplement parce qu’il craignait, au fond de lui, que cet aspect de sa personne déplût à son compagnon, que l’adolescent ne le trouvât pas assez viril ou trop différent.


— Je ne me souviens pas très bien de mon enfance. À partir du moment où mon pouvoir s’est réveillé, ma mémoire est devenue… Lacunaire. Comme si mon propre passé n’avait plus d’importance. Je n’ai jamais vu des images du passé. J’ai tellement de mal à me souvenir, et les choses ne reviennent que par bribes. Ulysses, par exemple. Je sais ce qui s’est passé, la plupart du temps. Mais je ne me souviens pas, tu comprends. Je n’ai pas les sensations ou les images. Il y a des choses qui surnagent, mais elles sont rares.

Avec toi, c’est différent. Je ne sais pas pourquoi, mais avec toi, tout est différent. Mon pouvoir, mon esprit, la vie. Tout. Évidemment, maintenant, je me sens un peu idiot. J’ai l’impression d’être un adolescent qui s’est fait des idées. Je me souviens dans mon enfance que ma sœur me racontait une histoire, les détails m’échappent, mais en gros, c’était une jeune fille qui se sentait seule dans le monde, parce qu’elle était différente, pour une raison quelconque, je ne sais plus précisément, mais elle était différente, et solitaire. Un jour un garçon particulier vient la voir, il y a des péripéties, mais en somme il l’aime telle qu’elle est.

Je crois que ma sœur voulait que je m’identifie au garçon, pour que je sois galant, enfin compréhensif, avec les filles. Cette histoire m’a hanté, aujourd’hui j’ai perdu les détails, mais pendant longtemps je m’en suis souvenu. Je ne comprenais pas pourquoi. Il m’a fallu du temps quand j’étais plus jeune pour accepter. Les garçons. L’homosexualité. J’ai toujours détesté ce mot. J’ai toujours détesté le mot sexe aussi. Je ne sais pas exactement pourquoi. Bref, j’ai mis du temps à comprendre pourquoi l’histoire me plaisait et finalement, j’ai su que je m’identifiais à la fille.

Je me suis dit, comme ça, sans doute au fond de moi, sans me l’avouer, que j’avais envie qu’un garçon arrivât dans ma vie et me prît dans ses bras. J’avais envie de me sentir exceptionnel. Unique. C’était… incroyablement vaniteux de ma part, probablement. Ulysses a fait, tu sais. Si tu savais… C’était incroyable. J’avais l’impression d’être un dieu vivant. Mais moi… Il avait ses défauts, il avait tous ses problèmes, et je crois que je l’ai abandonné. Que je l’ai laissé tombé. Jamais je n’arriverai à me pardonner. Pas d’avoir rompu avec lui. Parce que je ne l’aimais pas. Je ne sais pas pourquoi. Mais jamais je ne me pardonnerai d’avoir coupé les ponts. Après tout ce qu’il a fait pour moi, c’était odieux de ma part. Je sais que parfois, je ne vois pas très clair…


Adam eut un sourire un peu amer et fit un vague geste de la main vers ses yeux toujours embrumés.

— C’est le moins qu’on puisse dire. Je sais que parfois, souvent, je me reproche beaucoup de choses qui ne sont pas de ma faute. Mais cela, objectivement, c’était odieux. Quand il m’a rencontré, Salem, j’étais… Mais j’étais comme ce soir. Comme ça tout le temps. Et lui, lui qui était presque aussi démoli que moi, lui qui n’a jamais dormi plus de quatre heures de suite depuis ses dix ans, lui qui aurait dû être paralysé par ses angoisses, il a serré les dents et il s’est occupé de moi, jour après jour, et moi, je l’ai abandonné à ses démons.

Jamais je ne pourrais me pardonner cela. Mais d’un autre côté, ce n’était pas lui, ce n’était pas le garçon de l’histoire. Parce qu’avec lui, je ne me sentais pas bien. Et puis toi, tu es arrivé. Toi, Salem. Tu étais… Tu étais parfait. Avec toi, j’avais l’impression que je pouvais devenir plus fort. Normal. Avec toi… Tout, mais tout était différent. J’ai eu l’impression de vivre mon histoire, j’ai eu l’impression que c’était enfin pour moi. J’avais… J’étais heureux. Je veux dire, bien entendu, il y avait tous les moments de crise, mais chaque jour, il y avait des instants, et ils étaient nombreux, où je regardais mon existence et où je me sentais heureux.

Maintenant, je songe à tout cela et je ne comprends pas. Je ne comprends pas comment j’ai pu me tromper à ce point. Je veux dire, je suis plutôt intelligent. Je crois. Un peu plus que la moyenne, en tout cas. Et je n’ai rien vu d’abord. Jenny, je n’y ai jamais vraiment repensé, par exemple. Même Kevin, au début, j’ai cru que ce serait vrai, que ce serait finalement sans importance. Maintenant, tu vois, je pense à toutes les fois où tu l’as appelé, ici, dans cet appartement, et puis je suis rentré, je ne sais pas, disons du travail, et tu m’as embrassé, mais quelques secondes avant, je n’existais pas, et tu l’aimais, et tu lui parlais.

J’ai tourné et retourné cela dans mon esprit depuis sept jours. J’ai essayé d’examiner le problème dans tous les sens. Pas tout le temps. La plupart du temps, j’étais juste… Je travaillais. Ou je me battais. Je crois que j’aime bien avoir mal, au fait. J’ai compris cela en passant. Souffrir, j’ai l’impression que ça me clarifie. Tu sais, comme quand on a fait une bêtise, qu’on nous gronde, et après, on est soulagé. Ou alors c’est parce que j’ai l’impression que je pourrais mourir et qu’alors, tout serait enfin fini. J’ai essayé de me forcer à avoir des visions d’un moment où tu me disais que tu m’aimais, et comme ça quelque chose exploserait dans mon cerveau et j’aurais été mort dans le passé. C’était une idée séduisante, mais ça n’a pas marché.

Mais ce n’est pas ce que je voulais dire. Ce que je voulais dire… Ce que je voulais dire, oui, c’était que j’y avais pensé. Et de quelque façon que je prenne les choses, je découvre de nouvelles raisons de souffrir. Je n’arrive plus à croire à rien de ce que j’ai vécu. C’est plus fort que moi, ça a instillé le doute dans notre passé. Par exemple, je n’arrive pas à me souvenir d’un moment où tu m’aurais dit une raison pour laquelle tu m’as aimé. Sans doute que c’est arrivé, mais je n’arrive pas. C’est perdu.

En revanche, je me souviens de la manière dont tu martèles l’importance du passé. Ta famille. Là, encore, à l’instant : tout ce que représente Kevin pour toi. Je ne comprends pas non plus. J’arrive, ici, et tu me parles de tout ce que Kevin représente pour toi. J’ai l’impression d’occuper une place minuscule dans ton cœur. Dans un coin. J’ai l’impression d’être à nouveau tout seul. Que tu m’as abandonné. Ce que tu as dit, Salem, c'est une chose. Mais la manière de le cacher puis la manière de le dire. C'était...

Tellement cruel.
Humiliant.

J’ai l’impression de ne plus exister. Et…


Adam s’interrompit, cligna des yeux et murmura :

— Tu sais quoi, c’est passé. Je vois à nouveau clair.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Sam 23 Fév - 11:42

[Non je n'ai pas oublié Ulysses et son rp trop trop adorable, ça arrive]

Salem faisait de son mieux pour écouter tout ce que lui disait Adam, mais les mots se mélangeaient dans sa tête. Le peu d'énergie qui lui restait fuyait dans ses tentatives pour comprendre ce que son ancien compagnon essayait de lui dire. Il y a avait l'histoire, il y avait Ulysses, il y avait tout le reste, mais que disait-il, au juste ? Il devait être trop pris par les détails pour le déterminer. Il y réfléchit encore après qu'Adam eut fini de parler, mais rien à faire, il ne trouvait pas le sens. Il souffla d'une voix faible, comme s'il osait à peine se remettre à parler.

« Je ne comprends pas, on dirait… »

Les larmes se remirent à couler, il les essuya de la manche avant de reprendre avec amertume.

« C'est toi qui me parles de lui, tu penses qu'après ce qu'il s'est passé j'allais revenir de Boston pour m'installer avec lui dans notre appartement ? Je sais que je suis horrible, que j'ai fais du mal à pleins de gens, mais que tu me trouves monstrueux à ce point… Tu crois qu'après Jenny, il s'est passé la même chose avec lui ? Ou même en même temps, soyons fous…
C'est vrai que je l'ai eu au téléphone, parfois. Il n'y a pas que lui, des fois, quand je vois des choses, ça me rappelle d'autres choses, qui me font penser à des gens que je connais. Alors des fois, je prends des nouvelles, j'aime bien… Mais c'est tout ce qu'il s'est passé, et si je te parle de lui c'est juste, pour que tu saches ce qu'il y avait vraiment. Je pensais que tu étais aussi venu pour ça.
»

Il se frotta les yeux, vérifia une énième fois que les volutes noires n'avaient pas repris leur place dans les yeux d'Adam, et s'il avait l'air d'aller mieux, même si cela signifiait qu'il le regarderait froidement.

« Mais à t'entendre, on dirait… je sais pas… c'est comme si j'avais le cœur gros comme un noyau d'olive et que je passais mon temps à en allouer l'espace. On dirait que si je vois mes amis, alors tu es forcément mis à l'écart, que si je pense à mon passé, alors notre futur n'a plus aucune importance. Je ne comprends pas.
Moi j'ai plutôt l'impression que chacun à sa place à part, ce que je ressens varie d'une personne à l'autre, voire d'un moment à l'autre. Kevin, finissons-en avec lui, Kevin est particulier, oui, je vais pas recommencer à mentir. On se connaît depuis toujours. j'ai perdu ma mère, j'ai eu des moments vraiment difficiles et puis on s'est retrouvés. Il allait mal aussi, mais on a essayé d'être heureux quand même et ça m'a sûrement sauvé la vie. Mais c'est du passé, parce que le plus beau, le plus fort, est dernière nous. Et ça n'a pas d'importance, pas d'influence sur toi et moi, je l'ai dis, je le pensais, je le pense toujours. Ça n'a pas d'importance. Ce n'est pas parce que je tiens à lui que je ne t'aime pas, loin de là. Ce que je ressens pour toi n'a rien voir, je ne l'ai jamais ressenti pour personne. Tu m'as donné envie de changer, d'avoir confiance en l'avenir, notre avenir, assez pour se lancer dans des projets que tout le monde trouvait fou.
»

Sa mine s'assombrit alors qu'il repensait à leur mariage qui devait sans doute sembler stupide au devin maintenant. Mais pas à lui.

« J'y crois encore, c'est sûrement naïf ou je ne sais quoi, mais je ne me vois pas d'autre avenir que le nôtre. Les jours que j'ai passés dans cet appartement vide me semblent… irréels. J'ai toujours l'impression d'être celui qui te protégera, je suis vraiment doué pour me voiler la face. »

Salem promena son regard éteint sur Adam, sans doute allait-il rapidement doucher ses espoirs, mais au moins, il avait dis la vérité. Puis il reprit comme si ça venait de lui traverser l'esprit.

« Se faire souffrir, c'est aussi bon pour mettre les choses au clair que fumer de l'herbe. Si tu crois que ça t'aide, c'est que t'es tellement au fond du trou que tu te raccrocherais à n'importe quoi.
Je te laisserais pas comme ça, tu pourrais me haïr du plus profond de ton âme que ça n'y changerais rien. Je ne te laisserais pas te détruire, je ne te laisserais pas en finir, je ne me le pardonnerais jamais… D'ailleurs on commence maintenant. Tu vas retrouver une température corporelle normale tout de suite, et tu vas avaler un truc aussi, au moins un moins un jus d'orange, tu as perdu 2,875 kilo… Je ne peux pas te parler sérieusement alors que tu es dans cet état, c'est pas possible. Debout.
»

Déterminé Salem se leva et lui attrapa le bras pour le traîner jusque dans la salle de bain, il lui apporta très vite après un de ses pantalons de jogging, un tee-shirt et un bon gros pull, et partit en refermant la porte. Ah, non mais c'est pas possible ces gens qui se balade trempé et torse nu avec le froid qu'il fait en ce moment – oui, il fait 5° degrés chez moi et je n'en peux plus, alors il se rhabille, point barre. Après quoi, plutôt que de se contenter d'un jus de fruit, Salem mit à cuire un seau de pâtes, les explications, c'était important, mais la santé de son ancien ami le préoccupait tout autant, sinon plus pour le moment, vu son état catastrophique. Il ne supportait pas ce spectacle.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Sam 23 Fév - 12:27

Salem ne comprenait pas et, à vrai dire, Adam non plus ; dans l’esprit affamé, épuisé et nerveux d’Adam, plus rien ne parvenait à trouver la moindre cohérence : les souffrances lointaines de son passé se mêlaient aux douleurs particulières des derniers jours et s’il voyait confusément que toute sa vie avait été, jusqu’à présent, une succession d’échecs, le jeune homme était incapable d’expliquer les curieux rapports que ses pensées nouaient entre tel ou tel événement.

Pendant des heures, le soir, à Los Angeles, quand il n’errait pas dans les rues et les parkings souterrains, il avait imaginé cette conversation, il avait écrit des lettres, il avait tenté d’articuler précisément ses idées et ses sentiments, souvent en songeant à Ulysses, au naturel désarmant avec lequel l’ange blond parvenait à se confier, simplement et lucidement, il avait tenté de prendre exemple, mais plus les jours passaient, plus le sommeil lui manquait et alors il ne parvenait plus à réfléchir.

Ce dont il était certain, c’était de sa culpabilité. Le présupposé en était fondamental. Il songeait parfois que Kevin et Salem n’avaient aucune chance ensemble, parce que ce qui plaisait à Kevin chez Salem, c’était précisément que l’adolescent demeurait inaccessible et fuyant, qu’alors il n’y avait aucun risque d’avoir à s’engager et à construire sérieusement une relation durable et qu’il suffisait de se complaire dans une posture romantique et tragique ; mais l’instant suivant, il trouvait que ces réflexions ne naissaient que de sa jalousie et il en venait à douter de son sens de la psychologie, de la mécanique même de son intelligence et alors son monde s’effondrait à nouveau.

Ce soir-là, en entendant Salem lui répondre, il crut entendre des accusations. Il fallait être Adam pour croire qu’on pût lui adresser des reproches dans un moment pareil et il fallait être Adam pour croire que ces reproches pussent être légitimes. Mais l’Asiatique avait bel et bien l’impression que Salem lui montrait combien il avait été stupide et égoïste, combien ses réactions avaient été puériles et combien son propre ressentiment était injustifié.

Rongé par un mélange inextricable de culpabilité, de jalousie, de colère, de déception, de tristesse, d’angoisse, […], d’espoir, de désir et de peur, le jeune homme se laissa à nouveau mollement manipulé, ce qui certes était fort inhabituel de sa part quand Salem s’approchait de lui, et d’un pas un peu titubant, il parvint à la salle de bain. Il suivit du regard Salem qui repartait, la porte qui se refermait et, les bras ballants, resta longtemps immobile devant le tas de vêtements.


— …je t’aime…

Il n’y avait personne à part les savons et les brosses à dents pour l’entendre. Sortant de son hébétude, Adam tourna le regard vers le miroir. L’image de son reflet lui serra le ventre. Les yeux rouges. Les contusions un peu partout. Les mains tremblantes. Les cheveux en bataille. Le jeune homme inspira profondément. Il ne pouvait pas se permettre de faiblir. Salem n’avait pas rongé le salon. C’était sans doute un signe aussi critique que lui prenant l’avion. Salem allait mal. Et il n’avait pas passé son existence à résoudre des problèmes insolubles pour s’arrêter à la porte de sa propre vie.

Lentement, il se débarrassa de ses vêtements trempés et enfila l’ensemble peu seyant, mais confortable et chaleureux que Salem lui avait choisi. Pendant de longues minutes encore, il resta debout dans la salle de bain, à s’observer, tentant de se remémorer tous les conseils d’Ulysses, cette espèce de guide incroyable que son ancien amant lui avait distillé jour après jour, que l’ange n’était jamais parvenu à appliquer lui-même, mais qui contenait les clés d’une vie saine. Tout cela lui semblait insurmontable, mais il tenta de se persuader de ne songer ni à ce qui avait précédé, ni à ce qui pouvait suivre. À chaque fois que la scène dans la chambre de Salem, à Boston, se présentait dans son esprit, il convoquait l’image des paquets de chips éparpillés dans le salon, plus sûr témoignage que quelque chose n’allait pas.


— Il est venu à New York. Il aurait pu rester à Boston. Il est venu à New York.

Après une nouvelle inspiration pour rassembler le peu de courage et de force qui lui restaient, Adam poussa la porte de la salle de bain et s’achemina vers la cuisine, ralentissant le pas à mesure qu’il approchait, que les larmes lui montaient à nouveau aux yeux et que l’obsédante pensée que Salem en aimait un autre s’imposait à lui. Heureusement pour nos deux héros, tous les couloirs ont une fin et, bientôt, le devin refit son apparition dans le chaos qu’était devenue la pièce à vivre.

Adam s’approcha de son ancien fiancé et, très timidement, prit la main de l’adolescent dans la sienne, pour en caresser le dos avec son pouce.


— …suis désolé… j’suis… une loque.

Les yeux noirs d’Adam, dépouillés enfin de toute distance et de toute froideur, se posèrent dans ceux de Salem, avant de revenir piteusement vers le sol.

