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 Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)

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Adam Tenseï
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MessageSujet: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Dim 25 Nov - 23:08

David lui répondit :
— Eh ! Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Est-ce que je n'ai plus le droit de parler maintenant ?
Livre de Samuel, Premier livre, Chapitre 17, Verset 29

***

Depuis quelques jours, Salem était sorti de l’hôpital et, s’il ne gambadait pas encore dans les prairies, son état de santé donnait toutes les satisfactions possibles aux pronostics optimistes de son médecin et rassurait tout à fait Adam, qui ne l’en entourait pas moins de soins minutieux et d’attentions moins spécifiquement médicales. La nécessité des soins offrait une excellente excuse à la vie commune et quant au mariage, les deux jeunes gens l’évoquaient de temps à autre sur un ton de plaisanterie — ou quelque chose comme cela.

Quoique Adam eût souhaité passer ses journées à veiller sur Salem, au risque de rendre l’adolescent fou, le devoir l’appelait. Du reste, sa participation au loyer, aux factures et aux courses allait considérablement alléger le budget de Salem (et par conséquent étendre la collection de chaussures) et, les avertissements de sa supérieure le soir de l’hôpital mis à part, la carrière de l’Asiatique se présentait sous les meilleurs auspices — même si la direction en restait encore flou.

Cette vie eût été absolument idyllique, avec son lot de visions, de cauchemars et de disputes de couple comme ils en avaient le secret, si une nouvelle épreuve, ce soir-là, n’attendait Adam : la Soirée. La Soirée avait été un projet un peu vague, dont il avait forcé la réalisation jusqu’à se rendre compte qu’elle se réaliserait en effet, à partir de quoi il essaya plus ou moins maladroitement de ralentir l’avènement. Adam était terrifié. La Soirée avec les amis de Salem.

Le projet était très simple. La Soirée débutait à dix-neuf heures. Salem irait à dix-neuf heures. Lui, il finissait le travail à dix-neuf heure trente, donc il irait au studio, se préparerait, arriverait vers vingt heures trente, se présenterait devant les amis de Salem, et là, selon toute vraisemblance, il allait mourir sur place — parce qu’il n’avait pas été à une vraie soirée depuis une dizaine d’années et que même si celle-ci n’avait rien d’une fête, qu’il n’y aurait pas beaucoup de monde, il ne savait pas quoi faire, parce que, objectivement, il n’était pas la personne du monde la plus talentueuse en société, et parce qu’il craignait d’observer la manière dont Salem se comporterait avec lui devant tout le monde.

Il était rentré dans le studio désert — la preuve qu’il manquait un chat pour le peupler — il avait ôté son costume-cravate, il avait pris une douche suffisamment longue pour gagner quelques minutes de répit, observé longuement, très longuement, les différentes tenues qui s’offraient à lui, écarté celles qui le faisaient trop ressembler à un bellâtre superficiel échappé d’une salle de sport, écarté celles qui au contraire ne montraient pas assez qu’il était un sportif, reconsidéré les unes et les autres, adopté un compromis et, contraint et forcé, s’était mis en route.

Il lui restait encore une excellente raison de tempérer : il pouvait aller faire des courses, hésiter entre les différentes saveurs de chips et le soda zéro, le soda light, le soda normal, le soda à la cerise et celui à la vanille, le soda avec beaucoup de caféine et celui sans caféine. Sorti du magasin, il jeta un coup d’œil à son téléphone — et constata qu’il était en avance. Son plan génial pour s’épargner un quart d’heure de torture avait été totalement inutile.

Le cœur plein de désespoir et d’appréhension, le sac plastique plein de chips et de soda, Adam reprit sa route courageuse dans les rues de New-York, trouva hélas le bon immeuble, et le bon nom sur l’interphone, essaya de ne pas songer que la voix qui lui avait répondue avait été étrangement enthousiaste en entendant son nom et gravit les uns après les autres les trois étages.

Il avait fait ses devoirs. Il se rendait ce soir-là dans l’appartement que Susan partageait avec Mary et Johann, que Salem connaissait parce que Mary était la copine de Wayne, qui était un camarade classe. Il y aurait encore « d’autres personnes », ce qui somme toute n’était pas très précis. Adam avait résisté à l’envie de faire des recherches sur chacun des invités assurés pour être mieux préparé — il s’agissait, pour une fois, d’avoir une vie normale, plutôt qu’une existence de milicien taré.

Il appuya sur la sonnette et, presque aussitôt, une petite rousse aux yeux verts ouvrit la porte et le détailla sans aucune pitié. D’une voix presque assurée (et il était fier de lui), Adam entama une brillante déclaration :


— Bonsoir, je suis…
— T’es l’copain de Salem.
— Oui, voilà.
— T’es vachement plus…


Elle chercha pendant quelques secondes ses mots, puis, après s’être rendu compte que l’adjectif qu’elle recherchait était « masculin » et qu’il n’était pas réellement fait pour consolider l’image de progressiste qu’elle aimait cultiver d’elle-même, elle chercha désespérément à se tirer de son mauvais pas :

— Plus… Enfin, tu vois…
— J’ai apporté des chips et du coca.


D’un ton plein de reconnaissance, la rousse-aux-yeux-verts s’exclama :

— Ah ! Super, merci. Donne, j’vais mettre la boisson au frais. Tu peux poser ton blouson là, les autres sont dans le salon, c’est au bout du couloir. Il manque encore David. Et Jenny peut-être. Mais les autres sont là.

Après un remerciement un peu automatique, Adam pénétra dans l’appartement, referma la porte derrière lui, tira son téléphone flambant neuf de son blouson pour le glisser dans son pantalon, se débarrassa du premier et parcourut à pas lents le couloir de l’appartement plus ou moins délabré (comme tout ce que louaient les étudiants à New York) et parvint enfin dans le salon, où résonnaient les rires et les conversations de ses futures connaissances.

Du moins jusqu’à ce qu’il arrivât — car bientôt, tous les regards se posèrent sur lui, dans un silence curieux. Adam prit brutalement la mesure de sa situation : il était l’étranger, celui qui était un peu plus âgé, celui qui avait un vrai travail, celui dont on ne savait rien, celui qui était enveloppé du mystère de « c’est le copain de Salem ».

En réfrénant l’envie de s’enfuir à toute vitesse, Adam murmura d’un air un peu embarrassé :


— Bonsoir…

Et il regrettait en ces instants les douces heures passées ce jour-là à parcourir les différents projets architecturaux pour les vestiaires du stade du quartier ouest.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Lun 26 Nov - 17:36

Le cercle des connaissances de Salem n’avait certainement pas la diversité surnaturelle de celui d’Adam mais en la matière, il était loin d’être en reste. C’est bien connu, les sportifs, dans un campus comme dans un lycée, ça attire déjà l’œil, particulièrement lorsqu’ils n’ont pas un visage ingrat. Mais les types plutôt fashion aussi intéressent, et non content de cumuler les deux, Salem avait aussi une personnalité plutôt sociable, ainsi qu'une assurance et un tempérament festif et casse-cou qui faisait naturellement graviter autour de lui tout une foule de tarés de la même espèce, d’admirateurs et de curieux. Depuis son arrivée à New York, Salem avait donc tissé une foule de liens, avec ses camarades de classes, les amis de ses camarades de classe, les secondes années, les amis des secondes années, les littéraires – c’est qu’il cherchait toujours son dessinateur – bref, une bonne partie du lycée. Et puis il y avait les gars de son ancien clubs de basket, de son nouveau club de basket, des gens rencontrés au cours de leurs diverses sorties, des fans de sensations fortes croisé dans les skates park du coin, des jeunes branchés arrêtés en pleine rue par un « Oh mon dieu, où t’as acheté ces chaussures ?! », des fêtards, des metaleux, des philosophes-pianistes, des futurs stars du rock. Auxquels s’ajoutaient tous ceux de Boston, ses amis d’enfance, ses exs, ses anciens amours, etc... non, décidément, Salem n’avait pas beaucoup à envier à Adam en matière de relations sociales.

En parlant d’exs, d’ailleurs, il semblerait qu’un auteur pour le moins sadique que je ne citerais pas ai décidé que confronter ce pauvre Adam à l’un des possibles futurs compagnons de Salem ne suffisait pas, non, tant qu’à faire, autant ajouter aussi l’ancienne petite amie dont il avait peut-être aussi aperçu les ébats dans ses visions. Si certains personnages font tourner leur créateur en bourrique, il y en a aussi qui ne sont pas gâté par leur auteur. Jenny serait donc de la partie aussi, comme ce fut habilement suggéré. Cette ex, autoproclamée « meilleure amis de Salem » avait décidé que ce rôle justifiait qu’elle sèche son vendredi de cours pour venir à New York en bus vérifier l’état de son « meilleur ami » convalescent. Ceci n’était pas du tout suspect, Salem avait beau se faire une joie de la revoir, il se demandait un peu ce qu’elle avait en tête.

David, quant à lui, était toujours aussi discret, Salem avait fini par le remarquer à force de le voir graviter autour de ses camarades les plus proches. Il savait qu’il était en filière économique et sociale, qu’il avait été très étonné d’apprendre qu’il était gay, et encore plus qu’il était casé, et c’est à peu près tout. Salem ne se préoccupait pas vraiment du retard du garçon – dont il ne savait pas d’ailleurs par quel moyen il s’était invité à la soirée qui le concernait lui plus qu’autre chose. Mais il avait pour le moment d’autres sujets de préoccupations bien plus importants à ses yeux. Comment son compagnon allait-il réussir à s’intégrer dans la tribu ? Salem n’avait jamais vraiment vu Adam dans un groupe, et il avait d’ailleurs un peu de mal à imaginer ce que cela donnerait, ce qui n’était pas particulièrement rassurant. Il était donc un peu – beaucoup – en train de s’inquiéter à ce sujet, tout en demandant à ses amis d’être sympa avec le nouveau – mais pas avec la nouvelle, parce qu’il ne se faisait pas de soucis pour Jenny, la donzelle avait de la gueule, et elle semblait ultra motivée, au vu des sms qu’elle n’avait pas arrêter de lui envoyer depuis qu’il lui avait parler de cette soirée où il présenterait Adam à ses amis.

Ses inquiétudes ne transparaissaient cependant pas beaucoup dans la conversation, comme souvent quand il se trouvait avec ses amis, Salem enchaînait les blagues et alimentait volontiers les conversations. Jusqu’à ce que finalement Susan – que tout le monde appelle Suzy – lui annonce que l’invité tant attendu était dans les escaliers. Il regarda autour de lui, juste à sa droite, il y avait Mary, sur les genoux de Cole, son petit copain autant que le meilleur ami de Wayne, et Kate, assise à côté d’eux. Il y avait aussi Johann, qui avait un examen blanc lundi mais qui était un peu obligé de participer, vu la taille de l’appartement et les murs épais comme du papier filtre. Et puis il y avait Ivan, avec ses fringues de bad boy et son léger accent suédois, qui riait bruyamment à chacune de ses blagues – très bon public, cet Ivan – et Alicia, tout le temps en train de câliner et d’embrasser Kate, même si elles ne sortaient pas ensemble d’après ce qu’on lui avait dit – les filles sont bizarres, parfois (et moi je me suis perdu au milieu de mes pnjs *se relit, plusieurs fois*).

Bon, c’était plutôt des amis proches et Salem avait soigneusement laissé de côté les gros beaufs à l’humour gras qui faisait aussi partie de ses journées, les choses devraient plutôt bien se passer, le cas Jenny mit à part. Parce que même si elle n’avait rien demandé et qu’il l’adorait, la jeune fille lui rappelait douloureusement sa trahison passée et les effets dévastateurs qu’elle eut sur Adam. Il s’en voulait d’ailleurs presque de continuer à l’apprécier et craignait de le blesser à nouveau en se montrant trop amical avec elle, tout en craignant de faire du mal à son amie en étant trop différent de ce qu’elle avait pu connaître de lui à New York. Autre problème, Jenny était une fille, créature difficile à suivre de base, et cette nouvelle amitié lui paraissait pour le moins douteuse, malgré la naïveté dont il pouvait parfois faire preuve en amour. Tout ça était très compliqué – et pour une fois, c’était un problème qui n’avait rien à voir avec leurs pouvoirs, comme quoi même la vie normale réserve des challenges pour le moins épineux.

