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 The Winter of Our Discontent (Salem)

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Adam Tenseï
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MessageSujet: The Winter of Our Discontent (Salem)   Dim 6 Jan - 15:51

Now is the winter of our discontent
Made glorious summer by this sun of York;
And all the clouds that lour'd upon our house
In the deep bosom of the ocean buried.
William Shakespeare, Richard III

***

La pendule du salon marquait une à une les secondes qui passaient. Assis le dos droit dans un fauteuil, sa tablette en mains, Sakura clarifiait la comptabilité du magasin. Assis le dos droit dans son fauteuil, le New York Times en mains, Kunsaki lisait les dernières nouvelles de la politique internationale. Dans le salon régulièrement la pendule marquait les secondes. Sans lever les yeux de la tablette, la femme s’adressa à son époux.

— Pourquoi Laura ne vient-elle pas avec Georges ?

L’homme tourna la page du journal.

— Il travaille.
— Un dimanche ?
— Apparemment.
— Je lui dirais bien deux mots.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je calcule les stocks.
— Tu travailles, donc.


La pendule timidement égrenait les secondes.

***

Sakura ajustait la place des verres et des couverts sur la table du salon. Elle avait revêtu son tailleur des jours importants. Kunsaki lisait la rubrique politique du Washington Post. Il avait revêtu un costume cravate. William bataillait avec les câbles de la télévision, pendant que Laura tournait les pages cryptiques de la notice censément explicative qui accompagnait l’appareil. Inspectant un couteau à poisson, Sakura interrogea d’une voix faussement désinvolte :

— William, toi qui l’as vu, à quoi ressemble-t-il ?
— Qui ça ?
— L’ami de ton frère.
— Tu veux dire son fiancé ?


Un silence s’abattit brusquement sur le salon. Kunsaki avait arrêté de tourner les pages, Laura avait relevé les yeux de la notice, Sakura tenait son couteau à poisson d’un air interdit. Elle déglutit péniblement.

— Hmm.
— Il est gentil.
— Oui, mais à quoi ressemble-t-il ? Quelle impression fait-il ?


Très heureux de pouvoir cacher son embarras derrière le meuble de la télévision, alors que l’image d’un Salem tatoué et pyromane s’imposait à ses souvenirs, William répondit évasivement :

— Tu verras bien, ils vont arriver.

D’une voix froide, Laura souligna :

— Ils sont en retard, soit dit en passant.

***

— Non… Mais non. Non ! Ça suffit, j’te dis.
— Mrrooaaou.


Pour la sixième fois, Adam prit Hawk par la peau du cou et le déplaça de l’autre côté du salon, avant de ramener le fil électrique avec lequel le chaton avait décidé de jouer contre la plinthe. Il concentra à nouveau son attention sur l’écran de son ordinateur et reprit la rédaction de la note de synthèse sur le système routier de Pennsylvanie qu’il préparait depuis le matin, tandis que, subrepticement, le chat trottinait à nouveau vers le fil.

— Hawk ! Mais c’est pas possible, t’es vraiment trop chiant !

Pour toute réponse, le chat se mit à ronronner d’un air ravi et Adam, tout à fait soumis, l’attrapa pour le poser sur ses genoux et lui gratter l’oreille, contraint de finir sa phrase d’une seule main. Quand le point final fût emporté, il éleva la voix pour être entendu du Salem qui, comme chacun s’en doute, était dans la salle de bain. Depuis une heure.

— Salem, faudra vraiment qu’on achète ces machins en plastique. Pour fixer les fils aux murs.

Ils les trouveraient probablement dans une quincaillerie. Par exemple, au magasin des Tenseï. A vrai dire, les Tenseï géraient plutôt un hypermarché du bricolage qu’une quincaillerie de quartier et Adam ne s’était rendu compte que la veille au soir, au cours de la discussion, que le mot « quincaillerie » avait peut-être légèrement faussé l’idée que son fiancé se faisait de ses parents, de leurs revenus et de leur classe sociale.

Il s’était empressé de rassurer Salem, bien entendu, et de lui dire que non, ses parents ne sortiraient pas l’argenterie et que non, ils ne revêtiraient pas leurs habits du dimanche. Tandis que de l’autre côté de New York, Sakura rajustait son collier de perles en examinant ses verres de cristal, Adam commença à s’inquiéter un peu de l’horaire. Il sauvegarda donc son fichier, déposa Hawk sur le sol non sans lui adresser un regard à l’autorité très approximative et rejoignit la salle de bain.

Timidement, il interrogea :


— Ça va ?

L’Asiatique (il y en aura bientôt tout une tripotée, restez vigilants) se glissa derrière son ami et, déposant les mains sur sa taille, l’observa dans le miroir. Il lui adressa un sourire encourageant.

— Tu es très beau.

Naturellement, en déposant un baiser sur sa nuque, Adam avait parfaitement conscience que Salem cherchait moins à être beau qu’à paraître parfaitement respectable. Comme l’heure passait, le devin était cependant contraint d’annoncer la sentence.

— Il va falloir y aller.

***

La vieille voiture se gara dans la rue, en face d’une maison cossue de Greenwich. Deux autres voitures, dont celles de William, étaient déjà rangées dans l’allée du garage. Le jardin qui s’étendait devant la bâtisse était parfaitement et sobrement entretenu. Adam coupa le contact, se pencha vers Salem, posa une main sur sa nuque et l’attira à lui pour l’embrasser tendrement, histoire de lui donner un peu de courage.

Du courage, il en aurait besoin. Sakura, qui avait entendu le son de la voiture qu’elle guettait probablement depuis une bonne demi-heure, était sortie sur le perron et attendait avec une certaine majesté qu’on vînt à elle. Quand les deux jeunes hommes se furent finalement approchés, elle déclara :


— Tu n’as toujours pas changé de voiture.
— Bonjour Maman.
— Oui. Bonjour Adam.


La mère et le fils ne s’embrassèrent pas. Après ces retrouvailles point tout à fait chaleureuses, la femme tourna un regard noir, profond, analytique, un regard typiquement adamien, vers Salem. Elle tendit la main.

— Bonjour Monsieur.
— Tu peux l’appeler Salem…
— Oui. Bon.


Les Cordova étaient bien loin.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Lun 7 Jan - 18:49

C’était l’horreur, depuis la veille, non, depuis que la date fatidique du dîner chez les Tenseï avait été fixée et confirmée, Salem se sentait comme un pauvre condamné à mort attendant de passer sous lu guillotine. Adam avait beau tout tenter pour le rassurer, son stress allait croissant au fil des jours, et atteint son paroxysme en ce funeste dimanche nuageux. Parce qu’en plus il ne faisait pas beau, ce qui était à n’en pas douter un signe pour lui dire qu’il ne devait pas sortir de chez lui ce soir.

Mais même sans le ciel triste, la liste des mauvais présages n’avait cessée de s’allonger au fil des heures. Par exemple, il avait mal à la tête, comme chaque jour, certes, mais cette fois-ci il sentait que sa migraine avait un sens, que c’était un signe pour lui dire que ce repas allait être infernal. Ou qu’il devait changer de coiffure, oui, ce devait être ça, et le voilà qui s’enfermait dans la salle de bain pour la quatrième fois de la journée – à moins que ce soit la cinquième. Et puis, il n’avait rien à se mettre. Rien ! En toute objectivité. Ses vêtements faisaient jeune, alors qu’il voulait se donner un air mature, ils étaient tape-à-l’œil alors qu’il voulait passer inaperçu, et puis, ils étaient trop branchés, trop gay. Voilà ! C’était ça ! Il allait ressembler à un gay alors qu’il voulait absolument paraître… bon, en même temps il avait demandé la main de leur cadet, les Tenseï ne s’attendaient probablement pas à voir débarquer un parfait hétéro. Mais quand même, il lui manquait quelque chose, ou il avait quelque chose en trop.

Faisant les cent pas dans le salon avec Hoover accroché à ses lacets défaits – c’est qu’il allait sans doute changer de chaussures dans cinq minutes, de toute façon – Salem regardait tourner l’heure en faisant la liste de tout ce que les Tenseï allaient probablement détester chez lui. Déjà, sa tête, parce qu’il n’avait toujours pas la bonne coiffure et qu’il avait un certain nombres de trous de mauvais garçons dans les oreilles, et puis le reste de son corps, évidemment, parce qu’il n’avait pas non plus la bonne tenue, en plus d’avoir des tatouages de mauvais garçon plein la peau. Et enfin, il y avait sa personnalité, il n’était pas assez mature, sans l’ombre d’un doute, et il avait oublié la définition Wikipédia du marxisme, comment allait-il faire si on lui posait des questions ? Il était fichu.

Bien sûr, faire tourner dans sa tête tout le contenu de son placard, la foule innombrable de ses paires de chaussures et les souvenirs de tous les lieux où il pourrait partir se cacher pour deux bonnes semaines en espérant qu’on l’aura oublié à son retour n’aidait en rien sa migraine. Et donnait plus de corps à ses mauvais préssentiments – et à son besoin de partir s’arranger à nouveau dans la salle de bain. La boucle était bouclée.

La principale victime de tout ceci était Adam, qui avait dû écouter depuis la veille nombre de questions angoissées sur la meilleure conduite à adopter pour paraître irréprochable, et à une foule de questions sur les multiples tenues et accessoires qu’il n’avait cessé de déterrer – même si les conseils de son ami en la matière étaient pour le moins inutiles. La grâce soit rendue à sa patience, pour une fois, il avait été angélique – c’était assez rare pour être souligné. Mais chacune de ses tentatives de réconfort étaient tombées dans l’oubli à la seconde suivante, l’amour rend aveugle, impossible de se fier à l’avis de son fiancé. Il lui faudrait plutôt celui de quelqu’un qui ne l’aime pas, Ulysses, par exemple.
Oh non, pas lui… Ulysses le parfait… rien que de se dire que le blondinet avait rencontré les parents d’Adam suffisait à le décourager complètement. Ce bellâtre était tout ce qu’un parent pouvait espérer de mieux pour leurs fils, le service trois pièces en plus. Passer après lui, c’était comme devoir improviser sur scène dans un stade plein à craquer, après le passage d’une grande star du rock, et nu. Enfin bref, malgré tous ses espoirs et ses prières, le moment fatidique approchait et alors qu’il s’était encore enfermé dans la salle de bain Adam vint sonner le glas, il était plus que temps d'y aller. Le compliment de son compagnon le fit juste grimacer, non, il n'était pas beau, rien n'allait, il devait tout recommencer, là, juste avant de partir.

Après un lourd effort pour ne pas se changer une fois de plus, Salem monta dans la voiture et se laissa conduire jusqu'au lieu de son exécution, comme il aurait aimé que les parents d'Adam vivent à des heures et des heures de chez eux ! Le trajet jusqu'à la maison des Tenseï lui parut horriblement court. Il ne sortit pas tout de suite, pour retarder un peu le moment des présentations — et rassembler les restes épars de son courage. Adam en profita pour l'embrasser, ce qui lui mit un peu de baume au cœur, mine de rien.

« Allez, c'est parti… »

Tout en marchant, Salem essaya de ne pas regarder avec trop de curiosité inquiète la femme que les guettaient depuis le perron — et qui était vraisemblablement sa future belle-mère. Il se tint un peu en retrait derrière son fiancé et eut donc tout le loisir d'observer les retrouvailles glaçantes entre la mère et le fils. Bien sûr, Salem savait qu'il n'était pas chez les Cordova, mais cette entrée en matière n'était pas pour le mettre à l'aise. Un peu raide, il sera la main de Sakura.

« Bonsoir m'dame… madame. »

Sa belle-mère le scruta un instant de son regard analytique – on sait de qui Adam tient ça, maintenant – avant de les laisser entrer. Toujours un peu tétanisé, Salem salua tout le monde le plus poliment possible, avant de se rabattre du côté de William, qui faisait un peu moins peur que le reste de la bande.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Lun 7 Jan - 21:13

Pendant une seconde qui dût paraître interminable à Salem et qui parut interminable à Adam, Sakura Tenseï garda les yeux fixés dans ceux de l’adolescent, probablement occupée à décrypter chacune de ses pensées. Le fils prodigue priait intérieurement pour que sa mère voulût bien libérer le regard de son fiancé de cette scrutation impitoyable — mal lui en prit : lorsque la femme détourna le regard, ce fut d’abord pour observer l’écarteur dans l’oreille, puis les tatouages qui dépassaient des vêtements.

— Hmm. Entrez. Les autres sont déjà là.

Elle les laissa passer pour refermer la porte derrière eux et Adam guida Salem vers le salon. La maison des Tenseï respirait la respectabilité et l’élégance : des meubles vénérables en bois solides supportaient partout des rangées de livres et aux murs étaient disposées des reproductions de cartes anciennes. De toute évidence, Adam n’avait pas constitué sa culture à la seule force de sa petite volonté.

Kunsaki Tenseï se releva avec un flegme de premier ministre britannique, rajusta son nœud de cravate avant de serrer la main de Salem sans vraiment le regarder ; Laura abandonna avec une réticence à peine dissimulée une main qu’elle retira presque aussitôt et, fort heureusement, William serra chaleureusement la main du pauvre Bostonien perdu comme un cuirassée à Pearl Harbour. Il adressa à l’adolescent un sourire chaleureux, tandis qu’Adam saluait sa famille d’un simple geste de la tête.

Tout ce petit monde se trouvait donc joyeusement assis sur les canapés de cuir du salon. Après quelques secondes d’un pesant silence, Laura murmura :


— Je vais aller aider Maman.

Les quatre hommes se retrouvaient seuls. William et Kunsaki n’avaient jamais été très portés à la conversation et Adam, si souvent volubile, ne parvenait pas tout à fait à trouver son inspiration sous la pression.

— Vous avez euh… changé le meuble de la télévision, non ?
— Hmm ? Non.
— Ah. On aurait dit.




Les deux femmes revinrent avec un plateau sur lequel étaient disposés six verres et un autre qui supportait les boissons. Sakura versa un whisky à Kunsaki et ses deux enfants, avant de lever les yeux vers Adam.


— Toujours pas ?

Le devin secoua la tête. Sa mère versa un verre de citronnade et le poussa vers lui, avant de reporter son attention sur Salem.

— De la citronnade ? Du whisky ? Quelque chose d’autre ?

Elle avait eu pour poser sa question le même air qu’Adam lorsqu’il tentait de décrypter une personnalité à partir de détails anodins, lorsqu’il interrogeait les amis de Salem sur leurs préférences en matière de sucreries, avec un regard qui semblait lire en eux leur secret d’enfance. Sans doute le choix de boisson de Salem était-il absolument déterminant. Sakura le jugeait-elle trop jeune pour boire de l’alcool ? Ou le trouverait-elle trop faible s’il refusait ? Le choix d’une autre boisson était-il réellement possible ? Cherchait-elle à mettre à l’épreuve son inventivité ? Ou au contraire à juger de sa docilité ?

Quand Salem eut résolu ces importantes questions, Laura, après avoir bu une gorgée de whisky, fit une remarque assassine d’un air dégagé.


— C’est drôle, Salem, tu ressembles à un élève qu’on a eu en conseil de discipline, cette semaine. Je ne sais pas, il y a comme un air. Ce doit être les tatouages.