— J’ai fait des choses vraiment stupides cette semaine, et tu vas m’en vouloir, et j’ai peur. Mais j’ai pas pris… de drogue. Juste, j’ai pas dormi, pas beaucoup, et mon pouvoir est complètement détraqué, et j’arrive plus à penser clairement. Je me souviens pas de la moitié de ce que j’viens de te dire. Et je suis pas sûr de comprendre la logique du reste.

Salem.

Cette semaine…

Cette semaine, je me suis battu plein de fois. Sans raison. Et… J’ai eu envie de… Je ne sais pas. Qu’on me fasse mal. Physiquement. Parce que c’était plus facile, je sais pas. Aussi, j’ai failli prendre de la drogue. Plusieurs fois. Et à chaque fois, c’était plus difficile de résister. Et puis… J’ai appelé Ulysses, un soir, et j’ai voulu le convaincre de revenir avec moi. Je voulais que quelqu’un me dise que j’étais merveilleux et qu’il resterait pour toujours avec moi. Il a dit non, sans hésiter, et s’il avait dit oui, je crois que j’aurais fait marche arrière, j’en suis presque complètement sûr, mais quand même, je l’ai appelé.

Y a autre chose. Je déteste Kevin. J’le déteste parce qu’il m’a jugé super vite, sans m’accorder le bénéfice du doute, et comme si j’étais une espèce de meuble que tu aurais acheté. Aussi parce que j’ai vu qu’il se sentait supérieur à moi, qu’il avait l’impression de mieux te connaître, de mieux te comprendre, et maintenant, je suis persuadé que c’est vrai, qu’il a raison, et je me sens nul, et coupable.

Salem.

Je sais pas quoi faire. J’arrive pas à… Réfléchir. Et… Je sais pas quoi faire. Je sais pas si tu t’en rends compte, mais la première solution qui m’est venu à l’esprit, c’est de ramper à tes pieds, et de te supplier de me reprendre, et de te dire d’inviter Kevin ici, de te mettre avec lui et de me garder sur le canapé, ou un truc comme ça. J’suis même pas entièrement sûr de pas avoir dit un truc comme ça, tout à l’heure. Et je sais pas, peut-être que tu pourrais être avec nous deux en même temps, peut-être que c’est pas inconcevable, et qu’on serait plus heureux, en tout cas toi, comme ça. Mais je me rends plus compte.

Salem.

J’me sens tellement coupable.
Je sais pas.
J’ai l’impression d’avoir tout gâché entre nous. Qu’il y avait une espèce de test et que j’étais pas à la hauteur. J’aurais dû… Te parler plus. Te faire parler plus. J’aurais dû être plus impressionnant. J’ai essayé d’être fort un peu tout le temps, parce que tu aimais ça, mais j’y suis pas arrivé. Je me suis montré trop fragile. Lui, Kevin, il a l’air de tout maîtriser tout le temps. Mais moi… moi… m…


La main d’Adam s’était relâchée autour de celle de Salem et à nouveau, le sang s’écoulait de son nez. Le jeune homme agrippa le rebord de l’évier et articula tant bien que mal :

— …ça va passer… désolé…


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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Sam 23 Fév - 18:01

Comme Ulysses, Salem regardait ses pâtes, ça se passe peut-être le même soir, d'ailleurs, et comme elles, ses pensées tourbillonnaient dans les flots bouillonnant – des pensées qui tourbillonnent comme des tagliatelles, ça démarre fort. Il s'en voulait de ne pas savoir s'exprimer comme il le faut, parce qu'effectivement, niveau formulation, il aurait pu trouver quelque chose d'un peu plus doux. Et puis balancer Adam dans le la salle de bain, ce n'était pas très correct non plus, et s'il s'évanouissait ? Après tout, il n'y a pas de volutes de fumée sans feu – oh non.

Adam lui paraissait si fragile en ce moment qu'il avait du mal à pardonner sa brusquerie pourtant assez habituelle. Il n'avait pas pensé à mal, en parlant, il voulait lui dire qu'il ne s'était rien passé avec Kevin, qu'il ne se passerait jamais rien et qu'il l'aimait passionnément, mais ce n'était pas ce qui ressortait de son discours. Il le regarda revenir vers lui, la mine basse, inquiet à l'idée d'aggraver malencontreusement la situation. Il le laissa caresser sa main – un peu comme Ulysses, donc – en l'écoutant. Cela lui fit mal d'apprendre tout ce qui lui était arrivé par sa faute, même s'il avait deviné que sa semaine avait été agitée en voyant ses bleus.

C'est alors qu'Adam manqua de s'écrouler, il l'agrippa pour le retenir, puis lui prit un bras et le passa autour de ses épaules afin de l'aider à se tenir debout.

« J'aurais dû te faire allonger… J'y ai pas réfléchis, je… prendrais le canapé cette nuit, tu seras au calme… »

Il conduisit laborieusement Adam jusqu'à leur chambre et le fit asseoir sur le lit, avant de tirer la couette et la lui rabattre jusqu'en haut du menton – ça allait le réchauffer, en plus, parfait. Après quoi il s'assit sur le bord et le regarda.

« Tu n'as rien à te reprocher, encore moins pour cette semaine. Tout est ma faute, tu as toujours été parfait avec moi. Je t'ai demandé de parler plus, et tu l'as fais, alors que je n'en ai pas été capable, et tu veux encore te sacrifier pour moi… Tu es tellement, tellement pur, tellement honnête, je ne comprends même pas comment j'ai pu en arriver à te faire subir ça. C'est à moi de changer, je ne veux plus mettre dans des états pareils, je voudrais être digne de ton amour. »

Il promena son regard sur le mur, il était décidé, il fallait qu'il change, quoiqu'il arrive, ou il détruirait Adam, c'était hors de question. Peut-être pouvait-il commencer par raconter sa fabuleuse semaine, laborieusement, Salem rassembla ses souvenirs.

« Cette semaine, j'ai un peu parlé de toi avec Kevin, quand tu es parti, mais je n'étais pas vraiment en état. Et puis il est parti aussi, et le lendemain j'ai pris le bus de 6h30, 27, il est était là à 27, non, à 32, mais on était 27 dedans, et tu n'étais plus là quand je suis revenu. Je suis allé chez Ivan, j'ai dormi chez lui cette nuit-là parce que tu n'étais pas là et je ne pouvais pas rester tout seul ici. C'est drôle, les chats étaient calmes avec lui, ils l'écoutaient, mais il est très fort avec les animaux, Ivan, il a 867 poissons, mais certains sont très petits, alors il peut en avoir beaucoup. Après, le lendemain, je suis allé à ton travail, et ils m'ont dit que tu étais parti, je voulais aller à Los Angeles, mais j'ai préféré économiser pour le garage. Je me suis dis qu'il valait mieux attendre la fin de la semaine pour essayer de te voir. Mais je te cherchais quand même, je pouvais pas m'en empêcher, avec les photos, celles du bureau, et puis celles de William, je ne sais pas pourquoi j'allais sur les lieux de ton enfance, je ne sais pas ce que ça m'a apporté, à part 1243 morceaux de verres, mais je suis allé en voir certains. Il faudra que je range ton bureau, et le reste, c'est un peu en désordre, c'est un peu fatiguant, je suis désolé. Et puis, il faut que tu dormes, et que tu manges, je vais chercher les pâtes, elles sont déjà trop cuites. »

Salem se leva un peu comme un automate et revint vite avec une assiette de pâtes et de knacki micro-ondés, et un verre de jus. Il se mit ensuite à rassembler les vêtements qui traînaient pour les mettre au sale.

« J'aimerais ne rien cacher, tu sais, mais c'est un peu dur, je passe mon temps à ne pas dire les choses. S'il y en avait moins, je pourrais, mais il y a des millions de choses que je dois dire pour ne rien cacher. Il y avait 211 personnes qui faisaient la queue aux caisses, hier, j'ai pris du chocolat, au cas où tu reviendrais, j'ai pris du gingembre aussi, mais tu n'en as jamais acheté, en fait. Les photos, il y avait quelque chose, il y avait un riffle et des morceaux de verres, et je comptais. C'est comme les 25 ballons du club, tu vois, pour moi ça changeait tout, parce que la veille, il y en avait 26, mais les autres s'en moquaient, pour eux ça ne faisait pas de différence. C'est ce qu'il faut que je dise, les choses qui font une différence, Kevin fait une différence, même si je ne le vois pas, même quand je n'y pense pas, il m'a fallu du temps pour m'en rendre compte. Mais je n'ai pas osé le dire. Il faut que je pense à ça. »

Il s'assit sur le lit les bras chargés de vêtements, et le regarda.

« Je vais m'améliorer, il faut que j'apprenne à dire les choses, à bien les dire. Je suis désolé, j'ai essayé de donner des détails, mais il manque des tonnes de trucs, je crois que c'était important. Repose-toi, pour l'instant, moi je vais ranger, ça va m'aider à mettre de l'ordre dans ma tête »
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Sam 23 Fév - 18:47

Pendant quelques instants, Adam se dit qu’il allait protester, se redresser et prendre un air serein, parce que s’il voulait vraiment incarner pour Salem le comble de la virilité et de la force, mieux valait commencer tout de suite. Après, il faudrait songer à s’engager à son tour dans l’armée, même si entre les évanouissements et l’homosexualité, ça n’allait pas être gagné. Au moins, il pouvait acheter un costume de militaire, dans un magasin de déstockage : peut-être que cela, ça plairait à Salem, suffisamment pour que Salem ne pensât pas, au moins pendant quelques minutes, à un autre homme.

Hélas, ce soir-là, ses postures héroïques étaient d’avance condamnées aux plus cuisants échecs et, quelque effort qu’il fît pour se remettre d’aplomb, il fût contraint d’abandonner un vain combat et de se laisser conduire jusqu’au lit, pour s’effondrer sans plus de protestation une fois que Salem eut tiré la couette. Il se redressa un peu, contre le coussin, pour n’avoir pas l’air complètement inutile, complètement dévasté par ce qui lui arrivait — même s’il ne savait pas, précisément, ce qui lui arrivait.

Hélas (encore !), il ne put non plus conserver son flegme légendaire quand Salem commença à lui parler et ses yeux noirs s’arrondirent un peu, avec une expression quelque peu enfantine que la fatigue ne lui permettait pas de dissimuler sous le vernis de la réserve masculine authentique, mais toujours passagère, qu’il adoptait d’ordinaire ; c’était que personne ne lui avait jamais dit qu’il était pur ou honnête. Ulysses avait trouvé d’autres compliments et le reste du monde s’était attardé beaucoup plus volontiers sur sa noirceur et sa froide violence que sur l’exacte moralité de son tempérament de ses actions.

Et s’il n’avait jamais vraiment entraîné Salem dans ses expéditions les plus délicates, là où il déployait toute sa panoplie de manipulations et de brutalités savamment dosées pour faire sauver une vie sans faire la moindre concession, s’il avait tenté de préserver l’adolescent de ce curieux univers de sang et de larmes dans lequel il avait passé sa jeunesse, il avait pleinement conscience que ses précautions n’avaient pas été parfaites et que trop souvent encore Salem s’était retrouvé dans des bars douteux, devant des garages de skinheads ou dans des entrepôts mal fréquentés par sa faute.

Avec un geste nerveux, Adam entreprit de dégager ses bras de la couette pour tendre la main vers Salem et le forcer à reconnaître qu’il avait détruit son existence et qu’il était le seul responsable de tous les malheurs qui tombaient sur eux, mais la curiosité retint son mouvement, car en effet cette semaine passée sans lui, il désirait en connaître le contenu — il l’avait imaginé, il s’était peint Salem à Boston avec Kevin, filant le parfait amour après quelques heures de superficielle culpabilité ou alors, dans ses moments d’espoir, il s’était représenté le jeune homme accablé de tristesse et alors, aussitôt, il s’était reproché comme une cruauté la consolation qu’il trouvait à cette perspective.

À chaque épisode du récit, et sans se soucier vraiment de la curieuse prolifération de détails qui parfois les accompagnait, Adam tentait de faire correspondre une image ; il découpait Ivan quelque part dans ses souvenirs et le collait au milieu d’un salon plein d’aquariums, avec ses chats. Il revoyait la caissière acariâtre de leur supermarché de prédilection. Parfois, la logique des actions de son ancien fiancé lui échappait et il se demandait, sans le vouloir, s’il n’avait pas affaire à un récit inventé de toute pièce et mal ficelé. Peut-être que Salem mentait ?

Mais les mutations avaient de rares avantages et le plus inattendu d’entre eux, c’était que dans l’état de délitement avancé où ils se trouvaient l’un et l’autre, elles ne leur laissaient plus guère la force de mentir et de dissimuler. Salem paraissait si désemparé que les doutes d’Adam furent éphémères et, bientôt, l’Asiatique recomposa la semaine qui s’était déroulé sans lui, mais avec lui partout, et sans Kevin. Le récit l’en laissa un peu méditatif. Salem n’avait pas beaucoup parlé de ses sentiments, mais Salem ne parlait jamais de ses sentiments. C’était en somme une discussion normale, l’une de leurs petites crises, qui tenait le milieu entre l’extraordinaire de leurs existences mutantes et le quotidien banal de tous les couples du monde. Cette pensée un instant rassura Adam.

Il attrapa l’assiette et d’une voix faible, murmura :


— Merci.

La suite du récit ne lui apporta pas une semblable consolation parce que, petit à petit, Adam avait la curieuse impression que Salem se cachait derrière son pouvoir. Tenter de lui faire croire que, s’il n’avait pas parlé de Kevin, ce n’était pas pour lui dissimuler un sentiment dont il se sentait coupable, comme il l’avait fait avec Jenny, mais parce que son pouvoir l’empêcher de distinguer entre ce qui était essentiel et ce qui relevait du détail, c’était une entreprise un peu osée aux yeux d’Adam.

Le jeune homme, qui avait commencé à manger, reposa son assiette.


— Hmm…

Non, il avait beau faire, il n’arrivait pas à se défaire de cette prouesse de sentiments paradoxale qui lui permettait à la fois d’en vouloir à Salem et de se sentir universellement coupable. Le sang se remit à battre violemment dans ses tempes, le monde recommença à vibrer autour de lui et, pour la énième fois ce soir-là, ses pensées se jetèrent les unes contre les autres pour se détruire. Il fallut puiser dans ses dernières ressources pour lâcher finalement d’une voix lointaine et un peu froide :

— Je vais dormir.

Il n’avait pas consolé Salem, il n’avait pas répondu à son histoire, il ne l’avait pas invité à le rejoindre dans le lit. De tout cela, il était parfaitement conscient. Etait-ce la fatigue ? La méfiance ? L’envie de punir son ami ? Il n’en était pas certain. Il ne pouvait pas dormir avec lui : c’était au-dessus de ses forces. Son esprit était plein des images de l’autre, du lit de Boston, des photographies sur les murs. Il ne pouvait pas répondre, parce qu’il ne parvenait plus à comprendre où passaient les lignes de faille dans les discours de Salem. Et sans doute n’avait-il plus entièrement confiance. Et il ne pouvait consoler, se sentant inconsolable.

Alors il posa l’assiette par terre, puisqu’aucun chat ne viendrait la piller, s’allongea pour de bon sur le lit, rabattit la couverture au-dessus de sa tête et ferma les yeux. Il attendit que Salem quittât la pièce pour commencer à pleurer, en tentant de sangloter aussi silencieusement que possible et bientôt la fatigue accumulée, qui avait atteint son paroxysme lorsqu’il avait décidé de frapper à la porte de son ancien appartement, eut raison de lui et il s’endormit d’un sommeil profond et sans rêve.

Ce fut donc un Adam beaucoup plus reposé qui le lendemain matin — pardon, le lendemain en début d’après-midi — pardon, le lendemain vers quinze heures ouvrit ses petites paupières bridées et posa ses petits yeux noirs sur le coussin qu’il avait serré dans ses bras pendant son sommeil. Il lui fallut quelques secondes, trente-sept pour parler salemien, pour comprendre en gros sa situation. Laborieusement, il repoussa la couette et se redressa pour s’asseoir sur le rebord du lit, avant de prendre la tête entre ses mains et de laisser ses pensées se remettre en ordre, ses souvenirs s’organiser et sa tristesse revenir. Mais au lieu de l’angoisse névrotique qui l’avait saisi invariablement tous les matins depuis sept jours, Adam se sentit envahi par une profonde mais calme mélancolie. C’était — une sorte d’amélioration. Supposait-il.

Bien sûr, entre la couette, le pull, le tee-shirt et la couverture, l’Asiatique qui, c’est un euphémisme, n’avait jamais été très frileux, avait connu une nuit un peu trop chaleureuse et, de bon matin, il se sentait un peu étouffé. Il retira le pull et examina ses bras — trop de bleus encore. Il secoua la tête, se releva, retomba sur le lit, se leva à nouveau, s’appuya contre le mur, localisa tant bien que mal la porte et entreprit de se transporter jusqu’au salon, découvrant à chaque pas que l’appartement avait recouvré son aspect original, chats en moins, et cette nouvelle constatation le réconforta un peu.

Arrivé dans le salon, il trouva sur le canapé un Salem endormi et d’une beauté à couper le souffle — comme d’habitude, objectivement. Un sourire attendri et triste s’installa sur les lèvres d’Adam. C’était dans cette tête et dans ce cœur que s’agitaient tous ses tourments, dans l’innommable désordre qu’étaient les pensées et les sentiments de Salem. Et en le regardant, Adam sentit dans son cœur un nouveau sursaut de son amour — et aussitôt, il s’empressa de convoquer l’image de Kevin, pour voir ce qui arrivait.

