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 Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]

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Salem Cordova
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MessageSujet: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Ven 11 Jan - 15:28


*CRAC*

Salem s'éloigna du mur de trois bons pas en se demandant pourquoi, pourquoi dès qu'il se trouvait dans un bâtiment important, rutilant, cossu, il se sentait obligé de tripoter tout ce qui dépasse. Cette fois-ci, c'était une plinthe de bois sombre, un peu fissurée, qui ne lui résista pas longtemps.

« T'as cassé un truc ? »
« Non, enfin, pas trop. »
« Rah, t'es vraiment pas sortable, viens. »

Ivan lui attrapa le bras pour le traîner vers la salle de conférence dont il venait de demander la localisation à l’accueil. Ivan, qui rappelons-le, même si je suis persuadé que personne ne l'a oublié, son apparition fut tellement marquante, écrasé qu'il était au milieu de tous les autres amis de Salem. Ivan, donc, était l'un des camarades de notre jeune héros, débarqué de Suède grâce à un programme d'échange, et décidé à vouer sa vie à la sauvegarde des océans dévastés par la pollution, le réchauffement climatique et l'appétit des Japonais – et des autres, mais les baleines, les thons rouges et les ailerons de requins, on sait où ils vont.

Cela faisait bien deux bonnes semaines qu'Ivan le bassinait avec cette conférence, bon c'est vrai, il bassinait toujours plus ou moins tout le monde avec ses histoires de poisson, mais là ça lui tenait vraiment à cœur. Salem n'avait pas eu le courage de refuser de l'aider, contrairement à tous ses amis qui s'étaient empressés de se trouver une excuse à la crédibilité plus ou moins bancale. Depuis quinze jours donc, il aidait son camarade à faire ses recherches, à structurer ses idées et à répéter son discours. Parce que oui, Ivan allait parler devant des gens, Salem ne savait pas vraiment qui d'ailleurs, mais tous étaient très intéressés par l'environnement. Lui, tout ce qu'il aurait à faire, c'est faire défiler les diapositives, et manger les toasts, ça lui allait très bien.

Bon, en y repensant, Salem aurait peut-être mieux fait de se renseigner un peu, car ce n'est qu'en arrivant à la porte qu'il se rendit compte de l'endroit où il venait de débarquer. C'était un bastion démocrate. Il y avait déjà pas mal de gens devant la salle, jeunes pour la plupart, et qui arboraient tous fièrement des badges du parti en distribuaient des brochures expliquant le thème de la réunion et listant les différents participants et les sujets qui seront abordés. L'adolescent n'avait pas imaginé que son ami s'était mit à la politique pour faire entendre ses idées.

Bêtement, la première chose qui traversa l'esprit de Salem était qu'Adam se trouvait peut-être dans les parages, mais il supposa aussitôt qu'il avait peu de chances de le croiser. Son fiancé avait un travail important, et il avait certainement beaucoup trop de choses à faire pour se préoccuper d'une bande d'apprentis déterminés à réduire la consommation énergétique des grattes-ciels et à cultiver des champs d'éoliennes.

« Y'a vachement de monde, quand même… »

Ivan triturait nerveusement sa carte de conférencier en regardant les gens s'installer dans la salle. Il était complètement paniqué, Salem lui tapota l'épaule.

« C'est pas important, tu vas gérer, t'en fais pas. »

Pas vraiment au courant de ce qu'il fallait faire, le duo suivit un type qui avait aussi sa carte autour du cou, et ils s'assirent à la première rangée, ou d'autres futurs orateurs attendaient aussi. Salem fut ensuite si occupé à tenter de calmer son ami, qui s'était mit à boire des litres d'eau, qu'il fut presque étonné lorsque la conférence commença.

Tout ça était… instructif, oui, il sortirait certainement d'ici riche de savoirs, à l'écoute de la planète et conscient des dangers qui la menaçaient… et… Et il n'en avait rien à faire de tout ça. Salem bailla une fois, deux fois, et se mit à somnoler en imaginant Adam dans son bureau, avec son costard-cravate, et Ulysses. Non, pas Ulysses. Il se remémora ce qu'il lui avait dit il n'y a pas si longtemps, en sortant de chez les Tenseï, et comment il profitait béatement de son bonheur depuis. Salem n'était plus seulement amoureux, il se sentait amoureux, et c'était une vraie bénédiction, il n'avait jamais était aussi attentionné et câlin avec quelqu'un de toute sa vie. Comme si d'un coup, il découvrait comment fonctionnait les jeunes couples niais qui ne se lâchent pas. Heureusement, il n'en était pas à ce stade de béatitude, mais, comparé à ses anciennes relations, il était méconnaissable.

« Allez, viens, c'est à nous. »

Ivan le secoua pour le réveiller, et ils montèrent sur scène. Pendant que Salem affichait le powerpoint, son camarade se mit à regarder les gens, tous les gens, avec de grands yeux paniqué. Il recula finalement vers lui.

« Je peux pas. »
« Comment ça, tu peux pas ? Ivan, ça va bien se passer, tu connais tout par cœur, t'as bossé comme un dingue.»
« Oui mais… non. Non, y'a trop de… »

Le voilà qui reculait encore, et le silence qui s'était installé dans la salle le faisait paniquer encore plus, il n'y avait plus rien à en tirer. Salem soupira et lui prit ses fiches des mains, il connaissait le sujet aussi pour l'avoir travaillé avec lui et le public, il en voyait de plus nombreux et agités en compétition. La seule différence, c'est qu'il fallait parler, ça ne devait pas être si terrible, il relut les premières lignes, stressa un bon coup, prit le micro et puis, c'était partit. Salem eut bien moins de difficultés qu'il l'aurait cru, il ne fit pas de fausses notes et parvint même à se donner un air inspiré et à répondre à quelques questions, avant qu'une ne lui pose problème et qu'un regard paniqué à son camarade le réveille assez pour qu'il se décide à venir prendre la parole. Ils quittèrent finalement la scène, Salem lança un regard furieux à son ami.

« Ne me refait plus jamais ça, les conférences, c'est fini ! »
« Désolé, j'ai paniqué, mais tu t'es super bien débrouillé. »
« Tu m'auras pas avec des compliments, j'avais envie de t'étrangler. »
« Rah ça va, j'ai dis que j'étais désolé ! »
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Ven 11 Jan - 16:57

— Gala de charité du syndicat des routiers ?
— Non.
— Bal de la police ?
— Non.
— La messe du Révérend Fiddler.
— Certainement pas.
— Le colloque du Docteur Feysenheim ?
— Je vois déjà les gros titres : Orckmann tue des enfants.
— J’sais pas… Le dîner du Black Caucus ?
— Hmmm.


Ulysses tendit la main pour attraper le pot cartonné posé devant Adam, qui administra un petit coup sec et précis de baguettes sur les doigts de son ancien compagnon.

— Hé ! C’est moi qui ai payé, je te rappelle.
— Rien à faire. Ce sont mes nouilles.


Ulysses afficha une moue mécontente qui lui donnait l’air absolument adorable et qui eût probablement poussé à peu près n’importe qui à le renverser sur le bureau pour lui faire découvrir la gastronomie japonaise plus en détail, mais Adam était immunisé aux charmes d’Ulysses, de Georges Clooney et du reste de la planète, depuis que dans une ruelle obscure, dans une voiture mal chauffée, il avait dévoilé à Salem l’étendue de son amour — en tout bien tout honneur.

L’inquiétude qui l’avait habité pendant quelque temps de s’exposer quotidiennement aux charmes objectifs du talentueux responsable de la communication de la campagne électorale s’était envolée et, désormais, l’Asiatique approchait celui qui avait jadis partagé sa vie sans se soucier du passé. Cela faisait donc deux heures qu’ils parcouraient en tête à tête la liste des événements politico-mondains de la fin de semaine, où il était possible, mais peut-être pas souhaitable, que Martha Orckmann fît une apparition.

Adam avait détaché sa cravate, ouvert quelques boutons de sa chemise et piochait dans le nourriture chinoise à emporter qu’ils avaient commandée, sans se rendre compte que ces gestes simples, cette familiarité, mettaient les nerfs du pauvre Ulysses à rude épreuve — pauvre Ulysses qui, comme le jeune homme irréprochable qu’il était, s’abstenait de tout geste équivoque, de tout commentaire déplacé, ravalait sa frustration et se concentrait autant qu’il lui était possible sur son travail.


— Tu n’as pas le dossier que les jeunesses démocrates nous a transmis ?
— Le truc qu’ils envoient toutes les semaines ?
— Oui.
— Celui que tu veux jamais regardé parce qu’il y a que des hippies dedans ?
— Voilà.
— Sous le porc au curry.


Adam désigna d’un geste de tête le porc au curry et, conséquemment, le dossier. Ulysses attrapa la liesse et se mit à la feuilleter. Après quelques minutes pendant lesquelles Adam s’était perdu dans la lecture du bandeau d’actualités qui défilait sous un reportage muet de CNN, sur la télévision réduite au silence de son bureau, le gendre idéal et abandonné s’exclama :

— Ah, voilà ! Ça, c’est parfait. « Séminaire des Jeunes Démocrates sur la préservation de l’environnement maritime et le renouvellement des ressources halieutiques ».
— Hmm.
— Quoi ?
— C’est ce soir, non ?
— Oui.
— Ça ne fera pas un peu juste ?
— Ça nous laisse plus de six heures, tu sais. Pourquoi, il y a un problème ?
— Salem y va avec un ami.


Le sourire enthousiaste d’Ulysses frémit. D’une voix qu’il tenta de ne pas rendre trop incrédule pour ne pas paraître désobligeant, il répéta :

— Au séminaire sur les ressources halieutiques ?
— Oui.
— Je ne savais pas qu’il s’intéressait à l’économie maritime.


Adam haussa évasivement les épaules. Quelques heures plus tard, vêtu d’un costume-cravate tout frais, un Asiatique se glissait dans la salle du séminaire, tout au fond, perdu au milieu de la foule, pour découvrir que son fiancé s’apprêtait à lire un discours sur les menaces sérieuses qui pesaient sur la diversité de la faune et de la flore aquatiques. Ivan s’était décomposé à côté de Salem.

Adam, pour sa part, fut captivé. Salem était beau, il s’exprimait bien, il était noble et courageux, puisqu’il était venu à l’aide de son ami en détresse. Le politicien dut combattre l’envie qui l’envahissait de pousser sa voisine du coude pour lui dire que l’orateur était son fiancé, qu’ils avaient trois chatons de moins en moins chatons et qu’ils vivaient le parfait amour. Un peu de pudeur le retint.

Le jeune homme but donc les propos de Salem — en tout bien tout honneur (cette fois-ci) — et, pendant les questions, combattit la hargne intérieure qui l’eût sinon poussé à démolir à coups de contre-exemples les indélicats membres du public qui osaient remettre en cause les analyses de son fiancé, qui étaient celles d’Ivan, mais il n’y avait pas de raison. Bientôt, le modérateur de la séance reprit le micro.


— Nous allons faire une pause. Des rafraîchissements vous attendent dans la salle adjacente.

Le public se déversa donc par la porte pour rejoindre le café, les jus de fruits et les viennoiseries, et découvrir que le buffet ordinairement un peu chiche était ce soir-là mystérieusement plantureux — premier signe de l’apparition encore à venir. Adam pour sa part fendit la foule afin d’atteindre Salem (et Ivan, très accessoirement).

— Tu étais magnifique. Je veux dire, convaincant. Très convaincant.
— Tiens, salut Adam.
— Oui. Bonsoir. J’suis désolé, Salem, j’ai essayé de te joindre, mais ton portable doit plus avoir de batterie. Ou de réseau, j’sais pas. J’voulais te prévenir que…


Un murmure s’éleva dans la salle adjacente, alors que Martha Orckmann, entourée de journalistes de presse qui allaient transformer l’obscur séminaire écologiste en petit sommet local pour le plus grand plaisir des organisateurs, et accompagnée d’un secrétaire de presse devant lequel une bonne partie de l’assistance resta rêveuse, alors que Martha Orckmann, donc, pénétrait dans la pièce, commençait à serrer les mains des responsables et des principaux orateurs, comme si elle les eût connu depuis toujours, avec un mot pour chacun.


A côté de Salem, Ivan et Adam, le modérateur de la séance s’épanouissait de bonheur. Adam murmura :


— Ulysses voulait pas qu’on aille chez les routiers. Du coup, voilà.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Ven 11 Jan - 19:11

Occupé à se disputer, les courageux défenseurs de cabillauds laissèrent la foule se précipiter sur la nourriture. Et même si Salem aurait bien grignoté quelque chose pour se remettre de ses émotions, il n'avait presque pas bougé du bas de la scène quand Adam émergea de la foule. Il le regarda d'un air étonné, avant d'avoir un grand sourire ravi.

« Tu m'as vu ? Oh j'étais complètement stressé en fait, j'ai même pas remarqué que tu étais là. »

Il avait beau tenter de jouer le modeste, son sourire trahissait à quel point il était heureux qu'Adam l'ai vu dans ce moment de gloire. Parce que oui, quand même, il avait fait ça sans préparation, et c'était plutôt une bonne réussite, il était assez fier de lui. Bref, l'air ravi le quitta quand il l'entendit parler du son téléphone, qu'il sortit de sa poche.

« Rah, il m'énerve, y'avait déjà le réseau qui déconnait, et maintenant il s'éteint tout seul… pourtant il allait mieux depuis la fois où il est tombé dans les toilettes. »
« C'est peut-être à cause de l'autre jour, quand il t'as glissé des mains dans les escaliers de la cafèt, et que Wayne a marché dessus. »
« Ah oui, peut-être. »
« T'en as pas d'autres ? »
« Non, mais ça va, il marche, plus ou moins. »

On aurait pu parler longtemps de la vie difficile du portable de Salem, et même faire un séminaire dessus, mais il y avait plus important pour le moment. Adam voulait le prévenir de quelque chose, et le quelque chose en question venait d'entrer. Ulysses. Oui il y avait aussi Martha Orckmann, qui était même le personnage le plus important du lot, mais c'était surtout Ulysses qui le préoccupait, par réflexe, Salem se rapprocha un peu d'Adam.

« Wouah, ce mec est vraiment… »
« C'est l'ex d'Adam. »
« Ah ouais ? Il est… ah. N'empêche, on a vraiment de la chance, voir Mme Orckmann en vrai. Je suis trop content ! »
« Mais… elle s'intéresse aux poissons ? »
« Elle fait ça pour sa campagne, patate. »
« Elle va parler de poissons pour sa campagne ? »

Comme Ivan secouait la tête en se grattant les bouclettes d'un air désespéré sans lui répondre, Salem tourna son regard perplexe vers Adam. Les jeux politiques, ce n'était vraiment pas son fort. À la limite, il s'y connaissait même mieux en protection des ressources marines, maintenant qu'il avait fait cet exposé. C'est dire. Quand Ulysses fut assez proche d'eux pour ne plus pouvoir faire semblant de ne pas le remarquer, il lui fit un petit signe de la main, histoire d'être poli, même s'il n'avait sans doute pas plus envie de le voir que lui. Puis il regarda Adam avec curiosité.

« Du coup, tu es en plein boulot, là ? T'as le droit d'aller manger et tout ? »

C'est fou comme le métier de conseiller en stratégie lui apparut soudain comme très intéressant. S'il suffisait de s'asseoir dans de grandes dans de grandes salles et de faire semblant d'écouter, même lui devait pouvoir le faire. Bon, ce ne devait pas être aussi simple, d'ailleurs Adam avait déjà tenté de lui expliquer la chose, avec un long paragraphe compliqué comme seul lui – et son père – savent en faire. Mais lui qui le voyait tout le temps enfermé dans un bureau à potasser de gros dossiers ennuyeux se rendit compte qu'il n'y avait pas que ça, dans ce genre de métiers. Ça lui donnait presque envie de se servir enfin de son intelligence, presque.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Ven 11 Jan - 19:41

Avec un talent irréprochable, Ulysses présentait les personnes qui s’avançaient successivement vers la politicienne, quand elle n’était pas supposée les connaître elle-même — une question de jeu de pouvoir. Il semblait que le secrétaire de presse connût tous les noms de tous les membres du Parti Démocrate et tous les détails intéressants de leur existence. Les hommes hétérosexuels et les femmes homosexuelles lui trouvaient un air de franchise et d’amabilité qui leur inspirait pour lui une franche sympathie et tous les autres essayaient de ne pas le déshabiller trop ouvertement du regard.

Martha, quant à elle, était de toute évidence une reine. Elle avait cette façon particulière des gens qui détenaient le pouvoir depuis longtemps de s’approprier un environnement, sans paraître rien forcer, en laissant venir à soi l’attention que personne ne songeait à leur refuser. Pour chacun, elle adaptait son discours : avec les scientifiques, elle parlait de données ; avec les militants, d’idéologie.

Adam la regardait avec un air de respect évident, et une certaine pointe d’admiration. La chose était d’autant plus remarquable que, d’ordinaire, en dehors de Salem, le jeune homme n’avait pas exactement le compliment facile. De Martha elle-même, il ne parlait que peu et si son travail le passionnait, il tâchait, dans la mesure du possible, de ne pas s’étendre sur la question, pour ne pas ennuyer Salem — ce qui n’épargnait pas totalement à l’infortuné adolescent de longues réflexions sur tel ou tel point de la vie politique nationale.

L’Asiatique secoua la tête à la question sur les poissons.


— Elle, elle ne parle de rien. Elle dit juste bonjour aux gens qui parlent des poissons. Elle ne peut pas parler de tout : ses discours doivent s’occuper des problèmes les plus saillants. Mais comme elle vient avec la presse, sa présence est un indicateur des autres problèmes dont elle se préoccupe. C’est une sorte de hiérarchie, si tu préfères. Ça permet aux gens d’ici d’avoir de l’attention et, en échange, elle obtient leur soutien tacite. C’est une sorte de contrat.

Orckmann a plusieurs problèmes d’images. D’un côté, c’est une politicienne professionnelle, très influente au sein des institutions, du parti, etc. Qui connaît tous les rouages. Mais le public ne la connaît pas toujours très bien. C’est pour ça qu’elle a engagé Ulysses. Elle a besoin d’une campagne de séduction. De l’autre, c’est une politicienne très progressiste, à la gauche du Parti Démocrate. Du coup, elle est un peu trop… Moderne. Pour beaucoup d’électeurs. Alors il faut à la fois conquérir sa base naturelle et parer aux attaques sur le flanc droit.

L’écologie maritime, c’est un bon sujet pour ça, parce que c’est à la fois économique et idéologique. Ici, on fait la démonstration du soutien à la base. La semaine prochaine, on ira rencontrer les syndicats de pêcheurs pour montrer qu’on est pas des hippies. Sans vouloir te vexer, hein, Ivan.


Ivan avait l’air un peu perplexe d’entendre que sa noble cause venait d’être capturée pour une opération médiatique, parce que, comme à son habitude, Adam n’avait accordé que deux ou trois mots à ce qui lui semblait évident, savoir que Martha avait un intérêt sincère pour les considérations écologiques, pour s’étendre plus longuement sur la complexité stratégique de la situation politique, ce qui donnait à la situation une allure un peu cynique.

Les nouvelles questions de Salem le firent sourire.


— Bien sûr qu’je suis en plein boulot. J’mets pas des cravates pour le plaisir.

Les deux fiancés échangèrent involontairement un regard plein de sous-entendus, parce qu’il arrivait à Adam de se retrouver avec des cravates autour des poignets et de témoigner très explicitement son plaisir. Mais c’était une autre histoire. Devant eux, Ulysses voguait de journaliste en journaliste, manifestement peu pressé d’être poussé jusqu’à la salle de conférence et, par conséquent, jusqu’à Salem.

— J’fais pas que lire des dossiers, tu sais. J’ai des rendez-vous des négociations, des opérations comme celles-là, des réunions de fonds, etc. C’est sans doute pas toujours très excitant, mais c’est varié. Et j’ai le droit de manger. Dans ce milieu, les gens passent leur temps à manger. Surtout que moi, je fais la stratégie. La comm’, c’est Ulysses.

Et ce n’était pas tout à fait faux : entre les petits-déjeuners réunions qui s’enchaînaient certains matins, les viennoiseries et le café qui accompagnaient chaque négociation, il fallait une volonté de fer ou une vie sportive intense pour garder la ligne. Devinant que la question de Salem était également une requête masquée, Adam entama avec ses deux acolytes les manœuvres d’approche du buffet généreusement financé par les fonds de campagne de Martha.