Adam posa un regard noir sur sa sœur aînée qui, imperturbable, tourna les yeux vers lui et, avec un sourire, continua à lancer aimablement la conversation.

— J’ai vu Ulysses, tiens, à la télévision, l’autre jour.
— Ah.
— Dans une conférence de presse, pour Orckmann. Vous travaillez ensemble, donc ?
— Oui.
— Il est toujours aussi impressionnant.


Le massacre en règle de Salem se fût sans doute poursuivi ou heurté à une réaction beaucoup plus vive d’Adam si Kunsaki n’était sorti de sa réserve toujours perpétuellement méditative pour interroger sa fille aînée :

— Sur quoi ?
— Pardon ?
— La conférence de presse, elle était sur quoi ?
— Ah euh…


Laura eut l’air embarrassée.

— La prière à l’école.
— Hmmm. Ta candidate est opposée à cela, si je me souviens bien, n’est-ce pas Adam ?
— Oui. A cause de la séparation de l’Église et de l’État.
— Il n’empêche. Ça ne ferait pas de mal, parfois. La religion est une source de moralité.
— Laura, mon enfant, dans cette famille, nous avons toujours préféré les faits aux fictions.


Pendant que Laura se décomposait sous les répliques calmes et insidieuses de son père, qui n’étaient pas sans rappeler les voies détournées qu’empruntait parfois Adam pour amener son interlocuteur au coeur d’un problème, William se pencha à l’oreille de Salem et murmura :

— Laura s’est convertie à l’évangélisme quand elle a épousé son mari.

Pendant ce temps, l’air de rien, Kunsaki continuait à sauver Salem du sujet Ulysses en suscitant la controverse. La discussion échauffée fut finalement interrompue par Sakura, qui interrogea poliment Salem :

— Et vous, Salem, qu’en pensez-vous ? Vous avez une religion ?

Tout le monde se tut, tous les regards se braquèrent sur le nouveau venu.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mar 8 Jan - 9:41

Salem avait déjà déçu Adam une fois ou deux, au point que celui-ci lui fasse un de ses regards glaçants qui donnaient envie de disparaître au fond d'un trou. Et si les Tenseï n'avaient pas encore lancés leur attaque blizzard – et il suppliait le ciel pour que ce ne soit jamais le cas – il n'en avait pas moins l'impression qu'il ferait mieux de disparaître au loin. Bon, les choses n'étaient peut-être pas aussi graves qu'elles en avaient l'air, après tout, c'était la première fois qu'il était vraiment plongé dans l'univers d'Adam. Car si son fiancé était maintenant présent dans une bonne partie de ses soirées entres amis, celui-ci ne lui en avait pas présenté beaucoup – c'est le cas de le dire – et s'était toujours montré évasif à ce sujet, il avait donc supposé qu'il ne devait pas en avoir tellement, ou que c'était des gens très sérieux et ennuyeux qui restaient chez eux avec leurs moitiés et leurs enfants tous les soirs après le travail. Le tempérament pas vraiment festif d'Adam l'avait conforté dans son opinion et après quelques propositions, il n'avait plus chercher à pousser son compagnon à lui faire rencontrer ses connaissances.

C'était donc la première fois qu'il plongeait tête la première dans l'univers adamien, il ne devait donc pas trop s'étonner d'être un peu perdu. Les Tenseï étaient juste… un peu moins jovials que ses amis, beaucoup moins affectueux que sa famille et très, très silencieux, pas de quoi s'affoler, à priori. Selon toute probabilité, c'était donc son imagination qui le fit se sentir complètement coincé lorsqu'il dû choisir sa boisson pour l'apéritif. Il eut un bref instant de panique totale pendant lequel Maman Tenseï et lui se regardèrent droit dans les yeux, avant de bredouiller.

« Heu… Une citronnade, s'il vous plaît… merci. »

Salem n'avait rien contre le whisky, ni un certain nombre de mélanges très inspiré d'alcools et de boissons diverses, mais il préférait attendre un peu avant de prendre le risque de finir la soirée les yeux brillants, à raconter n'importe quoi – et puis comme ça, Adam n'était pas tout seul, contre l'adversité, il faut se serrer les coudes. Après avoir tenté de scruter Sakura pour deviner ce qu'elle pensait de ce choix, en vain, il tourna son regard vers sa future belle-sœur qui avait pris la parole, en sirotant sa boisson. Et regretta immédiatement de ne pas avoir prit quelque chose de plus fort. Son ventre se noua, pendant le bref moment où il eut l'impression d'avoir mérité cette offense, parce qu'il ne se trouvait lui-même pas assez présentable, et qu'il était encore au lycée. Il ne pouvait même pas tenter de prétendre que ses tatouages ne signifiaient pas qu'il était un mauvais élève, c'était le cas, même s'il n'avait plus vu de conseil de discipline depuis le collège. Le pire dans tout ça étant que, très probablement, le reste de la famille pensait autant de mal de lui, mais avait assez de politesse pour ne pas le dire tout haut.

Aussi n'osa-t-il rien faire, jusqu'à ce qu'à ce que le nom « Ulysses » soit prononcé et qu'il comprenne que tout cela n'était pas aussi justifié qu'il l'avait cru. Son regard, qui s'était fait fuyant pendant un moment, se posa fixement sur Laura. On était très loin du réfrigérant scan de cerveau adamien, mais il s'était fait méprisant, détaché. Salem n'avait que très peu de considération pour ceux qui s'en prenait à lui gratuitement, pire encore quand c'était des professeurs, qu'il avait trop souvent vu descendre sans vergogne les élèves dans son genre. S'il ne s'était pas trouvé en territoire inconnu et potentiellement hostile, sans doute aurait-il pu lancer une de ses diatribes assassines, lapidant en quelques phrases l'imparfaite perfection d'Ulysses et les jugements superficiels et impitoyables de Laura. Heureusement, l'intervention du paternel interrompit pour quelques instants les hostilités, Salem lui aurait sans doute été très reconnaissant, s'il ne faisait pas, lui aussi, un peu peur. Il profita de l'accalmie pour refréner le bouillonnement de ses pensées, quoiqu'il se passe, l'attaque frontale n'était vraiment pas la solution.

Sagement, il écouta les avis divergents du père et de la fille – qui avait nettement moins de verve, d'un coup – et se serait sans doute épargné le risque de partager sa propre opinion si Sakura ne l'avait pas interpellé. Son ventre se crispa en un instant alors que le silence retombait et que tous les regards se posaient sur lui. S'il avait pu choisir, il aurait demandé un sujet moins polémique comme entrée en matière, il hésita une seconde à donner son véritable avis ou à se montrer modéré pour ne froisser personne.

« Je n'ai pas de religion, et j'ai même du mal à comprendre que les gens puissent encore croire à ces histoires aujourd'hui… »

Son regard glissa sur Laura avant de tomber sur un point indéfini quelque part aux pieds du canapé d'en face. Il compléta.

« Même en se concentrant uniquement sur la morale sans confronter ce qui est dit dans la bible avec les réalités historiques et scientifiques, les idées qu'elle transmet sont rétrogrades, elles ne peuvent plus s'adapter à la société actuelle. Normal, pour un livre qui a deux mille ans. »

Bon, du coup c'était son avis non modéré qui lui était venu, Salem se rapprocha de quelques centimètres d'Adam, juste au cas où sa grande sœur décidait de lui envoyer une salve. Peut-être serait-il bon de faire dévier le sujet sur quelque chose de plus léger ? Salem n'avait généralement aucun mal à mener une conversation, aussi bien lorsqu'il se trouvait avec ses amis qu'en faisait de nouvelles connaissances, mais dans cette situation-là, l'inspiration lui manquait.

« Vous… hum… vous avez vraiment une belle maison. »

Oui, ce n'était pas encore ça, mais il était parvenu à ouvrir la bouche sans qu'on vienne le chercher, c'était déjà un progrès sensible.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mar 8 Jan - 11:01

Tic.

Tac.

Tic.

Tac.

L’univers Tenseï était suspendu à la réponse de Laura. Avec leurs verres de whisky à la main, les Tenseï avaient l’air de s’être échappé d’une version japonaise des Feux de l’Amour où les scénaristes auraient substitué les débats politiques contemporains aux intrigues sentimentales. Il ne manquait plus qu’une musique dramatique pour souligner de manière tonitruante la réponse décisive de Salem et renvoyer la réaction des autres protagonistes à l’épisode suivant du lendemain, le 7345ème, juste avant le film allemand de l’après-midi, où une jeune fille pauvre rencontrait un prince avant de se transformer en cheval.

Hélas pour Salem, la diffusion était ce jour-là continu et aucun gong ne retentit pour le sauver du conseil de discipline. La réponse du jeune homme fut accueillie par une diversité de réactions toutes néanmoins contenues dans la gamme très restreinte des expressions faciles de la famille Tenseï : Sakura cligna des yeux (sans qu’il fût possible de déterminer si le geste naissait d’un besoin physiologique de s’humidifier la cornée ou d’une secrète émotion), William jeta un regard perplexe à sa sœur, la sœur se pinça légèrement les livres et Adam comme son père avaient un petit sourire en coin.

Bien entendu, il y eut un consensus général pour oublier la tentative de Salem pour détourner la conversation et Kunsaki souligna d’un air faussement léger :


— Voilà, Laura. Les faits scientifiques, plutôt que la fiction.

Soudain, il devenait un peu difficile de savoir si le patriarche tentait réellement de sauver Salem ou cherchait plutôt à le jeter en pâture à la verve prosélyte de sa fille aînée. Laura, qui était de toute façon beaucoup plus douée avec les chiffres qu’avec les mots et qui n’avait certes pas l’aisance rhétorique un brin manipulatrice de son père, jugea prudent de ne pas échauffer la conversation pour ne pas prêter le flanc à des contre-arguments trop pointus — car, comme toute Tenseï digne de ce nom, Laura réfléchissait stratégiquement — aussi se rabattit-il sur une sorte de vérité à ses yeux générale.

— Mais tu sais ce que Flaubert disait, Salem : un peu de science éloigne de la religion, beaucoup en rapproche.

Très stratégique, même : non seulement elle s’adressait à Salem plutôt qu’à Kunsaki, parce que l’adolescent avait paru moins à l’aise dans la conversation, mais elle avait sournoisement glissé une référence culturelle dont elle estimait impossible que l’apprenti-mécanicien (alors que son frère méritait, au moins, un prix Nobel de médecine) pût démêler le sens.

Aussitôt, Adam répondit :


— Oui, dans le Dictionnaire des idées reçues. T’as conscience qu’à ses yeux, ces phrases étaient des concentrées d’idioties ?

Un lourd silence retomba sur la bande de joyeux drilles. Bientôt rompu par une intervention plus ou moins salvatrice de la mère de famille.

— C’est très gentil, Salem. Nous avons quelques problèmes avec la charpente, mais enfin, le quartier est très calme, c’est agréable.

Il y avait quelque chose d’un peu incongru à reprendre ainsi la question d’abord écartée, mais cette réponse devait être une sorte de commandement secret : tous les belligérants, y compris Monsieur Tenseï père, eurent soudain l’air un peu coupable, comme s’ils venaient d’être rappelés à l’ordre. Satisfaite d’avoir rappelé sa troupe à plus de docilité, la générale en chef compléta :

— Nous allons bientôt dîner. Il y aura de la terrine de saumon aux légumes, du poulet au caramel et aux amandes et des citrons givrés. J’espère que cela vous conviendra.

Elle adressa à Salem un sourire poli et même presque chaleureux. Avant de tourner les yeux vers son époux.

— Kunsaki ?
— Hmmm ? Ah. Oui. Bien sûr, bien sûr.


Le dit époux se releva.

— Salem, venez, je vais vous montrer la cave à vins, nous allons choisir ensemble.
— Je vais vous accompagner.
— Non, Adam, j’ai besoin de toi. J’ai des papiers de sécurité sociale à te faire signer.


Traquenard. Adam jeta successivement des regards à son père, sa mère et Salem en quête d’une porte de sortie, mais les époux Tenseï, qui en terme d’efficacité et de solidarité n’avaient pas grand-chose à envier aux futurs époux Cordova-Tenseï, avaient joué leur coup. Kunsaki fit un nouveau signe à Salem avant de s’éloigner dans le couloir, sans guère laisser le choix à l’intéressé.

L’homme pénétra dans une cuisine savamment aménagée, ouvrit une porte, baissa un interrupteur et se retourna vers son jeune compagnon de voyage (ou sa victime attitrée).


— Faites attention, l’escalier est un peu raide.

Ils descendirent donc dans la cave, essentiellement occupée en effet par une cinquantaine de bouteilles de vin. Kunsaki se mit à déambuler dans les rayons avec son éternel air songeur, qui rappelait assez les moments où Adam rêvassait sur le canapé en grattant les oreilles de l’un ou l’autre des chatons.

Avec un air parfaitement absorbé désormais, tirant successivement des bouteilles pour souffler sur l’étiquette et en décrypter l’année, Kunsaki interrogea, d’une voix dégagée et presque débonnaire :


— Alors, Salem, vous êtes amoureux de mon fils ?

Et pendant ce temps, au rez-de-chaussée, Adam, qui partageait apparemment avec son père l’art des interrogatoires très directs, signait des papiers administratifs en se demandant ce qui pouvait bien se tramer dans la cave à vins. Et il jetait de temps en temps des regards pleins de reproches à sa mère, absolument imperturbable.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mar 8 Jan - 15:49

Salem aussi attendait la réponse de Laura, même s'il ne comprenait pas exactement le jeu de stratégie qui s'était mit en place autour de lui. Il plissa légèrement les yeux quand elle se décida à parler, si elle s'attendait à le déstabiliser avec une citation, elle était mal partit. Déjà parce qu'il vivait avec Adam depuis assez longtemps pour ne plus écarquiller les yeux à chaque nouveau nom qu'il entendait – en plus ce n'était pas un nouveau, il se souvenait vaguement du pauvre diable qui avait tenté de lui faire lire Madame Bovary quand il était au collège. Et puis, niveau citation, même Ulysses avait fait mieux, et ça n'avait même pas était calculé spécialement pour le descendre.

Bon, le seul souci, c'est qu'il n'était pas sûr de pouvoir dire tout haut que ce cher Gustave – il se souvenait même de son prénom ! – avait dit là une énorme ânerie. Beaucoup de science, plus de religion ? Il ne voyait pas comment ni pourquoi. Mais avant d'avoir eu le temps de se dire qu'il n'était sans doute pas assez malin pour saisir ce qui était sans doute une phrase riche de sous-entendu et de nuances, Adam accouru à la rescousse. Le sourire ravi qui s'afficha alors sur le visage de Salem n'avait rien de la retenue des Tenseï. C'était son fiancé, à lui, et il était trop intelligent, trop gentil, trop beau, et en plus il l'avait sauvé.

Sa béatitude s'envola dès que la mère de famille se mit à parler, étrangement, entendre la réponse à sa question qu'il croyait être tombée dans l'oubli le perturba bien plus que Flaubert. Décidément, les Tenseï n'avait pas fini de le surprendre. Pas encore très sûr de la meilleure conduite à tenir, Salem se contenta d'hocher la tête d'un air très inspiré quand Maman Tenseï demanda si le menu convenait, même s'il n'était pas un grand adepte du sucré-salé et que ses faibles connaissances en cuisine ne lui permettait pas de visualiser autre chose que des citrons congelés pour le dessert – de toutes façons, on ne lui aurait proposé que des carottes crues et terreuses en guise de repas qu'il aurait accepté sans rechigner.