Il se sentit blessé, humilié, méprisé, mais pas rejeté. Alors il s’approcha du canapé, examina un peu le problème géométrique qui se présentait à lui et, avec le plus de discrétion possible, en songeant qu’il n’eût jamais cru qu’un entraînement intensif de sportif lui eût un jour servi à s’installer souplement sur un canapé, il s’allongea près de Salem, derrière lui, passa un bras autour de sa taille et posa une main sur son ventre.

Ainsi attendit-il sagement que le dormeur s’éveillât et, quand il le sentit frémir contre lui, il approcha les lèvres de son oreille, et le cœur battant, murmura :


— Je t’aime, Salem.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Sam 23 Fév - 22:55

Salem sortit de la chambre un peu hébété, il savait très bien que dans les moments de crise, il était très difficile de savoir ce qu'Adam pensait, mais le savoir ne rendait pas les choses plus faciles. Et puis, il s'en voulait, bien sûr, et n'était pas très convaincu pas sa tentative en matière de paroles. C'était un premier essai, mais bon, il allait devoir apprendre à trier, et probablement, quelques omissions et légers arrangements se baladaient encore dans ses discours, on ne change pas si vite. Mais il comptait bien s'améliorer.

Et puis, Adam était revenu, c'était quelque chose, tout de même, et peut-être que s'il restait, ce n'était pas uniquement parce qu'il ne pouvait pas mettre un pied devant l'autre, mais parce qu'il le voulait vraiment. Certes, il s'était un peu remit à faire la tête, sur la fin, mais c'était normal, il n'allait pas oublier si vite, peut-être même qu'il n'oublierait jamais. Salem mit les vêtements à laver, avec les affaires mouillées d'Adam, ça ferait une machine, parfait. Il faudrait qu'il parle de lui de façon plus personnelle aussi, sans doute, ce serait mieux, mais ça non plus il ne savait pas trop faire. Une chose de plus à apprendre.

Hoover ouvrit un œil quand l'adolescent se mit à aller et venir dans le salon, un sac poubelle à la main, ramassant les emballages, les jouets qui traînaient, les papiers. Faire le ménage était nettement plus facile que mettre de l'ordre dans sa tête, mais ça lui canalisait les idées, ça le calmait un peu. Après le salon et la cuisine, ce fut le tour du bureau, Salem y entra et son regard se posa sur la petite pile de documents qu'il avait laissé au début du rp, il fallait tout remettre à sa place, mais ce tas-là, il le posa sur le bureau. Puis il rangea tout méticuleusement, le moindre post-it, le moindre trombone retrouva sa place exacte. Cela lui prit pas mal de temps, ensuite, il vérifia les dernières pièces et puis, après une petite hésitation, entrouvrit la porte de la chambre.

Adam n'avait sans doute pas tardé à succomber au sommeil et maintenant, il dormait paisiblement. Salem percevait encore quelques données malgré la pénombre, il irait sans doute beaucoup mieux demain, en tout cas, il n'avait plus froid du tout. L'adolescent glissa silencieusement dans la pièce et ramassa l'assiette, mais il ne partit pas tout de suite. Il le contempla, l'écouta respirer et une furieuse envie de se blottir contre lui le prit. Mais il n'en avait pas le droit, Adam ne le voudrait pas, sans doute, il avait encore trop de rancœur. Salem n'aurait su dire combien de temps il resta là, silencieux, mais la fatigue et la douleur eurent finalement raison de lui. Fourbu, il se traîna jusqu'à la cuisine et lava l'assiette dans leur super évier qui ne se bouche pas une fois sur deux, puis il se prit une couverture et un coussin pour s'installer sur le canapé. Il crut d'abord qu'il ne dormirait pas, de peur de se réveiller à nouveaux dans un appartement vide, comme ça avait été le cas toute la semaine. Mais il s'effondra d'épuisement en quelques minutes.

C'est un mouvement contre lui qui le tira de son sommeil, non pas que les capacités de ninja d'Adam soient à remettre en cause, mais s'imbriquer discrètement sur un bout de canapé, ce n'était pas évident. Un tout petit moment après, Salem se mit donc à bouger, et constata qu'il était appuyé contre quelque chose de chaud et de musclé. Avant qu'un frisson ne le parcourut entièrement quand il sentit un souffle dans son cou et que de délicieux mots d'amour parvinrent à son oreille. Ses yeux s'ouvrirent en grands, il ne pensa même pas à calculer l'heure – il était tard – trop occupé qu'il était à fixer le devin avec des yeux ronds, l'air de se demander s'il était vraiment réveillé. Puis les larmes lui montèrent aux yeux, et il dit précipitamment, comme s'il avait passé la nuit là-dessus.

« J'aurais dû te le dire, on aurait dû en parler seuls, j'ai pas d'excuse, je suis… Je t'aime. »

Il le dévora des yeux un moment, comme s'il ne l'avait pas vu depuis dix ans et que sa beauté dépassait celle d'Ulysses – ce qui est le cas, de son point de vue. Puis ajouta.

« Tu as l'air d'aller beaucoup mieux, je suis rassuré, mais tu dois mourir de faim, non ? Il n'y pas grand-chose pour faire de vrai repas, mais pour le petit déjeuner, ça devrait aller. Et tu es beau. »

Salem resta immobile un instant, puis approcha sa main de son visage et l'effleura, l'air de tâter le terrain pour voir s'il était autorisé à avoir ce genre de gestes, puis il se rapprocha. Timidement, ses lèvres effleurèrent les siennes, son cœur battait fort, il avait rêvé de revivre ces moments nombre de fois durant la semaine. Prit dans son élan, il joignit sa langue pour approfondir le baiser, en mourant d'envie de rester ainsi pendant des heures (et Adam revit les 150 baisers qu'il avait donné à Kevin et le poussa au bas du canapé, ouille).
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Sam 23 Fév - 23:30

Ses talents de ninja ne seraient décidément reconnus à leur juste valeur qu’après sa mort — et le fait que, selon ses visions, elle fût toujours plus ou moins proche n’était, il est vrai, qu’une médiocre consolation. Adam relâcha un peu son étreinte pour laisser Salem se retourner et, en posant les yeux dans ceux de son ancien fiancé, il regretta de n’être pas capable de lui sourire avec la même tranquillité qu’il l’avait fait tant et tant de fois, quand ils s’étaient réveillés l’un près de l’autre dans leur lit commun, commun, que dis-je ? conjugal, presque.

Il força malgré tout un sourire un peu pâle et timide qui disparut une demi-seconde plus tard et quand Salem reprit ses excuses de la veille, ses paupières se fermèrent pour ne pas avoir à regarder l’adolescent dans les yeux. Il avait beau se sentir mieux, plus calme, reposé, capable de penser presque clairement, la nuit n’avait pas fait disparaître comme par magie les sinistres réflexions qui l’avaient préoccupé pendant toute une semaine et si elle les avait débarrassées de leurs scories les plus injustifiées, elle les avait aussi rendues à la pureté de leur horreur.

Alors s’il ne bougea pas quand la main de Salem vint effleurer son visage, s’il laissa même l’adolescent poser ses lèvres contre les siennes, malgré tout, ce fut sans conviction qu’il les entrouvrit pour laisser Salem approfondir le baiser ; et quand il se rendit compte qu’il se forçait, par une soumission automatique que les expériences passées avaient enfermée dans les profondeurs de son caractère, il rompit aussitôt ce baiser dangereux qui l’engageait précisément sur la route qu’il s’était promis d’éviter, pour ne pas foncer à nouveau droit dans le mur.

Il rouvrit les yeux la peur au ventre, craignant de voir le visage de Salem, qui sans doute serait attristé par sa réaction. Il se força cependant et, pour prouver à son compagnon que tout n’était pas définitivement perdu, il resserra un peu plus son étreinte. Sans lui laisser le temps de parler, soit pour s’excuser encore, soit pour s’enfuir, Adam murmura :


— Je suis désolé, mon cœur. Je n’arrive pas à… Faire complètement abstraction. Pas tout de suite. Je voudrais qu’on parle d’abord. Pas comme hier. Calmement, tu sais. Je veux pas te perdre et je veux pas… je sais pas trop comment dire ? à chaque fois qu’on se dispute, après, on… enfin tu sais… on parle un peu, mais surtout, on…

Adam rougit et marmonna d’un air embarrassé :

— …on fait des trucs…

Et indubitablement, l’expression « se réconcilier sur l’oreille » (ou dans la douche, ou sur le canapé, ou sur la table, ou par terre, ou n’importe où vraiment — ces jeunes !) avait été pour eux pleine de sens.

— Et c’est très bien, je veux dire, très agréable, et… J’ai toujours envie de faire des trucs avec toi. Je crois. Pas là. Pas maintenant. Mais dans l’absolu, je te trouve toujours… Beau. Et séduisant. Mais on parle jamais vraiment, de nos problèmes. Jamais à fond. On a laissé plein de choses s’entasser. Et j’ai toujours eu peur d’en reparler après. Que ça te fasse fuir, ou que ça gâche nos bons moments. Mais maintenant, j’ai juste peur de plus jamais avoir de bons moments si on discute pas. Alors… Voilà. Je veux parler. Je veux pas partir, je veux pas qu’on arrête de se voir, je veux pas vivre chez mon frère, je veux que tu me touches, et que tu me parles, et ce que j’ai dit, chez toi, c’était idiot. Je te veux.

Et… Mine de rien, cette semaine, j’ai réfléchi à plein de trucs. Les trois quarts du temps, j’étais complètement décalé, mais j’ai réfléchi. Et il y a des choses que je peux mieux expliquer, je crois. Et des choses que je veux savoir. Je sais pas si ça résoudra tout. La vérité, c’est que je t’en veux, et que j’ai plus totalement confiance en toi, que j’ai encore moins confiance en moi. Et je sais pas trop comment résoudre tout ça. Mais on va le résoudre. Parce que j’peux pas rester sans toi. La vie serait juste stupide, sinon.


Bon, certes, les larmes lui étaient montées aux yeux, et décidément il trouvait qu’il pleurait beaucoup pour quelqu’un qui devait être l’exemple de la virilité, mais après tout, il ne s’en était pas trop mal tiré. Tout le reste serait beaucoup plus difficile et lui qui n’avait pas l’habitude de parler de lui, ni de réfléchir à son propre cas, ne se sentait pas vraiment à la hauteur du défi, mais si la semaine passée lui avait prouvé une chose, c’était qu’il y avait une addiction dont il ne parviendrait pas à se sevrer et que cette addiction s’appelait Salem.

Adam déposa un baiser sur le front de Salem avant d’y déposer le sien.


— Écoute, ce que je te propose, c’est que tu ailles… Je sais pas. Te laver. Te changer. T’as dormi avec tes vêtements d’hier. Et pendant ce temps, je prépare quelque chose à petit-déjeuner. Je vais faire des pancakes, par exemple. Et s’il manque un truc, j’irai l’acheter. Et je reviendrai. Je vais pas m’enfuir. Ensuite, on mange et on parle. En fait, c’est pas une proposition. C’est une directive.

Adam se redressa sur le canapé et laissa échapper malgré lui un gémissement de douleur — la fatigue, les courbatures, les contusions, tout cela n’avait pas été sans laisser de traces et maintenant qu’il ne planait plus sur son propre épuisement, il commençait à ressentir les effets de sa semaine chaotique. Il se releva malgré tout, prit la main de Salem et l’entraîna vers la salle de bain.

— Fais couler ton eau chaude, je vais te chercher des vêtements.

Il s’éclipsa un bref instant pour revenir avec ce qui lui avait paru le plus confortable ; pour aujourd’hui, Salem serait contraint d’abandonner sa fashion attitude. Adam déposa les vêtements sur le rebord de l’évier et posa à nouveau son regard sur l’adolescent. Malgré lui, une profonde tristesse s’empara de ses yeux et ce fut avec un sourire fantomatique qu’il sortit de la salle de bain en refermant la porte derrière lui, pour se diriger vers la cuisine.

Il y avait de la farine — parce qu’évidemment, en son absence, Salem n’avait pas eu une envie urgente de faire des gâteaux — du lait (pour les chats, essentiellement) et des œufs. Adam se mit donc au travail en écoutant couler et, à nouveau seul avec lui-même, il ne put s’empêcher de tourner et de retourner dans son esprit, comme il l’avait fait tant de fois, la scène où Salem avait avoué son amour à Kevin et dont il avait été un silencieux et impuissant spectateur.

Ses mains s’immobilisèrent et son regard se perdit dans le vide — bientôt les larmes revinrent, cette fois-ci nombreuses, suivies par les sanglots. Dans la salle de bain, l’eau arrêta de couler, Adam retint son souffle et s’empressa d’essuyer ses joues et ses yeux du revers de la main — sa main qui avait recommencé à trembler. Il posa les deux mains bien à plat sur le plan de travail et les fixa. Pour les calmer.

Après une minute d’intense concentration, il reprit le fouet (de cuisine) et recommença à battre la pâte, comme si de rien n’était.

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Dim 24 Fév - 15:17

Salem baissa tristement les yeux après qu'Adam ai interrompu le baiser, il s'était attendu à une pareille réaction. Il l'avait craint, mais maintenant au moins il connaissait les limites de leur nouvelle relation. Sentant une fois de plus une boule douloureuse enfler dans sa gorge, il hocha la tête tandis que le devin explicitait un peu son refus. Il avait beau comprendre, cela n'arrangeait en rien sa tristesse. La suite la fit grandir un peu plus, Adam s'exprimait enfin, sur ce qu'il attendait, et ce qu'il ne voulait pas, il osait enfin dire ce qu'il ressentait sans avoir peur de le perdre. Salem avait toujours voulu ça, mais il ne put s'empêcher de se dire qu'ils auraient pu en arriver à ce résultat autrement. Enfin, c'était trop tard.

Il y avait une raison pour laquelle Salem n'avait jamais très sérieusement cherché à pousser Adam à prendre les devants. Le confort. L'adolescent avait été dans une position très confortable ces derniers mois, aimé qu'il était par un compagnon dévoué qui le regardait comme s'il était la septième merveille du monde – oui, la septième, ça m'est venu comme ça, Salem détrône le phare d’Alexandrie et puis c'est tout – qui ne lui imposait jamais rien et ne se plaignait pas. Il avait le beau rôle et pas vraiment de raison d'abandonner ses privilèges, pas quand tout allait bien. Mais la donne avait changée, et ces petites choses qu'il aurait volontiers qualifiées de parfaitement normales et légitimes dans n'importe quel autre couple, le mettaient dans une position inconfortable, il fallait évoluer (comme moi et mes accords, j'ai bien dû passer cinq minutes sur cette phrase, dis-moi si je me suis fais avoir par ce foutu féminin-pluriel, s'il-te-plais, que je me tape la tête contre un mur).

Comme il avait commencé à le remarquer, le changement, ça n'était pas trop pour lui au final, et particulièrement quand il y avait l'amour d'Adam à la clé. Maintenant qu'il avait perdu sa confiance, il craignait qu'un faux pas le fasse chuter plus bas. Cette conversation importante qui l'attendait le stressa immédiatement, d'autant plus qu'il connaissait ses faibles performances en la matière, mais enfin, il ne pouvait que reconnaître qu'elle était nécessaire.

Salem eut l'impression de revoir Adam au cours de leurs expéditions-sauvetage, quand il se mit à lui donner des ordres. Sauf qu'en mission, il n'avait jamais trouvé cela étrange, Adam s'y connaissait mieux que lui et savait prendre les bonnes décisions. Dans le calme de leur logis, par contre, les choses lui paraissaient moins légitimes. Le devin voulait l'éloigner quelques minutes, sans qu'il sache pourquoi, et bien qu'il se soit montré très rassurant, il avait quand même un peu peur de ne plus le revoir ensuite. Salem ne se sentait cependant ni le droit, ni la force d'aller contre ces directives, ni même de formuler le moindre commentaire. Il se contenta de baisser à nouveau les yeux.

« D'accord… »

C'est sans grande conviction qu'il se leva, relevant les yeux vers son ami en l'entendant gémir, avant de les baisser à nouveau. Une fois dans la salle de bain, il se regarda dans le miroir, tandis qu'Adam repartait, et se trouva une mine affreuse. C'était à se demander comment son camarade pouvait encore vouloir de lui. Heureusement, le devin lui offrit rapidement un nouveau sujet de lamentations, il revint avec dans les mains les vêtements qu'il entassait tout en bas de son armoire. Ça, c'était ce qu'il mettait pour aller faire du jogging, du skate, bricoler ou faire le ménage. Pour ne pas salir ses beaux vêtements, en somme, ce n'est certainement pas ce qu'il aurait choisit pour reconquérir le cœur de son fiancé. D'une voix où transparaissait largement son embarras, il tenta.

« Heu… je ne pourrais pas… Non, non rien. »

Salem se détourna à nouveau, l'air confus. Il n'était pas en hypothermie, il tenait sur ses jambes, il pouvait très bien choisir ses vêtements et aller dans la salle de bain sans qu'on l'y traîne, mais la nouvelle et calme autorité d'Adam eut à nouveau raison de lui. Il le laissa repartir et resta planté là, devant le tas de vêtement. Si l'adolescent avait mis l'appartement dans un état désastreux au cours de la semaine – même si le désastre était tout de même bien moindre comparé à ce que d'autres auraient pu faire, Salem restait Salem – son style, lui, était demeuré sensiblement identique, peut-être même encore plus soigné, les longues minutes passées à s'arranger les cheveux étaient autant de minutes de moins pour s'abandonner à sa détresse. Et puis, il se sentait mieux, avec une belle coiffure, de beaux vêtements, de belles chaussures, de belles choses, il se sentait plus sûr de lui, plus intéressant pour les autres. Il fut presque tenté de garder ses vêtements de la veille, mais sans doute Adam trouverait cette attitude ridicule, aussi se résigna-t-il finalement à les abandonner.

