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 3412 Secondes chrono [Fini]

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Salem Cordova
Mutant de niveau 1

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MessageSujet: 3412 Secondes chrono [Fini]   Dim 18 Nov - 21:14

Dans le quartier, tout le monde connaissait Eigon, bien sûr, ses combats, ses habitudes, son alcool préféré. Mais au final, peu importe le nombre de personne que vous interrogerait, personne ne sera capable de vous dire d'où sort ce grand gaillard. Avec une taille pareille, il n'aurait pas dû passer inaperçu, et pourtant, même en menant une enquête minutieuse, impossible de retracer sa vie au-delà des quatre dernières années. Avant ça, Eigon n'existait pas, il n'avait pas ce nom-là. Et ne venez pas lui parler du passé, ça l'énerve, quand il vient au Coyote Ugly, c'est précisément pour oublier

Il y en avait beaucoup, des travailleurs aux mines fatigués, dans le bus 14. Mais de tous, Salem battait sans doute le record de la mauvaise mine. Et mauvaise mine était un doux euphémisme tant il semblait sortir tout droit d'une tombe ou d'un congélateur. Couché verticalement contre la vitre, au fond du bus, ses yeux mornes et cernés restaient fixement tournés vers l'extérieur. Il avait l'air de dormir debout, malheureusement pour lui, ce n'était pas le cas. Il n'avait pas fermé l’œil de la nuit, et avait très mal dormi la nuit précédente, et cet écart qui peut être anodin, voir routinier, pour beaucoup de travailleurs et la quasi-totalité des étudiants sérieux était un vrai problème pour Salem. Ne pas dormir, c'était avaler et analyser des données encore et encore sans pouvoir se reposer, ce qui relevait du meurtre pour ses pauvres neurones. La migraine qui en résultait n'était d'ailleurs encore dans la limite du supportable que parce qu'il était habitué à en souffrir quotidiennement. S'il avait pu juste tomber de sommeil, ça aurait été avec plaisir, cependant son esprit en avait décidé autrement, il n'avait pas cessé de réfléchir en trois jours. Et le pire c'est qu'il ne savait pas exactement quel sujet lui posait tellement de problème, tout ce qui était sûr, c'est que c'était la faute d'Adam.

Non, les deux jeunes hommes ne s'était pas disputé cette fois-ci – pas encore – les choses s'étaient d'ailleurs grandement améliorées depuis leur conversation difficile sur le lac, au supermarché, et dans le studio. Salem avait osé dire à ses amis qu'il préférait manger une purée de carottes avec son copain plutôt que de les suivre à Mac do et il en était très fier, en échange, Adam partageait un peu plus de choses sur sa vie, l'entente était parfaite. Les sombres événements débutèrent samedi après-midi, Salem s'était rendu à l'institut Xavier pour une initiation à la méditation, après quoi il s'était invité dans la garçonnière bordélique d'Adam. Comme à chaque fois, il avait observé avec une certaine fascination toutes les infos éparpillées dans la pièce, tout ça attisait sa curiosité, même s'il n'avait pas toutes les clés en main pour comprendre. La soirée avait été sympathique et aurait pu se terminer par une étreinte torride sur ce lit qu'ils n'avaient pas encore inauguré, mais Salem avait déjà la tête ailleurs.

Voilà, c'est là que ça avait commencé, au milieu des photos, des punaises et des post-it, il avait trouvé quelque chose, mais il aurait été bien incapable de dire quoi. Un peu comme quand on a un mot sur le bout la langue, un mot important qui nous échappe à mesure qu'on le cherche. C'était frustrant et insupportable, ça l'empêchait de dormir, en plus de lui faire faire des choses stupides qu'il aurait été bien en peine d'expliquer. Comme sécher les cours de l’après-midi pour squatter le bus 14. Ce n'était pas un de ses trajets habituels – il ne l'avait pris qu'une fois, pour son premier rendez-vous avec Adam à Soho – et de toute façon, il n'allait nulle part, il s'était contenté de regarder dehors pendant des heures, repassant devant les même endroits sans jamais descendre, aucune illumination en vue. Salem fini par prendre un arrêt un peu au hasard, il était temps qu'il rentre chez lui sans doute, c'était la fatigue qui lui faisait faire n'importe quoi, des cachets et au lit. Demain, ou peut-être après-demain, il pourra reprendre une vie normale, parce que ce sera trop tard, c'était la seule chose dont il était sûr.

Sans doute parce qu'il avait reconnu l'endroit, il était descendu en plein cœur de Soho, ce qui n'était pas un bon choix vu la foule, il grimaça tandis que des dizaines et des dizaines de visages, de tailles et de styles s'imposaient à lui. Presque malgré lui, il chercha une échappatoire, et ses pas le menèrent devant l'entrée du fameux jardin botanique, il était fermé le lundi, mais rien que de le voir lui apportait un peu de calme dans tout le tumulte de son cerveau, ça lui rappelait Adam, les carpes, les fleurs, les bambous, la prise de catch, Esther.

Salem se senti presque réveillé en un instant, Esther, il revoyait l'écriture pressée d'Adam, à côté de ça, il avait écrit quelques phrases dont il se souvenait sans pouvoir les retrouver, et une suite de mot indéchiffrables, dont certains se retrouvaient aussi sur les post-it couverts de date, à la date d'aujourd'hui, 19h20. Bon, il progressait un peu, mais c'était quand même léger comme infos, et puis que venait faire cette Esther dans ses souvenirs du parc ?

Il s'assit par terre, contre la grille, et se prit la tête dans les mains, le moindre effort d'analyse lui donnait l'impression qu'il allait s'évanouir, mais il était trop près du but pour s'arrêter. Il ne restait même pas une heure avant que la prophétie inconnue se réalise, et il ne trouvait rien de plus dans le fouillis adamien pour le guider. La première chose auquel Esther et le parc lui firent penser, c'est à la fois où il avait vu la lune. La surprise, c'était ce qui lui faisait voir plus loin qu'il ne le devrait, apparemment. Il revit Adam lui saisir le bras et, quelque part dans la fraction de seconde entre lui et le sol, il avait vu quelque chose. Sur le coup, il avait été un peu trop secoué pour s'en rendre compte, mais ça expliquait qu'il ait failli s'écrouler dans le restaurant, visiblement, ce truc était toujours suivit quelques minutes plus tard par un gros coup de fatigue.

Salem fut prit d'un soubresaut et rouvrit les yeux, il n'en pouvait plus, essayer de creuser dans son esprit était une torture. Il finit par se lever péniblement et fit le tour du parc, regardant les boutiques et les immeubles, puis s'arrêta finalement devant une maison à l'allure agréable, en se rapprochant, il vit par la fenêtre une cuisine assez commune, avec pleins dessins d'enfants, chacun consciencieusement signé avec une écriture tordue et tremblante du prénom « Esther ». Donc il se rappelait juste de mot vus à travers une fenêtre, c'était quand même très léger comme coïncidence, mais à priori ça avait suffi à le perturber, il se sentit un peu ridicule de s'être épuisé pour si peu. Il y avait une chance sur des milliers que cette maison ait un rapport avec ce qu'il avait vu chez Adam, inutile de chercher plus loin.

« Tu as faim ? »

Salem se retourna pour voir une femme de trente ou quarante ans tenant par la main une petite fille qui devait avoir cinq ans et qui lui disait très vaguement quelque chose. Visiblement elles rentraient chez elles. Son cerveau fatigué mit une plombe à faire le lien entre la question et le fait qu'il était collé à la fenêtre de leur cuisine depuis plusieurs minutes.

« Heu, non, j'étais pas en train d'essayer de rentrer ou... »

Il s'arrêta, dit comme ça, ça le rendait de suite très suspect, mais il n'était pas vraiment en état de réfléchir. Parce qu'il faisait plus jeune que son âge et parce qu'il n'avait vraiment pas l'air frais, la femme sembla imaginer sans oser le dire qu'il avait fait une fugue, quelque chose comme ça, et le fit entrer pour essayer de le faire parler avec un chocolat chaud. L'instinct maternel, peut-être. La gamine fila dans une pièce éclairée au bout du couloir. Salem, quant à lui, finit dans la cuisine, il continuait de cogiter tandis que la dame lui demandait si tout allait bien dans sa famille. La porte d'entrée était fermée, aucun risque qu'un rôdeur puisse venir les massacrer, à priori. Il ne lui restait qu'une chose à vérifier, avant de partir.

« Je peux aller aux toilettes, s'il-vous-plaît ? »
« Oui, bien sûr, c'est la première porte à gauche. »

Salem la remercia et fila tout au fond du couloir, porte droite. En l'ouvrant, il tomba sur une chambre où un ado jouaient à la xbox, difficile de dire quel age il avait, il était jeune et pourtant beaucoup plus grand et large que lui, mais ce qui marqua le plus Salem était ses yeux gris acier. Contrairement à Eigon, il avait des pupilles, mais la ressemblance était frappante. Il repoussait sa sœur qui le suppliait de la laisser jouer.