Alors qu'il se demandait si citron givré n'était qu'une façon sophistiquée de parler de sorbet au citron, et si cette famille avait un goût prononcé pour ce fruit puisqu'ils avait déjà eu droit à une citronnade – très bonne, soit dit en passant – et qu'il n'était pas exclu qu'il y en ait aussi dans la terrine, Salem fut sollicité. Cette fois-ci par son beau-père, pour aller choisir du vin.

« D'accord, je vous suis. »

Si Salem était prêt à manger des carottes sales pour ne pas déplaire aux Tenseï il n'allait pas dire non à cette demande. Il n'y connaissait pas grand-chose en vin, cela dit, tout juste son père lui avait-il expliqué qu'en général, c'est mieux quand il date de quelques années et qu'il vient de Californie, mais il ne savait des noms réputés et des millésimes. Mais de toute façon, Salem compris vite que de ce n'étaient pas ses compétences en œnologie qui intéressait ses beaux-parents. Après un coup d'œil à Adam pour être sûr qu'il n'y avait absolument aucune échappatoire, il suivit Kunsaki dans la fameuse cuisine, l'endroit où il finissait toujours par se faire piéger par les proches de son compagnon, que se soit pour avoir une discussion importante, ou pour se faire balancer contre les meubles. Apparemment, cette fois encore, il partait plutôt sur la discussion importante, ou on allait l'enfermé dans la cave, au choix. Après un regard curieux à la cuisine bien ordonnée – et toujours mieux équipée que la leur, même s'il y avait eu quelques progrès – il descendit à son tour dans la cave et observa les bouteilles en faisant semblant de savoir ce qu'il fallait regarder.

Alors qu'il tentait de comprendre ce qui pouvait bien différencier deux des bouteilles que son beau-père avait sortit – c'est qu'elles étaient de la même année, alors il ne savait pas trop à quel seing se vouer – celui-ci lança l'assaut. Mais Salem s'était tellement attendu à une question concernant et tout ce qui avait trait à Adam et à leurs fiançailles qu'il ne cilla même pas et répondit, le plus naturellement du monde.

« Bien sûr que j'en suis amoureux, je l'ai demandé en mariage. »

Il remit les bouteilles exactement là où Kunsaki les avaient posées, l'air de n'avoir toujours pas saisi ce qui avait pu le décider à sortir celles-là des étagères plutôt que d'autres. Un peu pensif, il observa Papa Tenseï un instant, avant d'ajouter.

« Je suis content. »

Ce qui était peut-être un peu concis et obscure, à croire que quelques minutes avaient suffit à le rendre lui aussi silencieux et modéré que ses beaux-parents.

« Que ça vous préoccupe, je veux dire. Ça ne se voit pas autant que ce que j'ai l'habitude de voir, mais vous veillez les uns sur les autres. »

Avec les difficultés qu'avait Adam pour parler de son passé, et l'ambiance qu'il avait pu observer jusques-là, Salem s'était un peu inquiété au sujet des relations qui existait entre tout ce beau monde – surtout entre Adam et ses parents. Sans doute, son fiancé n'accordait pas la même importance que lui a la famille, mais il aurait vraiment était attristé de voir qu'il avait pu grandir dans une sorte de famille Hamilton, ou chacun ne se préoccupe que de soi et prend plaisir à piétiner les autres.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mar 8 Jan - 16:33

— Il est… Il a…
— Oui ?
— Non. Rien. Il n’est pas allergique au poisson, au moins ?
— Il est quoi ?


Sakura vérifiait d’un air très concentré que sur aucun des papiers ne manquait la signature d’Adam. Pendant ce temps-là, dans le salon, entre William et Laura, une autre conversation s’engageait.

— Ça te tuerait d’être un peu agréable ?
— Non mais tu as vu sa tête ? On dirait qu’il s’est échappé de prison.
— Il s’est pas échappé de prison.
— Encore heureux. De toute façon, c’est encore une de ses passades.
— J’crois pas, non.
— Bien sûr que si. Tu vas voir, avec son nouveau travail, bien posé, bien installé, il va finir par trouver une fille bien.
— Adam ? Une fille ?
— Parfaitement.
— T’as conscience que quand on était ados, il regardait les matchs de football américain juste parce qu’après, les journalistes allaient interviewer les joueurs à la sortie des douches ?
— N’importe quoi. Et puis, ce n’était pas pareil. Il était perturbé.


Pendant ce temps-là, dans la cuisine, la conversation entre Adam et sa mère suivait son cours.

— Je ne dis pas qu’il fait peur, je dis que les tatouages, c’est un peu particulier.
— C’est joli, je trouve.
— Je ne sais pas. Peu importe. Juste, ça ne doit pas être très pratique pour trouver un travail.
— Il a un travail.
— Il est apprenti.
— C’est un travail.


De l’autre côté du couloir :

— Il. Est. Gay. Gay, Laura. De la pointe des cheveux jusqu’à la pointe des pieds.
— N’importe quoi. Il ne fait pas gay du tout, d’abord.
— Parce que ? Tu crois qu’ils sont obligés de se promener en rose avec un tee-shirt Madonna ?
— Je n’ai pas dit ça. Simplement, il a toujours été viril et… et c’est sans doute lui qui joue le rôle de l’homme, dans leur couple.
— Jouer le rôle de l’homme ?
— Je veux dire, de toute évidence, l’autre n’est pas très… Enfin, il n’a pas l’air très solide.
— Et ils te laissent enseigner dans une école ?


En d’autres termes, Salem faisait forte impression. Un étage plus bas, dans la cave à vins, Kunsaki s’ingéniait à torturer son futur gendre en lui tendant successivement des bouteilles de vin, quoiqu’il eût parfaitement compris que le jeune homme n’avait pas une idée très nette de ce qu’il était censé en faire. Les premières réponses de Salem ne parurent pas opérer une profonde révolution dans son esprit et c’était à se demander si en effet il les avait entendues. Mais les dernières remarques du Bostonien sur la famille Tenseï poussèrent les deux yeux noirs à quitter l’étiquette d’une bouteille pour fixer le jeune homme d’un air pensif — sans doute parce que Kunsaki Tenseï avait toujours l’air pensif.

— Hmm… Vraiment…

Il rangea la bouteille et se tourna un peu soudainement vers une autre rangée. Il sortit une paire de lunettes de sa poche, les chaussa sur le bout de son nez et se mit à examiner les bouteilles de plus près.

— …voyons voir… non, non… non… voilà… Tenez.

Il tendit une bouteille à Salem et, de l’index, indiqua la date au bas de l’étiquette.

— Ma femme et moi l’avions achetée à la naissance d’Adam. C’était un petit garçon, vous savez, comment dire ? Très… Pétulant. Toujours à rire, toujours à courir partout, un peu fatigant en vérité. Très inventif aussi. Très intelligent, bien sûr. Très différent de son frère et de sa sœur. Mais quand il a eu dix ans, à peu près, c’était peut-être un peu plus tôt, quand il a eu dix ans…

Le ton perpétuellement dégagé de l’homme s’était fait grave.

— Il est tombé malade, bien sûr. Les crises, vous savez. Quand il perd connaissance, quand il a mal à la tête. Mais c’est surtout… Il a cessé de sourire. Et de rire. Et de jouer. C’était encore un enfant. Vous êtes toujours des enfants pour nous, bien sûr. Mais c’était un spectacle si profondément triste, pour sa mère, pour moi-même…

Nous avons toujours pensé que quelque chose s’était passé. Il ne nous parlait plus de rien. Il ne nous a jamais plus parlé de rien. Vous êtes le seul qu’il nous ait présenté, vous savez. Enfin, à part Ulysses. Mais Ulysses, ce n’était pas pour de vrai, bien sûr. C’était une excuse. Pour rassurer Papa et Maman. Les enfants croient toujours qu’ils peuvent rassurer leurs parents. C’est à la fois très touchant et très naïf.


Kunsaki reposa la bouteille qu’il était en train de regarder et se tourna vers Salem, pour l’observer au-dessus ses lunettes.

— Il n’en a jamais aimé aucun, vous savez. Sa mère et moi, nous avons toujours été très… perplexes. A ce propos. L’impression, vous comprenez, qu’il faisait preuve d’un manque total de discernement. Il est difficile d’être rassuré quand vous avez passé des années à chercher votre enfant à l’hôpital parce qu’il s’est laissé battre par un imbécile de deux fois son âge.

Nous n’avons jamais pu… Hm. Nous ne nous pardonnerons jamais d’avoir été de si mauvais parents pour lui qu’il ait fini par détester à ce point d’être en vie. Année après année nous avons ressassé notre cuisant échec. Sans trouver exactement les terribles erreurs que nous avions commises. Mais trop tard. Sa mère a toujours pensé qu’il lui faudrait une femme. Pour panser ses blessures, je suppose.

J’ai toujours pensé pour ma part qu’il lui faudrait un prince charmant. Alors, Salem, dites-moi. Vous avez déjà les peintures de guerre, je vois ça. Vous êtes garagiste, n’est-ce pas ? Vous avez sans doute le destrier. Mais vous sentez-vous l’âme du prince charmant ?


En tranchant docilement la terrine de saumon, Adam commençait à s’impatienter.

— Mais qu’est-ce qu’ils font, en bas ?
— Tu connais ton père, Adam. Quand il commence à parler, impossible de l’arrêter.
— Oui, c’est ça qui me fait peur.
— Il cuisine bien, au moins, ton ami ?
— Mon fiancé, Maman, mon fiancé.


Dans le salon, Laura et William boudaient chacun dans leur coin.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mar 8 Jan - 20:37

Du fond de la cave, Salem eut subitement les oreilles qui sifflent, étrange… Il contempla silencieusement l'étiquette de la bouteille que Kunsaki venait de lui tendre, tout en l'écoutant. Donc, le regard analytique, Adam le tenait de sa mère, l'air pensif et l'art du monologue, de son père. C'était touchant de reconnaître son fiancé dans les faits et gestes de ses parents, même si le sujet ne prêtait pas à sourire. Salem avait déjà un peu entendu ce qu'il s'était passé, mais venant de la bouche d'un des principaux intéressé, qui avait vu l'enfance de son fils détruite par ses pouvoirs – et qui n'avait même pas la chance de savoir ce qui s'était réellement passé – c'était encore plus difficile. La mine baissée sur sa bouteille, il tentait de comprendre ce que son beau-père avait pu ressentir, en pensant à son petit frère et à la peine qu'il avait eu en découvrant qu'il serait désormais différent, pourtant, et encore heureux, Julian ne voyait pas de choses traumatisantes à longueur de journée.

Son regard se posa à nouveau sur lui en entendant parler des violences qu'Adam avait subies. Il le savait aussi, et c'était plus dur à entendre venant de la bouche de son beau-père. Adam avait vraiment le don de tout minimiser. Il voulut ouvrir la bouche dès que Kunsaki s'accusa d'avoir commit des erreurs qui avait conduit Adam à en arriver là. Mais se retint pour le laisser finir, et ne put s'empêcher de sourire en l'entendant le décrire comme un prince charmant potentiel, avec ses tatouages et sa moto – qui était à Adam, en fait. Comme pour rattraper ce qu'il n'avait pas pu dire plus tôt, il s'empressa de commencer par le rassurer.

« Vous n'avez rien à vous reprocher dans ce qui est arrivé à Adam c'est… c'était inévitable, on va dire. »

Ce qui n'était pas très clair, en plus de montrer que lui, qui n'avait rencontré Adam qu'il n'y a quelque mois, savait très bien ce qui lui était arrivé. Pour éviter des questions sur le sujet, Salem s'empressa de passer à autre chose, rassurer les parents, d'accord, faire le coming-out mutant de son compagnon depuis le fond de la cave, très peu pour lui.

« Je pourrais être un prince charmant, si Adam en veux un, mais si c'était le cas, il aurait peut-être gardé Ulysses. »

Car Ulysses était le profil type du prince charmant, non ? Salem resta songeur, il ne pouvait pas être comme ça, mais après tout, Papa Tenseï parlait d'un prince charmant avec des tatouages et une moto, il pouvait sans doute se permet d'être un peu underground.

« Puis je peux panser ses plaies, aussi… Je peux même lui servir d'appuie-tête pour dormir, si à un moment donné il n'a besoin de rien d'autre. Le voir sourire, moi aussi ça me rend heureux, les rares fois où ça arrive. »

Salem essayait de montrer que tout ce qu'il voulait, c'était le bonheur de son fiancé, et pour que rendre un homme heureux, il fallait connaître tout un tas de métiers allant de psychologue à dresseur de chats en passant par détective privé. Avec un petit sourire, Salem reposa la bouteille-anniversaire – ils n'allaient certainement pas ouvrir ça aujourd'hui – et en prit une autre. Fautes de savoir se repérer au milieu des dates et des noms de châteaux, il se rabattit sur la couleur. C'est qu'ils avaient tous une teinte différente, dans leurs bouteilles vertes – pourquoi sont-elles vertes, d'ailleurs, mystère. Après avoir scruté le cul de la bouteille qu'il venait de sélectionner, tel un grand œnologue (ahem…) Salem se dit que, oui, c'était son rouge préféré de tout le lot.

« Celui-là m'a l'air bien ! On retourne en haut ? »

Verdict assuré, même s'il n'aurait pas pu donner beaucoup d'arguments pour justifier son choix – mais après tout, la vraie question était de savoir si oui ou non, il était un prince charmant. Alors se n'était pas si grave, il tendit sa bouteille à Kunsaki pour qu'il puisse juger lui-même, tout en espérant pouvoir bientôt rejoindre Adam – et les dames qui crachaient joyeusement dans son dos, mais ça il l'ignorait.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mar 8 Jan - 21:11

Kunsaki avait accueilli les réponses de son gendre avec un sourire parfaitement cryptique, s’abstenant de faire la moindre remarque sur Ulysses, sur ses propres responsabilités et sur la capacité de Salem, qui n’était probablement pas si moelleux que cela, à servir d’appuie-tête à son fils prodigue. Il se contenta de prendre la bouteille de vin et de l’examiner avec un air songeur, qui commençait sérieusement à lui donner l’air d’un sage socratique et bienveillant, quoique un peu fantasque.

Il hocha légèrement la tête et, d’une voix distraite, répondit finalement à l’ultime question de l’adolescent :


— Vas-y, remonte, j’arrive tout de suite.

Il était passé insensiblement au tutoiement, sans qu’il fût possible de savoir en toute certitude s’il l’avait fait par simple distraction et s’il s’agissait d’une sorte de récompense après un rite de passage à peu près douloureux. Il était à la fois difficile d’imaginer que Kunsaki fît rien par hasard, tant la discussion semblait toujours arriver précisément où il le désirait, et difficile de l’imaginer en train de contrôler quoi que ce fût, tant il paraissait évoluer dans son petit monde intérieur.