La douche ne lui apporta guère plus de réconfort que la chaleur de l'eau, il se sentait vide, misérable et tellement apeuré qu'il n'était pas sûr d'avoir la force de sortir de là pour d'affronter la froide colère d'Adam. Parce qu'Adam, était en colère, il lui en voulait, il n'avait plus peur de le lui dire. Salem aurait dû en avoir l'habitude, ce n'était pas la première fois, il avait un don pour se mettre les gens à dos, et c'était toujours de sa faute, mais il s'évertuait à reproduire les mêmes erreurs. Maintenant, même Adam qui avait toujours été un ange avec lui, le punissait. Parce que c'était pour ça, finalement, qu'il venait de le mettre à l'écart, ou alors pour se donner quelques minutes et réfléchir à la meilleure façon de le cuisiner. Il ne l'aimait plus comme avant, alors ce n'était peut-être pas impossible. Frénétiquement, ses doigts se mirent à parcourir la peau de son avant-bras gauche, enfin, plutôt frotter, ou gratter, avec les ongles, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas autant désiré oublier ses angoisses, ne serait-ce qu'un instant. Si tu crois que ça t'aide, c'est que t'es tellement au fond du trou que tu te raccrocherais à n'importe quoi. Alors raccroche-toi à moi, plutôt.

L'image du Kevin adolescent qui l'avait surprit avec sa paire de ciseaux s'imposa à lui et il s'arrêta net, sortit de la douche, s'enroula dans une serviette et fondit en larmes. Ses souvenirs lui donnaient la nausée, et l'angoisse l'étouffa de plus belle. Est-ce qu'il devait dire à Adam qu'il avait emprunté une des répliques de son pire rival, la veille ? Est-ce que c'était grave ? Il n'avait pas pensé à mal, la souffrance du devin lui avait rappelé la sienne et ce souvenir avait surgit du flot perpétuel de ses pensées, c'était probablement un détail, mais il n'en était complètement sûr. Et ce qu'il venait de faire ? Il n'avait rien fais, à son bras, au final, il avait juste stressé pour rien comme il ne cessait de le faire depuis sa dispute avec Adam. Ce n'était rien, il fallait juste qu'il se calme.

Salem s'habilla finalement avec les haillons qu'on lui avait donnés, et ne s'attarda pas devant son reflet absolument immonde, mais qui montrait bien l'intérieur de son âme. Il se retint d'arranger au moins ses cheveux, se disant que ça n'y changerait pas grand-chose, et sortit après s'être un peu calmé, en triturant nerveusement son portable. S'il contenait tant bien que mal ses larmes, ses yeux rougis et ses reniflements trahissaient que la douche n'avait pas été très sereine. Il s'approcha de son compagnon retrouvé mais inaccessible et le regarda faire un instant, sans lever les yeux vers lui, puis il demanda d'une voix mal assurée.

« Tu veux un coup de main ? Je… je vais mettre la table… »

Silencieusement, Salem se mit à sortir les assiettes, les jus, les confitures, il sortit absolument tout ce qui pouvait servir pour leur petit-déjeuner, même ce dont ils n'avaient jamais eu besoin quand ils mangeaient des pancakes – il n'était probablement pas nécessaire de sortir les trois bouteilles de sodas et les deux jus de fruits du frigo, ni la totalité des yaourts. Quand il eut finit, on aurait pu croire qu'ils organisaient une grande fête et que tous les voisins étaient invités, si on omettait la mine sombre de Salem, qui s'était assis devant la table bien remplie et contemplait toutes ces choses d'un œil morne en grignotant une poignée de bretzels magiquement apparue devant lui.

« Tu pourrais être obligé de retourner à Los Angeles ? Pour… je ne sais pas, si tu as commencé à faire des choses là-bas… »

Il jeta un coup d'œil à Adam, il voulait essayer d'avoir une conversation à peu près normale, mais la simple évocation de Los Angeles lui faisait mal au cœur. Refusant de laisser le silence s'installer, il lança ensuite autre chose.

« J'ai pas gaspillé d'argent, cette semaine, je suis sûr que je peux continuer. C'est pas si dur, en fait, faut juste penser à ce qui a vraiment de la valeur, et le reste paraît moins important. Les chats, tu leurs a manqué, tu sais, mais comme il était tard, hier, ils étaient endormis. Je me demande ce qu'ils font, d'ailleurs, je ne les ai pas encore vu. »

Ses bretzels avalés, il se mit à taper nerveusement des doigts sur la table, il avait aussi épuisé ses sujets de conversations et plus aucunes échappatoires ne lui venait. Il jeta un bref coup d'œil à Adam avant de baisser à nouveau les yeux.

« Tu… voulais parler, je crois. »

Ça y est, Adam allait lui répéter qu'il n'avait plus confiance, qu'Ulysses était bien plus sincère, qu'il était détestable, qu'il ne lui pardonnerait jamais, qu'il avait intérêt à changer ou il le quitterait. Salem en était persuadé, après tout c'est ce qu'il se dirait, à sa place. Les larmes lui montèrent aux yeux et avant qu'Adam ait pu parler, il demanda d'une toute petite voix.

« Est-ce que… on est toujours fiancés ? »
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Dim 24 Fév - 16:55

Toujours dans le même sens : c’était ça le secret. Toujours dans le même sens, avec une cuiller en bois plutôt qu’un fouet métallique… Et voilà. C’était son erreur : il n’utilisait pas une cuiller en bois. À nouveau, Adam se mit à pleurer, parce que c’était vraiment catastrophique : il avait utilisé un fouet métallique et très probablement, les pancakes seraient ratés, et Salem devait avoir déjà mangé de meilleurs pancakes avec Kevin, à un moment ou un autre de leur longue, riche et heureux relation. Est-ce qu’ils avaient des cuillers en bois, ici ? L’Asiatique se mit à fouiller fébrilement les tiroirs, en sanglotant comme un pauvre diable.

Mais à quelques mètres derrière lui, dans le couloir, il entendit la porte de la salle de bain se rouvrir. Il se figea aussitôt, tout à fait paniqué, et essaya de ravaler ses larmes le plus rapidement possibles, non sans s’enfoncer au passage profondément les ongles dans la paume de la main — hélas comme ils étaient coupés court, ce n’était pas aussi efficace qu’une bonne raclée. Alors il se mordit la lèvre violemment, et les larmes arrêtèrent de couler, pour être remplacées par un mince filet de sang, qu’il s’empressa de faire disparaître avec un bout d’essuie-tout, précipité in extremis dans la poubelle quand Salem fit son apparition.

Il avait sans doute les yeux rouges cependant, alors il fallait s’arranger pour que, au moins pendant quelques secondes, Salem ne pût pas les voir. Adam resta donc tourné vers le plan de travail, le regard obstinément fixé sur sa pâte qu’il recommençait à battre lentement et d’une main tremblante et, sans rien dire, de peur que le ton de sa voix trahît que le calme olympien dont il était presque parvenu à faire preuve devant Salem n’était qu’une façade, il hocha la tête quand son compagnon lui proposa de mettre la table.

Ce ne fut que lorsque tous les pancakes furent cuits et déposés sur une assiette, dans une pile digne des meilleures publicités pour sirop d’érable, que le cuisinier se retourna pour découvrir l’amoncellement de garnitures sur la table. Il resta interdit d’abord, l’assiette dans la maison, pendant que son regard parcourait les yaourts, les bouteilles, les confitures, les pâtes à tartiner, puis ses yeux se posèrent sur Salem et son cœur, aussitôt, se serra. Qu’il n’était pas le seul à souffrir, il s’en doutait bien, mais cet étrange spectacle le gravait dans son esprit — et éveillait à nouveau son sentiment de culpabilité.

Il posa l’assiette devant la table et s’assit en face de Salem, qui entreprit de faire la conversation. Jamais sans doute Adam n’avait vu son ami dans cet état — il l’avait vu en train de fuir, de se mettre en colère pour détourner l’attention ou de s’effondrer devant une difficulté de leur couple, mais jamais il ne l’avait vu en train de tenter d’être fort au milieu de sa faiblesse ; il avait l’impression de voir un naufragé dans le canot de sauvetage troué laisserait passer l’eau et qui écopait désespérément de ses mains.

L’ultime question de Salem l’acheva. Les larmes revinrent, elles recommencèrent à couler et Adam murmura :


— Je ne sais pas…

La question ne l’avait pas encore effleuré et elle se présentait désormais dans toute sa cruauté.

— Me regarde pas comme ça. J’suis pas ton juge. C’pas à moi de décider.

Non, ce n’était pas la bonne méthode, ce n’était pas ce qu’il s’était promis de faire en se levant. Adam essuya pour la énième fois ses larmes, prit une profonde inspiration et se leva soudainement, pour prendre sa chaise, faire le tour de la table, la poser à côté de Salem et s’asseoir tout près de son ami. Il tendit le cou et déposa un chaste baiser sur la joue de l’adolescent avant de murmurer :

— Je suis là…

Le jeune homme passa un bras autour des épaules de son ami — les pancakes attendraient.

— J’aime bien quand tu es habillé comme ça, tu sais. Parce que ça me rappelle quand tu répares des trucs, et du coup, c’est viril. Et puis… C’est aussi que tu ne mets ça qu’ici. Quand personne ne peut te voir à part moi. Et du coup, je me sens à part. Et ça me fait plaisir. Je vais te préparer un pancake.

Adam retira son bras et, d’une main décidément toujours tremblante, attrapa un pancake et entreprit de l’enduire de Nutella.

— Je peux pas répondre à ta question, parce que je sais pas quoi faire. J’ai essayé de réfléchir pour être sûr de pouvoir t’expliquer. Alors, voilà. Tu sais que mon pouvoir… Hm. Tu sais qu’il m’a rendu moins sensible à certaines choses. Aux traumatismes. Et souvent, j’ai eu peur qu’il me rende insensible au reste. Aux émotions en général. Quand je me suis rendu compte que j’étais pas amoureux d’Ulysses, j’ai eu l’impression d’être cinglé. Parce qu’objectivement, c’était parfait. Je veux dire, ce n’était pas trop parfait, c’était aussi super dramatique, et du coup, il y avait toutes les raisons de s’attacher. Et du coup, j’ai cru que c’était fini, que ça ne m’arriverait jamais.

Et toi, tu es arrivé. Au début, j’étais pas trop sûr. Mais après, Salem, c’est devenu merveilleux. C’était un tel soulagement. Et même là, bon, je sais, on a l’air de deux junkies ravagés, mais même là, maintenant, je t’aime tellement que… que… Je sais pas. C’est juste immense. Là, étaler le Nutella sur ton pancake, je me sens important. Parce que c’est ton pancake. Alors, je sais pas, t’as sans doute peur de moi, de mes réactions, parce que je suis… parce que les gens ont peur de moi, ou ils se méfient de moi, parce que je suis, comment dire, sombre d’une certaine manière, et violent, aussi, d’une certaine manière, mais Salem… Pas avec toi. Jamais avec toi. Ce qui nous arrive, là, ça change rien à ça.


Il déposa le pancake sur l’assiette de Salem : une bonne chose de faite.

— Maintenant, je suis complètement perdu. Y a un truc, je crois, qu’il faut que je souligne. Je m’en suis rendu compte l’autre jour. Quelque chose de très important : quand j’étais petit, je jouais dehors, surtout.

Il fallut manifestement quelques secondes à Adam, qui avait entrepris d’examiner les confitures, pour se rendre compte que cette constatation si fondamentale méritait peut-être une ou deux explications.

— Euh, oui… Pardon. Je jouais dehors et après, mon pouvoir s’est déclaré. Et j’ai jamais vraiment eu accès à des histoires. Du coup, tu as conscience que j’ai jamais regardé une série pour adolescents, jamais vu une comédie romantique, jamais lu un manga, jamais lu un roman avec une histoire d’amour. Rien, nulle part. Je sais pas ce que c’est, une histoire d’amour. J’ai pas vraiment des amis avec qui je peux parler de ce genre de choses. J’ai pas de point de comparaison. Je veux dire, bien sûr, c’est pas spécifique à l’amour. Y a plein de situations dans lesquelles je sens que je manque de quelque chose. Avec les gens. Vous, vous baignez dans les histoires, vous ne vous rendez pas compte qu’elles vous ont appris plein de trucs. Qu’elles vous ont donné les codes. Mais pour moi, c’est toujours un peu… nouveau. Et bizarre.

Et là, je sais pas ce qui m’arrive. Je peux aller regarder « jalousie » dans une encyclopédie de psychologie, mais franchement, c’est pas pareil qu’avoir lu des romans. Je sais pas à quel point je suis lucide. Je sais pas à quel point je souffre. Si ça va continuer longtemps. Si c’est normal. Je suis perdu. Là, par exemple, je crois que selon certaines personnes, je suis censé vouloir déménager, ou qu’on reprenne les choses à zéro, un truc comme ça. Mais la vérité, c’est que tout à l’heure, je voudrais qu’on aille faire les courses ensemble, que je voudrais que ce soir on dorme ensemble, et des trucs comme ça.

Mais tu vois, du coup, je me dis : c’est peut-être une erreur. Peut-être que je ne fais pas les choses comme il faut. Peut-être que j’ai fait plein d’erreurs avant. Et y a plein de choses dont je ne suis plus très sûr. Par exemple, tu m’as dit très vite que tu m’aimais. Très tôt. Est-ce que ça aurait dû m’inquiéter ? Est-ce que j’aurais dû me méfier ? Est-ce que j’aurais dû au contraire répondre plus facilement et parce que je l’ai pas fait, tu as été déçu par moi ? J’ai l’impression que mes sentiments sont puissants et que tu les comprends, mais peut-être qu’à l’inverse, t’as l’impression que je suis froid avec toi. Que je te donne pas assez d’affection.

Et euh…


Adam s’interrompit un peu soudainement et son regard se perdit dans le vide. Il battit des paupières pour retenir ses larmes, inspira profondément et tenta de poursuivre aussi calmement que possible :

— Et… du coup… Je comprends toujours pas. Ce qui s’est passé chez toi. Je ne sais pas ce que j’étais censé faire. Tu es amoureux de Kevin. C’est ce que tu as dit. Je ne comprends pas comment tu peux être amoureux de lui et de moi en même temps. J’ai pas l’impression que ce soit possible. Alors, si c’est pas possible, maintenant que tu l’as revu, tu regrettes peut-être d’être avec moi. Et en même temps, tu vois, j’en sais rien. Je suis pas vraiment une référence. Ça se trouve, c’est tout à fait possible. Et alors, du coup, forcément, il y a des choses qui… des conséquences… des…

Adam fronça les sourcils, comme s’il avait perdu le fil de sa pensée. Son regard se promena d’un air désoeuvré sur la table puis soudain, il parut revenir à lui et se rendre compte que ses mains avaient recommencé à trembler. Il les cacha sous la table et reprit :

— Je veux dire, c’est assez simple. Moi, je suis amoureux de toi et je sais que je ne pourrais pas me passer de toi. Sinon, je suis malheureux. Toi, tu es amoureux de lui, alors logiquement, tu ne dois pas pouvoir te passer de lui. Sinon, tu vas être malheureux. Donc tu as été malheureux avec moi pendant des mois. Et si on ne fait rien, tu seras malheureux le reste du temps. Alors, si tu es amoureux de lui et de moi, pour que tu sois heureux, il faut que tu sois avec lui et moi en même temps. D’ailleurs, tes parents le connaissent déjà et…

À nouveau, il s’interrompit, de toute évidence catastrophé par une révélation.

— Qu’est-ce que… qu’est-ce qui s’est passé, après mon départ ? Tes parents, ils ont dit quoi ? Déjà qu’ils me détestaient avant, maintenant, ça doit être pire… Alors que ta mère, de toute évidence, elle aime beaucoup Kevin.

Un trait de famille, sans doute.

— C’est fou, tous les gens qui t’entourent, ils te disent de te méfier de moi…

Adam tourna les yeux vers Salem et, avec un sourire cette fois-ci pur et authentique, il murmura :

— Heureusement, t’en fais qu’à ta tête.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Lun 25 Fév - 18:58

Salem resta choqué, la réponse d'Adam lui était tombé dessus comme un couperet et il se sentit en un instant accablé de chagrin, il baissa vivement les yeux dès qu'Adam parla de son regard et ses larmes se remirent à couler de plus belles. Il lui fallut faire tous les efforts du monde pour ne pas désespérer complètement. Adam était là quand même, tout n'étais pas perdu, c'est ce qu'il fallait se dire. Il leva des yeux de petit garçon vers lui quand Adam parla de ses vêtements, savoir que son ami aimait le voir ainsi n'était pas vraiment le détail qui allait illuminer sa journée, mais ça restait rassurant, Adam aimait encore le regarder et son choix ne venait d'une envie de le punir en lui enlevant ses précieuses affaires – maintenant il s'en voulait un peu d'avoir pensé ça, même pour trois minutes, Adam n'avait rien de commun avec papa Hamilton et sa clique.

Il le regarda ensuite étaler le nutella en écouta ses explications. La conversation n'avait rien à voir avec ce qu'il avait crains au départ. Ils étaient perdus tous les deux, c'était certain, mais les choses ne semblaient pas si irréparables, en écoutant Adam. Pour quelqu'un de sombre et inquiétant, il avait des paroles plutôt rassurantes.