« T'es qui toi ? »
« Heu... »
« Non, c'était la première porte à gauche. »

La mère était sortie de la cuisine, Salem bafouilla des excuses et s'enferma dans les toilettes, il ne savait plus vraiment quoi penser, les seules choses dont il était sûr c'est qu'il avait mal et qu'il était fatigué. Il pouvait peut-être juste demander à Adam ce qu'il avait vu, comme ça au moins il serait fixé. Il sortit son téléphone, et resta un moment à se demander quoi dire. Tout ça paraissait un peu trop surréaliste et il était tellement persuadé d'être à côté de la plaque qu'il trouvait ridicule d'en parler.

Salem a écrit:
Tu sais si Eigon à un fils ?

Mouais, c'était pas très éclairant, mais si Adam avait déjà vu le gosse, ça devrait lui parler.

19h17, éventuellement :

Salem avait bataillé un moment avec la mère de famille pour lui faire comprendre qu'il allait bien et qu'il allait tranquillement rentrer chez lui. Une affirmation difficilement crédible vu la manière dont il se tenait au mur pour rester debout et luttait contre des vertiges grandissant. Malgré ses protestations il fut traîné jusqu'au canapé où il s'écroula comme une masse et s'endormit en un instant. Il serait resté là un bon moment si une soudaine agitation ne lui fit pas ouvrir un œil, la gamine se précipitait vers sa mère en pleurant.

« Maman ! Ryan m'a fait mal ! »
« Esther ? Oh mon Dieu, mais tu saignes... Ryan ! Qu'est-ce qui t'as pris ? Ry... »

Et merde, Salem se leva laborieusement, figé devant l'entrée de la cuisine, la mère regardait l'adolescent s'approcher d'elle. Ses yeux étaient maintenant aussi vides et glacés que ceux du mastodonte, elle porta ses mains à sa bouche.

« C'est sa faute ! Elle arrête pas de me chercher, j'en ai marre ! »
« Non... pas toi... »

Il fallut une seconde à l'adolescent pour que le message fasse son chemin, après quoi il devint fou de rage.

« Je suis pas comme lui ! »
« Ça va aller, Ryan, essaie juste de rester calme... »
« Je suis calme. »

Les yeux aciers fous de rage se rivèrent sur lui, Salem eut le temps de se dire qu'au moins, il n'était pas allé dans la cuisine, la gamine et sa mère pouvait filer par la fenêtre. Lui, il eut soudain conscience de la retenue dont le géant était capable, le gamin n'avait pas la moitié de sa force, mais le déchaînement qui suivit fit passer sa migraine pour de simples fourmillements. Il ne sut pas pourquoi tout s'arrêta soudainement. Dans une sorte de flou, il voyait le gosse s'affairer au-dessus de lui avec des bouts de tissus pleins de sang et des bandages, il lui disait qu'il était désolé. Salem ne lui en voulait pas, il avait juste l'impression d'avoir trop mal pour que tout ça soit vraiment réel, et puis il avait froid et un horrible goût de fer envahissait sa bouche. Ses paupières se fermèrent toutes seules, il n'eut pas la force de lutter et quelques instants plus tard, son corps se fit aussi relâché qu'un chiffon.


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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Dim 18 Nov - 22:02

Dieux puissants ! Quelle étrange pâleur
De son teint tout à coup efface la couleur ?
Esther, que craignez-vous ? Suis-je pas votre frère ?
Jean Racine, Esther, Acte 2, Scène 7


***

Adam avait toujours une manière très personnelle de présenter les éléments de son existence. Il ne mentait pas exactement, mais enfin, il présentait des parcelles de la vérité, il formulait les choses en leur donnant une certaine inflexion qui les faisait paraître anodines et inoffensives. Il y en avait là en partie une habitude de discrétion qui naissait de son tempérament réservé et, il fallait le reconnaître malgré tout, une certaine propension à la manipulation.

Par exemple, il reconnaissait volontiers qu’il avait « beaucoup d’amis ». Ce que cela pouvait bien vouloir dire, personne ne cherchait en général à se le demander. Avoir beaucoup d’amis, tout le monde comprenait. Il connaissait des gens, voilà tout. Il connaissait la livreuse de pizza, le caissier du supermarché, l’entraîneuse des équipes de basketball en vue, Anne, Eigon, tout le monde.

Ce qu’Adam ne disait pas, c’était que ce réseau d’amis était un réseau de services rendues et de dettes contractées — de dettes contractées par les autres à son endroit, plus ou moins volontairement, et qu’il n’oubliait, dont il avait à l’esprit le compte exact et qu’il savait faire valoir quand le besoin s’en faisait sentir. Quand il le désirait, son anodine sociabilité se transformait donc en diaspora tentaculaire dont il drainait les informations.

Donc, il avait des amis policiers. Des gens qu’il avait rencontré quand il était barman, avec qui il avait discuté, auxquels il avait donné quelques avertissements fort utiles pour l’avancement de leur carrière, sur une affaire difficile, et qui lui devaient bien, de temps à autre, quelques services. Après tout, à leur connaissance, Adam n’avait jamais rien fait de mal. Etait-ce alors bien grave que de lui communiquer le fichier des mineurs arrêtés pour troubles à l’ordre public ?

Mais ces réseaux amicaux prenaient du temps à se mettre en branle et, depuis plusieurs heures déjà, Adam épluchait les dossiers sans succès. C’était le fils d’Eigon, il en était certain, qu’il avait vu. Mais la vision avait été de ces visions où le futur change, il y avait eu une certaine confusion qui l’avait privé des éléments, comme si l’avenir n’était pas encore entièrement fixé et quelque chose allait se passer qui pouvait être empêché ou qui aurait dû ne pas se passer.

S’il était le fils d’Eigon, s’il avait les mêmes capacités que son père, alors, sans doute, il s’était un jour bagarré. Son nom, quelque part, sa photographie, devait se trouver dans ces fichiers. Mais le devin n’avait pas pu s’y consacrer entièrement : il avait eu son propre travail, il avait eu Salem, qui avait l’air si fatigué ces derniers temps (entre les cours, le garage, les matchs, le pouvoir, les nuits écourtées par des activités fort agréables mais éprouvantes, c’était bien normal) — il avait une vie, désormais.

Finalement, le jeune homme avait abandonné cette piste infructueuse. Tous ces papiers prendraient trop de temps ; il lui restait trois heures, il allait remonter à la source. Et ainsi se retrouva-t-il, une trentaine de minutes plus tard, assis devant Eigon, dans un des salons privés, ou ce qui en tenait lieu, au Coyote Ugly. L’Asiatique braquait son regard noir et incisif contre les opaques lunettes de son interlocuteur.


— J’vois pas d’quoi tu veux parler.

Le géant opposait depuis quelque temps déjà cette réponse systématique à ses interrogations. Adam, qui ne désirait pas particulièrement épuiser ses ressources sur Eigon pour le bien d’une vision incertaine, était prêt à abandonner à se faire une raison et à abandonner l’affaire, quand une sonnerie personnalisée lui indiqua que Salem venait de lui envoyer un message. Le jeune homme sortit l’appareil, jeta un coup d’œil et sentit son estomac soudainement se nouer.

Une vague d’inquiétudes et de réflexions précipita monta aussitôt en lui. Il s’empressa de taper un message lapidaire.


Adam a écrit:
Sors de là tout de suite.

La diplomatie conjugale, ce serait pour plus tard. La diplomatie tout court, d’ailleurs. Le jeune homme se pencha vers Eigon et répéta d’un seul coup toutes ses questions préalables :

— Qui est Esther ? Est-ce que tu as un fils ? Où je peux les trouver ?
— Aucune. Idée. De quoi. Tu parles.


Le géant avait cette fois-ci martelé sa réponse avec un ton tout à fait menaçant. Adam laissa son regard se perdre un instant dans le vague, quelques secondes, pour bien réfléchir à tous les éléments, puis planta à nouveau ses yeux dans les lunettes de son interlocuteur.

— Toutes les légendes sur toi. Tous ces combats, tous ces types qu’on dit que t’as tabassés. Y a p’t’être des gens là-bas au bar qui croient qu’on exagère. Qui croient que t’es pas si fort. Mais toi et moi, on sait qu’c’est vrai. Et toutes les légendes sur moi, toi et moi, on sait qu’elles sont vraies aussi. Alors, Eigon, à moins que tu sois vraiment, complètement, absolument certain de pouvoir me réduire en bouillie là maintenant, j’te conseille de répondre à mes questions, ou en une semaine, je démolis méthodiquement c’qui te reste d’existence et t’auras même plus tes yeux pour pleurer. Littéralement.