Les trois jeunes gens en étaient à méditer sur la composition des petits fours, quand une petite femme haute comme trois pommes, d’une quarantaine d’années, avec une paire de lunettes rouges un peu sévère et un calepin, surgit parmi eux.


— Bonsoir Adam.
— Bonsoir Clara. Ton chien va mieux ?
— Oui, merci. Tu as un commentaire à faire ?
— Sur ? Les petits fours ?
— Votre présence ici.
— Vois-ça avec Ulysses. J’fais pas d’commentaires, moi, tu sais.
— Je sais. On peut toujours essayer.


Les yeux de celle qui, de toute évidence, étaient une journaliste, se posèrent ensuite sur les badges qui pendaient aux cous de Salem et Ivan. Pendant ce temps, à l’autre bout de la salle, Adam capta le regard bleu de Martha dans lequel il lut distinctement un ordre. Le jeune homme reposa son assiette, adressa un sourire à Salem (aussitôt remarqué par Clara), un sourire à Clara (qui avait l’air de flairer quelque chose) et s’excusa :

— Je reviens tout de suite, pardonnez-moi.

Et il partit en direction de sa supérieure. Clara se tourna vers Salem et lui adressa un grand sourire cordial.

— Je m’appelle Clara Oppenfeller. Je travaille pour le New York Times. Vous êtes…

Elle plissa les yeux pour décrypter le badge.

— Salem Cordova. C’est un joli prénom, Salem. Depuis combien de temps êtes-vous au Parti Démocrate ?

Et le stylo était posé sur le calepin.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Ven 11 Jan - 22:28

Salem trouvait un peu dérangeant de se sentir comme un pion dans la campagne de Orckmann, et pourtant, ce n'était même pas un vrai militant. Ivan, lui, resta silencieux, sans doute que le hippie lui avait moyennement plu, mais sans doute préféra-t-il s'abstenir de lancer son habituel "Quand y'aura plus un seul poisson dans la mer, vous serait les premiers à pleurer". Dans tous les cas, c'était sûr, une visite pareille était positive pour sa cause, alors il n'allait pas s'en plaindre.

Après les petites explications d'Adam sur ses activités au parti et un vif souvenir d'activités très différentes impliquant des cravates, toutes sortes d'autres liens et un certain nombre de scènes coupées au montage pour ne pas heurter la sensibilité des lecteurs.

Spoiler:
 

Le groupe s'achemina vers l'opulent buffet, Salem se servit une boisson, et picora dans quelques plats. L'arrivée d'Orckmann et de tout ces journalistes avait provoqué une drôle d'agitation chez les militants, qu'ils soient ravis, étonnés, soupçonneux ou juste hypnotisés par les courbes de monsieur propre, ils n'avaient que ça à la bouche. Même Adam avait l'air de se sentir impliqué, et d'apprécier de voir Martha évoluer au milieu de tous ces gens.

Salem était donc le seul à ne pas du tout être atteint par toute cette agitation, que ce soit la vie marine, politique, ou médiatique, rien de tout cela ne le concernait. Il était juste venu pour faire défiler les diapos, après tout. Tout juste adressa-t-il un hochement de tête à la femelle hobbit venu saluer Adam, en mâchouillant un toast au saumon – ils avaient osé amener du saumon fumé chez les défenseurs de poissons ! – parce que de toute façon elle ne s'intéresserait pas à lui. Dans le meilleur des cas, il était juste un hippie de plus.

Salem remarqua aussi le regard de Martha, parce qu'il était redevenu pleinement attentif maintenant qu'il était descendu de la scène, il rendit son sourire à Adam et le regarda s'en aller. Avant de baisser les yeux vers la petite dame qui venait de s'adresser à lui, l'air surprit.

« Le New York Times ? Wouah ! Vous aller faire un article pour parler de nos idées ? »

Le regard de la journaliste glissa sur Ivan, avant de s'intéresseer à nouveau à Salem, l'air d'attendre sa réponse. Il parut tout de suite un peu embêté.

« Heu… c'est que je fais pas vraiment partie de tout ça, moi. »
« Rah mais non ! T'as fais un super discours avant, fais un effort. C'est le New York Times, quand même ! »
« Oui, bon, je commence à peine, disons. »
« Vous commencez à peine ? »
« Oui. »
« Et vous connaissez le conseiller en stratégie politique du parti ? »
« Ah, ça… »
« Ils sont fiancés en fait… aïeuh ! Mon pied ! »
« Oh, pardon. Tu devrais aller chercher des toasts avant qu'il n'y en ait plus. »

Ivan fit la moue, entre les gens qui l'ignorent et ceux qui le jettent, c'était vraiment pas sa soirée, contrairement à Clara qui prenait déjà des notes d'un air satisfaite. Elle n'avait pas l'air de vouloir le lâcher.

« Que pensez-vous de la campagne Mme Orckmann ? »
« De… du fait qu'elle soit venue ici ? »
« Ou de façon plus générale, si vous voulez. »
« C'est bien. »
« Mais encore ? »
« Heu… Il faut préserver les ressources de la Terre. »
« J'imagine que si vous êtes là, ce que c'est effectivement un sujet qui vous tiens à cœur. Vous pensez que Mme Orckmann partage vos préoccupations ? »
« Oui, enfin, c'est un peu politique aussi, tout ça. »
« Ah, donc pour vous, elle n'est là que par intérêts ? »
« Non… C'est juste qu'Adam m'a expliqué que… »
« Adam a dit que Mme Orckmann n'est là que pour aider sa campagne ? »

Le crayon accéléra sur le bloc-note, Salem sentit la panique monter.

« Non, il n'a pas dit ça du tout ! Je voulais juste dire qu'Orckmann n'est pas une hippie non plus… »
« C'est Adam qui a utilisé le terme hippies pour parler des participants au séminaire sur le renouvellement des ressources halieutiques ? »
« Heu… non, non, je reformule, en fait. »
« Mais c'était l'idée, n'est-ce pas ? Qu'a-t-il dit, exactement ? »

Salem tenta tant bien que mal de ne pas dire n'importe quoi, mais il avait vraiment l'impression de s'embourber avec les questions successives de la journaliste. Finalement, voyant qu'il commençait à se braquer Clara tenta de poser d'autres questions, toujours plus ou moins en rapport avec Adam, et de discuter un peu, pour éventuellement revenir sur la politique et en savoir un peu plus sur cette histoire.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Ven 11 Jan - 23:08

— C’est votre fiancé.
— Oui Madame.
— Il fait plus jeune que je ne le pensais. Je ne l’avais vu qu’à l’hôpital.


Adam était un peu nerveux. Martha Orckmann ne s’intéressait que très ponctuellement à la vie personnelle de ses subordonnés, mais elle le faisait toujours si soudainement et avec une application si entière, qu’il était difficile de n’être pas un peu soupçonneux de ce brusque intérêt. Le jeune homme avait beau essayer de ne pas percevoir des doubles et triples sens dans les commentaires que la femme lui murmurait, une vague paranoïa commençait à s’emparer de lui.

Comme incidemment, la politicienne changea de sujet :


— Vous aviez raison à propos d’Ulysses.
— Oui ?
— Il est très efficace.


Adam hocha la tête d’un air aussi dégagé qu’il le pouvait et laissa son regard dériver vers Salem. Qui parlait à une journaliste. La paranoïa se doubla aussitôt de panique. C’était Ivan l’ichtyologue en herbe. Pourquoi diable Clara interrogeait-elle Salem ? Et qu’est-ce que Salem pouvait bien répondre ? Adam avait beau avoir une haute idée de l’intelligence de son ami, il n’était pas aussi confiant en sa maîtrise des subtilités et pièges de l’entrevue politique et leur vie commune débordait trop de secrets compromettants, beaucoup plus compromettants que ce qu’ils pouvaient bien faire de leurs cravates, pour qu’il ne fût pas légitimement inquiet.

Pendant qu’Adam essayait sans succès de deviner ce que Salem et Clara pouvaient bien se raconter, en regrettant pour la millième fois de son existence de n’avoir pas appris, pendant son (hypothétique) temps libre à lire sur les lèvres, Martha, qui buvait son jus de fruit bio en promenant son sourire à la ronde, reprit avec cordialité :


— Vous devriez me le présenter.

L’Asiatique sentit son cœur marquer un temps d’arrêt. Ses yeux quittèrent la journaliste qui torturait l’adolescent pour se poser sur Martha et son sourire imperturbable. Certes, c’était grâce à cette femme (entre autres) si les lois de leur Etat permettaient à leurs fiançailles de n’être pas une résolution vide de sens légal, grâce à elle encore s’il avait l’emploi qui leur permettait de ne pas vivre entassés dans le studio avec les chatons, grâce à elle (entre autres) encore si les Cordova avaient pu financer leurs enfants, les Tenseï soutenir leurs commerces d’abord modestes, Laura étudier à l’université et les écologistes se faire entendre parfois des gouvernements.

Mais quelque remarquable et respectable que fût l’idéologie de Martha Orckmann, Adam ne pouvait s’empêcher de voir en elle, souvent, un requin intimidant. Si la politicienne avait pu tant accomplir, si sa présence dans le petit séminaire local était un si grand événement, c’était également parce qu’elle était rompue aux arcanes de la politique et qu’à côté d’elle, Salem n’avait pas de bagou, Ulysses pas de sens des relations sociales et Adam pas d’esprit analytique.

Pendant qu’Adam essayait de se convaincre lui-même qu’Orckmann n’allait pas dévorer tout cru son fiancé si elle l’approchait de trop près, de l’autre côté de la salle, Clara avait entrepris de troubler petit à petit Salem pour enfin obtenir des réponses précises.


— Et que pensez-vous de ce qui se dit à propos du secrétaire de presse et du conseiller stratégique ?

Elle laissa la question mûrir quelques secondes dans l’esprit de Salem avant de la préciser :

— Certains pensent que leur histoire d’amour actuelle pourrait devenir une faiblesse de la campagne. D’autres pensent qu’Orckmann s’en sert pour conquérir les votes de la communauté homosexuelle. Pensez-vous que cette liaison entame la crédibilité de la campagne ?

Parce qu’elle avait très bien entendu l’intervention d’Ivan sur les fiançailles de Salem et d’Adam, mais elle s’était abstenue du moindre commentaire pour pouvoir s’en servir de levier, si d’aventure l’adolescent n’était pas aussi loquace qu’elle l’espérait. Et comme la première salve de question l’avait décomposé, elle l’estimait à point pour une attaque plus considérable.

De son côté, Martha assurait débonnairement :


— Je ne vais pas le manger, votre Salem, vous savez.
— Non, bien sûr, mais, vous savez, ce n’est pas vraiment son monde…
— Hmm… Peut-être qu’il ne devrait pas parler autant à Oppenfeller, alors.
— Vous croyez ?
— D’un autre côté, si vous les interrompez, ce sera suspect.
— Ah.
— Allez donc voir Ulysses. Je vais serrer encore quelques mains.


Adam hocha la tête et, alors que Clara imposait à Salem un regard inquisiteur en attendant sa réaction sur la rumeur qui voulait probablement qu’après une longue journée de décisions politiques, Adam renversât Ulysses sur son bureau et lui fît sauvagement l’amour, le dit Adam s’approcha du dit Ulysses pour entamer un conciliabule.

— Dis, Ulysses…
— Ça se passe très bien.
— Oui, c’est cool. Juste. Je suis désolé de t’embêter avec ça, mais Oppenfeller est en train de parler à Salem et…


Le regard d’Ulysses se posa sur l’étrange duo et, soudain, le rouge monta aux joues du bel ange. D’un air inquiet, Adam interrogea :

— Quoi ?
— Euh… C’est probablement le mauvais moment de t’en parler, mais il y a une rumeur parmi les journalistes à propos de nous deux.
— Comment ça, une rumeur ?


Soudainement, Adam doutait du bien-fondé de cette petite opération médiatique.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Sam 12 Jan - 12:03

Elle ne le lâchait pas, rien à faire, pourtant c'était lui le bavard, d'habitude. Salem soupirait, regardait ailleurs, tentait de se dérober aux questions trop précises mais elle revenait sans arrêt à la charge, reformulant, répétant. Elle lui faisait un peu penser à ces appels qu'il recevait parfois, et où des femmes au prénom très américain et l'accent pas du tout d'ici tentaient de lui faire comprendre qu'il avait gagné quelque chose. Sauf que là, il ne pouvait pas raccrocher et aller voir ailleurs.
Quelle plaie.

Alors qu'il essayait de refourguer la naine à Ivan en expliquant que c'était lui le vrai militant et le spécialiste de la vie marine, elle lâcha sa bombe. Salem resta interdit une minute, temps qu'elle mit à profit pour préciser sa pensée. Il maugréa.

« Ils n'ont pas de liaison. »
« Cette information ne vient pas de moi, vous savez, c'est que… »
« Il suffit d'enfermer deux gays dans une pièce pendant dix minutes pour que tout le monde pense qu'ils ont couchés ensembles. »
« Ce n'est pas faux, mais enfin, ils ont l'air très… proches. »

Clara jeta un regard appuyé aux deux concerné qui chuchotaient dans leur coin, Salem se tendit tout de suite. Il tenta cependant de ne rien laisser paraître, sa confiance en Adam était absolue et ce genre de bruits de couloirs devait être très courant en politique. De toutes les personnes dans la pièce, c'était lui qui connaissait le mieux Adam, il lui avait montré à quel point il l'aimait il y a à peine quelques jours, et même dans le pire des scénarios, il n'arrivait pas à l'imaginer faisant quelque chose d'aussi horrible. Puis avec Ulysses, c'était un peu trop voyant, il faudrait être stupide, ou très amoureux.



La journaliste tournant la page de son bloc-note en observant Salem qui fixait toujours le duo, l'air en pleine réflexion.

« Vos fiançailles sont officielles ? »
« Oui, même s'il voulait pas acheter de bagues… »
« Ah ? Pour ne pas que ça se sache ? »
«»
« Écoutez, moi, je suis de votre côté, comment était votre relation avec Adam ? »
« Pourquoi vous en parlez au passé ? »
« Vous comptez rester avec quelqu'un qui vous trompe ? »
« Il ne m'a pas trompé ! »

Salem avait haussé le ton, faisant se retourner quelques personnes autour de lui. En levant les yeux, il croisa le regard d'un autre journaliste, qui sembla lui aussi flairer quelque chose et vint piocher des petits fours juste à côté de lui. Salem tenta de se reprendre, bien conscient que c'était le travail d'Adam qui risquait d'être menacé avec cette affaire, et il aimait son travail. Hors de question qu'il ait des problèmes par sa faute.

« Madame Orckmann, se préoccupe des risques qui pèsent sur nos ressources, je suis ravi qu'elle soit venue ici et en tant que militant très concerné par la question, j'espère que cela fera avancer notre cause. Le reste n'a rien à voir là-dedans, vous devriez aller voir Ulysses pour en savoir plus sur cette… campagne, ou sur tout ce que vous voulez. »

Sur ce, il se dégageant complètement de Clara et tenta de filer au loin, mais tomba nez-à-nez avec le type qu'il avait remarqué l'instant d'avant.

« Bonjour Salem… Cordova, je suis Aaron Stanley Schneider, journaliste pour le… »
« Ah non, j'ai rien à voir dans tout ça… »
« Excusez-moi, je comprends que ce genre de rumeurs puisse vous énerver. Je ne voulais pas vous offenser, mais… »
« Adam et Ulysses ne sortent pas ensemble, c'est tout ce que je peux dire. Je ne sais pas en quoi cela peut influer sur la campagne. Je suis mécanicien moi, pas chargé de mission ou je ne sais quoi… »
« C'est pour cette raison qu'Adam n'a pas souhaiter afficher le fait que vous soyez fiancés ? »
« Non, il n'a pas… honte de moi. Puis y'a pas de sots métiers pour lui. »
« Pensez-vous qu'Ulysses soit la bonne personne pour occuper le poste de secrétaire de presse ? »
« C'est le meilleur… d'après Adam… »

Comme les moineaux se précipitent dès qu'un de leur copain picore quelque chose, d'autres journalistes commencèrent à se demander ce qui pouvait tant intéresser le New York Time et le Daily News chez ce militant lambda de l'obscure séminaire écologique. Ils commencèrent aussi à lui tourner autour, et la rumeur sur la liaison du secrétaire de presse et du conseiller en stratégie déjà fiancé se mit à enfler progressivement. Conscient qu'il n'allait jamais s'en sortir seul, Salem jeta un regard désespéré à Adam, et à Ulysses, parce que c'était lui, le pro de la communication, et qu'il serait sans doute d'un grand secours en ce moment même. Devoir demander de l'aide à l'ex d'Adam… c'était vraiment pas sa soirée.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Sam 12 Jan - 13:13

Adam jeta un regard interloqué puis paniqué à Ulysses.

— Pardon ?
— Tu sais comment sont les journalistes. Pire que des lycéennes.
— Tu as lancé une rumeur sur nous ?


Adam regretta presque aussitôt cette accusation stupide. Non seulement Ulysses n’avait aucun intérêt, personnel ou professionnel, à colporter ce genre de ragots, mais l’Asiatique ne doutait pas que l’hypothèse fantaisiste de leur liaison devait faire beaucoup plus de peine à son ancien compagnon qu’à lui-même. Il allait balbutier des excuses quand le jeune homme le coupa.

— Tu es vraiment horrible, parfois, tu sais.
— Je suis désolé.
— Je peux savoir ce que j’ai fait pour mériter ça ?
— Rien… Rien. Je suis vraiment désolé, Ulysses.


Le regard d’un vert profond, hypnotique, du bel ange se plongea dans les yeux noirs d’Adam.

— Tu sais que je ne ferais rien qui te fasse du mal ?

Adam hocha timidement le ton. Il allait renouveler ses excuses quand Martha s’approcha d’eux à grands pas et lâcha d’un ton sec :

— Réglez ça tout de suite. J’ai des coups de fil à passer.

Pendant qu’elle sortait avec son téléphone, les deux anciens amants échangèrent un regard perplexe, avant de poser les yeux de concert sur Salem, qui était en train de donner bien malgré lui une petite conférence de presse. Et Ulysses, soit qu’il ne fût pas rancunier, soit qu’il ne désirât pas lire le lendemain dans cinq quotidiens, à la dix-huitième page, qu’il vivait une brûlante histoire d’amour avec l’homme de sa vie tout en brisant des couples, traversa la salle et vint se glisser à côté de Salem, pour adresser aux journalistes un sourire désarmant.

Des « Ulysses » fleurirent de partout, tandis que les voix se battaient pour être la première à poser la question.


— Ulysses, avez-vous une liaison secrète avec Adam ?
— Je ne vois pas en quoi cela pourrait alimenter la rubrique politique du Daily News, Aaron.
— Ulysses…
— Pardon, mais je voudrais poursuivre cette question. C’est une information sur la campagne.
— Pas du tout, c’est une information privée. L’information sur la campagne, elle concerne nos ressources halieutiques et les lois internationales de protection des milieux marins.
— Les électeurs ont le droit de savoir si les personnes qu’ils élisent son digne de confiance.
— Sans aucun doute, Clara. Vous pouvez donc me poser vos questions à propos de Martha Orckmann, la personne qui se présente aux élections.
— Donc, vous ne voulez pas répondre à notre question sur Adam ?
— Le rôle de la presse, Clara, est d’élever le débat. Chaque personne dans ce pays a le droit à sa vie privée. C’est un droit naturel et inaliénable. C’est un droit reconnu par la Cour Suprême. Personne ne devrait avoir à révéler s’il est gay ou non. S’il est un ancien alcoolique ou non. S’il croit en Dieu ou non. Je ne crois pas qu’aucun de vous ait jamais rêvé, dans sa jeunesse, quand vous songiez au Watergate et aux grands reporters de guerre, de traquer la petite histoire privée de telle ou telle personne, de mêler le vrai au faux dans des récits fantaisistes qui ravalent la presse au rang de la plus médiocre de télé-réalité.

Je ne crois pas, Clara, que vous vouliez de signer ce genre d’articles de votre nom qui a signé tant de dossiers brillants sur la reproduction sociale dans la classe politique et l’inégalité des droits entre les hommes et les femmes, ni vous Aaron, qui avez commenté avec patience et méticulosité, année après année, les discours politiques de cet État. Vous êtes ici parce que l’information est le sang de notre démocratie, pas parce que la rumeur est celui de notre voyeurisme.