Susan partit ouvrir la porte, et quelques instants plus tard, Adam se retrouva sous le feu des projecteurs – et sembla se rendre compte un peu tard que le secret de leur appartement était un jardin d’Eden qu’il aurait sans doute préféré ne jamais quitter, c'est ça, le prix de la curiosité. Voyant que tout le monde était visiblement occupé à confronter l'image qu’ils s’étaient faite d’Adam et la réalité – sans doute beaucoup plus grande et musculeuse que prévue – qui était maintenant devant eux, Salem prit les choses en mains – histoire d’éviter que le silence s’installe et qu’Adam implose sous la pression. Il se décala sur le canapé où il était confortablement posé, faisant bouger Cole, qui fit bouger Mary, Wayne, Kate et Susan, pour lui laisser de la place.

« Viens là, Adam. Donc, c’est… »
« Ton copain, tu nous en as tellement parlé que j’ai déjà l’impression de le connaître.  »

Il eut presque envie de remercier Ivan pour son intervention – excellent public, décidément – en une seconde, tout le monde était à nouveau détendu et se mit à répéter le portrait pour le moins élogieux et dégoulinant d’amour qu’il avait fait d’Adam au fil des questions qu'on avait pu lui poser. Salem rougit jusqu’aux oreilles et distribua des coups de coussins alors que les mots « super bien foutu », « trop intelligent » et « j’ai pas compris le truc avec Diderot, par contre » fusaient dans la pièce, l’ambiance redevenait bon enfant. Ensuite, chacun se présenta rapidement tout en piochant dans les paquets de chips neufs qu’Adam avait ramené, les autres étant déjà bien entamé – la faute à Salem, en grande partie. Les conversations battaient leur plein lorsqu’un nouvel arrivant fit son apparition.

David fut le premier rival à faire son entrée dans l’appartement, il salua tout le monde, posa un regard appuyé à Salem et au chinois collé à lui sur le canapé surchargé. Visiblement, lui aussi s’attendait à autre chose, mais il ne fit pas de remarque particulière et s’installa à distance du couple, près d’Ivan avec qui il se mit à papoter tout en jetant régulièrement des regards à Salem. Après un temps d’hésitation, il sortit de sa poche de supermarché un sachet de bretzels. Salem se stoppa en pleine phrase.

« Oh j’t’adore, y’en avait plus !  »

L’esprit très corruptible de Salem s’empressa de faire passer David du grade de « vague connaissance » à celui de « type super cool » et il s’empressa de piocher dans le sachet que, en voyant son air intéresse, David était venu lui tendre en personne, ravi de l’intérêt soudain que Salem lui portait. Discret, mais malin, le David.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Lun 26 Nov - 18:16

Adam était très sociable, bien entendu. Ou alors très manipulateur. Ses relations sociales étaient constituées, généralement, de personnes rencontrées individuellement, retrouvées individuellement, de conversions individuelles, dans un monde où les groupes n’existaient pas, parce que les groupes étaient difficiles à prévoir, plus difficiles encore à contrôler et que contrôler le monde, Adam, il aimait bien cela.

Il y avait cela, et le fait que pour le quart de ses relations, il était un héros qui les avait sauvées d’un destin horrible, pour un autre quart, un boxeur exceptionnel auquel il valait mieux ne pas se frotter, pour un autre quart encore, un parfait psychopathe qui viendrait un jour réclamer le paiement d’une dette qu’ils eussent aimé n’avoir jamais contractée et pour le dernier quart, un type franchement bizarre, amusant et intéressant parfois, mais que l’on n’était pas certain de vouloir connaître plus que cela.

Alors Adam n’était habitué ni aux groupes, ni à jouer un rôle aussi normal que « le petit ami de Salem ». L’avalanche de compliments comparés et l’ambiance franchement joyeuse qui s’ensuivit le laissèrent pendant un temps interdit, avant qu’il ne se décidât à rejoindre Salem — à se coller contre Salem, à vrai dire, non qu’il eût envie de marquer son territoire, comme les autres couples qui exprimaient baveusement leur mutuelle affection, mais bien que le canapé ne lui laissât pas trop le choix.

Il s’était contenté de répondre par un vague sourire aux remarques, tout en enregistrant les informations éparses sur Mary, Cole, Wayne, Kate, Suzy, Johann, Ivan et il ne savait trop qui encore. Malgré son malaise, il était ravi d’apprendre que Salem ne s’était pas contenté de parler vaguement de lui, mais avait brossé un tableau très avantageux ; ce n’était pas une mince fierté et le jeune homme se pencha à l’oreille de son compagnon pour murmurer :


— Comme ça, j’suis super bien foutu ? Va falloir que j’exploite mon potentiel en soirée, alors.

Une boutade qui tenta le destin. Quelques minutes plus tard, Satan sonna à l’interphone, Satan gravit les escaliers, Satan sonna à la porte, Satan parcourut le couloir et Satan émergea à son tour dans le salon. Satan, d’ailleurs, s’appelait David. Si Adam n’avait pas été doué d’un flegme qui eût fait passer James Bond pour une diva d’opéra, il eût sans aucun doute fait une crise cardiaque en voyant s’incarner sournoisement sous ses yeux impassibles et néanmoins secrètement sidérés le vivant représentant de l’une de ses odieuses visions.

L’Asiatique qui jusque là avait accordé aux discussions une attention un peu studieuse sans vraiment s’y mêler, exception faite des réponses laconiques et un peu intimidées que lui arrachaient de temps à autre les questions à lui directement adressées, cessa de s’absorber dans les menus propos pour considérer David, non qu’il tentât de le déshabiller du regard (il avait, hélas, des images assez précises de l’anatomie de l’intéressée), mais pour essayer d’évaluer le degré de probabilité de ce futur.

Il s’agissait surtout de ne pas paniquer. Inutile de songer aux moyens d’attirer subtilement la tête de David dans le mixer le plus proche, ni d’estimer la discrétion qui serait nécessaire à son croc-en-jambe pour le précipiter par la fenêtre sans être inquiété. Tout cela n’était sans doute qu’un vague futur, parmi des centaines d’autres futurs possibles, tout cela n’avait absolument aucune espèce d’importance, Adam relativisait très bien, Adam était très calme, très serein, très…

L’enflure. L’enflure avait amené un paquet de bretzels. Ce type draguait ouvertement son Salem. A lui. Chasse gardée. Le regard noir (littéralement et, cette fois-ci, métaphoriquement) d’Adam avait suivi le mouvement de David jusqu’à eux et il eût volontiers assassiné Suzy qui se décalait pour permettre à David de s’asseoir près d’eux et de prendre part à leur éventuelle conversation.

Adam ne savait absolument pas quoi faire. Il avait été trompé auparavant, mais il n’avait rien vu venir et, mis devant le fait accompli, il s’était retrouvé désemparé. Alors, là… Il eût presque souhaité que qu’un drame survînt, quelque chose dont il eût l’habitude. Une tentative de meurtre, par exemple. Mais le salon ne semblait pas abriter de volontaires.


— Adam, c’est ça ? Tu n’as pas l’air très à l’aise…
— Pardon ?


David demeura un instant décontenancé par le regard de son rival. D’un côté, il était ravi de constater que le futur ex-copain de Salem (de son point de vue) était un type taciturne avec des airs de tueur, et qui donc ne conviendrait pas très longtemps au joyeux et volubile adolescent ; de l’autre, il n’était pas certain de vouloir entrain en conflit précisément avec un type taciturne aux airs de tueur et qui n’était pas exactement aussi chétif que les deux informatiques « asiatique » et « super intelligent » le lui avaient d’abord suggéré.

— Je disais, tu n’as pas l’air très à l’aise.

Le printemps de la jalousie faisait fleurir des perfidies dans l’esprit d’Adam, que le jeune homme fit son possible pour refouler.

— Si, ça va. J’observe. Je m’instruis, disons.

Voilà qui n’était pas du tout suspect. Autour de Salem, de David et d’Adam, un micro-climat de plus en plus arctique se formait dans la chaleureuse soirée, tandis que le reste du groupe, tout à fait indifférent à la confrontation incompréhensible et tacite qui se jouait dans un coin de la pièce, et dont de toute façon Adam était le seul à avoir tous les éléments, était engagé dans une conversation animée sur les résultats des derniers matchs de base-ball — l’Amérique en action.

David, d’un air vaguement méfiant, reprit :


— Ah… Et, euh… Qu’est-ce que tu apprends, du coup ?
— Ça dépend. Tu aimes ça, les bretzels ?


L’adolescent déglutit péniblement. L’allusion était pour lui transparente et il prenait soudainement conscience qu’il se retrouvait plus ou moins, aux yeux d’Adam, dans le rôle du briseur de couple, ce qui somme toute était très loin de l’enchanter — même si Adam était à ses yeux assez antipathique pour que ses scrupules fussent largement diminués.

De son côté, Adam, en constatant le trouble de son interlocuteur, se rendit compte qu’il ne donnait pas exactement une image enchanteresse de lui et donc, indirectement, de la clairvoyance de Salem dans ses choix amoureux. Et puis, il n’avait pas vraiment envie de torturer David — il avait été trop souvent l’admirateur silencieux de tel ou tel beau garçon pour ne pas arriver à compatir, pour une fois, avec lui.

Sans laisser le temps à l’adolescent de donner une réponse qui, de toute façon, eût été compromettante et qui eût couru le risque de faire tomber les écailles des yeux de Salem (pris malgré lui dans cette conversation un peu opaque), Adam reprit, cette fois-ci avec un sourire et un ton beaucoup, beaucoup plus agréable :


— Donc, t’es en SES, si j’ai bien compris. Ca t’plait ? Tu voudrais faire quoi plus tard ? Ça t’intéresse, la politique ?

Parce que quitte à ravaler sa jalousie et à se montrer compréhensif, autant recruter au passage.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Mar 27 Nov - 19:07


Ce canapé est un vrai rubix cube, Suzy a bougé... je la voyais plutôt à côté de Kate, et donc de Wayne, sachant que Salem est à gauche de Cole et Mary... Bref on s'en fout, David s'assit à côté de Salem, une place de rêve s'il n'y avait pas eu le congélateur chinois juste à quelques centimètres de là. Salem, lui, était occupé à parler base-ball, uniquement pour le plaisir de troller ce sport qu'il n'avait jamais trop compris, ni cherché à comprendre – le basket c'est vachement plus marrant. Il s'arrêta cependant en entendant parler de bretzel et en sentant un courant d'air glacé du côté de son compagnon.

Son regard passant successivement d'Adam à celui qu'il semblait vouloir assassiner sur place sans trop comprendre. Un instant, il crut que les deux garçons se connaissaient, mais David avait l'air aussi prit de court que lui, et puis avec cette histoire de bretzels, il se sentait quand même un peu concerné – à peu près tous ceux qui le connaissaient avait pu constater son goût pour les biscuits apéritifs, et les bretzels tout particulièrement. Il avait vraiment l'impression d'avoir raté un épisode, mais n'osait pas trop demander, vu qu'il était apparemment le seul des trois à être un peu perdu, et aussi que l'ambiance tendue ne s'y prêtait pas vraiment. Finalement, avec une petite hésitation, il posa sa main sur l'épaule d'Adam et lui fit une petite bise dans le cou, histoire de le détourner de ce pauvre David. Pas qu'il ait envie de protéger l'intéressé, qui était sûrement le responsable, parce qu'Adam, il était gentil, mais il n'avait pas envie que la première soirée entre amis avec son compagnon tourne mal.

Occupé à tirer la langue à Mary, qui avait tout vu et ne manqua pas de faire un petit commentaire, juste pour le voir rougir, Salem ne remarqua pas la mine décomposée de David. Celui-ci ne pouvait s'empêcher de penser que Salem n'avait vraiment rien à faire avec un type aussi antipathique, et qu'il serait sans doute nettement plus heureux avec un type comme... voyons voir... lui ? M'enfin, il laissa ces pensées de côté et prit son air le plus détaché possible – pour ne pas rendre Adam trop heureux – avant de répondre aux questions posées.

