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 Ithaque (Ivan)

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Ulysses Winford
Mutant de niveau 1

Nombre de messages : 107
Date d'inscription : 28/01/2013
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MessageSujet: Ithaque (Ivan)   Lun 18 Fév - 22:28

— Alors, tu sais, Ivan, je me demandais… Je te trouve très gentil, et intéressant, et j’aime beaucoup la manière dont tu parles des choses qui te plaisantent, et puis tu es très mignon, et alors, je me demandais si, éventuellement, peut-être, on ne pourrait pas passer un peu plus de temps ensemble, tous les deux.

Ulysses considéra son reflet dans la glace d’un air un peu déprimé.

— Pfff… Personne ne comprendrait rien à un truc comme ça…

Le jeune homme se redressa, se composa un visage aussi serein que possible et tenta d’articuler, avec le ton le plus naturel possible :

— Ivan, je t’apprécie beaucoup et je me demandais si nous ne pourrions pas, peut-être, sortir ensemble.

Il esquissa une moue peu convaincue.

— Hmouais. J’ai l’impression d’avoir quinze ans.

Cela dit, à quinze ans, l’idée de proposer à quelqu’un de sortir avec lui ne lui eût jamais effleuré l’esprit et il était beaucoup trop occupé, à cette époque, à accueillir dans son lit la moitié du pensionnat, sans briller par la qualité de ses choix sentimentaux — si toutefois il y avait eu le moindre sentiment impliqué dans la plupart de ces liaisons, en tout cas le moindre sentiment qui ne relevât pas du simple désespoir avide d’une affection jamais offerte.

Avec une soudaine amertume, Ulysses tourna une redoutable ironie contre lui-même :


— Ivan, tu veux qu’on sorte ensemble ? Tu n’auras pas le droit de me toucher, sinon je vais redevenir un pervers cinglé. Ah et d’ailleurs, tout Manhattan m’est passé dessus, j’espère que ça ne te dérange pas trop.

Le cœur d’Ulysses se serra. Silencieusement, pendant de longues minutes, l’Américain considéra avec froideur son reflet dans le miroir, avant de conclure d’une voix ferme :

— Laisse tomber, Lys. C’est pas pour toi.

Il s’était réveillé pourtant d’excellente humeur ce matin-là et, toute la journée, une exaltation un peu épuisante pour son entourage avait soutenu ses activités quotidiennes. Adam, qui était revenu de son week-end à Boston plus étrange encore qu’à son habitude, ne l’avait certes pas interrogé sur les raisons de ce soudain accès de bonne humeur, mais le reste de l’équipe électorale n’avait pas manqué de lui demander ce qui le mettait ainsi en joie, et toute la journée, Ulysses s’était contenté de hausser les épaules en faisant et refaisant le menu du soir.

Il avait passé une bonne partie de la soirée précédente, entre les entretiens téléphoniques et le stand de tir, à songer à Ivan et il ne lui avait pas fallu longtemps pour s’avouer que, décidément, le Suédois lui plaisait. Ce n’était pas le coup de foudre d’une passion soudaine et brutale, et, de toute façon, Ulysses ne donnait pas vraiment là-dedans, mais enfin, il lui plaisait, il avait un cœur d’or de toute évidence, de jolis cheveux, de la conversation et une solide intelligence. Rien qui laissât à désirer.

Cette évidence avait un peu surpris l’Américain. Depuis Adam, il évoluait dans une sorte de marasme sentimental qui venait à moitié de l’amour qu’il éprouvait encore pour son ancien compagnon et à moitié des barrières physiques qu’il avait dressées entre lui et le reste du monde pour éviter de sombrer à nouveau dans la spirale infernale de lubricité dont il soupçonnait qu’elle n’avait pas joué qu’un médiocre rôle dans leur rupture. De ce point de vue, sa vie avait été rigoureusement monacale.

Au bout du compte, avec le défaitisme de la jeunesse, il avait fini par considérer que sa vie sentimentale était fichue : il ne pouvait pas être avec quelqu’un, parce qu’il était incapable de goûter aux plaisirs de la chair. Et personne ne voulait d’une relation platonique — certainement pas lui. Sa psychologue avait beau lui assurer que ses progrès considérables lui ouvraient un horizon beaucoup plus prometteur qu’il ne le croyait, Ulysses ne voulait rien entendre et il avait résolu de ressasser les souvenirs de son amour perdu sans aller de l’avant.

Mais ne plus aller de l’avant, c’était avant Ivan, et avec Ivan, Ulysses se sentait bien. Il avait envie de le connaître, de partager des choses avec lui, de faire tout bien, aussi normalement que possible. Ils pouvaient sortir ensemble, essayer au moins. Peut-être qu’Ivan n’aimait pas les garçons, peut-être qu’il ne serait pas intéressé, mais le seul fait de formuler la proposition constituerait un pas de géant pour Ulysses. Alors il s’était décidé.

Hélas, face à son miroir, il sentit toute son énergie l’abandonner. La peur le rattrapait. Il trouvait son projet ridicule et aucune des formulations qu’il essayait depuis un quart d’heure ne lui laissait espérer qu’Ivan pût songer à autre chose qu’à partir en courant ou se moquer de lui. Il se sentait puéril et, paradoxalement, inexpérimenté. Il avait connu littéralement des centaines de personnes, des centaines de corps tout du moins, mais de vraies relations, même de quelques semaines, il n’en pouvait compter que sur les doigts d’une seule main qui aurait fait une mauvaise rencontre avec une scie sauteuse. Il y avait eu Adam, et puis Jenna, et avant elle, Baptista. C’était tout et, bien entendu, jamais, ô grand jamais, il n’avait fait le premier pas.

Le blond secoua la tête et se détourna du miroir, pour enfiler le tee-shirt qu’il avait choisi et dont la coupe et la couleur, faites pour rehausser ses charmes, comme celles du pantalon, lui paraissaient désormais parfaitement stupides. Quand il se regarda à nouveau dans le miroir, il n’eut pas une seconde conscience de sa propre perfection, de l’accomplissement surnaturel que constituait sa beauté physique et tout ce qu’il apercevait était l’irrémédiable souillure de son âme.

Avec un nouveau soupir, il se détourna pour retourner à ses fourneaux. Ce soir, il y aurait une île flottante sur un lit d’asperges onctueuses, un wok au soja légèrement caramélisé et le fameux dessert d’Ivan. Il n’y avait plus rien à faire : les légumes étaient découpés, les casseroles mijotaient, tout était soigneusement organisé et ordonné, comme d’habitude. Ulysses était désoeuvré. Il attrapa son téléphone. Dix-huit heures vingt-cinq. Son regard parcourut encore une fois le premier étage de son appartement, pour s’assurer que tout était en ordre.

C’était un loft immense, où la plupart des pièces étaient ouvertes les unes sur les autres, dans des espaces savamment compartimentés, qui donnaient alternativement l’impression confortable d’une petite alcôve et le coup d’œil libérateur sur tout l’appartement. Quand on entrait, on découvrait toute la profondeur des lieux et l’escalier de bois à la rampe aérien qui montait au second étage ne dissimulait rien dans l’espace gigantesque. Sur la gauche, un écran plasma aux dimensions plus que respectables était regardé par un long et profond canapé qui encadrait lui-même, avec deux fauteuils ovales, une table très-basse. Un peu loin, un grand bureau d’angle aux lignes épurées découpait un espace plus professionnel, tandis que le mur était soutenu par des rangées de meubles de classement à l’allure industrielle, pour ranger les dossiers.

Au fond, on apercevait de vastes rangées de bibliothèques qui se recourbaient pour guider le regard vers d’autres fauteuils, plus anciens que les premiers, dans une atmosphère de fumoir encore renforcé par la table couvert d’un mince tapis de velours vert, qu’un paravent placé un peu amont masquait à moitié. Sur le mur de droite courait en revanche ce qui devait être un long placard, interrompu seulement par une porte qui donnait sur une suite d’amis, avant qu’un large renforcement ne s’ouvrît sur la cuisine équipée au dernier cri de la modernité.

Le regard qui avait suivi le mur et avait redécouvert la cuisine près de la porte d’entrée invitait alors à se retourner, et l’on comprenait que derrière soi, il y avait encore un autre espace, où une imposante table organisait ce qui était la salle à manger, faite pour accueillir au moins une dizaine de personnes ; puis l’appartement faisait un angle, entourant en réalité la cage d’ascenseur, et il y avait un immense salon sans télévision, faits de fauteuils et de canapés, pour la discussion.

À l’étage, l’escalier menait à une rangée de cinq portes, qui toutes ouvraient sur une autre suite d’amis et, au fond du couloir, la porte ultime donnait sur la chambre d’Ulysses, qui occupait la moitié de l’étage avec sa salle de bains, ses placards sans fin, son propre bureau, son propre salon, son lit sobre mais gigantesque. Tout ici respirait le luxe ultime de Manhattan : l’espace. Entre l’appartement en lui-même, son emplacement et son ameublement, le tout chiffrait à beaucoup plus que des millions.

Pour accéder à ce bijou immobilier, il fallait se rendre au cœur de Manhattan, se présenter à un portier averti à l’avance, qui vous guidait à l’un des deux réceptionnistes, qui appelait le propriétaire concerné (et il n’y en avait qu’une dizaine pour les douze étages de l’immeuble). Quand on acceptait de vous recevoir, l’on vous guidait dans un ascenseur où, devant chaque étage, il y avait une fente pour glisser une carte magnétique.

L’immeuble comptait douze étages et cinq sous-sols, mais l’ascenseur s’arrêtait au onzième étage : l’entrée de l’appartement d’Ulysses. Le réceptionniste insérait sa carte magnétique, l’ascenseur s’élevait promptement et silencieusement, les portes s’ouvraient sur une sorte de vestibule, devant une unique porte pour laquelle l’adjectif « blindée » relevait du doux euphémisme. Il y avait à côté d’elle un digicode et nulle part d’emplacement pour une clef ou une carte magnétique.

La réceptionniste avait appelé, l’ascenseur s’était élevé, les portes de l’ascenseur s’était ouverte et le mur blindé coulissa silencieusement sur la gauche. Ulysses, plus beau que jamais, apparut, aussi irréel que l’environnement dans lequel il vivait, avec ses pieds nus. Ses yeux se posèrent sur Ivan, puis sur la réceptionniste.


— Merci, Madame Emster.
— Je vous en prie, Monsieur. Aurez-vous besoin de quelque chose ce soir ?
— Non. Tout va bien. Merci encore.


La réceptionniste disparut dans l’ascenseur et Ulysses s’effaça pour laisser entrer Ivan.

— Viens, entre, je vais prendre ton manteau.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Mar 19 Fév - 14:04

« Maintenant, je laisse lever la pâte, pendant une demi-heure… »
« Oui, et après tu les fais cuire dix minutes. »
« Dix minutes, d'accord… »
(Ceci est du suédois, si si)

Il était plus ou moins huit heures du soir, à New-York et environ deux heures du matin à Göteborg, Denize allait et venait dans sa chambre, le téléphone à la main. Elle s'était occupée du petit Ivan pendant pas mal d'années, et s'était toujours faite un plaisir de partager avec lui ses confitures et ses desserts, à l'heure du goûter. Voilà maintenant que le petit la réveille à pas d'heure pour lui demander la recette exacte des Kanelbullars d'un air surexcité. Ah… ce gosse…

Le gosse en question finit par la laisser se coucher, minuta trente minutes exactes et monta dans sa chambre. Ivan ne cuisinait quasiment jamais, il y avait toujours quelqu'un pour le faire, mais il ne s'en tirait pas trop mal, quand il essayait. Cette fois, cependant, il tenait à ne pas se rater et était donc partit chercher la connaissance à sa source, pour retrouver exactement le goût qu'il avait connu dans son enfance. À priori, son dessert sera réussit, à moins qu'il ne le fasse brûler, ce qui n'arrivera pas puisqu'il comptait garder le nez collé à la vitre pendant toute l'opération, mais il doutait tout de même. Faire un dessert suédois, c'était un peu prévisible,il est vrai, mais il n'allait tout de même pas arriver avec un brownie ? Et si Ulysses n'aimait pas la cannelle ? Peut-être qu'il devrait acheter un dessert en plus à la pâtisserie, juste au cas où. En attendant il avait d'autres problèmes, il dégaina à nouveau son portable.

« Salem. »
« Ivan ? J'suis un peu occupé, là. »
« D'accord, je fais vite, j'ai cette chemise verte, là… »
« Celle avec les rayures noires toute fines, une rose rouge de cinq centimètres cinq de haut brodée à gauche et des manches trop longue de six millimètres ou celle qui est claire avec une capuche et… »
« La première. »
« Jette-la. »
« Non, mais c'est que demain j'ai un rendez-vous… »
« Ah, c'est un rencard maintenant ? »
« Mais non… un cours de communication. »
« Étagère du haut, troisième pile en partant de la gauche, y'a ce pantalon noir qui te fais un cul d'enfer, tu l'as acheté où, d'ailleurs ? Bon, et puis, je ne sais pas, la chemise bleue marine ? Et pas de broderies, pas de motifs de sapins, pas de capuche, pas de bonnet. »
« Le bonnet c'est pour mes cheveux, ils partent dans tous les sens, sinon. »
« Met de la laque alors mais… Adam n'aime pas me caresser les cheveux quand j'ai du gel, alors dès fois j'évite. J'imagine que pour un cours, ça n'a pas d'importance. »

Le lendemain, à 18h25, un taxi se gara devant un immeuble sous haute surveillance dont Ivan était un peu familier. Il gravit les quelques marches avec son chargement dans les bras et sourit au portier.

« Bonsoir Stephen. »
« Bonsoir, monsieur Strömberg ne m'a pas prévenu de votre visite. »
« Je viens voir monsieur Winford, en réalité. Ne vous dérangez pas, je sais où se trouve la réception. »

Il traversa le hall en saluant tout le personnel qu'il croisait, et fut ensuite conduit à l'ascenseur. C'est drôle, il s'était demandé dès son arrivée à New York qui pouvait bien occuper les deux derniers étage de l'immeuble de son oncle. Mais il n'y avait que des as de l'industrie dans les parages, et il avait supposé que c'était un vieil homme aigri qui vivait là-haut, enfermé à double tour. Comme il s'était trompé.

Son cœur battait de plus en plus fort à mesure qu'il approchait, l'impatience de revoir son ami l'avait étreint toute la journée, et atteignait son paroxysme maintenant qu'il était à deux doigts de le retrouver. Un grand sourire éclaira son visage dès que la porte s'ouvrit, et Ivan se perdit un instant dans la contemplation du superbe jeune homme devant lui. Il sembla à peine remarquer le départ de la réceptionniste, puis entra finalement dans l'appartement.

Ce qui est pratique, c'est qu'il n'y a pas besoin de visite, un coup d'œil circulaire suffit pour faire le tour du propriétaire complet – il n'y avait que l'intimité d'Ulysses qui était cachée, ce qui est normal. Ivan adressa un sourire épaté à son ami.

« Wouah, moi j'ai la forêt, et toi le château. »

Il posa ensuite son bric-à-brac – oui, il a un bric-à-brac, deux secondes, ça vient – sur le meuble le plus proche, pour retirer son manteau et ses chaussures, et tendit alors le premier à Ulysses, puis arrangea ses cheveux – parce qu'il ne portait pas de bonnet et n'avait pas mit de laque non plus. Et attrapa finalement sa boîte de petits gâteaux.

« J'espère que tu aimes la cannelle, j'aurais dû te le demander avant, en fait, mais je n'y ai pas pensé, et je les avais presque terminés. Mais on peut encore se rendre dans une pâtisserie, si tu veux Ah, et lui c'est… Rimbaud. »

Ivan montra du doigt le petit aquarium à moitié vide – pour ne pas renverser l'eau – qu'il avait amené, dedans, le poisson combattant rouge et bleu boudait un peu. Mais il n'y avait pas que l'aquarium, il y avait aussi tout le matériel nécessaire pour prendre soin du petit nouveau.

« Je… Comme tu avais l'air de bien aimer les poissons, je me suis dis que tu aimerais peut-être en avoir un. Il n'est vraiment pas difficile à entretenir, je t'expliquerais, si tu veux le garder, bien sûr. »

Voilà, voilà, après ses petites explications, Ivan se remit à contempler Ulysses, il lui fallait encore quelques secondes pour se faire à son aura de bogossitude et se remettre à agir à peu près normalement. Ce qui signifiait pour le moment qu'il allait se remettre à observer l'appartement avec plus d'attention, et constater que tout ça était décidément très moderne et très spacieux, comparé à sa maison un peu vieillotte, et surtout beaucoup plus encombrée – mais qui faisait plus décor de conte, la fée Nova ne devait pas y perdre au change.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Mar 19 Fév - 18:48

Pendant quelques secondes, Ulysses eut un peu de mal à comprendre que les bras de son nouvel ami étaient un peu encombrés, parce qu’il était trop occupé à le regarder lui, son visage et ses cheveux. Salem était un jeune homme clairvoyant, certes pas d’une clairvoyance aussi surnaturelle (et morbide) que celle de son fiancé, mais tout du moins avait-il vu juste : sans bonnet et sans laque, les cheveux d’Ivan étaient beaucoup plus beaux et l’Américain avait une furieuse envie de se perdre dans ces boucles brunes.

Comme des cheveux, il était passé à la ligne du visage, du visage à la chemise et de la chemise, inévitablement, aux bras et à cet étrange attirail, qui eut pour effet (peut-être salvateur) de ne pas lui laisser poursuivre son examen plus bas et de relever un regard interrogateur vers le Suédois. Soit Ivan avait une définition très particulière des desserts, soit il avait excédé sa part du contrat.

Un peu machinalement, Ulysses répondit :


— J’ai pas les armures qui marchent, malheureusement, et mon escalier ne change pas de place.

Oui, Ulysses regrettait un peu de ne pas vivre dans le château de Poudlard, à chasser les monstres dans la Forêt Interdite, mais il n’allait certes pas se plaindre de ce loft qui avait été une acquisition inespérée, non tant en raison de son prix, prohibitif pour n’importe qui d’autre, mais à cause de sa surface — car si Ulysses avait peur du noir, et de la solitude, de l’abandon, entre autres choses, il avait peur aussi des espaces trop confinés et l’idée de pouvoir laisser son regard vagabonder à perte de vue le rassurait un peu.

Il attrapa le manteau d’Ivan et le glissa dans l’un des placards qui encadraient l’îlot centrale de l’entrée ; c’était que des rangements, il y en avait partout, de plus ou moins cachés, qui abritaient les diverses collections d’Ulysses : les livres, les films, la musique, les vêtements, les coffres-forts, les armes. Le jeune homme arrangea le vêtement sur le cintre, pour s’assurer qu’il n’y aurait pas de faux pli, avant de se retourner vers Ivan, qui déjà lui tendait autre chose. Deux autres choses, en fait, des gâteaux et un poisson.

Un peu submergé et beaucoup plus stressé qu’il ne s’y était attendu, Ulysses bafouilla tant bien que mal :


— Euh. Oui. Merci. Non, pas besoin. J’aime bien la cannelle. Je suis pas très sucre, mais la cannelle… Rimbaud ?