« Je n'ai pas peur de toi… »

La suite le fit cependant plisser les yeux, comment ça, il jouait dehors ? Là, quelque chose lui échappait totalement, il allait demander, Adam ne semblant pas voir le problème, quand celui-ci se décida finalement à s'expliquer. Le devin avait déjà abordé ce problème, et Salem commençait à se demander si ce n'était pas un peu pour ça que son compagnon avait toujours l'impression de ne pas faire les choses comme il fallait, ou que les autres étaient toujours plus doué que lui dans les relations humaines, ce qui n'était pas vraiment le cas, selon lui. Ensuite vinrent les questions plus concrètes, l'incident du week-end dernier, ce qu'il s'était passé ensuite, ce qu'il voulait faire maintenant. C'était la partie difficile, et surtout, c'était à son tour de parler, maintenant – ça promettait d'être casse-gueule. Il reposa son pancake, dans lequel il avait mordu parce que, quand même, c'était Adam qu'il le lui avait tartiné. Et il resta un moment silencieux, parce qu'il ne savait pas vraiment par où commencer. Peut-être par parler des autres, c'était plus simple.

« Mes parents ne te détestent pas, loin de là, je leur ai dis qu'on s'était disputé et que tu étais parti. Ils étaient désolés, pour nous deux, tu sais, je crois que… même Kevin… »

Il s'interrompit un instant et se passa une main dans ses cheveux.

« J'ai vraiment pas envie de parler de lui, mais je veux pas que… que tu t'imagines qu'il est meilleur que toi, qu'avec lui c'est parfait ou je ne sais quoi… sauf que je ne voudrais pas non plus que tu te compares à lui, il n'y a rien à comparer, je t'assure, c'est trop différent et y'a pas d'explications logique. En tout cas, si ça peux te rassurer, je crois pas que beaucoup de gens connaissent des histoires semblables à ce qui nous arrive. »

Ça, c'est sûr.

« Moi, j'en connais pas, et puis les histoires, ça n'a pas que du bon, les gens ne se servent pas forcément des codes pour mieux se comprendre, ou interagir, mais aussi pour tromper, et parfois ils se trompent à cause d'elles. Toi, tu as cette sincérité toute simple… ça te rends tellement… charmant. »

Salem évita le "adorable" pour préserver la virilité de son homme, charmant, c'est bien, ça fait prince. Il eut un regard un regard un peu rêveur, avant de se rendre compte qu'il avait oublié le principal sujet de son début de monologue, et de perdre le semblant de sourire qu'il venait d'avoir.

« Je ne sais pas vraiment comment expliquer… On oscille quelque part entre l’amitié et… autre chose. J’ai pas besoin de l’avoir près de moi, je pense pas à lui en permanence, c’est pas du tout comme avec toi. Toi, ça me rendrais fou de ne pas te voir. C'est pour ça que je ne trouvais pas ça important, surtout que je ne le voyais plus depuis un bout de temps. Mais plus j’y réfléchissais, plus j’étais forcé d’admettre que c’était pas un simple ami. Pourtant ça ne change rien, je ne me vois toujours pas avec lui. »

Il se tut une seconde avant de le regarder avec tristesse.

« En tous les cas je suis vraiment désolé de la manière dont les choses ce sont passées. J’ai vraiment fais n’importe quoi, ta réaction était… justifiée, tu n’as rien à te reprocher. »

Contrairement à lui, Salem prenait peu à peu conscience de ce qu’il lui faisait subir. Doucement, sa main attrapa celle d’Adam qui tremblait sous table, et il le regarda.

« Tu as toujours été merveilleux avec moi, tous les moments qu’on a passé ensemble, ils étaient parfaits. Je… je veux pas te perdre, je pourrais pas me passer de cette vie qu’on a, c’est vraiment le pire qui puisse arriver. Je t’aime. »
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Lun 25 Fév - 20:21

Adam se voyait très mal assurer à Salem qu’ils allaient le lendemain même choisir les nappes de leur mariage, alors qu’ils avaient passé une semaine loin de l’autre, sans savoir s’ils se reverraient et que lui-même ignorait tout à fait la situation dans laquelle il se trouvait, ce qu’il était censé faire et ce que Salem désirait. La crainte de n’être que la solution de facilité dans l’existence de l’adolescent, la stabilité choisie un peu par défaut, lui faisait regarder ces fiançailles avec la plus grande des suspicions et il se rendait qu’il n’y avait peut-être pas, pour lui, de sujet plus douloureux que celui-là.

Mais ce qui le préoccupait surtout, pour l’heure, c’était de comprendre : comprendre ce qui se tramait dans le cœur et l’esprit de son compagnon, comprendre ce que le monde attendait de lui, comprendre ce qui était légitime dans ses propres sentiments. L’Asiatique nageait dans le brouillard le plus épais et tout cela, du début à la fin, lui était inconnu. Ulysses lui avait bien, par le passé, expliqué certaines choses, mais jamais il n’en était arrivé à aborder l’éventualité que son fiancé de dix-huit ans pût être amoureux de son ami d’enfance qui n’était pas un ami mais un petit-ami, mais en réalité pas vraiment, tout en était amoureux, mais très différemment, de lui. Étrangement, le sujet n’avait jamais été abordé.

Alors il y avait dans l’attention qu’Adam prêtait à Salem quelque chose de presque enfantin, comme si le mutant brisé qui venait de reposer son pancake de Nutella et qui, de son propre aveu, errer dans son existence au petit hasard, devait lui offrir une sagesse longtemps cherchée sur un problème complexe qui avait mis son intelligence en défaut. Parce qu’Adam était beaucoup fâché qu’il n’avait peur ; c’était la peur surtout qui l’avait tenu éloigné et si la jalousie et l’humiliation avaient guidé sa première réaction, depuis, il n’avait su que prendre la mesure de son abandon.

Quand Salem eut fini de parler, Adam resta longtemps silencieux et pensif, mais il était difficile de croire que son mutisme était le signe d’une quelconque hostilité, parce que sous la table sa main s’était précipitée dans celle de Salem et qu’en quelques secondes, ses tremblements avaient été apaisés ; depuis, le pouce du jeune homme avait repris une tendresse caresse et, quelque tristesse qu’il y eût dans l’atmosphère de cet étrange et tardif petit-déjeuner, il y régnait désormais une sorte de douceur.

Au bout d’un moment, Adam répéta d’une voix songeuse :


— Ça te rendrait fou de pas m’voir…

Cela, c’était une différence nette et bien solide sur laquelle il pouvait bâtir. Parce que, de toute évidence, Salem n’avait pas été complètement fou ces derniers mois en l’absence de Kevin. Il y avait une distinction et, en songeant à nouveau à l’état de l’appartement la veille, en songeant aux larmes si nombreuses et si pressantes de son compagnon, Adam ne pouvait que mesurer l’ampleur d’une affection qui ne souffrait la comparaison avec aucune autre.

Un sourire un peu timide s’installa sur son visage et il murmura encore :


— C’est bien…

Quand il se rendit compte qu’il avait l’air de suggérer que la souffrance de Salem pouvait être pour lui, en de certaines circonstances, un plaisir, il releva brusquement les yeux pour les poser sur son compagnon et se précipita dans l’une de ses fameuses séances d’explications-rattrapages :

— Enfin non, c’pas c’que j’veux dire, c’est pas bien, j’veux pas que tu sois malheureux, ni fou, ni… Je sais pas. C’est juste, je vois ce que tu veux dire et… Je comprends mieux. Un peu. Je sais pas. Ça me rassure un peu. Ou ça me flatte. Les deux. Ça me rassure et ça me flatte. Et… C’est bien. Que ça me rassure. Pas que tu puisses souffrir. Voilà.

Il sourit à nouveau, en se sentant un peu idiot, et baissa les yeux pour regarder leurs mains unies, mais sur le trajet son regard fût arrêté par l’avant-bras rougi de Salem. Aussitôt, sa main libre vint caresser avec autant de douceur que possible la peau maltraitée de l’adolescent. Il était bien placé pour comprendre la logique tordue que cachaient de semblables gestes et, loin de chercher à expliquer ce que Salem savait très bien, qu’il était inutile de se faire du mal, il murmura :

— Je suis content d’être ici avec toi, Salem. Moi non plus, je pourrais pas vivre sans toi. Je ne veux pas partir, jamais. Je veux rester avec toi. Je suis pas… Je suis pas vraiment fâché, tu sais. Un peu, peut-être, à cause de la manière dont tu t’y es pris pour dire les choses. Mais ça… Qu’est-ce que tu veux, c’est passé, c’est de la maladresse, je sais pas. Peu importe. Je peux pas t’en vouloir pour tes sentiments. Ou ton passé. Je serais très mal placé pour en vouloir à quelqu’un de son passé, pas vrai ?

J’ai peur, c’est tout. Et je suis… jaloux. Je suppose. Tout ça, ça va passer. J’ai déjà un peu moins peur. J’ai encore des questions. Et des suggestions. Mais j’ai un peu moins peur. Et la jalousie… Je sais pas. On verra. Ça doit pas t’empêcher de… De l’appeler. De lui parler. Ce sera sans doute super angoissant pour moi, au début. Mais si tu fais pas ce que tu veux, j’aurais horriblement peur que tout soit détruit, et je préfère encore une jalousie passagère à un risque véritable.


Dire qu’il lui avait semblé, la veille encore, que rien ne pourrait être sauvé et que Salem et lui mèneraient désormais des vies entièrement séparées. Mais le drame ne survivait pas au spectacle de son ami et certainement pas à des paroles qui n’avaient que peu à voir avec les discours catastrophistes qu’il s’était tenu pendant des jours, où il avait imaginé Salem lui avouer qu’il n’avait jamais aimé que Kevin, qu’il comptait faire sa vie avec lui et que toute cette histoire lui avait ouvert les yeux sur la fadeur de leur relation à eux.

Tout en continuant à caresser (très chastement) Salem, Adam réfléchit pour tenter de bien cerner les questions qu’il lui fallait poser. Tout cela n’était pas simple : passer d’une semaine au désespoir le plus profond à l’idée que leur relation repartait sur ses rails, avec ses heurts et ses cahots, mais repartait tout de même, et qu’ils étaient en train de prendre leur petit-déjeuner en se tenant la main, était un changement et un soulagement trop puissants pour lui laisser l’entière maîtrise de ses facultés.


— Tu sens bon…

Ce n’était pas vraiment le problème. Adam prit son pancake et en mâchonna un morceau pour se redonner un peu de temps pour réfléchir et reprit finalement la parole :

— Voilà. Je voudrais qu’on se parle, un peu plus. Des trucs… Je sais pas. Sur nos sentiments, par exemple. L’un pour l’autre, mais aussi en général. Kevin, j’ai bien vu, il avait l’impression que je ne te connaissais pas. Que je n’étais pas légitime. Et d’une certaine façon, il a pas tout à fait tort. Et ça… Ça, ça me terrifie. Alors, voilà, je voudrais qu’on essaye de se parler plus. Et que, par exemple, une fois par jour, on dise quelque chose sur nous. N’importe quoi. Ça peut être trivial. Mais une information, tu vois. Je veux…

Son sourire s’effaça et, sur la peau de Salem, ses doigts se figèrent. D’une voix bien moins assurée, il reprit :

— Je vous ai vu souvent… quand vous étiez plus jeunes et… Enfin, tu sais, avec un air de confidence et… Tu vois, je voudrais bien… quelque chose de pareil… si c’était possible… si tu veux bien…

Bon, il n’était pas loin de recommencer à pleurer et, de toute évidence, si les progrès étaient sensibles, le bonheur n’était pas encore parfait. Ce fut du même ton timide et presque craintif qu’il acheva :

— Et aussi, j’aimerais bien que tu me dises... que tu me dises pourquoi tu m’aimes… Parce que, tu sais, à Boston, tu avais l’air de dire que c’était parce que j’étais stable. Qu’on avait un quotidien. Et hm… C’est pas… C’est pas très…

Adam rougit et avoua honteusement :

— …romantique.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Mar 26 Fév - 22:29

Salem était toujours un peu tendu, d’une certaine façon, parler de ses sentiments faisait quand même du bien. Ce n’était probablement pas plus facile à entendre pour Adam que ce n’était facile à avouer pour lui, mais au moins, cela éclaircissait un peu les choses. Il n’était finalement pas fâché de ce petit déjeuner de seize heures. Le timide sourire de son compagnon le fit légèrement sourire aussi, tandis qu’il entrelaçait doucement ses doigts avec les siens. Son sourire s’affermit encore lorsqu’Adam commença à se perdre dans son rattrapage, il était si adorable que Salem dû se faire violence pour résister à l’envie de l’embrasser à nouveau.

« J’avais compris, amour, t’inquiète pas. »

Salem baissa un instant les yeux quand il sentit la main d’Adam remonter sur son bras et caresser la peau qu'il avait malmenée plus tôt. Il eut un moment envie de chercher une explication à ce geste que, sans doute, son ami avait deviné. Mais il n’en trouva pas vraiment, il n’était pas sûr qu'il y ait une logique facilement explicable là-dedans, de toute façon. Pendant quelques secondes, il avait juste oublié qu’ils pouvaient être à nouveau bien, tous les deux. La suite rendit encore ses yeux un peu humides, mais cette fois-ci, c’était à cause du soulagement, son compagnon n’allait pas l’abandonner, tout cassé qu’il était, avec tous ses défauts, son manque total de tact et son insupportable Kevin. Si ça, ce n’était pas une énorme preuve d’amour, il ne savait pas ce que c’était.

La requête d’Adam lui parut légitime, c’est vrai qu’ils savaient peu de choses l'un de l’autre, au final, il hocha la tête en se mettant déjà à chercher ce qu’il pourrait lui dire, sans trop savoir d’abord, car il avait surtout envie d’en savoir plus sur Adam. En tout cas, il ne pouvait malheureusement qu’admettre que son ami d’enfance en savait beaucoup sur lui. D’abord parce qu’il était présent durant une bonne partie des moments graves ou important de sa vie, ensuite parce qu’il l’avait connu avant et au début de l’apparition de son pouvoir, quand il n’avait pas appris à faire le tri dans sa tête avant de parler, et où il était très bavard, trop même, et puis…
Est-ce qu’Adam venait de dire, en gros, qu’ils les avaient vus pour se cacher pour s’enlacer ou se chuchoter des secrets pendants des heures ? Ou alors se lancer des sourires complices lorsqu’ils savaient qu’ils pensaient les mêmes choses ? Ou la fois où ils s’étaient baignés nus dans la piscine des Hermann et qu’ils avaient dû s’enfuir à cause du doberman et…
C’était quand même un peu stressant d’être en couple avec un devin, mais enfin, il n’avait rien, rien à lui cacher. Mais quand même, en une semaine, il avait dû en voir, des choses, peut-être même cette fois là, où ils avaient…

Il continua un moment son introspection à la fois très gênante et très douloureuse, car Adam avait vu tout ça après leur dispute, après qu'il ait avoué aimer Kevin de la pire façon possible. Il n'osait imaginer le chagrin qui avait accablé son homme toute cette semaine, et qui le poursuivait encore. Cependant, Adam lui donna encore de quoi réfléchir avec une question qui demandait tout de même réflexion, pourquoi l'aimait-il ? Il resta songeur un instant.

« Tu es stable, oui, c'est une des raisons. »

Ce n'était certes pas la seule, il n'avait pas commencé à sortir avec lui après avoir détecté son aura de stabilité. Il se mit donc à chercher tout ce qui avait pu le pousser de leur première rencontre à sa demande de fiançailles, et même jusqu'à aujourd'hui.

« Tu es beau, je crois que c'est quand l'une des premières choses qui m'a faite t'aimer. Tu es même… sexy… »

Il baissa un peu les yeux, ah bah, s'il faut tout mettre sur la table, hein.

« Tu es intelligent, tu m’impressionnes souvent et tu m'apprends pleins de trucs… que j'oublie, des fois, mais je fais pas exprès. Tu es pur, un peu comme si tu étais innocent, même si tu ne l'es pas, en fait. Tu… tu sens bon, aussi, tu parles bien, tu fais pleins de trucs adorables, mais aussi pleins de trucs un virils. J'adore la tête que tu fais quand je dis que je vais jeter ta voiture ou que je te surprends à faire des papouilles aux chats. J'aime bien que tu sois boxer, aussi, mais je déteste quand tu prends des coups. J'adore te regarder dormir, bon je te trouve aussi trop mignon quand tu te réveilles le matin même si je devrais pas, parce que je sais que ton pouvoir, il est pas facile. J'aime savoir que tu veilles sur moi, j'aime aussi quand je peux veiller sur toi, un peu. J'aime comment tu m'embrasses, j'aime comment tu me touches, j'aime qu'on sorte ensemble, j'aime qu'on joue ensemble, j'aime comment tu me prends contre toi quand je vais pas bien, comment on se cache sous la couette certain soirs. J'aime quand tu me regardes avec ces yeux-là, j'ai l'impression d'être unique, grâce à toi, je me sens vraiment bien. Malgré ce qui nous arrive, si je regarde en arrière, je ne me suis jamais senti aussi bien de toute ma vie, et c'est grâce à toi… Je… Je… »

Salem lui jeta un regard désespéré.

« Il manque encore pleins de trucs… »
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Mar 26 Fév - 23:05

Que les choses soient absolument claires : Adam ne faisait pas de papouilles aux chats. Il avait juste lu quelque part que les animaux avaient besoin d’attention et c’était en quelque sorte par sens des responsabilités, voilà, par sens du devoir que, de temps en temps, et pas plus de trois fois par jour, il en attrapait un pour le gratter derrière l’oreille, sous le menton ou sur le ventre et lui parler d’un air tout attendri. Mais vraiment, lui, personnellement, croyez-le bien, cela ne le concernait pas.