« Ça me plaît, oui, je compte continuer dans l'expertise-comptable après (pauvre fou) la politique ? Oui, ça m'intéresse. »

Disons que ça l'intéressait très vaguement, mais qu'il était plus ou moins obligé de suivre les dégâts de la crise dans le monde et ce genre de chose pour devenir un expert-comptable digne de ce nom, qui saurait entretenir les conversations en soirée. Et puis, si Salem aimait les garçons intelligents, il fallait faire bonne figure, déjà que niveau musculature, il était pas trop au point. Pour ce qui était des différents partis, il n'avait pas encore beaucoup réfléchit à celui qu'il allait un jour défendre bec et ongle autour de la machine à café avec tous ses collègues en cravates. C'est qu'il devait encore attendre quelques mois avant de pouvoir voter, alors tout ça était un peu lointain pour lui. Pour éviter à Adam d'aller plus loin dans le sujet, et de se retrouver à sec très vite, David tenta de lui poser quelques questions aussi.

« Et toi, tu fais quoi dans la vie ? Tu fais beaucoup de sport, non ? »
« Il était boxeur professionnel international ! »
« Ah... »

Un boxeur, soudain les regards que lui avaient lancés Adam quelques secondes plus tôt lui semblèrent nettement plus inquiétants, et le pire, c'est que Salem avait plutôt l'air fier de son copain. Décidément, en amour comme au travail, l'avenir de David paraissait sombre, mais il y avait encore des millions de possibles variations avant qu'il ne se décide à épouser le grand dadais à lunettes qui l'avait serré contre la photocopieuse alors qu'ils faisaient des heures supplémentaires pour terminer l'archivage des factures de l'année. Tout était encore possible.

Une quantité innombrable de possibilités s'offraient aussi à Satan n°2, ou plutôt Lilith, alors qu'elle descendait du bus dans une gare routière de la banlieue. Contrairement à bon nombre des exs de Salem, elle n'était pas blonde et n'avait pas une poitrine particulièrement outrageuse, même s'il y avait largement de quoi caler sa tête pour une bonne sieste. Jenny s'était invité à la fête et malheureusement pour certains, son car n'implosa pas en chemin, aucun accident de la route ne l'avait ralenti, il n'avait pas croisé la moindre flaque d'huile pour finir couché sur le bas-coté, ni même un sympathique passage à niveau mal sécurisé qui lui aurait permis de finir coupé en deux. Non, rien de tout ça, elle était bien là, entière, sac de sport à l'épaule, typé d'un pays d'Amérique du sud qu'elle n'avait jamais vu et transpirant l'assurance.

« Hey ! Taxi ! »

Le taxi ne loupa pas sa manœuvre pour se garer et ne la balança pas dans une vitrine, décidément, quelle soirée sinistre.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Mar 27 Nov - 19:36

La machine parfaitement détraquée qui servait d’esprit à Adam Tenseï et qui faisait de lui un stratège redoutable, un compagnon incompréhensible, un philosophe hétéroclite, un psychologue inégal et un grand champion de la culpabilité, s’était mise en branle et, en quelques secondes, elle avait décidé que David était plus beau, plus intelligent et plus gentil, que donc Salem eût été plus heureux avec lui et que lui, Adam, gâchait la vie de son innocent compagnon.

L’Asiatique eût néanmoins le bon sens de ne pas tenter de comparer les gémissements de Salem avec David dans sa vision d’un futur peut-être inéluctable avec les gémissements de Salem le soir précédent, quand, en faisant très attention de ne pas rouvrir la plaie, il avait… Bref. Tout cela était contre-productif. Du calme, de l’ordre, de la méthode, tout allait bien se passer.

Même si le peu d’engouement que David avait montré en parlant de politique dénotait un intérêt très relatif qui donnait envie à son interlocuteur de le prendre par les épaules, de le secouer et de lui faire un discours idéologique, Adam fit tous les efforts du monde pour conserver son calme — des efforts qui n’allaient pas jusqu’à sourire à ce rapace de comptable qui lorgnait sur son futur époux et leurs fiançailles imaginaires.

Bon, ils allaient s’en tenir à une discussion de circonstances, de présentation. Parler de son emploi, par exemple. Adam haussa un sourcil en entendant l’exclamation fanfaronne de son compagnon. Manifestement, Salem était beaucoup plus intéressé par sa carrière de sportive (passée) que par sa carrière politicienne (présente et future), ce qui, à en juger par les sourires d’assentiment et les commentaires plus ou moins innocents des jeunes filles de l’assistance, rencontrait une générale approbation.

Un peu embarrassé, Adam confirma :


— Euh, oui, y a eu ça…

Manifestement, se faire mousser n’entrait pas dans le rayon de ses capacités et alors que tout le monde s’attendait à une histoire palpitante de combat héroïque, avec de la sueur, de la testostérone et du sang, le jeune homme avait balayé du revers d’une demi-phrase l’évocation d’un passé qui n’était pourtant pas si lointain que cela, d’autant moins lointain que s’il ne fréquentait plus les circuits professionnels, les combats plus officieux étaient encore à l’ordre du jour.

Mais à vrai dire, Adam se préoccupait beaucoup moins de l’assistance générale et de la mission de prouver que Salem était un type super cool en prouvant qu’il était lui-même un morceau de choix, comme les épouses à un dîner de banquiers faisaient valoir par leur silencieuse beauté la puissance de leurs maris, que de David, dont il ne savait trop s’il avait envie de le préserver dans une situation dont il pouvait s’imaginer qu’elle lui était désagréable ou si, au contraire, il voulait le réduire en miette.

En attendant de se décider, Adam résolut de répondre à la question :


— Là, je travaille pour le Parti Démocrate. Je m’occupe du suivi des projets pilotes en matière d’urbanisme sportif sur New York, pour qu’on puisse extrapoler à l’ensemble des tissus urbains de la côte et construire une base à injecter dans le programme post-primaire, histoire de commencer à rassembler les Grands Electeurs pour la prochaine présidentielle.

Hélas pour Adam, la conversation sur le base-ball s’était éteinte, parce que tout le monde avait envie de savoir si « le mec de Salem » correspondait à la description que Salem, justement, en avait donnée. Et sa réponse, de toute évidence, n’était perméable ni à David, ni au reste de l’assistance. Adam détacha les yeux de son rival pour parcourir les regards perplexes des jeunes gens.

Cole décida de prendre en main l’hébétude générale et d’exprimer la question qui taraudait tous ces esprits :


— Mais, euh… Concrètement, ça veut dire quoi ?

Adam esquissa une moue songeuse, qui devait lui donner un air mignon, parce que Kate fit un clin d’œil assez appuyé à Salem, puis répondit aussi pédagogiquement que possible :

— Concrètement, ça veut dire que je rencontre les élus locaux, les associations et les prometteurs qui développent des projets sportifs, des complexes, des programmes, des cours, des formations, surtout dans les quartiers pauvres, que je discute avec eux, que je vois de quoi ils ont besoin et ce qu’on peut leur donner.

Parallèlement, j’analyse la manière dont ça s’intègre à la politique urbaine géné… à la façon dont l’administration développe l’ensemble de la ville, gère les aides sociales, le soutien scolaire, la distribution de l’énergie, etc. L’idée, c’est que le sport est une des facettes de la fracture sociale, et que c’est pas en prenant trois génies du football américain par an pour les envoyer à Harvard qu’on va combler le fossé.

A partir de ce travail de terrain, on essaye d’établir des équivalences pour d’autres villes où on est moins implantés et de construire un projet aux niveaux au-dessus. Un projet national, qui pourrait fédérer les différentes mouvances du parti lors des prochaines primaires pour les élections présidentielles et permettre à notre candidat de mener une campagne efficace et, après, une politique efficace.


Si Adam avait voulu assommer David, le jeter dans un trou et l’enterrer à grandes pelletées, l’effet n’eût sans doute pas été différent. Quand l’adolescent songeait que son principal problème de la semaine, outre séduire Salem (qui était son problème existentiel du moment), s’incarnait dans un devoir de mathématiques, il avait un peu de mal à se sentir très valorisé.

Il perdait du terrain, c’était évident, et s’il laissait Adam s’en tirer avec son discours, Salem vivrait perpétuellement dans l’illusion que son psychopathe de petit copain était un type intéressant. Il était impératif qu’il remisât sa timidité et menât, pour une fois, l’offensive. Seulement, il ne savait pas trop par où commencer. Il fouilla dans son esprit, tenter de former une phrase que sa professeure de sciences sociales, qui avait étudié à Berkeley (enfin, c’était ce qui se racontait), aurait pu dire.

Il hasarda finalement :


— Mais c’est pas un peu une logique de paternalisme bourgeois, ça ?

Adam faillit s’étouffer avec une chips. Salem, qui avait vu débarquer ces derniers jours, à côté de ses comics et de ses manuels de cours, toute une collection d’écrits politiques dont les plus conservateurs étaient, à la rigueur, au centre gauche, devait pour sa part se douter que l’orage couvait.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Mer 28 Nov - 17:56

Salem était effectivement intéressé par l'ancienne carrière sportive d'Adam, déjà parce qu'elle faisait un peu rêver, surtout quand Brad lui racontait les exploits passés de son compagnon avec ce qu'il fallait de suspens et d’exagérations. Mais ce n'était pas complètement pour épater la galerie que Salem avait préféré parler de boxe que d'urbanisme, il connaissait l'assistance et savait très bien ce qui pouvait leur plaire ou les perdre totalement. Et au vu de la tête que faisait certains maintenant, il ne s'était pas trompé en pensant que le métier d'Adam était un peu hors de leur portée. Tout le monde s'était mit à écouter religieusement leur aîné en essayant de comprendre, ce qui n'était pas tout à fait gagné.

Finalement, ce fut David qui tenta de donner son avis, Salem eut immédiatement une moue qui pouvait laisser penser qu'il s'attendait à ce qu'une explosion nucléaire ait lieu dans la pièce dans les secondes qui viendraient. Il n'avait pas exactement compris ce que son camarade voulait dire par paternalisme bourgeois, mais en partageant la vie d'Adam à temps plein, il n'avait pas pu passer à côté de quelques notions de base sur la politique, le parti démocrate, le progressisme et la fameuse révolution marxiste. Mais ce qu'il savait surtout, c'est qu'en matière de politique, Adam avait des idées bien arrêtées et des réactions plutôt vive – il n'avait pas oublié sa réaction en voyant que le très conservateur Captain America se situait en bonne place dans sa bibliothèque.

Aussi s'attendait-il, presque à raison, à ce qu'Adam empoigne David et lui fasse comprendre sa vision des choses en lui cognant la tête contre un meuble.

« Non... c'est pas ça... »

Salem tenta de réagir avant, encore une fois pour éviter les morts inutiles qui auraient un peu cassé l'ambiance. Cependant, il ne se sentait pas vraiment capable d'expliquer pourquoi ce n'était « pas ça » tout comme il n'aurait pas su expliquer quelle était exactement la mission d'Adam, à part parler avec des gens. Malheureusement pour lui, tout le monde le regardait en attendant qu'il étoffe un peu sa réponse – parce qu'ils n'avaient pas trop compris ni le discours d'Adam, ni la réponse de David, eux non plus. Ce dernier eut un léger sourire alors que Salem le regardait avec une bouille un peu perdue en cherchant comment lui répondre, il le trouvait vraiment à croquer.

« C'est pas bourgeois parce que... Adam il est du côté des prolétaires, il le ferait pas si ça l'était. »

Le sourire de David s'élargit un peu plus en constatant que Salem n'avait apparemment pas tout compris non plus à ce qu'avait raconté son petit copain sur son métier, preuve irréfutable qu'ils n'avaient rien à faire ensemble. Juste pour le plaisir de le voir continuer à faire une moue adorable, et pour capturer un peu de son temps, il insista.