Vos lecteurs ne s’intéressent peut-être pas aux poissons. Ils ne s’intéressent peut-être pas aux lois fiscales. Mais vous n’êtes pas les pourvoyeurs de plaisir médiocre, vous êtes des journalistes. Savoir qu’Adam est fidèle à son fiancé ne vous apporte rien ; savoir que Martha Orckmann est fidèle à ses idées, c’est ce qui est important. Plus encore, ce qui est important, c’est ce que Ivan a à dire sur la faune de l’Océan Pacifique, ce que Aby, là-bas, a à dire sur le refroidissement des océans, ce que cette petite partie de la Nation essaye de dire au reste de notre pays et ce message qui attend votre voix pour être transmis.


Le silence s’imposa à la petite troupe. Ils avaient tous obtenu leur réponse — Adam était fidèle — tout en comprenant qu’Ulysses était au-dessus de semblables préoccupations et en sentant se gonfler en eux leur orgueil de grand reporter. Ulysses avait habilement alterné les réprimandes et les éloges, les dénégations et les réponses et, finalement, Clara tourna son regard vers Ivan et d’une voix d’abord mal assurée interrogea :

— Hm… A quel niveau pensez-vous que des mesures doivent être prises pour contrôler la pêche ? Local, fédéral, international ?

Une autre partie des journalistes s’achemina vers la fameuse Aby qui, en les voyant approcher, ressortit ses petites fiches. Ulysses et Salem se décalèrent prudemment tandis qu’Adam, qui se savait peu habile pour répondre aux journalistes et était resté en arrière pour ne pas compliquer encore la situation, les rejoignit à grands pas. Le secrétaire de presse adressa un sourire navré au fiancé de son grand amour.

— Je suis désolé Salem. C’est toujours comme ça et je sais que ce doit être désagréable.

Il se retourna vers Adam.

— Adam, il va falloir donner une interview.
— Quoi ?
— Pour un truc en ligne, quelque chose de discret.
— Mais j’croyais que c’était réglé.
— Pour ce soir. Mais tu es l’Asiatique gay de classe moyenne sans diplôme qui devient conseiller d’une personnalité politique de premier plan. C’est la success story américaine. Les gens veulent forcément en savoir plus.


Adam eut soudain l’air très abattu. Il jeta un regard un peu inquiet aux journalistes qui étaient désormais occupés à pousser les militants dans les retranchements de leurs idéologies respectives.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Sam 12 Jan - 15:02

Aussi fier que puisse être Salem, il ne cacha pas son soulagement en voyant arriver la cavalerie, et se mit même en retrait derrière Ulysses pour qu'il lui serve de bouclier. C'est un peu surprit qu'il le regarda maîtriser les journalistes – qui ressemblaient plus à des paparazzi qu'à autre chose en cet instant – savoir que monsieur Propre était doué était une chose, le voir à l'œuvre en était une autre. Salem ne put s'empêcher d'être un peu envieux de l'aisance avec laquelle il remit tout le monde à sa place, cela paraissait simple, comme ça, et lui en avait été totalement incapable. Il haussa les épaules en l'entendant s'excuser.

« Ça va, je suis pas surpris que ce genre d'histoires circulent, merci d'être venu. »

Après l'avoir observé un instant, Salem devina que ce genre de rumeurs n'était pas désagréable que pour lui, Ulysses avait l'air un peu triste, quoique sa présence ici devait beaucoup jouer là-dedans aussi.

« Je suis désolé pour ce que je t'ai dis l'autre fois, c'était… pas correct. »

Salem avait baissé les yeux en se tripotant piteusement les cheveux pour dire ça, les excuses, ce n'était pas trop son fort. Mais bon, ce qu'il avait dit l'autre fois, même s'il ne s'en souvenait plus trop, avait vraiment était rude. Gueule d'ange ne méritait pas ça. Il écouta ensuite l'histoire de l'interview sur internet, et ne put s'empêcher de froncer les sourcils en soupirant.

« Pfff… C'est à se demander ce qui intéresse les gens dans la politique, on entend plus parler d'histoires de cul et de trucs débiles qu'autre chose. »

Vu la réaction gênée d'Ulysses, Salem aurait dû formuler la chose autrement, il avait décidément beaucoup de chose à apprendre en communication.

« Enfin, d'histoires d'amour un peu compliquée, quoi… »
« T'as vu Salem ! Ils vont faire un article sur… wouah. »

Ivan s'arrêta de parler pour regarder Ulysses avec de grands yeux étonnés, surprit de le voir en train de causer avec son camarade. À moins que ce soit les yeux verts qui l'aient pétrifié sur place.

« Ivan, lui c'est Ulysses. »
« Merci, je sais. Je vous ai vu à la télé l'autre jour, vous étiez incroyable ! »

Salem fit la moue en regardant son ami admirer l'œuvre d'art vivante devant lui avec des yeux brillants, il ne put s’empêcher de se dire que, bien sûr, Ulysses avait été incroyable, parce qu'il était toujours incroyable, un peu comme Adam. C'était donc tout à fait normal que les gens les casent ensembles, le beau garçon des beaux quartiers avec la cendrillon de Chinatown ou quelque chose comme ça, c'était vendeur. Comme à chaque fois que le blondinet l'approchait de trop près Salem se sentit un peu minable, il se rapprocha d'Adam et tripota un bouton de sa chemise avant de demander en prenant l'air le plus dégagé possible.

« Dis, pourquoi tu voulais pas qu'on prenne de bagues de fiançailles ? »

La remarque de Clara l'avait quand même un peu attristé, avec la bande de fouineurs qu'il venait d'affronter, Salem avait bien compris que le moindre signe ostentatoire d'affection aurait amené un les curieux à se poser un bon paquet de questions. Est-ce qu'Adam ne voulait pas de bague pour ne pas avoir à expliquer qu'il comptait épouser un garagiste de dix-huit ans rencontré il y a six mois à peine ? Sans doute une histoire pareille en aurait fait jaser plus d'un. Peut-être que, même sans considérer que son métier soit celui d'un idiot qui n'avait pas su faire d'études, Adam pensait que cela pourrait nuire à son image, et donc à sa carrière, de s'afficher au bras d'un mécanicien tatoué qui semble tout juste sortit de prison.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Sam 12 Jan - 15:37

Ulysses avait légèrement rougi en entendant parler de son hypothétique « histoire de cul », soit que la phraséologie fleurie de sa nouvelle connaissance le mît mal à l’aise ou que cette évocation très concrète eût ramené dans son esprit des souvenirs un peu trop précis pour être contenus avec tout le flegme nécessaire. Il ouvrit la bouche pour balayer les excuses de Salem mais fut interrompu par Ivan, qui avait achevé d’exposer son point de vue (et un peu trop celui de ses adversaires, aussi, mais cela, il ne s’en était pas rendu compte) et qui revenait recueillir des félicitations auprès de Salem, même si, avouons-le, c’était l’apprenti-garagiste pas plus écologiste que cela qui avait fait le gros du travail.

Mais le passionné des poissons eut bien vite des yeux de merlan frit. Ulysses décocha à Ivan un sourire chaleureux juste assez timide pour être terriblement charmeur — sans s’en rendre compte, très probablement et répondit au compliment avec une douceur pleine de modestie.


— Merci, c’est gentil. Mais vous savez, tout le monde a l’air bien, à la télévision.

Ivan avait de toute évidence complètement oublié qu’Ulysses, en tant que chargé de la communication, était très probablement le principal artisan du processus médiatique qui l’avait tant choqué quand Adam l’avait exposé un peu brusquement, quelques dizaines de minutes plus tôt, dans la salle de conférence — ou alors il n’était pas du tout rancunier. En tout cas, il entreprit de lui faire la conversation avec un enthousiasme débordant, ce à quoi Ulysses se prêtait volontiers, peut-être pour ne pas avoir à s’étendre plus avant sur la fameuse aventure de la terrasse de café.

Pendant ce temps, Adam récupérait son Salem chamboulé par les journalistes. La question de l’adolescent lui serra le cœur. Un peu naïvement, il s’était attendu à ce que son fiancé demeurât insensible à toutes les insinuations délicates dont il supposait bien qu’il avait été assailli. Après tout, Salem n’avait-il pas une confiance entière en lui, qui triomphait aisément des avis mal intentionnés de parfaits inconnus ? Sans doute, il ne douterait jamais de ses intentions.

Or, il n’y avait pas besoin d’être un Tenseï pour entendre derrière la question de Salem une interrogation beaucoup plus fondamentale : « est-ce que tu as honte de moi ? ». Les voisins du couple qui n’avaient pas encore fait insonorisés leurs murs eussent aisément répondu « non » à cette question, de même que Gerald, Sam, Anne, Rylan, William, Laura, Sakura, Kunsaki, Joseph, Maria, Julian, Ashley, Ulysses, la caissière du supermarché et le vétérinaire des chatons. Adam se sentit donc un peu froissé.

Les yeux tournés vers le buffet, l’Asiatique répondit d’une voix qu’il ne parvint pas à débarrasser de toute trace de fierté blessée :


— A l’époque, on parlait du nouvel appartement, du déménagement, de la voiture. Il me semblait qu’on avait des trucs plus importants à acheter.

Histoire de bien se faire comprendre, Adam rajouta :

— Et plus symboliques, aussi.

Parce qu’ils vivaient ensemble, ils avaient un compte commun, bref, Adam n’avait pas vraiment l’impression de se cacher. Quand il se souvenait d’ailleurs de la réticence que Salem avait mis à le présenter à ses amis, il ne pouvait s’empêcher de trouver qu’il y avait beaucoup d’injustice dans le doute à peine voilé de son compagnon. Pendant ce temps, à côté d’eux, Ivan et Ulysses discutaient tout sourire.

— Et comment tu fais pour être aussi à l’aise ?
— Je ne sais pas. J’aime bien cela, parler. Et puis, ce sont des choses qui s’apprennent, tu sais.
— Tu crois que je pourrais apprendre, moi ?
— Bien sûr, avec un bon professeur, tout est possible.
— Comme toi ?
— Comment ça ?
— Eh bien, je me disais que, peut-être, enfin, tu sais…


Pendant qu’Ivan essayait de négocier des cours particuliers gratuits d’un air de plus en plus timide, Adam murmurait d’un air amer :

— Mais enfin, si tu veux, je peux faire un communiqué de presse. Si jamais t’as pas confiance.

Au même moment, l’une des organisatrices, juchée sur une chaise, appela à la cantonade pour avertir que la seconde partie de la soirée allait commencer avec une table-ronde de débats entre des spécialistes. Les journalistes jetèrent un coup d’œil inquisiteur à Ulysses, qui hocha la tête et, comme Martha Orckmann reparaissait pour s’installer au premier rang, tout le petit monde rejoignit la salle de conférences.

Ivan avait docilement suivi Ulysses, de sorte qu’Adam et Salem se retrouvaient seuls avec les petits fours. Les mains dans les poches et l’air fermé, Adam continuait à éviter le regard de Salem.


— Tu sais, si tu voulais des bagues, tu pouvais aussi le dire. On en aurait trouvé. J’veux dire, c’pas à moi de tout décider.

Remarque de parfaite mauvaise foi, dans la mesure où c’était précisément Salem qui l’avait demandé en mariage — on faisait difficilement plus décisif, comme geste.

— Tu veux pas me demander aussi si je couche avec Ulysses entre deux réunions ? On sait jamais, c’est p’t’être vrai.

Bien, bien, bien. Adam était peut-être légèrement vexé.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Sam 12 Jan - 20:53

Salem se fit immédiatement cloué le bec par la réaction d'Adam, certes, sa question donnait l'impression qu'il pensait qu'Adam ne l'assumait pas. Même si en réalité il avait plus eu peur d'être peut-être un handicap dans la carrière de son compagnon à cause de son style qu'autre chose. Visiblement, il s'était mal exprimé. L'adolescent rentra immédiatement la tête dans les épaules, penaud, et préféra s'abstenir d'en rajouter pour ne pas s'embourber comme il avait pu le faire avec les journalistes.

« Désolé. C'est juste qu'ils m'ont perturbé, avec leurs questions. »

Le silence tomba sur le couple, Salem se reprochait d'avoir posé demander pour la bague, et Adam rongeait son frein. Jusqu'à ce que l'on rappelle les participants dans la salle de conférence, et que son fiancé décide qu'il n'en avait pas eu assez et continue à lui faire des remarques. Un peu prit de court, Salem bredouilla tandis qu'une boule se formait dans sa gorge.

« J'ai confiance, c'était pas ce que je voulais dire… »

Mais avant d'avoir eu le temps d'expliquer quoique ce soit, son ami avait continué, Salem se figea à sa dernière question. Bien sûr que non, il n'aurait jamais demandé ça, il n'avait pas douté de la fidélité d'Adam une seule seconde. Le simple fait que son compagnon ose suggérer qu'il ait pu penser une chose pareille le blessa au plus haut point. C'est qu'il avait laissé tomber la plupart de ses barrières, après la déclaration d'Adam dans la voiture, et donc que pour la première fois, il sentait ce qu'était un amour véritable. Maintenant, son fiancé lui faisait goûter à une déception véritable. D'un coup, Salem se sentit bouleversé comme jamais et les larmes lui montèrent aux yeux. Il eut beau se dire qu'il en faisait sans doute trop, impossible de chasser l'amertume qui s'était emparée de lui.

« Mais jamais dis ça, je pensais juste que j'avais pas le bon look… que les gens s'imagineraient peut-être je-ne-sais-quoi en sachant que t'es avec moi. J'ai pas douté de toi, putain, t'es vraiment dégueulasse. »

Blessé, il planta là Adam et partit dans la salle de conférence pour aller bouder aux côtés d'Ivan et d'Ulysses. En cet instant, même la compagnie du bellâtre lui semblait préférable à celle de son compagnon. Même s'il était largement hypnotisé par son nouvel ami, et futur professeur attitré, Ivan remarqua tout de suite que Salem faisait un drôle de tête.

« Ça va pas, Salem ? »
« Ça va, on s'est prit la tête, pour rien en plus. »

Salem capta le regard d'Ulysses qui avait immédiatement tourné la tête, et s'empressa de regarder à nouveau la scène d'un air dégagé. Soupçonneux, il se demanda quelles étaient les chances pour qu'Ulysses profite de cette dispute pour tenter quelque chose, il avait confiance en Adam, mais pas en lui. Enfin bon, sans doute les risques étaient-ils faibles, Ulysses ne devait pas être ce genre de personne, et puis il n'aurait aucune chance. Toujours vexé, Salem se mit à écouter distraitement les discussions, en baillant régulièrement, mais au bout d'une éternité – soit cinq minutes environ, le temps passe lentement quand on regarde un débat sur les ressources marines – il se retourna vers la porte qui donnait sur le buffet, puis regarda un peu dans la salle.

« Il passé où ? Pfff… il est partit bouder au fond, je suis sûr… »

Salem croisa les bras d'un air agacé, quel intérêt de le bouder s'il faisait pareil de son côté ? Le débat se poursuivit encore un long moment, le seul à avoir l'air passionné était Ivan, et Ulysses qui faisait semblant, par politesse, quand il se mettait à lui expliquer certains points qu'il jugeait importants. Finalement, les discussions se terminèrent enfin, Salem se leva, engourdi de sommeil, et se mit à chercher son compagnon des yeux.

[Hey ! On peut faire disparaître Adam maintenant ! D: Sauf si y'a pas de raisons valables, mais Ulysses et Salem sont réunis là ! *u*]
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Sam 12 Jan - 23:02

Adam ne manquait pas de talent. En moins d’un quart d’heure, il avait réussi à se disputer avec son ancien presque-fiancé et son nouveau fiancé et réussi, surtout, à tirer d’eux la même conclusion : il était horrible. Ou dégueulasse, donc. Cela dépendait des goûts. Certes, Adam n’en était pas à la première colère de Salem, de la même façon que Salem n’en était pas à la première réaction de froideur blessée d’Adam, mais ce soir-là, après des jours de bonheur complet, la dispute était particulièrement amère.

Seul au milieu des petits canapés au saumon, Adam suivit Salem d’un regard désarmé. Il avait l’impression de se retrouver des semaines en arrière, quand tout était compliqué et difficile, quand il se sentait d’une intolérable médiocrité, incapable de jamais rien apporter de bon dans l’existence de son compagnon. Un goût métallique fit frémir sa langue. Il baissa les yeux par terre. Il y avait une goutte de sang sur le sol.

Adam porta la main à son nez. Il saignait, donc. Il fouilla dans ses poches. Pas de mouchoir. Il sortit dans le hall du centre municipal où se tenait le séminaire, à la recherche du panneau qui indiquait les toilettes. Il finit par s’engouffrer dans les toilettes. Ah, pardon mademoiselle. Il finit par s’engouffrer dans les bonnes toilettes, celles réservées aux hommes, à arracher un bout d’essuie-main et à tamponner sa narine sanguinolente.

La porte des toilettes claqua une nouvelle fois pendant qu’il tentait de constituer un barrage de fortune dans son nez. Le devin ne prêta pas attention au nouveau-venu, avant qu’une voix familière ne s’éleva sous les néons électriques.


— Bonjour, Adam.

Le jeune homme se figea. Son regard se tourna lentement vers la silhouette bien connue. Et quelques secondes plus tard, il s’effondra sur le sol.

— Non, Docteur, non. Votre courbe statistique est parfaitement faute. Si vous aviez corrigé vos extrapolations avec les derniers relevés du Réseau des Océanographes Indépendants, vous auriez…
— Vos accusations me laissent pantois, Monsieur et…


Ulysses jeta un coup d’œil à Salem. Plus de Salem. Il était parti aux toilettes, sans doute. Mais non — cela, Ulysses l’ignorait — les toilettes du centre municipal étaient désormais parfaitement déserts. Le jeune politicien se redressa un peu sur sa chaise, alors que pour la troisième fois en quatre minutes, Ivan lui soufflait des indications un peu trop précises sur les implications zoologiques des données évoquées.

Ulysses hocha la tête en essayant d’avoir l’air le plus inspiré, mais la vérité, c’était que la zoologie, et même les sciences en général, ne l’intéressaient guère. Il préférait de très loin la littérature, la musique, le cinéma, le théâtre. Ce genre de choses. Mais pour l’heure, il n’avait la tête ni à l’océanographie, ni à la politique, ni aux ballets du Bolchoï. La rumeur des journalistes continuait à le hanter.

Il devait bien se l’avouer, depuis qu’il avait revu Adam, les souvenirs de leur liaison n’avaient cessé de remonter dans son esprit et sa mémoire semblait trouver un malin plaisir à ne lui rappeler que les moments glorieux de leur relation, ceux où il lui avait semblé qu’ils vivaient une histoire idyllique. Avoir à déployer toute son habileté pour bien faire comprendre à tout le monde que cette époque était révolue et que rien ne laissait espérer qu’elle revînt un jour avait sapé son moral.

Mais où était-il, Adam, d’abord ? Ulysses sortit son téléphone. Il ne lui avait pas envoyé de message. S’était-il tant disputé avec son nouveau fiancé, avec Salem, qu’il ne daignait plus reparaître ? Ulysses connaissait par cœur la propension de son ancien amant à se montrer blessant, inutilement méfiant et froid. La chose ne paraissait pas impossible. Le jeune homme tourna le regard vers sa supérieure et jeta un coup d’œil à l’heure. Ils avaient convenu qu’après une heure, Adam et lui sortiraient, pour la laisser seule, plus au naturel. Sans doute pouvait-il s’éclipser avec dix minutes d’avance.

Le secrétaire de presse murmura quelques mots à Ivan et se leva discrètement, pendant que le féru de poissons le suivait du regard et observait, sans vraiment s’en rendre compte, la forme de ses fesses parfaites qui s’éloignait. Ulysses décida d’inspecter la salle du buffet, où Adam était peut-être en train de ruminer son désespoir en se vengeant sur les petits fours.


— Adam ?

Déserte. Ulysses fit quelques pas à l’intérieur, promena son regard sur le buffet puis baissa les yeux au sol. Il fronça les sourcils et se pencha pour passer le doigt sur l’une des quelques tâches rouges. C’était bel et bien du sang. Salem et Adam s’étaient-ils disputés au point de se battre ? Certes, Salem ne paraissait pas trop amoché et Adam eût facilement remporté le combat, mais Ulysses connaissait trop bien les habitudes de l’Asiatique pour ne pas supposer qu’il pouvait s’être laissé faire.