Pendant que le mastodonte réfléchissait manifestement à cette délicate proposition, en évaluant la distance qui séparait Adam de la porte, ce dernier essayait de ne pas songer au paradoxe qui le poussait à entreprendre de sauver Salem en se proposant de recourir aux parties de son existence et de sa personnalité qu’il espérait de tout cœur que Salem ne connaitrait jamais, qu’il n’avait évoquées qu’à demi-mots, qu’Anne avait évoquées à demi-mots, et dont il préférait que les détails demeurassent entièrement informulés.

Cinq minutes plus tard, l’épave roulante qu’Adam avait finalement récupérée filait à vive allure dans les rues de New-York, jusqu’à s’arrêter sur un parking à la lisière des embouteillages vespéraux du centre-ville. Le jeune homme descendit du véhicule et entreprit de parcourir la distance encore considérable qui le séparait de l’adresse qu’Eigon lui avait finalement donnée.

En courant, il essayait de chasser de son esprit les idées plus précises de l’événement qui avait rendu sa vision si confuse — et chacune de ses foulées qui le rapprochait à la fois de Salem et de 19 : 17 introduisait une nouvelle révolution dans les mondes futurs.



Dernière édition par Adam Tenseï le Lun 19 Nov - 20:41, édité 1 fois
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Lun 19 Nov - 20:39

La réponse d’Adam ne se fit pas attendre, et à peine Salem eût-il lu le message que des sentiments contradictoires l’envahirent. Son intuition, ou plutôt la chaîne de réflexions informulées qui l’avait conduite juste qu’ici, avait finalement été juste, il était au bon endroit. Il se serait sans doute sentit fier de lui si cela ne voulait pas aussi dire qu’il était au mauvais endroit et que le mauvais moment serait pour bientôt. En bon petit ami, il obéit instamment à l’ordre de son compagnon et sortit, des toilettes, pour regarder la porte de la chambre, au bout du couloir.
Il restait environ vingt minutes et Salem ne savait pas quelle attitude adopter, il avait eu l’occasion de comprendre qu’avec un individu doté des facultés d’Eigon, la situation pouvait dégénérer très rapidement et il n’avait pas vraiment envie que les choses se gâtent encore plus vite par sa faute. Un peu hésitant, il retourna vers la cuisine et regarda la mère de famille s’affairer aux fourneaux pour le dîner.

« Le père de… »
« Hum ? »

Elle se tourna vers lui pour le regarder d’un air interrogateur.

« Tu te demandes où il est ? Partit. C’est un peu compliqué… Et toi alors, tu ne m’as toujours rien dis à propos de toi. »
« Moi… C’est pas important, le père de vos enfants, je le connais. »

La femme se tourna complètement vers lui pour le jauger d'un air soudainement suspicieux, avant d’ajouter sombrement.

« Dis-lui que ses chèques m’aident beaucoup, mais ses cadeaux, Ryan ne les ouvrent même pas. Et va-t’en. »

Salem baissa les yeux, un peu parce que sa tête tombait toute seule mais surtout parce qu’il imaginait l’effet dévastateur qu’une telle phrase pourrait avoir sur le géant, s'il prenait la peine d'envoyer des cadeaux à son fils. Nul doute qu’une vie de famille avec un type aussi dangereusement impulsif n’avait pas pu se faire sans dommages, et toute la culpabilité reposait sur les épaules d’Eigon, pauvre de lui. Salem balaya ces pensées, l’heure tournait, ce n’était pas le moment de faire dans les sentiments, il chercha un moyen de la convaincre qu’il fallait agir tout en omettant qu’il tenait ses informations d’un devin, c'était tout un art. Il se mit à parler en cherchant ses mots un à un.

« Il… s’inquiétait… »
« Tiens donc. »
« Au sujet de Ryan, il arrive à l’âge où… certaines capacités peuvent… »

La mère sembla à la limite de laisser tomber sa casserole bouillante sur ses pieds. Elle répliqua rapidement, en criant presque.

« Ryan va très bien. Il n’a pas de problèmes de comportement. Il est tout à fait normal ! »
« Il ne l'est pas. »
« Ses yeux sont normaux. »
« J'ai cru voir son père en les voyant. Écoutez, je suis crevé et je me fiche que vous me croyiez ou non, ou que vous haïssiez Eigon. Tout ce que je vois c'est qu'il y a une gamine là-bas qui... »
« Esther... »

Salem avait fini par trouver le mot magique, il se décala de la porte pour laisser passer la mère et la suivit dans le couloir. À mi-chemin, elle s'arrêta subitement et souffla d'une toute petite voix comme s'il elle avait peur qu'on l'entende que, si par malheur, ce qu'il disait était vrai, il ne fallait surtout pas dire au gamin de garder son calme, qu'il fallait faire ressortir ce qu'il pouvait avoir de meilleur, et attendre, que c'était tout ce qu'il y avait à faire. Puis elle ouvrit la porte et resta un moment figé devant les enfants qui se disputaient pour la console, un spectacle anodin entres tous.

« Esther, viens ici. »
« Mais je veux jouer ! »
« Tu joueras plus tard, viens. »
« Non ! Dis-lui de me laisser ! » (Sale gosse.)
« Mais dégage ! »

Le regard du gamin avaient changé, plus rien de le distinguait de celui du mastodonte désormais, excédé, il se leva d'un coup en jetant violemment sa manette contre le mur, faisant voler des photos et des médailles de football fièrement punaisés. Ses yeux étincellent fixaient la fillette qui recula contre le mur, il la dominait de toute sa taille.

« Tu me soûles. »
« Hey petit, si on parlait de ton père. »

Un regard fou furieux se posa sur Salem instantanément, parfait, il avait toute son attention, Esther en profita pour se précipiter vers sa mère, qui la prit dans ses bras avant de reculer en regardant la pièce, les larmes aux yeux.

« Mon chéri... Je suis désolé, je peux pas, je pourrais pas revivre ça... »
« Oh bordel, c'est vraiment le moment de... »
« Ce ne sera jamais le moment. Pars avec lui. »
« Quoi ?! »

Assommé par sa migraine, Salem regarda la femme quitter précipitamment la maison en lui disant, sans doute dans l'hypothèse où il sortirait de là en vie, qu'il pouvait dire à Eigon qu'elle ne voulait plus d'argent, qu'elle voulait partir, et oublier – elle aussi. Un bruit violent lui rappela que des choses plus grave se passaient à quelques mètres de lui, le gamin venait de pulvériser une commode.

« C'est toi, c'est ta faute, qu'est-ce que tu lui as dit ? Je ne suis pas comme mon enfoiré de père ! »
« J'ai jamais dis ça... »

Il eut à peine le temps de reculer alors que le gamin de ruait sur lui, emportant une partie du cadre de la porte, de la cloison, et son épaule au passage, la maison trembla sous le coup. Salem ne put retenir un cri et regarda la porte d'entrée qu'on avait laissé grande ouverte, elle devait être à cent, ou deux-cent mètre, il lui faudrait... du temps, pour l'atteindre, sans doute. Il n'arrivait pas savoir, son cerveau lui criait qu'effectivement, Ryan n'était pas comme son père, lui, ses données fluctuaient sans cesse, elles montaient, et redescendait. Chez le gamin, ça ne descendait pas, il montait en température tout seul, tapait contre les murs, hurlait contre son père, sa mère, sa sœur, le monde entier, Salem fit tout ce qu'il pouvait pour partir le plus loin et le plus vite possible.

Un coup violent le précipita dans la cuisine, où il heurta rudement le plan de travail, quelque chose dans ses cotes avait craqué et il se mit à tousser du sang. Il essaya de se redresser en cherchant un appui sur le meuble et sa main se referma sur un couteau de cuisine long comme un bras que la mère avait utilisé quelques minutes plus tôt. Il eut immédiatement l'impression d'avoir réécrit la tragédie d'être exactement là où la mère aurait dû être, et ce qu'elle aurait fait paraissait clair, elle ne voulait plus revivre ça après tout. Salem serra le couteau dans sa main, la douleur dans sa poitrine le faisait se courber en avant tandis qu'il cheminait péniblement vers le fond de la pièce, son regard posé sur le garçon.

« Qu'est-ce que tu comptes faire avec ça ? »
« Rien. »

Il posa le couteau sur le plan de travail tout en inspirant difficilement.