« Mais... paternaliste, ça l'est, non ? »
« Heu... un peu ? C'est comme la sécurité sociale en fait, mais pour le sport, faut que tout le monde y ai accès, non ? C'est paternaliste, la sécu ? »
« Si c'est pour le sport, ça doit être bien, non ? »
« Faut voir, tu penses que c'est le rôle de l'état du gouvernement les installations sportives, Cole ? »
« Heu... ben... vaudrait mieux qu'il s'occupe de choses plus importantes... peut-être ? »
« Y'a plus important ! Les quotas de pêche par exemple, vous saviez que... »
« Ça y est, Ivan va nous reparler de son dossier sur la disparition du cabillaud dans la mer Baltique... »
« Bah quoi, quand y'aura plus de cabillauds tu seras le premier à pleurer. »
« D'un coté il a pas tord, vaut mieux que l'État s'occupe de la protection du poisson que du sport»
« Hey ça va pas ! On s'en fout des sardines ! »
« C'est important le sport, quand même, avec l'épidémie d'obésité... »
« Mais pourquoi l'État s'occuperait de l'obésité ? C'est aux gens de se gérer, non ? Si on commence à centraliser la santé et le sport, alors pourquoi pas les transports aussi, pour que tout le monde y ait accès ? Et puis tout le reste, et avant de s'en rendre compte, on sera tous communiste. »
« Heu... »

David s'en donnait à cœur-joie, avec ses petits camarades, ce n'était pas très difficile de mener la barque. Salem, pour sa part, était loin de s'y connaître en la matière, et se trouvait donc un peu prit de court.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Mer 28 Nov - 22:40

Bourgeois. Adam venait de se faire traiter de bourgeois. De bourgeois paternaliste. Le regard de l’Asiatique s’était posé sur David avec l’intention manifeste de le dépecer sur place avant de disperser les morceaux de son cadavre subséquemment démembré dans la baie de New York. Il voulait bien être sympathique avec un jeune homme qui avait l’air timide et dont il pouvait supposer que le spectacle de Salem avec un autre homme lui était pénible, mais si on le cherchait, c’était une toute autre histoire. Surtout si on le cherchait en politique.

Adam ouvrit la bouche pour lui faire recracher son Althusser avec ses dents, mais Salem le prit de court. Parfaitement soumis à l’autorité de son petit ami, du moins quand il évoluait dans cette terre hostile peuplée d’adolescents qu’il ne connaissait pas, Adam referma la bouche et laissa Salem gérer la conversation, ou plutôt susciter une conversation qui amena une brusque révélation : il était en enfer.

Ce n’était pas possible autrement. Entre le calvaire de devoir poser plus ou moins aimablement le regard sur celui qui, dans un futur peut-être très probable, allait s’abandonner aux lascivités de Salem et les fragments d’analyses politiques des autres participants à la fête sortis directement de Fox News, Adam souffrait en silence et, surtout, il ne se sentait pas vraiment à sa place.

La vie eût-elle cherché à lui démontrer par A plus B que Salem et lui vivaient dans deux univers complètement différents qui n’avaient rien en commun qu’elle ne s’y serait pas prise autrement. La discussion qui s’engageait entre les jeunes gens lui faisait sournoisement prendre conscience que puisqu’ils étaient les amis de Salem, alors ils étaient son monde, un monde où lui ne pouvait guère atteindre qu’au statut d’adulte ennuyeux, qui faisait un métier, manifestement, inutile, et dont les explications étaient nébuleuses.

A cette réalisation brutale se joignait la constatation que David n’était pas exactement le petit chiot sans défense qu’il avait d’abord imaginé. La façon dont l’adolescent alimentait une conversation dont il pouvait aisément imaginer qu’elle le mettait mal à l’aise trahissait, aux yeux d’Adam, un dessein formé de le mettre hors de lui et la perversité de cette tragédie n’inspirait rien de bon à Adam. Certes, ce dernier manipulait les gens, mais jamais dans sa vie personnelle, en poursuivant des buts sentimentaux.

Alors que les adolescents s’échauffaient et discutaient la possibilité d’un communisme aux Etats-Unis, tout en étant, de toute évidence, à peu près dépourvus de notions historiques et théoriques sur ce qu’était et avait été le communisme, le marxisme, le stalinisme, le léninisme, le maoïsme, la Guerre Froide, le maccarthysme, le trotskisme ou les Internationales, Adam gardait les yeux fixés sur David qui orchestrait la chorale et la conscience du piège qu’on lui tendait l’empêchait seule de s’y précipiter.

C’était quand, dans l’univers particulier d’Adam Tenseï, la manipulation psychologique ne relevait pas du quotidien. Adam n’avait jamais regardé une série pour adolescents et ne savait pas que ces êtres très étranges pouvaient se comporter d’une manière un peu douteuse sans pour autant être des monstres. Lui, Adam, ce qu’il connaissait, c’était les psychopathes, les pervers cliniques, les meurtriers, les sadiques et les violeurs. Alors tout prenait des proportions plus importantes.

Il tenta de se raisonner. C’était pour l’énerver. Parce qu’il était avec Salem. Et que David voulait être avec Salem. Rien de plus normal, rien de plus banal. Aucune raison de soupçonner le pire. Une sonnerie austère vint le sauver de la paranoïa. Il sortit son téléphone et murmura :


— Scusez-moi, c’est ma cheffe.

Les charmes de la politique, c’était que le travail n’était jamais fini. Adam se leva, se faufila périlleusement entre les jambes et gagna le balcon en décrochant. Pendant qu’il discutait de la meilleure manière de mettre en évidence les désastreux investissements républicains dans le développement de l’aide sociale, son futur immédiat empirait très vite de l’autre côté de la vitre — il empirait à la vitesse que Jenny mettait à gravir les escaliers. Déjà elle sonnait à la porte.

La jeune femme débarqua dans l’assemblée. Son arrivée eut certes le mérite de mettre un terme à la conversation politique qui battait jusqu’à lors son plein, mais tel en était peut-être, pour Adam, le seul bénéfice. Quand le jeune homme eût raccroché finalement et qu’il rentra enfin dans le salon, ses yeux se posèrent aussitôt sur la jeune femme qui était assise à sa place à côté de Salem — qui était même pressée contre Salem, car l’exiguïté du mobilier avait bon dos.

Et brutalement, son esprit fit la connexion qu’il n’avait pas faite entre « Jenny » et la « Jenny », celle que Salem avait gardée sous le coude au cas où, dans les premiers jours de sa relation, celle à qui il avait probablement envoyé des messages sentimentaux, téléphoné, dans le même temps qu’il l’assurait de la vivacité de ses sentiments, celle qu’Adam avait vu, aussi, en pleins ébats, par le passé, avec son petit ami.

Une envie impérieuse surgit en lui : celle de prétendre qu’on avait besoin de lui au travail, qu’il était obligé de partir, qu’il était désolé, que les rencontrer tous avait été très agréable, qu’il espérait remettre cela prochainement. Mais il craignait que ce départ abrupt parût suspect, il craignait d’offrir une victoire à David, ou Jenny, ou les deux, il craignait encore de décevoir Salem.

Dans le même temps, il en voulait un peu à son compagnon. Ce que Jenny était venu faire ici lui échappait complètement et que Salem eût pu laisser la chose se produire le blessait. Il pouvait lui pardonner sa naïveté à l’endroit de David, parce que ce futur ne s’était pas encore produit — ne se produirait jamais, Adam l’espérait — mais Jenny, c’était différent. Adam se sentait de toute part menacé.

Il alla s’asseoir sur un autre canapé, sans même chercher à reprendre sa place près de Salem. Une vague de découragement déferlait sur lui. Il avait salué vaguement Jenny, en feignant de ne se rendre compte de rien, ce qui pouvait duper les autres, peut-être la jeune fille, certainement pas Salem. Adam se retrouvait d’Ivan, à moins que ce fût Cole, il n’était plus très sûr.


— Et sinon, Adam, t’aimes quoi, comme musique ?

Le silence se fit. Après tout, Adam était un peu l’attraction de la soirée et tous étaient curieux de pouvoir enfin le juger à partir de critères qu’ils maîtrisaient : la musique, le cinéma, les séries télévisées. Il s’agissait de voir s’il avait de bons goûts. Le mutant, qui n’avait plus été capable d’écouter un morceau de musique depuis plus de dix ans, tourna un regard un peu inquiet vers Salem, en répondant avec réticence :

— Je suis… J’suis pas très musique.

Un silence consterné suivit sa réponse. Adam ne marquait pas beaucoup de points. Certes, il était bien fait de sa personne, mais c’était à peu près sa seule qualité. Il parlait peu. Quand il parlait, c’était incompréhensible. Et il n’aimait pas la musique. Charitablement, son interlocuteur se proposa de l’aider à redorer son blason en lui tendant une autre perche :

— Alors cinéma ! C’est quoi ton film préféré, cette année ?

C’était officiel : Adam avait envie de pleurer.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Jeu 29 Nov - 20:11

Le pseudo débat politique était lancé, et Salem ne pouvait s’empêcher de penser qu'il avait de grosses lacunes à combler en la matière, même Cole arrivait à lancer quelques arguments et le nom de deux-trois politiciens, et Ivan faisait un parfait défenseur de cabillaud. Si déjà il ne trouvait rien à leur répondre, alors parler de politique avec Adam, c'était vraiment mal barré. Étrange d'ailleurs que son compagnon resta silencieux. Alors qu'il tournait la tête vers lui celui-ci reçut un coup de téléphone et sorti sur le balcon. C'est alors que les choses vraiment techniques commencèrent.

La sonnette sonna – jusque-là ça allait encore – et quelques instants plus tard Jenny saluait joyeusement tout le monde. Il fallait dire que la donzelle n'était pas une complète étrangère, car elle avait Facebook, que Salem avait Facebook, que tout le monde dans la pièce avait Facebook – puisqu'Adam est dehors. À coup de messages sur les murs des uns et des autres, elle avait tissé des liens avec un peu tout le monde et même David, qui n'est pas dans les amis de Salem mais qui espionne joyeusement, savait qu'elle était sa meilleure amie. Après quelque secondes où Suzy lui expliqua où elle pouvait mettre ses affaires et que le canapé sur lequel presque tout le monde était joyeusement vautré – elle compris – sera son lit pour le week-end, la conversation se transforma en un interrogatoire auquel elle répondit volontier.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le changement avec Adam était radical, Jenny avait l'age de Salem et voulait faire de la télé, voir même du cinéma. Elle avait quitté l'école deux ans plus tôt et depuis travaillait comme caissière tout en décrochant de temps à autre quelques petits contrats pour du mannequinat et, actuellement, le doublage d'un personnage très secondaire dans un film africain à l'eau de rose mal joué qui passera sur une petite chaîne numérique au milieu de la nuit dans les prochains mois. Évidemment, ce n'était pas ce dont elle rêvait, elle espérait maintenant que sa demande de bourse serait accepté pour rejoindre l'année prochaine un conservatoire d'art dramatique, tout en continuant à distribuer son book à tout ceux que ça pouvait intéresser pour une raison ou une autre – et à ceux qui n'en avait rien à faire aussi, on ne sait jamais.

À côté de ça, elle parla des musiques à pirater absolument, de jeux vidéos indépendants et des derniers buzz du net. Adam revint finalement et Jenny le détailla de haut en bas en se colla ostensiblement à Salem, qui tenta de s'en éloigner un peu en se collant à David. La situation dans laquelle il se trouvait était plutôt embarrassante, et ça ne s'arrangea pas avec les questions de Cole ou de je-ne-sais-qui. Salem avait beau ne vraiment pas être doué parfois, il voyait bien à quel point la situation d'Adam était devenu difficile. Jenny, quant à elle, paraissait un peu étonnée, le compagnon de son copain n'avait vraiment d'exaltant, pour le peu qu'elle venait de voir, il parlait à peine, et il n'aimait pas la musique ni le cinéma ? Salem devait être en pleine dépression pour sortir avec un type pareil. Puisque la réponse était restée en suspens, elle la prit pour elle.

« Moi, je peux regarder n'importe quoi pour peu qu''il y ait Johnny Depp dedans. »
« Ah c'est sûr, il est trop beau ! »
« Ouais, et puis il joue bien, et toi, Sam, tu le trouves pas trop sexy, sérieux ? »
« Heu... »

Tous les regards féminins s'était posé sur Salem pendant qu'il se disait qu'il n'avait jamais vraiment flashé sur un personnage de films, pas assez proche de lui, sans doute.

« J'aime bien Jack Sparrow, il est marrant, mais après, l'acteur... »
« T'es fou, il est super ! C'est lesquels que tu trouves mignons, alors ? Ou bien tu préfères les actrices ? »

Elle se rendit compte un peu tard qu'elle était allée trop loin, l'assistance la regardait, l'air de se demander pourquoi elle voulait faire changer Salem de bord. L'intéressé s'était quant à lui complètement fermé et partit s'asseoir près d'Adam, et cette fois-ci, le canapé ne justifiait pas qu'il se mette si près de son camarade. Jenny aussi s'était levée, elle attrapa un saladier de chips à la crevette sur la table basse et s'assit à la place qu'il occupait en les grignotant. De là, elle se trouvait à nouveau assez proche de Salem, mais pouvait aussi observer Adam.