Quand Salem émergea de la cave, Adam, le plateau de l’entrée dans les mains, posa sur lui un regard légèrement inquiet, probablement occupé à se demander si l’air moins traumatisé que prévu de son fiancé s’expliquait par une conversation beaucoup plus amicale qu’il ne l’avait d’abord imaginée ou bien de la propension de Salem à lui faire croire que tout allait bien, pour l’impressionner avec son inaltérable virilité.

C’était que le sens psychologique d’Adam, redoutable en bien des circonstances, cessait de fonctionner quand il se portait sur ses parents et le jeune homme était toujours intimement persuadé de l’homophobie latente de son père, de la déception qu’il avait fait naître chez les époux Tenseï et de la grande modération de l’affection de l’un et l’autre à son endroit. Donc, son père n’avait pu que martyriser le pauvre Salem à coups de répliques assassines dans l’obscurité de la cave à vins.

Sakura pour sa part adressa un sourire à Salem.


— Tout va bien ? Il ne vous a pas trop ennuyé ? Cela fait plus de trente ans que j’essaye de comprendre ses histoires de tanin et de robe, mais c’est peine perdue.

Elle jeta un coup d’œil prudent vers la cave en tendant le cou avant de baisser la voix et de murmurer.

— Il est hélas intarissable sur le sujet.
— Je vous signale que je vous entends.
— Nous chantons tes louanges.
— C’est cela.


Kunsaki émergea de la cave avec deux bouteilles, dont aucune n’était celle qu’avait choisie Salem. Il les montra à son épouse.

— Sache que Salem a été un auditeur remarquablement intéressant. Contrairement à vous deux…

Adam et sa mère échangèrent un regard résigné.

— …qui n’avez jamais voulu comprendre la beauté de cette lente et paisible maturation qui…
— Très bien. Adam, toi et ton ami, portez donc l’entrée dans la salle à manger.
— Fiancé, Maman. Fiancé.
— Hmm hmm.


Ceci dit, Adam ne se fit pas prier et, après un signe de tête à Salem, il se faufila dans le couloir, en marchant vraiment très lentement, pour avoir le temps de discuter avec son compagnon — qu’il ne pouvait hélas pas tripoter, faute de mains libres. A voix basse, il interrogea :

— Ça va ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Il n’a pas été trop méchant ?

Pendant ce temps, dans la cuisine, Sakura interrogeait à voix basse son compagnon à elle :

— Alors, qu’est-ce que tu en penses ?
— Ça ira très bien avec la terrine.
— Pas le vin, voyons. Lui.
— Hmmm.
— Alors ?
— Adam a l’air de lui parler.


Mi-contrariée, mi-rassurée, la femme gromella :

— Ce serait bien la première fois qu’il parle à quelqu’un, celui-là.

Adam et Salem, qui avaient beau adopter un train de sénateurs, étaient finalement arrivé dans la salle manger, où les attendaient la faïence, l’argenterie et les verres en cristal, ainsi que Laura et William, qui s’étaient installés l’un en face de l’autre et ne se parlaient absolument pas. D’ailleurs, personne ne releva les yeux quand le couple arriva. Adam déposa le plateau au centre de la table et s’assit à côté de sa sœur, pour réserver à Salem la compagnie plus agréable de William.

Le jeune homme sonda son frère du regard, qui haussa évasivement les épaules et, avant que les hostilités ne pussent reprendre, les époux Tenseï arrivèrent. Kunsaki entreprit de servir le vin, Sakura la terrine. Le premier s’assit au bout de la table le plus proche de Laura et William, la seconde à celui où se trouvaient Salem et Adam. Une stratégie toujours aussi bien rodée.

En deux minutes, sans que personne n’eût pu se défendre, Kunsaki avait embarqué William et Laura dans une conversation animée qui tournait autour des dernières nouvelles du voisinage. A chaque fois que l’un ou l’autre de ses enfants semblait disposé à prêter un peu trop d’attention à ce qui se passait de l’autre côté de la table, le père de famille lançait une remarque légèrement polémique qui captivait son auditoire et le replongeait dans cet actif bavardage.

Pendant ce temps, Sakura ne chômait pas.


— Alors, Salem. Pardonnez ma curiosité, mais que voulez-vous, c’est un défaut. Vous comprenez, vous êtes si jeune et, nécessairement, je me pose des questions. Vous avez, comment dire ? vous avez fréquenté beaucoup de garçons avant Adam ?

Un jour probablement les Tenseï se réuniraient pour écrire un manuel d’interrogatoire : Comment poser vos questions rapidement et sans détour, mais avec le sourire en dix leçons.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mar 8 Jan - 23:10

Salem avait beau chercher, il n'aurait su dire ce que le père d'Adam pouvait bien penser de lui. Il était certain qu'après William, c'était celui qui le supportait le mieux, mais c'était plus parce que les deux femmes de la famille avaient montrées avec plus ou moins de tact qu'elles n'étaient pas très convaincues par son allure que parce que lui avait laissé paraître quoi que ce soit. Kunsaki ne laissait rien paraître, et alors qu'il remontait les escaliers, Salem se demandait dans quel but on l'avait fait descendre là-dedans, et si son beau-père le laissait partir parce qu'il avait eu ce qu'il voulait – et qui n'était sans doute pas son choix de bouteille.

En remontant, Salem fit un sourire à Adam, qui avait l'air excessivement inquiet, la visite de la cave n'avait pas été si terrible que ça, tout de même. Il fit également un petit sourire à Maman Tenseï.

« Non, ne vous en faites pas, c'était… instructif. »

Il regarda Adam, se remémorant les photos qu'il avait vu chez son frère, et qui s'était subitement faites plus rares vers la fin de l'album, avant que William ne le reprenne. Il avait envie d'en savoir un peu plus sur le passé de son ami pour un peu mieux le comprendre, ainsi que sa famille, mais évoquer ces souvenirs difficiles le rendrait sans doutes triste, en admettant qu'il ne refuse pas de le faire. Enfin, pour le moment, l'heure était n'était pas aux longs et déprimants récits du passé, il fallait servir les terrines – et en profiter pour rester deux secondes seul avec Adam. Salem écouta ses questions angoissées d'un air mi-surprit, mi-inquiet.

« Ça va, il a été plutôt gentil, même si je ne sais pas vraiment ce qu'il voulait. On a parlé de toi. »

Sur ses derniers mots, Salem sembla plus sérieux et triste, les paroles de Kunsaki lui revenant en mémoire. Il souffla.

« J'les comprend pas trop mais ce qui est sûr, c'est qu'ils t'aiment… tous. »

Ça, il en était sûr, pour ce que les Tenseï pensaient de lui par contre, Salem était beaucoup moins confiant, mais il n'eut pas le temps de demander son avis à Adam, ils avaient atteint la table et s'assirent tous les deux. l'adolescent survola Laura des yeux, avant de regarder William, il trouva un peu curieux qu'ils furent si silencieux, mais s'abstint de tout commentaire. L'arrivée des parents força tous les jeunes au silence de toute façon. Salem avala quelques bouchées de terrine en tentant de se faire oublier, ce qui était beaucoup trop demander pour ce soir. Sans surprise, il entendit les nouvelles questions de sa belle-mère, qui touchaient cette fois-ci à un aspect très personnel de sa vie. Comme à chaque fois avec Maman Tenseï, Salem n'était pas trop sûr de la manière dont il devait répondre, comme si chaque détail allait être analysé sous tous les angles.

Cette fois le « détail » était Kevin – qui n'a pas un nom si affreux que ça, tout de même – devait-il ignorer ce qui n'avait jamais été une affection complètement officielle, et avouer alors qu'Adam était le tout premier – en prenant le risque de passer pour quelqu'un de totalement immature et pas forcément prêt pour un mariage, puisqu'il était peut-être encore en pleine découverte, voire juste un hétéro curieux. Ou en parler même s'il n'avait fait qu'évoquer très vaguement ses aventures avec ce garçon, jusqu'à maintenant. Et que dire des filles ? Ça aussi demandait réflexion.

« Non, je n'ai connus que des filles avant lui… »

Seconde de silence, il hésitait encore.

« Et peut-être un garçon, à moitié, un peu quoi, c'était compliqué. »

Cette fois-ci ce n'était plus vraiment la réaction de sa belle-mère qui l'inquiétait, mais plutôt celle d'Adam. Il le regarda d'un air incertain en se demandant s'il avait commit une erreur quelque part, en ne comptant pas Kevin dans ses anciennes relations. Techniquement, ils avaient été de simples copains qui se cachent pour s'embrasser avec la langue, ce n'était pas si grave, surtout que ça n'avait duré que quelques années, pas de quoi s'alarmer. Salem prit son verre de vin et bu quelques gorgées, histoire d'avoir une excuse pour ne pas parler plus longtemps.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mar 8 Jan - 23:45

Laura et Kunsaki s’étaient désormais ligués pour faire avouer à William que la vieille Bertha, qui habitait trois maisons plus bas, avaient toujours été, durant l’enfance des deux plus âgés de la fratrie Tenseï, une dame agréable, quoique un peu excentrique, et que si William en gardait un si mauvais souvenir, c’était essentiellement parce qu’elle avait une jambe de bois et l’allure générale d’un vieux corsaire mal embouché, tandis que William, pour sa part, assurait qu’elle n’avait jamais cessé de lui jeter des regards mauvais en le menaçant à mi-voix.

Adam, qui jusqu’à là avait été essentiellement occupé à s’inquiéter de ce que son futur époux et son père avaient bien pu se dire sur son compte dans la cave pour que Salem eût l’air aussi triste en l’évoquant, avait été finalement coupé dans ses ruminations par la question pour le moins directe de Madame Tenseï qui, de toute évidence, n’avait pas la douceur polie et un peu timide de Mama Cordova, dont la plupart des questions avait roulé, somme toute, sur les préférences de l’Asiatique en matière de crêpes.

Le jeune homme s’imaginait bien que, pour son fiancé, il ne devait pas être aisé d’avouer que le cadet des Tenseï avait été le premier homme qu’il eût jamais aimé de son existence, sa première expérience. Sans doute Salem avait peur de ne pas paraître sérieux et tout cela lui rappelait, finalement, les questions existentielles de l’adolescent sur le fait d’être ou non « gay », quelques jours plus tôt, dans sa chambre, à Boston.

Adam s’apprêtait donc à répondre à la place de Salem, sans avoir trop résolu ce qu’il pourrait bien dire pour habilement détourner la conversation (un sport familial, de toute évidence), mais Salem se lançait courageusement à l’aventure. Un sourire d’encouragement prit sa place sur les lèvres d’Adam, pour assurer le jeune homme de son soutien silencieux et néanmoins indéfectible. Il n’avait connu que des filles, peu importe : sans doute y avait-il moyen de tourner la chose de manière flatteuse. Après tout, dans ses meilleurs jours, quand il y songeait, Adam était un peu flatté d’être assez exceptionnel pour se trouver le premier homme dans la vie de Salem.

Le sourire disparut. Adam fixa Salem d’un air anéanti — aucun flegme, aucune façade indifférente ou lointaine. Le jeune homme connaissait assez son ami pour savoir désormais que « peut-être », « un peu » et « à moitié » étaient de doux euphémismes pour « oui, totalement et dans tous les sens ». Et il y avait un gouffre entre ce que Salem avait dit de Kevin, c’est-à-dire pas grand-chose (et Adam se rendait compte que ce silence seul aurait dû le rendre suspicieux), et ce qu’il en laissait paraître désormais.

Le jeune homme eut la désagréable sensation de se retrouver des mois plus tôt, au bord du lac, quand Salem avouait presque incidemment la vérité sur Jenny. Le cœur serré, le jeune homme abandonna Salem du regard pour baisser les yeux sur son plat. Sakura posa un regard interrogateur sur son fils, comprit à peu près de quoi il retournait, posa un regard sur Salem, qui vraisemblablement venait de perdre à peu près tous les points qu’il avait (hypothétiquement) gagnés.

Soucieuse de ne pas imposer à son fils un lourd silence embarrassé qui n’eût fait que souligner ce qui avait l’air d’être une cruelle déconvenue, Sakura éleva un peu la voix pour se joindre à la conversation qui se déroulait à l’autre bout de la table, appel à l’aide que son époux s’empressa de saisir en lui faisant quelques questions anodines, destinées à préciser ses propres souvenirs (qui n’en avaient nul besoin), à propos du plan de réparation des canalisations en cours dans le quartier.

L’entrée se déroula donc en ces menus propos auxquels Adam avait tout à fait cessé de prendre part, trop occupé à se repasser toutes les fois où Salem avait suggéré, dit, souligné, qu’il était le premier. Il se l’imaginait désormais en train de peloter le Kevin des photographies année après année derrière le collège, dans les fourrés du square local ou dans les couloirs des surprise-party. De temps en temps, il levait les yeux, jetait un regard de chien battu à Salem — parce qu’il pouvait être en colère une fois, il l’avait été pour Jenny, mais à la deuxième, il reprenait de vieilles habitudes : se coucher et attendre la suite.

Comme même les meilleures terrines ont une fin, Sakura se leva.


— Tu m’aides à débarrasser, Adam, s’il te plait ?

Le cadet hocha docilement le tête, rassembla les assiettes et partit dans la cuisine, suivi par sa mère. Tous les convives purent entendre la porte de la cuisine se refermer derrière eux. Laura se fit un devoir de rompre le silence retrouvé et posa ses yeux (noirs, évidemment) sur Salem.

— Alors, Salem, dis-nous un peu plus. On ne t’entend pas beaucoup. Quels sont tes hobbies ? La politique, je suppose, sans ça, ce doit être difficile de supporter Adam. Et sinon ? Tu aimes la philosophie, comme lui ? Ou les échecs ? Il faudrait le convaincre de se réinscrire dans un club.

Dans la cuisine, Sakura regardait son fils d’un air préoccupé, qui regardait ses pieds d’un air abattu.

— Adam.
— …
— Adam !
— … quoi ?
— Il faut que tu arrêtes. Je pensais que ça allait mieux. Avec ton travail. Et l’appartement. Je pensais que ça allait bien.
— Ça va…
— Tu ne peux pas continuer à faire ça.
— À faire quoi ?
— À rester avec des gens qui te font du mal. Tu n’es pas obligé. Tu peux trouver sans doute quelqu’un de très bien, tu sais.
— Salem est très bien.


Sakura poussa un soupir et tourna le feu de la gazinière, pour achever de cuire le poulet.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mer 9 Jan - 11:30

La soirée ne pouvait pas tourner plus mal, que la famille soit déçue de voir l'homme qui partageait la vie d'Adam depuis quelque temps, il pouvait le supporter, mais pas sans son soutien. Déjà qu'il avait bien senti dès le départ qu'il n'était pas à sa place ici, au milieu de tous ces livres et de ses gens cultivés qui savait se tenir, il eut maintenant l'impression qu'il aurait mieux fait de ne jamais entrer dans la vie d'Adam du tout. Son compagnon avait déjà tellement souffert, et au lieu de panser ses blessures, il lui en faisait d'autres. Il aurait voulu s'expliquer avec lui tout de suite, mais au beau milieiu du dîner, ce n'était pas franchement possible. Alors il demeura silencieux, vida son assiette, vida son verre, sans prendre part à une discussion qui ne le concernait absolument pas – ce qui était reposant, somme toute.