Cela dit, Salem ne lui paraissait pas violent. Mais peut-être une remarque trop acerbe d’Adam l’avait-elle fait sortir de ses gonds ? Ulysses passa dans le hall d’entrée du centre pour se retrouver nez à nez avec son improbable suspect. Non, décidément, il avait beau le regarder, il ne parvenait pas à l’imaginer en train de tabasser Adam. A tout hasard cependant il interrogea d’une voix embarrassée :


— Dis euh… Je sais que ça ne me regarde pas vraiment, mais enfin, quand vous vous êtes disputés, est-ce… est-ce que vous en êtes venus aux mains ?

Il s’empressa de préciser.

— Parce qu’il y a un peu de sang, par terre, dans l’autre salle, et…

L’air soudainement inquiet de Salem coupa court à un interrogatoire désormais superflu. Et l’inquiétude fut très communicative. La vie d’Adam était assez mouvementée pour qu’aucun de deux amants, ancien ou nouveau, ne pût s’empêcher de songer au pire avant d’envisager le plus anodin.

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Lun 14 Jan - 20:38

Après avoir observé toute la salle pour se rendre compte que son homme n’y était pas, Salem avait finit par se rendre dans la salle adjacente, au cas-où il se serait réfugié dans un coin. Que son camarade s’en veuille un peu de lui avoir parlé comme il avait fait, Salem était d’accord, mais qu’il passe le reste de la conférence à s’auto flageller dans un coin – c’était bien son genre – il ne fallait pas pousser. Et puis Salem se sentait responsable aussi, après tout, c’était sa question mal placée qui avait provoquée tout ça. Un rapide coup d’œil dans la salle du buffet lui indiqua cependant qu’Adam n’y était pas, les toilettes alors ?

« Adam ? »

Déserts, et toutes les portes ouvertes, il n’était pas caché là non plus. Tout cela commençait à devenir curieux, est-ce qu’il l’avait vexé au point qu’il soit partit sans rien dire ? Cela lui semblait peu probable, mais il ne put s’empêcher de se sentir de plus en plus coupable, où qu’il soit allé, c’était de sa faute. Incertain, il partit dans le hall, puis jeta un coup d’œil dehors, au cas où il serait allé prendre l’air dans la rue, mais non.
C’est un peu circonspect qu’il fit le chemin inverse, quelque chose lui échappait, il se demanda un instant s’ils ne s’étaient pas simplement raté, si l’un était revenu dans la salle de conférence pendant que l’autre la quittait, un peu tiré par les cheveux, mais faute de mieux.

Malheureusement pour lui, ce n'était pas le cas, il le comprit tout de suite lorqu'il tomba sur Ulysses dans le couloir, visiblement lui aussi à la recherche d'Adam. Dans d'autres circonstances, Salem aurait put s'imaginer que le bellâtre s'était mit en tête de reconquérir son fiancé en lui donnant une épaule sur laquelle pleurer, mais là il paraissait si sincèrement inquiet que c'était difficile à croire. Et les questions qu'il lui posa le détourna de toute façon de ces considérations.

« Du sang ? »

Salem blêmit d'un coup alors que l'idée qu'Adam soit blessé quelque part s'invitait dans son esprit sans qu'il n'arrive complètement à l'admettre. Il commença par se demander si le peu de temps qu'Adam avait passé seul lui aurait permit de se blesser et de disparaître comme ça. Sans doute que oui, après tout, c'était Adam et sa vie normale faites de toutes sortes de danger. Mais Salem n'arrivait pas vraiment à imaginer ce qui avait pu se passer, son cœur était serré par la culpabilité, parce que tout allait bien, tout était parfait juste avant qu'il ne pose sa question stupide et laisse Adam tout seul. Et en plus de ça, Ulysses avait montré, une fois de plus, combien il était meilleur que lui, il avait trouvé quelque chose alors que Salem, encore, ne s'était pas servit de ses yeux aussi bien qu'il aurait pu. Pourtant ce n'était comme si Adam ne lui avait pas déjà apprit qu'il fallait regarder les traces sur le sol.

« Il y avait des mouchoirs en sang dans la poubelle des toilettes, mais j'ai fais le tour, je l'ai pas vu. »

Le détail des mouchoirs lui était revenu en écoutant son rival, tout de suite après Salem sortit son portable et pianota rapidement dessus. Il tenta d'appeler plusieurs fois, en vain, après un énième appel, il sembla craquer un peu.

« Putain j'aurais pas du le laisser tout seul, qu'est-ce qu'il fout… Vous aviez quelque chose de prévu après cette… visite surprise ? »

Il regarda Ulysses d'un air désemparé, espérant que oui, ils aient quelque chose, et que oui, ils retrouveraient Adam à l'endroit prévu, qui aurait prit de l'avance après leur déconvenue. Même si, comme l'hypothèse qu'ils se soient raté, il était presque certain d'avoir tort.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Lun 14 Jan - 21:03

Dans le coffre d’une voiture, le corps inconscient d’Adam était balloté à chaque dos d’âne.

***

Ulysses avait presque envie que Salem lui avouât qu’il avait donné un coup de poing dans le nez d’Adam, qu’il se sentait très coupable et que c’était tout, que probablement Adam était parti bouder dans leur appartement, dans le quartier culturel, avec leurs chats (parce qu’Adam parlait de ses chats, parfois, au travail, en tentant de ne pas avoir l’air trop attendri, tout de même) en guise de peluches. Non seulement cette solution l’eût rassuré, mais elle lui eût offert une excellente excuse pour haïr en toute tranquillité celui qui lui avait volé son fiancé — enfin, pas tout à fait volé, et puis ce n’était pas tout à fait son fiancé, mais l’idée était là.

Hélas, Salem n’était pas aussi conciliant avec son projet et se contenta d’augmenter encore son inquiétude en épaississant le mystère. Ulysses, comme Salem, avait bien connu les péripéties de l’existence du devin et, plus que Salem même, il en avait connu les aléas. Si le fiancé désormais très officiel de l’Asiatique avait eu la chance de récupérer un Adam entraîné, formé, rompu aux exercices périlleux auxquels il se livrait, Ulysses avait dû composer avec une version nettement plus hasardeuse du même modèle.

Les yeux forestiers du secrétaire de presse ne parvenaient pas à dissimuler ses angoisses. Il secoua la tête pour répondre à la question de son rival victorieux et, d’une voix parfaitement inquiète, hasarda :


— T’inquiète pas, il est sans doute… Sans doute…

L’imagination d’ordinaire débordante d’Ulysses ne trouvait aucun scénario à la fois rassurant et crédible. Le jeune homme essaya de réfléchir et de réfléchir comme le faisait Adam, quand il remontait une piste. Son ancien compagnon avait bien tenté de lui expliquer une ou deux fois les méthodes, l’analyse, la déduction, ce genre de choses, mais Ulysses devait bien reconnaître que son esprit poétique et inventif était un peu rétif à ce genre de démarches et les leçons n’avaient pas été très probantes.

Mais là, cette fois-ci, il y avait sans doute une explication logique et rassurante qui ne devait pas être très compliquée à trouver.


— S’il y a du sang dans la salle, et puis pas beaucoup en plus, et qu’il y a des mouchoirs dans les toilettes, sans doute euh… Sans doute qu’il y a saigné du nez. Et alors…

L’explication partait bien mais Ulysses ne parvenait pas à trouver de raison pour laquelle une hémorragie nasale aurait fait disparaître Adam. Il n’y avait pas une quantité dramatique de sang dans la salle du buffet et, de toute évidence, le devin n’avait pas eu un besoin urgent d’appeler une ambulance. S’il n’était pas dans les toilettes, où pouvait-il bien être ? Parti bouder, cela ne lui paraissait pas très probable.

Ulysses tenta de se recomposer une contenance et conclut d’une voix décidée :


— Je vais l’appeler.

Il sortit un téléphone qui faisait passer le gadget d’Adam pour un télégraphe et celui de Salem pour un silex, effleura pendant moins de deux secondes l’écran et porta l’appareil à son oreille, pour écouter la tonalité. Dans le silence du hall d’entrée, une sonnerie régulière et tout à fait dépourvue de mélodie, une sonnerie typiquement adamienne, d’abord étouffée se mit à retentir de plus en plus fort.

Ulysses sentit son cœur se serrer. Avec Salem, tendant l’oreille, il s’orienta vers l’origine du son avant de raccrocher. Le téléphone d’Adam était devant eux, dans une poubelle. Le jeune homme fixa le téléphone encore allumé, dans la poubelle, au-dessus d’un tas de prospectus, d’un air grave, avant d’y plonger la main et de le récupérer. L’écran était fendu en étoile et on y distinguait même la marque d’une semelle. C’était un miracle si le téléphone fonctionnait encore.

Tout devint beaucoup plus sombre. D’une voix mal assurée, Ulysses murmura :


— Je suppose que je t’apprends rien en disant qu’il a beaucoup d’ennemis…

Ulysses n’avait pas conscience d’apprendre quelque chose à Salem. Du moins Adam n’avait-il jamais dit très explicitement à son nouveau compagnon qu’il eût quelque chose comme des ennemis et sans doute, avec l’expérience et l’habileté, il s’en faisait beaucoup moins désormais qu’auparavant, ayant appris à être plus discret. Mais il n’avait pas toujours été aussi talentueux.

D’un air où la honte le disputait à l’inquiétude, Ulysses confessa son sentiment d’impuissance.


— Salem… Je sais pas… je sais pas trop quoi faire. On peut pas appeler la police, sinon ce sera pire. Et… Il m’a jamais beaucoup parlé de tout ça. Jamais très clairement.

Soudainement pleine d’une conviction désespérée, le jeune homme tourna le regard vers Salem.

— Mais à toi, il a sans doute dit des choses, non ? Il t’a parlé de ce qui l’inquiétait. De ce qu’il faudrait faire dans un cas comme ça.

D’une petite voix, il rajouta :

— …pas vrai… ?

L’écran du téléphone brisé se ralluma pour afficher : un appel en absence, Ulysses.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Mar 15 Jan - 9:10

Cette fois c'est officiel, son portable est bon à jeter, Salem chercha l'origine du son avec Ulysses et sa superbe dalle tactile multimédia qui marche parfaitement, dépité autant qu'inquiet. Son cœur cessa de battre en voyant son camarade d'infortune sortir le portable défoncé – mais qui marchait toujours, contrairement au sien – de la poubelle. Les questions d'Ulysses achevèrent de l'assassiner. Non, il ne lui avait pas parler d'ennemis, pourtant ce n'était pas comme si Salem ne lui avait pas ardemment demandé de le tenir au courant de ce qu'il faisait, en jurant de ne pas se mêler des affaires trop risquées, n'avait-il pas promis ?

Il eut l'impression d'être retourné à la case départ, voire pire encore, parce qu'à l'époque, Adam avait au moins une excuse pour lui cacher sa vie, ils ne se connaissaient pas bien, ils n'étaient pas fiancés. Apprendre maintenant qu'il ne n'avait connaissance que d'une infime partie du puzzle, qu'il ne savait peut-être rien d'Adam et des dangers qui planaient sur lui, l'apprendre de son ex, était la révélation la plus cruelle de ces derniers mois. Il sembla presque avoir un petit rire lorsque le blondinet lui demanda si Adam lui avait dit des choses. Adam qui dit des choses… c'est drôle, non ? Les larmes débordèrent de ses yeux.

« Tu parles… »

Salem essaya de se calmer rapidement, pas besoin de s'humilier encore plus en fondant en larmes devant son rival. Il s'essuya frénétiquement les yeux, jeta un coup d'œil dans la poubelle pour tenter de voir s'il n'y avait aucun autre indice, passa en revue tout ce qu'il avait pu voir, c'est-à-dire pas grand-chose, dans le reste du bâtiment, et marmonna finalement.

« Tu as une voiture ? »

Harper Lee lui tournait autour, vexée de ne pas avoir eu autant de caresses que d'habitude, mais Salem n'avait n'avait pas vraiment la tête à ça. Après avoir jeté son sac sur le canapé d'un salon impeccablement rangé, il avait planté là Ulysses et s'était rendu dans la pièce qu'il avait décidé de laisser à Adam et à ses plans d'action. Un instant, il s'était dit que si Adam lui cachait des choses, elles se trouvaient probablement dans son bureau au parti, pour qu'il ne tombe pas dessus par hasard. Mais Salem ne pouvait s'empêcher de garder un espoir que son fiancé n'ait pas totalement oublié qu'il avait le droit de savoir ce qu'il faisait au moins dans les grandes lignes. Peut-être avait-il noté quelque part les choses à faire s'il arrivait quelque chose, ou laisser des indices sur les gens dont il se méfiait le plus, n'importe quoi, pourvu que ça l'éclaire un peu.

Il se mit à fouiller le bureau de fond en comble, ouvrant tous les tiroirs, retournant le contenu de toutes les étagères, feuilletant tous les livres pour voir s'il n'avait pas laissé un mot dedans. La rapidité avec laquelle il mettait la pièce sans dessus-dessous était un peu surnaturelle. De loin, il n'avait pas l'air de vraiment regarder attentivement tout ce qu'il trouvait, tellement il passait vite à autre chose. Mais son esprit tournait à plein régime, il emmagasinait toutes les informations et les faisaient tournoyer ensemble dans sa tête, photos, notes, courriers, tout y passait. Il alluma également l'ordinateur d'Adam, et s'arrêta en regardant l'écran de connexion. Ah le mot de passe… Diderot ? Non… Il se mit à taper toutes les informations qui lui venaient concernant Adam, ses connaissances incommensurables, son univers, ses notes. Puisqu'il était un peu ralentit, il en profita pour attraper le téléphone – fixe, cette fois – qui était posé près de lui sur le bureau. Il avait promit de tenir les Tenseï au courant en cas de problèmes, et il tenait ses promesses, lui. Sauf qu'il ne se sentait pas capable d'aller dire a ses beaux-parents que leur fils s'était volatilisé et qu'il n'était pas possible d'appeler la police. Il opta pour autre chose.

« Allo ? William ? Heu… comment dire… Adam a… sans doute quelques soucis… j'imagine que tu ne sais rien… ? »

On pouvait toujours espérer qu'il lui ait dit quelque chose, ou qu'il soit un plus rompu qu'eux à ce genre de problèmes pour avoir vécu avec un Adam encore plus jeune et inexpérimenté qu'Ulysses. Il parla à son beau-frère tout en bruteforçant sans aucune pitié l'ordinateur d'Adam, le faisant ramer à force de tenter combinaisons sur combinaisons. Finalement, en tapant un truc à rallonge avec Cordova, Tenseï, la date de leur rencontre et ce genre de choses, il finit par déverrouiller l'ordinateur. Oui, c'est très niais, mais au moins ça lui redonna un peu le sourire, il se mit à fouiner dans le portable.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Mar 15 Jan - 17:36

Il ouvrit le coffre de la voiture, en tira péniblement l’Asiatique inconscient qu’il y avait jeté et commença à avancer vers l’usine désaffectée.

***

Ulysses ne songeait pas à triompher en entendant que Salem n’était pas plus informé que lui sur les allées et venues d’Adam. Il ne songeait pas, en temps normal, à entrer en concurrence avec le fiancé de son ancien compagnon et, en ces heures sombres, il eût mille fois préféré qu’Adam se fût confié à Salem en lui faisant le récit exhaustif de sa vie et le menu de ses suppositions pour l’avenir que d’apprendre que cet imbécile de mutant demeurait toujours aussi secret.

Certes, les doutes de Salem quant à la bonne foi d’Adam était loin de rendre justice aux efforts considérables que, depuis quelque temps, le jeune homme faisait pour améliorer une communication toujours difficile. Adam avait mis un point d’honneur à communiquer à son ami tout ce qui était nouveau, à s’installer dans un bureau avec ses documents, à impliquer Salem dans ses réflexions. Il n’était cependant pas entré dans les détails d’un passé qu’il avait cru lointain.

Peu intéressé, pour l’heure, par le détail des relations du couple, qui pourtant avaient l’air, ce soir-là, parfaitement catastrophiques, Ulysses tentait de garder tout son calme et de réfléchir méthodiquement, constatant amèrement que retrouver la trace d’un devin disparu était un problème très différent de la gestion des relations publiques. Il avait bien regardé FBI Portés Disparus de temps en temps, mais ce n’était pas très encourageant.

Alors il hocha presque docilement la tête en entendant la question de Salem et le guida vers sa voiture, une superbe berline à la ligne élégante, très éloignée de la vieille carcasse d’Adam, qui attendait sagement sur le parking. Ulysses conduisit en silence, en se prenant à espérer que Salem avait bien récolté ses tatouages en prison et que, donc, il savait parfaitement ce qu’il fallait faire dans la situation présente.

Une fois arrivé à l’appartement du couple, Ulysses ne put empêcher une profonde tristesse l’envahir. C’était l’appartement qu’il n’avait jamais réussi à partager avec Adam, le lit commun, les chatons, la cuisine, les placards, et le spectacle de cette vie conjugale broya son petit cœur sensible. Il avança lentement dans le couloir tandis que Salem renversait le bureau de son fiancé et ses yeux verts, tristes, presque désespérés, se promenaient sur les meubles et les objets.

Au téléphone, William formulait plus de questions inquiètes qu’il n’apportait de réponses et des trois compères, il était vraisemblablement le moins informé. Ulysses s’assit sur le canapé et sortit son propre téléphone, à nouveau, sans savoir trop qui appeler. Il ne connaissait pas Anne. Il ne connaissait pas Eigon. Il ne connaissait personne à l’Institut. Il n’avait pas le moindre contact avec la vie secrète d’Adam.

Au bout de quelques minutes de réflexion, il finit par composer un numéro.


— Edward ? C’est Ulysses… Bien, bien, merci. Et toi ? Et ton… Tu es marié, maintenant, c’est ça, oui ? Il travaille dans la métallurgie, je crois. C’est ça. Ce doit être une bonne position. Oui. Ecoute, je me demandais, tu travailles toujours au bureau du procureur général, non ?

Pendant qu’Ulysses tentait de vérifier si les très rares noms qu’il avait entendus au cours des conversations et qui correspondaient, dans ses souvenirs déjà un peu lointains, aux personnes qu’Adam avait envoyées en prison d’une manière ou d’une autre, s’y trouvaient toujours ou non, en violant au passage un nombre considérable de lois, Salem de son côté, après avoir vaillamment craqué le code de l’ordinateur, découvrait l’architecture méthodique de l’archivage adamien.

***

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***

Fichier : LISEZMOI.txt

Plinthe, 1234 millimètres à gauche de la prise électrique, salon, mur du fond.


***

Ulysses tentait désespérément de convaincre Edward de lui livrer les fameuses informations qu’il cherchait, tandis que non loin de lui, derrière la plinthe du salon, à mille-deux-cents-trente-quatre millimètres de la prise électrique se cachait une clé USB. On y trouvait quelques fichiers. Il y avait un annuaire téléphonique où à des noms qui ressemblaient fort à des pseudonymes étaient associés un numéro de téléphone et une spécialité, de la menuiserie à la serrurerie en passant par les explosifs et les armes à feu, de la télépathie à la vision à distance en passant par le contrôle des végétaux et la modification de la mémoire.

Il y avait encore un carnet d’adresses, la plupart à New York, certaines dans d’autres villes des Etats-Unis, accompagnées chacune d’une liste de matériel (lampe torche, ration de survie, ordinateur portable, couteau, corde, matériel de crochetage) et de l’indication d’une somme d’argent de quelques centaines de dollars. Enfin, un fichier proposait une brève liste d’une quinzaine de noms où se trouvaient préciser un crime, généralement le trafic de drogue, d’une prison, d’un nombre d’années et d’une date.

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Mar 15 Jan - 22:21

La conversation téléphonique avec William lui fit rapidement comprendre que ce n'était pas lui qui allait l'éclairer, et dès que Salem eut déverrouillé l'ordinateur, il entreprit d'y couper court. Il lui assura qu'il continuerait à chercher et le rappellera dès qu'il aura du nouveau, c'était un peu rude, mais enfin, il n'avait pas vraiment envie de perdre du temps alors qu'Adam était en danger. Un rapide coup d'œil dans le navigateur de fichier lui indiqua que pour ce qui était de son ordinateur le devin était presque plus maniaque que lui, ce qui pour le coup l'arrangeait bien.