« Roh, commence pas à faire la gueule, je rigolais. »
« Je fais pas la gueule. »
« Mouais... Et donc, toi, tu es Adam. Sam m'a beaucoup parlé de toi, il a l'air intéressant, ton nouveau job. »

Vu la tête des jeunes sur le canapé d'à-côté, tout le monde n'était pas de cet avis.

« J't'ai pas trouvé sur Facebook, t'as un pseudo ou t'utilise pas internet non plus ? 'Fin bon, contente de te rencontrer en tout cas. »

Salem paraissait un peu étonné par ce discours, en temps normal il l'aurait plutôt vu vider deux litres de soda sans sucre sur celui qui lui avait pris son copain. Mais depuis qu'elle avait décidé de s'incruster à la fête, elle semblait presque avoir tourné la page et la petite rechute qu'elle venait de faire mise à part, ne plus vouloir le convaincre qu'il était plus fait pour téter une belle paire de seins qu'une belle... bref. Il faut dire que l'attitude qu'elle avait pu avoir avec Salem depuis qu'il l'avait quitté avait plus dégradé leur relation qu'autre chose. Peut-être avait-elle réellement décidé de laisser tomber, ou alors elle changeait de stratégie.

Ouais, ça devait être, ça.

D'ailleurs, elle venait d'attraper une bouteille de coca, Salem eut presque peur, mais elle se contenta de vider le fond et de la brandir fièrement.

« Le jeu de la bouteille, tu connais ? »

Peut-être qu'Adam ne connaissait pas, mais vu les exclamations des autres ce jeu devait être mondialement connu. Les jeunes bougèrent pour se répartir un peu mieux autour de la table tandis que Jenny fit de la place, posa la bouteille et la fit tourner. Elle tomba presque sur Adam, mais après un contrôle d'huissier – de Wayne et Kate – il fut décidé que c'était exactement le genou d'Ivan qui était visé. Jenny rejoignit donc le suédois et lui roula un patin mémorable qui fit gueuler et siffler pas mal de monde. Le défenseur de cabillauds ne sembla pas déçu du voyage, ce fut ensuite son tour, et il alla déposer un baiser beaucoup plus chaste sur les lèvres de Susan, qui vint ensuite faire une grosse bise à Salem, qui fit à son tour tourner la bouteille.

Après un bref, mais insoutenable, moment de suspens, la bouteille pointa droit sur... Adam. Comme quoi le destin (oui, parfois, je me fais appeler destin) peut parfois jouer des tours. Salem eut un sourire et tourna la tête vers Adam pour l'embrasser, sans l'agressivité provocante de Jenny ni la retenue de Susan. Juste un vrai baiser d'amour, tendre et long, très long.

« Appelez la police, Sam est en train de l'étouffer. »

Salem ne prêta pas attention aux rires, qui lui faisait d'ailleurs un peu penser à des adolescents pas trop à l'aise avec leur sexualité pour le coup, et reprit finalement sa place sur le canapé. Plus près à montrer à Jenny que son combat était loin d'être gagné que jamais. Et en se demandant sur qui son compagnon allait tomber, aussi, c'est important.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Jeu 29 Nov - 23:50

Adam passait silencieusement en revue la liste des circonstances atténuantes pour les homicides volontaires et il était presque certain que, quelque part dans le tas, il devait y avoir crime passionnel. Tuer l’ancienne compagne de son compagnon devait sans doute rentrer dans la catégorie — il ne prendrait donc qu’une dizaine d’années de prison, c’était sans doute très acceptable pour le plaisir de voir le sang dégouliner de cette gorge trop prompte à faire vibrer ses cordes vocales.

Les regards s’étaient finalement détournés de lui, lassé du peu de prises qu’il offrait à la curiosité générale. Sans doute le jeune homme eût-il été soulagé de ce soudain désintérêt s’il n’avait pas senti qu’il le devait en partie à la présence beaucoup plus attrayante que Jenny. Manifestement, elle correspondait beaucoup plus à l’univers que Salem fréquentait, qu’il aimait fréquenté, et avec elle, Adam était sûr que les choses étaient possibles — rien à voir avec l’hypothétique futur que représentait David.

L’Asiatique était donc beaucoup plus préoccupé par ses pensées à chaque seconde plus noires que par la conversation sur un acteur célèbre, dont il n’était absolument pas certain de pouvoir se représenter le visage. Le nom lui disait vaguement quelque chose, mais il lisait les rubriques politiques, économiques et les colonnes de faits divers, pas vraiment l’actualité people, ni les émissions de variété — et se retrouvait donc à mille lieues de la conversation, une fois de plus.

Dans ces conditions, Adam était prêt à se féliciter de n’importe quelle victoire — et notamment du fait que Salem vînt s’asseoir près de lui. Il passa un bras autour de la taille de son amant, moins pour montrer son territoire, finalement, que pour profiter d’une présence réconfortante dans son long chemin de croix. Le geste de Salem l’avait un peu rassuré — il n’en était pas encore arrivé à la conclusion que David et Jenny constituaient immédiatement de meilleurs choix.

Les yeux du jeune homme se posèrent sur Jenny. Qui revenait à la charge. Adam répondit de guerre lasse :


— J’ai pas Facebook.

Comme il était à peu près incapable d’hypocrisie, il ne put guère lui retourner le compliment et affirmer qu’il était heureux de la rencontrer ; son sens de la politesse ne lui permettait guère que de ne pas avouer qu’il nourrissait à son endroit de sinistres et meurtriers projets. De toute façon, il était bien trop occupé à se rendre compte qu’il avait commis une énième erreur en se coupant des réseaux sociaux.

Jamais sa vie ne lui avait paru plus étrange, plus anormale et plus éloignée de celle de Salem. Comme les autres membres de l’assistance, il en venait à se demander ce que l’adolescent pouvait bien lui trouver, à lui qui n’avait pas Facebook, qui n’aimait pas le cinéma, qui ne connaissait pas Johnny Depp, qui n’écoutait pas de musique, qui avait un travail inintéressant et qui, probablement, ne devait pas avoir l’air très aimable.

Ah. Et il ne connaissait pas le jeu de la bouteille, non plus — il n’avait jamais pratiqué et jamais regardé aucun film ou série d’adolescents qui lui en eût enseigné les rudiments. Mais il se contenta de hausser les épaules, en supposant qu’un jeu qui ne se jouait qu’avec une bouteille ne devait pas être très compliqué et qu’il comprendrait les règles sur le tas. Inutile de se ridiculiser une fois de plus.

Son flegme faillit l’abandonner quand il se rendit compte que le jeu de la bouteille était une excuse pour l’orgie et ce fut avec un haussement de sourcils — démonstration hyperbolique de sa surprise — qu’il suivit du regard Jenny. Sa main se crispa un peu sur la taille de Salem. C’était officiel, il allait se briser le poignet contre la table pour avoir une excellente excuse de s’enfuir de cette soirée abominable.

La bouteille continuait à tourner sous son regard navré. Salem posait la main sur la bouteille. Voilà, il allait avoir une excellente excuse pour faire des galipettes avec Jenny ou David et… Signe du caractère exceptionnel de la soirée, un nouveau haussement de sourcils accompagna l’arrêt de la bouteille en sa direction. Comme Salem se penchait vers lui, Adam glissa une main sur la nuque de son compagnon, une autre sur sa joue et s’abandonna au baiser, pour que pendant les nombreuses secondes qu’il durerait, tous les autres disparussent de l’univers et qu’une chose vînt ensoleiller son calvaire.

Ce dont Adam ne se rendait pas compte, c’était que ce baiser, aux yeux des jeunes filles de l’assistance du moins, renouvelait très favorablement son image. Puis, quand ils se détachèrent finalement l’un de l’autre et que le regard passionné et reconnaissant d’Adam resta fixé longuement sur Salem, dans une manifeste indifférence pour tout ce qui l’entourait, une bonne partie des interrogations collectives sur les raisons qui pouvaient pousser l’adolescent à fréquenter un tel garçon s’effondrèrent, tant Adam semblait tout droit échappé d’un film romantique.

Un peu vexée par cette démonstration d’amour silencieuse mais éloquente qui reléguait son histoire avec Salem au flirt d’été, Jenny lança avec une pointe d’agacement :


— Bon, tu joues, là ? On va pas y passer la nuit.

Des regards réprobateurs tombèrent sur celle qui rompait l’enchantement de cette répétition vivante de Twilight. Adam rougit, s’arracha à la contemplation de Salem, posa sa main sur la bouteille et fit tournoyer l’objet — qui ralentit — et s’arrêta, comme on pouvait s’en douter, sur David. Un nœud se forma dans la gorge du jeune homme — le baiser de Salem avait remis les choses en perspective et il n’était plus certain, désormais, que David fût tout à fait un pervers psychopathe. Le hasard renfermait une cruauté certaine pour l’adolescent et Adam ne trouvait aucun plaisir à en être l’instrument.

Mais des regards insistants le poussaient et, docilement, le jeune homme se leva et déposa sur les lèvres de son rival un baiser fugace. Le jeu dura encore un moment, sans qu’aucune combinaison fort intéressante ne se présentât et, finalement, Jenny, qui avait décidé de prendre en main l’ensemble de la soirée, récupéra la bouteille en affirmant qu’elle avait une meilleure idée : ils allaient danser.

D’ailleurs, elle s’était déjà levée pour fouiller dans la pile de CDs qui trônait à côté d’un poste assez récent, sur le manteau d’une ancienne cheminée. Pendant que tout le monde se levait et entreprenait de pousser les meubles pour mettre en œuvre cette idée généralement perçue comme excellente (sauf par David, qui n’avait personne avec qui danser, et Adam), le mutant attrapa Salem par la main, l’attira contre lui et, prétextant un câlin, lui murmura rapidement à l’oreille :


— J’peux absolument pas faire ça. Ça va être une catastrophe. J’peux pas finir à l’hosto pour un coma, Salem. Ils vont trouver et ce s’ra fini.

Pendant que tout le monde s’extasiait intérieurement à voix basse sur ce jeune homme, certes pas très amusant, certes pas très à la mode, certes un peu taciturne, mais décidément terriblement romantique, Adam, lui, essayait de préserver le peu d’avenir qui lui restait des griffes des anti-mutants et de la zumba. Mais déjà les premières notes s’échappaient des enceintes.

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Ven 30 Nov - 20:33

Salem avait beau apprécier Jenny – même si elle s'était souvent montré agaçante, voire carrément odieuse, depuis leur rupture – il ne pouvait s'empêcher d'être satisfait de l'avoir énervée avec ce baiser. La façon dont elle parlait à son copain était loin de lui plaire et il craignait qu'en plus Adam trouvât le moyen de se dire qu'il valait moins bien qu'elle, c'était bien son genre. Jenny avait certes pas mal d'atouts, et ils se ressemblaient beaucoup, Salem et elle, et cela avait beaucoup joué dans le fait qu'ils aient finis ensemble, et que leur relation fut la plus longue qu'il eut. Mais elle avait aussi un bon non nombre de vilaines tares pour compenser, tout particulièrement l'orgueil et l'indiscrétion. Vexée, la donzelle coupa court au jeu au bout de quelques échanges de plus, sans attendre que le hasard lui donne accès aux lèvres de Salem – mais peut-être craignait-elle aussi que ce baiser ne tienne pas la comparaison.

Après avoir du se souffrir David, la politique façon secret story, Jenny, les questions embarrassantes et le jeu de la bouteille, la sixième des sept plaies d'Adam commença. Maintenant, il devait survivre à une de ces chansons qui pouvait déjà provoquer de graves dommages aux cerveaux tout à fait lambda. En entendant parler de musique, Salem jeta un regard inquiet à Adam, il connaissait l'effet dévastateur des films sur son pauvre camarade, mais peut-être que la musique était un peu moins pire.

Ou pas... Décidément, la soirée où il s'était fait poursuivre par des racailles et avait manqué de se faire pulvériser par un géant lui parut soudain presque reposante en comparaison. Mais ce n'était pas le moment de regretter les soirées plus simples et parfois nettement plus agréables – comme celle de la veille, par exemple – qu'ils avaient pu a voir jusque-là, Adam n'allait sans doute pas survivre longtemps à un danza kuduro ou pire, un gangnam style. Il se leva rapidement, rejoignit Jenny à la chaîne hi-fi et sans prévenir, baissa le son au maximum.