Ses yeux glissaient vers Adam par intermittence, il était encore en train de le perdre bêtement. Dorénavant, ce que pouvait penser sa belle-mère ou tous les autres membres de la famille lui était bien égal. Il ressassait sa vie parfois compliquée avec Adam, et la vie loin d'être plus simple qu'il avait eu sans lui, avec les filles et avec le garçon. La migraine galopante qui lui battit les tempes au bout de quelques minutes lui donna l'impression presque satisfaisante de pouvoir se punir (masochiste…), il chercha insidieusement à ramener le plus de détails possibles, même si ça relevait du suicide neuronal. C'était presque regrettable qu'il ne puisse pas se coincer tout seul dans une boucle infinie, tomber dans les pommes et quitter cet endroit. Mais son mal-être, curieusement, l'en préservait, il l'empêchait de se concentrer pleinement. Il cligna des paupières lorsqu'on retira l'assiette qu'il regardait fixement, l'air un peu perdu, et leva les yeux vers Adam avant qu'il ne parte s'enfermer dans la cuisine avec sa mère.

Les questions de Laura furent accueillies avec une royale indifférence, ce n'était pas de vraies questions, puisqu'elle s'était faite son avis sur lui dès qu'il eut mit un pied dans la pièce. Elle n'allait pas lui faire croire maintenant qu'elle pouvait l'imaginer comme un militant actif, fin stratège sur damier, qui lit du Kant chaque soir avant d'aller se coucher. D'une voix plate, il répondit.

« Je ne m’intéressais ni à la politique ni à la philosophie avant de rencontrer Adam, je n'ai jamais joué aux échecs, je n'ai pas de bonnes notes en classe, je ne sais pas cuisiner et ne respecte pas les limitations de vitesses. J'adore jouer au basket et je suis plutôt bon, j'aime la mécanique, aussi, et tout ce que je souhaite c'est pouvoir me mettre à mon compte dès que j'en aurais les moyens. Avec Adam, on joue pas mal aux jeux vidéos, mais on fait aussi un certain nombre de choses qui font travailler sa belle intelligence, et la mienne accessoirement. Excusez-moi un instant, je reviens. »

Sur ce, Salem se leva prestement et quitta le salon, il donna deux petits coups à la porte de la cuisine avant de l'ouvrir, fixa une seconde le regard noir de sa belle-mère puis se tourna vers son compagnon.

« Adam, je peux te parler une minute ? »

La question était juste pour la forme, préférant éviter que Maman Tenseï requiert instamment l'aide d'Adam pour surveiller la cuisson du poulet ou la congélation des citrons, ou qu'elle trouve une manière très bien tournée de dire qu'ils pouvaient faire comme si elle n'était pas là. Salem vint attraper la main d'Adam et le traîner vers l'entrée, ou le fond du couloir, n'importe où pourvu qu'il n'y ait pas d'oreilles indiscrètes. Il murmura d'un air inquiet.

« Je t'ai pas menti, je voulais juste essayer d'avoir l'air un peu moins immature et stupide – et c'était complètement raté, d'ailleurs. Je… j'ai rien pour moi, je suis le cliché type de l'ado paumé sans avenir, j'ai aucune chance de monter ne serait-ce qu'un tout petit peu dans leur estime alors… Voilà. »

Il se passa une main sur la tempe et ferma les yeux une seconde en soupirant.

« On s'embrassait, Kevin et moi, c'est tout, et ça voulait pas dire grand-chose, on ne devait même pas avoir cinq ans quand on a commencé. Je l'ai perdu de vue à la mort de ma mère et puis en arrivant chez les Cordova, j'ai changé de collège et je l'ai retrouvé. Ce… Ça a eu de l'importance pour moi.

On a recommencé comme avant, mais c'était plus pareil, ça avait pas le même sens et… et on a essayé d'aller plus loin mais je peux t'assurer que les blocages que j'ai eu avec toi c'était rien comparé aux crises que je lui ai faites dès qu'il m'approchait un peu trop, au moment où pouvoir se développait. Je disais à voix haute tout ce qui me passait par la tête et je crois même qu'une fois, je me suis évanouis. Il a pas insisté, on est resté ami.

C'est pas une expérience avec un garçon, pour moi, juste la plus grosse honte de ma vie, j'ai plus osé approcher un seul mec après ça.
 »

Salem regarda tristement Adam, sans savoir s'il pouvait comprendre qu'il n'ait pas osé lui parler de ça au début de leur relation. Est-ce que c'était exactement la même traîtrise que de n'avoir pas parlé de Jenny ? Si c'était le cas, il préférait fuir la maison tout de suite plutôt que de rester seul au milieu de cinq personnes qui le déteste.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mer 9 Jan - 13:12

— Contente ?

Le départ de Salem de la table n’avait laissé à Laura qu’une très brève satisfaction. Son frère William la fusillait du regard et son père posait sur elle les yeux déçus, plus terribles que n’importe quelle colère, d’un vieux sage.

— Quoi ?
— Dis moi, Laura, as-tu honte de ton frère William ? Il n’est après tout que chauffeur de bus. Et tes pauvres parents qui ne sont pas allés à l’université ?
— Ce n’est pas ce que j’ai dit.
— Nous n’invitons pas les gens chez nous pour les humilier, Laura. Tu as de la chance que ta mère n’ait pas été là pour t’entendre. Je ne crois pas t’avoir inculqué ni le mépris des autres, ni à abuser de tes positions de force. Tu devrais avoir honte de toi.
— Mais, il est…
— Il suffit. J’attends que tu lui témoignes du respect.


Adam évitait de regarder Salem. Dans le vestibule, les yeux fixés sur le sol, le jeune homme écoutait d’un air soumis les explications de son fiancé. Elles étaient loin d’alléger ses tourments. Kevin lui paraissait désormais un ennemi bien plus considérable que Jenny, car enfin, il avait été le premier amour de Salem, la chose lui semblait tout à fait évidente, et cet amour avait duré de longues années, même après une séparation.

Toutes les petites convictions d’Adam sur les débuts de leur relation venaient de s’effondrer. Il s’était représenté un Salem rendu timide par la nouveauté de l’expérience et il comprenait désormais combien il s’était trompé. Sans doute s’était-il même rendu ridicule en bien des occasions, à vouloir supposer qu’il était le premier. Salem l’avait laissé dire. Salem lui avait menti. Et il choisissait le pire moment pour sa révélation.


— Je comprends.

La déclaration n’était pas très rassurante, à la fois parce qu’elle avait été prononcée d’une voix éteinte et parce qu’Adam avait toujours tendance, dans de semblables moments, à comprendre le pire. D’une voix dont l’amertume était tournée avant tout contre lui-même, Adam murmura :

— C’est fou c’que j’peux être stupide, quand même… A m’dire que j’étais le premier et tout. T’as passé des années et tout avec lui. J’me sens tellement ridicule…

Ses yeux se relevèrent finalement vers Salem — un peu humides de larmes virilement contenues.

— J’comprends pas comment tu peux m’faire des coups pareils, Salem. Je comprends vraiment pas. J’veux dire, j’suis pas fou, si ? Avec ta façon te présenter les choses, j’avais l’impression que t’avais presque jamais serré la main d’un autre garçon. Et que même avec les filles, t’avais eu que des aventures sans conséquente, de quelques semaines. Et maintenant, tu m’balances que t’étais avec un garçon pendant des années.

Parce que c’est ça, quand même. J’sais pas où elle passe, la limite, pour toi, mais rester avec quelqu’un et l’embrasser et tout, c’pas avoir un ami, c’est avoir un p’tit copain. Que ça aille plus loin ou pas, ça change pas grand chose, surtout à cet âge-là. Le critère d’une relation amoureuse, j’crois pas que c’soit le moment où sort son sexe.


Adam s’interrompit aussitôt, rougit, baissa les yeux et reprit d’une voix à nouveau timide :

— Désolé…

Le jeune homme prit une profonde inspiration pour tenter de s’apaiser et continua d’une voix plus calme :

— Je sais que… Que je ne te dis pas toujours tout. Que j’ai du mal à parler du passé. Mais j’essaye au moins de ne pas te dire le contraire de la vérité. De ne pas te donner de fausses impressions. Mais… Je comprends. J’veux dire, pour de vrai, je comprends. C’est pas rationnel, ça devrait pas m’toucher, c’est du passé. C’est juste, je me sens humilié, et un peu trahi, et puis j’ai peur. Mais je devrais, je sais bien que je devrais pas.

Derrière eux, la porte de la cuisine s’ouvrit un peu bruyamment, tandis que Sakura amenait le plat principal dans la salle à manger, en s’assurant de faire assez de bruit pour ne pas surprendre la discussion du couple et leur indiquer incidemment qu’il était temps de revenir à table — elle avait déjà prolongé la cuisson du poulet à feu doux pour lui offrir quelques minutes supplémentaires.

Car si les parents Tenseï avaient un sens de la manipulation, des tours et des détours très prononcés, il s’exerçait la plupart du temps pour le bien de leur progéniture et, si leurs questions étaient directes ou lourdes d’implication, elles demeuraient toujours de vraies questions, très différentes des attaques à peine voilées de Laura. Malgré les apparences, la famille Tenseï était loin d’être aussi hostile que Salem pouvait se le représenter.

Conscient qu’ils n’avaient plus guère le temps de discuter, Adam attrapa Salem par la taille pour l’attirer contre lui.


— Ecoute. Je t’aime. Tu sais, hein ? Quand tu fais des trucs comme ça, ça me terrorise. J’ai l’impression d’avoir tout raté. De rien comprendre à ce qui se passe dans ta tête. J’suis pas doué pour ça. J’suis pas doué pour… Vivre, et être heureux, et… Et voilà. J’ai peur. Et je suis jaloux, sans doute, aussi. Je veux pas que tu m’abandonnes. On en reparlera après. Si tu veux. De Kevin. Ou pas. Je sais pas. Mais là, il faut qu’on y aille.

L’une de ses mains était remontée dans les cheveux de Salem — elle vint se poser sur la nuque du jeune homme pour l’attirer dans un baiser tendre qui, s’il ne dissimulait pas entièrement le trouble et la tristesse qui s’étaient emparés d’Adam depuis cette petite révélation, témoignait assez qu’il ne détestait pas Salem. De toute façon, Kevin était pour l’heure condamné à être le cadet de ses soucis.

Le jeune homme serra un instant la main de son ami, avant de jeter un coup d’œil à son propre reflet dans le miroir de l’entrée. Il essuya quelques larmes naissantes d’un revers de manche avant de murmurer :


— Viens, on y retourne.

Le couple revint donc dans la salle à manger, où le poulet caramélisé aux amandes et son riz étaient servis. Laura regardait son assiette, William regardait Adam, Sakura et Kunsaki se regardaient. Quand les deux jeunes gens eurent repris leur place, la voix du père s’éleva à nouveau.

— Donc, Salem, vous comptez vous mettre à votre propre compte ? Comme je vous comprends. J’ai toujours aimé la mécanique. Moins que mon épouse, bien entendu. Vous savez que c’est Sakura qui a appris à Adam à entretenir une voiture.
— J’ai dû omettre quelques détails, d’ailleurs. Des règles élémentaires de sécurité.
— Hmoui, c’est la fougue de la jeunesse. Nous avons toujours eu une passion commune pour cela : réparer les objets. Vous comprenez cela, n’est-ce pas ? C’est un peu comme un puzzle dont il faudrait fabriquer soi-même certaines pièces. C’est une sorte de jeu. Je me souviens, notre tout premier magasin, bien sûr Adam n’était pas né encore, c’était une toute petite échoppe, et les gens venaient parfois avec des schémas incompréhensibles de leurs étagères, en nous demandant ce qu’il fallait pour fixer ceci ou cela.

Evidemment, aujourd’hui, les choses ont bien changé et nous sommes devenus des comptables, beaucoup plus que des bricoleurs. Et puis, ce n’est plus notre première jeunesse. Mais de temps en temps, n’est-ce pas, il nous arrive de sortir quelques clous. J’aurais bien aimé à être menuisier, aussi, je crois.


Sakura se pencha vers Salem et glissa sur le ton de la fausse confidence.

— Il fanfaronne, mais ne l’écoutez pas : il a toujours été très maladroit. Et je n’ai jamais pu lui apprendre la manière de changer un carburateur. Bien sûr, maintenant, ce doit être très différent. Il y a longtemps que je n’ai pas regardé un moteur de voiture de très près. A part celle d’Adam. Si l’on peut encore appeler cela une voiture. Vous qui vous y entendez, vous ne trouvez pas que c’est un peu dangereux, tout son rafistolage ?

De toute évidence, et il le devait paradoxalement à l'intervention assassine de Laura, Salem venait de tirer une carte « Sortez de prison ».
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mer 9 Jan - 16:22

Salem s'essuya les yeux plusieurs fois de suite, sans qu'ils ne soit moins humides pour autant, les choses n'auraient pas pu se passer plus mal, et c'était encore entièrement de sa faute. La douleur d'Adam était insupportable, surtout après que son beau-père lui ait rappelé ce qu'il avait enduré avec ses exs. Certes, il ne le frappait pas, et ne le ferait jamais, mais ses traîtrises étaient peut-être plus douloureuses encore.

« C'est moi qui suis stupide, j'ai toujours enfouie tous ce qui me faisait mal, ou me faisait peur, au fond de moi. C'est ma façon de me protéger. J'arrive pas me dire que ça a été sérieux avec lui, pas juste parce que y'a pas eu de sexe, c'est… le ressenti que j'ai. Je suis désolé… »

Salem jeta un coup d'œil à la porte de la cuisine quand elle s'ouvrit. Fin de la mi-temps, il fallait retourner sur le terrain. Toujours honteux, il se laissa capturer par Adam et essaya de le rassurer, même s'il doutait d'être crédible après sa révélation.

« Je t'abandonnerais pas, puis t'es amour, toi, c'est moi qui enchaîne les conneries… Je t'aime. »

Le baiser le rassura un peu, en plus de lui donner le courage d'aller à nouveau affronter Laura et les autres qui, à n'en pas douter, avaient profité de tout ce temps pour préparer une nouvelle offensive qui le réduirait en poussière. Oui, tout ce stress le rendait complètement parano. Il se recomposa lui aussi une tête potable dans le miroir, et tenta de refouler son malaise tout en suivant son compagnon, même si en s'asseyant à sa place, il donnait plus l'air de vouloir fuir en courant qu'autre chose.

« Donc, Salem… »

Ça y est, ça recommence, ils ne vont donc pas le laisser respirer deux min… L'adolescent leva le nez de son poulet, mais c'était un sujet de conversation simple, accessible pour lui, et dans lequel il n'avait pas trop de risque de se prendre les pieds, il parut visiblement soulagé. Puis tourna des yeux ronds vers Sakura.

« Vraiment ? »

S'il y avait bien une personne dans le lot qu'il n'aurait pas imaginée les mains dans le cambouis, c'était bien elle. La surprise passée, il se tourna vers Kunsaki.