Parce qu’Adam était tout de même, la plupart du temps, un modèle de virilité. Entre son affection pour sa voiture, sa passion pour les sports les plus divers, sa passion plus pressante encore pour la politique, son indifférence de façade pour les vêtements doublée d’une angoisse bien réelle d’être séduisant, son air perpétuel de tranquillité solide, sa propension à prendre en charge tous les problèmes du monde, le jeune homme avait parfois des allures d’incarnation de la masculinité.

Mais à Boston, Salem avait présenté les choses de manière bien moins flatteuse. Certes, Adam avait été évanoui pendant l’essentiel de la conversation durant laquelle son fiancé faisait part à Kevin de sa passion pour les chaussettes à ranger dans le panier à linge, mais son pouvoir s’était très tôt chargé de lui livrer la scène sous différents angles et l’Asiatique avait senti son cœur se serrer en songeant qu’il n’était que cela, le summum de la banalité et peut-être un stéréotype ambulant, tandis que Kevin, et à nouveau ses visions lui avaient abondamment fait comprendre cet aspect de la situation, tandis que Kevin, donc, était un être complexe et attachant, qui entretenait avec Salem, depuis des années, une relation riche et fertile.

La liste que lui proposait désormais Salem avait définitivement beaucoup plus de charme que la peinture sinistre de leur quotidien qu’il avait brossé à Kevin et, si un esprit plus tordu, le mien par exemple, se fût demandé si Salem n’avait pas cherché à dévaloriser leur relation aux yeux de Kevin en la présentant sous un jour si peu avantageux, Adam, lui, était trop content de voir vanter tous les aspects de son comportement pour songer à chercher la petite bête et ce qui le touchait le plus, bien entendu, c’était l’idée que Salem pût le trouver pur, comme si la déclaration de son compagnon lui offrait une salvation inespérée.

Et Adam, qui avait été persuadé pendant toute une semaine d’être, aux yeux de son ex-ancien compagnon, un exemple de fadeur et d’inintérêt, Adam qui avait été persuadé, depuis des années, d’être l’incarnation des horreurs du monde qui traversaient quotidiennement dans son esprit, senti dans ces paroles qui n’avaient jamais été prononcées par Salem et jamais prononcées par personne dans un moment où il eût été si capable de les comprendre, la révélation d’une existence apaisée, dont il comprenait que, si elle ne pouvait être immédiate, elle était du moins possible.

Des larmes coulèrent silencieusement sur ses joues, nées d’une émotion profonde où le bonheur se mêlait à la tristesse et il interrompit les excuses de Salem d’une voix douce :


— Merci.

Ulysses et William n’avaient pas eu tort, sans doute, et dans son abattement des derniers jours, il avait trouvé une souffrance plus profonde et plus authentique que celle qu’il avait longtemps connue dans sa première jeunesse, parce qu’alors l’avaient abandonné même les logiques malsaines qui, à l’époque, avaient servi à le pousser d’un jour à l’autre ; dans sa douleur, Adam n’avait trouvé pas cherché le soulagement dans la drogue, ni dans l’affection violente d’un étranger et la brutalité des combats n’avait fait aucun intermède dans son trouble.

Pour la première fois de son existence, il avait souffert avec pureté et il avait été capable de tourner un regard lucide vers sa souffrance ; les longues explications qu’il offrait à Salem depuis leur réveil, qui avaient si peu de rapport avec l’obscurité ordinaire dans laquelle il s’enveloppait pour son propre regard, témoignaient de la révolution qui s’était opérée en lui, lui qui n’avait jamais osé sonder les méandres de ses propres sentiments et qui, pour mesurer la perte de Salem, avait exploré les moindres recoins de son âme.

Il était ressorti anéanti et libéré de cette étrange catabase, et revenu enfin à la lumière, ce jour-là, dans leur appartement, devant leur table gargantuesque, il goûtait pour la première fois à la pureté d’un bonheur véritable, parce qu’il avait subi l’épreuve de la plus grande des incompréhensions. Il glissa sa main libre dans les cheveux de Salem, jusqu’à sa nuque, pour l’attirer vers lui et l’embrasser ; dans ce baiser, il n’y avait plus la moindre réticence, ni la moindre nausée, il n’y avait aucun retrait ni aucune privation, aucune méfiance, aucune amertume.

Leurs lèvres se détachèrent et il posa son front contre le sien.


— Bien sûr.

Comme à son ordinaire, il eut besoin de quelques secondes pour comprendre que son pouvoir venait de mélanger le temps ; il avait répondu à une question lointaine déjà de plusieurs dizaines de minutes. Il reprit :

— Bien sûr qu’on est toujours fiancés.



Cordova-Tenseï.


Et alors que leurs noms mêlés résonnaient encore dans la pièce avec la tendresse fascinée que la voix d’Adam leur avait communiquée, une première goutte de sang s’écrasa sur la cuisse de Salem, bientôt suivie par une seconde.

La voix soudain troublée du devin murmura :


— Je m’sens… je…

Saigner du nez c’était une chose, pleurer des larmes de sang, c’était tout de suite beaucoup plus inquiétant et si ça faisait classe dans les mangas, dans la vraie vie, cela avait quelque chose de bien sinistre. Quand en plus les yeux qui pleurent se remplissent d’une ombre noire, les choses commencent décidément trop à ressembler à un film d’horreur pour qu’on profite du spectacle.

De toute évidence, Adam avait une vision. Mais, contrairement à son habitude, il ne s’était pas évanoui. Il resta là, sagement assis sur sa chaise, la main crispée sur celle de Salem, immobile comme le marbre, si ce n’était ses lèvres qui formaient des paroles tout à fait inaudibles. Ses yeux avaient cessé de pleurer mais, de temps à autre, sa main tressaillait. Brusquement, après cinq minutes, ses yeux s’éclaircir ; le mutant papillonna des paupières et promena autour de lui un regard un peu perturbé.


— Eh bien voilà qui est inédit…

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Jeu 28 Fév - 22:20

Évidemment, il fallait y penser, le petit effronté d'auteur d'Adam s'est sentit obligé de mettre son grain de sel dans l'épaisse couches de compliments sucrés que j'ai pris le temps de taper envers et contre tout. Mais personne n'est dupe, si Salem était un terrible calculateur psychopathe, ça se saurait – certes, il calcule beaucoup, mais tout de même. Et puisque maintenant, on se dit tout, voilà l'explication : Salem n'est pas sadique, non, monsieur. Il n'a pas plus envie de tracer un portrait glorieux de Kevin à Adam que d'étaler ses sentiments pour son fiancé devant son meilleur-ami-mais-pas-tout-à-fait. Et vu les dégâts atomiques de son "Je t'aime" ça peut se comprendre. Alors oui, il a insisté sur leur quotidien, parce que c'est selon lui ce qui manque à Kevin, peut-être que ça l'aidera un peu de le savoir, mais il ne nourrissait pas de sombres desseins, non.

Bref, pour le moment, Kevin lui était totalement sortit de la tête. Anxieux à l'idée que ses mots ne suffisent pas à rassurer son compagnon – ils n'y étaient jamais parvenues, d'ailleurs – Salem fixait Adam d'un air incertain. Il se sentit un peu soulagé en entendant son remerciement, mais ne sentit vraiment soulagé que quand son ami s'approcha de lui et lui offrit un baiser qui balaya en un instant ses craintes que plus rien ne serait jamais comme avant. Il avait déjà les larmes aux yeux quand leurs lèvres se détachèrent, et les paroles d'Adam achevèrent de faire battre son cœur, il lui sembla qu'il ne s'était pas sentit aussi ému et heureux depuis une éternité.

« Merci. »

Le bonheur fut cependant de très courte durée puisque les nouvelles gouttes de sang qui coulèrent n'échappèrent pas longtemps aux yeux aiguisés de l'adolescent. Un instant, il crut que le nez d'Adam recommençait à faire des siennes, mais en se détachant un peu de lui il comprit vite que c'était plus grave que ça. Salem blêmit en un instant et le fixa, pétrifié, puis d'une voix où pointait son angoisse, il souffla.

« Adam ? Adam, est-ce que… »

Il comprit en voyant l'obscurité envahir ses yeux qu'il était inutile de parler. Une fois de plus, il se retrouva impuissant, angoissé face à une nouvelle crise étrange qu'il ne comprenait pas. Mais cette manifestation inédite du pouvoir de son compagnon le faisait se sentir vraiment mal. Voir le sang couler sur ses joues lui donnait la nausée, ce n'était déjà pas un spectacle qu'il apprécierait de voir en film, alors avec l'homme de sa vie… Les quelques minutes que durèrent la crise lui semblèrent interminables et quand finalement Adam revint à lui, Salem fut pour pendant un instant incapable de prononcer le moindre mot. Il était véritablement choqué. Après quelques efforts pour se ressaisir, il parvint néanmoins à articuler.

« Tu… ça va ? Tu as mal ? C'était quoi ? Une vision ? C'est la première fois ? »

Son regard perturbé parcourut la table et d'un geste rapide il poussa les serviettes qu'il avait sortit du côté de son fiancé, avant de se poser une main sur les yeux en disant, l'air vraiment perturbé.

« Essuie-ça, essuie… tout, bon sang… »

Des films d'horreurs, il en avait tout de même vu pas mal, avec ses copains, et ceux-ci défilaient maintenant dans sa tête, avec toutes les atrocités des journaux de 20h et le visage d'Adam incrusté dans chaque plan. Il resta immobile un moment, la tête dans les mains, occupé à refouler ces horreurs, et finalement se releva d'un coup et se mit à faire quelques pas dans la cuisine sans oser regarder de nouveau Adam.

« Y'a vraiment des moments où je déteste ton pouvoir… »

Il avait l'impression qu'il allait défaillir s'il arrêtait de bouger ou de respirer avec un minimum de calme, heureusement, son malaise finit par diminuer peu à peu. C'est avec inquiétude qu'il revint vers Adam et posa sa main sous son menton pour planter dans ses yeux un regard plus analytique que jamais. Il resta pensif un instant.

« Ça a l'air d'aller… »

Ce bref éclair de clairvoyance fut vite suivit d'une nouvelle montée de stress.

« C'est pas dangereux quand même, ton pouvoir ? Tu crois que ça peut rendre aveugle ? Ça peut pas, hein ? Je sais pas comment tu fais pour garder ton calme, c'est impressionnant. Moi… moi, si ça me faisais un truc pareil, je péterais un câble, oh la vache… Tout mais pas les yeux, quoi, pas les yeux… »

Oui, les yeux, c'est un sujet sensible chez l'adolescent, dont l'une des principales peur est de devenir aveugle, si je me souviens bien. En plus des films d'horreurs, c'est donc à ses propres angoisses que la petite crise d'Adam venait de le ramener.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Ven 1 Mar - 9:48

Étrange, c’était étrange, Adam se sentait étrange ; non, pas précisément cela, pas précisément étrange, mais enfin, c’était une sensation nouvelle, inédite en quelque sorte, à moins que son étrangeté naquît de ces jours sinistres qu’elle venait de suivre, il n’en était pas trop certain, il avait du mal à le déterminer, d’ailleurs il avait du mal à penser très clairement, mais enfin, une chose était sûre, certaine, palpable dans son esprit : il se sentait bien. Serein. Calme.

D’ordinaire, ses visions étaient suivies d’états catatoniques (et catastrophiques) qui duraient parfois plusieurs heures. Ce jour-là, les choses étaient bien différentes, et cela ne tenait pas uniquement au fait que sa vision, pour une fois, ne lui eût pas montré des morts et des tortures, ni Salem en train de tripoter Kevin dans tous les sens, mais Salem, toujours en lui, en pleine conversation avec ses amis, ce devait être à la cafétéria du lycée, qui vantait les mérites de son homme, qui était fort, qui était beau, qui était intelligent, et que oui c’était un Asiatique, et que non il n’était pas gringalet.

Certes, cette scène idyllique qui arrivait à point nommé ne jouait pas un médiocre rôle dans la sensation de bien-être qui l’envahissait alors qu’il promenait un regard tout à fait absent sur la table du petit-déjeuner, en n’entendant que de loin les questions angoissées dont son fiancé commençait à l’assaillir. Mais il y avait aussi quelque chose de… Il n’aurait su dire. Physiologique ? Une modification dans la qualité même de la vision. Dans sa manière de survenir, de se dérouler et de le laisser enfin en paix.


— Quoi ?

Cinq minutes s’étaient écoulées et, enfin, sa conscience reprenait le gouvernail. Il posa le regard sur Salem, qui ne le regardait pas, puis sur les serviettes, puis sur les cuisses de Salem, où il y avait du sang. Sans doute avait-il saigné du nez. Docilement, Adam attrapa une serviette pour s’essuyer le nez, sans grand succès. Un léger inconfort au coin de l’œil l’incita à essayer de ce côté et, finalement, après avoir constaté avec une pointe d’angoisse que le sang en provenait en effet, il s’employa à en effacer les traces.

Tout doucement, il murmura :


— C’est bon…

Sur quoi Salem, qui de toute évidence était beaucoup plus affecté que lui par cette crise, se leva d’un bond pour mesurer à grands pas la taille de leur cuisine. Adam le suivit des yeux d’un air un peu perdu. Que son compagnon détestât son pouvoir, cela, Adam le savait — c’était un sentiment très largement partagé par tous ceux qui tenaient de près ou de loin à l’existence du devin et par le devin lui-même. Mais enfin, Adam avait cru que l’adolescent s’y était habitué — car dans l’univers un peu sordide d’Adam, on finissait toujours par s’habituer à l’horreur.

Si son esprit n’avait pas été encore plein de l’air fanfaron avec lequel Salem avait annoncé à une assistance ébahie (ou un peu ennuyée) que son petit ami était champion de kick-boxing, sa propre inquiétude eût peut-être été plus vive. Mais pour l’heure, il flottait sur un petit nuage que les angoisses de son ami faisaient un peu tanguer mais ne renversaient pas. Il ne put donc s’empêcher de sourire quand Salem se précipita sur lui pour lui examiner les pupilles.

D’un ton olympien il confirma :


— Oui, ça va. Bien sûr que ça va.

N’est-ce pas, après tout, il ne venait que de saigner des yeux. C’était très courant. Fort heureusement, les questions plus précises de Salem se chargèrent de ramener Adam aux rudes réalités d’un monde hostile et de formuler à haute voix des inquiétudes que l’Asiatique n’avait pas été sans nourrir lui-même. Elles eurent encore le mérite d’éclairer la lanterne un peu brumeuse du devin et de lui faire comprendre que le spectacle d’un regard sanguinolent pour un mutant dont les yeux étaient la clé du pouvoir devait être bien perturbant.

Le devin resta un moment songeur, puis finalement décida :


— Je vais me rincer les yeux. Comme ça, il n’y aura plus de trace. Ça te fera moins peur. Viens.

Il prit la main de Salem et le contrôle des opérations, comme il le faisait si souvent, rejetant à des années lumières le spectacle de son désarroi morbide, la veille, quand il avait frappé à la porte de son propre appartement. Il guida Salem jusqu’à la chambre et le fit asseoir sur le bord du lit, avant de s’agenouiller en face de lui et, en lui caressant la joue, de glisser de la voix la plus rassurante possible :

— Attends moi ici, d’accord ? Je reviens.

Le mutant partit dans la salle de bain et réfléchit pendant quelques secondes à cette tâche inédite : se rincer les yeux. Il ne savait, à vrai dire, pas trop comment procéder. En désespoir de cause, il céda au réflexe de toute une génération, sortit son téléphona et consulta la sagesse populaire d’Internet. Quelques secondes plus tard, il se versa tant bien que mal de l’eau tiède dans les yeux avec le verre dent, non sans s’en mettre partout au passage. Au moins, le résultat était là : les dernières traces de sang avaient disparu.

Ce fut donc un Adam beaucoup plus présentable quoiqu’avec un tee-shirt un peu trempé qui revint vers Salem. Sous le regard de son ami, le jeune homme ressentit le besoin de se justifier.


— Oui bon. C’est pas si facile que ça, en fait. De se rincer les yeux. Et puis, j’suis pas ophtalmo, moi.

Adam vint s’asseoir aux côtés de son compagnon et passa un bras virilement protecteur autour de ses épaules, d’abord parce que telle était sa nature, virilement protectrice, ensuite parce que le portrait que Salem avait fait de lui, lorsqu’ils discutaient puis dans la vision, insistait tout de même beaucoup sur sa protection virile. Il fallait exploiter le filon.

— Écoute, j’vais pas t’mentir…

De toute façon, vu son talent en la matière…

— Je me suis déjà posé ces questions. Et, hm… Dans les légendes, les mythologies, il y a beaucoup de devins aveugles. C’est peut-être une coïncidence. Mais c’est peut-être aussi que le cas s’est déjà présenté. D’un autre côté, tu sais, pendant mes visions, je vois quelque chose. Autre chose. Un autre moment dans le temps. Du coup, c’est normal quand je ne vois pas le présent. Ces derniers temps, c’est un peu… Capricieux. Il y a des choses qui changent mais… Enfin, tu sais, je ne suis pas tout seul. Il y a l’Institut. C’est vrai que je n’y vais plus aussi souvent. C’est idiot de ma part et je vais être plus régulier. Je vais leur en parler. C’est promis. Ils ont l’expérience de ce genre de choses.

Bon, il laissait de côté la conviction qu’il avait toujours eue que son pouvoir finirait par le tuer avant ses vingt-cinq ans, parce qu’après tout, trois ou quatre fois par semaine, une vision venait lui peindre sa propre mort prochaine. Sans doute ce n’eût pas été très rassurant. Adam était de toute façon pressé de balayer les inquiétudes de Salem pour en venir à des considérations plus agréables.