« J'vais pas pouvoir danser avec ce que j'ai, puis j'ai mal au crâne en plus. »

Bon, Salem avait toujours plus ou moins mal au crâne, elle était bien placée pour le savoir. Maintenant qu'ils étaient tous les deux un peu à part, Jenny perdit un peu de sa verve et son attitude se fit beaucoup moins abrupte, elle le regarda un instant.

« Tu te sens pas bien ? »
« Ça va, t'inquiètes, c'est rien. »
« Faut vraiment que tu fasses quelque chose pour ces migraines, sûr qu'il t'as besoin de lunettes ou un truc dans le genre. »
« Nan, nan, je vois très bien. »
« C'est peut-être pas grand-chose, un peu comme pour moi, mais j'mets des lentilles et puis voilà. Tu pourrais le faire aussi si t'as peur que ton look en pâtisse... »
« Ouais, heureusement que t'en met, je me souviens très bien de cette photo où t'es avec la paire de hublots, l'appareil dentaire, les boutons d'ac... »
« La ferme ! »

Jenny lui donna un petit coup sur l'épaule alors qu'il repartait en rigolant. Les autres avaient dégagé de la place, mais puisque Salem ne pouvait pas danser, ils se retrouvaient tous un peu bête – si Adam ou David avait dit préférer rester sur le canapé, ça ne les auraient pas gêné, mais lui était un des piliers du groupe – et puis c'était la première fois de la soirée qu'il évoquait sa blessure, ce qui éveilla immédiatement l'intérêt. Ivan hasarda.

« Comment t'as fais pour te planter un couteau dans le bide tout seul ? »
« Heu... J'essayais de cuisiner et... le couteau m'a échappé, je suis pas très doué en la matière. »
« Ça, c'est clair. »
« Tu vas avoir une cicatrice, du coup ? »
« Ouais j'imagine, vous pouvez pas la voir j'ai encore le pansement... »
« Et jouer au bowling, tu penses que tu peux ? »

Jenny avait continué à fouiner dans l'appartement comme si elle était chez elle et sortit deux manettes de wii d'un tiroir. Elle eut une seconde de latence lorsqu'elle tourna la tête et constata que Salem avait soulevé son tee-shirt pour montrer la blessure de guerre à ses copains – pour qui Salem était un modèle à suivre, il avait déjà des tatouages et un écarteur pour faire bad boy, et maintenant une cicatrice, la grabde classe. Pour Jenny, ce n'était pas vraiment le pansement qui était intéressant mais juste... Tout, le ventre mince, la peau pâle, les muscles bien visibles mais sans excès. Bien sûr, elle connaissait ces courbes par cœur – Adam pouvait en témoigner – mais les revoir lui rappelait tout un tas de souvenirs aussi agréables que cruels. Finalement Salem ôta de sa vue cette si douloureuse vision en rabaissant son haut et réfléchit un peu avant de répondre que oui, il devrait pouvoir jouer. Susan rejoignit alors Jenny pour l'aider à mettre en route la console, pendant qu'elles se démenaient avec le câble péritel, il retourna auprès d'Adam et lui passa doucement une main dans les cheveux. Le baisers d'il y a quelques minutes avait levé quelques-unes de ses inhibitions en matière de démonstrations d'affection, et les divers événements de la soirée, Jenny et tout ce qui était musique, cinémas et autres en particulier, le poussait à se montrer protecteur envers son ami, il murmura.

« Ça va aller ? »

La question englobait le fait qu'il ne savait pas exactement si les jeux vidéos était prohibés pour lui. Dans le meilleur des cas, il imaginait Adam plutôt très mauvais – faire sauter Mario avec deux secondes d'avance, ça ne pardonne pas – il espérait juste qu'au moins, il ne risquait pas de faire un game over irl. Mais aussi, de façon plus générale, s'il ne se sentait pas trop mal au milieu de ces jeunes très différents de lui – même lui en avait bien conscience – et avec son ex en plus.

Les filles lancèrent finalement un jeu et se mirent à s'amuser pendant que les autres choisissaient leur camp – Ivan était à 100 % du coté de Jenny et ça lui réussissait bien puisqu'elle gagnait. Salem profita de l'excuse de sa blessure pour rester paresseusement blottit contre Adam, en attendant que Jenny ou David ait une idée révolutionnaire pour le sortir de là, sans doute.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Sam 1 Déc - 9:45

Adam était à peu près persuadé de ruiner la soirée. Si, quelques minutes plus tôt, il avait conçu à l’égard de Salem un vague ressentiment, en le voyant si naïf face aux menées de David, si obligeant avec les palpations de Jenny, il lui était désormais pleinement reconnaissant, parce que l’adolescent l’élisait parmi ses trois prétendants et, en le distinguant des autres, le rassurait. Et donc, il s’en sentait d’autant plus coupable de ne pas être à la hauteur de la soirée.

Mais l’affection démontrée de Salem, que ce fût dans le baiser, dans les gestes de tendresse, que dans l’aisance avec laquelle il détourna le danger de la musique, redonnait à Adam un peu de courage. Après tout, peu lui importait l’opinion de ces jeunes gens, et singulièrement celle de David ou Jenny, si son compagnon continuait à lui trouver suffisamment d’intérêt pour ne pas l’abandonner sur le revers du canapé.

Du reste, Jenny, sans en avoir conscience, préparait sa descente aux enfers en parcourant les instruments de distraction qui s’offraient à elle. Sans doute avait-elle supposé qu’Adam était uniformément fade et vieillot, d’autant plus aisément convaincue de la chose qu’elle lui donnait de l’espoir en son avenir avec Salem et ravalait l’Asiatique au rang de la passade à l’intérêt purement plastique qui satisfait les désirs d’exploration charnelles un peu curieux.

Et donc, si Adam faisait de la politique, s’il n’allait pas au cinéma, s’il n’écoutait pas de la musique et si le jeu de la bouteille ne lui plaisait pas, alors nécessairement il ne connaissait rien aux jeux vidéos. Assis sur le canapé, les yeux posés sur l’écran de la télévision où s’agitaient de petits bonhommes effrénés, Adam mêla ses doigts à ceux de Salem et haussa les épaules en entendant la question de son compagnon.

Son regard se tourna vers lui. Il lui adressa un sourire un peu triste et murmura :[/i]

— Pas vraiment. J’suis désolé, Salem. Tes amis me trouvent nul et j’voulais pas que tu ais honte de…

Il fut coupé par l’interpellation de Jenny qui, venant d’écraser sa concurrente, s’était tournée vers lui et, depuis l’aire de jeu, l’appelait pour remporter une victoire aisée — et le détacher de son Salem.

— Tu viens jouer, Adam ? J’t’explique comment ça marche.

Car naturellement, il ne devait pas savoir jouer. Tout le monde s’attendait du reste à ce que le jeune homme refusât et proposât plutôt de discuter en long et en large de la sidérurgie péruvienne. Adam jeta un nouveau regard à Salem et esquissa, juste à l’intention de l’adolescent, un discret sourire. Puis il quitta le confortable canapé et, adoptant un air de faux néophyte, se saisit des manettes.

Jenny se faisait un plaisir de l’édifier, mais allusivement, pour être sûre que ses explications obscures ne laissassent pas la moindre chance à Adam de gagner.


— Alors, tu vois, faut appuyer ici et ici, quand tu fais ça, et là tu tournes la manette, et quand ça vibre, tu appuies, parce que sinon, tu perds toutes les étoiles. T’as compris ?

Les yeux noirs d’Adam se posèrent dans ceux de Jenny pour y produire leur effet habituel : un peu mal à l’aise, la jeune femme détourna le regard pendant que son adversaire répondait :

— On va bien voir…

Ce fut vite vu. Adam évitait tous les projectiles, tous les monstres, toutes les carapaces, il sautait au-dessus de tous les trous et passait tous les pièges, sans que la vitesse sans cesse plus élevée du jeu, qui s’adaptait à son habileté, ne parût entamer ses capacités. Pendant que Jenny se débattait comme une diablesse avec le fol espoir de lutter contre les insoupçonnables réflexes surnaturels de son rival, Adam conservait une attitude flegmatique, manoeuvrant son personnage de quelques mouvements du poignet.

Une fois la partie achevée, qui avait tenu beaucoup plus de l’exécution en règle que de la bataille, Adam se retourna vers l’audience, devant les regards sidérés mais, pour une fois, admiratifs, des amis de Salem.


— Mais comment tu fais ça ?
— J’ai un peu d’entraînement.
— Quand même, t’as de sacrés réflexes.
— C’est la boxe, j’suppose.
— Tu joues souvent ?
— Pas tellement, ces temps-ci. Quand j’étais plus jeune, j’ai remporté quelques compétitions locales de jeux vidéos.


Adam croisa le regard surpris de son compagnon. Il est vrai que pour l’heure, il n’avait guère eu l’occasion de faire l’étalage de ses capacités vidéoludiques devant Salem — l’occasion ne s’était pas présentée, parce qu’ils ne croulaient pas vraiment sous les consoles au studio, tout simplement. Mais pour Adam, les jeux vidéos, du moins certains d’entre eux, c’était un peu comme le sport ou la conduite : l’occasion de se laisser guider par ses intuitions et de vivre son pouvoir, pour une fois, sans douleur, comme un pur plaisir.

Il haussa les épaules et adressa à Salem le premier sourire vraiment rayonnant de la soirée (ce qui, une nouvelle fois, lui fit gagner quelques points dans l’esprit des jeunes filles et provoqua un sentiment ambigu chez David).


— Non, mais je fais pas qu’annoter l’histoire du structuralisme, hein. C’est juste qu’on a pas de télé et pas de console, alors du coup…

Son explication, qui commençait à le rendre beaucoup plus humain et sympathique, fut interrompue par Jenny :

— Comment ? Mais… Vous vivez ensemble ?

Jenny et Adam braquèrent leurs regards conjoints sur Salem : Adam, parce qu’il était surpris d’apprendre que la « meilleure amie » de son compagnon eût été maintenue dans l’ignorance et Jenny parce que cette nouvelle achevait ses espoirs à grands coups de nunshuk.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Sam 1 Déc - 12:20

Salem haussa un sourcil en voyant le sourire d'Adam, alors il savait jouer aux jeux vidéos ? Comme tout le monde dans la pièce, il avait imaginé que s'il n'écoutait pas de musique, n'allait pas au cinéma et s'intéressait plus à la politique et la philosophie qu'à la mode ou au high-tech, Adam ne devait pas être très connaisseur en matière de jeux virtuels. Heureusement que son compagnon pensait à lui rappeler de temps à autre qu'il était bourré de contradictions. Bien sûr, connaissant son pouvoir, Salem fut un peu moins épaté que les autres, mais il eut quand même l'air de tomber des nues quand il apprit qu'il avait gagné des compétitions de jeux vidéos dans sa jeunesse – certaines mauvaises langues diront qu'un chinois avec une manette est toujours imbattable, pouvoir ou pas. Les jeux vidéos devaient vraiment lui plaire, peut-être fallait-il songer à ajouter une télé et une console de jeux à la liste du père noël – ou était déjà inscrit le micro-onde – pauvre porte-monnaie, il allait souffrir.

Quelques instants plus tard, ce fut au tour de Jenny d'avoir une mine hallucinée, Salem se rendit compte qu'il avait effectivement omit de préciser ce petit détail, non seulement à elle, mais à tous ces amis qui le regardaient maintenant avec des yeux ronds.

« Depuis que je suis sorti de l'hôpital, oui. »
« Ah, c'est juste le temps que tu ailles mieux... Tu m'as fais peur, là. »
« Non c'est pas juste... Enfin, on en a pas trop discuter mais... »

Salem vira au rouge carmin, il avait peur de s'être un peu trop avancer, Adam avait bien dit qu'il venait chez lui pour l'aider dans sa convalescence, rien n'était donc tout à fait sûr pour la suite. Cette nouvelle de plus impressionna les garçons – sauf David – et rendit les filles hystériques – sauf Jenny. Sa meilleure amie semblait hésiter entre succomber au désespoir ou à la rage.

« Pourquoi tu me l'as pas dis ?! »
« J'sais pas, on vivait déjà presque ensemble tu sais, ça s'est fait naturellement. Puis j'ai passé la semaine à jouer à minecraft sous la couette alors j'ai pas trop réfléchis... J'en ai parler qu'avec ma mère, pratiquement. »

Salem se gratta la tête, il connaissait assez la donzelle pour savoir que ses explications boiteuses allaient plus l'énerver qu'autre chose et effectivement, entre rage et désespoir, elle fit son choix.