Comme souvent depuis qu'il était détective en herbe, les premières choses qui lui sautèrent aux yeux n'allait pas avancer ses affaires, il tiqua particulièrement sur le dossier "Garage" parce qu'il n'avait jamais remarqué qu'Adam se préoccupait de son projet, certes, ils en avaient discutés une fois ou deux, mais sans plus. Le dossiers "Mariage" l'étonna un peu moins, parce qu'il avait déjà remarqué le sérieux avec lequel son fiancé faisait ses recherches pour trouver ce qu'il y avait de mieux pour une cérémonie digne d'un conte de fée. Et cadeaux alors ? Il préparait des listes à l'avance pour… ?

Rah, tout ça n'avait aucune importance pour le moment, son adorable et touchant et sensible baroudeur viril avait besoin de lui, Salem remit son cerveau en route et cliqua avant même d'y réfléchir sur le dossier "Urgences". Le court fichier lui offrit comme une bouffée d'air frais au milieu de tout ce stress, certes, il était loin de l'avoir retrouvé, mais au moins il se sentit moins seul et perdu, un peu comme quand, dans les situations d'urgences, Adam lui avait donné ses directives. Il surgit dans le salon et jeta un coup d'œil à Ulysses.

« J'ai peut-être quelque chose. »

Salem s'empressa d'aller regarder à l'endroit indiqué, se sera la deuxième plinthe qui subira sa violence aujourd'hui. Il sortit la clé usb, et partit chercher l'ordinateur pour revenir aussitôt près du blondinet pour ouvrir le premier fichier, et tenter de retenir les numéros de téléphone et les spécialités des gens inscrits, ça pouvait servir. Il jeta aussi un regard de biais à Ulysses, parce que bon, qu'Adam connaisse des menuisiers et des serruriers, ce n'était pas très étonnant, les télépathes par contre, ça pouvait surprendre les non-avertie. Il s'abstint de commenter, ignorant jusqu'où Adam était allé dans les explications de ce qu'était vraiment sa vie avec Ulysses, et passa au fichier suivant. Des QG, ou plutôt des planques, ça ne lui semblait pas utile pour cette fois mais il lut attentivement quand même, au cas où, puis continua avec l'autre. Cette fois-ci par contre, c'était vraiment important, il ramena l'ordinateur à lui pour mieux voir et parcourut la liste de noms et de dates à toute vitesse.

« Il y en a deux qui sont sortis, lui, là, j'ai déjà vu son nom. »

C'était une affaire de drogues, il se souvenait vaguement qu'un type avait était arrêté pour quelque chose d'à priori anodin, mais que la police trouva ensuite des preuves presque par hasard et qu'il s'avéra que l'individu était le chef d'un gros trafic dans les mauvais quartiers de New York. Ah, voilà ce qui l'avait fait tiquer, c'était à Hell's Kitchen, plutôt proche d'eux, donc. Il prit le fixe pour appeler.

« Allo, Rylan ? Tu peux me passer ton père ? Ah ? Tu as l'adresse ? »

Salem griffona rapidement sur un bout de papier, puis tourna son regard vers Ulysses, et il semblait évident que pour lui il était une petite chose fragile qui ne connaît rien à la noirceur du monde.

« J'vais dans un endroit qui… craint pas mal, et si je trouve où est Adam, ce sera encore pire, si tu le sens pas, te sens pas obligé de venir. »

Parce qu'il voyait quand même mal Ulysses affronter des trafiquants de drogue, Salem non plus n'avait pas la carrure, c'est vrai, mais au moins, il avait des réflexes, la capacité d'obtenir des informations et surtout, des tatouages, alors ce n'était pas pareil. Cependant, le blondinet ne semblait pas décidé à rentrer chez lui pour attendre les nouvelles (enfin, vaudrait mieux, sinon je vais devoir rp tout seul), soit, il était temps d'y aller. Salem fit signe à Ulysses de le suivre dans la chambre conjugale – heureusement, les menottes étaient bien rangées en lieu sûr – et lui sortit une tenue nettement plus adaptée à leur expédition que son costard-cravate, lui-même se changea, prit le sac d'Adam après avoir vérifié son contenu, et enfila même les rangers absolument moches d'Adam pour ne pas abîmer ses nike à deux-cent dollars, il en dégota aussi une paire pour monsieur propre, qui pour le coup avait l'air moins propre tout en gardant un charme certain, à cause de l'effet gueule d'ange exposant uniforme quasi-militaire.

La voiture carrément pas discrète du secrétaire de presse se gara dans une rue tout à fait sordide, pire que tout ce qu'il avait pu voir jusque-là. Salem descendit et s'arrêta devant un type louche qui gardait une porte tout aussi louche, d'un air dégagé, il lança.

« Salut, il faut que je vois Eigon, alors… »
« Voyez-vous ça. Mon petit, ici tout le monde veut voir Eigon. »
« Oui mais moi j'ai… des trucs à lui apporter, c'est urgent, c'est lui qui m'a appelé. »

Le type croisa les bras en se contentant de se foutre de sa gueule, Salem sortit son portable et fit mine de pianoter dessus.

« Bon, je vais le rappeler et lui dire qu'un abruti m'empêche d'entrer. Ça va vraiment l'énerver, mais bon… où je l'ai mis, déjà, ah, voilà ! Rick Valentine… »

L'instant d'après, les deux apprentis-détectives entrait dans le club, c'était un club de boxe somme toute classique, avec son public transpira l'alcool qui beugle et se bouscule autour du ring. Un ring qui avait la particularité d'être en fait… une cage. Soudain il parut à Salem que les combats illégaux d'Adam étaient en fait très gentils.

« Tiens, je me demandais si tu aimais regarder la boxe, tu es venu voir Eigon ? »

Salem resta interloqué un instant devant une Anya tranquille, au milieu de tous ces dépravés. Celle-ci ne sembla pas y prêter attention, et continua tout aussi naturellement.

« Vous arrivez juste à temps, c'est le prochain, et ce combat-là est presque fini. »

"Presque fini" voulant ici dire que l'un des combattants se traînait sur le sol en crachant son sang sous les hués de la foule. Salem détourna les yeux.

« Il faut que je lui parle, tout de suite, Adam est en danger. »
« Adam ? »
« Oui, c'est très… »

La foule avait disparut, la cage avec, et les cris se firent un peu plus lointain. Ils étaient maintenant dans une pièce minuscule, où une montagne de muscles dont le torse massif était nu s'arrêta de bander ses poings pour les regarder. Eigon souleva ses lunettes noires un instant, l'air de ne pas trop comprendre ce qui venait d'arriver. Salem se tourna vers Ulysses.

« On t'expliquera ça plus tard, d'accord ? »
« Je peux prendre une photo ? »
« Eigon, Adam a été enlevé, tout ce qu'on a comme piste c'est deux trafiquants qu'il a fait enfermer, un est sorti il y a plus de deux ans, Matt Boëmers, et l'autre il y a trois mois, Jer… »
« Jericho Gonzalez. »

Eigon soupira.

« Ton… pote était un chic type, bon, on s'entendait pas trop, mais c'est vraiment, vraiment, triste. Il méritait pas ça. »
« Hey, j'ai pas dis qu'il était mort ! Tu penses que c'est Gonzalez ? »
« Il en a les moyens, en tout cas. Boëmers me dit pas grand-chose, ça doit être une petite frappe. »

L'expression de Salem se fit suppliante.

« Aide-moi, s'il-te-pl… »
« Ah, ça sonne, c'est mon combat. »
« Non ! Eigon ! C'est une question de vie ou de mort ! »
« C'est beaucoup trop risqué, tu sais pas dans quoi tu t'embarques. Je vais pas risquer ma peau pour aller ramasser de la pulpe sanguinolente au fond d'une cave à la petite cuillère. »

Et sur ce, il sortit, Salem le suivit dans le couloir et haussa le ton pour être sûr qu'il l'entende.

« Quand j'ai vu Rylan pour la première fois… »
« Ah non, n'essaies même pas de me la jouer comme ça. »
« Il était avec une petite fille, adorable, Esther, c'est ça ? »
« »
« Il était très, très énervé, je me suis demandé une seconde si je ne devais pas sauver mes fesses et laisser d'autres passer derrière pour ramasser la pulpe. »
« C'est bon, je reviens dans cinq minutes… »
« Trois. Promis, après je te demanderais plus jamais rien ! »
« Non, si ce crétin s'en sort entier, je veux qu'il ne demande jamais rien à mon fils. »

Eigon partit ensuite et atomisa son adversaire en deux minutes trente-sept, d'après les commentateurs, il était très, très énervé. Il revint alors partager les rumeurs de comptoir qu'il avait entendues, les conversations qu'il avait eu avec différents sous-fifres aussi bavards que ivres. Il semblait avoir quelques idées sur l'étendu du territoire de Gonzalez et des endroits où pouvait avoir installé ses nouveaux appartements, et autres atelier à faire des comprimés pas très bons pour la tête.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Mar 15 Jan - 23:04

Adam ouvrit péniblement les yeux. Une lampe halogène vrombissait à côté de lui. Machinalement, il tira sur ses poignets pour se rendre compte qu’ils étaient menottés à une chaise en aluminium. En face de lui, sur une autre chaise en aluminium (probablement les soldes chez Torture & Co.), un visage se découpait lentement dans son esprit embrumé. L’Asiatique rassembla péniblement ses pensées confuses avant de lâcher d’une voix encore un peu traînante :

— Tu m’as drogué.
— Tu as tendance à frapper vite et bien.
— Hmm. Bon, écoute, Matthias… T’es sympa et tout, mais pour les menottes, j’sais pas, on était peut-être pas encore si intimes, tu vois…


Un coup de poing coupa court à l’humeur du petit plaisantin. Adam s’étira la mâchoire.

— J’savais pas que t’étais revenu à New York.
— Je suis de passage.
— Il paraît que tu bossais pour le Mossad en Syrie. En free-lance.
— Pas vraiment.
— Pour qui tu travailles, ce soir ?
— Un de tes vieux amis.
— C’est vaste. Je suis très populaire.


Un coup de poing de l’autre côté, pour faire bonne mesure. Adam cracha son sang.

***

Ulysses raccrocha son téléphone fort contrarié. Décidément, depuis qu’Edward s’était marié avec son idiot d’ingénieur en métallurgie, le jeune homme le trouvait nettement moins conciliant. Jadis, c’était à peine si le brillant juriste ne rampait pas au sol dans l’espoir qu’Ulysses daignât lui jeter un ordre, pour qu’il pût accomplir son moindre désir. Le secrétaire de presse poussa un soupir : décidément, sa vie était devenue un désert d’une désespérante froideur. (Pendant ce temps-là, dans le centre municipal, Ivan se tordait le cou en se retournant pour tenter d’apercevoir si son blond voisin ne revenait pas, par hasard.)

Le regard vert et désespéré suivit Salem, la plinthe, la clef, l’écran de l’ordinateur. Imperturbable, Ulysses regardait défiler les listes de spécialités, manifestement peu surpris. Car si Adam connaissait des gens par nécessité, Ulysses connaissait des gens par vocation et dans l’encyclopédie politico-culturo-mondaine qu’était l’esprit du brillant politicien, il y avait un nombre certain de mutants. Fatalité statistique. Et puis, Adam, il le connaissait bien — moins bien que Salem, sans doute, mais il avait eu de beaux et douloureux aperçus.

Après qu’Ulysses se fut changé et eut prouvé, si quelqu’un en doutait, qu’il était capable de transformer par sa seule présence n’importe quel vêtement en article de mode, le duo s’achemina jusqu’aux quartiers douteux de la ville et, en chemin, le bel ange tentait d’oublier que le pull qu’il venait d’endosser, il l’avait mis jadis, au réveil, pour prendre le petit-déjeuner, après avoir accueilli souplement et ardemment les matinales ardeurs d’Adam. Hélas, cette belle époque était révolue.

Un peu intimidé, il suivait docilement Salem. Il ne put s’empêcher de sentir une pointe de jalousie. De toute évidence, le Bostonien était bien plus à l’aise dans ce milieu qu’il savait être, plus ou moins, celui d’Adam qu’il ne l’était lui-même et il commençait à croire désormais que pour l’Asiatique, il ne serait jamais qu’un fils de la bourgeoisie incapable de comprendre la réalité du monde. Ulysses était en train d’accomplir une curieuse prouesse dont personne ne pouvait le soupçonner capable : il commençait à se sentir parfaitement médiocre. Les yeux fixés sur le sol, il se laissa téléporter sans rien dire et, quand il releva le regard vers Eigon, il recula prudemment d’un pas, manifestement plus surpris par la carrure du géant que par sa soudaine apparition.

Ulysses suivit silencieusement la conversation, avec l’impression profonde d’être une potiche inutile tout juste bonne à servir de chauffeur, Eigon disparut et un silence s’installa entre les trois jeunes gens. Anya, sur qui l’on pouvait toujours compter pour alimenter la conversation et surgir là où on ne l’attendait pas, posa un regard curieux sur Ulysses.


— Je t’ai jamais vu, toi. Comment tu t’appelles ?
— Ulysses.
— Comme le héros grec ?


Un peu troublé par l’enthousiasme bonhomme de cette spectatrice inattendue, Ulysses jeta un regard incertain à Salem avant de reprendre d’un air un peu confus :

— Euh… Non. Comme le président.
— Quel président ?


Ulysses ouvrit des yeux ronds — ça, ça le surprenait.

— Mais… Ulysses S. Grant. Le dix-huitième président des Etats-Unis.
— Ah, oui, peut-être. Et sinon, tu fais de la boxe ?
— Non.


Comme Anya continuait à le fixer d’un regard attentif, Ulysses se sentit obligé de compléter et, toujours d’une voix désarmée, il rajouta :

— Je fais de l’aviron surtout. Du basket aussi. Du tir à la carabine. De la randonnée. Euh… Du ski. Et de la plongée. Du saut en parachute. Ce genre de trucs, quoi.

On avait un peu de mal à cerner quel « genre de trucs » pouvait rassembler en un ensemble cohérent le ski, l’aviron et le tir à carabine, mais enfin, Eigon venait couper court au supplice de l’interrogatoire et Ulysses se replia sagement dans un coin de la salle, pendant que Salem et le mastodonte discutaient sérieusement. Au bout d’un moment, les principales informations avaient été échangées. Le combattant jeta un regard sur celui qui ne disait rien et, fort diplomatiquement, interrogea :

— C’est qui la princesse ?
— Il s’appelle Ulysses. Je crois qu’il est mannequin. Enfin, en tout cas, il fait de l’aviron.
— Très utile.


Ulysses rougit, de honte véritable plutôt que de superficiel embarras, et murmura quelque chose d’une voix inaudible. Un peu brusquement, Eigon répliqua :

— Quoi ? On t’entend pas. Parle plus fort.

Le malheureux ange déglutit péniblement et articula d’une voix plus distincte :

— On pourrait peut-être acheter des informations à des membres du réseau de Gonzalez.
— Parce que tu crois que c’est avec cent dollars que tu vas les convaincre de balancer leur patron ?
— Non, je sais pas, je pensais plutôt, quelque chose comme cinquante milles.


Voilà qui avait coupé la chique à Eigon. Tout le monde regardait Ulysses d’un air un peu abasourdi, particulièrement parce que le ton du jeune homme avait suggéré qu’il avait précisément quelques dizaines de milliers de dollars qui trainaient, là maintenant. Croyant que son offre généreuse ne l’était pas assez, le secrétaire de presse s’empressa de reprendre avec un naturel tout à fait troublant :

— Ou cent milles, je sais pas, hein…

Ou alors, il pouvait engager une bande de mercenaires pour la nuit.


Dernière édition par Adam Tenseï le Ven 18 Jan - 8:23, édité 2 fois
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Jeu 17 Jan - 17:03

Pendant qu'Adam se faisait tabasser sur sa chaise et que Ivan se faisait abandonner sur la sienne, nos valeureux héros établissait un plan d'action, ou du moins, ils essayaient – moi, si c'était des gens comme ça devaient venir me sauver, je m’inquiéterais. Il n'empêche que même Eigon y mettait du sien, en essayant de se rappeler de tout ce qu'il pouvait. Cependant, il avait beau connaître Hell's Kitchen mieux que pas mal de monde pour s'y être planqué pendant des années, il ne trempait pas non plus dans ce genre de commerce. Il leur fallait des informations plus concrète, une adresse à côté de laquelle serait écrit "Adam est ici.", par exemple, ça se serait bien. La surprenante mais généreuse offre d'Ulysses était donc finalement bienvenue, c'est sur ça qu'ils décidèrent de quitter le club.

« Purée, cent mille dollars… »

Eigon sortit par l'entrée en compagnie de Salem, parce que lui, personne n'ose venir l'emmerder après un combat. Puis, ce n'était pas comme si les soûlards de ce club avaient besoin d'autographes. Il continuait de maugréer.

« Franchement, les types comme ça, ça m'énerve. »
« Pardon, j'suis désolé ! Je le laisserais entrer la prochaine ! »

Le géant tourna ses lunettes noires vers le videur qui venait de prendre la remarque pour lui et se plaquait contre le mur en regardant la troupe d'un air affolé. Hum, bon, il fait parfois cet effet-là, Eigon l'ignora complètement et enfourcha sa harley-davidson, laissant les autres suivre avec leur voiture de riche jusqu'au Coyote Ugly. Dans la voiture, Anya s'était mise à l'arrière et regardait Ulysses depuis l'espace entre les sièges.

« Tu es multimillionnaire ? »

Le Coyote Ugly était toujours aussi peu engageant, même si Salem n’avait pas vraiment peur de regarder les gens dans les yeux avec le mastodonte à côté de lui. En fait, c’était plutôt les gens qui évitaient de le regarder, même la barwoman semblait prudente, elle leur jeta un regard soupçonneux.

« Comme d’habitude, Eigon ? »
« Non. »
« C’est ce qu’il me semblait. »

Après un rapide coup d’œil circulaire, il partit dans les arrière-salles et en revint en traînant par le col deux types qui n’en menaient pas large. Ils paraissaient tellement petits en comparaison qu’on aurait dit deux enfants prit en faute. Sans qu’il n’y ait de réactions de la part de personne, ils sortirent ensuite pour aller malmener les deux malheureux dans une ruelle. Eigon les poussa sans ménagement au milieu d’un tas de déchets.

« On aurait quelques questions à propos de Gonzalez. »
« Gonzalez ? Connais pas… »

Un coup de pied fit exploser la moitié du container à côté d’eux. Visiblement Eigon n’aimait pas trop ce genre de réponses. Salem tenta de tempérer un peu l’ambiance.

« Et pour… heu… cinq mille dollars ? »

Cinq mille, ça lui paraissait déjà beaucoup, à lui, pourtant ça ne paraissait pas non plus convaincre les deux pauvres sous-fifres. Mais à force de proposer des chèques et des coups de pieds bien placés ils finirent par obtenir quelques petites choses. Ils travaillaient dans un laboratoire et passaient leur journée à fabriquer des médocs sans avoir aucune idée de ce qui arrivait aux marchandises, Gonzalez était le chef, mais ils ne l’avaient jamais vus personnellement. Tout ce qu’obtinrent donc les apprentis-détective fut donc l'adresse de l'endroit où ils travaillaient.

Plus les choses avançaient, plus Salem avait le sentiment qu'ils faisaient fausse route, ou alors qu'ils allaient dans la bonne direction, mais de la mauvaise manière. Ils n'allaient tout de même pas faire toutes les planques de trafiquants de drogues de New York en ne sachant même pas avec certitude si c'était bien un trafiquant qui avait fait le coup. Il leur manquait quelque chose, mais faute de mieux, ils continuèrent sur cette voie, et se retrouvèrent donc devant un bâtiment dégueulasse des bas-fonds, où une partie des membres du réseau de Gonzalez était censé œuvrer. Eigon soupira.

« On va pas tous se les faire, quand même. »

Même lui voyait bien le souci. Anya regarda le bâtiment.

« Je peux peut-être aller voir s'il est là. »

Salem la regarda soudain, l'air complètement ahuri.

« Ou tu peux te téléporter sur Adam et le ramener, tu l'as déjà fais. »
« Mais… Mr Gonzalez à l'air d'être vraiment très, très méchant… »
« Il n'aura même pas le temps de t'attraper ! »
« Il a attrapé Adam, alors que c'est le meilleur boxeur que je connaisse. »
« Et moi, alors ? »
« Je suis sûr que tu peux le faire, pendant qu'on perd du temps, Adam risque de mourir ! »
« Je suis plus fort que lui ! »
« Et si je me retrouve coincée aussi ? Adam te battrais, c'est sûr, et ce serait un joli combat, tu crois qu'il voudra aller dans la cage quand on l'aura retrouvé ? »

Les deux garçons firent la moue, Salem continua néanmoins de se creuser la cervelle.