Ulysses avait machinalement supposé qu’Ivan ne se déplaçait jamais sans son poisson, supposition raisonnable quand on avait découvert l’intérieur atypique dans lequel vivait le Suédois et l’idée que ce poisson pût être pour lui ne l’avait même pas effleuré. Ulysses écarquilla les yeux et rougit un peu, parce qu’on ne lui faisait pas souvent de cadeaux et que, généralement, désespérées à l’idée d’offrir quelque chose à quelqu’un qui pouvait acheter des immeubles, même les meilleures volontés se résignaient à lui offrir un livre ou un film (on lui avait dédié des livres ou des films, aussi, mais c’était une autre histoire).

Alors un vrai cadeau, original, fondé sur l’observation de son émerveillement, était une chose rare qu’il goûtait à sa juste valeur. Comme les enfants qui veulent un chat sans se soucier de la manière dont s’en occuper, Ulysses ne songea pas une seule seconde que tout cela impliquait certainement de l’entretien : nourrir la bête, changer l’eau, surveiller des niveaux chimiques de ceci ou de cela, veiller à l’ensoleillement, peut-être. Tout ce qu’il voyait, lui, c’était qu’il allait avoir un poisson et qu’Ivan lui avait offert un cadeau. Son petit cœur émotif se mit à tambouriner dans son torse et, à voix basse, il murmura :


— C’est… Vraiment très gentil.

Ulysses adressa l’un de ses sourires ravageurs à Ivan, avant d’aborder les détails pratiques.

— Il faut que… Il faut que je surveille un peu la cuisson. Mais tu peux l’installer sur le bar, si tu veux. Moi, je ne saurais pas trop faire, et comme ça, c’est à côté, et je peux te regarder. Je veux dire, te regarder faire.

En parlant, il avait aidé son ami à transporter une partie de son bric-à-brac sur l’immense bar qui longeait l’immense cuisine et, pendant qu’Ivan achevait de mettre son cadeau en place, il alla jeter de l’autre côté un coup d’œil aux légumes — tout se passait bien. Les recettes n’exigeaient pas une constante surveillance, parce qu’Ulysses n’avait aucune envie de passer sa soirée aux fourneaux et il voulait juste s’assurer, de temps en temps, que tout se déroulait bien, pour qu’Ivan fût satisfait.

Son inspection de routine faite, il revint vers le bar.


— Je peux te servir quelque chose ? Je n’ai pas d’alcool, parce que… Parce que je n’aime pas ça, en fait. Mais j’ai des sodas, des jus de fruit et des sirops, à un peu tout. Et des thés. À un peu tout aussi. Ou des cafés. Comme tu veux.

Pendant qu’Ivan faisait son choix, Ulysses observait ses gestes et, quand le jeune homme se retourna un instant, le regard de l’Américain descendit sur le jean si lucidement choisi par Salem et, à nouveau, il lui sembla qu’il faisait décidément très chaud chez lui. Précipitamment, son regard remonta vers les yeux d’Ivan, encore un peu charmé par son observation dérobée.

Il resta quelques secondes les yeux perdus dans ceux d’Ivan avant de revenir un peu à lui et de reprendre :


— Je vais… Te préparer ton verre.

Il plongea sous le bar pour farfouiller dans les bouteilles, sortit deux verres et se servit exactement la même chose qu’Ivan, avant de pousser le verre en direction du jeune homme. À présent, le poisson barbotait plus à son aise dans son bocal retrouvé. Ulysses regarda l’animal avec un air manifestement ravi pendant plusieurs secondes, avant de se faire un peu songeur. L’ange resta absorbé dans son observation puis, brusquement, mû semblait-il par une soudaine impulsion, il rompit le silence :

— Ivan, à propos d’hier. Quand je suis parti…

Ses yeux eurent le malheur de quitter le bocal pour revenir vers Ivan et aussitôt, l’Américain sentit tout son courage l’abandonner. Il tenta malgré tout de poursuivre :

— Je voulais… Je voulais…

Il sentit son estomac se nouer, baissa les yeux vers son verre, avala une gorgée et, d’une voix plus ou moins dégagée, changea aussi brutalement le sujet qu’il l’avait entamé d’abord :

— Ça te dirait de visiter ? Il y en a encore pour un petit quart-d’heure, avec la cuisson.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Jeu 21 Fév - 22:40

Ivan avait l'impression d'être redevenu un préado de collège boutonneux, le soir du bal de fin d'année – ce fameux bal qui se termine à dix heures, non, pas du matin – et de s'apprêter à demander la main de Katherina, celle avec le bel appareil dentaire, pour danser un slow. Bon, Ivan n'avait pas l'intention de demander quoique ce soit à Ulysses, parce qu'Ulysses était beaucoup trop bien pour lui, bien sûr, et surtout parce qu'il l'avait fuis deux fois.

Oui, deux fois, d'abord parce qu'il lui avait effleuré la main, mais aussi le soir, quand ils étaient assis sur son lit, il y eut cet instant où ils se regardèrent l'un l'autre. Les yeux d'Ivan se sont baissés vers les lèvres désirables de son ami et son cœur s'est emballé, ils étaient tellement proches, il aurait suffit de si peu. Mais Ulysses s'était alors levé et était partis précipitamment. Ivan comprenait la situation, après tout, il aimait encore son ex – et son ex qui était très intelligent et politiquement impliqué : il était de son monde – lui ne pouvait pas faire le poids, en comparaison.

Ivan suivit sagement son ami, et entreprit d'installer confortablement Rimbaud sur le bar, près d'une prise, il était pressé de le remettre à son aise car lui-même ne se sentait pas très bien en le voyant comme ça. Tout à ses manipulations, il répondit à Ulysses.

« Un jus d'orange sera très bien, merci. »

Son hôte avait beau lui dire qu'il avait chez lui "un peu de tout" Ivan craignit de trouver le seul jus qu'il n'aurait pas, comme un bon veinard, et préféra donc opter pour du très classique. Il se tourna alors vers Ulysses et il y eut de nouveau une seconde de flottement, même s'il ne comprit pas cette fois ce qui avait pu troubler l'éphèbe.

Un peu pensif, Ivan prit le verre et le fit tourner sur lui-même du bout des doigts, pas pressé de le boire. Il avait d'abord cru que c'était lui, en se montrant trop intéressé, qui provoquait la gêne d'Ulysses, mais cette fois-ci, il n'avait rien fait – à part mettre un pantalon qui incite au vice, mais ça, c'est la faute de Salem. Alors peut-être, peut-être que son camarade était…

Non, il se baignait d'illusion, ce n'était pas la première fois que son esprit lui jouait des tours, après tout. Plus il persistera dans cette voie, plus dur ce sera ensuite.

Ces sages résolutions s'effritèrent dès qu'Ulysses se mit à parler de l'incident de la veille, en un instant son cœur se mit à battre la chamade. Ivan le regarda, les yeux remplis d'un espoir qui lui coupait le souffle. Mais ce fut encor un faux départ, et il n'osa pas insister, paraître trop intéressé par le sujet, de peur de voir l'ange fuir une nouvelle fois. En tâchant de ne pas avoir l'air trop déçu, il hocha la tête.

« Avec plaisir, il est vraiment très beau, cet appartement. C'est un décorateur qui a fait ça, ou toi ? »

Voilà, parler de décoration, c'était très bien, et s'il se retrouvait à court de sujets de conversation, il pourra toujours demander les cours qu'Ulysses avait promis. Même si pour l'instant il n'avait pas du tout envie d'écouter une leçon, l'idée d'être seulement là pour dîner avec son camarade était tellement plus séduisante, même si c'était vraiment se faire de fausses idées. Ivan fit donc le tour du propriétaire en écoutant Ulysses, ou plutôt en regardant Ulysses et, accessoirement, en l'attendant parler de son appartement. Son regard s'attardant souvent sur les courbes que l'on devinait malgré les vêtements, et parfois sur les étagères, pour tenter de se faire une idée des goûts ou des lectures du jeune homme. Il ne s'exprima vraiment que lorsqu'ils passèrent devant le piano.

« Tu en joues ? »

Ce n'était pas vraiment une question, Ivan se doutait bien que l'instrument n'était pas là que pour décorer, mais il avait envie d'écouter un air. Même s'il n'avait plus approcher un piano depuis la fin du collège, il aimait bien, et trouvait tous les instruments de musiques très beaux visuellement, mais il n'avait eu la patience de s'y mettre sérieusement, dommage. D'un air rêveur, ses doigts glissèrent sur le clavier et s'immobilisèrent sur une volée de touches, l'instant d'après, un très ralenti et très hésitant morceau de Bach s'élevait dans l'appartement, il s'arrêta très vite avec un air d'excuse.

« Moui, je n'ai jamais eu le talent pour cela. »
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Ven 22 Fév - 8:36

L’un des petits inconvénients de sa psychothérapie — il l’ignorait encore — plutôt réussie était qu’Ulysses avait perdu la belle assurance qui, combinée à sa beauté surnaturelle, lui avait toujours servi, depuis plus de dix ans désormais, les jeunes et moins jeunes gens qu’il avait désiré sur un plateau d’argent ; quelques sourires, quelques regards, une proposition presque explicite et le tour était joué : le jeune homme n’avait jamais douté de pouvoir satisfaire son désir.

Seulement, les choses avaient changé, le temps avait passé et il avait mûri ; le désir qu’il cherchait à combler désormais, il le comprenait mieux et il savait qu’il n’avait que peu à voir avec le soulagement mécanique d’une tension corporelle et qu’ainsi il reposait sur d’autres fondements, où sa beauté ne jouait qu’un rôle parfois accessoire. Sa relation avec Adam, toute chaotique qu’elle fût, et les longues, longues discussions avec le docteur Ezelbaum lui avaient fait comprendre qu’il y avait quelque chose de plus savoureux qu’une nuit d’étreintes torrides, c’était la répétition de cette même nuit auprès de quelqu’un à qui l’on tenait, et tous les détails d’une relation normale.

Alors Ulysses se retrouvait dans une situation tout à fait inédite : il marchait dans son bel appartement, dans ses beaux vêtements, avec son beau visage, à côté d’un garçon qui lui plaisait, et il ne savait pas quoi dire, ni que faire. Jamais il n’avait vraiment, formellement, invité quelqu’un à sortir avec lui, et il n’était pas entièrement sûr des codes à appliquer, des mots à dire, des signes à saisir. Parfois, son regard croisait celui d’Ivan, et il lui semblait que ce que son camarade regardait, ce n’était pas l’agréable finition des placards ni le dessin d’un meuble hors de prix, mais lui-même, et il ne croyait pas que cet intérêt, chez un être semblable, pût être purement sexuel, mais cet espoir lui paraissait étrangement inconsidéré.

Intérieurement, en expliquant l’histoire de tel meuble, en tirant un livre ou un film de sa bibliothèque pour en faire l’éloge, avec cette aisance pour la conversation qui faisait de lui un excellent secrétaire de presse, il se maudissait intérieurement de sa couardise ; après tout, il n’avait rien de compliqué à accomplir : des millions de gens qui se plaisaient, tous les jours, passaient par cette petite étape toute simple et ce n’était pas une demande en mariage ou l’exigence d’une amour éternelle, mais un essai, important sans doute, mais sans conséquence dramatique. Quelque chose qui aurait dû être à sa portée.

Au lieu de cela, la conversation roulait sur tout autre chose.


— J’ai fait les principaux dessins, le choix de pas mal de choses, mais dans le détail, c’est un décorateur, oui. Mais j’aime bien, la décoration… C’est un peu cliché, bien sûr. Mais je trouve qu’il y a quelque chose de… Je ne sais pas, intéressant. Tous ces objets à faire aller ensemble. Trouver une cohérence pour un espace d’abord entièrement vide. Et à partir des premières décisions, les autres doivent se déduire. C’est… un chouette exercice.

De toute évidence, la décoration n’était pas la seule activité esthétique qui intéressât Ulysses : après le cinéma et la littérature, ses bibliothèques interminables exposaient désormais une immense collection de catalogues d’art, issus des expositions des musées du monde entier. On y trouvait des peintres anciens comme modernes, célébrissimes ou plus confidentiels, des volumes sur un artiste en particulier ou des expositions plus généralistes : Monet, Rembrandt, Poussin, le Fauvisme français, le Lorrain, Hopper, les Estampes Japonaises, Ambre Eydel, Duncan Wylie, Expressionnisme et Abstraction, etc.

Et enfin, le piano. Ulysses hocha la tête pour répondre à Ivan et le laissa s’installer. Le jeu un peu timide et maladroit de son ami fit naître un sourire attendri sur ses lèvres, tandis que ses yeux épousaient le trajet de ses mains sur le clavier et que son esprit, tant bien que mal, essayait de ne pas les imaginer sur sa peau. Le jeune homme déglutit péniblement et détourna le regard, pour se concentrer sur la seule musique. Ce ne fut que lorsqu’Ivan eût achevé son essai qu’il reporta son attention sur lui.

Avec un sourire doux, il répondit :


— Dis pas ça, c’est une question d’entraînement, c’est tout.

Bon, avec Ulysses, tous les problèmes pouvaient toujours se résoudre et le jeune homme pêchait parfois par un peu trop d’optimisme. Mais en la matière, il était certain que son camarade avait encore une marge de manœuvre. Ceci dit, il vint s’asseoir sur le banc du piano, tout à côté de lui, et se mit à caresser d’un air songeur, du bout des doigts, les touches de l’instrument, sans en tirer d’abord aucun son.

— Quand j’étais plus jeune, quand j’étais encore au lycée, j’avais décidé de devenir compositeur. J’aurais aimé… Je ne sais pas, il me semblait que j’étais fait pour cela, et puis de toute façon, quand bien même, ce n’était pas comme si j’avais besoin de vraiment avoir un travail. Je voulais faire de la musique. Mais…

Il eut un sourire un peu amer.

— Mon père trouvait cela inutile. Égoïste, d’une certaine façon. Dans ma famille, il faut qu’on fasse quelque chose de sa vie. Que ça serve. L’armée, ou la politique, ou l’industrie. Ce genre de choses. Maintenant, de toute façon, avec le recul, je crois que c’était un peu ridicule. De vouloir devenir compositeur, je veux dire. Après tout, je ne suis pas Beethoven. Mais quand même…

Il appuya sur une touche au hasard et, pour faire plaisir à Ivan, puisqu’il l’avait entendu jouer du Bach, entama le tout début des Variations Goldberg. Oh, il n’était pas un virtuose et à cela, devenir pianiste, il n’avait jamais songé : il était très bon, à force d’entraînement et de sensibilité, et c’était suffisant pour rendre l’essence des pièces à la plupart des auditeurs et surtout, pour explorer les compositions.

Comme il arrivait à la fin de la première variation, Ulysses ne sut s’empêcher d’entamer la seconde, plus mouvementée, et un sourire enfantin s’installa sur ses lèvres à mesure que ses doigts dansaient sur le clavier ; il n’avait rien du pianiste digne et un peu guindé dans son attitude joueuse et quand enfin ses doigts quittèrent le clavier, il resta quelques à contempler son instrument d’un air parfaitement ravi, comme un joueur qui venait de battre son record à Tetris.

Tout cela n’avait pas été sans lui donner un certain courage et il se retourna vers Ivan.


— Dis, Ivan, je me demandais… On ne se connnait pas beaucoup, mais… Enfin… Tu sais, je me demandais… C’est un peu idiot, bien sûr, et je ne voudrais pas que… Enfin, je n’ai pas envie que tu te sentes… Je ne sais pas… Juste, je me demandais si, peut-être, éventuellement, toi et moi, on pourrait…

Ulysses détourna soudain le regard, huma l’air et s’exclama :

— Le repas !

Avec précipitation et après avoir manqué de s’étaler de tout son long par terre en se prenant les pieds dans les pieds du tabouret du piano, le jeune homme se précipita vers sa cuisine, en pestant, comme souvent, sur les dimensions de son appartement, qui le forçaient aux courses d’endurance quand il désirait rapidement en rejoindre l’autre bout ; il parvint enfin à la cuisine pour constater le triste spectacle de la hotte qui aspirait désormais l’épaisse fumée blanche échappée de ses légumes carbonisés.

La visite avait duré beaucoup plus longtemps que prévu, essentiellement parce qu’Ulysses s’était étendu sur chaque détail qui paraissait capter l’intérêt d’Ivan. Le jeune homme s’empressa de couper le feu pour examiner plus à froid le résultat ; mais, de toute évidence, il n’y avait rien à sauver. C’était un peu bête, sans doute, mais il sentit lui monter les larmes aux yeux. Il battit des paupières pour les retenir, inspira profondément pour retrouver son calme et se tourna vers Ivan, qui sans doute l’avait rejoint.


— Je suis désolé, j’avais oublié ça et… Le repas est fichu. On peut… On peut toujours faire des pâtes. Ou commander quelque chose à livrer. Ou manger dehors, si tu préfères.

Puis, d’un ton beaucoup plus triste, Ulysses répéta :

— Je suis vraiment désolé…
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Sam 23 Fév - 13:36

Quelques coups d'œils dans les étagères suffisaient à se rendre compte qu'Ulysses avait des goûts variés et, probablement, une culture incroyable. Les escaliers avaient beau ne pas se déplacer, Ivan trouvait tout cela un peu magique et il se voyait bien papillonner d'un rangement à l'autre, visionner les films, feuilleter les livres et ainsi de suite. Pourtant sa maison regorgeait de choses, mais lui s'était peu à peu centré sur ce qui l’intéressait le plus, et cette caverne d'Ali Baba lui donnait envie de tout connaître.

Après avoir joué son petit air, il se poussa un peu pour laisser Ulysses s'installer, cette nouvelle proximité lui donnant encore une fois envie d''être un peu courageux et de lui confier ses sentiments. Pour l'heure, il se contenta cependant de l'écouter jouer, un sourire ravi sur les lèvres. À ses yeux, Ulysses était un excellent pianiste et le morceau parfaitement interprété. En plus, c'était du Bach, il aimait beaucoup, c'est d'ailleurs ses morceaux dont il se rappelait le mieux. Il regarda ses mains courir sur le clavier, sans arrières-pensées pour sa part, puis remonta jusqu'à son visage, et son cœur accéléra. Le voir sourire, s'amuser, était un spectacle enchanteur, il ne parvint plus à en détacher les yeux.

Quand Ulysses s'arrêta, le regard d'Ivan garda encore beaucoup de sa fascination, peut-être cela joua aussi un rôle dans les propos qu'il se mit à tenir. Son cœur se mit à battre de plus en plus fort à mesure que ses espoirs se concrétisaient. Il avait presque du mal à croire que c'était vraiment à lui que l'ange s'adressait. Il s'était déjà préparé à répondre quand…

Il eut un léger moment de flottement alors qu'Ulysses partait rejoindre ses légumes dont le pronostic vital était bien engagé, vu l'odeur, mais la surprise passé, son sourire ne fit que s'affermir un peu. Il plaisait à Ulysses, et Ulysses était tout à fait adorable, ce qui ne gâchait rien. Il rejoignit la cuisine à son tour, et ne put, comme son ami, que constater les dégâts, mais sa réaction fut bien différente. Il éclata d'un rire léger et cristallin. L'éphèbe était vraiment trop à croquer, avec sa moue triste et sa poêle de légumes carbonisés.