— C’était toi, dans la vision, là. Avec tes amis. Au self, ou un truc comme ça. Tu parlais de moi. C’était très…

Un sourire rêveur s’installa sur les lèvres d’Adam.

— C’était très gentil. Ce que tu disais. Bon, quand tu me décris, on dirait un peu que j’suis l’dieu d’la beauté, et là, ça m’rend perplexe quant à l’acuité de ta vision, mais bon. Ça me va.

De sa main libre il désigna l’une des taches de sang sur la cuisse de Salem.

— Tu devrais peut-être changer ça. Je vais le mettre à laver.

Il avait ce disant posé sa main sur la cuisse de l’adolescent et s’était mis à la caresser du bout des doigts. Il lui fallut quelques secondes pour se tirer de cette agréable activité, perdre d’un coup toute son assurance de viril protecteur et se mettre à bafouiller :

— Euh… Tu veux peut-être que je sorte. Pendant que tu te changes. Parce que… Je peux rester. Je veux dire, sortir. Et puis, je reviendrai te prendre. Le prendre. Le pantalon. Pour le mettre à laver.

La tempête était passée, de toute évidence, mais elle avait apparemment laissé quelques idées étranges dans l’esprit d’Adam. L’Asiatique craignait plus ou moins qu’entre Salem et lui, il n’y eût pas le même degré d’intimité que jadis. C’était que, comme il l’avait suggéré de manière elliptique dans leurs conversations confuses et nerveuses depuis la veille, une relation charnelle aussi saine que celle qu’ils partageaient était pour lui un accomplissement inédit et, à ses yeux, bien fragile.

Or, ses visions, si elles avaient pris un malin plaisir à le torturer avec l’intimité tranquille de Salem et Kevin, ne lui avaient pas montré une seule seconde des crises de Salem quand Kevin avait tenté de se faire plus entreprenants ; en revanche, Adam se souvenait fort bien de la difficulté que Salem avait eu à sauter le pas et, désormais, sans s’en rendre tout à fait compte, il supposait que, sur ce plan-là aussi, leur relation était très inférieure à celle que son compagnon avait pu entretenir avec Kevin et que le retour de ce dernier avait effacé ce qu’ils avaient pu conquérir.

La conclusion de ces tortueux raisonnements typiquement adamiens, c’était que Salem, au moins pour un temps, devait préférer qu’ils s’en tinssent aux baisers et qu’il ne fût pas là pendant qu’il se changeait. D’un air fort embarrassé, Adam avait sagement retiré sa main de la cuisse de l’adolescent.


— Je vais… Je vais remettre les yaourts au frigo. Parce que sinon, ils vont refroidir. Se réchauffer. Voilà.

Et ce fut avec cet excellent prétexte qu’il s’enfuit dans la cuisine, en essayant de ne pas se souvenir de combien, sous le vieux pantalon de jogging, les cuisses de Salem étaient douces.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Dim 3 Mar - 11:33

Salem avait beau n'avoir remarqué aucune lésions dans les yeux d'Adam, ou s'être parfaitement rendu compte qu'il avait l'air heureux comme un hippie ayant reniflé de la colle, il ne se sentait pas très à l'aise. Et les quelques traces de sang qui demeuraient autour des yeux de son ami malgré son essuyage y étaient probablement pour quelque chose. Encore un peu troublé, il se laissa conduire dans la chambre sans résister, et hocha sagement la tête quand Adam lui dit qu'il allait arranger ça. Son air traumatisé se transforma cependant en un mince sourire amusé quand il le vit revenir avec son tee-shirt bien aspergé.

« Il ne suffit pas de se passer un peu d'eau dessus ? »

Son sourire taquin laissa place à une mine un peu plus sérieuse quand Adam reprit le sujet qu'ils avaient laissés en suspend. Blottit dans sa virile protection, il l'écouta. Son compagnon n'en savait pas beaucoup plus que lui sur la question, mais pour s'être déjà vu mort, il ne s'était apparemment jamais vu aveugle. C'était peut-être bon signe mais Salem ne se sentait pas tout à fait rassuré pour autant. Sans doute personne ne pouvait rien jurer quant à l'évolution possible des mutations, tant elles sont propres à chaque individu, alors le doute subsisterait toujours.

Adam lui offrit ensuite un sujet nettement plus agréable sur lequel penser en parlant de sa vision. Salem se demanda une seconde si cette vision appartenait à son passé ou son futur, les deux étaient très possibles, parce que, l'air de rien, il parlait souvent d'Adam. Les principales victimes étant sa mère, Brad, et ses amis les plus proches. Il secoua la tête en entendant Adam mettre en doute la qualité de sa vue.

« C'est plutôt toi qui vois très, très mal. »

Preuve à l'appuie, Anya non plus ne s'y était pas trompée, ni nombre de demoiselles en fleurs qu'il avait pu trouver sur internet en tapant "Adam Tenseï". Oui, il avait regardé, il y a un bon moment, pour être sûr de ne pas avoir raté une seule des photos de lui en sous-vêtements. Normal, déjà qu'il devrait avoir l'exclusivité, il n'allait pas laisser des inconnus profiter d'images d'Adam que lui n'avait pas vu, alors il collectionnait les photos dans un petit dossier au fond de sous ordinateur, et en toute objectivité, Adam était le plus beau garçon du monde.

Le souvenir de ces très sympathiques photos fit naître sur ses lèvres un sourire un peu trop joyeux pour être tout à fait sage, et la caresse très localisée de son compagnon se chargea de le faire monter un peu plus en températures. Vint ensuite l'une de ces répliques bancales dont son fiancé avait le secret, malheureusement, avant que l’adolescent ait pu répondre que, bien sûr, Adam pouvait rester et le prendre, celui-ci était parti ranger les yaourts.

C'est ainsi que Salem se retrouva tout seul sur son lit pendant que le dieu de la beauté rangeait la cuisine. C'était un peu frustrant, d'autant qu'il venait de se rappeler pourquoi : Adam lui avait dis qu'il ne le toucherait plus, enfin, pas avant un moment, parce que… Il ne souvenait plus s'il avait expliqué pourquoi, mais il y avait eu quelque chose à propos du fait que parler, c'était très important. Salem n'avait pas très très bien écouté cette partie-là, parce que, honnêtement, un Adam qui tente de rester sage et innocent, c'était déjà arrivé, et ça n'avait jamais tenu très longtemps. Mais cette fois-ci, peut-être que c'était pour de vrai, peut-être qu'en sachant que Kevin avait posé ses lèvres sur sa joue longtemps avant lui, il avait assez de hargne pour résister, et qu'il ne le toucherait plus tant qu'il ne serait pas absolument certain que Salem ne lui cachait plus rien. Lui ne voulait plus rien lui cacher, mais la méfiance d'Adam, qui était déjà très méfiant par nature, pourrait durer ainsi pour le reste de leurs jours.

Il fallait agir.

Heureusement, Adam lui avait laissé son stock d'armes à portée de main, l'inconscient. Salem ouvrit grand son placard et le scruta dans sa totalité, il savait déjà ce qu'il avait dedans, mais s'accorda quelques secondes pour réfléchir. Son premier réflexe eut été d'enfiler la tenue la plus à tomber possible, histoire de tester la détermination de son homme. Mais le matin même, Adam lui avait avoué qu'il aimait le voir en… loque ? Et il aimait toucher ses cheveux, donc pas de gel – ni de bonnet. En gros, il l'aimait nature, quelle idée… Salem ne savait pas faire ça. Est-ce qu'il pouvait au moins mettre un peu de déo "fraîcheur océanique" ? C'est nature, ça, et puis la barbe dont il ne s'était pas beaucoup préoccupée de la semaine, et qui pointait sérieusement le bout de son nez, il fallait laisser ? En plus elle ne pousse même pas partout, c'est moche, et puis… Rah…

Pestant contre les goûts vraiment peu raffinés de son homme, Salem se changea et mit un peu de fraîcheur océanique sous ses aisselles en se demandant si Adam ne préférerait pas les senteurs "essence-huile de moteur-white spirit-sueur" de son garage, nettement plus viriles. Il débarqua ensuite dans la cuisine, plus ou moins dans la même tenue, puisqu'il avait juste opté pour un short de sport extra-large qui s’arrêtait au-dessus des genoux. Le problème, c'est qu'il se voyait mal jouer les séducteurs dans une tenue si peu seyante, alors que leur dispute était encore si proche. La porte passée, il avait déjà perdu tout son courage et laissé tomber, ce sera pour une autre fois. Il entreprit donc d'aider Adam à ranger la cuisine, mais tenta quand même de parler de ce qui s'était passé, parce que maintenant, ils se disent tout.

« Tu n'avais pas à partir tu sais. Je crois qu'on a largement dépassé ce stade, avec tout ce que tu as vu de moi… »

Il prit la bouteille de lait et celle de jus d'orange et alla les mettre dans le frigo, dans l'emplacement à bouteilles de la porte, celui qui est tout en bas, celui qui demande de se pencher, donc.

« Après, je comprends, enfin, pas trop non plus mais… Tu ne veux pas qu'on se réconcilie sur l'oreiller, tu veux qu'on discute, qu'on mette les choses au clair avant. C'est compréhensible. »

Il attrapa le paquet de biscottes et le pain de mie en se demandant pourquoi il avait sortit ça alors qu'ils faisaient des pancakes, et les rangea tout en haut dans le placard, au-dessus du cacao en poudre, du sucre, de la farine et de la chicoré, en tendant bien les bras, faisant remonter son haut et dévoilant le creux de son dos et le large élastique de son boxer. Il revint ensuite vers la table et tira vers lui le pot de nutella.

« Mais, heu… Du coup, si on abstient le temps de faire le point, est-ce que ça veut dire qu'on ne peut rien faire du tout, de notre côté ? Parce que je suis quand même habitué, tu sais… plusieurs fois par semaine… Et là déjà, ça fait un petit moment, j'y avais pas pensé cette semaine mais là, ça va quand même mieux, du coup… Mais toi, faut surtout pas que tu te sentes forcé, tu sais, au pire, je pourrais peut-être emprunter ta boîte… »

L'air moyennement convaincu par l'attrait des jouets flashy d'Adam, comparé à Adam lui-même, Salem remplit généreusement de nutella la cuillère qui était restée dans le pot et entreprit de la nettoyer impeccablement de la langue, l'air songeur. Malgré tout, il avait sans doute prit la meilleure décision possible, il devait laisser à Adam le temps qui lui était nécessaire pour rétablir sa confiance et envisager sereinement l'avenir. Pour ne pas avoir trop envie de lui, Salem n'aurait qu'à se concentrer sur les détails très pratiques de leur quotidien, les chats à nourrir, la shampouineuse à louer, ce genre de choses. Il était en train de s'y essayer, et ça ne marchait pas trop mal.

« Je les nettoierais, t'inquiètes pas. Et du coup, on va faire les courses ? »

Zut et flûte, un peu de nutella avait coulé sur ses doigts et voilà qu'il devait les lécher aussi. C'est que malgré tout, qu'il faisait très chaud dans cette cuisine, même la pâte à tartiner en souffrait. (et je crois qu'il vaut mieux que je m'arrête là, moi)
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Dim 3 Mar - 12:20

Ce dont personne ne doute, c’est qu’après plusieurs mois passés aux côtés de Salem, le sens de l’ordre d’Adam se fût considérablement amélioré. À vrai dire, l’Asiatique n’avait pas trop le choix, s’il ne voulait pas que son compagnon, en rentrant du travail le soir, tombât dans une crise de catalepsie aiguë en voyant une stylo trainer sur la table basse. Cela dit, la révolution n’avait pas été si complète qu’Adam poussât désormais le vice à ranger géométriquement les yaourts dans le réfrigérateur et c’était pourtant à cette activité qu’il se livrait consciencieusement pendant que Salem préparait son vil, pervers et odieux plan d’attaque.

Cette activité peu ludique avait au moins le mérite de l’obliger à rester devant l’appareil qui, en refroidissant les yaourts, le refroidissait un peu, lui aussi. Naturellement, comme l’organisation des aliments dans le réfrigérateur n’épuisait pas les capacités intellectuelles d’Adam, son esprit se trouvait malgré tout libre de vagabonder le long des cuisses de Salem et quelque raisonnement tordu qu’il fût capable d’élaborer pour se convaincre que le délicieux adolescent n’avait plus aucune envie de se perdre sur les ondulations de ses abdominaux, ils n’étaient pas assez spécieux pour l’empêcher de rêver à sceller leur réconciliation de manière assez concrète.

Adam n’était donc pas trop refroidi quand Salem fit son apparition dans ses habits de lumière. De toute façon, Adam aimait tout de Salem : il aimait ses tenues soignées, élaborées par la patience association des couleurs, des coupes et des motifs, il aimait son bleu de travail, son jogging de bricolage et son short trop large qui lui donnait l’air plus frêle qu’à l’ordinaire et éveillait chez l’Asiatique, comme souvent du reste, de puissants instincts de protection et un désir mâle parfaitement dépourvu d’innocence.

Absorbé par ce spectacle, Adam resta devant le réfrigérateur, un pot de yaourt à la main, avant de se décaler pour laisser Salem se baisser et ses yeux à lui embrasser une courbe qui lui avait certes manquée — à partir de cette seconde, Adam fut incapable de la moindre pensée un peu abstraite et toute son attention fut capturée par le rangement de Salem qui mettait sa patience, ses résolutions angéliques et même sa méfiance paranoïaque à très rude épreuve. La fausse innocence était une stratégie tout à fait efficace avec Adam et Salem s’en tirait à merveille.


— Les courses ?

Adam cligna des yeux d’un air un peu bête avant de baisser le regard vers le pot de yaourt qu’il tenait dans sa main, croisant au passage le témoignage fort explicite de l’attrait que Salem exerçait sur lui et qu’un jogging un peu lâche n’était pas de taille à dissimuler. L’Asiatique rougit, fourra le yaourt dans le réfrigérateur et ferma la porte, fort confus des images qui sillonnaient son esprit et du désir qui s’emparait de lui.

Il s’approcha presque timidement de Salem, prit le pot de pâte à tartiner de ses mains pour le poser sur la table. Tout doucement, il souffla :


— Tu viens… ?

Adam prit la main de son fiancé dans la sienne et le guida jusqu’à la chambre. D’une voix toujours aussi incertaine, il formula sa requête.

— On s’allonge, un peu, tous les deux… ?

Il y avait dans ses gestes et ses paroles, certes les accents mal dissimulés du désir que Salem n’avait que trop su éveiller, mais encore quelque chose d’autre, quelque chose de presque craintif et le seul fait qu’Adam ne se fût pas jeter sur Salem pour le renverser sur la table dans un sursaut de passion trahissait que quelque puissant que fût son désir, la semaine écoulée avait été une blessure trop considérable pour le laisser tout à fait indemne.

Quand Salem se fut allongé, Adam s’installa près de lui, allongé sur le côté, redressé sur un coude. Aussitôt, sa main libre se faufila sous le tee-shirt de son compagnon pour caresser son ventre, presque sagement.


— Salem…

Adam avait décidément l’air bien embarrassé — et son regard s’était fait fuyant.

— À propos de faire le point et de… de… Tout ça. Y a un truc dont je t’ai jamais vraiment parlé.

Le nombre de choses dont il n’avait pas parlé était certes considérable, mais celle-ci avait pour lui une importance capitale.

— Tu te souviens, au début, quand on était ensemble, et que tu avais un peu de mal à… à sauter le pas ? On a parlé, et tout. Et patienté. Et du coup, enfin, comme tu paraissais avoir un peu peur, avoir des difficultés, et que je ne voulais pas t’inquiéter ou te stresser, je n’ai pas… Enfin, je n’ai rien dit. À propos de moi. Mais… Je ne sais pas si tu as remarqué, depuis, ou pas. Mais… Je suis pas toujours très, comment dire ? J’ai pas… J’ai… Je suis pas toujours très à l’aise. Avec ça. Avec… Le sexe.

Les circonvolutions qu’il avait empruntées pour parvenir à prononcer le mot en étaient un indicateur suffisant. Cela dit, pour n’être pas très à l’aise, il n’en laissait pas moins sa main remonter le long du corps de Salem et soulever consciencieusement le tee-shirt. Fort heureusement, comme chacun sait, Salem avait une extraordinaire faculté de concentration même dans ce genre de moments.

— Je sais pas trop pourquoi, d’ailleurs. Mais ça m’a souvent fait un peu peur. Et j’ai jamais beaucoup aimé ça. D’abord, j’étais jeune, et pas très expérimenté, et c’était souvent… Je sais pas. Décevant. Ou un peu douloureux. Ensuite il y a eu… il y a… Il…

Il y eut un long moment de silence pendant lequel le regard d’Adam se perdit dans ses souvenirs, puis finalement, le jeune homme murmura :

— Russell. Celui avec qui j’étais avant Ulysses.

Sur ce fameux Russell, dont le nom n’avait jamais franchi ni la bouche d’Adam ni la plume de son auteur, mais auquel le mutant avait parfois fait fort elliptiquement allusion, planait une ombre épaisse.

— Il… Enfin, avec lui… À cette époque, tu sais, j’étais jeune, j’avais seize ans, à peine, j’étais perdu, mes visions étaient de plus en plus nombreuses, de plus en plus horribles, j’étais persuadé que j’allais mourir bientôt et persuadé que personne ne m’aimerait jamais. Je me sentais seul. Incompris. Et Russell… Il était plus âgé. Je sais pas. Quarante, quelque chose comme ça. Il était solide. Il avait l’air… Au début, il avait l’air rassurant. Je voulais juste… Je voulais quelqu’un. Il me plaisait pas particulièrement, mais j’avais l’impression qu’il me protégerait. Je faisais ça avec lui comme… Une monnaie d’échange.