« Et le localiser ? »
« Quoi ? »
« Pour te téléporter sur quelqu'un, tu dois avoir une vague idée d'où il se trouve. »
« Sûrement, je n'ai jamais réfléchis à ça… »
« C'est le moment, tu veux bien essayer ? »

Anya hocha la tête et se mit à réfléchir intensément pendant de longue minutes, Salem se mit à aller et venir dans la ruelle, l'air à bout de nerf. Il jetait de temps à autre un coup d'œil à Ulysses, avant de lancer ce qui venait apparemment de lui traverser l'esprit.

« Ça va, les amours, en ce moment ? Quelqu'un en vue ? »
« 1455 mètres. »

Salem oublia immédiatement son rival, ça, ça lui parlait, Anya eut un air désolé en montrant une direction d'un vague geste du bras.

« C'est par là, mais je narrive pas à savoir exactement où, désolé… »
« C'est pas grave, c'est déjà beaucoup, on va y aller… »

La troupe se mit en marche, un peu plus assurée qu'au moment d'aller agresser les trafiquants, mais il leur manquait toujours quelque chose. Et c'était le travail d'équipe, le sens de l'amitié, le pouvoir incommensurable des échanges entre les gens, oui môssieur. Ils avaient délaissé quelqu'un, parce qu'il ne faisait pas partie de leur monde, parce que, sans doute, ils ne le croyaient capable de rien, rien d'utile pour cette affaire en tout cas, en gros, par qu'ils avaient des à priori. Et ça, c'est mal.

Ivan se retourna pour la énième fois, puis consulta sa montre, Ulysses ne revenait pas, Salem ne revenait pas, Adam n'était jamais revenu, tout ça commençait à devenir louche. Il regarda son portable, autant pour regarder l'heure que pour vérifier encore une fois qu'il n'avait pas reçu les accusés de réceptions des trois sms qu'il avait envoyés à Salem, rien. Étonné, il partit voir dans la salle du buffet si tout le monde ne s'ennuyait pas au point d'être reparti grignoter, personne. Alors ils étaient tous partis ? Sans même le prévenir ? Il eut une moue boudeuse, il avait bien compris qu'il n'était qu'un pnj de troisième catégorie, tout juste bon à servir d'arrière-plan dans les soirées entres amis, mais quand même, un peu de respect ne ferait pas de mal.

Il allait repartir quand des tâches sur le sol attirèrent son attention, c'était du sang ? Il s'en approcha, il y en avait très peu, quelqu'un avait dû saigner du nez, rien de plus. Les circonstances lui firent tout de même deviner que ces tâches devaient avoir un rapport avec la disparition de ses amis, pour rater un débat aussi intéressant, il fallait un cas de force majeur. Et puis, croyait le ou non, mais Ivan ne s'intéresse pas qu'aux fonds marins, hé non, c'est aussi un être sensible qui, contrairement à certains a un sens de l'amitié développé. Il avait bien vu l'air inquiet et ailleurs de Salem, parfois, pendant les soirées où Adam travaillait tard. Peut-être que certains en voulait au conseiller stratégique au point que ses jours soient parfois menacés. Après tout, le fait qu'ils soient gay et chinois embêtait déjà pas mal de monde, il devait avoir tout un tas d'ennemis, pour tout un tas de raisons.

Enfin, pour le moment, il n'avait rien d'autre qu'un type qui a probablement saigné du nez, c'était un peu léger pour crier au complot. La première chose qu'il regarda ensuite fut les verres près des canapés au saumon, c'était là qu'Adam avait était appelé par sa patronne, il n'avait pas dû la rejoindre avec une vodka orange à la main. Et effectivement, un des verres étaient différents des autres, il était à moitié vide un dépôt suspect s'était formé au fond. Là il tenait quelque chose de louche.

Après avoir déduit que l'attitude la plus logique, lorsqu'on saigne du nez et qu'on a pas de mouchoirs sous la main, est de filer aux toilettes, il partit y jeter un coup d'œil, il repéra immédiatement les papiers ensanglantés dans la poubelle, Adam était passé par là. Bien, Adam s'est fait droguer et s'est rendu au toilette, donc la suite, c'est qu'il fallait l'en faire sortir. Le type qui avait fait ça ne devait pas manquer de confiance en lui, traîner le conseiller stratégique du parti, inconscient ou presque, dans les couloirs, alors que des centaines de militants étaient réunis juste à côté… Il sortit des toilettes sans avoir rien trouvé de plus et chercha des yeux l'issue de secours la plus proche, parce que le ravisseur n'était certainement pas passé par la grande porte.

L'issue donnait sur un escalier extérieur en fer, il le descendit, et au bas de celui-ci, il ramassa un portefeuille, un rapide coup d'œil aux différentes cartes lui indiqua qu'il appartenait à Adam. Il contenait aussi des numéros de téléphones, dont celui d'Ulysses – son petit cœur palpita – une clé bizarre, à moins que ce ne soit un passe-partout, et tout plein de bordel allant du ticket de tombola d'une école primaire, datant de l'année dernière, à des bouts de codes griffonnés à la va-vite.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Ven 18 Jan - 8:57

Il conservait un visage égal et, dans ses réparties, la belle insolence d’une suprême indifférence, mais au fond de lui, Adam était terrifié — il ne voyait pas d’issue, ne présentait pas d’issue et, soudain, tous les autres futurs qu’il s’était un jour prévu pour lui paraissaient s’effondrer devant ses yeux, toute son histoire se replier, se refermer, se concentrer dans ce dernier moment. L’idée qu’il finirait là, déchiqueté, sans alliance à son doigt, le soir où il avait fait pleurer Salem, et que le dernier souvenir que Salem conserverait de lui serait cela, un jeune homme froid et désagréable parfois, au milieu des tables d’un cocktail, dans un centre municipal, pour une conférence sur les cabillauds, cette idée lui eût fait monter les larmes aux yeux, si l’instinct de survie, la fierté aussi, ne lui intimaient pas de regarder l’adversité avec grandeur d’âme.

— Tu as peur, Adam ?
— J’ai peur que tu continues de parler.


Un sourire mauvais assombrit le visage de son aimable interlocuteur, qui avait sorti une cigarette et l’allumait paisiblement.

— C’est drôle, quand même.
— …
— Ton employeur. Il t’envoie tout seul. Dans une usine abandonnée, comme ça. Sans soutien. Personne pour surveiller tes arrières. Tout ça pour un type comme moi. C’est un peu un excès de prudence de sa part. Ou d’imprudence de la tienne.


Matthias ricana.

— T’essayes de me faire peur ?
— J’dis ça pour faire la conversation. J’te l’ai dit : j’ai beaucoup d’amis.


***

Ulysses regardait les deux dealers se serrer terrifiés contre la benne à ordures et livrer finalement leurs précieuses informations, sans attendre qu’on leur donnât l’argent promis, sans s’assurer de rien et, bientôt, la petite troupe se détourna pour rejoindre les véhicules respectifs, sans songer à récompenser ceux qui avaient parlé trop tôt — Eigon était bien plus efficace que toute la corruption du monde.

Plus la soirée avançait, plus Ulysses se sentait inutile — puisque même son argent était inutile. Les événements s’employaient à creuser sous ses yeux le fossé qui séparait son existence de celle d’Adam et, naïvement, il était persuadé que Salem au contraire avait toujours vécu dans ce milieu interlope et qu’il comprenait son fiancé à la perfection, grâce à cette expérience commune.

Lui, il n’était rien de tout cela. Il l’avait vu : Eigon le détestait. Comme ça, sans même le connaître, juste parce qu’il avait proposé de l’argent, ou parce qu’il avait l’air perdu. Anya, depuis qu’il lui avait confirmé être millionnaire, avec un air désinvolte tout à fait involontaire, était de toute évidence mal à l’aise. Et dans la ruelle, alors qu’elle tentait de localiser Adam, que Eigon rongeait son frein, Salem s’ingéniait à lui lancer des remarques assassines.

Adossé au mur, Ulysses n’avait rien dit, n’avait rien fait, se contentant de jouer au chauffeur, seul rôle qui restât à une pièce rapportée. Mais la question sur ses amours lui fit relever les yeux d’un air authentiquement surpris et blessé. Son amour était en train d’être torturé quelque part dans un vieux bâtiment industriel. Quel intérêt Salem pouvait-il avoir à remuer le couteau dans cette plaie, au moment où un vrai couteau ouvrait de vraies plaies dans le corps d’Adam ?

Désarmé par cette attaque soudaine qu’il interprétait comme un sursaut de méchanceté et qui ramenait à son esprit le souvenir de la terrasse, Ulysses se contenta de secouer la tête. Non, il n’avait personne en vue. Pendant ce temps-là, Ivan passait aussi méthodiquement que possible les papiers du portefeuille d’Adam en vue, mais ils étaient soit indifférents, soit tout à fait incompréhensibles. Le Suédois commençait à soupçonner que la vie de Salem et d’Adam ne se résumait pas aux jeux vidéos et aux regards brûlants échangés pendant des conversations anodines (suivis de brusques départs).

Ivan, tout de même, était bien embêté. Ce n’était pas avec la carte de fidélité d’Adam dans un magasin de déstockage de l’armée qu’il allait remonter la piste. Il était en train de réfléchir quand une quinte de toux, derrière lui, attira son attention. Il se retourna et là, parmi les cartons, découvrit un vieil homme qui dormait. C’était sa chance, à n’en pas douter. Ivan s’approcha courageusement, même si le vieux n’avait pas un aspect très engageant, s’accroupit et interrogea d’une voix où chantait son accent nordique :


— Bonsoir, Monsieur. Vous n’auriez pas vu une voiture ici ?
— T’as pas une cigarette ?
— Non, désolé. Vous avez faim ?
— Hmmm.
— Bougez pas, je reviens.


Cinq minutes plus tard, Ivan était de retour avec une assiette surchargée de petits fours. Son interlocuteur sembla soudainement mieux disposé et le jeune homme retenta sa chance.

— Alors, vous avez vu une voiture ?
— Ouais. Un type qui en mettait un autre dans le coffre.


Ivan faillait lui demander pourquoi diable il n’avait pas appelé la police, mais son regard se posa sur les cartons qui servaient d’abri à son informateur et la réponse lui devint vite évidente. Aussi doucement que possible, il reprit son interrogatoire :

— Hé, euh, vous avez remarqué un truc en particulier ?
— Ils allaient à l’usine.
— À l’usine ?
— Le type debout a téléphoné et il a dit qu’il allait à l’ancienne usine Saxton. Il a dit : ce sera bientôt fait.
— D’accord. Merci beaucoup.
— T’as pas une cigarette ?
— Non, désolé.


Ivan sortit de la ruelle pour atteindre la grande avenue, les mains dans les poches, l’air songeur. L’ancienne usine Saxton, il ne savait pas du tout où cela pouvait se trouver, dans cette ville immense qu’il connaissait mal encore. En tout cas, drogué, agressé, jeté dans un coffre et conduit dans une usine désaffectée, tout cela n’avait pas l’air très engageant. Ivan longeait la route où se pressaient les voitures. Il n’allait tout de même pas prendre un taxi pour se jeter dans la gueule du loup : c’eût été dangereux et, surtout, complètement inefficace. Non, mieux valait tenter de rejoindre le gros des troupes.

Il sortit son téléphone. Salem ne répondait pas. Et puis, maintenant, il avait le numéro d’Ulysses. Son petit cœur de Suédois se mit à battre plus fort — sans raison particulière, si vous voulez son avis. Il composa le numéro trouvé dans le portefeuille et se mit à écouter la tonalité avec une inquiétude qui n’était pas entièrement liée au fait qu’à quelques kilomètres de là, Matthias plongeait lentement un couteau dans la cuisse d’Adam.


— Ulysses ?
— U… Ulysses ! C’est Ivan. Dis, je…
— Oh, écoute, Ivan, euh… Je suis un peu occupé là, et…
— Je sais où est Adam.
— …


Sept minutes plus tard, une Harley Davidson chevauchée par un Hulk et une élégante et puissante berline s’arrêtèrent près de la petite ruelle. La porte passager de la voiture s’ouvrit, Ivan monta à côté d’Ulysses, en tentant de dissimuler sa fierté, quand les regards de toute la troupe — Ulysses, Salem et une jeune fille bizarre — se posèrent sur lui.

— Tu fais de la boxe, toi ?
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Sam 19 Jan - 22:41

Ivan n'était pas peu fier de lui, c'est sûr, il avait mené une enquête plus rapide et efficace que cinq personnes réunies, pas mal pour un pnj de troisième catégorie. Bon, le géant sur sa moto le surprit un peu, il n'avait pas l'air commode derrière ses lunettes, mais Ivan ne perdit pas de temps en contemplation et grimpa dans la voiture. Où Anya l'assaillit immédiatement, il regarda la jeune fille qui posait sur lui de grands yeux bleus pétillants, une amie d'Adam ? De Salem ? Elle avait un peu l'air de sortir de nulle part, tellement le fait qu'Adam soit en train de se faire charcuter quelque part n'avait pas vraiment l'air d'entamer sa joie de vivre.

« Heu… non ? Mais j'ai fais du judo quand j'étais petit… j'étais tout le temps par terre. »

Visiblement la demoiselle aurait préféré l'entendre raconter des combats épiques, mais ce n'était pas vraiment le moment pour ça. Il regarda Ulysses de biais, et vu qu'il tenait le volant – et pas que pour ça, c'est vrai – il lui demanda.

« Vous savez où se trouve l'usine Saxton ? »
« Eigon le sait. »
« Ah, le grand type, là ? Hum, et toi, tu es ? »
« Anya. »
« Et tu… fais de la boxe ? »
« Non, moi je fais des échasses. »
« Ah… »
« Comment tu as su, pour… »

Le temps qu'Ivan explique comment il avait trouvé la planque du super-vilain – et que Salem se dise que la prochaine fois, il ne le laissera pas derrière – et les voilà qui arrivaient à la dite planque dudit super-vilain. Un vieux bâtiment désaffecté qui avait l'air totalement vide, contrairement à celui qu'ils avaient vu précédemment, et où Salem avait pu entrapercevoir la secrète activité et voyant des silhouettes les surveiller derrière les vitres. Ça paraissait un peu étrange.

« Impossible que ce soit-là, y'a même pas un clampin pour monter la garde. »
« Je ne pense pas que le vieux ait menti. »
« Qui sait, peut-être qu'on l'a payé pour qu'il mente ? »
« Ça m'étonnerait, il aurait été plus prudent de le massacrer. »
« Il est là, j'en suis sûre. »
« Bon, il nous faut un plan. »
« On a qu'à déglinguer tous ceux qu'on croise pour faire diversion pendant qu'Anya téléporte le colis. »
« Télép… ? »
« Trop risqué, pareil ils vont le tuer si on les attaque de front, même si y'a pas l'air d'y avoir qui que ce soit pour donner l'alerte. »
« Ulysses doit rester en bas. »

Eigon regarda Ivan en haussant un sourcil.

« T'as peur qu'elle se casse un ongle ? »
« Hey, l'insulte pas, espèce de grand… mec. C'est qu'il est connu, si les gars là-dedans le reconnaissent, ils pourraient s'en prendre à lui plus tard. »

Et Ivan n'avait pas du tout envie qu'on s'en prenne à Ulysses, que ce soit Eigon ou qui que ce soit d'autre. Mais maintenant qu'il avait montré qu'il savait réfléchir de façon un peu moins bordélique qu'eux, Salem et Eigon le fixaient, l'air d'attendre quelque chose.

« Et… le reste du plan ? »

Une partie de la troupe s'était faufilée dans le bâtiment, Salem en tête, pour surveiller les couloirs dans lesquels ils s'engageaient, Eigon, pendant ce temps, surveillait leurs arrières, et Ivan était au milieu. Le bâtiment était un peu grand, mais heureusement, avec Salem, les visites se font toujours à vitesse grand V. C'est alors que Matthias s'apprêtait à devenir très très méchant qu'une drôle d'agitation se fit entendre derrière la porte. Elle s'ouvrit soudain sur… deux adolescents pas très impressionnant, dont l'un était visiblement sous le choc. Salem porta la main à sa bouche.

« Adam… J'suis vraiment désolé, j'aurais pas dû te laisser tout seul… merde. »

Autant dire que le super-vilain avait de quoi se marrer, il se tourna vers Adam avec un sourire goguenard.

« C'est ça tes amis ? »

Le deuxième garçon avait l'air plus "dangereux" puisqu'il pianotait sur un téléphone portable. Il allait lui dire qu'appeler la police n'était pas une bonne idée quand un géant entra à son tour en défonçant le haut du mur.

« J'en ai marre de ces portes minuscules… hum… il s'est fais kidnappé par ce gringalet ? J'le croyais pas si nul… »

L'effet Eigon déstabilisa le kidnappeur un instant, et avant qu'il ait eu le temps de se ressaisir, l'ado au téléphone fit demi-tour.

« Allez, on se casse ! »

Curieux comportement, certes, il n'empêche que quand Matthias se retourna, il se trouva face à une chaise vide sur laquelle les liens étaient toujours solidement attachés. Il pouvait toujours essayer de rattraper les gamins et leur très grand copain, Adam, lui, était déjà loin, il filait sur une Harley conduite par un blondinet ressemblant fortement à un ange, et qui avait pour mission de retourner au bar qu'ils avaient visités pour trouver une certaine Anne.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Sam 19 Jan - 23:29

— Tu vois quand on parle de toi, dans les bars, dans les combats, tout le monde a l’air si craintif, mais en fait, tu fais jamais rien.

Adam n’était plus vraiment d’humeur à faire la conversation — à la fois parce que les plaies sanguinolentes avaient une légère tendance à occuper ses facultés mentales et parce qu’il était en train de reconstituer abstraitement toutes les étapes qui avaient pu le conduire jusqu’ici pour tenter de déterminer si, à un moment ou un autre, un indice, même infime, avait pu être laissé.

Hélas, la lame qui se retourna dans sa cuisse le déconcentra quelque peu dans ses réflexions. Le jeune homme serra les dents. Ses yeux noirs se braquèrent dans ceux de son interlocuteur si peu aimable.


— Matthias. Quand je serais sorti d’ici, j’peux t’assurer que tu prendras vingt ans pour pédophilie. J’te raconte pas les soirées que tu vas avoir.

Bon, il ne croyait pas tellement, mais enfin, on pouvait toujours rêver. Matthias lui non plus ne devait pas être persuadé, parce qu’il laissa échapper un ricanement désobligeant.

— Tu vois Adam. J’étais dans l’armée. Puis dans les forces spéciales. Puis mercenaire. Et toi, tu crois que parce que tu te bats dans les tripots, on joue dans la même cour ? T’auras jamais été qu’un gosse, Adam.

Pendant que Matthias tenait des propos qui sans doute eussent froissé la fierté du courageux Asiatique s’il n’avait pas été en train de se vider de son sang et de regretter un peu machinalement de n’être jamais allé à l’église dans sa vie, Ulysses écoutait religieusement le récit d’Ivan, qui semblait, en plus d’être un océanographe prometteur, extrêmement intelligent et, même, ce qui ne gâtait rien, doué d’un solide sens de l’amitié.

Ces considérations rêveuses ne détournèrent cependant pas Ulysses de la seule mission que l’on voulait bien lui confier et dont il comptait, par conséquent, s’acquitter du mieux possible : rejoindre l’usine Saxton. Il n’était pas un New-Yorkais pure souche, mais il savait où elle se trouvait, parce qu’il était question de la démolir bientôt — et d’enfouir toutes sortes d’indices d’activités suspicieuses sous les décombres, de toute évidence.

Pendant que la voiture montait en puissance avec une régularité et une rapidité à faire pâlir d’envie la vieille carcasse de Salem et Adam et qu’Ulysses manoeuvrait le bolide avec une aisance qui, sans avoir la précision surnaturelle du couple de mutants, témoignait de réflexes tout à fait solides, à quelques dizaines de mètres de moins en moins nombreuses de là, un sourire vint soudain éclairer le visage d’Adam.

Matthias haussa les sourcils. Il n’avait pas l’habitude qu’on lui sourît pendant qu’il torturait : c’était extrêmement désagréable.