« Ce n'est pas grave, je suis sûr, je suis sûr que c'était délicieux. Mais des pâtes, ce sera très bien. »

Il s'approcha de lui, toujours souriant, Ivan n'était pas vraiment de ceux qui se préoccupent beaucoup des petits contre-temps comme celui-là et de toute façon, ce soir, il faudrait vraiment une chute de météorites pour lui enlever le sourire. Il laissa Ulysse mettre le nouveau dîner en route, et ne pu s'empêcher de piocher dans les épices qui étaient rangées sur un coin de l'immense bar, pour ajouter quelques saveurs à la préparation – et accessoirement se rapprocher des fourneaux, et de son ami. Une fois fait, il regarda bouillir la préparation, puis se remit à observer Ulysses, les souvenirs de sa déclaration avortée lui revinrent et il eut un air un peu rêveur.

« Ulysses, par rapport à ce que tu disais, tout à l'heure… »

Ses joues rosirent une fois encore, Ivan avait beau être presque quasiment sûr qu'il plaisait à l'Américain – mais on se sait jamais, il avait peut-être très très mal interprété ses paroles – il n'en était pas moins intimidé de confier ses sentiments à voix haute. Ce qui ne semblait pas pouvoir l'arrêter.

« Tu me plais beaucoup, j'adore passer du temps avec toi. Alors peut-être que nous pourrions être ensemble… nous mettre ensemble… heu… »

Bon, il n'était pas très sûr de la formulation, mais l'idée était là. Un peu nerveux, il regarda les pâtes qui continuaient de cuire. C'était peut-être "rester ensemble", hum… non.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Sam 23 Fév - 14:06

C’était catastrophique : tous ces légumes soigneusement choisis au marché, les uns après les autres, en regardant, du coin de l’œil, les habiles ménagères soupesées d’un air averti les aubergines, en tentant de reproduire les mêmes gestes, sans trop savoir ce qu’il était censé chercher, les légumes découpés, l’œil sur la vidéo de Youtube qui expliquait pas à pas les étapes de la préparation, les légumes mijotés tout doucement, comme sur la recette, sur Internet, les légumes étaient carbonisés.

Ulysses se sentait un peu idiot. Il avait envie d’assurer à Ivan que non, d’ordinaire, vraiment, il cuisinait très bien, enfin bien, enfin les plats étaient comestibles. Simplement, cela faisait quelques mois qu’il passait son temps au restaurant ou dans des réunions et les rares repas qu’il prenait chez lui, assis sur son canapé devant CNN ou au téléphone avec quelque responsable politique ou quelque journaliste, n’avaient certes pas brillé par leur élaboration ; en somme, il avait un peu perdu la main.

Un sourire perça néanmoins son air atterré quand Ivan se mit à rire. Ulysses avait certes quelques « légers » problèmes psychologiques, mais les menues contrariétés de l’existence glissaient sur lui, et ce soir-là d’autant plus aisément qu’Ivan ne paraissait pas lui tenir rigueur de sa déconvenue. Il esquissa une moue peu convaincue, moitié par jeu, moitié sérieusement et marmonna :


— Oui, enfin bon, quand même… J’avais regardé des vidéos et tout, moi.

Ceci étant dit, comme l’heure tournait et qu’il n’avait aucune envie que son invité tombât d’inanition quelque part dans son gigantesque appartement, Ulysses vida la poêle dans la poubelle, la glissa dans le lave-vaisselle et entreprit de mettre de l’eau à bouillir, en laissant Ivan fureter dans ses épices. Il y avait finalement quelque chose de beaucoup plus agréable dans cette préparation simple, quotidienne et exécutée de concert que dans le repas solitaire qu’il avait arrangé ; voir Ivan ouvrir ses placards pour trouver ses condiments, comme s’il était chez lui, faisait battre le petit cœur si sensible de l’Américain.

C’est dire si les paroles d’Ivan l’amenèrent à deux doigts de la crise cardiaque. Les yeux verts d’Ulysses s’étaient braqués sur le visage de son ami, avec une attention religieuse et, de toute évidence, le jeune homme n’avait aucune intention de préserver le mystère en jouant la feinte indifférence ; le paquet de pâtes toujours dans les mains, il tenta néanmoins de réprimer le sourire benêt qui menaçait d’envahir son divin visage et se contenta de baisser les yeux comme une jeune fille effarouchée et de murmurer :


— Se mettre ensemble, ça se dit, mais ce n’est pas très… C’est quand on emménage. Qu’on habite au même endroit. Sinon, on dit sortir ensemble. Ce n’est pas très poétique, mais c’est comme cela qu’on dit.

Sauf qu’Ivan n’attendait sans doute pas un cours sur les expressions idiomatiques de la langue anglaise et leurs subtiles nuances. Ulysses releva les yeux, pour admirer les joues rosies, les boucles, et se souvenir, avec une sorte de fierté — parce que tout de même, c’était son copain — du courage tout naturel d’Ivan le soir où Adam avait disparu, des animaux dont il prenait un soin attentif, de la simplicité avec laquelle il avait évoqué ses cours au lycée, de la sollicitude dont il avait fait preuve avec lui et Ulysses, que rien ne touchait plus qu’un cœur généreux, murmura :

— Ce serait parfait, Ivan.

Voilà voilà voilà. Il avait un petit copain et un paquet de pâtes dans les mains. Et il ne savait pas trop ce qu’il était supposé faire. De petit copain, il n’en avait jamais eu que deux dans sa vie, et dans des circonstances pour le moins particulières, et il y avait longtemps de cela déjà. Là, il était un peu désemparé. Si seulement Ivan avait eu des questions sur les mouvements de troupe en Irak, tout eût été beaucoup plus facile.

— Euh… Est-ce que… Peut-être que…

Ulysses se mordit la lèvre.

— Hmm…

Il adressa à son copain (on l’aura compris) un petit sourire timide.

— Désolé, je ne suis pas très… Je n’ai pas trop l’habitude. De tout ça.

C’était un peu difficile à croire, dans la mesure où une bonne partie de ceux et celles que les charmes masculins ne laissaient pas insensibles eussent vendu leur mère et leur chien pour l’un de ses sourires et l’on voyait mal comment Ulysses pouvait ne pas avoir l’habitude d’une pareille compagnie.

— Si je suis un peu maladroit, il faudra essayer de ne pas trop m’en vouloir.

Sur ces mots, il posa le paquet de pâtes et se mit à son tour à observer la casserole — comme tout le monde dans nos sujets, soit dit en passant. Lentement, et avec une timidité presque craintive que la seule nouveauté de la situation n’expliquait pas, il tendit la main et effleura du bout des doigts la main d’Ivan. Il sentit un frisson courir dans le creux de ses reins. Ses doigts se mêlèrent à ceux du jeune homme, sa main se referma sur la sienne et le frisson se répandit au bas de son ventre.

Alors ses doigts lentement relâchèrent leur étreinte et, avec une sensualité envoûtante, remontèrent dans une légère caresse le long de l’avant-bras d’Ivan ; chaque millimètre parcourut achevait d’irradier le corps d’Ulysses d’un désir qui ne lui était que trop familier et, brusquement, dans un éclair de lucidité, le jeune homme rompit le contact et s’écarter assez brusquement de son tout nouveau compagnon. Ses yeux n’avaient pas quitté la casserole et, obstinément désormais, il évitait de regarder Ivan.

Machinalement, le jeune homme attrapa une cuiller en bois et entreprit de remuer les pâtes — pour que ça n’accrochât pas. D’une voix plus ou moins dégagée, il essaya de faire la conversation :


— Et sinon, à part le piano, tu as eu d’autres activités ? Tu pratiques, je ne sais pas, un sport ? Ou des jeux ?

Et si cela ne marchait pas, Ulysses était prêt à parler de la pluie et du beau temps.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Mar 26 Fév - 21:27

Ivan avait beau avoir repéré quelques signes d'intérêts de la part du bel américain – signes pas toujours très discrets, certes, mais notre océanologue préféré n'est pas très clairvoyant – il attendait la réponse d'Ulysses avec un petit stress. On ne sait jamais, peut-être attendait-il toujours qu'Adam lui revienne, il y en a, parfois, qui restent attachés l'un à l'autre pendant des années, même en étant loin, alors il ne pouvait pas savoir, et même sans ça, le français capitaliste avait peut-être encore les faveurs de l'ange malgré leur dispute dont il n'avait pas pu comprendre grand-chose.

Heureusement, aucunes de ces tristes possibilités ne se concrétisa, à la place, Ivan reçu une petite leçon de langue qui le fit rougir jusqu'aux oreilles – mais n'était-il pas en cours, après tout. Confus, il voulut un instant tenter de rattraper son énième bourde, mais Ulysses fut plus rapide et sa réponse le laissa sans voix un instant, les yeux brillants, un sourire benêt sur les lèvres, il contempla son petit-ami tout neuf. Qui s'excusait déjà d'être maladroit alors qu'il n'avait encore rien fait. (Ça devait être joli, le couple Adam/Ulysse : "Pardonne-moi, je suis tellement maladroit." "Tu n'as rien a te reprocher, tu sais, je n'ai pas lu assez d'histoires, alors…" "Non, je n'en ferais rien, après tout, je suis un bourgeois…" Ralala, ces jeunes)

Ivan, donc, n'en voulait pas du tout à Ulysses d'avoir… d'avoir brûlé les légumes, quel maladroit, en effet, mais lui aussi, ça lui arrivait de temps en temps, quand il oubliait son plat dans le four ou ce genre de chose. Et en amour, il doutait qu'Ulyssers puisse faire pire que lui, c'était un gaffeur en puissance, il avait déjà commencé la veille, avec leur premier rendez-vous – qui était un cours – et sans doute en ferait-il encore beaucoup d'autres. Il se contenta donc de faire un sourire rassurant à son copain.

« Ne t'en fais pas pour cela. Je ne suis pas particulièrement doué non plus, pour tout t'avouer. »

D'ailleurs, ça le stressait déjà un tout petit peu, parce son petit-ami, v'voyez, il semblait tout droit sortit d'une série dégoulinante pour jeunes filles en fleurs. Sans doute avait-il vécu des histoires très chevaleresque avec de beaux garçons romantiques et galants – on des belles princesses – qui l'avaient fait rêver. Après tout, rien que l'étrange Adam était, paraît-il, un ange tombé du ciel dont la douceur n'avait d'égale que la force tranquille et le sens du devoir et ils auraient pu se marier – source : Salem. Bon, ils ne l'avaient pas fais, au final, et il ignorait pourquoi, mais tout de même.

Ses pensées furent cependant troublées par le geste de son copain. Qu'on se le dise, il y a beaucoup plus de poisson dans la tête d'Ivan que d'images de jeunes couples en sueur dans lascivement enlacés, oui, Ivan voit des dauphins. Alors il était plutôt loin de songer à plaquer Ulysses contre le lave-vaisselle quand il entrelaça ses doigts dans les siens et le laissa caresser ensuite son avant-bras – comme Adam, décidément. Il fut quand même un peu déçu que le contact cesse si vite, c'était un net progrès depuis la veille, mais Ulysses s'était quand même échappé. S'il avait cru la veille qu'il l'avait surpris ou offensé, cette fois, il lui était plus difficile de trouver une explication. Surtout qu'Ulysses semblait aussi un peu trop intéressé par la casserole de tagliatelles pour ne pas semblé perturbé. Ivan s'appuya contre le plan de travail en écoutant sa question.

« Je ne fais pas de sport régulièrement, mais j'aime beaucoup la randonnée et le ski. Je vais à Canaan Valley dans dix jours, d'ailleurs. J'espère que ce sera bien. Sinon j'ai fais beaucoup d'escalade, de kayak, de voilier, d'équitation, et essayé pleins d'autres choses. Je me suis souvent dis que j'allais me mettre à la natation, mais je n'ai jamais eu le courage. Du coup je n'ai pas beaucoup de muscles… »

Son regard se posa sur le corps de son petit-ami – qu'il était autorisé à regarder autant qu'il voulait, donc – Ulysses ne lui paraissait vraiment pas à plaindre à ce niveau et il espéra un instant qu'il n'en attendait pas autant de lui.

« Toi, tu fais beaucoup de choses, mais j'ai un peu oublié tout ce que tu avais dis… »

Il y réfléchit, mais ne pu pas faire revenir la liste non exhaustives qu'Ulysses avait faite alors qu'ils allaient sauver Adam. De toute, ce n'était pas vraiment le sport qui l'intéressait' pour l'heure.

« Tu… n'aimes pas qu'on te touche ? »

Après y avoir bien pensé, c'était la seule explication qu'Ivan avait trouvée pour comprendre pourquoi il l'avait si vite esquivé la veille, et pourquoi il avait tenté ce geste timide aujourd'hui. Bon, si c'était le cas, ça risquait de l'embêter un peu, quand même. Parce que les câlins et les baisers, il aimait beaucoup ça, l'air de rien. Mais après tout, c'était probablement supportable, il n'avait jamais connu ça avant. En tout cas, il préférait le savoir tout de suite plutôt que de prendre le risque de gêner à nouveau son très récent petit-ami.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Mar 26 Fév - 22:24

Que la vie était compliquée quand on s’appelait Ulysses Winford ! Certes, les milliards facilitaient les choses, tout comme la beauté exceptionnelle, et une solide intelligence, et une santé irréprochable, et… Bon. Ulysses devait bien avouer qu’en toute objectivité, l’existence ne l’avait pas vraiment martyrisé. D’ailleurs, le jeune homme était si conscient que de ses avantages qu’il se fustigeait intérieurement de pouvoir être parfois malheureux — car bien sûr, une famille décimée et une psyché chaotique n’étaient pas des raisons suffisantes pour avoir de temps à autre des coups de blues.

Non, Ulysses Winford n’était pas très sain d’esprit. Adam non plus, d’ailleurs, et, comme on commence à le comprendre, leur couple n’était peut-être pas fait pour durer et les raisons qui le conduisirent à son cuisant et spectaculaire échec peuvent se compter sur les doigts de trente-sept mains — ce qui fait, si nous calculons bien, trois-cents-soixante-dix raisons, dont nous vous épargnerons la liste, pour alléger une narration qui, avouons-le, ne progresse déjà pas bien vite.

Incapable de se rendre compte que, lorsque l’on était un jeune homme dans la force de l’âge et que l’on s’était abstenu pendant des mois, il était vraisemblablement tout à fait normal de se sentir un peu échauffé par un contact physique qui était légitimement l’annonce d’une proximité prochaine plus agréable encore et que le désir ainsi éveillé n’avait que peu à voir avec une quelconque pathologique psychologique enveloppée de mutations génétiques douteuses, Ulysses était persuadé d’être engagé sur la pente savonneuse de sa propre lubricité.

Alors, quand Ivan embrassa non pas ses lèvres mais le nouveau sujet de conversation, l’Américain fut soulagé et reconnaissant. Certes, il observait toujours les tagliatelles avec une concentration admirable, mais enfin, il avait le loisir désormais de laisser son esprit vagabonder sur les montagnes qu’Ivan gravissait tous muscles tendus par l’effort, sur le tee-shirt d’Ivan humide et collé contre son corps après une descente en kayak particulièrement mouvementé, sur…

Bon. Soit. Ce n’était peut-être pas très probant. Ulysses murmura d’un air totalement absent :


— …j’adore le ski, aussi…

L’escalade et le kayak, il n’avait jamais essayé, mais enfin, il avait un solide entraînement à l’aviron, cela pouvait compenser ; l’équitation, il n’était pas trop mauvais et la voile, il excellait. D’ailleurs, il adorait l’eau. Voilà. De l’eau bien glacée, ou de la neige, c’était exactement ce qu’il lui fallait. Il allait songer aux glaciers. Aux fjords. À la Suède. À la photographie d’Ivan sorti du sauna complètement nu (en tout cas, dans l’imagination).

Toujours pas très probant.

Ulysses coupa l’eau des pâtes, qui étaient prêtes, les versa dans la passoire, les reversa dans la casserole, entreprit de les mélanger avec la sauce savamment assaisonnée par Ivan (qui était un jeune homme très épicé, et brûlant comme les tropiques, et…) et manqua de s’empaler la main sur la cuiller en bois quand Ivan lui posa ingénument sa question. L’Américain se figea et rougit jusqu’à la pointe de ses (jolies) oreilles.


— Ah.

Certes. Panique à bord. Très lentement, Ulysses recommença à touiller les pâtes pourtant parfaitement mélangées à la sauce.

— C’est… Je…

Tout était fini. Hélas ! Son destin tragique était arrivé. Ivan, sans doute, appréciait chez lui la pureté angélique de son physique céleste et il se l’était représenté comme un être évanescent. Combien le Suédois allait-il être déçu d’apprendre que cette beauté avait été flétri dans une corruption terrestre et que la fange d’un monde pétri de chair avait souillée les ailes d’opale de son séraphique compagnon ! En d’autres termes, tout cela s’annonçait fort mal.

— Désolé.

Ce qui n’expliquait pas grand-chose. Le problème, c’était qu’Ulysses n’avait rien de ces héros de séries télévisées capables de monter des mensonges complexes pendant sept saisons, même pour les personnes auxquels ils tiennent, et qui dissimulent sans difficulté leur alcoolisme, leur relation incestueuse avec leur sœur jumelle et leurs activités psycopathiques derrière la bonhommie agréable d’un bon père de famille.

Non, Ulysses était un vrai chic type certes (légèrement) perturbé, qui ne voyait comme unique solution pour construire une relation stable que l’échange et l’honnêteté. Sauf que l’honnêteté, ce n’est pas toujours facile.


— En fait, je… Je… En fait… Le truc c’est que… Tu vois…

En plus, quand on avait grandi dans le monde de la grande bourgeoisie au langage parfois si policé, ces choses-là n’étaient pas aisées à articuler. Alors les avouer à son tout nouveau petit-ami qui, de toute évidence, n’était pas un garçon comme les autres, ce n’était pas très évident. Ce fut donc avec une toute petite voix qu’Ulysses murmura :

— Je suis hypersexuel.

Le problème, c’était que cela ne suffirait pas. Déjà que les gens n’avaient qu’une idée très vague de ce qu’était la schizophrénie, alors les maladies mentales exotiques, n’en parlons pas. Ulysses savait pertinemment qu’il allait être contraint de fournir des explications, des explications embarrassantes. Ulysses s’éclaircit la gorge, prit une profonde inspiration et, accessoirement, son courage à deux mains, releva la tête et tourna le regard vers Ivan, pour expliquer le plus calmement possible :

— C’est une maladie mentale. Elle est reconnue par la plupart des classifications, mais c’est encore relativement méconnu, même chez les psychologues. Ça se caractérise par un besoin excessif de relations sexuelles, recherchées et accomplies avec peu de critères discriminants. Ça dépend des personnes, mais dans mon cas, c’est comme ça. Coucher un peu avec n’importe qui, en somme.