« Je sais que tu ne me veux pas de mal, il... t'arrive des choses horribles, ce soir. »
« Je m'en branle... Je m'en branle, ils ont qu'à tous crever, toi le premier, c'est toi qui es venu foutre la merde ! »
« Mais t'es pas tout seul, je suis là, je connais des gens qui peuvent t'aider, et il y a ton père. »
« Je déteste mon père, il m'a trop fait de mal ! »
« Mon père, il m'a jamais fait de mal, il m'a jamais donné de cadeaux non plus, ni de lettres, ni... rien. Je comprends qu'il te terrorise, mais moi j'aurais rêvé d'avoir un père comme lui... Et c'est le seul qui puisse comprendre ce qui t'arrive. »
« La ferme ! Tu ne sais rien ! J'veux rien avoir à faire avec lui ! »

Salem se plaqua contre le meuble alors que le gamin se jetait sur lui, ça y est, c'était la fin, lui qui avait si peur de perdre Adam pendant une de ses escapades nocturnes allait y passer le premier. Entre l’épuisement et la panique, il eut juste un dernier sursaut d'énergie.

« Non ! »

Tout s'était passé très vite, en un instant l'adolescent s'était emparé du couteau pour le retourner contre lui, Salem avait juste eut le temps de faire dévier la lame, qui s'enfonça sur le coté de son ventre. En un instant leurs quatre mains furent poisseuses de sang.

« Non... »
« Je suis désolé... Je voulais... Arrêter... »

Ils glissèrent misérablement sur le sol, Salem regardait le garçon appuyer sur son ventre, la tâche rouge grossissait à vue d’œil, mais lui n'avait plus la force de faire quoi que soit, ses paupières étaient trop lourde, son corps tout entier lui pesait tellement que le moindre geste demandait un effort surhumain, respirer était sans doute le pire. Avant de s'en rendre compte, il s'était évanouit.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Lun 19 Nov - 21:27

Des insultes fleurissaient sur le chemin d’Adam. Il faut dire que le jeune homme s’était dépouillé de son sens du savoir-vivre (d’aucuns diront d’ailleurs qu’il n’y avait pas là une grande révolution) et bousculait sans ménagement tout promeneur qui avait le malheur de se mettre en travers de son chemin ce qui représentait, à cette heure-là de la soirée, un nombre de plus en plus considérables de personnes.

Même si l’Asiatique mettait à contribution tous les raccourcis que sa connaissance encyclopédique du dédale new-yorkais lui suggérait et toutes les ressources physiques que son long entraînement avait cultivé en lui, il trouvait toujours que sa progression était trop lente — mais se fût-il téléporté à l’adresse qu’il avait arrachée à Eigon qu’il eût toujours trouvé le déplacement trop long.

Les minutes passaient — ses jambes brûlaient, ses poumons brûlaient, tout son corps lui rappelait que, tout sportif qu’il fût, il était boxeur, non sprinteur ni marathonien. Il regrettait soudainement de ne pas habiter dans une petite ville où les distances étaient parcourues en peu de temps et il détestait tout — tout dans cette ville : ses rues interminables, ses dangers, ses mutants, ses visions, et la culpabilité qui pesait sur ses épaules était de plus en plus écrasante.

Car il était inutile d’être un génie pour comprendre, en gros, ce qui s’était passé. Salem avait vu quelque chose dans sa chambre, s’était lancé sur une piste d’une manière ou d’une autre, avait eu beaucoup plus de succès que lui et avait déniché Esther et le fils d’Eigon. Cette sinistre aventure était certes une excellente raison pour motiver Adam à ranger sa chambre dans le futur, mais elle n’arrangeait guère la propension du jeune homme à se reprocher tous les malheurs de l’univers.

Enfin la maison se dessinait devant lui — l’une de ces maisons bourgeoises de SoHo, plus ou moins identiques à toutes celles qui formaient le reste de la rue. Mais il était parfaitement inutile de vérifier l’adresse : la porte grande ouverte disait assez que quelque chose se passait. Authentique indifférence cultivée par les bizarreries quotidiennes de la vie new-yorkaise ou fort judicieux instinct de préservation, les passants ne s’arrêtaient guère pour jeter un coup d’œil, ni à la maison, ni au jeune Asiatique qui s’engouffrait à l’intérieur sans prendre la peine de ralentir.

N’écoutant que son instinct, Adam n’eut aucun mal à trouver la cuisine et, aussi brutal et éprouvant que fût le spectacle qui s’offrit alors à lui, aucun signe de surprise n’altéra son visage, par la combinaison d’un tempérament stoïque, des nécessités du feu de l’action et d’une anticipation morbide qui l’avait travaillée depuis qu’il s’était approché du bâtiment.

Il était déjà agenouillé près de Salem quand Rylan commença à déverser un flot d’excuses, mêlé d’explications et d’interrogations paniquées. Adam souleva le tee-shirt de son ami, déglutit péniblement en observant la blessure. Brutalement, il lança au fils d’Eigon :


— Silence. Prends ça.

Une main pressée sur la blessure de Salem, il sortit de l’autre son téléphone portable et le lança au gamin, que l’action conjointe du traumatisme et de la chute des effets de son pouvoir contribuaient à soumettre à toute personne qui semblait contrôler la situation.

— Qu’est-ce que…
— Appelle les secours.
— Qu’est-ce que je leur dis ?
— Que tu viens de poignarder quelqu’un. Et tu leur donnes l’adresse.
— Mais j’veux pas aller en prison !


Adam releva un regard noir vers Rylan qui disait assez que la prison était, pour l’heure, la perspective la plus favorable qui s’offrait à lui. L’adolescent s’empressa de composer le numéro d’urgences, d’exécuter les ordres de celui dont il ne savait encore trop s’il était son sauveur ou son juge et bourreau, puis raccrocha et, avec une anxiété croissante, interrogea :

— Qu’est-ce que j’fais maintenant ?
— Efface la mémoire du téléphone.


Sans s’interroger sur la logique de ces directives un peu mystérieuses, Rylan s’exécuta, luttant avec ses doigts sanglants sur l’écran tactile, jusqu’à effacer complètement les données de l’engin. Adam maintenait la pression sur la blessure, tout en surveillant du coin de l’œil l’horloge de la cuisine — les secours arriveraient en cinq minutes (et il se mit à bénir New York, son dense réseau de pompiers, de médecins, d’hôpitaux, et à remercier le ciel de ne pas vivre dans l’une de ces petites villes où il fallait un quart d’heure pour être secouru).

Il reporta son regard sur Rylan. Le téléphone était vierge.


— Garde le. Détruis le et jette les restes dans le fleuve. Maintenant barre toi.
— Mais j’veux pas… J’sais pas… J’sais pas quoi faire.
— Bienvenue dans mon monde.


Conscient que la possibilité de partir avant les secours constituait malgré tout une faveur inespérée, l’adolescent se leva mécaniquement et, comme un automate, se dirigea vers la sortie. Alors que Rylan allait disparaît, Adam, un instant adouci par un sentiment de solidarité mutante, lança :

— Ton père est au Coyote Ugly. C’est ta meilleure option. Ta seule option.

Sans rien dire, Rylan sortit, laissant derrière lui la maison abandonnée par la famille qui l’avait occupée pendant tant d’années, et toute sa vie, toute sa simple existence de jeune garçon. Une minute plus tard à peine les sirènes d’une ambulance hurlèrent dans la rue et une troupe d’infirmiers, accompagnée par deux policiers, surgirent dans la cuisine.

Adam fut tiré à l’écart du corps, encadré par les policiers, pendant que les infirmiers chargeaient Salem sur le brancard, en entamant le répertoire précipité du premier diagnostic. Les yeux fixés sur son ami qui disparaissait en direction de l’ambulance, l’Asiatique répondait machinalement aux questions des agents suspicieux :


— Nom, prénom, emploi.
— Tenseï, Adam Raimu. Chargé de mission au Parti Démocrate.


Les mots « parti démocrate » contribuèrent à adoucir grandement l’interrogatoire.

— C’est vous qui avez appelé ?
— Non. J’viens d’arriver. Il m’a envoyé un SMS, il m’a dit qu’il avait un problème, quand j’suis arrivé, il était à peine conscient. Il m’a dit que quelqu’un avait appelé les secours, et puis il a perdu connaissance. J’peux aller le voir ? Il va à quel hôpital ?


L’homme et la femme échangèrent un regard embarrassé.

— Il faut être de la famille pour le suivre.

Adam réfléchit à toute vitesse pour répondre presque aussitôt :

— J’suis d’sa famille. On est fiancé. On va se marier. C’est presque mon mari.

Il y eut quelques secondes de flottement pendant lesquels le jeune homme fut scrupuleusement dévisagé. Cette scrutation naissait beaucoup moins d’une hypothétique homophobie des deux agents que d’une solide expérience professionnelle : ils relevaient l’absence de blessures de combat sur les avant-bras dénudés du jeune homme, l’absence de concordance apparente entre ses chaussures et les traces du pas ensanglantées qui s’éloignaient de la cuisine, l’authenticité de l’inquiétude dans sa voix.