« Je comprends parfaitement, j'avais commencé à m'intéresser au bricolage à cause de mon frère – il est encore petit, mais c'est un passionné. Mais maintenant, c'est encore mieux. C'est un peu un défi, quand une voiture ou un camion arrive et qu'il faut trouver ce qui ne va pas avec les indications pas toujours très claires des clients. Surtout que mon patron n'a pas peur de me laisser me débrouiller seul, et vérifier ensuite que tout va bien. J'aime particulièrement les clients qui viennent en disant « Ma voiture ne marche pas. », comme si on pouvait penser qu'il venait avec une voiture impeccable, juste pour le plaisir de nous voir. Pour mon projet, je me suis aussi mis à la comptabilité aussi, un peu. C'est pas ma tasse de thé mais bon, il faudra bien que je sache le faire aussi. Pour l'instant, c'est ma mère qui se charge de garder mes économies et d'en placer une partie pour qu'elles me rapportent un peu. »

De toute évidence, Papa Tenseï avait trouvé un bon sujet pour débrider Salem, qui ne semblait plus vouloir s'arrêter, il répondit ensuite à Sakura, après avoir lever les yeux une seconde, l'air de se remémorer le bordel qu'était le moteur de la voiture de son compagnon.

« La voiture d'Adam est un florilège très inspiré de presque tout ce qu'il ne faut pas faire en mécanique. Mais je suis sûr que vous ayez été une très bonne professeure pour lui. J'ai aussi essayé de lui expliquer quelques notions élémentaires, alors j'ai bien compris que quand il ne veut pas entendre, il n'y a rien à faire. »

Salem s'arrêta une seconde pour boire une gorgée de vin, avant de faire tourner le joli verre – qui n'était pas en verre, d'après lui, ce serait alors du cristal ? Il n'en avait jamais vu.

« Si ses bidouillages étaient dangereux, je me serais chargé moi-même de rendre cette voiture inutilisable depuis un bout de temps. Le vrai problème, c'est l'efficacité de tout ce bazar, on peut voir qu'il y a un problème rien qu'en regardant nos frais d'essence, et je ne parle même pas des pièces qui s'usent beaucoup plus vite qu'elles ne le devraient. En fait c'est un vrai luxe d'entretenir une voiture comme ça. »

Il imita la technique de la fausse-confidence en se rapprochant un peu de Sakura – décidément, on ne l'arrête plus.

« Mais j'ose pas trop lui prendre son joujou, je crois qu'il l'aime bien et puis, il n'y a pas grand-chose qui soit vraiment à lui, chez nous. Alors je pensais tenter un grosse opération de sauvetage avec mon frère, pour remettre tout ça en ordre et apprendre des choses utiles au petit. Je suis sûr que lui, il m'écoutera. »

Il fit un petit sourire à son fiancé, tout en essayant de voir si celui-ci était resté sur leur déconvenue avec Kevin, puis son regard glissa sur Laura. Et il eut une seconde d'hésitation.

« Et vous ? La mécanique ? Le bricolage ? Ça vous intéresse ? Il faut avoir des connaissances pour devenir chauffeur de bus, ou pas du tout, William ? »

Salem se tourna vers William d'un air intéressé, totalement à son aise sur ce sujet-là.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mer 9 Jan - 17:08

Comme Adam n’avait donné à son pauvre fiancé que des informations très succinctes avant de le jeter dans l’arène des Tenseï, il n’était pas étonnant que Salem, en arrivant dans la maison bourgeoise qui représentait le résultat de près de quarante années de vie commune, n’eût pas une idée très claire de ce qu’avait été l’histoire du couple infernal qui, depuis un peu plus d’une heure, faisait tomber la pluie et le beau temps d’une main de maître sur la conversation commune.

Si le cadet de la famille avait daigné apprendre à son cher fiancé que son grand-père maternel, le père de Sakura, avait été mécanicien aéronautique pour les petits avions d’épandage dans les fermes du Midwest et réparateur de tracteurs à ses heures perdues, s’il avait parlé des heures que son propre père passait pencher sur la dépouille d’un appareil électroménager, ou du métier d’horloger de son grand-père paternel, ou de l’encyclopédie ambulante des marteaux et des scies qui s’incarnait en Sakura, sans doute l’apprenti-garagiste se fût senti en bien meilleure compagnie qu’auprès de ceux qu’Adam avait pudiquement qualifié de « propriétaires d’une quincaillerie ».

Les Tenseï étaient loin d’être des bricoleurs du dimanche ; ils avaient chacun grandi dans la fierté méticuleuse d’un artisanat manuel et, quoiqu’à force de solidarité et d’industrie ils eussent lentement gravi les échelons de la société jusqu’à vivre dans le confort de la bourgeoisie, ils n’en gardaient pas un respect moins vif pour la valeur du travail physique, la précision et l’intelligence qu’il impliquait.

Et Adam, sans vouloir tout à fait l’admettre, n’avait pas tiré ses convictions progressistes de son chapeau. Comme Kunsaki l’avait très clairement souligné, chez les Tenseï, on préférait les faits aux fictions, et les préjugés religieux ou moraux n’avaient pas grand cours dans cette maison. Sans doute la vie de leur fils cadet avait-elle mis à rude épreuve la patience de ces deux parents, mais quand on songeait que les « conquêtes » d’Adam avaient été, apparemment, jusqu’à Ulysses, une succession de repoussoirs, on pouvait difficilement blâmer une semblable méfiance.

Il n’en restait pas moins qu’en dehors de Laura, tous les membres de la famille avaient leur carte au Parti Démocrate, signaient les pétitions quand elles se présentaient, se trouvaient en faveur du mariage unisexe, de l’adoption, du droit à l’avortement, de la séparation nette de l’Eglise et de l’Etat, de la régulation du financement des campagnes électorales, etc.

Laura avait donc réussi à détourner ses parents de l’inquiétude devenue obsessive qui les poussait à tenter de déterminer si Adam finirait à nouveau en conjoint battu ou humilié et si leur fils, qui venait de sortir la tête de l’eau, rejoindrait encore le cercle vicieux qui détruisait son existence depuis une décennie. Soucieux de ne pas laisser le mépris de classe s’exercer sous leur toit, ils offraient à Salem, comme des excuses, une conversation qui lui conviendrait.

Et la volubilité de l’adolescent avait l’air de les enchanter — autant que l’on pouvait en juger au sourire de Kunsaki, qui souriait à peu près tout le temps, et à l’air toujours impassible de Sakura, qui décidément l’emportait en la matière même sur son dernier-né. Mais Salem était loin de ne parler que de mécanique. Il fallait dire que la mère d’Adam avait habilement tendu la perche en évoquant la voiture de son fils et Salem l’avait saisi non moins habilement, quoique sans stratégie peut-être, pour démontrer combien il connaissait Adam, combien il l’aimait et combien il avait construit avec lui une vie quotidienne, normale et paisible.

Adam, qui avait parfaitement conscience que Salem était en train d’explorer l’applaudimètre Tenseï beaucoup plus efficacement qu’Ulysses eût jamais pu le faire, parce qu’Ulysses représentait un monde lointain que les Tenseï ne pouvaient pas ne pas aborder avec une légère suspicion, Adam ne parvenait pas à se sentir tout à fait heureux de ce bon succès : l’affaire Kevin continuait à tournoyer dans son esprit. Quand Salem le regardait, il essayait de lui adresser les sourires les plus encourageants possibles, mais qui n’étaient jamais dénués de tristesse.

Laura éluda la question en faisant mine de laisser son frère répondre et William secoua la tête.


— C’est pas vraiment nécessaire, non. Il y a les mécaniciens de la compagnie pour ça. A vrai dire, la marge de manœuvre est assez restreinte en cas de problème sur le trajet. Une question d’assurances, je suppose. Mais Maman m’a appris, un peu. J’ai toujours été, euh…
— Dissipé.
— Oui, voilà. J’ai jamais compris, par exemple, ces histoires d’explosion.
— C’est pourtant très simple. C’est une question de…


Et Sakura commença à détailler le fonctionnement de différents moteurs, tout en faisant régulièrement appel à Salem, pour compléter des points que ses souvenirs un peu lointains rendaient lacunaires. William écoutait avec un sourire amusé, en glissant de temps en temps des remarques légères sur le caractère incompréhensible de ces explications, tandis que Laura cherchait désespérément une porte de sortie.

Comme Adam n’avait pas l’air de s’épanouir de bonheur, sa sœur crut pouvoir enfin faire comprendre au reste de sa famille que Salem était dangereux individu nuisant au bien-être de son frère. Elle profita d’un bref intermède où, chose inespérée, Salem et Sakura avaient de concert décidé de manger un morceau pour poser une question apparemment innocente.


— Alors, Adam. Raconte nous comment vous vous êtes rencontrés.

Le jeune homme leva les yeux de son verre d’eau et fixa Laura du regard. Il comprenait parfaitement le sens secret de cette demande. Elle le voyait triste, elle supposait que son récit serait triste aussi et que ses parents jugeraient par là du reste de la relation. Sans doute Laura avait-elle abandonné l’idée que Salem était un pervers psychopathe drogué couvert de tatouages, pour une théorie plus proche des derniers faits : Salem était un adolescent insouciant qui ne se rendait pas compte de l’insatisfaction de son partenaire.

Adam posa ses couverts.


— Eh bien ma voiture, qui généralement marche très bien, soit dit en passant, un jour a eu quelques problèmes. J’avais finalement décidé de la changer, et j’étais allé chez un ami garagiste pour qu’il me dise s’il n’avait pas des véhicules d’occasion à me conseiller. Là j’ai vu Salem, qui venait de commencer son travail là-bas, je crois, et je l’ai laissé se plonger dans le moteur, un peu par sadisme, je suppose. Mon ami m’a demandé de m’occuper de lui, lui faire découvrir la ville, ce genre de choses. On s’est revu plusieurs fois et… Voilà. Les choses se font faites naturellement.

Le jeune homme n’avait sans doute pas, pour raconter les histoires réelles, la verve qui était la sienne quand il faisait des récits fantasques, et, soit pudeur, soit maladresse, il n’avait pas su donner à son récit tous les airs d’une parfaite romance, mais ce que sa rhétorique n’avait pas pu faire deviner, le regard religieusement émerveillé qu’il avait fini par poser sur Salem et le sourire impossible à réprimer que ces souvenirs avaient fait naître en chassant très loin Kevin, ses buissons et sa langue baladeuse, toute son attitude, en somme, l’avait largement compensée.

Il y eut un petit silence, parce qu’Adam regardait Salem et que Salem regardait Adam. Quand il se rendit compte que tout le monde était en train de l’observer et de juger de son enthousiasme, Adam rougit, baissa les yeux et conclut d’un air embarrassé :


— Enfin, voilà, quoi.

Sakura, qui avait eu l’air un peu songeur, reporta son attention sur Salem. Elle l’observa pendant quelques secondes et reprit d’une voix douce :

— Donc, tu n’es pas de New-York. Si je me souviens bien, Adam a dit que tu étais de Boston. Tes parents sont toujours là-bas ? Que font-ils de la vie ? Ils ont d’autres enfants que ton frère et toi ? Tu les appelles souvent ?

Certes, la dernière question était en réalité un reproche voilé à l’adresse d’Adam et de Laura, qui n’avaient pas le téléphone facile.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mer 9 Jan - 20:37

Si Salem avait bien vu qu'Adam continuait de ressasser ce qu'il s'était passé, emporté dans son explication avec Sakura, il n'avait pas eu le temps de chercher comment arranger les choses. Il faut dire que William n'était pas un élève facile, lui non plus, il faisait semblant de ne pas comprendre, oui, semblant, rien que pour les embêter, parce leur leçon était parfaitement claire. Heureusement, Laura sauva bien malgré elle la situation, l'adolescent eut immédiatement un petit sourire en entendant le résumé d'Adam. C'était certes succinct, mais l'expression de son ami valait tous les mots, et lui aussi eut un sourire benêt en se remémorant comment Brad l'avait envoyé sadiquement se souffrir cette réparation impossible. Après un moment de silence où les deux tourtereaux se regardèrent d'un air fasciné, Adam se ressaisi et Salem souffla.

« Par sadisme, hein ? Je venais à peine de commencer ma formation à l'époque, méchant. »

Salem avait encore un sourire amusé sur les lèvres quand sa belle-mère se remit à parler. Il remarqua immédiatement qu'elle aussi était passé au tutoiement, ce qui était très probablement bon signe – à part qu'il ne savait plus trop ce que lui devait dire en retour, mais bon, il improviserait.

« Je suis né à Boston et ma famille vit toujours là-bas, oui. Mon père est informaticien dans une grande entreprise, j'ai jamais trop compris ce qu'il faisait, dès qu'il me parle d'architecture réseau et de base de données, je décroche. Ma mère est aide-soignante. Et j'ai donc un frère, de dix ans, et une sœur qui en a seize. Et… je les appelle une ou deux fois par semaine, ça dépend de ce j'ai a leur raconter. J'aime avoir des nouvelles aussi, c'est important je trouve, donc… voilà. »

C'est sûr qu'au niveau des relations avec la famille, il y avait un monde entre Salem, qui racontait tous les détails de sa vie à sa mère – surtout si les détails concernait Adam et toutes les petites choses adorables qu'il pouvait faire sans s'en rendre compte – et demandait maintenant sans arrêt de pouvoir échanger quelques mots avec son frère pour être sûr que son cerveau n'avait pas fondu, et Adam qui… attendait sagement qu'on l'appelle. Salem se demandait d'ailleurs maintenant quelles pouvaient vraiment être les raisons de cette réserve.

Certes, ses parents étaient un poil manipulateurs, mais si coupler ça avec les visions traumatisantes d'Adam pouvait expliquer qu'il se soit un peu refermé sur lui-même et qu'ils ne se comprennent pas toujours, cela ne suffisait pas à expliquer complètement pourquoi il avait tant de mal à parler d'eux, un peu comme s'ils ne l'aimaient pas beaucoup, alors que ça ne semblait pas être le cas. Peut-être la découverte de l'homosexualité d'Adam avait-elle posée de gros problèmes, même si Kunsaki n'avait pas l'air trop dérangé tout à l'heure, en parlant de prince charmant.

Ça demandait réflexion, mais il n'allait certainement pas poser la question de but en blanc, quoique… Salem apprenait vite, enfin, disons qu'il pouvait assez vite toucher du doigt de nouveaux principes même sans les comprendre entièrement. Alors, était-il prêt pour les petites phrases lourdes de sens et les grandes manipulations ? Pas sûr.

« On est allé les voir le week-end dernier, ça s'est plutôt bien passé. Bon, au début, ils ont eu un peu de mal, parce qu'Adam n'était pas une fille, vous voyez. Mais finalement, même mon père a dit qu'il faisait partie de la famille, alors qu'au début, c'était pas gagné, je suis vraiment content. »

Moui, il n'était pas très sûr de son effet, surtout que les Tenseï n'était pas à proprement parler extravagants, et qu'il n'avait pas osé poser de questions sur le sujet, même voilée. Salem avait encore pas mal de boulot devant lui pour pouvoir mériter d'avoir un « Tenseï » collé à la suite de son nom.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Mer 9 Jan - 21:17

Plus le dîner avançait, plus Adam se plongeait dans des abîmes de réflexion. Entre la révélation de Salem sur ses activités au jardin d’enfants et l’attitude beaucoup plus bienveillante qu’il ne s’y fût attendu de ses parents, le jeune homme ne savait plus guère à quel saint se vouer, et à mesure que Salem se lançait avec une aisance renouvelée dans la conversation, le jeune homme gagnait une réserve de plus en plus grande, en tournant et retournant sa fourchette au milieu de son riz.