— Tue moi qu’on en finisse.
— T’as envie de mourir ?
— J’dis ça, c’pour toi.
— Trop aimable.
— Mes amis vont arriver.
— L’espoir ne fait pas toujours vivre.
— Ce n’est pas de l’espoir. C’est une intuition.


Un peu vexé par ce bravado incompréhensible, Matthias afficha un sourire mauvais :

— Ce sera encore plus long, maintenant… ça t’apprendra.

Adam était ravi : on pouvait toujours compter sur la psychologie inversée. Ravissement de courte durée : une douleur le rappelait à l’appel, tandis que devant les portes de l’usine, sa fine équipe de sauveteurs devisaient. Comme à son habitude, Ulysses demeurait silencieux et pensif, tout près d’Ivan, qui mettait un point d’honneur à le protéger, et il était bien le seul. Tout le monde était désormais très perplexe : ce n’était pas tout d’arriver devant le bâtiment, encore fallait-il une stratégie. Et le stratège en chef était en train d’être découpé en rondelles.

Ulysses se racla la gorge et prit finalement la parole :


— Adam a pas d’informations. Gonzalès se fiche de ce qui lui arrive, tant qu’il souffre et qu’il meurt, pour que ça fasse un exemple. Il va pas prendre le risque d’utiliser ses propres hommes. Il va employer quelqu’un. Un mercenaire. On…

Il hésita et glissa un regard incertain à Ivan, dont il souhaitait préserver le tendre idéalisme, mais reprit finalement :

— On fait ça tout le temps. Je veux dire, le gouvernement. Bref. Le type est sans doute seul. Si c’est un pro, il pensera pas être suivi. Adam a pas vraiment la réputation de travailler en équipe. Donc, il est quelque part là-dedans. Salem et Ivan peuvent le trouver, le surprendre, pendant qu’Anya téléporte Adam, le ramène ici et moi, je l’embarque à l’hôpital. Eigon suit Salem et Ivan de près pour les protéger.

Il a nécessairement une porte de sortie, au cas où, du coup, il va essayer de s’enfuir. Comme personne ici je suppose n’a envie de tuer quelqu’un ce soir, il faut le laisser partir. Du coup, ça ne sert à rien de le poursuivre. Ni de le tabasser pour lui apprendre la leçon : c’est un professionnel, il n’a pas besoin de leçon. Il est probablement pas payé assez cher pour affronter ça…


Il désigna Eigon d’un geste de tête.

— Alors il ne va pas chercher les embrouilles.

La petite troupe observait Ulysses d’un air un peu ahuri. Eigon, manifestement un peu embarrassé devant la princesse fragile qui venait de se muer en chef des opérations commandos, interrogea :

— Tu fais quoi dans la vie, déjà ?
— Consultant politique. Secrétaire de presse.
— Mais euh… T’as étudié, je sais pas, l’histoire militaire ?
— J’ai un master de sciences politiques spécialisé en renseignements. Et un master de géographie spécialisé en géostratégie.
— Waaa ! Ça veut dire que tu travailles pour la CIA ?
— On pourrait peut-être bavarder de mon cursus plus tard…


Un quart d’heure plus tard, Ulysses débarquait au Coyote Ugly, toujours auréolé du statut de « connaissance d’Eigon ». Il traversa la salle pour se planter devant un type sinistre qui gardait un salon privé.

— Je viens voir Anne.
— Elle est pas là, Anne.


Un billet de cent dollars écarta le type de l’entrée et, une heure plus tard, Anya, Salem, Ivan et Ulysses étaient sagement assis dans la cuisine de l’étrange patricienne, fort occupée à remodeler un Adam digne de son nom. Eigon, lui, avait fait admettre à Salem que sa part du marché était remplie et qu’il n’y avait vraiment aucune, mais alors aucune raison pour qu’il allât lui aussi chez Anne.

Ulysses pianotait sur son téléphone depuis une bonne demi-heure. Ivan, qui avait passé la demi-heure en question à lui jeter des regards plus ou moins dérobés, interrogea finalement :


— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je propose à des connaissances de payer leurs dettes.
— C’est-à-dire ?
— Adam connaît des dealers, moi je connais les procureurs et les divisionnaires.


Autant dire que la Brigade des Stupéfiants allait crouler sous les directives au petit matin. Ivan avait l’air un peu perdu. Maintenant que l’adrénaline était retombée, il se demandait un peu comment il avait pu commencer la soirée en parlant de poissons et la finir en parlant de dealers, de rebouteuse, de téléportation et de mercenaires.

Son regard perplexe passa de Salem à Anya.


— Donc tu… Tu es une mutante, c’est ça ?
— Oui, enfin, moi, je viens surtout pour les matchs.
— Je vois.


Il ne voyait pas du tout.

— Et toi, Ulysses ?
— Hmm ?


L’intéressé releva ses magnifiques yeux verts de son portable.

— T’es un mutant, aussi ?

L’intéressa esquissa un magnifique sourire.

— Non, bien sûr que non. Je ne sais rien faire de particulier, moi.

Lui, il était juste beau — et charmant — et envoûtant — presque hypnotique. Mais, assurément, cela ne suffisait pas à en faire un mutant.

Enfin.
Sans doute pas.

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Dim 20 Jan - 14:22

Salem était plutôt silencieux depuis que la troupe de choc avaient brillamment réussit sa mission, bien sûr, il était heureux et soulagé d'avoir retrouvé Adam, mais, d'abord, il fallait voir dans quel état, ensuite, les hurlements de douleur étouffés qui parvenait jusqu'à la cuisine gâchaient un peu le happy end, et pour finir, il se sentait horriblement coupable. En plus de ça, il avait maintenant l'impression que ce genre de chose pouvaient se produire n'importe quand, qu'Adam risquait de se volatiliser d'un instant à l'autre, dès qu'il lui tournait le dos deux minutes, ça n'était pas pour le rassurer. Aussi restait-il dans son coin, l'air un peu éteint, à se repasser les images de ce type qui avait drogué et torturé Adam, et s'était visiblement bien amusé. Quel malade.

Son attitude était l'exacte opposée de celle d'Anya, qui n'avait pas l'air plus perturbée que ça, comme si elle venait de passer une soirée entre amis classique. Mais bon, c'était Anya, il ne fallait pas trop chercher, Ivan, lui, en était encore à tenter de comprendre ce que des trafiquants de drogues pouvait bien vouloir à Adam, d'où sortait la jeune mutante, et si Ulysses accepterait peut-être, éventuellement, de prendre son numéro pour… Le recontacter, un jour, on ne sait jamais, il pourrait avoir besoin de lui.

« Tu sais faire pleins de choses quand même, pas besoin d'être mutant pour ça. Heureusement que tu étais là. »

Ce commentaire était bien sûr tout à fait objectif, Ulysses avait brillamment conduit, mené les troupes et trouvé la drôle de soigneuse qui ligotait ses patients à une table de torture, sur les indications d'Eigon et Salem. Il avait fait preuve d'un sang froid exemplaire et méritait le respect.

« Moi non plus je n'ai pas de don, comme Salem. »

Salem sortit de ses réflexions un instant et le regarda d'un air vaguement suspicieux sans qu'il ne comprenne pourquoi, mais un autre cri étouffé digne d'un film d'épouvante le fit se refermer sur lui-même aussitôt. Ivan n'était pas très à l'aise non plus.

« Elle est vraiment en train de le soigner, là ? »
« Ouais… vivement que ça se termine. »
« Tu l'as dis… »

Leur souhait fut exaucé quelques minutes plus tard, Anne ouvrit la porte et Salem fila dehors aussitôt, en prenant tout de même un instant pour la remercier. Enfin, il allait pouvoir chasser les dernières images qu'il avait d'Adam, celles où il l'avait abandonné seul devant le buffet autant que celles où il l'avait retrouvé ligoté et trempé de son sang. Bon, le devin était encore tout froissé, mais au moins il était hors de danger, Salem l'aidait à s'asseoir sur la table et lui passa son blouson autour des épaules parce qu'il avait l'air encore un peu tremblant, et fragile, plus fragile que jamais. Les larmes qu'il avait retenues jusque-là ruisselèrent sur ses joues sous le coup du soulagement, alors qu'il le serrait contre lui.

« Pardon, je suis désolé, j'aurais pas dû te laisser, c'était ma faute, je t'aime, je t'aime… Ça va mieux ? Vivement qu'on soit à la maison… »

Pendant ce temps-là, dans la cuisine, Anya regardait Anne avec de grands yeux, l'air visiblement très très intéressé par ses capacités.

« Il est hors de danger, Adam ? Comment vous faites ? Vous pouvez sortir les gens du coma, aussi ? Et les morts ? »

Ulysses quant à lui, regardait les retrouvailles du couple de mutants depuis la porte d'un air complètement éteint, il avait presque l'air aussi malheureux que quand Adam était en train de se faire charcuter dans la vieille usine. Ivan le regardait, le cœur serré, même s'il n'aurait su dire si c'était la tristesse de l'ange qui rejaillissait sur lui, ou si c'était de savoir à quelle point voir son ex dans les bras d'un autre lui faisait mal. Même un aveugle aurait sentit à quel point son amour pour Adam était encore fort. L'océanographe aurait voulu faire quelque chose pour lui remonter le moral, mais que pouvait-il dire ? Les amours à sens unique, on ne peut rien y faire, il avait connu ça, une fois, il y a longtemps, alors il ne pouvait que compatir, et se sentir malheureux, très malheureux, en le voyant observer Adam d'un air blessé.

Spoiler:
 
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Dim 20 Jan - 16:55

Adam s’était péniblement redressé sur la table de massage très particulière qui servait à Anne pour ses opérations. Comme d’habitude, il n’avait échangé avec son entraîneuse que quelques mots et, comme d’habitude, Anne s’était abstenue de poser la moindre question. Cette indifférence naissait moins d’un désir de discrétion que d’une volonté de protéger ses propres intérêts : moins elle en savait, mieux elle se portait. Adam était un adulte et elle n’allait certainement pas lui faire la morale.

C’était peut-être le problème, du reste. Personne ne faisait jamais la morale à Adam. De temps en temps, Salem s’énervait, puis les deux amants se réconciliaient et tout était oublié. L’Asiatique faisait des efforts, très lentement, mais tout était toujours trop compliqué, trop indécis, trop précipité pour que ses progrès fussent considérables. Et ce soir-là, assis sur le rebord de la table, il ne songeait pas encore à tirer une leçon de ses erreurs.

Pour quelqu’un qui venait de se faire torturer, il n’avait d’ailleurs pas l’air si bouleversé que cela. Mais la résilience psychologique d’Adam était littéralement surhumaine. Il avait senti la douleur comme n’importe qui d’autre, mais le traumatisme psychique qui eût dû accompagner nécessairement de pareils événements avait glissé sur son esprit comme l’eau sur les plumes d’un canard ; il tremblait parce qu’il avait eu mal, parce qu’il avait eu peur, parce qu’il avait cru pendant une heure qu’il allait mourir, mais déjà son esprit reprenait son rythme habituel.

Il écarta les jambes — en tout bien tout honneur, qu’on se rassure — pour laisser Salem s’approcher et ses mains se déposèrent sur le torse de son ami. Il n’avait pas fière allure, avec son pantalon de costume déchiré par le couteau, imbibé de sang et sa chemise en piteux état. Il secoua la tête pour balayer les excuses de son ami et murmura :


— T’as rien à te reprocher. Tu pouvais pas savoir et puis… C’est moi qui me suis énervé pour rien.

Il tendit le cou pour embrasser Salem, puisqu’Anne lui avait reconstruit une bouche digne de ce nom, il fallait bien s’en servir. Quand leurs lèvres se détachèrent, il murmura :

— On ira acheter des bagues si tu veux. Ou des bracelets. Je sais pas. Ce que tu préfères. Et…

Il tourna le regard vers la cuisine et croisa celui d’Ulysses. Le jeune homme se détourna et revint s’asseoir près d’Ivan, qui broyait du noir pour une raison inexplicable, tandis qu’Anya, manifestement pas découragée le moins du monde par les réponses monosyllabiques d’Anne, continuait à tenter d’échafauder des cérémonies vaudous avec l’étrange soigneuse. Adam, de son côté, avait l’air un peu songeur.

Anne lui avait expliqué en quelques mots, moitié pour le distraire de la douleur de la remise en place, ce qu’Ulysses avait détaillé sur le chemin de l’appartement. Gonzalès, Ivan, Eigon, l’enquête. Et le devin était prêt à parier que son ancien compagnon était resté silencieux et en retrait pendant tout le temps de cette fameuse épopée. D’une voix un peu nerveuse, le jeune homme murmura à son compagnon :


— Viens…

Adam descendit de son perchoir, attrapa la main de Salem et rejoignit la cuisine. Il posa successivement son regard sur Ivan et Anya et déclara simplement :

— Merci.

Puis ses yeux se posèrent dans les yeux verts d’Ulysses et, instinctivement, sa main se serra un peu plus sur celle de Salem. Timidement, Adam glissa :

— Ulysses… Je suis désolé que tu ais eu à vivre ça. Je sais que… Ça a dû être difficile et…

Adam faisait de toute évidence allusion à quelque chose de précis, mais Ulysses, qui depuis le départ d’Eigon avait le droit de répondre sa couleur de dialogue, l’interrompit brusquement :

— Comment tu as pu être aussi idiot ?
— Pardon ?
— Tu savais qu’il sortait de prison. Tu savais que tu allais avoir des problèmes. Et t’as pas jugé bon d’en parler à qui que ce soit ?
— Tu peux pas comprendre.


Ulysses tapa du poing sur la table, faisant tremblant les tasses qu’Anne, reconvertie en tenancière de maison d’hôtes, était en train d’y placer.

— Joue pas à ça avec moi à Adam. J’veux bien que tes amis me prennent pour une princesse, j’en ai rien à foutre. Mais essaye pas de me faire passer pour un crétin. Je comprends très bien et tu sais ça.
— Ecoute, Ulys…
— Non toi écoute. Parce que personne va te le dire. Mais regarde les Adam. Regarde elle…


Il montra Anya d’un geste de la tête.

— Elle est même pas majeure. Et Salem, t’y as pensé ? Il a quoi ? Dix-huit, dix-neuf ans ? T’as vraiment envie qu’il soit veuf à dix-huit ans ? Et t’imagines s’il y avait pas eu Eigon ? Il y serait aller quand même et pour ce qu’on en sait, il se serait fait buter. T’es pas un super héros Adam. Tu vis pas tout seul dans ton identité secrète et t’envoies pas des boules de feu. Une fois que t’es là-bas, t’es juste un type qui sait se battre et ça suffira pas.

Et qu’est-ce qu’on fera quand tu seras mort ? Salem, qu’est-ce qu’il fera ? T’y as pensé un peu, avant de cacher tes petits carnets et tes petits codes ? Et moi, je ferai quoi ? Bordel, Adam, si je vais encore à un enterrement avant mes vingt-cinq ans je vais finir à l’asile. Tu peux plus vivre comme ça. T’es plus coursier ou serveur. Tous les groupes militants gays de l’Etat chantent tes louanges, toutes les associations d’Asio-Américains de New-York te montrent en exemple. Y a plus rien de secret dans ta vie. Il faut pas dix minutes sur Internet pour savoir où tu seras tel soir de la semaine.


En parlant Ulysses s’était levé et avait ramassé son portable.

— T’es peut-être un héros parfois Adam, mais t’es aussi égoïste et irresponsable. T’as peut-être pas très bien intégré le concept, mais tu as des amis maintenant. T’es responsable d’eux et ils sont responsables de toi. Tu es responsable de lui. Alors tu ferais mieux de réfléchir vite et bien à ce que tu fais de ta vie et à ce que tu fais à celle des autres.

Ulysses pointa Salem du doigt et murmura :

— Tu le fais pleurer en mourant, je te déterre et je te re-tue.

Et sur ces bonnes paroles, Ulysses planta là Adam, Salem, Anya, Anne et Ivan, sortit en claquant la porte et dévala les escaliers les larmes aux yeux.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Dim 20 Jan - 21:52

Ah, Eigon… Il pique la couleur des gens et il les insulte avec, c'est ça d'être grand et costaud, il se croit tout permis. Enfin, là n'est pas le sujet, après que Salem ait assuré qu'il ne voulait pas de bagues, ni rien, tant qu'il l'avait lui – et en vie, surtout, il le voulait en vie. Il le suivit dans la cuisine, où Ulysses en avait gros sur le cœur et ne tarda pas à le faire savoir, sous le regard halluciné de Salem et Ivan. Un lourd silence plana dans la pièce après son départ, à peine perturbé par le cliquetis des cuillères d'Anne et Anya qui sirotaient leur thé – elles sont déjà copines. Ivan, lui, s'agitait sur sa chaise, l'air de ne pas savoir ce qu'il devait faire. Ulysses allait mal, et même s'il lui avait à peine parlé, il n'avait pas envie de le laisser partir comme ça, alors que la soirée avait été aussi difficile pour lui, et avait réveillée des souvenirs douloureux. Mais enfin, il était sans doute très mal placé pour lui courir après, ce n'était pas un pnj de troisième catégorie dont il avait besoin, c'était Adam. Ivan soupira, elle était loin la conférence intéressante et tranquille où tout était simple – il subit l'effet "J'entre dans la vie d'Adam".

Adam cependant ne semblait pas vouloir bouger, parce qu'il était avec Salem – on nage en plein Dallas – et parce qu'il était sans doute trop occupé à s'autoflageller intérieurement. Salem lui passa une main dans le dos et lui fit un petit sourire qu'il voulait rassurant.

« Je peux pas dire qu'il a tort, mais il exagère, tu me parles beaucoup plus qu'au début, à moi. Ce soir, c'était inévitable, même si on avait su pour Gonzalez, qu'est-ce que ça aurait changé ? C'est grâce à Ivan qu'on t'as trouvé. Ulysses doit être un peu sous le choc, c'est pour ça qu'il a… »
« J'vous laisse. »

Ivan sembla avoir reçu un électrochoc en entendant la dernière phrase de Salem, il s'était levé d'un bond et l'instant d'après, il filait lui aussi dans les escaliers. Salem le regarda partir d'un air perplexe, avant de se dire qu'il n'avait pas tort de s'en aller puisqu'ils n'avaient aucune raison d'embêter Anne plus longtemps. Elle avait certainement mieux à faire, et Adam avait besoin de vêtements propres, d'une bonne douche et de beaucoup de repos, il se tourna vers Anne.

« Encore merci, et désolé pour le dérangement, on va y aller aussi. Anya, merci aussi, on te raccompagne pas, hein. »
« Non, ça ira, il me reste plus de vingt minutes avant le dîner, de toute façon. »

Salem se contenta d'hocher la tête, et quitta l'appartement, inutile de dire que les gens les fixaient intensément dans le bus qu'ils prirent, mais sur la ligne 13B qui traverse tout Hell's Kitchen, les mecs au jean imbibé de sang, ça ne doit pas être si rares. Une fois rentré, il l'aida à se doucher et lui servit une grande assiette de spaghettis bolognaise au lit, avant de s'allonger à côté de lui. Salem n'avait pas faim, ni envie de dormir ou quoique ce soit. Il ne désirait que regarder Adam, se blottir contre lui, s'accrocher pour ne pas qu'il file encore… Il le laissa manger en contemplant la pièce, avant d'avouer douloureusement.

« Il y a eu un moment où… j'ai cru que je rentrerais seul. On avait pas de piste, ça nous prenais trop de temps… C'était horrible de se dire que pendant qu'on pataugeait tu te faisait sûrement charcuter quelque part… »

Rien que d'y penser, il en avait à nouveau les larmes aux yeux. Mais il les essuya vite et se blottit contre Adam.

Dans la cuisine, l'adolescente posa sa tasse dans sa soucoupe, l'air pas plus gênée que ça de s'attarder chez une personne qu'elle ne connaissait pas du tout, ni par le silence qui régnait. Elle se remit soudainement à parler, sur un ton aussi naturel que si elle mentionnait les dernières actualités people et la météo.

« Mes parents sont dans le coma. »

Elle piocha un biscuit.