Non, il ne pouvait pas regarder Ivan, en disant cela. Ulysses baissa les yeux.

— Les origines ne sont pas claires. Des fois, cela vient de certains médicaments. D’autres fois, c’est une addiction, comme pour l’alcoolisme. Bref… Ça a commencé quand j’étais très jeune. Juste au début de l’adolescence. C’était… Très difficile. Surtout que j’étais dans un pensionnat de garçons. Et… Enfin, peu importe. Ça a continué jusqu’à ce qu’Adam me quitte. À partir de ce moment-là, je suis allé en thérapie. Et depuis quelques mois, je n’ai touché personne. Mais du coup, j’ai peur de… Je ne sais pas. De faire une rechute. En fait… En fait…

Ulysses sentit sa gorge se nouer et les larmes lui monter aux yeux. Il cligna rapidement des paupières et reprit d’une voix plus incertaine :

— Ce n’est pas vraiment mon seul problème… J’ai aussi des crises de dépression. Et d’angoisses. Et des peurs déraisonnables. Enfin, voilà. Je suis un fou qui a couché avec des centaines des personnes. Littéralement, des centaines.

Le mutant releva un regard humide magnifique vers Ivan et murmura :

— Si tu veux partir, je ne t’en voudrais pas, tu sais. Ou on peut rester amis. Tu n’es pas obligé de… Je veux dire, ce n’est pas très vendeur. On pourrait rêver mieux comme petit ami…

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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Ven 1 Mar - 19:46

Mine de rien, Ivan en avait croisé pas mal dans sa vie, des gens un peu bizarres. Qui se ressemble s’assemble, dit-on. Et même quand ce n’était pas les gens, c’était les cultures découvertes au gré de ses voyages qui étaient intéressantes à observer, il y aurait tellement de choses à dire ne serait-ce que sur les Etats-Unis… Loin d’être fermé à ce genre de différences, Ivan se plaisait à essayer de comprendre le pourquoi du comment de telles habitudes, tel tic, tout autant qu’il aimait observer ses animaux favoris – qui étaient tout de même beaucoup plus simples à comprendre, de son point de vue.
 
Enfin, le Suédois avait beau être ouvert et avoir vu du pays, il était bien loin d’être préparé à l’ouragan Ulysses, et ses yeux se firent de plus en plus ronds à mesure qu’il l'écoutait. Bon, au moins il avait tout compris, c’était déjà pas mal, parce qu’il se serait mal vu demander quelques éclaircissements. Bizarrement, il était plus habitué à l’anglais technique et scientifiques qu’aux termes plus courants, et s’il lisait d’énormes bibles de biologie sans sourciller, il pouvait prendre le dictionnaire pour distinguer la blueberry de l’elderberry. Soit, son tout nouveau compagnon était hypersexuel, dépressif, angoissé, phobique, tout ça commençait à faire beaucoup, c'est sûr. Ulysses n’avait pas tords, un certain auteur pourrait reconnaître que son bébé adoré pouvait espérer mieux.
 
Cette nouvelle le laissa silencieux un bon moment, il y avait beaucoup à réfléchir, et Ivan ne savait pas vraiment par quel bout prendre le problème, ou plutôt les problèmes. Il demanda finalement d’un air incertain.
 
« Mais… Ça va ? Enfin, je ne sais pas, tu ne m’avais pas semblé si… mal. »
 
Il se gratta la tête, c’est vrai qu’avec son métier et cette façon qu’ont tous les gens de se laisser envoûter par le jeune homme, Ivan avait un peu de mal à s’imaginer qu’il vivait de si grandes difficultés. Si c’était le cas, alors il luttait vraiment bien. Pourtant, s’il se préoccupait tout de même beaucoup du bien-être de son ami, sa déclaration faisait naître chez lui une autre inquiétude beaucoup moins désintéressée. D’un air embarrassé, ses joues rosissant légèrement, il ajouta.
 
« Mais, heu… Cela veut dire que… enfin… »
 
Rien à faire, il ne savait pas comment formuler la chose, en virant sérieusement au rouge, il tenta.
 
« Je suis n’importe qui ? »
 
Il eut un air quelque peu abattu, parce que son attirance pour l’éphèbe, s’il elle n’était peut-être pas entièrement innocente, n’était pas non plus le fruit d’une pulsion irrésistible pour la chair. L’envie qui l’avait poussé à faire sa demande naissait de beaucoup plus de rêves romantiques que d'autres choses. Mais qu’en était-il d’Ulysses ? L’idée qu’il se soit complètement trompé, et que l’ange ait accepté ses avances parce qu’il n’en refusait jamais aucunes était à la fois triste et humiliante, mais cela expliquait peut-être les choses. Ivan ne s'était-il pas demandé comment un être aussi incroyable pouvait s'intéresser à lui ? Il avait maintenant sa réponse, Ulysses lui-même craignait que tout ça ne soit qu'une petite rechute. Sans doute n'était-il qu'un garçon de plus pour lui.

Ivan baissa tristement les yeux, l'idée de partir tout de suite avait beau sembler rationnelle, elle ne lui parut pas envisageable, d'abord parce qu'il ne se voyait pas laisser Ulysses seul avec sa détresse, alors qu'il venait de lui confier ces secrets difficiles, ensuite parce qu'il ne se voyait pas non plus seul chez lui après avoir largué son éphémère copain. Il se rapprocha un peu d'Ulysses.

« Écoute, je ne sais pas vraiment quoi penser de tout ça, ce n'est pas très vendeur, c'est sûr. Mais pour l'instant, ce que j'ai vu, c'est que tu es gentil, intelligent, intéressant, charmant, très honnête… Tu fais mieux que beaucoup de personnes avec qui j'ai pu aller. Je ne sais pas ce que tout ça implique, on ne se connaît pas encore beaucoup. Mais moi je veux te connaître. »

Un instant, sa main effleura celle du jeune homme, avant qu'il ne se ravise, ce n'était apparemment pas avec ce genre de contact qu'il allait mettre son ami à l'aise ou le rassurer. Un réflexe pourtant difficile à retenir.

« Je crois que je vais avoir à ne pas toucher par contre. Je… j'aime bien, quand même… et être touché aussi… »

Ses joues rosirent légèrement alors que les dauphins laissaient un peu place à quelques autres considérations. (et j'ai hâte de voir les effets sur Ulysses)

« Hum… Et si nous mangions ? »

Voilà, un bon changement de sujet, ça peut toujours sauver.

« Malgré ma mine tranquille, j’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence. »
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Ven 1 Mar - 20:54

Un jour, au hasard de ses multiples lecteurs, Ulysses était tombé sur une pièce de théâtre d’un auteur espagnol, du moins supposait-il, Rodrigo Garcia, qui s’intitulait : J’ai acheté une pelle chez Ikéa pour creuser ma tombe. Tel était exactement son sentiment en ces instants douloureux pendant lesquels il observait les tagliatelles mariner dans leur sauce tandis qu’Ivan conservait à côté de lui un silence terrible. L’innocence séraphique qu’Ulysses prêtait à celui qui était déjà, sans doute, son ancien petit copain, n’arrangeait pas son malaise.

C’était que l’Américain n’avait pas l’expérience des réactions calmes et pondérées, quand on apprenait ses petites instabilités mentales. Même Adam, qui était l’exemple du flegme, avait eu du mal à naviguer dans ces eaux pleines d’écueil. Au moins était-il resté courtois et c’était loin, très loin, d’être le cas de tous ceux qu’Ulysses avait pu connaître, les hommes surtout, pour qui il était rapidement devenu une sorte d’objet, très beau et très doué dans son domaine, certainement, mais guère plus qu’un vibromasseur de luxe.

Mais Ivan n’avait décidément rien de ce fameux Français qu’Ulysses avait giflé, la veille, dans le café du centre culturel et l’Américain fut époustouflé que la première réaction de son ami consista à s’inquiéter pour lui, plutôt qu’à tenter de dissimuler plus ou moins adroitement le dégoût qu’il lui inspirait. Ulysses releva son regard angélique vers le Suédois, un peu désemparé mais, avant qu’il n’eût eu le temps de répondre, les choses commencèrent à se compliquer sérieusement.

Une profonde tristesse envahit les yeux parfaitement verts du mutant quand Ivan formula sa seconde question et une pointe de vexation perça sa sensibilité. Il n’avait certes pas l’impression de traiter Ivan comme n’importe qui et le signe infaillible en était qu’il l’avait accueilli dans sa forteresse. Et le repas. Et les messages. Et… Tous ces signes avaient-ils été perdus ? Mal interprétés ? Effacés par sa difficile confession ? Ulysses baissa les yeux d’un air coupable alors que la douche écossaise continuait et qu’après avoir exprimé ses doutes, Ivan l’assurait de son soutien.

Et après le soutien vint l’épreuve. Ulysses, qui était très imaginatif, n’eut aucun mal à se représenter Ivan en train de le toucher et lui-même en train de toucher Ivan. D’autres images plus précises et plus variées, fruits d’une très longue expérience, on l’aura compris, dans le domaine, se mirent à envahir l’esprit du pauvre malade et lorsque Ivan suggéra de manger, l’Américain resta immobile, absorbé dans sa contemplation du plat de pâtes.

Mais en réalité, il venait d’avoir une révélation. Ou plutôt, il avait constaté une évidence. Il avait beau penser encore et encore aux fesses d’Ivan agréablement sculptées par le pantalon choisi par Salem, il n’était pas en train de se jeter sur son ami pour lui faire l’amour sur le plan de travail. C’était que l’addiction d’Ulysses était purement psychologique et n’avait rien d’une inéluctable nécessité ; après plus d’un millier de séances chez une psychothérapeute de talent, le jeune homme pouvait raisonnablement estimer que, sans être guéri sans doute, il était très loin de son existence passée.

Seulement, comme il s’était religieusement abstenu, il n’avait pas eu l’occasion de s’en assurer. Mais cette première épreuve était des plus concluantes : il gardait le contrôle de son corps et c’était déjà une excellente chose. D’une voix songeuse, il glissa :


— Oui… On va manger… Je vais mettre la table…

Enfin il sortit de son immobilité et ouvrit un placard pour sortir les assiettes, avant d’abandonner presque aussitôt son projet pour venir se poster devant Ivan et plonger son regard hypnotique dans celui du jeune homme.

— Tu n’es pas n’importe qui. Tu me plais beaucoup. Tu es… J’aime bien ta façon de t’occuper des animaux, avec patience, douceur, mais précision aussi. Je veux dire, ce n’est pas seulement une lubie chez toi, c’est une vocation, et je trouve cela noble, touchant et rassurant. Égoïstement, j’ai l’impression que tu pourras prendre soin de moi. Pas tout le temps. Parce que je te rassure, je passe pas mon temps à me lamenter ou tétanisé dans un coin. Avant, parfois, si. Mais plus maintenant.

J’aime que tu donnes des cours de suédois alors que tu n’en as absolument pas besoin et la façon que tu as eu de venir au café, avec tes photographies, et tes musiques, c’était remarquable. Je veux dire que c’était mignon, mais aussi… On voyait que tu avais envie d’apprendre. De partager. J’aime ça chez toi. Ta bonté. Les gens se moquent parfois, maintenant, avec le cynisme, la modernité, de ce mot : la bonté. Mais c’est une qualité rare et remarquable.

Et puis, bien sûr, tu es intelligent. Tout ton équipement scientifique, et tes études, je ne vais pas te mentir, je n’y comprends pas grand chose, mais je trouve ça impressionnant. C’est euh… C’est un peu ridicule, mais je trouve ça classe. L’idée que tu sois penché sur ton microscope, pour prendre des notes, faire des recherches. C’est séduisant. Et à côté de cela, tu es courageux. Vraiment courageux. Et ça aussi… Enfin, je veux dire, c’est viril. Et hm… J’aime bien ça.

Et avec tout ça, tu es fragile, tu sais… J’ai l’impression que tu doutes un peu de toi. Dans tes regards, dans tes gestes. Il y a quelque chose d’un peu enfantin, d’un peu incertain et même, parfois, d’un peu triste. Une sorte de solitude, peut-être. Et c’est très touchant. Ça me donne envie de te protéger. Et je sais, avec ce que j’ai dit, on n’a pas l’impression. Que je puisse faire cela. Mais je peux. Protéger.


Le regard d’Ulysses se détacha finalement de celui d’Ivan alors que le jeune homme abordait un sujet plus délicat.

— Alors oui, je te trouve très attirant. J’aime beaucoup tes cheveux, et surtout sans bonnet, comme ça, naturel, c’est très beau. Tu as des fesses à tomber et… Ton accent. Ton accent est incroyablement sexy. Tu as de jolies mains. Un très beau sourire. Et la façon dont tu tiens ta tête… Et dont tu me regardes. Bref. Mais tu n’es pas qu’un corps pour moi. Certainement pas. Pas n’importe qui.

Ulysses tendit timidement le cou et déposa un baiser sur la joue d’Ivan — un instant, son visage resta près de celui de son ami, alors qu’un frisson dévalait le creux de ses reins. L’une de ses mains se leva, se ravisa, retomba et, avec un sourire mi-charmé, mi-attristé, il répéta :

— Je vais mettre la table…

Cette fois-ci, il se détacha pour de bon d’Ivan, attrapa deux assiettes, déposa les couverts et les verres dessus et transporta son équipement vers la table à quelques mètres de là, entreprenant d’arranger très soigneusement les divers objets, pour se donner un peu de temps pour se calmer. Il avait cédé, en parlant à Ivan, à ses habitudes de sincérité, à la facilité naturelle qui était la sienne d’exprimer ses observations et ses sentiments, mais il craignait à présent que cette déclaration trop détaillée effrayât son ami, parce qu’il ne se rendait pas compte de ce qu’elle avait de délicat et de romantique.

Et puis, il n’avait pas très bien compris où ils en étaient. En repensant aux réponses d’Ivan, il se demandait s’il était censé en déduire que le jeune homme préférait, pour l’heure, rester amis. Dans ce cas-là, son baiser sur la joue était horriblement inapproprié. Ou bien alors la proposition originelle du Suédois tenait toujours ? N’était-ce pas après tout ce qu’Ivan avait envisagé, quand il avait confessé qu’il aurait du mal à s’empêcher de le toucher ? Mais il se trompait peut-être…

D’une voix d’abord inaudible, Ulysses murmura :


— Qu’est-ce que…

Se rendant compte qu’Ivan ne pourrait sans doute pas l’entendre, il leva la tête et articula plus distinctement — quoique d’un ton nerveux et un brin précipité :

— Qu’est-ce que tu veux boire ? J’ai toujours… Mais tu sais ce que j’ai, je te l’ai déjà dit. Si vraiment tu veux du vin, on peut toujours demander à la réception, il devrait y avoir des magasins d’ouvert. Ou sinon, je peux demander aux voisins. Je ne les ai jamais vus de ma vie, à vrai dire, mais je ne sais pas, ce serait l’occasion de les rencontrer. Et aussi, je me demandais, est-ce qu’on sort ensemble ou pas ?

L’ultime question était sortie tout naturellement et, aussitôt, Ulysses rougit et bafouilla :

— Non, pardon, désolé. Ce n’était pas ce que je voulais dire. Tu as sans doute besoin de temps… Pour réfléchir. Et c’est bien normal. Et… Et voilà.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Jeu 7 Mar - 23:06

Ivan s'en voulut presque immédiatement d'avoir mit en doute la sincérité des sentiments d'Ulysses à son égard, l'ange était tout à fait transparent dans ses mimiques et attitudes, et il comprit juste en voyant ses yeux devenir un peu triste qu'il faisait fausse route. S'il se sentit coupable, il fut aussi rassuré, d'une certaine manière, puisque c'était aussi la preuve qu'il comptait aux yeux de son ami. Une preuve qui pour celui-ci ne devait pas être suffisante, car il entreprit de lui faire un portrait détaillé et élogieux de sa personne.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Ivan ne s'y attendait pas, autant parce qu'Ulysses en disait plus sur lui après l'avoir côtoyé quelques jours que ses exs en aurait fais après plusieurs semaines que parce que lui-même ne s'était jamais vu comme ça. Doux et patient, d'accord, il l'était, courageux et viril, par contre, il n'aurait pas penser à ça. Mais la sincérité manifeste d'Ulysses ne laissait aucune place au doute, l'ange le voyait vraiment de cette façon. Dire que ses paroles le firent rougir serait un euphémisme, Ivan était profondément touché, son cœur tambourinait dans sa poitrine, il sentait que ses joues étaient brûlantes et ne retenait pas le large sourire béat qui s'était installé sur ses lèvres. Il flottait dans un nuage de bonheur stupide, comme s'il venait d'entendre que les Chinois retiraient la soupe d'aileron de requins de leurs menus, mais en un million de fois plus intense. Et ça ne s'arrangea pas quand son camarade se mit à parler de son physique, il demandera des conseils à Salem plus souvent, c'est vraiment une référence.

Il eut un léger frisson le parcourut quand Ulysses lui fit une bise, c'était bête, mais connaissant les difficultés de son ami, le moindre contact prenait un sens et une saveur bien différente de tout ce qu'il avait pu connaître auparavant. Quand il partit mettre la table, Ivan resta planté près de la gazinière, à le dévorer des yeux avec le même sourire stupide pendant plusieurs longues secondes, avant de se secouer un peu et d'aller le rejoindre. Il aurait aimé avoir un aussi bon sens de la rhétorique que son ami, mais les mots lui manquaient – presque au sens stricte du terme, il n'était pas sûr de connaître un mot de vocabulaire anglais assez fort pour faire comprendre à l'ange combien il le trouvait exceptionnel.

Et comme si Ivan n'était pas déjà assez séduit, voilà que maintenant l'ange se comportait de façon totalement craquante. Le jeune homme avait beau voir des dauphins dans l'image, il lui fallut faire de gros efforts sur lui-même pour ne pas prendre son ami dans ses bras et le dévorer de baisers alors que celui-ci bredouillait timidement, après sa demande. Il le regardait maintenant comme s'il était la septième merveilles du monde – repoussant Adam à la huitième place, devant le phare d'Alexandrie, si je me souviens bien – et murmura avec douceur.

« Bien sûr qu'on sort ensemble, je ne te laisserais pas partir si vite… »

Il eut un petit air amusé et se rapprocha un peu de lui, parce que c'était quand même très dur de résister.

« Je n'aime pas beaucoup l'alcool, mais si tu veux fêter ça au vin, au champagne, ou au cidre, on peut aller voir mon oncle, il est au septième. »

Voilà, Ulysses connaissait maintenant l'un de ses voisins, au moins de nom, c'était déjà ça. En tout cas c'était quand même bien pour ça qu'Ivan ne pourrait pas vivre dans ce genre d'immeuble, la sécurité est peut-être exemplaire, mais tout ça est un peu froid. Cela dit, Ivan n'avait pas très envie de bouger et papoter avec le voisinage ce soir, ce n'était pas du champagne qui allait illuminer sa soirée, et si le regard qu'il posait sur Ulysses était toujours aussi fasciné, il avait un peu tendance à s'attarder sur ses lèvres qui, assurément, devaient être très douces. Mais il avait vraiment trop peur de le faire fuir à nouveau pour tenter de l'embrasser, même s'il brûlait en même temps du désir de faire comprendre à Ulysses ses sentiments, sans trop oser se lancer dans une longue tirade qu'il serait incapable de tourner comme il faut.