Et puis, tu sais, ça s’est envenimé. Il était pas comme je le croyais. Pas du tout rassurant. Il était violent. Et du coup, j’étais plus ou moins… je me sentais… obligé. Mais j’aurais pu me défendre. Largement. J’aurais eu le dessus. Mais je faisais quand même… Ce qu’il voulait que je fasse.


Adam avait retiré sa main du corps de Salem pour s’allonger sur le dos et observer le plafond, incapable de soutenir le regard de son fiancé. Après un nouveau silence, il confessa :

— Je suis désolé. J’ai pas le courage de… Donner les détails. Plus tard. Un jour. Si tu veux. Je te raconterai. Bref… Ulysses est venu. Il a… Je sais pas trop ce qu’il a fait, mais Russell est parti. Il a quitté New York. Et avec Ulysses, c’était… Bizarre. Je veux dire, il est… Hm. Très expérimenté. C’est un euphémisme. Très doué. Mais j’pouvais pas ne pas penser à tous les autres. Toutes les autres. À cette époque, il était aussi mal que moi et, chez lui, ça s’exprime comme ça. Par le sexe. Alors du coup, j’avais un peu l’impression que c’était toujours une source de douleurs, de violence et de souffrances, pour tout le monde.

Enfin, avec les autres. Tout seul, ça va. Je veux dire, j’ai jamais été… Je sais pas, frigide. Tout seul, c’était agréable, parce que… Tu vois, je contrôlais tout. Il y avait personne pour me faire du mal, ou me décevoir. C’était juste moi et mon corps. Mais voilà. C’est pas pareil. Pas suffisant. Et toi, tu es arrivé. Avec toi, Salem, c’est… Parfait. Maintenant, j’comprends pourquoi les gens disent que c’est important dans un couple, que c’est bon pour l’harmonie, ce genre de choses. Avant, ça me paraissait idiot, mais maintenant, je comprends.

Seulement, voilà, j’ai peur d’être pas très doué. Tu sais, les gens disent que les Asiatiques sont mauvais au lit. Enfin bref. J’ai peur d’être pas assez bon. Et maintenant, j’ai peur d’être pas celui que tu veux. J’ai peur de…


Adam adopta instinctivement un air coupable et acheva :

— …j’veux pas que tu te fâches, mais… j’ai peur que ce soit pas à moi que tu penses. Quand on le fait.

Finalement, ranger les yaourts et faire les courses n’étaient peut-être pas les activités les moins agréables de la journée.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Dim 3 Mar - 17:50

Quand Salem suivit Adam dans la chambre, il avait certes quelques petites idées derrière la tête, que son fiancé attisa un peu plus avec ses caresses. Cependant, il comprit vite que là n'était pas les préoccupations de son homme, malgré ce que son corps pouvait trahir. Il écouta le triste récit d'Adam d'un air désolé, et se rapprocha de lui pour lui offrir un petit câlin de soutien tandis qu'il parlait. Imaginer qu'Adam ait été battu par l'un de ses anciens compagnons était horrible et lui donnait plus que jamais envie de le protéger. Jusqu'à la douche froide.

« Quoi ? »

Salem se redressa rapidement sur le lit, il avait commencé par hausser le ton, mais se sentait moins fâché que blessé. S'il pouvait admettre qu'Adam allait sans doute se méfier de lui un moment, il avait beaucoup plus de mal à accepter le fait que cette méfiance soit rétroactive, comme si tout ce qu'il avait pu faire jusque-là n'était que mensonges et manipulations. C'était particulièrement difficile à avaler sur cette partie là de leur relation, lui qui avait tellement de mal à se laisser simplement aller senti revenir sur lui ses vieux démons. Il croisa les jambes sur le lit, l'air affligé, en évitant soigneusement de regarder Adam, et lâcha finalement d'une voix triste.

« Pourquoi ? »

Il prit une inspiration pour ne pas s'énerver, ni fondre en larmes.

« Ça suffit pas, ce qu'il s'est passé la semaine dernière, ça justifie pas que tu puisses penser ça. Est-ce que j'avais l'air ailleurs, pendant qu'on le faisait ? Est-ce que j'en faisait trop ? Pas assez ? Est-ce que c'était nul ? »

Pour le coup, maintenant, il y pensait, à Kevin et à leurs déboires, mais il ne voulait vraiment pas de Kevin à l'époque, comme il ne voulait pas de la plupart des filles qui suivirent. Il avait toujours été assez passif, au final, parce que ceux qui l'attiraient lui avaient toujours parut inaccessibles et un peu inquiétants, il s'était contenté de ceux qui étaient attirés par lui, quand bien même il ne les aimait pas. Il faut dire que s'offrir et souffrir avaient toujours été très liés pour lui. Adam avait été le premier à bien des égards, et le voir maintenant mettre en doute sa sincérité même dans ce qu'il avait pu donner de plus intime le touchait profondément. Cependant, du déferlement d'images qui s'abattit sur lui survint une vérité, Salem était parfois ailleurs, dans ses moments-là, il lui fallait du temps pour se mettre vraiment dans l'ambiance et repousser au loin les analyses et réflexions omniprésentes dans sa tête. Horrifié alors qu'il comprenait maintenant qu'Adam avait de bonnes raisons de s'inquiéter de son comportement, il bafouilla piteusement.

« J'suis désolé… Quand je parle d'autres trucs alors qu'on… je… je sais pas, c'est dans ma tête. C'est comme ça. Ça veut pas dire que je m'en fiche ou, ou que c'est nul, c'est tout le temps comme ça. J'évite de dire à voix tout ce qui se passe dans ma tête, mais dans ces moments-là, je fais moins attention. Ça veut pas dire… j'ai jamais… »

Il resta silencieux un moment.

« Heureusement que non, d'ailleurs, sinon j'aurais été encore plus pitoyable… Tu m'as vu avec lui, non ? T'as raté tous les moments où j'avais l'air d'un taré ou quoi ? »

Pour un pouvoir qu'il ne maîtrisait pas, le devin semblait très doué pour n'avoir que des visions qui le conforte dans ses positions. Si Salem se souvenait bien des bons moments de son enfance, il se souvenait aussi de ceux où son pouvoir a commencé à tout changer, les heures passées replié sur lui-même, à se balancer en lançant dans le vide toutes les informations qui envahissaient sa tête, les feuilles remplies de points, les chiffres dans tous les sens, les phrases qui ne voulaient rien dire. Et s'il y avait bien quelqu'un qui avait assisté à tout ça, c'était Kevin. Leur complicité ne sortait pas de nulle part, il ne l'avait pas laissé tombé même en reconnaissant lui-même que ses crises lui faisaient peur. Au lieu de fuir, il le prenait contre lui et le rassurait, et ils restaient comme ça de longs moments.

La plupart des réactions qu'ils avaient pu voir étaient tout autre, il y avait eu la peur, les regards de travers, le rejet, ou alors on le prenait pour un fou. Et puis il y avait maintenant la réaction d'Adam, qui avait au moins le mérite d'être originale. Combien de fois avait-il tout gâché avec les gens auxquels il tenait ? Combien de fois avait-il rendu Adam triste ? Combien de mètres avait-il parcouru dans cette pièce en pensant qu'à cause de lui son fiancé traînait à Las Vegas ? Combien de mètres carré de moquette avait-il écrasé ?

« 1… 2… 3… »

Salem avait remonté ses jambes contre son torse pour les entourer de ses bras et poser sa tête contre ses genoux. Il n'avait pas dû faire plus d'une crise par mois depuis qu'il avait battit une relation stable avec Adam. Ce qui était plutôt bon signe, il était plus serein et se maîtrisait mieux, tout en ayant ses mauvais côtés, ces tornades internes permettaient aussi de faire un bon rangement dans sa tête pour lequel le sommeil ne suffisait pas toujours, surtout quand on a passé la semaine à aller et venir dans l'appartement à toute heure, des photos dans les mains.

« 1243… 2,875… U… lysses… il est bizarre, tu sais, il a… les gens, les gens ont tous… c'est pas ce que je voulais dire… »

Salem avait relevé la tête après plusieurs minutes de comptage intensif, les pupilles tellement dilatées que ses yeux en paraissaient noirs. Il semblait être à des kilomètres de là, et pourtant il posa sur son ami un regard fixe dans lequel transparaissait une certaine tristesse. Il ne comptait plus à voix haute, quoique le mouvement ininterrompu de ses lèvres trahissait qu'il essayait de le faire le plus silencieusement possible.

« Je voulais être parfait, je crois, j'aurais pas dû, j'aurais pas… j'ai vu pleins de choses, les photos, tu sais, il faut… »

D'un bond, il se leva, et malgré son air de somnambule, fila droit dans le bureau d'Adam pour le remettre dans le même bordel que la veille, l'adolescent refit tout son organisation en comptant de plus belle, les punaises sautèrent, les post-it réorganisés formaient des phrases qui n'avaient pas de sens, les documents d'Adam se joignaient à ceux de Salem. Restait à savoir pourquoi Salem avait si soigneusement découpé les photos d'un jeune homme androgyne et de ses œuvres, cela devint un peu moins obscur quand les tableaux découpés glissèrent sous les post-it où étaient écris leurs noms d'une écriture fine et pressée. Cette intense activité dura un long moment, et s'interrompit aussi brusquement qu'elle avait commencée, Salem immobilisa et commença à montrer des signes de faiblesses. Il s'était mis à trembler et appuyait parfois fortement ses mains sur ses tempes, mais il comptait toujours. Le temps passait et la douleur se faisait plus insoutenable d'instant en instant, son corps s'agitait maintenant compulsivement, finalement, il leva deux grands yeux bleus rougis vers son compagnon et souffla.

« Adam… A…d… »

Avant que ses yeux se ferment et qu'il ne glisse mollement sur le sol.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Le contrat solennel (Salem)   Dim 3 Mar - 18:34

Adam se redressa un peu précipitament en entendant le ton presque colérique de Salem. Déjà, l’Asiatique regrettait d’avoir parlé. Il avait été naïf, c’était évident, d’imaginer que tout pût être dit, que rien ne devait demeuré cacher et il se reprochait de n’avoir pas su contenir des inquiétudes qui ne pouvaient que provoquer chez Salem l’une des réactions tempétueuses qui étaient si souvent celles de l’adolescent mais auxquelles son devin de fiancé n’était jamais parvenu à s’habituer tout à fait.

Au fond de lui, Adam avait conçu la confession de l’une de ses plus intimes angoisses comme un gage de confiance renouvelée ; là, il avait abandonné toutes les barrières pour livrer ce qu’il regardait comme l’une des plus méprisables médiocrités de son existence, qui, à ses yeux, en comptait pourtant de nombreuses. Mais Salem était fâché — preuve, s’il en fallait, que le sexe était une source intarissable de problèmes — Salem était fâché et toute cette belle entente difficilement reconstruite depuis leur réveil allait sans doute s’effondrer.

Adam eût vraisemblablement cédé à la panique si dans les questions que son ami lui adressait comme un reflet de ses propres angoisses, il n’avait pas entendu, sous la surface signifiante des mots, une pulsation secrète qu’il commençait à connaître, le rythme précipité des mots et des idées qui s’entrechoquaient dans l’esprit de son compagnon. Salem parlait trop vite pour qu’il répondît et bientôt, comme la sanction inéluctable pour l’outrecuidance de sa déclaration, les chiffres commencèrent à se précipiter hors des lèvres qui, quelques minutes à peine auparavant, promettaient des plaisirs si délicieux.

Alors les réflexes adamiens reprirent le dessus — ses propres problèmes furent écartés comme des choses sans importance, enterrés quelque part dans un coin de son esprit, pendant que le monde extérieur, avec sa rudesse, reprenait ses droits et exigeait de lui qu’il fût à la hauteur des souffrances que l’on mettait sur son chemin. En un clin d’œil, Adam abandonna les frissons de sa quasi-prostration craintive pour se relever et venir s’asseoir près de Salem, avec cette calme assurance qui, dans ces moments comme dans tous ceux où ils étaient en danger, faisaient une parenthèse dans les soubresauts de sa psychée chaotique pour donner l’image d’un roc qu’aucune érosion n’altérerait jamais.

Il ne dit rien d’abord — il était bien placé pour savoir que les pouvoirs avaient parfois besoin de s’exprimer et qu’une perte de contrôle n’était pas nécessairement un mal contre lequel il fallait lutter ; il imaginait assez que la semaine de Salem avait dû entasser dans la mémoire de l’adolescent des informations et des souvenirs que rien, jusqu’à lors, ne lui avait permis d’évacuer et sans doute une pareille crise était-elle inévitable, comme un lac de barrage qui devait déborder.

Mais quand l’adolescent se leva comme un automate, Adam se sentit pris d’une vive inquiétude. D’ordinaire, Salem se contentait de se rouler en boule dans un coin et de laisser s’écouler le flot des informations ; agir en pleine crise n’avait rien d’habituel. Adam se leva à son tour et le suivit dans le bureau, pour observer son curieux ménage, les post-its, les tableaux qui ressemblaient à ceux qu’Adam avait vu sur les bus, pour la nouvelle exposition, au musée, les photographies.

L’Asiatique s’était résolu à approcher de Salem pour tenter de le calmer, tout en craignant qu’une semblable irruption dans la crise de l’adolescent ne fît que l’aggraver, quand le terme en vint de lui-même et qu’il eut à peine le temps de se précipiter au sol et retenir, aussi doucement que possible, la tête de son ami, afin d’éviter qu’elle ne heurtât trop violemment le parquet. Alors, avec des gestes un peu mécaniques qui trahissaient de longues années d’expérience, Adam prit le pouls de Salem, observa son souffle, porta la main à son front, souleva ses paupières pour regarder ses pupilles.

Sans difficulté, il souleva le corps inanimé pour le porter dans le lit et, après avoir relevé les couvertures, ajuster les coussins, il s’assit sur le bord du matelas et laissa son regard triste et songeur détailler les traits de celui qu’il aimait. D’une main timide, il vint caresser sa joue.


— Salem.



Je suis tellement désolé.


Il ne l’entendait pas, sans doute, inconscient, abattu par la fatigue d’un sursaut de son pouvoir.

— J’aurais dû me taire.

C’était la conclusion la plus habituelle et celle qui s’imposait le plus naturellement à son esprit.

— Tu vas voir. Tout va être parfait pour toi, à partir de maintenant. Je ne me plaindrai plus. Je n’aurais pas dû me plaindre. Tout sera parfait.

Adam se releva pour faire le tour du lit et se glissa à son tour sous les couvertures. Allongé tout près de Salem, il prit la main de l’adolescent dans la sienne et, la tête posée sur l’oreiller, entreprit de l’observer, de le surveiller, sans se soucier du temps qui passait. Dehors, la nuit retombait. Les minutes succédaient aux minutes, les heures succédaient aux heures, et sans bouger, les yeux fixés sur Salem, Adam méditait.

Cette vie-là lui semblait incompréhensible Il s’en rendait compte à présent. Les chats. L’appartement. Salem. Il n’avait plus rien connu de semblables depuis des années. La vie dont il se souvenait était faite de morts, de coups, de stratagèmes et de méfiance. C’était cela qu’il connaissait. Mettre un costume-cravate le matin, comme il le faisait depuis des semaines, avait quelque chose d’inconcevable. Quelque chose d’interdit.

Combien d’erreurs avait-il faites ? Combien de larmes avaient coulé des beaux yeux de Salem par sa faute ? Combien d’insatisfactions gravées dans la mémoire inaltérable de son compagnon venaient-elles de lui ? Kevin avait tout supporté avec une patience angélique. Lui n’avait apporté dans le monde de Salem que ses propres problèmes. Promettre la perfection à ce corps inconscient relevait d’un orgueil démésuré — tout ce dont il était capable était le spectacle continu de la misère du monde déversée jour après jour dans son esprit.

Hélas pour Adam et son goût pour les spirales autodestructrices, malgré lui et sa conviction que parler n’apportait que des ennuis, la discussion avait fait son effet, comme le spectacle de l’appartement dévasté en son absence, et même la crise de Salem, à sa façon, était un vibrant témoignage de la profondeur de leur relation. Pour la première fois de sa vie, ses doutes, ses inquiétudes, ses souffrances embrassées comme des punitions divines, lui paraissaient moins solides peut-être que ce qu’il avait assemblé et bâti et plus il méditait, plus il comprenait qu’il avait bien fait de parler, avec sa maladresse et son incompréhension ; plus il regardait Salem, plus il comprenait que cette vie incompréhensible était la seule qu’il eût jamais vécue, la première qui lui appartînt entièrement, dont le passé, le présent et le futur étaient les siens ; c’était la vie qu’il pouvait vivre, l’appartement dans lequel il pouvait laisser traîner ses livres et ses papiers, le garçon avec lequel il pouvait se disputer et se réconcilier, le canapé dans lequel il pouvait se laisser tomber sans songer que son repos impliquait, quelque part, dans le futur, à New York, une mort qu’il eût pu empêcher peut-être.

Des heures avaient passé.


— Salem.



Ce ne sera pas parfait.

Ce sera terrible et véritable comme nous.


Adam se rapprocha de Salem dans le lit, pour se presser contre lui et déposer un baiser sur sa joue.

— Repose toi, mon ange. Demain, c’est notre vie qui recommence.


***

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