« Ça n'a rien de naturel, tu te rends compte que vous vous connaissez à peine ?! »
« Cherche pas Jenny, ils sont super amoureux, c'est tout, à quand le mariage ? Hihi ! »
« Ouais, j'espère que tu m'inviteras... »
« On a pas fixé de date. »

Il y eut un long moment de silence pendant lequel Salem ne sut plus du tout où se mettre, entre ce dont il rêvait, la réalité et la réalité des « blagues » qu'Adam et lui avaient faites, il s'était un peu perdu. Heureusement, Jenny était là pour le réveiller.

« Non mais t'as pété un câble ? Tu viens à peine d'avoir dix-huit ans ! »
« Heu... non, mais c'est juste qu'on disait ça comme... »
« Et t'as parlé de ça à ta mère aussi? »
« Et ben... vite fait... juste pour rig... »
« Wow, c'est incroyable, à quand le bébé ? »
« Alors en fait ça c'est... »
« Rah... Je veux surtout pas savoir, je veux rien entendre de plus ! »

Sur ce, Jenny lui jeta sa manette dessus et enjamba la table basse qui était dans le passage pour partir dans le couloir, un instant plus tard la porte d'entrée claqua violemment. Il y eut un moment de flottement pendant lequel tout le monde regarda Salem d'un air interrogateur, il se contenta d'hausser les épaules.

« Elle reviendra. »

Il tripota la manette qu'il avait rattrapé pour se donner une contenance, les autres semblaient avoir eu leur quota d'infos incroyables et ne posaient plus de questions – ouf. Puisque cela lui faisait une excuse pour se rapprocher d'Adam et s'assurer que tout ce qu'il avait pu dire ne lui avait pas donner envie de fuir au loin, Salem se leva pour venir devant la télé à son tour. Les joues toujours brûlantes, il jeta un coup en biais à celui qui, pour tout ses amis, était maintenant son fiancé officiel. Il se sentait un peu comme une adolescente en fleurs devant son prince charmant, tout en ayant une furieuse envie de disparaître au fond d'un trou.

« Quelle soirée... bon, on... On se fait une partie ? Je dois pouvoir t'avoir... »

Moins que l'envie de jouer, Salem voyait là une de ses rares portes de sortie pour que le sujet du mariage imaginaire ne revienne pas tout de suite sur la table. En quelques clics, la partie commença et après une seconde à tester les différents boutons, il se lança pour de bon. Et force est de constater qu'entre celui qui sent lorsqu'une boule de feu va lui arriver dessus, et celui qui, une fois que la boule de feu est dans l'écran, sait exactement quand sauter pour l'éviter, la différence était minime. Salem n'était de toute façon pas très intéressé par le score final, ni par le fait que cette nouvelle démonstration renforçait la conviction des autres qu'ils étaient fait l'un pour l'autre, et que le petit Ewan n'était pas loin.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Sam 1 Déc - 17:52

La conversation surréelle qui se développa dans le salon, au beau milieu de la fête, fit l’effet à Adam d’une révélation. Depuis que Salem était sorti de l’hôpital, leur vie avait considérablement changé ; ou plutôt avait-elle dévalé la pente sur laquelle elle s’était d’abord maladroitement engagée. Adam était rentré tous les soirs du travail, il avait fait la cuisine, il avait veillé sur Salem, ils avaient passé des soirées lovés l’un contre l’autre — Adam lisait, Salem jouait, ils discutaient, ils évoquaient, moitié pour plaisanter, moitié sérieusement, leur futur mariage, et d’autres soirs, ils ne parlaient pas autant, mais ils s’activaient, enfin Adam s’activait, surtout, parce que Salem, n’est-ce pas, ne devait pas trop bouger.

Mais de plaisanteries en allusions, le mariage était devenu une sorte de réalité future qui flottait autour d’eux, quelque chose d’imprécis, certes, et néanmoins d’évident, comme un voyage dans un pays exotique dont on parlait souvent mais que l’on n’était certain ni de faire, ni de ne jamais faire. Dès que la chose s’était présentée avec la moindre distance critique dans son esprit, Adam avait rejeté ses réflexions loin de lui, s’était pressé contre Salem et avait regardé les châteaux de Minecraft se construire.

C’était une toute autre histoire quand la conversation ne l’impliquait pas directement, quand il n’y prenait pas part, mais qu’il l’observait de l’extérieur. Il se rendait compte que les arguments de Jenny, quoiqu’ils naquissent d’une frustration évidente qui faisait comprendre à tout le monde que la jeune fille n’aspirait pas à être seulement la meilleure amie de Salem, étaient parfaitement rationnels : ils ne se connaissaient pas depuis longtemps, ils étaient très jeunes, tout allait trop vite.

Mais ce dont il prenait surtout conscience, c’était que ces raisonnements, derrière lesquels il s’était si souvent abrité par le passé pour se soustraire aux propositions trop pressantes de ses précédents compagnons, glissaient désormais sur son esprit sans y faire aucune impression et que la seule chose qui retenait son attention, qui le fascinait même, c’était la timide délicatesse, beaucoup plus sérieuse que toutes leurs discussions, avec laquelle Salem, pris au dépourvu, évoquait cet étrange avenir.

Pendant que tous les autres garçons de la pièce qui étaient engagés dans une relation de couple craignaient que ce romantisme ne contaminât leurs petites amies pour leur donner des idées de grandeur matrimoniale, que la plupart des filles essayaient d’adapter rêveusement leurs rêves de princesse en remplaçant la mariée par Salem, Adam posait sur son compagnon un regard admiratif.

L’euphorie qui envahissait l’Asiatique l’eût presque rendu indifférent à la crise de jalousie de Jenny, s’il n’avait été aussi peu porté à la cruauté. Il mesurait la brutalité de la situation pour la jeune fille. David, lui, pouvait se faire une raison sur un futur qui semblait de plus en plus improbable et fixer son attention sur un autre beau gosse du lycée ; Jenny était la seule à perdre réellement quelque chose. Et quelque sournois qu’eût été le comportement de l’intéressée jusqu’à lors, Adam regrettait que cette discussion eût été publique.

Il la suivit du regard d’un air embarrassé. Son attention fut bien vite détournée par Salem qui s’approchait de lui et Adam comprit sans difficulté que la partie était une excuse pour tester ses réactions après ce qui avait été, plus ou moins, une proposition de fiançailles, en tout cas une sorte d’explicitation des engagements tacites qu’ils avaient pris l’un envers l’autre.

Adam s’approcha de lui, déposa un baiser sur sa joue et murmura à son oreille :


— Merci.

Avant de se retourner vers l’écran et de déclarer plus haut :

— Enfin, éventré ou pas, j’vais pas t’laisser gagner.

Il devint bien vite évident qu’à part la console, personne ne pouvait réellement perdre dans cet affrontement. Sans le savoir, le petit groupe assista à une débauche de phénomènes mutants où se mêlaient les calculs d’une précision impossible de Salem et les intuitions prophétiques d’Adam, employées pour une fois à autre chose qu’à tenter de ne pas mourir — et c’était assez reposant.

Après avoir perdu une fois et gagné une fois, Adam se défit de la manette et la tendit à Ivan, qui n’était pas absolument certain de vouloir affronter l’un des membres du couple infernal.


— Je reviens…

Le regard d’Adam s’attarda quelques secondes sur Salem puis le jeune homme s’engagea dans le couloir, jeta un œil dans la salle de bain, dans la cuisine, sortit de l’appartement et trouva Jenny assise sur les marches de la cage d’escalier.

— Qu’est-ce tu veux, toi ?
— J’te cherche.
— Tu dois être bien content…


Adam resta silencieux un instant avant de venir s’asseoir près de la jeune fille, dans la demi-pénombre. De sa voix calme et douce, il murmura :

— J’suis content d’être avec lui, c’est vrai. Pas content que ça te fasse souffrir.
— Qu’est-ce que ça peut te foutre ?
— J’n’aime pas que les gens souffrent.
— T’avais qu’à pas m’le voler.
— Toi et moi, on sait que c’est pas ce qui s’est passé.


Un long silence s’installa dans les escaliers. Un peu brutalement, Jenny reprit :

— J’vois pas c’qu’i te trouve.
— Moi non plus.
— J’dois vraiment être une pauvre fille pour le pousser à se trouver un mec.


Le jeune homme médita pendant quelques secondes avant de rependre la parole d’une voix lointaine :

— Quand j’étais petit, ma mère faisait de la soupe au potiron. Elle achète ça sur le marché, elle le mixe, je sais pas, je suppose qu’elle met de la crème, aussi. En hiver, tous les mardis et les jeudis soirs, de la soupe au potiron. Moi, je détestais ça. J’ai toujours détesté le potiron. Et puis, il y a deux ou trois ans, j’étais au restaurant, avec une amie, elle avait commandé ça, de la soupe au potiron, j’ai goûté et j’ai trouvé ça bon. Mais mon entrée était très bonne aussi.

A nouveau, un long silence suivit l’histoire. Finalement, Jenny murmura d’un ton incertain :

— J’crois que je comprends.

Et les deux jeunes gens restèrent assis dans le noir, sans rien dire.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Sam 1 Déc - 21:08

[Ah purey, Dao et l'histoire des confitures xD qu'il était bien ce perso et beau]

Salem eut un mince sourire à son baiser, son ami n'avait visiblement pas l'intention de lui faire comprendre que tout ce qu'il avait dit n'était que des affabulations qui n'avaient aucunes chances d'aboutir. Le soulagement se mêla à une sensation indescriptible, mélange de joie, d'attente et de béatitude débile, même s'il y avait une ombre au tableau. Jenny était quelque part dehors et maintenant que la vague inquiétude d'avoir effrayé Adam avec son discours bizarre était passée, il songeait à tout ce qu'il lui avait fait endurer. Et le jeu n'était clairement pas assez difficile pour détourner son attention de ce problème, qu'il n'était pas sûr de pouvoir gérer correctement. Le risque était grand qu'il fasse encore plus de dégâts qu'autre chose en tentant de la réconforter.

Après leur deux parties, il regarda Adam sortir tandis qu'Ivan venait le rejoindre, presque à reculons.

...

Dans les escaliers, Jenny renifla bruyamment, elle n'avait vraiment pas envie de fondre en larme devant l'autre enf... Oui, bon, il était venu lui parler, il n'était pas vraiment responsable de ce qui s'était passé entre elle et Salem et l'avait même un peu rassuré sur le fait que son ex ne s'était pas tourné vers une relation plus riche en testostérone parce qu'elle avait loupée quelque chose. Mais elle était tout de même certaine que si Salem ne l'avait pas croisé, il serait encore avec elle, et c'est peut-être avec elle qu'il parlerait de mariage. Arf, non, elle ne voulait pas se marier de toute façon, c'est complètement vieux jeu et puis, elle voulait garder sa liberté, ouais, la liberté c'est mieux. Elle renifla.

« Tu réalises que ce crétin veut vraiment t'épouser ? C'est de la folie, il a complètement changé en quelques mois... »

Elle était tout à fait certaine qu'avant de quitter Boston, il n'aurait jamais parler de mariage comme ça. Il aurait même fuis en courant à cette idée. Ce qui n'avait pas changé, en tout cas, c'est que Salem s’emballait toujours aussi vite, c'était peut-être simplement ça, ça allait lui passer. Mais en attendant qu'il se rende compte de l'importance de l'engagement qu'il semblait tellement vouloir prendre, il fallait le retenir. Peut-être qu'Adam le pouvait, il était plus âgé, plus raisonnable et certainement plus expérimenté, il ne pouvait pas vouloir sérieusement se marier au bout de si peu de temps. Alors qu'elle allait aborder la question, le bruit d'une porte qu'on ouvre et de pas qu'elle aurait reconnu entre mille résonna dans le couloir. Salem avait assassiné Ivan en règle et, constatant que le couloir était vide, rejoignit les escaliers.

« Hey. »
« T'es vraiment le pire de tous, tu sais ! T'as laissé ton copain venir me remonter le moral, sérieux... »
« Jenny... »

Salem vint s'asseoir entre les deux et les prit chacun par les épaules.