Prudemment, alors qu'il était maintenant très près de son petit-ami, il posa sa main sur sa joue et la caressa du doigts. Pour le coup, il avait vraiment l'impression d'être en train d'apprivoiser l'ange tant il tentait de comprendre chacune de ses petites réactions pour savoir s'il allait trop loin ou pas, mais au cas-où, il souffla quand même.

« Si tu veux arrêter, dis-le moi. Il n'y a pas de problèmes, je ne veux pas que tu te sente mal. »

Ce disant, il fit doucement glisser sa main dans sa nuque, avant de se rapprocher prudemment pour poser ses lèvres sur les siennes.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Ven 8 Mar - 9:17

Mais Ivan, voyons, était très viril. Ulysses, qui en la matière était sans doute le parangon de l’objectivité, était résolu à défendre sa position face à n’importe quel détracteur et, comme nous venons de le voir, le jeune homme était doué avec les mots. Bien sûr, Ivan n’avait pas la masculine brutalité du militaire au torse velu qui parcourait les jungles latines pour renverser les gouvernements légitimement élus par le peuple, et c’était une autre virilité qu’Ulysses lui trouvait : la force protectrice, patiente, sincère et douce, le calme un peu fragile, les yeux profonds comme l’océan où nageaien les dauphins lubriques.

Mais tout cela, Ulysses ne pouvait plus guère le voir, parce qu’il avait, en s’excusant, piteusement baissé les yeux. Pour une première soirée, c’était un échec complet, assurément : il avait fait brûler les légumes, signe avant-coureur de la catastrophe à venir, il avait dû avouer ses perversions, Ivan pensait qu’il n’était attiré par lui que pour la forme divine de ses fesses et, désormais, il ne parvenait plus à s’exprimer clairement. Si Ivan ne partait pas en courant, Rimbaud sous le bras, c’était vraisemblablement parce que le jeune homme était trop bien éduqué — ou bien il était perdu dans l’appartement et incapable de retrouver la sortie.

Ulysses était donc fin prêt pour entendre l’une de ces terribles réponses comme « je préfère qu’on reste amis » ou « je sais pas, on verra, peut-être, avec le temps » ou « espèce d’obsédé, tu crois pas que je vais te laisser m’approcher ». Alors quand le délicieux accent suédois de son petit ami (finalement) modula quelques mots magiques avec une douceur séraphique, l’ange avait l’impression de se retrouver à la fin heureuse d’une comédie romantique, là où la musique victorieuse résonnait autour du baiser du couple (hétérosexuel) enfin réuni après de terribles épreuves — c’était dire si le premier quart d’heure de leur relation avait été mouvementé.

L’Américain releva ses beaux yeux océaniques — sans doute ce qui avait séduit Ivan — ça, et le reste de la marchandise, qui n’était pas mal non plus — l’Américain, donc, releva romantiquement ses beaux yeux océaniques vers son ami, avec un sourire presque timide, parce que maintenant, c’était certain, ils étaient ensemble, ils avaient passé la première épreuve, et désormais toute une vie s’ouvrait devant Ulysses, une vie qui lui était un peu étrangère et pour lesquelles ses expériences précédentes s’étaient révélées pour le moins désastreuses.

L’idée que l’oncle suédois d’Ivan pût vivre dans le même immeule que lui à New-York et que la coïncidence devait émerveiller toute âme un peu satisticienne glissa sur son esprit sans y faire beaucoup d’impression tandis qu’il murmurait d’un air tout à fait fasciné :


— Moi non plus… Je n’aime pas tellement cela… L’alcool.

C’était fou, tout de même, le nombre de points communs qu’il y avait entre eux : ils étaient deux garçons riches qui aimaient les garçons et n’aimaient pas l’alcool. Là, c’était certain, ils étaient fait l’un pour l’autre. Ulysses, lui, n’allait peut-être pas si vite en besogne, trop conscient que sa dernière tentative précipitée s’était soldée par le départ d’Adam et le plus grand échec sentimental de sa jeune existence ; il était plus circonspect à présent, et se contentait de contempler Ivan comme une œuvre d’art.

L’œuvre d’art était du reste particulièrement mobile et, même, tactile. Soit Ivan avait une confiance en son nouveau petit ami parfaitement démesurée, soit il n’avait pas conscience de l’ampleur des dégâts que l’addiction d’Ulysses avait faits dans son passé, soit, enfin, il était assez clairvoyant pour supposer que le jeune homme était, sinon guéri, du moins plus solide, toujours fut-il que sa main se déposa sur la joue d’Ulysses, comme on eût posé un paquet de Dragibus devant un Rondoudou diabétique.

« Si tu veux arrêter… » Oh mais Ulysses ne voulait pas arrêter — Ulysses ne voulait jamais arrêter — c’était un peu le problème. L’Américain sentit le désir s’épanouir à nouveau lorsque la main d’Ivan passa sur sa nuque et répondit, tout à fait incapable d’articuler quoi que ce fût de vaguement intelligible :


— Hmm…

Il ne se sentait pas mal du tout, si ce n’était la frustration de plus en plus dévorante de ne pas pouvoir immédiatement goûter aux lèvres d’Ivan et cette dernière douleur fut vite effacée par la chaude caresse qu’elles vinrent offrir aux siennes. Il ne fallut pas longtemps à Ulysses pour retrouver des réflexes cultivés en lui par de longues années d’expérience ; il déposa une main au creux du dos d’Ivan pour l’attirer tout contre lui et entreprit de rendre le baiser peu à peu plus passionné et si avec un piano, il était simplement doué, avec un corps humain, il était virtuose.

Le jeune homme le sentait bien, ce baiser n’avait rien à voir avec les caresses désespérées qu’il avait tant et tant cherchées, par le passé, chez les hommes comme chez les femmes, sans se soucier de rien d’autre que d’avoir, pour quelques heures, la fragile illusion d’être aimé ; et pourtant, parce qu’il s’était longtemps abstenu, parce qu’il était jeune, encore, plein d’un désir spontané et indomptable, parce qu’il n’avait jamais fait qu’embrasser, ce fut tout naturellement que sa main libre se glissa sous le haut d’Ivan pour venir caresser sa taille, avec une sensualité évocatrice.

Avant de s’enfuir brusquement alors qu’Ulysses rompait un baiser qui n’avait rien de la pudibonde chasteté des comédies romantiques et tout des passions autenthiques. Le jeune homme avait reculé de quelques pas, avec ses belles lèvres, et ses belles mains et son envoûtante sensualité, l’air tout à fait paniqué.


— Je suis… Je suis désolé. Ivan. Je suis désolé. Ça ne… Pars pas. Je t’en supplie. Ça ne se reproduira pas.

Cette étrange promesse qui, dans l’esprit dérangé d’Ulysses, devait retenir Ivan près de lui plutôt que de le faire fuir de déception avait été articulée, de toute évidence, à contrecoeur, parce que le regard qu’Ulysses ne parvenait pas à ne pas poser sur Ivan avait conservé tout le brûlant désir qui l’habitait et quand ses yeux, une promesse bien plus crédible s’agitait de nouveaux et semblables baisers.

Ulysses ferma les paupières.

Le jeune homme prit une profonde inspiration, rouvrit les yeux pour regarder le (très beau) plancher de l’appartement et se perdit à nouveau dans ses préparations alimentaires.


— Est-ce que tu veux… est-ce que… Avec les pâtes, j’ai du parseman. Ou de l’émental. Ou… Peut-être d’autres fromages, aussi. Et des câpres, sans doute, quelque part. Si tu veux rajouter quelque chose. Parce qu’elles vont refroidir. Les pâtes. Et euh… On ferait bien de manger. Et puis il y a le cours… Le cours de…

Ulysses s’interrompit en constatant, horrifié, que ses yeux n’étaient de toute évidence pas la seule partie de son corps à trahir le désir qui l’avait envahi en embrassant Ivan et cette autre manifestation, que son pantalon, hélas, n’oppressait pas entièrement, augmenta encore un peu sa honte et son humiliation. Sans crier gare, il abandonna la table et partit s’enfermer dans l’une des immenses salles de bain de l’appartement, celle qui jouxtait la première chambre d’amis, le long de l’allée principale, au rez-de-chaussée. S’enfermer, c’était un bien grand mot : dans sa confusion, il n’avait pas poussé le verrou et s’était contenté de s’asseoir par terre, dans un coin, pour fondre en larmes.

Pendant ce temps, Rimbaud tournait dans son aquarium.

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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Sam 9 Mar - 23:20

Assurément, Ivan ignorait encore la portée des problèmes d'Ulysses et les conséquences que pouvaient avoir ce genre de contacts. Il se serait attendu, au pire, à ce que son ami s'échappe comme il l'avait déjà fait, mais ce fut tout le contraire puisqu'il le prit contre lui et devint très vite tactile. Les caresses inattendues, de part leur rapidité, électrisèrent Ivan d'autant plus qu'il n'avait plus vécu ça depuis un bon moment et qu'Ulysses savait visiblement y faire.

Cependant, Ivan commença vite à comprendre les problèmes de son ami quand celui-ci recula brutalement, l'air très perturbé. Et échaudé. le Suédois le regarda d'un air désolé, regrettant son geste, il ouvrit la bouche pour dire à Ulysses qu'il n'avait pas à s'excuser tandis que celui-ci listait nerveusement des fromages.

« Ulysses… »

Trop tard, son bel ami s'était enfuis dans une pièce, il le suivit pour s'arrêter devant la porte qui venait de se refermer sur lui. Hésitant, il frappa, puis tenta de l'appeler, et finalement comme rien ne venait, il essaya d'ouvrir la porte, qui n'était donc pas fermée, et regarda avec tristesse son tout récent petit-ami roulé en boule sur le carrelage. Un spectacle déchirant s'il en est, Ivan ne comptait plus les fois où l'ange avait eut l'air attristé par sa faute, mais là, il pleurais pour de bon.

« Älskling… »

Prudemment, il s'approcha de lui et vint s'asseoir contre le mur, juste à côté, maintenant, deux problèmes s'imposaient à lui, un, il ne devait pas le toucher même si le pire des bidasses aurait voulu câliner l'ange blessé en cet instant, deux, il devait parler, en anglais, de ce problème épineux, il ne le sentait pas trop, pour tout avouer, mais enfin. Sa main s'approcha des cheveux d'Ulysses avant qu'il ne se ravise et se la fourre dans une poche, bon allez, des mots, des jolis mots bien agencés pour lui faire comprendre que les garçons, parfois, ça bande – bon d'accord, l'auteur est mauvaise langue.

« Écoutes äls… Ulysses… Tu n'as rien à te reprocher, et je ne vais pas partir parce que je te plais. »

Il eut un petit sourire, c'était quand même un peu flatteur de voir l'effet qu'il faisait chez son partenaire, lui qui avait tendance à douter de ses charmes, ça faisait un sujet de stress en moins. Ulysses ne pouvait pas cacher plus de trois secondes l'effet qu'il lui faisait. En parlant d'effet, justement, il était temps d'aborder la partie compliquée de l'affaire, et là les mots lui manquaient clairement. Il eu un très vague signe du côté du pantalon d'Ulysses.

« Et… ça… Ce n'est pas mal non plus, un peu gênant, c'est sûr, mais ça arrive à tous le monde. Tu ne fais pas de rechute, et je ne suis non plus choqué, tu sais… Je crois que tu me trouve un peu plus sage que je ne le suis, si tu penses cela. »

C'est le cas de le dire, Ivan se gratta la tête d'un air mi-amusé, mi-gêné, il n'avait pas une si grande expérience que ça, surtout en matière de garçons, mais enfin, il n'était pas non plus à plaindre. Sa main s'était échappée de sa poche, et une fois de plus, il tentait de se tenir tranquille malgré son envie de protéger virilement – puisqu'il paraît qu'il l'est – Ulysses de ses bras. Au lieu de ça, il réfléchit.

« Donc, si je te touche, ça te donne envie de faire les… l'amour ? »

C'est apparemment ce qu'il fallait comprendre de ce qu'il venait de se passer, mais encore une fois, difficile pour Ivan de décider de fuir un homme magnifique, qui lui plaît, juste parce qu'il a envie de lui sauter dessus. Discrètement, il se rapprocha un peu.

« Écoute, älskling… rah… »

Son téléphone éclaira faiblement la salle de bain, parce que pour moi Ulysses n'a pas allumé la lumière, tandis qu'Ivan pianotait rapidement dessus, avant de plisser les yeux pour lire d'un air incertain.

« Mon cheu…ri, écoute, je vois bien que cela te fais peur de ressentir ce genre de désirs. Alors, si c'est parce que cela te dégoûtes, ou qu'il te faut du temps, j'essaierais de ne pas te… provoquer, je vais dire. Mais si c'est juste ma réaction qui t'inquiètes, il n'y a pas de raisons. On peut peut-être y aller tout doucement ? Regarde, juste comme ceci… »

Ivan posa juste ses doigts sur ceux d'Ulysses, et resta comme ça sans bouger, à contempler Ulysses avec douceur. Après un moment de silence, il souffla.

« J'ai envie de te protéger, mais pour moi c'est toi le plus fort. Je t'ai souvent regardé à la télévision, tu parlais très bien, tu étais très sûr de toi, très beau, intelligent, intéressant, aussi. J'ai voulu te ressembler tout de suite, tu m'impressionnais. Te voir comme ça, maintenant, c'est un peu triste, mais c'est touchant aussi, et puis… Tu as l'air tellement parfait, c'est un peu intimidant, alors, voir que tu es aussi fragile, cela rassure. Enfin, ce n'est pas que j'aime mais… j'ai l'impression que je peux t'apporter des choses aussi. Un peu comme pour les cours, on apporte chacun quelque chose. »

Il eut un petit sourire et se décolla du mur en retirant sa main, il l'observa alors pour voir s'il était calmé – dans tous les sens du terme.

« Tu vois, pas de rechute… ça va aller ? »

Se disant que peut-être ce contact avait maintenue la bête en alerte, il se releva et regagna lentement la sortie.

« Je vais… réchauffer les pâtes, je commence à avoir vraiment faim, tu viens quand tu veux. »

Voilà, laisser un peu de répit aux animaux blessés, même quand on meurt d'envie de leur faire des papouilles en permanence, ça fait partie des règles de base. Ils ont besoin de beaucoup de repos. Ivan retourna donc à la cuisine et entreprit de réchauffer le dîner en le remettant sur le feu pour quelques minutes, et termina de dresser la table, pendant qu'Ulysses se remettait de ses émotions.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Dim 10 Mar - 8:08

Tout gâché.

Il avait tout gâché.

Tout gâché.

Il avait tout gâché.

Tout gâché.

[…]

Le petit esprit un brin dérangé d’Ulysses avait un peu de mal à fonctionner, maintenant qu’il était recroquevillé sur lui-même, dans le noir, assis dans un recoin de l’une de ses trop grandes et trop nombreuses salles de bain, trop grandes, pas uniquement parce qu’il aimait le luxe de l’espace, mais aussi parce qu’il avait peur des endroits exigus, trop nombreuses, pas parce qu’il organisait des universités d’été dans son duplex, mais parce qu’il aimait se bercer de l’illusion d’être entouré.

Au moins, c’était officiel, son esprit qui dans les premières secondes avaient été envahi d’images d’Ivan nu, extrapolées de la fameuse photographie d’après le sauna, était désormais entièrement vide et le jeune homme n’avait plus aucune envie, si ce n’était d’être protégé contre cette peur indescriptible qui avait pris le contrôle de son existence plus d’une dizaine d’années auparavant et dont, depuis, il n’était jamais parvenu à se débarrasser. Il voulait remonter le temps de quelques minutes, faire les choses différemment et ne pas tout gâcher.

Un mot étranger fit lever les yeux embués de larmes d’Ulysses et, à partir de cet instant, il ne les détacha plus d’Ivan. Sagement, timidement, il l’observait et il l’écoutait, silencieusement, en quant Ivan lui posa une question qui se posait de réponse — s’il avait envie de faire l’amour — il se contenta de hocher un petit peu la tête, avant de continuer à boire ses paroles, comme si Jésus-Christ venait de s’incarner pour lui offrir une cinquième Évangile.

Ivan repartit pour le laisser méditer. Ulysses lui suivit du regard, un peu interdit. Il avait arrêté de pleurer. Au bout de quelques secondes, tout seul dans le noir, il murmura pour lui-même :


— Waow…

Ivan était waow. « Bonté », réflexion faite, avait été un mot bien trop faible pour exprimer le caractère du Suédois. Et virilité aussi. Oh, sans doute, Ivan n’avait rien d’un Eigon sous injection de testostérone, mais il avait pris la situation en main sans douter et Ulysses s’était senti protéger — pour de vrai. Pour la première fois de sa vie. Parce que lui n’avait pas connu l’Adam-bulletproof qui partageait la vie de Salem. Il avait eu l’Adam plus névrosé que lui qu’il avait fallu constamment surveiller. Non, décidément, c’était la première fois qu’on lui parlait comme ça.

— …waow…

Et cet homme-là, avec son délicieux accent, sa douceur, et la chute de ses reins qui palpitait encore, dans son souvenir, sous ses doigts, cet homme-là était en train de faire réchauffer les pâtes de leur repas commun, cet homme-là le trouvait beau, et intelligent, et intéressant, cet homme-là lui avait offert un poisson, et un baiser, cet homme-là, c’était son petit ami avec des vrais morceaux du Suède, alors oui, décidément, n’importe quel skieur suédois d’un mètre quatre-vingt dix avec un sourire de dentifrice et un corps sculputral n’était pas aussi rassurant et viril que son Suédois brun et bronzé à lui.

— …waow.

Ulysses se leva avec un sourire rêveur sur les lèvres et, timidement, sortit de son antre pour retourner dans la salle de bain et poser un regard émerveillé sur Ivan, un regard qui, pour une raison mystérieuse, malgré les nombreuses larmes qu’il avait versées, n’avait pas rougi, tout comme, d’ailleurs, il avait pleuré sans renifler, pleuré comme une star de cinéma ou un héros de tragédie, comme la Princesse de Clèves, avec beauté et dignité.

L’Américain vint se poster à côté de son ami, regarda un instant les pâtes, puis tourna le visage vers lui, tendit le cou et déposer un baiser sur sa joue.


— Merci.

Il se consacra à nouveau à l’activité du soir — observer des pâtes — et articula aussi correctement que possible :

— älsk…ling. J’aime bien quand tu m’appelles comme ça. C’est… Différent. Séparé du passé. C’est pur. C’est très beau. Je préfère ça.

Lentement, sa main vint chercher celle d’Ivan pour refermer ses doigts sur les siens.