« Un accident de voiture, j'avais treize ans, j'étais à l'arrière, mais je n'ai rien eu parce que je me suis retrouvée assise au milieu de la route juste avant que la voiture parte dans le ravin. Ils sont en état de mort cérébrale mais Grand-Mère n'a jamais pu les débrancher, elle m'a dit que quand je serais majeur, ce serait à moi de décider. »

Et puisque les pnjs prennent décidément beaucoup de place aujourd'hui, revenons-en à Ivan qui dévalait les marches quatre à quatre, poussé en avant par le pouvoir de l'amitié – selon lui. Il déboula dans la rue comme une bombe, surprit une vieille dame, sauta par-dessus son horrible basset, esquiva un scooter, marqua son empreinte sur le bitume encore chaud du trottoir d'en face en faisant pester les employés de la municipalité, effraya une bande de pigeons occupés à se battre pour un reste de quebab. Et une fois arrivé, complètement essoufflé, devant Ulysses qui s'apprêtait à monter dans sa voiture, tout ce qu'il trouva à dire était :

« Heu… ça va aller ? »
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Dim 20 Jan - 22:33

Adam était resté immobile, le regard fixe, trop occupé à se flageller intérieurement, comme on pouvait le deviner, pour réagir extérieurement aux propos d’Ulysses. Il était forcé de reconnaître que le jeune homme était loin d’avoir tort et il n’osait pas regarder Salem, qui était le principal concerné, ni Anne, qui n’en pensait pas moins, ni Ivan, qui devait se faire une drôle d’idée de lui, ni Anya, parce qu’elle était un peu trop étrange pour lui.

Il avait beau savoir qu’aucun des individus encore présents dans la cuisine ne pouvait pleinement comprendre les sous-entendus qui avaient parsemés les paroles de son ancien compagnon, Adam n’en ressentait pas moins vivement les reproches et l’effet qu’ils pouvaient avoir sur ce petit public. Il les avait tous poussés à risquer leurs vies pour lui, parce que des années d’existence solitaire l’avaient conduit à une indépendance qui relevait beaucoup plus de la paranoïa que du bon sens.

Alors que Salem le trainait hors de l’appartement, Adam ne trouva rien de mieux à murmurer que :


— Je suis désolé…

Mais ça n’avait pas grand intérêt : Anya n’en avait strictement rien à faire (apparemment), Anne était finalement au-dessus de cela et Ivan venait de partir soudainement pour faire on ne savait trop quoi. Adam, qui n’avait pas eu l’occasion d’observer le Suédois et qui, du reste, ne le connaissait pas tant que cela, s’était contenté de supposer que la soirée avait été un peu trop mouvementée pour lui — encore une âme innocente qu’il avait entraînée dans son monde infernal.

Bref, déprimé, Adam se laissa transporter de droite et de gauche, jusqu’à retrouver avec un soulagement sensible son lit, ses chats, sa nourriture et, surtout, son fiancé. Il passa un bras autour des épaules du fiancé, tentant de manger d’une seule main, sur le lit, sans que les chats, peut-être plus intéressés par la bolognaise que le retour de leurs maîtres, multipliaient les tentatives d’approche. Le cœur d’Adam se serra.


— Je suis vraiment désolé, mon cœur… Ça va sembler complètement fou, mais j’y pensais plus. Que Gonzalès sortirait. J’avais juste… je sais pas. Avec les élections, et tout… J’avais oublié. J’avais rien prévu. Mais Ulysses a raison. J’aurais dû t’en parler. J’aurais dû… Je devrais comprendre. Que je peux compter sur vous. Vous avez été incroyables.

Comme Adam était tout de même affamé et habile, il n’avait pas traîné pour engloutir ses pâtes. Il se pencha pour poser l’assiette à terre, débarrassant du même coup le lit des chatons de plus en plus chats qui bataillèrent pour avoir le privilège de lécher la plus grande surface. Adam reprit d’une voix embarrassée :

— Tu sais, à propos d’Ulysses… Puisqu’on en est à dire les choses…

Adam se rendit compte un peu trop tard que cette entrée en matière était faite pour réveiller les soupçons que les questions journalistiques avaient formés peut-être quelques heures plus tard. Il s’empressa de préciser :

— C’est pas par rapport à moi. C’est par rapport à ce qu’il a dit. Sur le fait que… Il connaissait tout ça. Tu sais que son nom de famille, c’est Winford, non ?

Adam jeta un regard à son ami. Winford, ce n’était pas exactement un nom inconnu : Winford Electrics, le général Winford, l’amiral Winford, les sénateurs Winford, bref, la dynastie. Conscient que cette indication était finalement un peu vaste, le devin précisa finalement :

— Son frère. C’était le juge Alfred Winford. Il était en Colombie, pour des négociations de traités d’extradition. Pour la guerre contre la drogue. Lui et trois membres de son staff ont été enlevé par les narco-trafiquants. Il y a une tentative de sauvetage, elle a échoué et les otages ont été tués. C’était, il y a quatre… Non. Cinq ans. Du coup, il est un peu… Nerveux. Sur ces questions.

Ulysses se retourna en entendant la voix d’Ivan et, prestement, essuya les larmes qui avaient fini par couler d’un revers de manche. Il haussa les épaules et promena son regard verdoyant tout autour d’eux. Des groupes passablement avinés commençaient à sortir des bars. D’une voix un peu éteinte, il murmura :

— Monte, j’te ramène chez toi.

La voiture roulait pour une fois à une vitesse réglementaire, dans la nuit new-yorkaise. Après un long moment de silence, Ulysses finit par reprendre la parole.

— Tu étais très impressionnant, ce soir.

Tout préoccupé qu’il fût par son interlocuteur, Ivan ne pût s’empêcher de sourire.

— C’était gentil de prendre ma défense.
— C’est normal. Et puis, j’aime pas les gros bras qui tyrannisent les gens.
— … moi non plus.


D’un air aussi dégagé que possible, tout en triturant très nerveusement la fermeture éclair de son blouson, Ivan glissa :

— Ça doit être difficile pour toi, de travailler avec Adam.
— Il a ses bons côtés, tu sais.
— C’est pas vraiment ce que je voulais dire…
— Je sais.
— Pourquoi… Pourquoi vous êtes plus ensemble ?
— J’étais pas assez bien pour lui.


Cette brève conversation était loin d’éclairer les pensées d’Ivan, qui trouvait décidément Ulysses beaucoup trop triste à son goût. En toute objectivité, selon lui, Adam avait quelque chose d’antipathique.

— Tu me rappelles ma fille.
— Vous avez une fille ? Elle est où ?
— En France.
— C’est une mutante, aussi ?


Anne secoua la tête.

— Ecoute, Anya… Remodeler les muscles, les os. C’est facile. Mais le cerveau. C’est beaucoup trop compliqué.

Une immense tristesse s’abattit soudain sur la jeune fille.

— Je comprends.

Adam s’était allongé finalement sur le lit, et gardait Salem lové contre lui. Il observait le plafond. Les propos d’Ulysses ne cessaient de tourner dans son esprit. Finalement, une importante décision s’imposa dans son esprit :

— Il a raison. Je peux pas continuer comme ça. Il faut que je… Il faut qu’on trouve un autre moyen. Toi et moi. Tous les deux.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Lun 21 Jan - 18:33

Salem continuait de penser qu’Adam n’avait rien à se reprocher, si l'adolescent était très doué pour démolir les gens dans un accès de colère, il pouvait aussi se montrer très indulgent. Il n’avait pas l’intention d’enfoncer encore plus le clou qu’Ulysses avait planté, et puis, si son ami avait oublié, c’était encore moins de sa faute. Ils avaient nagés dans une bulle de bonheur béat pendant quelques semaines, et Salem devait bien reconnaître que lui non plus n’avait pas beaucoup pensé aux risques qui planaient sur Adam ces derniers temps. Ce dur rappel n’était pas inutile, mais maintenant Salem voulait juste se reposer un bon coup et tenter de laisser ces événements loin derrière lui. Ce qui n’était pas le cas de son compagnon dont le cerveau semblait carburer ferme. Il l’écouta en silence, la tête posée sur sa poitrine.

«  Tu peux compter sur nous, ça c’est sûr, ils ont tous été géniaux. »

D’ailleurs en y repensant, c’était peut-être lui qui avait été le moins utile dans l’affaire, hum… Non, ils s’étaient juste répartis les tâches, c’est tout, même s’il n’avait pas trouvé où été Adam, ni élaboré de super stratégie, ni impressionné Matthias par sa carrure, ni sortit Adam du bâtiment. C’était du travail d’équipe et puis c’est tout.

Pendant qu’il réfléchissait, Adam l’éclairait un peu sur le passé pas si parfait d’Ulysses, après qu’il ai hoché la tête pour lui indiquer qu’il connaissait son nom et ce qu’il pouvait représenter. Des Winford, on en voyait souvent dans les actualités.

« Je vois, il a vraiment dû croire que l’histoire se répétait.  »

Pas étonnant qu’il ait passé tout le temps de leurs recherches un peu refermé sur lui-même, il ne devait vraiment pas se sentir bien. Bon, et Eigon n’avait pas aidé non plus, ni lui qui ne s’était pas montré sympa du tout, d’ailleurs, avec ses questions et le reste, et dire qu’Ulysses semblait vouloir le protéger quand même, il lui devait encore des excuses. Pourquoi fallait-il que ce blondinet soit si… aimable ? Impossible de le détester ou de lui reprocher quoique ce soit, mais ne pas pouvoir s’empêcher d’apprécier l’ex toujours fou amoureux d’Adam, c’était quand même difficile. Salem n’était pas aussi pur et innocent dans ses attachements, lui.

« Il faudrait l’inviter à une de nos soirées, un de ces quatre, Ivan avait l’air de bien l’aimer en plus. Mais ça l’embêterait sûrement de nous voir ensembles, il va croire que je veux juste le narguer… »

Difficile d’établir des liens pacifiques avec un rival, mais en même temps il n’avait rien à lui reprocher, et il était une des rares connaissance d’Adam qu’il ait pu croiser, il n’allait pas le jeter de sa vie sans raison. En plus Ulysses avait toujours été très correct avec lui malgré ses sales coups, plus que correct même, puisqu’il venait même de le défendre contre les conséquences que l’attitude d’Adam auraient sur sa vie en particulier.

Visiblement, les remarques du blondinet eurent un effet plus radical que tous les reproches une peu acerbes qu’avait pu faire Salem depuis plusieurs mois, ou alors c’était la somme des deux, auquel s’ajoutait les événements de la soirée, qui firent finalement leur effet, Salem écarquilla les yeux en entendant la décision d'Adam. Il se redressa pour le regarder.

« C’est vrai ?  »

Cette nouvelle le réjouissait, il avait l’air d’avoir attendu longtemps qu’ Adam daigne l’impliquer sérieusement dans ses affaires. Même si concrètement il ne savait pas encore trop ce qui l’attendait. Ils allaient se marier, et puisqu’Adam était livré avec l’option ‘Missions périlleuse et potentiellement mortelles’ il prenait le tout. Les soirées qu’il passait seul alors que son compagnon vadrouillait il-ne-savait où était de toute façon pire que celle où il risquait lui-même sa vie, l’adrénaline du moment effaçait une partie de ses inquiétudes à chaque fois. Et puis à deux, les risques diminuaient quand même sensiblement, même s’il n’était pas encore un détective chevronné, qu’il ne connaissait qu’une seule prise de judo et qu’il ignorait tout des trafics de drogues et autres manigances responsables d’une bonne partie des visions atroces qui harcelaient son fiancé.

« Va falloir que je m’entraîne… A bien regarder, à faire des recherches, et à courir vite, aussi. »

Parce que s’il y avait bien une chose qu’il avait comprit en côtoyant Adam au quotidien, c’était qu’arrêter les méchants, ce n’est pas du tout comme dans Batman. On ne bombe pas le torse en sautant sur tous les psychopathes, déguisés pour bien montrer au monde que les méchants, c’est eux. Non, les vrais héros des temps modernes passent plus de temps le nez dans les coupures de journaux, à chercher des indices, et évite les combat autant qu’ils le peuvent, parce qu’il n’y aura pas de deus ex machina pour les relever en cas de pépin.

Pas de deus ex machina pour Anya non plus – admirez la transition – si même la manipulatrice de corps ne pouvait rien pour ses parents, il n’y avait plus rien à espérer. Elle baissa tristement les yeux. Cette fois, elle n’eut pas la crise de larmes qu’elle avait pu avoir lorsque son bien aimé Gerald s’était volatilisé, elle ne versa pas une seule larme, d'ailleurs, mais ses yeux trahissaient une souffrance aussi profonde que muette. Elle avait eut un espoir, l’espace d’un instant, mais la vie, c’est pas comme dans les rps. Après avoir posé quelques questions sur la France, auxquelles Anne répondit succinctement, Anya rentra elle aussi chez elle.

Tout comme Ivan rentrait chez lui, dans la voiture d’Ulysses – c’est officiel, je suis le pro de la transition – leur petite conversation lui avait plus donner envie de poser d’autres questions qu’autre chose, mais il s’abstint, mentionner Adam une fois de plus n’allait pas arranger l’humeur de son camarade. Il ne put cependant s’empêcher de commenter.

« Je ne pense pas que ce soit ça, t’es très bien… ‘Fin, t’es incroyable même, super intelligent, gentil, et heu… b-beau. S’il l’a pas vu, c’est qu’il est vraiment aveugle et qu’il te mérite pas… »

Bon, là il s’était peut-être un peu emporté, il n’avait rien contre Adam et surtout, il ne le connaissait pas assez pour parler de lui, en plus Ulysses l’aimait, le critiquer n’était sans doute pas une bonne approche, mais sans savoir pourquoi, le simple fait qu’il ait fait pleurer Ulysses l’énervait – le pouvoir de l’amitié, sûrement.

«Désolé… Je sais que ça me concerne pas, mais bon. C’est chez moi, là.  »

Ivan n’avait pas désigné de la main un immeuble miteux où l’on encastre les étudiants, mais une petite maison, qui avait même un garage devant lequel Ulysses pouvait se garer. Ivan le regarda, il était temps de lui dire au revoir pour une durée indéterminée, mais sans doute horriblement longue – d’ailleurs il n’était même pas sûr de le revoir un jour.

« Merci beaucoup. A bientôt, peut-être… »

Il resta une seconde à le regarder sans bouger, avant de finalement se décider à quitter la voiture, pour ne pas paraître trop bizarre. Mais avant de la refermer, il assura.

« Je vais m’entraîner à parler en public, je suis sûr que je pourrais devenir presque aussi bon que toi. »

Ulysses n’avait pas le temps – ou pas envie, mais ça il préférait l’ignorer – de lui donner quelques secrets pour devenir un grand orateur, mais ça ne voulait pas dire qu’il n’y arriverait pas par ses propres moyens, il ferma finalement la portière et sortit ses clés en regagnant l’entrée de sa baraque.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]   Lun 21 Jan - 20:36

Spoiler:
 

Et c’est ainsi que se termine notre épisode, dans la musique lente d’un piano mélancolique, alors que la caméra observe successivement et pour la dernière fois chacun des héros de notre intrigue, retournés dans le sein protecteur de leurs foyers, qui heureux, qui triste, qui regrettant un passé révolu, qui songeant sans le savoir à un futur qui peut-être n’arrivera pas ; ils ont reposé leurs armes, ils ont quitté leurs armures, et dans le silence de la nuit tombée, ils songent à leur existence.

C’est Salem allongé contre Adam, les mains refermés sur son tee-shirt comme pour le retenir, les paupières closes, la respiration calme et paisible enfin, c’est Adam, dont les plaies se sont refermées, dont l’esprit est prêt à avancer sur une voie nouvelle, ce sont les deux fiancés lovés dans les bras l’un de l’autre, qui dorment innocemment, sans savoir qu’à quelques mètres d’eux à peine, de nouveaux méfaits sont déjà ourdis ; de nouveaux méfaits, oui, car les chatons ont appris à ouvrir les placards et les voilà qui dans les chemises méticuleusement repassées se creusent un nouveau panier.

Demain, Adam et Salem se réveilleront, et quand ils auront exprimé tout leur soulagement, encore et encore, avec plus de vigueur qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent, tirant par leurs drôles de bruits les chatons de leur torpeur maligne, ils découvriront le sinistre spectacle du tissu froissé. Demain, ils reprendront leur vie normale. Normale ? Non, car Adam ira répondre aux questions indiscrètes d’une journaliste sournoise et Salem devra écouter, au déjeuner, le nom d’Ulysses revenir toutes les cinq minutes dans la bouche d’Ivan.

Ivan est rentré chez lui, il a regagné sa chambre, mais il ne trouve pas le sommeil. La lueur électrique de son écran d’ordinateur éclaire son visage encore troublé. Ce qui se passe au fond de lui, Ivan l’ignore encore. Il ignore qu’Emma Watson ne lui paraît plus si charmante et que le décolleté de l’épicière, demain, n’aura pas la même saveur que tous les jours. Ses yeux parcourent les pages de Wikipédia et, au hasard de l’une d’entre elles, il trouve l’arbre généalogique d’une partie de la famille Winford.

Là, sur la même ligne, il trouve Ulysses et ses frères et sœurs : il trouve Alfred Winford, juge d’instruction, tué à l’âge de trente-trois ans par des narco-trafiquants colombiens, il trouve Patricia Winford, pilote de chasse, abattue à l’âge de vingt-deux ans au-dessus du désert irakien, il trouve Theodore Winford, mort à la naissance, il trouve les parents aussi, le Général Augustus Winford, mort d’un cancer il y a deux ans, la mère, Agatha Winford, présidente de Winford Electrics, et les grands-parents, des amiraux, des sénateurs, des membres du congrès, des secrétaires d’Etat et des gouverneurs.

Ulysses Winford, lui, est allongé sur le lit immense de son loft immense dans les plus beaux quartiers de New-York, et il regarde le plafond au-dessus de lui, et dans son appartement il n’y a pas un bruit, pas d’autre souffle que le sien. Les larmes coulent sans s’arrêter depuis une heure maintenant et il ne sait pas exactement pourquoi il pleure. Il pleure à cause d’Adam, à cause de la question de Salem, d’Eigon, d’Alfred, de Patricia, de la vie en général et de l’existence en particulier.

Alors il se relève, il allume son ordinateur et il travaille. Il rédige des communiqués de presse, il surveille les dernières publications, il lit les nouvelles de la campagne des adversaires. Les heures passent, il ne s’en rend pas compte, il regarde l’heure : il est temps d’aller travailler. Il va dans sa salle de bain et il se regarde dans le miroir. Sa peau est parfaite, il n’y a pas de cernes sous ses yeux, il n’a pas le teint fatigué, il n’est pas blanc : il est beau, pas la moindre rougeur sur son corps, pas la plus petite irritation, aucune trace d’un simple bouton. En somme, selon lui, il est normal.

Anne, elle, a fini de boire son thé. Elle s’est levée, elle a tiré d’un vieux livre une photographie d’une jeune fille qui lui ressemble beaucoup et elle la regarde, songeuse. Les années ont passé, depuis. Elle va se coucher. Elle, elle a appris à dormir, même quand la tristesse est si grande qu’elle lui retourne l’estomac. C’est une habitude que l’on prend. Il faut un peu d’entraînement, mais Anne a eu le temps, de s’entraîner ; car en effet les années ont passé.

Anya s’est endormie aussi. La tête posée sur le rebord du lit, trop jeune et trop fatiguée pour résister à une fatigue naturelle, elle dort simplement, en attendant qu’au petit matin l’infirmière la trouve. Elles ne s’étonnent plus de sa présence, les infirmières : depuis bien longtemps, elles sont habituées à la surprendre, apparue inexplicablement au milieu de la nuit, assoupie contre la main de son père, de sa mère, malgré le rythme électronique des instruments qui les maintiennent en vie.

Eigon se gratte la tête. Il s’est assuré que Rylan dort sagement dans son lit et, depuis, il essaye de refaire les uns après les autres les problèmes de mathématiques qu’il trouve dans le manuel pour la classe de cinquième. Pour l’instant, il ne comprend pas grand-chose, mais ce qui est sûr, c’est qu’un jour il pourra aider son fils à faire ses devoirs. Et Rylan serait avocat, médecin, professeur.

Et c’est ainsi que se termine dans notre épisode.





Dans l’épisode prochain.



De l’action :

— Hawk ! Reviens ! Reviens ici ! Rends moi tout de suite cette chaussette !
— Mrrraaaaou.

De la romance :

— Et du coup, le trop-plein de la pêche, ils le laissent se décomposer dans les hangars.
— Je vois.
— C’est bien que tu t’intéresses à ça. C’est important.
— Oui, t… c’est très intéressant.

Du mystère :

— Et donc ma voiture fait du bruit..
— …
— Comme ça : krrr krrr krrr.

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Cabillauds, nous ne vous oublions pas [Adam]

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