Les deux policiers échangèrent un regard puis l’homme dit :


— Bon. On vous accompagne à l’hôpital et vous allez nous raconter encore depuis le début votre histoire, dans la voiture.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Mar 20 Nov - 19:29

Des papiers, des photos, des post-it, bien avant d'ouvrir les yeux, la machine s'était remise en branle, les informations défilaient, liées entres elles, ce qu'il avait vu au parc lui semblait soudain l'évidence même. Pourtant Salem était loin de se sentir mieux, il était vaseux comme jamais, il ne comprit pas tout de suite pourquoi il ne sentait plus le sol froid et dur, ou les mains de Rylan pressées sur sa plaie.

Un mouvement, Salem vint poser prudemment une main sur sa blessure, il sentit des bandages sous le tissus, bougea un peu, ouvrit un œil. Arrêta de bouger et le referma en grognant, il n'avait pas vraiment mal, mais son corps s'insurgeait à chaque mouvement. Il rouvrit quand même les yeux, un coup d’œil de plus lui indiqua qu'il était dans un lit médicalisé, qu'il avait une perfusion dans le bras et qu'il n'y avait pas de bouteille d'eau à portée. Dommage, il mourrait de soif et sa bouche était pâteuse comme un seau de colle, il posa son regard un peu éteint sur les persiennes, la nuit était bien avancée, il était 2h57, à six minutes près. Comme si c'était le signe qu'il pouvait se remettre à tourner, son esprit lui envoya tout le fil des événements dans l'ordre déchronologique, Salem se redressa d'un bond.

« Ryl... »

Il se mit à tousser en se penchant en avant, ah oui, les côtes, l'info était arrivée après, tout en redressant péniblement la tête, il adressa un regard un peu ailleurs à Adam. Parce que Adam était là, il n'y avait pas que lui, d'ailleurs. Mais le retour à la réalité n'était malgré tout pas évident et sa première préoccupation, avant de se reposer dans les bras de son homme et bien avant de se préoccuper de son état de santé, était de savoir comment allait le gamin. Il n'écoutait pas tout ce qu'on pouvait lui dire. Toutes les informations qu'il n'avait pas eu ces trois derniers jours se pressaient dans sa tête, et tout paraissait si réel qu'il se sentait aussi tendu qu'après avoir ouvert la porte de la chambre.

« Il est où ? Il faut... prévenir... »

La couverture du lit tomba au sol alors que Salem venait, avec une rapidité surprenante, de rabattre une des barres de sécurité sur le coté du lit et de dégager ses jambes. Les hôpitaux, il connaissait un peu pour y avoir fait pas mal de petits séjours, mais il ne s'était jamais retrouvé dans un état pareil et un violent vertige le prit alors qu'il était pratiquement debout, enfin, plus près de s'écraser au sol que d'aller où que ce soit, mais presque debout quand même. La douleur et l'épuisement eurent au moins le mérite de le faire revenir un peu à la réalité, il ne résista pas quand une armée de médecins, que quelqu'un s'était empressé d'appeler, vint le remettre à sa place et l'encercler. On lui parlait, on prenait sa tension, on tripotait sa perfusion, on l'agressait de partout alors qu'il était déjà submergé d'informations. Et puis l'un d'eux eut la bonne idée de lui planter la lumière forte d'une lampe-torche droit dans les rétines pour voir s'il réagissait, mission réussit, Salem le repoussa du bras en faisant voler la lampe.

« Dégages avec ça, toi... »
« Ah ? Monsieur, vous m'entendez ? Vous pouvez nous dire votre nom ? »
« Salem Jeremiah Cordova. »
« Vous savez où êtes ? »
« Hôpital. »

Salem ferma les yeux, la réalité, c'était bien, mais pas toujours rose. Il prenait peu à peu conscience qu'Adam avait du être fou d’inquiétude, que sa mère hurlerait si elle apprenait où il se trouvait, que lui-même n'avait jamais eu aussi peur pour lui de toute sa vie, à un futur près, il n'aurait pas était là. Il devait sans doute faire une triste mine puisque le médecin repoussa les policiers en disant qu'il était trop tôt, qu'il avait besoin de repos et que tout le monde devait partir.

« Non, Adam... »

Salem tendit la main vers lui pour qu'il l'attrape, et la serra de toutes ses forces – c'est-à-dire pas fort du tout vu la situation.

« Pardon, j'aurais dû... je sais pas, j'ai pas voulu t'inquiéter. Mais ça va, je vais bien. »

Pas sûr qu'il soit très crédible, enroulé dans ses bandages, mais c'était pourtant vrai. Il avait sauvé des gens, ce soir, ça valait bien quelques entraînements de basket ratés – oui, il pense à ses entraînements aussi, c'est pas Salem pour rien. Il fit un sourire qui, même s'il n'avait pas sa belle énergie habituelle, était quand même plus serein qu'il n'aurait dû. Rylan n'était pas le seul à avoir laissé une partie de sa jeunesse dans cette maison.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Mar 20 Nov - 20:33

La voiture de police roulait dans les rues de New York à un rythme, selon Adam, tout à fait désespérant. Le jeune homme avait beau savoir qu’arriver un peu plus tôt à l’hôpital ne ferait pas une grande différence sur l’état de santé de son compagnon, son sang-froid pragmatique n’allait pas jusqu’à se faire une raison des petites contrariétés de la circulation qui ralentissaient leur progression.

Il avait fini de raconter son histoire, assis à l’arrière, tandis que l’homme, qui avait laissé le volant à sa coéquipière, le regardait dans le rétroviseur central. L’histoire tenait parfaitement la route : il avait reçu un message de détresse de son compagnon, il s’était précipité pour le secourir, il avait trouvé la maison ouverte, Salem à peine conscient, il avait appris qu’on avait appelé les secours, Salem s’était évanoui, l’ambulance était arrivée à peine une minute plus tard.

Depuis quelques secondes, un silence régnait dans la voiture. Quelque ouverts d’esprit que fussent les deux policiers, aborder les questions plus générales les embarrassait un peu. L’homme se décida cependant :


— Et donc, vous êtes fiancés ?
— Oui.
— Vous avez une date pour le mariage ?
— Pas encore.
— Vous vous connaissez depuis longtemps ?
— Pas vraiment. C’est allé assez vite.


Contrairement à la voiture.

— Qu’est-ce qu’il fait, dans la vie, votre fiancé ?
— Garagiste.
— Et donc, vous, vous travaillez au Parti Démocrate ?
— Sous les ordres de Martha Orckmann.
— La sénatrice ?
— Elle n’est plus sénatrice, mais oui, c’est elle.


Aussitôt, la voiture accéléra sensiblement. Martha Orckmann, généreuse contributrice de l’association des Orphelins de la Police, Martha Orckmann, grande réformatrice de l’organisation urbaine des rondes de surveillance, Martha Orckmann, amie personnelle du Procureur Général. Ils ne tardèrent pas à arriver à l’hôpital.

***

La silhouette du géant se dressait dans un recoin du parking de l’hôpital, dominant largement l’Asiatique qui discutait avec lui.

— Adam… J’suis désolé, pour ton pote.

Adam regardait fixement les voitures alignées devant lui. Il n’avait pas dit un seul mot depuis qu’Eigon était apparu, comme un extraterrestre, dans la salle d’attente silencieuse de l’hôpital où, depuis plus d’une demi-heure, il attendait des nouvelles du bloc opératoire, dans une immobilité de statue. Il l’avait suivi jusqu’au parking, mais il ne disait rien.

Après un nouveau silence, il lâcha néanmoins d’un ton las :


— Qu’est-ce que tu veux, Eigon ?

Le géant baissa les yeux d’un air embarrassé.

— Le petit, tu sais… C’est pas sa faute. Tu comprends ça ?
— …
— Tu le laisseras tranquille ?
— Il a une dette envers moi.
— Il est trop jeune pour ça.


Adam haussa les épaules. Brusquement, la main puissante d’Eigon se referma sur son bras.

— Adam…

Le ton était fait de supplication et de menace. Adam articula froidement :

— J’t’ai jamais demandé d’être calme. Me demande pas de faire preuve de pitié.

Lentement, les doigts du mutant se desserrèrent et sa main finit par relâcher le bras d’Adam.

— Je peux être calme…

Adam se massa machinalement l’avant-bras. Au bout de quelques secondes, il murmura d’une voix lointaine :

— On verra. On reparlera. Un autre jour. Là… C’est pas l’moment.

***

De temps à autre, Adam continuait à jeter des regards un peu inquiets à la femme qui s’était assise à ses côtés quelques secondes auparavant.

— Je ne voudrais pas paraître euh… Trop direct. Mais pourquoi êtes-vous ici ?