— J’ai un peu peur de te décevoir, tu sais. De n’être pas assez comme à la télévision. Mais je ne suis pas toujours comme ça, tu sais. Je veux dire, je ne suis pas toujours en train de faire des crises pour rien. Je peux être… Fort. Pour toi. Aussi. Comme tu l’as été pour moi.

Doucement il incita Ivan à se tourner pour lui faire face.

— Et hmm… À propos de… Tout ça.

Il tendit sa main libre et la glissa dans les cheveux de son compagnon.

— Ça ne me dégoûte pas. Au contraire, je te trouve… Très beau. Terriblement charmant. Et désirable. Je ne veux pas que tu ais l’impression que je te rejette.

Ulysses sembla hésiter un moment, rougit légèrement, et vint déposer un très chaste baiser sur les lèvres d’Ivan. Tout bas il murmura :

— N’aie pas l’impression que tu puisses m’apporter des choses. Sois en intimement persuadé.



Les pâtes sont prêtes. Je vais chercher le fromage.


Lentement, leurs doigts se délièrent et, après avoir admiré un petit instant encore son waow d’Ivan, Ulysses, avec un petit sourire, se détourna pour sortir parmesan et emmental du réfrigérateur et venir les déposer sur la table pendant qu’Ivan amenait les pâtes. Les deux jeunes gens s’installèrent l’un en face de l’autre et, pendant quelques secondes, l’Américain resta absorbé dans la contemplation de son convive, avant de songer à le servir, se servir et enfin aborder une discussion normale, qui ne roulât pas exclusivement sur ses petits problèmes psychologiques.

— Alors, la communication… Je t’avoue que c’était un peu difficile à préparer, parce que je ne savais pas exactement ce que tu avais en tête. Il faudrait m’en dire plus. Est-ce que tu as, par exemple… Des projets ? Pas nécessairement une idée précise de ce que tu veux faire à l’avenir, mais tu sais, le genre de domaine. Te faire élire à une fonction. Faire du lobbying. Des activités de vulgarisation scientifique. Je ne sais pas trop. Le genre d’audiences auquel tu prévois de t’adresser.

Et voilà — Ulysses avait retrouvé sa bonne humeur et le fait de s’imaginer Ivan en train de remuer les foules et les foules conséquemment en train d’acclamer son homme, ne jouait pas un médiocre rôle dans son air enthousiaste.

— Aussi, j’aimerais… Hm. Avoir une idée plus claire de ce que tu fais, à l’université. Enfin, justement, il faudra vulgariser, parce que je ne suis vraiment pas sûr de tout comprendre, mais… En quelle année es-tu ? Jusqu’où prévois-tu de poursuivre tes études ? Quels sont tes sujets favoris ? Ce genre de choses.

En fait…


Ulysses laissa échapper un rire magnifique et conclut :

— Je veux tout savoir sur toi. Voilà.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Lun 11 Mar - 21:07

Tout en remuant les pâtes pour ne pas qu'elles attachent – manquerait plus que ça brûle encore – Ivan était un peu en train de douter de son discours, essentiellement à cause de ses faibles performances en anglais très très basique. C'est tout de même rageant de pouvoir disserter sur cent pages de la vie passionnante des procaryotes en milieu marécageux et de ne pas pouvoir appeler son petit-ami "mon chéri" quand on le souhaite. Mais enfin, s'il avait au moins pu rassurer Ulysses, il ne s'en était pas trop mal tiré, la façon dont l'ange s'était enfuit pour pleurer le laissait supposer qu'il avait dû passer par de très mauvais moments. Il essaya un instant d'imaginer les cruautés qu'avaient pu lui faire ses anciens amants, connaissant son problème, et le français très sûr de lui du bar lui apparut avec sa clé d'hôtel à la main. Sale type.

Son très vague ressentiment contre le français – mais qu'Ivan et la colère, ça fait deux – s'évapora dès qu'il entendit les pas d'Ulysses s'approcher. Et il eut un sourire ravi lorsqu'il constata que son ami allait nettement mieux. Il arrivait même, plus facilement semblait-il, à faire quelques petits gestes qui, une fois encore, avait d'autant plus de force qu'il connaissait les difficultés de son compagnon. Lorsqu'ils s'installèrent à table, il semblait finalement que certaines grosses difficultés étaient maintenant derrière eux, Ivan regarda Ulysses avec tendresse jusqu'à ce que son assiette soit remplie. Après quoi son estomac prit quand même un peu le dessus, et il avala quelques bonnes bouchées de pâtes généreusement recouvertes de parmesan (du parmesan… bande de privilégiés…).

Ulysses s'attaqua alors à l'activité du soir, qui n'était pas la cuisine des nouilles mais un cours de communication, un sujet qui intéressait sérieusement Ivan. Il l'écouta donc sagement, mais ne put s'empêcher d'avoir un sourire de plus en plus large lorsque les questions se firent plus personnelle, ni d'admirer l'éclat de rire de son ange, qui était purement magnifique. Il resta hypnotisé quelques instants, avant de prendre la parole à son tour.

« Je suis en première année de master de biologie environnementale et évolutive à l'université de Columbia. »

Ce qui est carrément classe à dire, quand même, mais Ivan ne semblait pas s'en rendre compte et continua sobrement à détailler son cv.

« Après je fais beaucoup d'ichtyologie de mon côté et… il faut peut-être que je fasse de la vulgarisation ? J'étudie le vivant, la manière dont il s'est adapté à son environnement et évolue en fonction de lui, cela peut aller d'une toute petite cellule à tout un écosystème, et ce que je préfère, c'est le milieu marin. Mais je n'aime pas l'idée de faire juste des études tout seul, heu non, c'est plutôt… Ce que je sais, je le dis, et comme cela je peux apprendre aux autres, et eux aussi peuvent m'apprendre. Conséquemment j'écris des articles pour différents sites, je vais à des réunions et je suis dans l'association Une goutte d'eau qui défend la faune et la flore des milieux aquatiques. C'est… une chose pour les hippies, mais je suis un peu comme ça, même si je trouve certains gens beaucoup trop extrêmes dans leurs demandes. Ensuite je donne des cours de langue de temps en temps, mais je te l'ai déjà dis, et parfois j'aide mon oncle, disons qu'il me montre comment fonctionne la petite entreprise familiale pour le jour ou l'opportunité me sera donné d'en prendre une partie de la charge. »

Ivan resta pensif un instant, hériter de la grosse machine industrielle n'avait pas l'air de tellement le rebuter, c'est qu'il était plutôt réaliste sur le monde qui l'entourait, et que Strömberg-CETE avait les moyens de ses ambitions. Un petit air malicieux se dessina sur son visage.

« Dans tous les cas j'aurais besoin de parler devant des gens, dans le futur. Parce que je ne sais pas rester sans rien faire, devant ce que je vois. Mais c'est un peu embêtant pour te répondre, ce serait une audience, varié ? »

Ivan lui jeta un regard incertain, c'est sûr qu'il y avait un monde entre les écologistes-hippie, les démocrates-hippie, les lycéens fans de langues nordiques, les actionnaires, salariés et autres du groupe industriel, les scientifiques, (les agents de la CIA) et ainsi de suite, mais il était déjà confronté à un peu de tout ça et bien d'autres chose encore. C'est un homme public en herbe que nous avons là.
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Lun 11 Mar - 23:13

Waow. Première année de master de biologie environnementale et évolutive. C’était très impressionnant. Ulysses allait certainement crâner devant tout un tas de gens en répétant que son petit ami était un grand scientifique. Parce qu’Ulysses qui, avec ses spécialités en géographie militaire et en gestion politique des services secrets, aurait vraisemblablement pu fasciner pas mal d’auditeurs même s’il n’avait pas été la personnification de la Beauté, n’avait jamais considéré ses études prestigieuses accomplies brillament dans une université prestigieuse et un double cursus exigeant comme vraiment dignes d’intérêt — et le fait qu’à défaut d’être secret, il était préférable de rester discret sur la question n’attisait certes pas son désir de paroder.

Par contre, la science, ça, c’était classe. D’autant plus classe, il fallait bien le reconnaître, qu’Ulysses n’était pas sûr de comprendre très exactement ce dont il était question. Il avait eu quelques cours de géographie environnementale dans les premières années, en bachelor, et, somme toute, de solides bases en physique, en biologie humaine et en mathématiques, comme n’importe quel élève sérieux qui avait eu le privilège d’une éducation d’élite, mais tout cela était somme toute assez loin de son monde et il y avait dans l’univers dans lequel évoluait Ivan quelque chose d’un peu mystérieux qui le séduisait.

Les hippies, en revanche, il aimait ça beaucoup moins, parce qu’à ses yeux, c’était un rassemblement de pseudo-idéalistes bourgeois perversement racistes et moralisateurs, incapables d’avoir le courage de se mettre en mesure de réaliser leurs projets et qui préféraient s’étendre paresseusement dans des discours creux que d’agir. Ils tenaient dans son cœur le même rang que les libéraux progressistes élitistes des milieux académiques, avec leur jargon conceptuel inopérant et leurs subversions complaisantes — chez les Winford, on agissait, on s’impliquait, on mettait les mains dans le cambouis de la politique ou, au moins, on évitait de faire la morale à ceux qui essayaient.

Et Ivan, de toute évidence, essayait très fort — entre les réunions au parti, les associations, les études et l’entreprise familiale, sous ses airs d’adolescent indolent, le Suédois devait avoir fort à faire et Ulysses ne voyait que trop bien que la politique était une terre d’élection pour son ami. Il avait mangé en l’écoutant parler, mais à présent, il reposait ses couverts et croisait les mains devant son menton, d’un air concentré. La biologie évolutive, il n’y connaissait peut-être rien, mais la politique, en revanche, il était né dedans, il avait grandi dedans, il l’avait apprise chaque jour de sa vie.

Une vingtaine de secondes s’écoula en silence pendant qu’Ulysses observait d’un air songeur la casserole de pâtes puis soudain, d’une voix très sérieuse, il déclara :


— Je ne peux pas te faire élire, hélas.

Il avait dit cela avec un naturel un peu déconcertant, de la même manière qu’un autre eût dit « je peux pas te faire entrer chez McDo, on embauche pas ». Et il fallait parfois un peu de détachement pour se rappeler que le jeune homme aux traits angéliques qui envoûtait son entourage par son étrange beauté avait à son service des milliards de dollars, des amis et une famille au Congrès, au Sénat, dans les agences, dans les corps d’armées, dans les journaux, dans l’industrie, partout, et que dans ses mains juvéniles se concentrait un pouvoir dont il était parfaitement inconscient, parce qu’il n’avait rien de commun avec les héritiers insouciants qui se contentaient de profiter de leur fortune pour vivre une existence dorée en Californie.

— Tu n’es pas Américain, pas né aux Etats-Unis, alors ici, ce serait impossible et la Suède, je ne connais pas. Si tu voulais devenir seigneur de guerre au Moyen Orient, on pourrait voir, mais bon…

Difficile de dire si sa dernière remarque était ou non sérieuse — il était vrai qu’avec les informations distillées lors de leurs précédentes rencontres, ses propres activités, dont on pouvait douter qu’elles se résumassent à la campagne Orckmann dans un coin des Etats-Unis, aussi peuplé ce coin fût-il, demeuraient en fin de compte bien nébuleuses.

— Mais ce n’est pas grave, tu as de l’argent, ça dispense des élections. Tu as une formation et des connaissances, ça donne une crédibilité. Et puis, un profil international…

Ulysses réfléchissait un peu à haute voix.

— La plupart de nos traités halieutiques sont passées soit avec la Chine, soit avec le Japon, soit avec l’Union Européenne. L’Amérique Latine est anecdotique. Avant, c’était une question purement économique, un problème de ressources et de renouvellement, maintenant, il y a des considérations écologiques, elles aussi absorbées par les traités internationaux. Parallèlement, en termes de relations publiques, les scandales pétroliers font que… Hmm…

Le politicien tapota son menton d’un air songeur et se replongea pendant quelques secondes dans un silence méditatif. Il en sortit finalement pour plonger ses yeux dans les yeux d’Ivan.

— Je serais toi, je passerais un doctorat en biologie marine, puis je créerais une fondation scientifique et écologique destinée à l’étude des milieux marins. La fondation financerait des programmes de recherche, aiderait d’autres programmes à trouver des financements, organiserait des événements de vulgarisation, ferait du lobbying, de la gestion de la presse, ce genre de choses. Je ne sais pas, il faudrait… Vingt, trente personnes. Un peu moins au début, un peu plus après quelques années. Quelques millions de dollars pour commencer.

Ça te permettrait de faire à peu près tout ce que tu fais en ce moment, mais à plus grande échelle et avec un impact concret. Le doctorat n’est pas nécessaire à proprement parler, mais cela construit ta crédibilité et permet de garder un contact avec le monde scientifique, donc de ne pas être trop débordé sur ta droite par des discours anti-écologistes. Et puis, Docteur Strömberg, dans une citation, dans la presse, c’est toujours beaucoup plus convaincant que Monsieur Strömberg.

Par contre, tu ne peux pas gérer une entreprise, et surtout pas une entreprise portuaire. D’abord, tu n’aurais pas le temps, ensuite, ce serait très mauvais pour ton image. Tu peux hériter de ta fortune, mais certainement pas participer ni de près, ni de loin, aux décisions. Il faudrait vendre tes parts, éventuellement investir ailleurs, dans les nouvelles technologies ou le développement durable, pour assurer un revenu et un impact financier à la fondation.


Ulysses esquissa un sourire.

— Mais tu peux aussi faire toute autre chose, bien sûr. C’est une possibilité parmi d’autres. En tout cas, la première étape, c’est d’apprendre les réalités de la vie politique américaine. Le fonctionnement, les habitudes, les débats majeurs. Les cadrages idéologiques. C’est peut-être un peu fastidieux mais… Tu aimes les séries télévisées ? À la Maison Blanche, c’est un excellent moyen de se faire une idée de manière relativement divertissante.

Il fallait peut-être être un féru de politique comme Ulysses pour être enthousiasmé par une pareille série, mais c’était toujours plus attractif que les volumes de huit cents pages sur les politiques publiques.

— J’ai toutes les saisons ici, on peut regarder le premier épisode ce soir, si tu veux, ça te donnera une idée. Quoi qu’il en soit, le meilleur moyen d’apprendre à faire des discours, c’est de s’entraîner. Le plus simple, ce serait que tu choisisses une occasion future dans laquelle tu serais amené à parler, que tu rédiges un premier jet et qu’on regarde ensemble pas à pas.

Écouter des discours, c’est un bon moyen, aussi, de se faire l’oreille. Tu peux, hm… Aller au culte. N’importe quelle cérémonie avec un sermon, peu importe la religion. Aller à des procès publiques, au début et à la fin. Écouter les discours politiques. Et je te donnerai des anthologies des discours passés.


Ulysses avait de toute évidence fini et, après ces recommandations vigoureuses et inspirées, il parut soudain un peu moins sûr de lui et ce fut avec une certaine timidité qu’il jugea bon de préciser :

— Enfin, encore une fois, si ça te va, hein, bien sûr. Tu es obligé à rien… Si tu préfères, on peut juste euh… On peut… Regarder à un film. Plus intéressant que la série. Ou… Ou… Jouer à un jeu. Même si, en fait, j’ai pas de jeux…

Le jeune homme baissa les yeux sur son assiette et murmura :

— Je suis désolé, je suis peut-être un peu… ennuyeux. Comme garçon.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Mer 13 Mar - 12:37

Au début, Ivan fut juste un peu étonné et ne savait pas trop que penser, il n'arrivait pas à savoir si Ulysses plaisantait ou non avec cette histoire d'élection. Pour la suite, il fut par contre certain que son ami était très intelligent, très bien informé, très influent, très beau (on ne le dira jamais assez) et plutôt cartésien. Ivan n'était pas si méthodique et certainement pas capable de fournir en un instant autant de remarques et d'explications avisés. Il avait bien imaginé que la société de sa famille ferait tâche d'huile dans son profil, mais pour le reste, s'il avait entrevu un parcours de ce genre lorsqu'il pensait à son avenir, il n'avait jamais rien formulé d'aussi clair, en prenant en compte les tenants et les aboutissants de ses démarches.

Il était tellement suspendu aux lèvres d'Ulysses qu'il en oubliait de manger, et ne se prenait une fourchette de pâtes qu'après de longues seconde à fixer son héros. Jusqu'à ce que son héros se mette à bredouiller qu'il était totalement sans intérêt et que sais-je encore. Le Suédois ne put s’empêcher de sourire devant cette soudaine timidité, alors que l'instant d'avant Ulysses avait l'aplomb d'un professeur, d'un docteur ou d'un politicien.

« Il y a beaucoup de gens qui gagnerait à être ennuyeux comme toi, älskling… »

Il eut un sourire amusé.

« Le doctorat, c'est ce que je veux faire. Après, j'avoue que je n'y avais réfléchis très sérieusement, mais tes suggestions sont très plaisantes. Je me verrais bien comme ça. »

Une fondation pour les milieux marins, de la recherche, du lobbying, des événements, docteur Strömberg, oui, vraiment, c'était typiquement le genre d'avenir qu'il se voyait embrasser. Ulysses l'avait vraiment très bien cerné.

« Je serais curieux de voir cette série. Mais… et toi ? Qu'est-ce que tu souhaites devenir ? »

Si Ulysses arrivait si vite à lui trouver la voie qui lui correspondait, avec un bon paquet de détails, sans doute avait-il une idée encore plus précises de ses désirs et des moyens de les atteindre, et il avait bien envie de les connaître. Secrétaire de presse, ce n'était clairement pas assez pour le jeune homme brillant qu'il était, et puis Ulysses pouvait se faire élire, lui, c'était évident, peut-être que c'était ce qu'il espérait, chez les démocrates ? Ou alors avait-il quelque chose de prévu avec le moyen-orient, qu'il n'avait peut-être pas étudié pour rien. Ulysses, seigneur de guerre ? Dis comme ça, ça ne sonnait pas trop mal, mais il espérait que non. Il n'avait vraiment pas envie de le voir partir en Syrie.

Le reste du dîner roula donc sur les projets de l'ange, et un succinct résumé des sept saisons de À la maison blanche, pour qu'Ivan se fasse une petite idée de la chose. Finalement, le petit couple rejoignit le canapé avec la boîte de kanelbullars, et c'est en grignotant qu'ils regardèrent un épisode, puis un autre, et encore un autre. Et j'aurais bien regardé au moins le premier avant de poster mais j'ai trop envie de faire avancer le rp, dommage, plus tard peut-être. Toujours est-il qu'Ivan trouva cela très intéressant et prenait autant de plaisir à regarder la série qu'à poser des petites questions de politique américaine pour écouter Ulysses lui faire des réponses de deux pages word de long. Tout ça était décidément attendrissant.

La soirée était maintenant bien avancée, et si le cours avait été très instructif et riche en émotions, mais il en payait maintenant le contre-coup et se sentait un peu fatigué, trop pour être pleinement concentré sur le film. Doucement, il s'était rapproché d'Ulysses, et avait finalement posé sa tête contre son épaule, et après une dernière question de politique, dans laquelle son compagnon mit peut-être un peu moins d'énergie sans doute, il partit sur un tout autre sujet.