« J'suis vraiment désolé, je sais que j'aurais pas dû... »
« Laisse tomber, si tu devais nous sortir la liste de tout ce que tu n'aurais pas dû faire dans cette histoire on y sera encore là demain... »
« ... Je t'aime vraiment beaucoup, Jenny, tu sais. »
« Je sais... si seulement tu pouvais m'aimer comme moi je... rah merde... »

Sa voix s'était soudainement brisée, Salem la serra un peu plus contre lui et lui fit un bisou dans les cheveux alors qu'elle pleurait le plus silencieusement possible. Ils restèrent silencieusement comme ça pendant plusieurs longues minutes avant qu'elle ne fasse un gros effort pour se ressaisir, et en tentant de paraître le plus dégagé possible, déclara que les autres devaient se demander ce qu'ils fabriquaient et retourna dans l'appartement – la salle de bain, plus précisément, pour vérifier qu'elle avait toujours une tête potable. Salem promena sa main sur le dos d'Adam dans la pénombre et se serra un peu plus contre lui.

« Pour ce que j'ai dit tout à l'heure heu... je, je sais que j'vais trop vite, enfin. Juste, flippe pas, y'a le temps et puis, si toi t'as pas envie de te... c'est, c'est pas grave non plus, moi, tant que je suis avec toi, ça me va. Tout me va, après bon, ça serait peut-être mieux mais... mais on aura le temps d'en reparler, à un moment plus tranquille. Ou pas, si toi tu veux pas en reparler, je m'en fiche, 'fin non je m'en fiche pas du tout mais c'est toi qui vois. Voilà. »

La seule chose qui était vraiment clair là-dedans, c'est que ce sujet le troublait complètement. Heureusement dans la pénombre, impossible de voir qu'il était une fois de plus à deux doigts de l'implosion, ce qui expliqua pourquoi il ne prit pas l'initiative de se lever pour retourner avec les autres, il attendait que le courant d'air frais qui passait dans la cage d'escalier fasse un peu redescendre sa température.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Sam 1 Déc - 21:46

Il arrivait parfois que face à la détresse humaine, comme quelques mois plutôt avec Douglas, le sens aigu de la psychologie d’Adam quittât les seules sphères de l’analyse et de la manipulation pour se faire plus humain et plus intuitivement consolateur, faisant pendant quelques minutes ou quelques heures l’économie de la maladresse née de ses propres doutes pour se préoccuper d’une autre âme, de la même façon que, dans le cours de son existence, il s’était proposé encore et encore de faire l’économie de sa propre survie pour sauver la vie de parfaits inconnus.

Doucement, il répondit à la question rhétorique de la jeune femme :


— Je réalise.

Il omettait simplement de préciser que cette prise de conscience ne datait objectivement guère de plus de quelques minutes, justement. Il ne saisissait pas entièrement les implications de cette vérité étrange — le mariage avait toujours été pour lui une institution bourgeoise et religieuse, mais il le désirait désormais, tout en ayant conscience que son désir à lui, jeune mutant homosexuel de se marier, constituait peut-être l’idée à la fois la plus marginale et la plus conventionnelle de son existence — curieux paradoxe que même sa philosophie peinait à résoudre.

Il réfléchissait cependant à une manière d’apaiser l’amertume que cette constatation avait fait naître chez Jenny. La tâche n’était pas aisée et il n’avait pas l’ombre du début d’une réponse consolatrice quand Salem fit son apparition et, en s’asseyant entre eux, forma un étrange trio qui mit Adam un peu mal à l’aise. Pour une fois, Adam était en plein d’accord avec Jenny. Toute l’affection qu’il avait pour Salem ne parvenait pas à lui voiler le regard quand il s’agissait du comportement de son compagnon dans cette aventure.

A deux doigts de partir pour échapper à la situation incongrue dans laquelle il se trouvait et peu désireux d’être le témoin de démonstrations d’affection à l’endroit de Jenny, même si rationnellement il ne pouvait qu’admettre, désormais, qu’elles étaient peu susceptibles d’indiquer un revirement de la part de Salem, Adam fit un effort pour rester sagement assis et ne pas laisser libre cours à sa paranoïa autodépréciatrice.

Il fut soulagé malgré tout quand la jeune femme se releva et les laissa seuls. Le silence commençait à devenir pesant. Instinctivement, à peine Jenny eût-elle disparue dans l’appartement, Adam se serra contre Salem et posa une main sur sa cuisse, traçant des arabesques du bout des doigts sur son jeans. Il ne répondit rien d’abord à la déclaration de l’adolescent, mais n’esquissa pas un geste pour partir — rester dans cette cage, profiter de l’étrangeté, de l’obscurité, pour mettre les choses au clair, c’était peut-être ce qu’il y avait de mieux.

Au bout d’un long moment, la voix d’Adam émergea de la pénombre.


— Salem… Je suis désolé pour ce soir. J’ai été nul devant tes amis et ils me détestent sans doute. Ils me trouvent ennuyeux et désagréable. C’était… C’était une soirée horrible.

Adam poussa un soupir et se blottit encore un peu plus contre son ami.

— C’pas contre eux ou contre toi, hein. C’est juste… Eux et moi, on est tellement pas du même monde. Et c’est tes amis. Et du coup, j’ai l’impression que si eux ils m’aiment pas, tu vas finir par te rendre compte que Jenny a raison et tu vas partir avec David et…

Adam s’interrompit et hésita quelques secondes — mais quitte à profiter de l’obscurité pour parler en toute sincérité, autant aller jusqu’au bout.

— Oui, parce que David euh… C’t’une des personnes avec qui je t’ai… Euh. Prévu. Bref. Peu importe. Ca me terrifie, ce que dit Jenny. Que tu te rendes comptes que ça va trop vite, que ce soit une passade pour toi, ce genre de trucs. Qu’on soit trop différents. Et tu sais… Ca va paraître ironique, mais j’ai un peu de mal à me projeter dans le futur. J’veux dire, de manière normale, à peu près rationnelle, sereine.

J’ai envie… J’ai envie qu’on soit ensemble. Tout le temps. Demain, et le jour d’après, et le jour encore après. Je suis pas très… Passionné, peut-être. Je veux dire, à part quand on… Tu vois. C’que j’entends par là, c’est que j’ai pas l’impression de vivre une histoire de film, ou de roman. J’ai l’impression que c’est la vérité, la réalité, que c’est toi, Monsieur Cordova-Tenseï, avec tout ce que ça implique de simple, de quotidien, mais de beau et rassurant.


Décidément, la soirée était exceptionnelle ; si Adam était généralement prolixe sur la philosophie, la cuisine, la politique ou la description de la grand-mère qui l’avait doublé sans vergogne dans la file du supermarché, une telle expansion sur ses sentiments qui ne fût pas un témoignage de culpabilité ou de terreur sourde face à la vie n’était pas très fréquente de sa part.

Il finit par conclure d’une voix un peu timide, mais plus calme :


— Je sais pas ce qu’il faut faire, Salem. J’ai peur que tu te rendes comptes que tu t’ennuies ou que tu trouves que tu vieillis trop vite. J’ai peur de gâcher ta jeunesse. Et d’un autre côté, j’ai l’impression que non. Alors je sais pas quoi dire et je sais pas quoi faire. Mais je suis heureux.

Pendant ce temps, à quelques mètres de là, dans le salon, alors que Jenny entreprenait de passer méthodiquement ses nerfs sur David qui se débattait comme il pouvait en poussant le personnage dans la jeune femme dans tous les pièges virtuels qui s’ouvraient devant eux, les amis de Salem échangeaient à voix basse leurs impressions, à la fois terribles et élogieuses, du petit copain/fiancé/Roméo-Tristan-Edward de Salem.

Et puis, bien sûr, ils s’interrogeaient plus ou moins grassement sur ce que les deux pouvaient bien faire tous seuls dans le noir dans la cage d’escaliers.



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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   Sam 1 Déc - 23:34

Salem trouva presque rassurant d'entendre Adam déballer ses peurs et ses doutes, c'était comme ça à chaque fois qu'ils sortaient d'une période de troubles, et un des signes que les choses allaient bientôt s'apaiser. Pour Salem du moins, car que celui-ci commençait sérieusement à se demander comment rassurer pleinement Adam dont les peurs revenaient systématiquement. Comme s'il tentait de se débarrasser d'un boomerang. Sans doute ne devait-il pas s'y prendre correctement, après un peu de silence, il tenta.

« Mes amis n'ont rien contre toi, tu les as surpris, ça, y'a pas de doutes, mais t'étais clairement pas ennuyeux, ni pour eux, ni pour moi. Je sais pas comment t'expliquer, quand tu dis ce genre de choses, tu es complètement hors-sujet parce que tu crois que ce que tu penses de toi, tout le monde le pense aussi. Je t'ai jamais demandé d'être hilarant en soirée ou d'envoyer cinquante sms d'amour par jour ou je ne sais quoi. Ivan, il peut nous bassiner pendant des heures avec des histoires de thons rouges, et personne ne le déteste. Tu te fais du mal tout seul. »

Bon, il était sûr que ça ne suffirait pas à le rassurer en soirée, mais bon c'est pas grave, au moins il avait dit, ensuite, tel un enseignant, il allait le lui répéter autant de fois que nécessaire. Pour le point suivant, Salem se blottit un peu plus contre lui.

« L'avenir, je le vois pas vraiment mieux que toi, ce qui est sûr c'est que petit à petit, on a construit quelque chose tous les deux. Y'a eu des hauts et des bas, mais j'veux surtout pas que ça s'arrête, j'envisage pas l'avenir sans toi. »

Il eut un temps d'arrêt avant d'ajouter, avec un petit rire gêné.

« Puis Cordova-Tenseï ça sonne super bien. Je prends ça pour un « oui », t'es prévenu. »

Ça y est, le peu de contenance qu'il avait récupérée s'envola en un instant, inutile de rester au frais dehors si Adam lui disait des choses comme ça. Il l'aurait emmené choisir les faire-part et les dragées que ça ne l'aurait pas plus ému, ce futur pourtant si lointain avant que Rylan ne le poignarde – il fallait absolument qu'il aille le remercier – semblait maintenant presque à portée. C'était une impression vraiment enivrante et puisqu'il ne trouvait pas de mots pour la décrire, il se rapprocha d'Adam pour l'embrasser, se décoller légèrement et revenir à la charge. Sa voix un peu ailleurs finit par résonner à nouveau dans la cage d'escalier obscure.

« J'pense que Jenny a pas très envie de nous revoir ce soir, et j'ai vraiment pas envie de bavarder avec le type avec qui j'ai... je vais... je pourrais, je... rah, avec David, quoi... Sérieux, tu m'as vraiment vu... ? Rah non ne dit rien. J'veux qu'on rentre chez nous, que tu sois passionné comme jamais et que tu me fasses oublier cette vision que j'ai eu en t'entendant parler de ça. Fais péter les points s'il le faut. »

Ahem... Salem fit tout de même preuve de retenue en revenant dans l'appartement pour dire adieu à tout le monde. Il s'excusa de partir comme ça mais avec toutes les embrouilles qu'il venait d'y avoir, les autres comprenaient bien son envie de se retirer. Salem promit d'organiser une autre soirée chez lui prochainement pour se faire pardonner et tout se passa sans incidents. À part un léger moment de flottement quand il serra la main de David, Salem le scruta un peu plus qu'à l'accoutumé et, comprenant qu'Adam avait dû lui dire quelque chose, le prétendant se mit à regarder ailleurs. Ce qui fit revenir l'horrible vision dans le pauvre esprit de Salem.

Après avoir fuit, il suivit Adam jusqu'à sa voiture et ils filèrent à leur appartement. En entrant, Salem ôta son blouson, puis ses chaussures, puis son tee-shirt, et vint se blottir contre Adam dont la seule limite à ses fantaisies tenait au mal qu'il oserait lui faire. Ils passèrent ensuite une bonne partie de la nuit à parler de leur mariage pas si imaginaire que ça, tantôt en plaisantant, tantôt de façon tout à fait sérieuse. Et entrecoupés d'étreintes pas vraiment chastes.

Adam survécut donc à cette soirée, et leur couple aussi, mais ils étaient loin d'être au bout de leurs peines, de nombreux périls les attendaient encore. David allait-il abandonner la partie ? Les sentiments de Salem pour Jenny se sont-ils complètement éteins ? Achèteront-ils une wii U ou une ps3 pour noël ?

À suivre.
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MessageSujet: Re: Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)   

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Samuel, Livre I, Chapitre 17 (Salem)

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