Martha Orckmann tournait et retournait machinalement ses gants en daim.

— Vous êtes mon collaborateur. Je prends soin de mes collaborateurs. Comment va votre fiancé ?
— Il est en salle de réveil. Ce n’est pas vraiment mon fiancé.
— Je sais.


Adam déglutit péniblement. Il se fut volontiers passé d’une semblable entrevue.

— Madame… Comment avez-vous…
— C’est mon métier de savoir ces choses-là.


Après un nouveau silence, la femme se tourna sur son siège pour regarder le jeune homme. A voix basse, et avec une froideur lenteur, elle murmura :

— La dernière chose dont j’aie besoin, c’est que mes employés se fassent embarquer par la police. Encore une histoire de ce genre, le moindre petit soupçon, la plus infime vague dans votre existence, et je vous assure que jamais plus vous ne travaillerez de prêt ou de loin en politique. Est-ce que c’est bien clair ?

***

Il était deux heures passées et les yeux d’Adam commençaient à se clore malgré eux. Sans doute le jeune homme eût-il sombré dans un profond sommeil si la voix de Salem, au dernier moment, aussi faible fût-elle, ne l’eût brusquement ramené à la réalité. Le devin se releva d’un bond, appuya aussitôt sur le bouton d’appel et murmura précipitamment à l’oreille de Salem :

— Ne dis rien. Tu ne te souviens de rien. Ne parle de rien.

Il avait à peine fini de dispenser ces précieuses recommandations qu’une armada d’infirmières et de médecins se déversa dans la chambre. Depuis le passage d’Orckmann, Salem était passé de patient lambda dans une chambre surpeuplée à invité de choix avec tout le confort nécessaire. Ce qui impliquait également des médecins beaucoup plus vigilants que le couple ne l’eût parfois souhaité et, sans guère avoir le temps d’écouter les excuses de son compagnon, Adam fut d’autorité poussé hors de la chambre.

Et c’était encore un privilège si, le lendemain matin, il pût y pénétrer bien avant les heures de visite officielles. Il n’avait profité de l’interdiction de passer la nuit avec Salem pour rentrer chez lui qu’afin de récupérer un autre téléphone portable et d’être en état de faire appel à des secours moins traditionnels, en cas de problème. Mais, en s’asseyant dans la chaise près du lit, il lui prit l’espoir que cela ne serait pas nécessaire.

Du reste, les chirurgiens avaient été très rassurants. Ce qui n’empêcha pas Adam, quand Salem ouvrit les yeux, de l’accueillir avec les paroles suivantes :


— Ne refais plus jamais ça. Tu rentres plus dans ma chambre à l’Institut. Je te parle plus de mes visions. C’était la pire nuit de mon existence.

Et pourtant, il y avait une sérieuse concurrence.

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Mer 21 Nov - 18:23

Après un rapide examen – décidément ça n'en finissait pas, le personnel était tellement prévenant avec lui qu'il commençait presque à se demander si on le lui avait pas diagnostiqué un cancer et que personne n'osait lui annoncer la nouvelle – Salem se retrouva tout seul, sa chambre déprimante et la fatigue ne tardèrent pas à avoir raison de lui et il s'endormit lourdement jusqu'au lendemain matin, ou plus exactement quelques heures plus tard. Quand il ouvrit les yeux, il fut interrompu dans son traditionnel calcul de l'heure par les paroles d'Adam, qui avait décidément laissé tomber la diplomatie. Qu'à cela ne tienne.

« T'es – sacrément – gonflé. »

Salem le regarda d'un air stupéfait une seconde, avant d'ajouter.

« J'ai passé des soirées entières à attendre que tu répondes à mes messages en revoyant le moment où je t'ai ramassé à moitié mort dans un garage. Mais j'ai jamais vraiment songé à t'arrêter, pas parce qu'à moins de te suivre tout le temps ce serait impossible mais parce que... ça te rendrais malheureux. »

Il s'arrêta un moment, pensif, avant de reprendre en tripotant un bout de draps.

« J'ai essayé de comprendre tes plans et tout, mais c'était pas pour intervenir, juste pour savoir où tu allais, quels jours je devais avoir peur. Si je sais rien, j'ai peur tout le temps, j'ai l'impression que tout me file entre les doigts, c'est l'horreur... Tu vois.

Si j'avais su que j'étais tombé sur quelque chose, j't'en aurais parlé direct. Je pensais pas que ça finirais comme ça. Maintenant que je le sais, si un truc du genre recommence, je te le dirais. Même si je suis sûr de rien, juste au cas où. Sauf... si tu veux la jouer comme ça. Je sais pas qui tu comptes protéger avec tes mesures à deux balles, mais c'est certainement pas moi. Et tu peux faire tout ce que tu veux, je continuerais à chercher, et je finirais par trouver, dans ton comportement, dans tout ce que tu laisses, les indices qu'il me faut. Parce que j'en ai besoin, parce que j'ai jamais été aussi fort que depuis que je te connais, que je fais des choses dont j'aurais été incapable y'a quelques mois encore. Parce que je suis mort d'inquiétude à l'idée de tout ce qui peut t'arriver. Et maintenant, si c'est tout ce que t'as à me dire, j'me rendors. 
»

Salem lui tourna le dos et se couvrit la tête du draps, d'où s'éleva à nouveau une voix un peu remontée.

« Bonjour, au fait. Si j'ai gâché ta nuit en prenant un coup de couteau à ta place, alors je suis très satisfait. »

Niveau diplomatie conjugale, Adam avait sans doute quelques progrès à faire pour dépasser Salem. Pourtant, il avait plus que jamais besoin de câlins, de bisous et de paroles gentille et rassurantes, mais tant pis, il n'allait pas se laisser faire. Vivre avec un super-héros, il savait que ce n'était pas facile – il a lu plein de comics qui le prouves. Mais si Adam s'attendait à ce qu'il reste à faire le meuble en arrière-plan pendant qu'il risquait sa peau en montant des plans insensés, il allait être déçu. La vie qu'il menait ne pouvait pas le préserver dans une bulle d'innocence et de béatitude, là encore, il fallait croire que Salem avait été le plus rapide à s'en apercevoir.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Mer 21 Nov - 22:49

Et voilà — les jeunes, tous pareils : il suffisait d’un coup de couteau pour leur donner la folie des grandeurs. Si quelqu’un ne venait pas d’essayer d’assassiner Salem, Adam eût sans doute eu envie d’assassiner Salem — mais comme il fallait varier les plaisirs et être un peu original, il était obligé de laisser ce projet de côté et encaisser la parfaite mauvaise foi (avec une parfaite mauvaise foi) de son ami.

Certes, certes, Salem n’avait pas tout à fait tort. Sans doute, pour une nuit qu’il avait passé dans l’inquiétude, Salem, depuis le peu de temps que durait leur relation, avait dû multiplier les insomnies et qu’Adam eût la curieuse décence de frôler la mort en toute discrétion ne changeait rien à l’affaire. Mais si Adam avait l’habitude de songer à la fin de sa propre existence (et, fréquemment, d’y assister), c’était bien la première fois qu’il se retrouvait de l’autre côté de la barrière.

Alors, bien entendu, l’Asiatique brûlait d’envie de répondre que lui, au moins, il savait ce qu’il faisait, qu’il n’en était pas à son coup d’essai, qu’il pouvait se battre, et prévoir, et réagir, et que tout cela était finalement bien moins dangereux pour lui que pour Salem, mais l’heure n’était de toute évidence pas à ce genre de considérations logiques — de toute façon, Salem ne l’écouterait pas.

En voyant son compagnon lui tourner le dos après avoir balayé avec ce qu’Adam avait du mal à ne pas prendre pour de la brutalité une inquiétude maladroitement exprimée, le jeune homme sentit son esprit craquer finalement sous la tension accumulée et les larmes rouler silencieusement sur ses joues — lui qui ne cillait pas face au danger, qui était demeuré efficace et stoïque en retrouvant Salem baignant dans son sang, qui avait veillé toute la nuit dans une sorte de mutisme stupéfait, subissait le contrecoup de ces émotions retenues.

Il essaya de ravaler ses larmes pendant plusieurs secondes, sans grand succès. Il se rendait compte, bien entendu, que Salem avait besoin de tout autre chose, d’un soutien psychologique, ou quelque chose comme cela, mais c’était un domaine dans lequel il se sentait si incompétent que le sentiment d’impuissance l’écrasait. Ce qu’il avait compris, comme à son habitude, dans le discours de son compagnon, c’était qu’il était injuste et abject et qu’il le mettait perpétuellement à la torture.