« Et donc, je ne sais plus, tu fais de la voile et pleins d'autres choses… Il faudra que tu m'invites un jour, ce sera amusant, enfin, pas en ce moment pour la voile, parce qu'il fait trop froid et que c'est un temps à neige, mais plus tard. »

En parlant de neige, il allait bientôt partir au ski je crois bien.

« Tu n'aimes pas trop le froid, j'ai remarqué. C'est dommage, j'ai loué un chalet pour aller faire du snowboard, je vais sûrement inviter des amis. Tout seul, ce serait un peu triste. »

C'est sûr que ce serait un peu dommage de laisser ce pauvre Ivan tout seul dans son chalet à regarder thalassa. Y'aura-t-il des âmes charitables et dévoués pour l'accompagner ?
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Mer 13 Mar - 13:13

— Je ne sais pas.

Telle avait été la réponse d’Ulysses à la question d’Ivan sur son avenir et le sourire qui avait conquis le visage de l’ange quand son compagnon tout neuf lui avait annoncé qu’il avait trouvé ses explications fascinantes avait vacillé l’espace d’une seconde, avant que l’Américain ne détournât bien vite la conversation vers d’autres horizons et s’embarqua dans une description enthousiaste de la série en question, avant d’évoquer en passant deux ou trois films qui pouvaient être intéressants aussi, et un certain nombre de documentaires.

La vérité, c’était que la politique était une occupation dans laquelle il excellait mais dont il n’était pas sûr de vouloir faire toute son existence. Il avait éprouvé la même incertitude, après quelques mois à l’Agence, et c’était pour cette raison qu’il l’avait quittée. Sa fortune lui permettait de changer de profession sans trop se soucier des conséquences, mais beaucoup plus que les considérations financières, c’était le poids de la tradition familiale qui le retenait et une culpabilité écrasante à l’idée de suivre tout bonnement ses rêves et ses envies, sans se soucier de changer le monde en travaillant d’arrache-pied.

Et puis, si Ivan le trouvait impressionnant et d’une aide précieuse quand il parlait de politique, il n’allait certainement pas lui avouer qu’il ne se sentait pas très à l’aise avec sa fonction, parce qu’il s’ennuyait un peu, d’un côté, que de l’autre les petits rouages de ce monde qu’il abordait avec un solide pragmatisme ne lui inspiraient pas une très grande confiance et que, s’il n’était certes pas un hippie, il ne se voyait pas non plus à tirer des ficelles au Congrès. Non, Ivan serait sans doute déçu et, pour l’heure, Ulysses préférait ne pas entamer trop son capital d’héroïsme aux yeux du Suédois, parce que sans doute les révélations qu’il avait faites sur son passé et sa psychologie en avaient déjà épuisé une bonne part.

Ils s’installèrent donc sur le canapé et Ulysses fournit toutes les explications nécessaires à la compréhension d’une série que les trois-quarts des Américains, de toute façon, ne pouvaient pas comprendre. Il avait pris soin de mettre des sous-titres en anglais, à défaut d’en trouver en suédois sur le DVD, parce que le débit des personnages interdisait toute compréhension au néophyte. Tout cela impliquait donc des pauses et allongeait un peu le temps de vision de chaque épisode, de sorte que la soirée s’était transformée en nuit et la nuit s’était bien avancée.

Pendant ces heures, Ulysses ne cessait de jeter des regards à la fois admiratifs et anxieux à cet être étrange qui avait débarqué dans son existence, avec son calme, ses poissons, ses rêves et sa tendresse. Plus il le regardait, plus il sentait son petit cœur battre fort dans sa poitrine. Mais il restait sagement assis à côté de lui, trop incertain pour oser un geste, pour le prendre dans ses bras, pour l’embrasser. Pourtant, il sentait bien que ce désir qui, même dans ses inflexions les plus charnelles, demeurait tout pur, n’avait rien à voir avec sa sexualité frénétique de jadis. Mais il était intimidé.

Fort heureusement, Ivan qui voyait des dauphins était plus hardi que lui et, pendant que le générique finale de l’épisode s’amuïssant alors qu’Ulysses éteignait la télévision, le Suédois posa la tête sur l’épaule de son petit ami, qui aussitôt passa le bras autour des siennes, accomplissant un petit peu de sa promesse de le protéger — et certainement, après ses explications, et ses sourires, et sa conversation, après avoir déployé son expertise politique, Ulysses n’avait plus grand chose de la petite créature faible et brisée dont il avait donné le spectacle, au début de la soirée, dans la salle de bain.

Il sourit à nouveau quand Ivan parla de voile. De toute façon, dès qu’il s’agissait d’aller dans l’eau, Ulysses était ravi. Plus généralement, dès qu’il s’agissait de voyager et de partir (raisonnablement, pas comme Adam) à l’aventure, il était content. Ce fut donc tout naturellement qu’il donna aux projets d’autres proportions :


— On peut toujours aller dans l’hémisphère sud. On pourrait louer un voilier en Australie et aller voir la barrière de corail.

La semaine prochaine, par exemple. Ulysses n’avait jamais vécu au gré des frontières et ses horizons avaient toujours été très étendus. Son insatiable curiosité ne pouvait être satisfaite par le spectacle borné des rues new-yorkaises, ni même par la diversité bien réelle des différents États de son pays : il avait envie de découvrir le monde et jamais ses voyages ne l’avaient déçus. Il fallait avouer qu’il avait trouvé partout des gens très soucieux de l’aider, de lui parler, de lui faire découvrir leur culture (et, souvent, leur anatomie).

Ivan avait des projets (un peu) plus réalistes — mais quand même, regardez-moi ces deux richards — et évoqua son séjour au ski. Comme Ulysses aimait bien le ski aussi, parce que de toute façon, à part le curling et le cyclisme, il fallait se lever tôt pour trouver un sport qui n’intéressât pas au moins un peu Ulysses, surtout quand il impliquait des activités en plein air et un paysage grandiose, le jeune homme s’empressa de balayer les scrupules d’Ivan et de s’inviter dans son chalet :


— Ah mais je n’aime pas le froid en ville. En ville, c’est nul. Ici, quand il neige, tout est gris, et le froid a quelque chose de… Je ne sais pas, déprimant. Mais dans la montagne, c’est différent. En vérité, je n’aime pas trop la ville.

Cette affirmation avait quelque chose d’un peu surprenant, parce qu’avec son duplex de Manhattan, sa voiture berline, ses vêtements sur mesure et son air d’ange délicat, on voyait mal Ulysses patauger dans la boue. Et pourtant, Ulysses avait grandi dans l’une de ces immenses propriétés de la grande bourgeoise américaine, avant tout terrienne, où la possession du sol impliquait sa culture et son élevage, où le regard n’était borné que par les forêts et le confort certain de la vaste demeure s’alliait à une vie champêtre.

Ulysses aimait la forêt, il aimait la montagne et les torrents, les fleuves, les rivières, l’océan, le désert, les plaines arables, il aimait le spectacle d’un soleil se couchant dans la baie, il savait traquer des animaux, reconnaître le cri des oiseaux, traire une vache, tondre un mouton, répartir les semis et donner des glands aux cochons. La ville, elle, avec ses voitures et son uniforme grisaille, l’étouffait un peu.


— J’adore skier. Le snowboard, je n’ai jamais essayé, mais pourquoi pas. Et puis, rencontrer tes amis, ce serait bien, aussi, si tu invites d’autres personnes. Et puis, il y a les randonnées, aussi, et l’escalade, et…

Ulysses s’imagina Ivan sur un snowboard et, définitivement, c’était terriblement sexy et viril. Ivan mangeant de la raclette. Ivan faisant un bonhomme de neige. Ivan tricotant de chaudes chaussettes au coin du bois. Ivan blochant le fromage. Ivan guidant les bêtes pendant la transhumance. Ivan remuant la terre meuble et nourricière avec une bèche, le torse luisant au soleil fort et généreux de la matinée montagnarde. Ivan trayant de ses mains puissantes les pis gonflés de lait de la vache maternelle.

Le jeune homme laissa échapper un sourire rêveur.


— Un jour, on pourra aller chez moi, à la campagne. Il y a une grande forêt, et puis le ranch, et les champs… Le lac, aussi. On fera de la barque.

Ivan devait commencer à comprendre que la vie avec Ulysses exigeait une certaine endurance, prouesses sexuelles même mises à part. D’ailleurs, le jeune homme crut remarquer que son compagnon avait de petits yeux et il jeta un coup d’œil à son portable. Il était deux heures du matin passées. Ulysses resta songeur quelques secondes, pour être certain de tourner les choses de la manière la plus adéquate possible et proposa finalement :

— Il y a des chambres d’amis ici et si tu es fatigué, tu peux rester cette nuit, si tu veux. Il y a des vêtements, des affaires de toilette, tout ce qu’il faut. Mais si tu préfères, je peux te reconduire chez toi, bien sûr, ou t’appeler un taxi. C’est toi qui choisis.

Comme ça, c’était très bien : il n’avait pas l’air de l’attirer dans un traquenard quelconque ni de l’obliger à quoi que ce fût. Ulysses était soulagé : les choses se passaient beaucoup mieux qu’il ne l’avait craint, effondré dans l’une de ses (nombreuses) salles de bain. Et bientôt, il allait apprendre à faire du snowboard. Puis ils iraient faire de la voile en Australie. Un trek dans le Sahara. De l’escalade dans les Alpes. De la natation en Suède.
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Jeu 14 Mar - 10:16

Louer un voilier en Australie, quelle bonne idée, ensuite ils feront un crochet par la Nouvelle-Zélande pour goûter les plats locaux, et ils devraient être rentré pour le petit- déjeuner. La vision des voyages d'Ulysses le fit sourire, Ivan avait beaucoup voyagé, mais c'était toujours pour le dépaysement, la découverte d'autres cultures, la faune locale, et puis passer des heures dans un avion à jouer au sudoku sur l'écran tactile incrusté dans le siège de devant, ce n'était pas très réjouissant. Heureusement qu'il avait toujours quelques travaux à faire pour s'occuper. Alors si le prix du billet ou l'idée de partir sur un coup de tête n'était pas un problème, il tenait quand même à rentabiliser son temps. Il ne lui viendrait pas à l'idée de partir au bout du monde juste pour y faire une ou deux activités, mais la simplicité avec laquelle son ami lançait se genre d'idées avait quelque chose de mignon. La conversation roula ensuite sur le séjour au ski et Ivan ne cacha pas sa joie en entendant qu'Ulysse pouvait affronter les éléments pour venir avec lui, il releva la tête, tout sourire.

« Super ! On pourra faire des raquettes, oui, et de la luge aussi ! C'est amusant, surtout à deux. D'après la brochure, il y a pleins d'activités. S'il y a des gens que tu veux inviter aussi, tu peux dire, j'ai loué un grand chalet fais exprès. »

Ivan se voyait bien faire de la luge accroché à Ulysses et ensuite des roulé-boulés dans la neige – en toute chasteté, si si.
Spoiler:
 
Mais très vite, son esprit rêveur eut d'autres horizons à explorer, la campagne américaine, déjà qu'il ne connaissait pas tellement la campagne suédoise puisque ses activités hors de la ville se concentraient surtout sur la mer et la montagne et que les autres paysages qu'il avait explorés étaient plus tropicaux. Alors l'amérique profonde… il s'imaginait quelque chose à mi-chemin entre un film de Tarantino et un reportage sur les Amish et… Ulysses au milieu de tout ça ? C'était tout de même un peu difficile à imaginer.

« Tu as grandi dans un ranch ? Avec des chevaux ? »

Il le regarda d'un air étonné et curieux à la fois.

« Et des grizzlies ? Des bisons ? Y'en a ? »

Ivan avait une idée un peu moins vague de ce que pouvait être la faune locale, et encore. Mais l'étude du Ulysses dans son habitat naturel l'intéressait énormément, et il se demandait maintenant à quoi pouvait ressembler sa maison et sa vie passée là-bas. Tout en se voyant très bien se balader romantiquement sur le lac, au milieu des forêts denses et des montagnes rougeoyantes. Décidément, tout ça faisait rêver – bande de parvenus – et leur faisait un sacré programme, mais Ivan était plus que partant.

« J'aimerais beaucoup y aller aussi. Des chambres d'amis ? »

Ivan pensa enfin à regarder sa montre. Ah, quand même. Il s'étira paresseusement.

« Ça ne va pas te déranger ? Tu dois avoir beaucoup de choses à faire demain. »

Il avait très vite remarqué qu'Ulysses avait beaucoup de choses à faire tout le temps, et ne voulait surtout pas l'embêter. Mais bon, puisque c'était juste pour dormir dans une chambre d'ami et qu'il ne voulait pas non plus forcer Ulysses à conduire à deux heures du matin, il hocha la tête et se laissa emmener dans une des chambres. Parce que, bien sûr, il allait dormir dans la chambre d'ami et pas s'inviter sous la couette de son nouveau copain, voilà, il n'est pas pervers. Une fois dans sa nouvelle chambre, Ivan fit un peu comme dans la cuisine, petite visite des placards, comme garçon, il était plutôt du genre à l'aise. Après un bisou pour se dire bonne nuit, il se prit un tee-shirt quelconque en guise de pyjama, brossage de dents, et au lit.

Même s'il était plutôt fatigué, le Suédois resta un bon moment dans son lit, à contempler le plafond en souriant bêtement. La soirée avait été tout de même fabuleuse, bon, à part quand son nouveau petit-ami s'était caché dans la salle de bain pour pleurer à cause de ses gros problèmes psychologiques, mais enfin, il était génial, son Ulysses, beau, intelligent, protecteur, viril, sportif, cultivé et cetera, ça semblait trop beau pour être vrai.

Comme, aussi à l'aise soit-il, Ivan ne dormait pas tout à fait aussi bien dans une chambre inconnue, il se retrouva parfaitement réveillé à sept heures et demie du matin, et après avoir aplati ses cheveux, il fit la première chose qui le préoccupait le matin, vérifier que ses animaux vont bien.
Aujourd'hui ça sera rapide.
Donc, en passant par sa cuisine, ce matin, Ulysses aura droit à un Ivan en slip et tee-shirt en train de contempler son poisson d'un air un peu ailleurs. Rimbaud avait faim, mais il avait toujours un peu faim de toute façon, un peu comme Hoover. Quel chat mal éduqué, au passage, il allait devoir donner quelques leçons à Salem, un de ces quatre. En attendant, il mit un peu de temps à remarquer l'arrivée d'Ulysses et se redressa alors bien vite pour lui sourire.

« Bonjour ! »
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Jeu 14 Mar - 11:07

— Et on construira un igloo !

Ulysses aimait beaucoup construire des igloos. Et des cabanes dans les arbres. Et des châteaux de cartes. En fait, il aimait beaucoup construire des trucs — il y trouvait un peu le même plaisir que lorsqu’il songeait à ré-agencer son immense appartement. Bon, certes, ni ses igloos, ni ses cabanes dans les arbres n’avaient toujours été très solides, mais enfin, il ne comptait pas y vivre et tant qu’ils tenaient debout pour quelques heures, il était amplement satisfait de son ouvrage.

Le jeune homme se sentait empli d’une impatience toute enfantine à l’idée d’aller jouer dans la neige. Et sa bonne humeur ne fit qu’augmenter lorsqu’Ivan l’interrogea sur les lieux de son enfance, ce temps béni avant d’entrer au pensionnat, de muter sans le savoir et de tomber dans la spirale infernale de la chair. Le sourire d’Ulysses était à présent radieux et tout à fait irrésistible.


— Oui ! Des chevaux. Pas de bisons, parce que c’est rare. Mais il y a du bétail. Et une basse-cour, enfin, en quelque sorte. Les grizzlis, non, parce qu’il faudrait une forêt un peu plus grande, mais dans la nôtre, il y a quand même des sangliers.

Parce qu’évidemment, quand Ulysses parlait de forêt et de lac, il parlait de sa forêt et de son lac. Il ne possédait pas encore de montagnes, mais désormais, le projet fleurissait dans son esprit.

— Mais on pourra toujours aller à Yellowstone, un jour, ou partir camper un peu n’importe où, d’ailleurs.

À nouveau, il y avait quelque chose d’un peu curieux à s’imaginer Ulysses en train de camper, plutôt qu’environné de ses meubles hors de prix. Mais l’activité n’avait pas l’air d’être nouvelle pour le jeune homme et, même, son ton enthousiaste témoignait d’une certaine impatience à l’idée de planter ses sardines et dresser sa tente, ou bien de hisser son sac à dos et de dormir dans un arbre pour éviter les attaques des ours sauvages. Un vrai gars de la campagne, on vous aura prévenu.

Le jeune homme secoua la tête quand Ivan s’inquiéta de le déranger.


— Demain matin, je reste ici. Il faut que je passe des coups de fil, que je rédige des notes de synthèse, que je lise des dossiers, ce genre de choses. J’ai un déjeuner d’affaires vers midi trente, et puis un conseil d’administration, et d’autres trucs jusqu’à vingt-deux heures. Mais le matin, je suis là.

Par « d’autres trucs », il entendait des réunions à l’Agence, mais enfin, le gros de sa journée était là. Il précisa :

— De toute façon, tu peux rester autant que tu veux, tu sais. La porte se ferme automatiquement quand on sort.

Cela dit, Ivan avait sans doute des choses à faire aussi. Quoi qu’il en fût, sur ces bonnes paroles, les deux jeunes gens partirent se coucher. Ulysses regarda Ivan découvrir sa chambre d’un air à la fois ravi, parce que le Suédois semblait à l’aise chez lui, et un peu triste, parce qu’il savait pertinemment qu’il y avait quelque chose d’un peu étrange à lui avoir proposé une chambre d’ami. Il regagna finalement la sienne et, en se préparant pour dormir, il se sentit envahi par un étrange bien-être qu’il n’avait pas connu depuis… son enfance, sans doute, dans le fameux ranch, quand tout était encore presque simple. Il y avait Ivan, il y avait le fait d’avoir pu toucher Ivan sans se jeter sur lui, il y avait le séjour à la neige.

Ulysses se laissa tomber sur son lit et n’eut, lui, aucun mal à dormir. Il fit même la grasse matinée, c’est-à-dire qu’il se leva à sept heures quarante-cinq. Partagé entre le désir de se préparer le plus rapidement possible pour voir si Ivan, par hasard, ne serait pas déjà réveillé et celui de se préparer pendant des heures pour être resplendissant devant son petit ami, Ulysses émergea finalement à huit heures et quart de sa chambre, vêtu d’un tee-shirt qui était innocemment un peu plus près du corps que sa chemise de la veille. Et il avait mis un pantalon — lui.

Le jeune homme jeta un coup d’œil dans la chambre d’ami dont la porte était ouverte, tendit l’oreille pour voir s’il entendait la douche et conclut qu’Ivan était déjà levé. Incidemment, l’image du lit aux draps tordus qu’il avait aperçu quelques jours plus tôt dans la chambre de son ami lui revint à l’esprit et il se promit de demander à Ivan s’il n’avait pas des problèmes pour dormir. Sur ce, il descendit les marches de son escalier, s’achemina vers la cuisine et s’arrêta net en découvrant les jambes d’Ivan, et au-dessus, les fesses d’Ivan.