Lentement, il mesurait les progrès immenses qu’il avait accomplis ces dernières années, depuis qu’il avait rejoint l’Institut et ceux, encore plus considérables, qu’il avait fait auprès de Salem. Or, cette prise de conscience était nécessairement accompagnée d’une autre moins agréable : l’enfer qu’il avait imposé à ses parents en vivant ses propres tourments et l’obstination avec laquelle il avait refusé toute aide.

Bref, Adam se sentait coupable. Pour une fois cependant, ce n’était pas une culpabilité entièrement névrotique. Certes, il comprenait confusément que personne n’eût pu sérieusement attendre de lui, durant son adolescence, alors que son pouvoir avait détruit toute son existence et tout espèce d’équilibre mental, qu’il eût assez de maturité pour accepter qu’on le secourût. Mais ses réactions ne lui en paraissaient pas moins disproportionnées.

La comparaison qui était en train de se tramer sous la conversation qui s’était tournée vers la famille de Salem n’était pas faite pour alléger sa conscience. Quand il songeait que, eût-il été un peu plus disponible, ses parents eussent vécu l’existence mouvementée mais heureuse des Cordova, Adam ne pouvait s’empêcher de voir qu’il avait, plus ou moins, détruit la vie de sa famille. Ce qui inévitablement ramena à son esprit sa question favorite : n’était-il pas en train de détruire celle de Salem ?

Laura, qui constatait qu’à ses côtés son frère était en train de sombrer dans l’une de ses si fréquentes crises de mélancolie, lui donna un discret coup de coude pour lui faire relever la tête et lui adresser un sourire. Car s’il y avait bien une personne au monde qui avait gagné une protection à vie contre les attaques toujours un peu brutales de Laura, c’était Adam. Le jeune homme releva les yeux et esquissa un sourire timide.

Pendant ce temps, Salem s’enhardissait et tentait d’attirer les parents Tenseï sur un terrain difficile. Un petit silence suivit la remarque loin d’être innocente du mutant. Sakura et Kunsaki se regardèrent pendant quelques secondes sans rien répondre, pendant que Laura rongeait son frein et que William songeait au soulagement qui serait le sien quand il rentrerait ce soir pour retrouver sa compagne Jessica, avec qui les conversations étaient décidément beaucoup plus reposantes.

Adam allait changer le sujet quand son père reprit la parole.


— C’est compréhensible, je suppose. Nous aspirons tous à ce que nos enfants aient une vie paisible et qu’ils vivent sans problème, en toute sécurité. Hélas, ce pays n’est pas encore assez tolérant pour que cela puisse sans faire en vivant à l’écart de la normalité. C’est toujours une source d’inquiétudes et l’inquiétude des parents s’exprime parfois d’une manière que les enfants ne comprennent pas très bien. De même que l’inquiétude d’un frère, d’une sœur, peut-être trop vive et trop directe.

Le regard du sage père de famille s’était posé une seconde sur Laura, sans que le discours en fût interrompue.

— Quand des gens ont vécu ensemble longtemps et qu’ils ont cru parfaitement se connaître, toute révélation, tout changement, fait l’effet d’un édifice qui s’effondre. Il y a peut-être même, parfois, un sentiment de trahison. Mais les émotions que nous éprouvons un moment ne sont que les mouvements de surface de notre âme, et dans la profondeur de nos pensées, nos affections sont inébranlables.

Le long silence qui suivit cette silence de vie administrée avec la douceur d’une affection paternelle si sincère fut finalement rompue par Sakura qui se relevait et intimait calmement l’un de ses ordres auxquels il n’était pas question de désobéir.

— Salem, tu veux bien m’aider ? Le congélateur devient un peu trop haut pour moi.

Parce qu’après tout Salem faisait du basket, il était donc (presque) un géant. Comme son compagnon avait été réquisitionné, Adam se retrouvait seul avec le reste de la famille. Les larmes aux yeux, il releva son regard vers son père et murmura d’une voix tremblante :

— Papa ?
— Oui Adam ?
— Je suis désolé.


Dans la cuisine, Sakura montrait le fameux congélateur, au dessus de réfrigérateur, et précisait que les citrons givrés étaient contenus dans une boîte rectangulaire, sur le côté gauche. Ces informations essentielles données, elle reprit d’une voix plus grave.

— Salem. Mon mari et moi, nous aimerions savoir… Enfin, c’est un peu délicat, mais… Adam ne parle pas beaucoup, tu sais. Pas à nous, en tout cas. Et il a l’air d’aller mieux, bien sûr, mais avec lui, c’était toujours difficile de savoir.

La mère de famille avait entrepris de plier et replier les torchons de la cuisine, pour se donner une contenance.

— Comment va-t-il ? Je veux dire, par exemple…

Tentant de maîtriser l’inquiétude de sa voix, elle posa enfin sa véritable question.

— Est-ce qu’il a refait des… tentatives… ?

Et pendant qu’à demi-mot, dans la cuisine, un pan du mystère dont Adam avait si soigneusement entouré son passé s’effondrait, parant les citrons givrés d’une gravité funèbre, le principal intéressé se sentit le courage de poser à son père la question qui le préoccupait.

— Tu le trouves comment ?

Kunsaki esquissa un sourire un peu cryptique avant d’emprunter à Shakespeare l’essentiel de sa réponse :

— Now is the winter of our discontent
Made glorious summer by this son of Boston.


Laura murmura d’un air grognon :

— Avec Boston, ça fait une syllabe de trop.
— Je suis quincailler, ma chère, pas poète.

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Jeu 10 Jan - 18:02

Salem écouta religieusement le sage, qui n’avait rien de l’homophobe patenté, et prenait même les choses avec plus de philosophie que ses propres parents – mais si les Cordova étaient des philosophes, ça se saurait. Il était plus inquiet pour son fils, qu'autre chose, de toute évidence. La deuxième partie de sa réponse le fit un peu plus réfléchir, Kunsaki parlait de façon beaucoup plus générale, et Salem se demanda si les changements dont il parlait n’étaient que ceux concernant la sexualité d’Adam, ou comprenaient aussi tous les bouleversements qui avaient eu lieu à l’adolescence du devin. Ou encore si tout ça n’était pas un peu pour lui, tant ce qu’il décrivait se rapprochait de la trahison qu’il venait de faire à Adam, avec son amourette de bacs à sable – qui n’était même pas une amourette parce qu’il ne l’aimait pas, pas du tout, c’était que pour de faux.

Il était encore pensif quand Sakura demanda son aide, il était temps de retourner se faire questionner à la cuisine, Salem se leva sans poser de questions et l’y suivit. Le congélateur ne lui sembla pas si haut, mais il était le basketteur américain et elle, la quincaillière asiatique, tout ça était donc parfaitement logique. Tandis qu’il repoussait un gros sac de haricots pour attraper la boite de citrons congelés – il allait enfin savoir de quoi ça avait l'air – sa belle-mère se mit à parler. Elle avait beau ne pas être très expressive, Salem comprit immédiatement que ce dont elle voulait parler était difficile, c'en était d'autant plus inquiétant. Il lui jeta un coup d'œil à la dérobée en sortant la boîte du congélateur, et manqua de tout lâcher lorsqu'elle osa enfin poser sa terrible question.

Le silence s'installa dans la pièce un moment, alors qu'il prenait la mesure de ce que ces paroles impliquaient. Adam s'était fait du mal, pas qu'un peu, et certainement plus d'une fois. La stupéfaction passée, il se mit à passer en revue tout ce que son esprit fatigué et dévasté pouvait trouver. Des marques qu'il aurait pu se faire en prétendant avoir eu une déconvenue lors de ses escapades nocturnes, des signes dans son comportement qui aurait pu le trahir, et même l'évolution de leur stock de médicaments, au cas où – bien que, vu sa parano en la matière, c'était très peu probable. Mais il ne vit rien, Salem n'avait rien vu pendant tout ce temps, c'était une vraie douleur, il eut soudain l'impression d'être passé à côté de quelque chose d'énorme (on dirait quand même une grosse revanche pour Kevin et le reste, ce sujet est le sujet de la vengeance, mais je suis au-dessus de ces viles bassesses).

Malgré le goût très amer de cette révélation, Salem ne pouvait s'empêcher de penser, une fois encore, aux parents, et au mal qu'eux aussi ont dû subir, il se ressaisit donc pour ne pas laisser Sakura dans la peur plus longtemps. L'air encore sous le choc, il souffla.

« Non, je ne pense pas… De ce qu'il m'a dit, il va beaucoup mieux… Je n'ai rien remarqué »

Salem n'aurait pu le jurer cependant, s'il avait ignoré ça tout ce temps, il pouvait ignorer beaucoup d'autres choses. Appuyé contre le réfrigérateur, il fixait un point indéfini quelque part du côté de la cafetière, l'air anéanti.

« J'aurais du le deviner avec… tout ce qu'il lui est arrivé, j'ai pas fais assez attention. »

Son accès de déprime lui faisait un peu oublier qu'il aurait fallu être sacrément parano pour imaginer le pire avec les éléments qu'il avait. Il se persuada pourtant qu'il aurait pu voir à quel point il avait souffert. Les types avec qui il était sortit était une preuve, et s'il y avait réfléchit un peu plus, il aurait sans doute deviné que les souffrances que son pouvoir lui causait aujourd'hui n'étaient rien comparées à celles qu'elles avaient dues être au début. Son regard triste se posa sur sa belle-mère.

« S'il arrivait quelque chose. Si quoique ce soit m'inquiétait à son sujet. Vous seriez les premiers au courant. »

Ce devait être une maigre consolation, sans doute, mais les choses lui semblaient trop grave, lui-même n'était pas sûr de pouvoir gérer seul un Adam au bord du précipice. Et puis, ils étaient une famille, et entre Cordova-Tenseï, on se serre les coudes. Peu de temps après – pour ne pas qu'une longue absence pour trois citrons à aller chercher ne parut suspecte – Salem et Sakura sortirent de la cuisine et servirent les desserts. Mais si Mama Tenseï demeurait toujours plus ou moins imperturbable, l'adolescent posa sur Adam un regard infiniment triste. Il lui semblait si fragile en cet instant qu'il aurait voulu l'enrouler dans du coton – il aurait eu l'air malin. Tout en mangeant, il écouta distraitement la conversation, mais s'il n'avait plus l'air intimidé par sa nouvelle famille, son débit de paroles s'était réduit drastiquement.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Jeu 10 Jan - 18:59

Pendant que le Destin se lamentait sur les sinistres révélations du Hasard, Adam, Kunsaki, Laura et William méditaient silencieusement sur un dîner riche en émotions. Certes, tout le monde n’avait pas vécu la même soirée. Kunsaki en avait maîtrisé la plus grande partie mais il lui restait à apprendre ce que sa femme aurait découvert ; Laura s’était contentée d’enchaîner les échecs et d’acquérir la conviction, contre vents et marées, que Salem rendait triste son petit frère protégé et William était une nouvelle fois persuadé de vivre dans une famille un peu tordue, où personne n’était jamais capable de dire très simplement ce qu’il pensait — l’une des raisons pour lesquelles, d’ailleurs, il appréciait tant Salem.

Adam, pour sa part, était bouleversé. A la fameuse histoire de Kevin, pour lequel le jeune homme était loin d’être convaincu que son compagnon eût aussi peu d’intérêt que ce dernier voulait bien le professer, s’ajoutait cette conscience nouvelle de l’horreur qu’avait été son propre passé, non seulement pour lui-même, mais pour les parents qui l’avaient entouré et dont il mesurait désormais pleinement le constant et courageux amour.

Rongé par la culpabilité, le devin fut définitivement abattu par la tristesse de son compagnon qui revenait de la cuisine avec un air bien moins joyeux que celui qu’il avait arboré en décrivant des moteurs. Comme le mutant ne pouvait plus guère supposer, après la conversation qui venait de se dérouler, que Sakura l’eût torturé entre deux bacs à congélation, il devait se rendre à l’évidence : c’était de lui dont on avait parlé et sans doute pas dans les meilleurs termes.

Les Tenseï avaient repris leur conversation, Kunsaki se chargeant comme à son habitude de l’alimenter de menus propos, tout en offrant la possibilité à sa fille de se présenter sous un jour un peu plus glorieux, en la poussant à dévoiler toute la dévotion qui la guidait dans son métier d’enseignante et avec quelle constante préoccupation elle se souciait des progrès et du bien-être de ses élèves. Mais ni Salem ni Adam n’y prêtaient une grande attention.

Le prophète se sentait épuisé. La nervosité, les attaques de Laura, les suppositions insolubles sur ce que son père avait dit à Salem, l’affaire Kevin, la révélation de la douceur bienveillante de ses parents, les suppositions plus précises et plus alarmantes sur ce que sa mère avait dit à Salem, toute cette soirée avait eu raison de son flegme et il ne lui restait plus qu’un mélange de profond soulagement et de profonde mélancolie qui lui donnait envie de pleurer.

Toutes ces conversations commençaient à lui devenir insupportables. Il avait trop longtemps bâti des remparts contre ses propres émotions pour les sentir se développer, si vives, si contradictoires, si douloureuses et agréables à la fois, sans avoir l’impression d’être dépassé par quelque chose de trop compliqué. Salem était à lui seul une source de joies et de douleurs trop intenses pour être souvent maîtrisé — il en avait assez témoigné par ses crises de larmes et ses confuses confessions. Salem et la famille Tenseï réunis épuisaient ses faibles forces.

Il les regarda tous, tour à tour. Salem et lui venaient de remporter une victoire étrange. Jamais Adam n’eût espéré que son ami remportât un aussi franc succès. Sans doute n’y avait-il rien à tirer de Laura, mais tous les autres, il le sentait, avaient adopté l’adolescent. Kunsaki et Sakura se reconnaissent dans ses origines et ses ambitions. Il avait, de toute évidence, passé les tests successifs. Il l’avait réconcilié avec sa famille. Et pourtant, Adam se sentait triste et coupable.

Les citrons étaient consommés, sauf peut-être celui d’Adam, qui demeurait presque intact dans son assiette. Laura restait dormir chez ses parents ce soir-là, pour repartir le lendemain à Chicago, mais William s’était levé en soulignant qu’il était déjà tard. Adam jeta un coup d’œil à sa montre. Dix heures et demie. Il murmura d’une voix timide :


— Il faudrait qu’on y aille aussi… Demain j’ai… Des trucs à faire.

Il n’était pas vraiment en état de fournir une excuse plus valable, plus crédible. Ce fut à peine s’il regarda ses parents en les embrassant — mais il les embrassa. La famille se sépara, Sakura proposa à Salem de venir leur rendre visite au magasin pour mettre en pratique ses nouvelles connaissances de comptabilité et Kunsaki le menaça aimablement de l’emmener dans une séance de dégustation œnologique.

Arrivés près de la voiture, Adam tendit les clefs à Salem.


— Tiens… Je suis pas… J’suis un peu fatigué.