Le jeune homme finit néanmoins par contrôler le flot de larmes salées et par en essuyer les reliquats d’un revers de manche. Il était loin, le glacial Adam dont la réaction future avait broyé la fierté d’Eigon dans de stériles supplications, loin l’habitué des scènes de crime qui avait menti avec un aplomb parfait aux policiers, loin l’improbable secouriste qui avait plongé les mains dans le sang de celui qu’il aimait sans un soupçon de panique.

Le mutant se débarrassa de ses chaussures, jeta un coup d’œil embrumé d’humidité à la porte de la chambre et, persuadé qu’il faisait probablement quelque chose d’interdit (essentiellement parce que tout, toujours, était interdit dans les hôpitaux — l’une des nombreuses raisons qui expliquaient qu’il préférât des méthodes moins traditionnelles pour se soigner), il se leva et se glissa sous les draps, pour se presser contre le dos de Salem.

D’une petite voix, il souffla :


— Je suis désolé, mon cœur.

Oui, les chutes d’adrénaline le rendaient un peu sentimental — mais Salem était de dos, il ne pouvait pas le voir rougir et puis, avec un peu de chance, il était trop shooté aux antidouleurs pour se rendre compte de ce qu’il disait. En plus, avec le drap au-dessus d’eux, ils étaient coupés du monde, de sorte que tout cela ne comptait pas vraiment. Disons.

— J’voulais pas… J’veux pas… je….

Et voilà, il recommençait à pleurer. Décidément, il savait bien pourquoi il ne le faisait jamais d’ordinaire : quand on commençait, impossible de revenir à un mode d’expression plus normal. Le devin refoula à nouveau ses larmes, prit une profonde inspiration pour se calmer et tenta de reprendre avec une plus grande maîtrise de soi :

— Je sais pas quoi faire. Je sais pas comment te dire ce que je ressens. J’ai jamais été… Je peux pas comprendre. Je suis sûr qu’il faudrait que je fasse plein de choses. Que tu dois te sentir… Différent. Je suppose. Pour moi, tout est toujours comme ça tout le temps et j’ai peur d’être monstrueux en te répondant.

Adam se serra un peu plus contre Salem ¬— il n’y avait pas de raison : la blouse d’hôpital, cela avait son charme aussi.

— J’veux pas te perdre, j’veux pas que tu meures, que tu sois blessé, que tu souffres, que… J’veux pas que la moindre contrariété passe dans ton existence, je saurais pas faire, ce serait trop injuste, et surtout pas à cause de moi. J’ai l’impression que je t’ai déjà traumatisé, et que je vais casser tout ce qui était jeune en toi, et que, et que…
— Non mais où vous vous croyez ?


Adam manqua de faire une crise cardiaque. Il roula hors du lit, se réceptionna plus ou moins maladroitement sur le sol et se redressa avec son air le plus innocent, qui lui donnait l’air coupable, tandis qu’une volumineuse infirmière, les points sur les hanches, le foudroyait d’un regard plus noir que le sien.

— Vous avez l’impression d’être à l’hôtel ici peut-être ?
— …non, m’dame…
— Vous croyez pas qu’il est assez fatigué comme ça, votre fiancé ?
— … si mais…
— Déjà qu’il remue dans tous les sens, et vous, vous allez encore l’échauffer !
— …non, mais en fait…
— J’veux rien savoir. Sortez. Prenez vos chaussures et sortez de là. Vous reviendrez aux heures de visite, dans quatre heures. Allez. Allez !


Les yeux baissés, Adam ramassa ses chaussures et s’exécuta — pour aller s’asseoir cent mètres plus loin, sur les bancs en plastique de la salle d’attente.

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Jeu 22 Nov - 15:12

Brutal, Salem l’était, il le savait bien, mais rien à faire, il n’en prenait pleinement conscience qu’après coup. À peine le silence se fût-il installé dans la pièce qu’il était prêt à renier toutes ses paroles, il s’en voulait d’avoir réagi si vivement, juste parce qu’il aurait espéré autre chose comme entrée en matière après tout ce qu’il s’était passé. Les inquiétudes d’Adam étaient légitimes, il ne les comprenait que trop bien puisque avait les même à son égard. Sa réaction lui semblait désormais terriblement déplacée et les larmes qu’Adam versaient dans son dos firent encore augmenter son sentiment de culpabilité. Il avait juste envie de le serrer dans ses bras et de s’excuser pour le reste de la journée.

Visiblement, Adam avait à peu près la même idée en tête, son cœur, justement, fit un bond notable dans sa poitrine quand il se pressait contre lui en lui parlant. C’était du Adam tout craché ça, d’attendre qu’il ait frôlé la mort pour lui donner un petit nom adorable. Les yeux humides lui aussi, il bougea un peu – en faisant une petite grimace – pour se tourner en partie vers lui et couper court au flot de remords et d’inquiétudes qu’il formulait de façon beaucoup plus agréable, avec un baiser.

« Excuse-moi… j’aurais pas dû dire… »

C’est alors que l’une des tortionnaires qui venait régulièrement lui pourrir la vie depuis qu’il s’était réveillé quelques heures plus tôt rappliqua, rien qu’à l’idée qu’elle avait sans doute elle aussi une de ces horribles lampe-torche dans la poche faisait qu’il la détestait. Il soupira, mais qu’est-ce qu’elle allait imaginer, il n’était même pas sûr de pouvoir aller au toilette tout seul, alors le reste. C’était à se demander qui était le plus pervers dans la pièce, pourtant avec Adam, il y avait du challenge. Mais même lui ne devait pas avoir une libido très enflammée avec les événements de la soirée, la pièce triste dans laquelle ils se trouvaient et sa blouse moche – s'il savait.

Salem la fusilla du regard, ce qui ne l’empêcha pas de virer Adam de la chambre sans ménagement. Ah, c’est facile de s’en prendre à un blessé agonisant – Salem a vraiment le sens du mélodrame – dans son lit et à son fiancé traumatisé.



Fiancé ?

Salem resta interdit une seconde, il avait dû rêver, sans doute, c’était les médicaments ça, il se sentait comme dans du coton et ses oreilles lui faisaient des blagues, sans aucuns doutes. Il souffla.

« Mon fiancé… »
« Reviendra dans quatre heures, on vous a donné droit à un petit privilège, et vous étiez déjà en train d’en abuser. »

Décidément cette infirmière avait aussi l’esprit très mal placé, les yaoistes sont partout, inutile de chercher plus loin pourquoi le monde va mal. Elle approcha une tablette de son lit et y posa sans ménagement un plateau déjeuner. Le calme soudain de Salem sembla lui donner envie d’être plus avenante, elle eut un rictus qui ressembla presque à un sourire amical.

« Tout de même, vous êtes bien jeune pour vous marier, vous êtes vraiment sûr que c’est le bon ? »
« Heu… Oui ? »

Les médicaments devaient vraiment être très fort, quand même. Après quelques questions de plus sur sa vie et celle de son futur conjoint, l’infirmière le laissa manger tranquillement. Mais il n’avait pas faim du tout, pas besoin d’être devin pour savoir que son fiancé ne devait pas être bien loin et pour l’heure c’était tout ce dont il avait besoin. Faisant fit de la tension nerveuse du pauvre personnel soignant, Salem repoussa la tablette-repas et regarda le sol – c’était haut quand même. Il bougea nettement plus prudemment qu’il avait pu le faire quelques heures plus tôt, bon, cette fois-ci il n’avait pas de vertige, donc tout allait bien, il pouvait – presque – rentrer chez lui.

Il se fit glisser doucement sur le sol en grimaçant un peu et s’appuya contre le mur, tient, ça fait bosser pas mal de muscles d’être debout, quand même. Il sentait toutes ses blessures travailler douloureusement et inspira un coup. Bon, y’avait plus qu’à y aller, Salem longea le mur jusqu’à s’apercevoir que quelque chose le retenait au niveau du bras, la perfusion, oups, il avait laissé le bidule à roulette à côté du lit, à deux mètres cinquante de là – le bout du monde. Prudemment, il tira sur le tube accroché à son bras pour faire venir tout le bidule. Si le monde était merveilleux, ça aurait sûrement fonctionné, là, le bidule s’écrasa au sol dans un bruit métallique. Salem se figea, tendant l’oreille pour voir s’il entendait les pas précipités d’une infirmière furibonde, il lui sembla que non.

Doucement, il tira tout le bidule à lui et le redressa laborieusement, il regarda son sang qui remontait dans le tube transparent en se demandant si c’était normal, bon, ça devait pas être grave. Une fois l’accident de perfusion réglé, il put atteindre la porte et voir Adam, et la grosse infirmière qui sembla aussitôt devenir hystérique.