Gloups.

Les choses ne s’arrangèrent guère quand le même Ivan décida de se retourner et que le regard d’Ulysses passa des fesses à ce qu’il y avait devant, au même niveau. Ses yeux s’arrachèrent très, très difficilement de ce spectacle. D’une toute petite voix, il balbutia :


— B…Bon… Bonjour…

C’était officiel : il était bien réveillé. Officiel et même très évident. En sentant sa réaction, Ulysses se sentit horriblement gêné et l’envie de fuir dans la salle de bain le reprit. Mais Ivan avait été formel, la veille, il ne fallait pas avoir honte et si, de toute façon, il se cachait à chaque fois que son petit ami lui faisait de l’effet, comme il était du matin, et du soir, et du midi, de l’après-midi et de la nuit aussi, ils n’allaient plus jamais se voir.

Ulysses inspira profondément et murmura :


— Tu es très beau, Ivan.

Mais il n’allait pas lui dire bonjour comme cela, à cinq mètres de lui, après l’avoir fait dormir dans la chambre d’ami — Ivan était sans doute très patient, mais Ulysses ne voulait pas prendre le risque de pousser cette patience à bout. Alors, lentement, il s’approcha du Suédois, posa une main sur son torse, tendit le cou et déposa fugacement ses lèvres sur les siennes. Leurs regards se croisèrent.

Et Ulysses avait beau avoir horriblement peur, il était huit heures du matin, il se sentait débordant d’énergie, il était jeune, la première image qu’il avait eu de son petit-ami avait été un Ivan sensuellement penché sur le bar, il s’était abstenu très longtemps et cette nuit, il avait peut-être, je dis bien peut-être, rêvé qu’il était dans un sauna avec Ivan. Alors si sa main quitta le torse du jeune homme, ce ne fut que pour se faufiler sous son tee-shirt et y revenir pour caresser sa peau, tandis que l’autre se posait sur sa nuque pour l’attirer dans un baiser ni chaste, ni fugace, ni innocent — et cette fois-ci, Ulysses ne paraissait pas décidé à recouvrer ses esprits pour s’enfuir dans la salle de bain.

Rimbaud, lui, ne comprenait rien.

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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Jeu 14 Mar - 21:47

Ça pour être patient, Ivan l'était, pas de soucis. Quand il se coucha, il ne vit pas vraiment quoique ce soit de dérangeant non plus, car après tout, ils ne sortaient ensembles que depuis une poignée d'heures. Et quand il se leva, il ne vit pas non plus le mal de se balader à moitié nu le temps d'aller faire ses politesses à Rimbaud, pour ensuite retourner se préparer pour de bons et mettre un pantalon. Surtout qu'il était tôt et qu'Ulysses ne devait pas être encore levé. Après, il est vrai que ses observations durèrent plutôt longtemps, mais c'était surtout parce qu'il repensait à la soirée de la veille. À Ulysses, avec son beau sourire et toutes ces belles idées, en quelques minutes, ils avaient parlé de faire de la voile en Australie, du snowboard à Canaan Valley, du camping à Yellowstone et de la barque sur le lac des Winford. Tout cela était étrangement féerique, et avec la forêt magique d'Ivan et l'enthousiasme enfantin d'Ulysses, on s'y croyait vraiment.

Voici d'ailleurs venu Ulysses et son enthousiasme – pas très enfantin, pour le coup – Ivan qui, s'il voyait les dauphins, n'était donc pas aveugle, laissa glisser son regard sur le très vigoureux et ostentatoire signe d'intérêt de son petit-ami et il eut envie de… s'excuser. Pas parce qu'Adam l'avait soudain possédé, mais parce que c'était sa faute et que, sans doute, Ulysses devait se sentir aussi gêné que la veille, quand il s'était caché pour pleurer. Il aurait dû y réfléchir à deux fois avant de se balader à moitié à poil dans son appartement, mais c'était typiquement le genre de petits détails auxquels il ne pensait que devant le fait accompli.

Cependant, les excuses, les animaux marins et les scrupules, Ivan les envoya valser dès qu'Ulysses posa ses mains sur son torse et ses lèvres sur les siennes, parce que les contacts qu'il s'était retenu de faire depuis qu'Ulysses avait fuit sa main l'avait quand même un peu frustré. Là, il pouvait enfin se lâcher. Cela dit, même en pleine forme, même après des mois d'abstinence, Ivan n'en demeurait pas moins plutôt tranquille. Il caressa son dos alors que son ami explorait déjà l’intérieur de son tee-shirt, souleva son tee-shirt quand il s'attaquait à l'arrière de ses jambes, le creux de ses reins et ce qui se trouve entre les deux, et lui mordillait le cou quand il commença à s'intéresser à…

« Hey… Älskling… »

Il lui fit un petit sourire malicieux.

« On a tout notre temps, je ne vais pas partir. »

Qu'on se le dise, Ulysses était très doué, Ivan avait très envie de le renverser sur le bar et justement, il aimait bien cette attente. Un peu comme quand on prend bien le temps de déballer proprement un cadeau qu'on souhaitait depuis longtemps pour retarder d'une seconde le moment où on l'aura en main (quoi ? Personne ne fait ça?). Sans doute le fait qu'Ivan ne soit pas tiraillé en permanence par des tensions sexuelles jouait beaucoup là-dedans, c'était un peu inédit pour lui. Il posa un regard complètement charmé sur le torse en grande partie dévoilé de son homme.

« Tu es plus que beau. »

Sur ce, même si le bar était très tentant – tout comme le canapé, les tapis et le piano – c'est plus vers la chambre d'ami aux draps totalement démolis qu'Ivan entraîna son prince charmant lubrique. Là encore, il sembla que le Suédois cherchait des câlins et des caresses qu'un coït, aussi long et réjouissant puisse-t-il être. Ce n'est donc qu'après de très longues minutes de préliminaire qu'il offrit à Ulysses des moyens très concrets d'apaiser ses tensions (ah, quel sadique je fais). Et après, ce fut évidement le début des postliminaires, Ivan se blottit contre lui, et reprit ses caresses en lui faisant des bisous dans le cou, sur les épaules et… un peu tout en fait, ne relevant la tête que pour le regarder, l'air ravi et comblé. Oui, Ulysses venait de trouver le seul garçon au monde qui puisse lui dire "attend un peu" quand il lui saute dessus, les Suédois ont le sang froid (parce que les Suédoises ont le sang chaud, sûrement).

Spoiler:
 
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Ulysses Winford
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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Ven 15 Mar - 7:59

Attendre ? Ivan venait de lui dire d’attendre. On lui avait dit d’attendre. Dès que son compagnon avait paru vouloir ralentir le mouvement, Ulysses avait relevé un regard sincèrement paniqué vers lui. C’était bien la première fois qu’on lui dît de tempérer ses ardeurs et, d’ordinaire, il avait plutôt le droit à « Mets-toi à quatre pattes que je t’apprenne la vie » ou « Oui, bel étalon, contre la porte d’entrée, allons-y ». Mais « On a tout notre temps », c’était tout à fait inédit.

Il avait fait quelque chose de mal. Sans doute, c’était la seule explication. Il avait fait quelque chose de mal et Ivan n’avait pas du tout envie de lui. Bien sûr, le Suédois avait l’air très enthousiaste désormais pour quelqu’un de réticent et ni ses mains, ni ses lèvres n’étaient restées inactives, mais c’était peut-être une forme de politesse, ou une coutume, ou une façon particulière de dire bonjour, et jamais il n’avait eu l’intention d’aller plus loin, parce qu’il le trouvait repoussant et dégoûtant.

Des excuses et des supplications se pressaient déjà contre les belles lèvres du bel Ulysses quand Ivan se fit fort de chasser ces angoisses en l’entrainant vers la chambre. Fort décontenancé, mais fort excité tout de même, parce qu’il marchait derrière Ivan et que ses yeux paniqués ne pouvaient pas s’empêcher de suivre le mouvement de ces fesses à peine habillées, Ulysses ne tarda pas à découvrir une importante vérité qui lui avait toujours empêché au cours de sa tumultueuse existence : les rêves, ça se réalise.

C’était qu’Ulysses en évoquant son addiction sexuelle avait pu donner à Ivan l’impression que ce qu’il avait toujours cherché, c’était la satisfaction brutale d’une décharge physiologique, comme une nécessité du corps — une tension permanente, qu’il fallait précisément relâcher. Or, rien n’était plus éloigné de la vérité. Ce que le jeune homme recherchait désespérément, c’était de l’affection, depuis sa plus tendre enfance, dans ce beau ranch, ce ranch immense et désert, cette forêt déserte, ce lac désert, son appartement désert, sa vie déserte.

Mais quant à onze ans il avait commencé à devenir le plus beau et, étrangement, le plus excitant des jeunes gens, personne n’avait jamais vraiment fait attention à autre chose que son corps. Et dans ce pensionnat de garçons très riches et assez conservateurs, les désirs qu’il suscitait chez ses camarades eussent été d’ordinaire sagement refoulés et si certains étaient prêts à y céder, c’était toujours dans le secret, pour en finir avec des pensées obsédantes, et jamais avec l’ambition d’entourer Ulysses de la moindre affection.

Alors la spirale s’était mise en place, et plus Ulysses cherchait des partenaires, moins il était susceptible de trouver celui ou celle qui ne désirât pas simplement profiter de son corps. Naturellement, il avait rencontré Adam, mais Adam, comme Adam lui-même l’avait expliqué à Salem, Adam, donc, Adam à l’époque n’était pas exactement le garçon le plus stable et le plus attentionné du monde, ni du reste le meilleur amant. De sorte que ce qu’Ulysses voulait, il ne l’avait jamais obtenu.

Mais il l’avait cherché avec ardeur, et si Ivan était, de toute évidence, peu pressé d’en arriver à la conclusion de cette étreinte, Ulysses, qui l’avait initiée avec tant de fougue, comme il avait finalement appris à le faire au fil des années, était fort loin de s’en plaindre. Un peu déstabilisé d’abord par les gestes de son amant, il s’y abandonna enfin volontiers et trouva la toute première occasion de son existence de déployer pour une douceur mutuelle une expertise acquise moins dans le plaisir que dans la peine.

Et force était de constater que dans ces circonstances, Ulysses ne se souciait que très peu de son propre plaisir — ce qui semblait l’intéressait surtout, c’était Ivan. Alors le très habile et très expérimenté mutant se mit au service de son amant, avec une douceur, une tendresse et une fougue habilement tempérée peu faites pour laisser insensible. Et quand enfin ils furent à nouveau allongés l’un contre l’autre, un peu plus calmes, Ulysses qui avait l’habitude voir ses partenaires s’éloigner de lui, quand il ne s’enfuyait pas lui-même, accueillit dans ses bras son petit ami.

Alors, après avoir rabattu la couette sur eux, il laissa ses mains courir rêveusement sur le corps d’Ivan en s’offrant volontiers à ses baisers. Après de longues minutes de cet agréable câlin, le jeune homme renversa son ami sur le dos pour venir le surplomber et pouvoir plonger ses yeux dans les siens.


— Ivan…

Un sourire éclaira son ton un peu grave et, sans pouvoir résister, il tendit le cou pour embrasser longuement le jeune homme, avant de reprendre la parole.

— C’était… parfait. Tu es parfait.

Pour une fois, les mots lui manquaient. Il déposa un baiser sur le front de son amant, un autre sur sa joue, sur ses lèvres à nouveau, sur son menton et dans son cou, puis, glissant sous la couette, il partit découvrir le torse, non sans s’y attarder un peu quand les circonstances l’exigeaient, et certes dans ce voyage il n’avait pas la même frénésie anxieuse qui l’avait d’abord possédé près du bar ; c’était paisiblement, quoiqu’un brin malicieusement désormais, qu’il descendait vers le ventre de son amant, laissant une main sur le torse d’Ivan pour l’inciter à s’abandonner sans complexe à ces baisers.

Les baisers se firent bientôt plus précis, puis ce ne furent plus du tout des baisers, et à nouveau l’expertise d’Ulysses trouva à s’employer sur l’objet de ses attentions — son passé trouble avait au moins cet avantage qu’il savait très exactement ce qu’il faisait. Et ce n’était plus une question de préliminaire désormais — le jeune homme laissa le désir d’Ivan se réveiller à nouveau, il le guida et ses lèvres ne l’abandonnèrent pas avant de l’avoir mené au bout de sa jouissance, innocemment caché sous la couette.

Après s’être assuré pendant quelques secondes qu’il n’avait rien perdu du fruit de ses généreux efforts, Ulysses se redressa pour s’installer à cheval sur les cuisses d’Ivan, avec un sourire un peu victorieux, il faut bien l’avouer, tandis que la couette glissait derrière lui pour le révéler. À partir de cet instant, il fut difficile de ne pas remarquer que chez Ulysses, quelque chose ne tournait pas rond. Non, je ne parle pas de sa psychologie, mais de son corps, qui décidément était très, très étrange.

Pendant leurs ébats, il avait été habillé d’abord, puis pressé contre Ivan, dans la chambre à la lumière tamisée — mais le soleil était levé désormais et sa position l’offrait pleinement aux regards de son amant. Or, jamais Ulysses n’avait été plus beau — littéralement, parce que personne ne l’avait vu nu depuis que son pouvoir avait atteint les sommets (de son premier niveau). Même Adam avait eu le droit à une vision transitoire qui n’avait fait naître que de très vagues soupçons bien vite écartés. Mais Ivan avait un mutant de vingt-quatre ans pleinement développé (c’est le cas de le dire) devant lui (et sur lui).

Il était difficile de dire ce qui était le plus remarquable, de la couleur de sa peau qui se nuançait à la perfection sans rupture étrange, de cette peau qui, précisément, n’avait pas le moindre défaut, pas la moindre rudesse ni le plus petit bouton, de ces muscles à la troublante symétrie, aux courbes parfaites, sans ces arrêtes brutales ou ces formes un peu étranges qu’ils pouvaient prendre d’ordinaire chez un humain normal, du fait que ce corps qu’aucun logiciel de retouche photographique n’eût été capable de produire vivait, respirait, brûlait, de ce visage dessiné d’une main d’artiste, avec ses yeux expressifs, de ces pieds, même, où aucun orteil n’était déplaisant — tout, absolument tout, trahissait une beauté qui n’avait rien d’humaine.

À peu près inconscient de ce spectacle, les mains posées sur le ventre d’Ivan, toujours ravi d’avoir trouvé le meilleur et le plus bel amant du monde (encore une fois, en toute objectivité) et assez fier de la mémorable caresse qu’il venait de lui offrir, Ulysses proposa cette fois-ci avec une authentique innocence, quoique son propre désir se fût, de toute évidence, également réveillé :


— Tu veux qu’on dorme un peu ? Tu n’as pas eu l’air de t’être reposé beaucoup cette nuit. Et j’ai vu que… Tu avais du mal. À dormir. Peut-être qu’avec moi, ça irait un peu mieux, non ?

Le mutant sonda le regard de son amant.

— Ivan ? Ça va ?
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Ivan Strömberg


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MessageSujet: Re: Ithaque (Ivan)   Sam 16 Mar - 15:36

Ivan était d'accord, ça avait était parfait, Ulysses s'était montré divinement doué et n'avait pas paru agacé qu'il le fasse un peu languir, contrairement à la plupart de ses anciens amants et amantes (le Destin est très déçu que son plan diabolique ait échoué). Il avait eu plus de câlins qu'il aurait pu en rêver, avait touché le septième ciel et au-delà, et même s'il était déjà plus que satisfait, Ulysses semblait vouloir lui offrir le dessert. Ivan se laissa faire, profitant une fois de plus de cette sensation d'attente, et là encore ce fut presque trop beau pour être vrai, il s'agrippa aux oreillers en s'abandonnant complètement.

Alors qu'il n'était pas encore redescendu de cette nouvelle jouissance, Ulysses se redressa sur lui et la vision surréaliste de ce corps sans défaut s'imposa à ses yeux. Un instant il crut que c'était lui, que c'était ses yeux ou son imagination qui lui donnait des impressions étranges, avec la lumière du matin, mais non, il y avait un truc qui clochait. Ivan resta un moment silencieux après que l'ange lui ai demandé s'il allait bien, il passa une main sur le ventre parfaitement dessiné de son ami en ayant presque l'air de vouloir s'assurer que cette vision était bien réelle. Il n'arrivait pas à définir exactement ce qui le troublait, Ulysses était juste… beau, très beau, mais son esprit était dérangé et en y réfléchissant, il ne trouva rien de commun entre son petit-ami et qui que ce soit rencontré dans sa vie. Il n'y avait rien à redire sur le corps d'Ulysses et en même temps quelque chose lui laissait une sensation étrange et inédite. Même une statue de marbre du millénaire dernier parfaitement conservée ne lui donnerait pas ce genre d'effet.

« Je vais bien. Tu es parfait, et très beau. »

Ivan ne trouvait pas de mots pour décrire ses impressions, et en aurait été incapable même en suédois, il incita Ulysses à s'allonger près de lui et l'observa encore longuement. D'un regard où l'admiration se mêlait à une pointe de scrutation.

« J'ai l'impression d'être dans un rêve, tu es vraiment incroyable. »

Silence, scrutation.

« Comment tu fais ? Pour être aussi… je ne sais pas… beau ? »

Ivan n'était pas vraiment très sûr de se faire comprendre, lui-même ne comprenait pas vraiment ce qui le préoccupait. Finalement, parce qu'il n'avait pas vraiment envie de gâcher le bon moment qu'ils venaient de passer avec des questions bizarres, il préféra répondre à la question que son trouble avait balancé en second plan pour quelques minutes.

« Je suis nul au lit, pour dormir. Je mets beaucoup de temps, parfois parce que je pense à des idées, parfois je ne sais pas pourquoi, et quand j'ai perdu beaucoup de temps j'ai besoin de bouger, sinon je ressens comme des bêtes dans les jambes. Si je dors avec toi je vais tellement t’embêter que tu vas me pousser par terre. »

Ivan lui fit un petit sourire, il avait une dizaine d'années quand il a commencé à avoir des problèmes pour dormir, et faisait avec. Cela dit, ce matin-là, il avait dû avoir trois heures de sommeil maximum, et se sentait plutôt très détendu, aussi ne fut-il pas contre un petit essais. Bilan : L'ange s'endormit bien avant et il le contempla un long moment en continuant à se dire que sa beauté avait quelque chose d'un peu… surnaturelle ? Dans le même temps il essaya courageusement de ne pas trop bouger malgré les fourmillements, et finit par s'endormit quelques heures. En se réveillant il jeta un coup d'œil à sa montre, et tapota l'épaule de son copain.

« Tu n'avais pas quelque chose à faire, vers midi ? »

Il était 12h17, il n'avait plus qu'à courir, le Ulysses, ça lui apprendra à se jouer des mauvais coups du destin, nan mais.
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Ithaque (Ivan)

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