Il s’assit à la place du passager. La voiture démarra ; le silence s’installa. La tête appuyée contre le siège, Adam regardait, à travers la buée sur la vitre, les lumières de la ville défiler lentement dans les rues. Les larmes commencèrent à couler silencieusement sur ses joues, invisibles dans l’obscurité de la nuit. Bientôt cependant, un reniflement les trahit. Adam poussa un soupir et murmura :

— T’avais raison. A tout début, quand je te parlais d’eux, tu disais que j’exagérais sûrement. Qu’ils m’aimaient, et tout. T’avais raison. Et pendant toutes ces années…

Il ne finit pas sa phrase — elle se passait de commentaires.

— Salem. Gare toi.

Un ordre qui, à New York, pouvait relever de l’impossible. Mais il y avait eu dans la voix d’Adam une inflexion d’urgence qui ne laissait guère le choix. Quand la voiture se fut immobilisé, le jeune homme se tourna sur son siège pour faire face à son ami et prit sa main dans la sienne.

— J’suis tellement désolé d’être comme ça, mon cœur. Je suis vraiment, tellement désolé. Je fais tous les efforts du monde, tu sais, pour toi. Tu as été parfait ce soir. Tu es toujours parfait. Je veux pas que toi aussi, tu sois triste à cause de moi…

Certes, à l’origine, Adam avait conçu sa petite déclaration comme une démonstration de joie et de bonheur, pour prouver à Salem que Kevin n’était qu’un détail de cette soirée fantastique et merveilleuse où il avait terrassé les dragons asiatiques sous l’œil admiratif et reconnaissant de son politicien de fiancé, mais les larmes qui recommençaient à couler entamaient un peu la bonne humeur du moment.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Jeu 10 Jan - 21:49

La fin du repas fut étrangement paisible, vu la façon dont les choses avaient commencées, mais avec un Adam bouleversé et un Salem meurtri, personne ne songea à en demander plus aux jeunes fiancés pour ce soir. L'adolescent écoutait distraitement la conversation, et si c'était Adam qui le préoccupait le plus, il lui arrivait aussi de regarder le reste de la famille. Les événements de la soirée l'avait troublé, c'était évident, il en avait plus apprit sur la jeunesse d'Adam en quelques mots échangés avec ses parents qu'en plusieurs mois à vivre auprès de lui. Mais ce repas avait aussi été rassurant sur bien des points, les parents de son fiancé était très loin d'être des monstres, et ils l'avaient accepté. Leurs deux familles les avaient acceptés, cela n'était pas dénué de sens pour lui et lui donnait un peu plus de confiance encore dans leur avenir. Nonobstant l'histoire du qui Kevin attend dans l'ombre qu'Adam se casse la gueule pour récupérer son ami et recommencer à jouer au docteur, tout cela avait un peu plus renforcé leur couple.

Personne n'insista quand Adam voulu partir, Salem se leva presque aussitôt, ne souhaitant plus qu'une chose : se cacher sous la couette comme ils le font souvent après un trop-plein d'émotions, et rester blottit contre lui pendant des heures. Il prit cependant le temps de remercier chaleureusement ses beaux-parents, de promettre qu'il passerait à leur magasin, et qu'il s'intéresserait un peu aux vins – il sentait qu'il tenait quelque chose, avec les différences de couleurs. Les adieux avec la grande sœur furent un peu plus frileux, mais il avait trop à penser pour s'en préoccuper maintenant.

Salem se contenta d'hocher la tête quand Adam lui tendit les clés, même si avec sa propre fatigue et son mal de crâne n'était pas l'idéal pour conduire non plus. Le principal effet fut qu'il respecta scrupuleusement les limitations de vitesse, et qu'il se concentrait beaucoup plus sur la route qu'à l'accoutumé, pour ne pas prendre le risque de faire une bêtise. Jusqu'à ce qu'il entende les sanglots d'Adam et qu'il tourne la tête vers lui. Son cœur se serra immédiatement alors qu'il repensait à son adolescence difficile, ses visions, ses amants violents, ses tentatives de suicides. Il inspira tant bien que mal, mais déjà les larmes lui montaient aux yeux.

« Me garer ? Heu… »

L'air un peu paniqué, il regarda le boulevard dans lequel ils roulaient, bifurqua dans une rue, et partit s'échouer le long d'un trottoir comme le pire des parisiens. À cette heure-ci, heureusement, ils ne gênaient pas trop de monde. Il baissa la tête et laissa couler ses larmes alors qu'Adam s'excusait d'être en vie, de l'avoir rencontré, de l'aimer et de ne vouloir que son bonheur. En réponse, Salem défit sa ceinture et recula son siège pour avoir la place de se tourner et de le prendre dans ses bras, sans chercher d'abord à stopper les sanglots d'Adam ni les siens. Après un moment de silence, il murmura.

« Je suis pas triste à cause de toi, je suis triste pour toi. J'ai pris conscience de tout ce que tu as traversé, de combien tu as souffert, et ça me brise le cœur. Je veux pas que tu changes, Adam. Je veux que tu sois heureux, c'est tout ce qui importe. Je t'aime. »

Salem bougea juste assez pour capturer ses lèvres pour l'embrasser longuement, tendrement, comme s'il ne connaissait pas de meilleure manière de lui montrer son amour. Et il continua de le serrer contre lui avec douceur, jusqu'à ce qu'il fut à peu près calmé.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Jeu 10 Jan - 22:27

La soirée avait réveillé en Adam des souvenirs qu’il avait cru, avec un art consommé du mensonge à soi-même, enterrés sous une montagne d’indifférence : les larmes de ses parents à chaque fois qu’ils sortaient de l’hôpital ou de la chambre de motel d’où il les avait appelés à l’aide, en désespoir de cause, la sensation de ne pas pouvoir continuer à exister dans un monde qui jour après jour ne lui proposait que les secrets de son horreur, la volonté désespérée de trouver quelqu’un qui l’acceptât sans poser la moindre question, à quelque prix qu’il dût acheter ces affections violentes et perverses.

Il se rendait compte qu’il avait vécu les quelques mois qui avaient précédé l’arrivée de Salem comme une sorte d’automate, sans songer à lui-même, accomplissant méthodiquement les tâches de son existence quotidienne, indifférent à son propre futur ; il avait cherché la mort non plus directement mais dans la croisade perpétuellement recommencée qu’il avait menée contre un mal polymorphe et sournois, il s’était transformé en outil pour ne pas se souvenir ni sentir ce que ces souvenirs lui inspiraient.

Mais ces sensations longtemps rejetées ressurgissaient à la surface de son être, au plus fort de son bonheur, précisément au moment où son esprit avait décidé d’abandonner ses vieilles défenses pour se livrer plus parfaitement, plus entièrement, au plaisir délicieux d’un amour sincère, avec ses grandeurs et ses difficultés. A nouveau, Adam sentait la culpabilité véritable, entièrement fondée, d’avoir torturé malgré lui, mais torturé, ses parents tout au long de son adolescence ; à nouveau, il sentait l’humiliation de son abjecte soumission aux désirs brutaux et entièrement égoïstes de ceux qui avaient usé de lui comme on usait d’un ustensile.

Il se souvenait de tout, désormais, très précisément : de la douleur physique d’une nuit trop brutale, des douches interminables qui la suivaient, des réveils confus sur un lit d’hôpital et de l’immense sensation de découragement (toujours en vie) qui l’emplissait alors, des regards noirs et tristes de ses parents dans lesquels il lisait l’immense déception, des longues et patientes supplications de sa sœur qui essayait de le tirer de son mutisme, de la réservée désemparée de son frère.

Adam s’était réfugié comme il le pouvait dans les bras de Salem et il pleurait — sans élégance, sans la dignité d’une belle et digne tristesse qui à larmes longues et lentes imposerait sa mélancolie royale à la médiocrité monde. Il pleurait à gros sanglots, en hoquetant, en reniflant, cherchant désespérément à attraper avec ses mains affaiblies un peu plus de son compagnon, tentant parfois de retenir ses larmes, sans parvenir à faire rien d’autre que pleurer encore.

Et sans doute, à la fin d’un nouveau sanglot qui paraissait lui broyer la gorge, il murmura contre le cou de son fiancé cette conclusion que son effondrement rendait presque incompréhensible :


— Je suis heureux, tu sais.

Il se redressa pour pouvoir le regarder — Salem — et soudain, à travers les larmes qui s’arrêtaient enfin de couler, il le revit dans le parc, cette nuit-là, qui essayait de le surprendre en se perdant à travers les bambous, il le revoyait prostré sur le sol des toilettes, quelques heures plus tard, dans le restaurant, il le revoyait terrorisé par son propre mensonge, au bord du lac, les yeux pleins d’une prière silencieuse, au bord du ring, tendu et irrité par un désir puissant et encore trop timide pour oser se satisfaire dans leur premier lit, il le revit inquiet, amoureux, fâché, boudeur, timide, riant, parlant, pleurant, parfois insensible, parfois attentionné, mais toujours là et toujours de retour, après les disputes, et les mensonges, et les maladresses, après les erreurs partagées, toujours.

— C’est vrai.

Il le regardait avec un sourire émerveillé, incrédule.

— Dès les premiers jours de mon adolescence, je n’ai vu que cela. Les meurtres, et les viols, et les tortures, et les accidents, et les morts. Tout le temps. Tous les jours. C’est là où j’ai appris à réfléchir, à désirer. Je me suis battu contre le monde. Parfois j’ai voulu que ça s’arrête. Et j’ai été tellement, tellement déçu de me réveiller. Parfois, je voulais juste grappiller la moindre miette d’affection nouvelle, peu importe les conséquences. Comme un chien. Parfois, je voulais juste souffrir, moi, juste moi, dans mon corps, ma petite douleur personnelle, présente, véritable. Ensuite, je me suis contenté d’avancer jour après jour, mécaniquement, en tentant de sentir le moins possible.

Mais Salem…


Adam s’interrompit pour inspirer profondément, parce qu’évidemment il avait recommencé à pleurer un peu, et qu’il n’avait pas mesuré son souffle. Son sourire s’était effacé ; il revint.

— J’ai tellement, tellement envie de me réveiller demain à côté de toi, tellement envie de me marier avec toi, et de jouer avec les chatons, et de changer une ampoule, passer l’aspirateur, faire les courses, dégivrer le frigo. Je veux être la semaine proche, l’année prochaine, je veux toujours plus de toi. Je sais pas, j’ai l’impression que je suis heureux comme personne d’autre, parce qu’avant je n’avais rien, et que maintenant il y a toi. Toi et tout ce que tu as amené avec toi : tu m’as forcé à trouver un vrai travail, tu m’as montré à quoi ça servait des amis, tu m’as refais jouer à des jeux, tu m’as réconcilié avec mes parents.

C’est vraiment complètement stupide, et niais et rose ce que je vais te dire, mais avec toi, j’ai l’impression que c’est la première fois que je mange un vrai repas, que je dors la nuit, que je me promène en ville, que je regarde le sport à la télé, que… Que je fais l’amour. J’ai jamais autant ressenti de plaisir qu’avec toi. J’ai jamais… J’ai jamais eu moins peur de la vie. J’ai jamais eu autant de visions juste anodines et sans conséquence.


Adam reprit la main de Salem dans la sienne.

— Alors je sais que je pleure souvent, et que je suis mélancolique, et que quand tu évoques Jenny, ou Kevin, ou des trucs comme ça, j’ai l’impression que le monde s’effondre, je sais que je suis pas très expressif, que… que je dis pas les choses, peut-être, comme il faudrait… mais je suis heureux. Peut-être que c’est pas ça. Peut-être que si j’étais heureux, je devrais jamais pleurer, ni rien. Mais je sais pas. C’est tellement mieux que tout ce que j’ai connu. Je me sens tellement bien. Je suis tellement convaincu que t’es l’homme parfait. Je suis heureux.

Bien sûr, il pleurait toujours, mais sans sanglot cette fois, et puis, des larmes de joie, cela devait bien exister. Ou alors, il était simplement un peu perturbé.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: The Winter of Our Discontent (Salem)   Ven 11 Jan - 15:30

Salem aurait été bien incapable de décrire ce qu'il ressentait en cet instant, un savant mélange de joie et de tristesse, d'inquiétude et de soulagement, bouillonnait dans sa tête. Et l'amour, le vrai, le sien comme celui d'Adam, il le ressentait tellement fort en cet instant que cela lui semblait irréel. Il s'était autant protégé, du mauvais autant que du bon, il s'était tellement persuadé que toucher le bonheur du doigt rendrait le moindre malheur encore plus grand qu'il avait fuit tout ce qui aurait pu le faire se sentir bien, se sentir vivant. Jamais il ne se serait cru capable de ressentir les choses aussi fort.

Il n'aurait jamais cru non plus pouvoir transformer la vie de quelqu'un, pas pour y apporter un mieux, en tout cas. Il avait fait pleurer Adam, Jenny, ses parents, et sans doute beaucoup d'autres personnes, à trop vouloir échapper à son passé, ou à leur amour. La seule idée que lui pouvait rendre le sourire à quelqu'un lui semblait surréelle. Mais aussi solides et profondément ancrées que soit ses barrières, elles ne résistèrent pas longtemps aux paroles de son compagnon. Les images de leur bonheur simple et quotidien lui revenait à l'esprit alors qu'il parlait, et chassait au loin les tristes révélations de la soirée sur ce qu'avait été son passé. Il se cramponna un peu plus à lui, le soulagement et l'amour se lisait sur son visage même si quelques larmes continuaient de couler.

« J'ai eu tellement peur en écoutant tes parents… leur inquiétude était tellement visible, tellement présente. J'ai cru que m'étais trompé depuis le début, que j'avais rien compris. »

Salem renifla un peu bruyamment, sa main s'était mise à caresser ses cheveux et il déposa quelques baisers sur le haut de son front. Ses larmes s'étaient presque arrêtées et il n'entendait plus les sanglots d'Adam dans son cou.

« Ne change pas, surtout, tu m'as apprit tellement de choses en si peu de temps. Et je parle pas du nom du vice-président et ce genre de trucs, mais sur moi. J'étais perdu, dans ma tête, je ne pensais qu'à fuir toujours plus loin sans savoir pourquoi, et à rejeter ce que je suis parce que je m'étais construit sur un passé qui me faisait mal. Tu m'as donné de changer, de me regarder en face, de me poser et de prendre de vraies décisions, tout ce j'ai fais, je l'ai fais pour te retenir, pour que tu sois bien avec moi. Je sais que j'ai aussi fais un paquet de conneries, mais m'éloigner de toi, ça, ça m'a jamais effleuré. »

Après l'avoir enlacé un moment encore, Salem redémarra la voiture et conduisit jusqu'à leur appartement, Salem attrapa la main d'Adam en sortant de la voiture et c'est ainsi qu'ils rentrèrent chez eux. Après avoir jeté dans les coins quelques vêtements superflus, il mit son plan à exécution en emmenant son compagnon sous la couette protectrice, pour un très long, très tendre et très chaste – c'est important de le préciser avec eux – câlin. Ils furent cependant perturbés quand trois boules de poils prirent d'assaut leur bulle, la soirée se termina donc sur un Salem qui déposait de petits baisers sur les lèvres d'Adam, tout en essayant de caressait le torse malgré le fait qu'Harper Lee tentait de se le réserver complètement en adoptant la position de l'étoile de mer, et qu'Hoover se soit mit à ronronner a son oreille. Et oui, c'est ça le bonheur.

Fin ? Suite?
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The Winter of Our Discontent (Salem)

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