« Mais qu’est-ce que vous faites ?! »
« … Toilettes ? »
« Vous n’êtes pas en état de vous levez ! Si vous aviez besoin de quelque chose, il fallait utiliser la sonnette que je vous avais montrée ! »
« J’avais oublié. »
« Oublié… Et ça veut se marier… »

L’infirmière l’attrapa fermement par le bras pour le ramener à son lit. Après un temps de réflexion qui rendit le tout pas vraiment crédible, Salem se mit à pousser des cris de douleurs un peu surfait et se laissa glisser au sol dans l’ouverture de la porte.

« J’en ai trop fais, je crois, je vais rester là un moment. Faites pas attention à moi, ça va aller. »

L’infirmière eut un soupir exaspéré et indiqua qu’elle allait vite revenir avec des collègues pour le remettre au lit. Salem la regarda filer, puis s’intéressa bien vite à Adam.

« Pardon pour tout à l’heure, et pour cette nuit, je sais bien que j’aurais pas dû faire ça, ça aurait pu être vraiment pire, mais... Je sais pas, j’avais peut-être besoin de ça. De comprendre un peu mieux ta vie. »

Des pas précipités lui indiquèrent que la cavalerie n’allait pas tarder, il accéléra.

« Reste pas dans ce couloir, tu vas déprimer, puis faudra que tu m’expliques cette histoire de mariage, aussi, et le gamin ? Il est où ? Il va bien ? »


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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Jeu 22 Nov - 22:34

L’Asiatique regrettait amèrement que les hôpitaux ne fissent pas partie de ses attributions et que son emprise sur le développement urbain se limitât aux complexes sportifs. Parce qu’il avait deux ou trois suggestions à faire, maintenant que, pour la première fois de sa vie, il n’était pas celui que les infirmières empêchaient de sortir, mais celui qu’il fallait retenir d’entrer.

Par exemple, les chaises en plastiques encastrées dans le béton des murs, c’était nul. Manifestement, elles étaient conçues pour dissuader d’attendre plutôt que pour assurer le confort nécessaire. Ensuite, l’obscurité du ballet des infirmières et des médecins augmentait l’inquiétude. Enfin, tout cela était très mal conçu et Salem avait décidément eu une très mauvaise idée en se faisant poignarder.

Comme la patience légendairement stoïque d’Adam atteignait très rapidement sa limite quand Salem était impliqué, le jeune homme ne resta guère que quelques minutes sagement assis sur sa chaise et, bientôt, il se releva et, plus ou moins discrètement, guetta la sortie des infirmières pour se présenter dans l’encadrement de la porte et observer son héroïque et même téméraire compagnon.

Il balaya les excuses de son compagnon en secouant la tête.


— Te travailles pas avec ça, c’est passé. J’suis content que tu ailles bien.

Il jeta un coup d’œil par dessus son épaule, pour apercevoir une meute d’infirmières — en fait, trois infirmières — se précipiter sur lui (en marchant). Le temps de répondre aux questions de Salem lui manquait et il se jeta sur le point le plus simple, en occultant les conversations toutes plus délicates les unes que les autres qu’il avait eues au fil de la nuit.


— Il est en sécurité, disons. Et…

Il s’interrompit. Les infirmières étaient là. Il se décala pour les laisser rentrer et, avec une série de mimes plus ou moins compréhensibles, alors que l’une d’entre elle le poussait vers la sortie pour pouvoir fermer la porte, entreprit de faire comprendre à Salem qu’il repasserait aux heures de visite — dans une éternité. Bientôt, la porte se referma, les stores furent baissés et l’adolescent abandonné aux mains des femmes (ce qui n’inquiétait pas trop Adam, parce que même lui qui ne s’y connaissait pas trop parvenait à juger que l’on était loin, très loin, du fantasme de l’infirmière).

En trainant les pieds, le jeune homme rejoignit sa voiture, avec sa voiture l’Institut et à l’Institut son lit. Une fois le réveil réglé pour pouvoir être sûr d’être parfaitement à l’heure à l’hôpital, il sombra dans un sommeil profond et sans rêve.

En parcourant à nouveau, quelques heures plus tard, le couloir qui menait à la chambre de Salem, il se sentait différent. Sa vie avait changé d’une manière qu’il ne parvenait pas à expliquer — ou bien il avait pris conscience d’un changement déjà effectif, il n’était pas certain. Songer que Salem pût mourir lui avait fait prendre conscience de tout le futur dont il serait alors privé et, puisque Salem était sauvé désormais, il voyait tout le futur qui s’offrait à lui.

Jusqu’à lors, sa relation avec l’adolescent avait été intense, profonde, intuitive et tumultueuse — elle avait été immédiate. Presque brusque, en quelque sorte. Dans le sang de la soirée qui venait de s’écouler, elle était devenue plus réelle, elle s’était transformée en engagement véritable, complexe, et Adam s’en trouvait désormais aussi inexplicablement impatient qu’il avait été, la veille, bouleversé.

Il était quatre heures de l’après-midi. Des enfants allaient et venaient désormais dans les couloirs, avec leurs parents, venus voir un ami de la famille, un aïeul, un oncle ou une tante. L’hôpital, hostile le matin quand il y avait été presque seul, avait gagné une vie nouvelle. Adam n’allait certes pas reconnaître qu’il était accueillant, mais enfin, il se sentait un peu moins mal à l’aise.

Après avoir reçu le blanc-seing des infirmières, il se glissa dans la chambre de Salem et déposa sur la table de nuit un paquet de bretzels.


— J’ai hésité à prendre des fleurs, et puis je m’suis dit que tu avais des passions plus terre à terre.

Le devin s’assit sur le bord du lit et posa son regard noir dans celui de son compagnon.

— Salem…

Il avait envie de le lui dire, envie de lui faire comprendre ce futur qui s’était construit, cette révélation incroyable qui était la sienne, mais il n’avait pas de mots pour exprimer une chose qui devait être si simple et si évidente pour les autres. Il se sentait un peu ridicule, et encore un peu perdu dans sa vie qui portait désormais son nom et celui de Salem. Cette incommunicabilité le frustrait un peu.

Il baissa les yeux, sans trouver la manière de s’exprimer.


— J’suis désolé, j’sais pas trop…

Et puis, un peu soudainement, il jeta une idée qui venait de lui traverser l’esprit.

— Tu crois que je pourrais venir vivre avec toi ? Au moins le temps que tu te rétablisses.

Presque aussitôt, cet engagement considérable lui parut entièrement déraisonnable et, surtout, déplacé — il s’imposait, il imposait quelque chose à Salem, il prenait des initiatives prématurées et il se tournait en ridicule en montrant qu’il n’avait aucune idée de la manière de procéder. Alors il rougit et reprit confusément :

— Non. Pardon. Laisse tomber. J’sais pas ce qui m’a… C’était idiot. Alors, tu… tu…

Il avait relevé les yeux et regardait fixement, pour se donner une contenance, le montant du lit.

— Le médecin est venu ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Tu pourras sortir quand ?

Au moins, ce qu’il y avait de bien, avec l’hôpital, c’était le réservoir de questions toutes faites.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Ven 23 Nov - 13:50

Tout en se faisant embarquer vers le lit, Salem hocha la tête pour faire comprendre à Adam qu'il avait compris son message et qu'il pouvait y aller. Il eut ensuite droit à un long sermon des infirmières sur sa conduite irresponsable et on lui remit son plateau-repas sous le nez en le sommant d'avaler quelque chose même s'il n'avait pas faim. Bon gré mal gré, il mangea un peu de l'entrée mais laissa les carottes cuites à l'eau et la viande farcie de nerfs de coté, tout en pensant qu'Adam était vraiment bien meilleur cuisinier qu'il ne l'avait cru.

S'en suivit de longues heures d'ennuis mortel, il dormit un peu au début, mais se réveillait sans arrêt, soit parce qu'un mouvement lui faisait mal, soit parce que les infirmières, qui commençaient à connaître le personnage, venait surveiller ce qu'il se passait. Puis arriva le moment où il ne resta plus qu'une heure et demi avant qu'Adam ne revienne et où il n'arriva plus à fermer l’œil. Il eut alors une idée totalement insensée, tenter de trouver un programme intéressant à la télé – encore un coup des médicaments. Téméraire, Salem attrapa la télécommande et la première image qu'il vit montrait deux policiers dans un salon face à une dame éplorée, « Donc, l'agresseur l'a suivit dans la cuisine et... », il zappa. Les autres chaînes n'était pas vraiment mieux, des enquêtes policières fictives, des enquêtes policières réelles, des courses-poursuites fictives, des courses-poursuites réelles, des dessins animés moins bien que quand il était gosse, des films d'amour illuminés de blanc, des trucs déjà vieux avant sa naissance, des ouragans et Obama plein l'actualité, des reportages sur des gens qui ont même pas l’électricité, des news insipides sur des stars éphémères, de la cuisine, de la télé-réalité, des débats sur des guerres dans des pays inconnus, sur la sécurité sociale, sur l'école, sur les armes, des produits révolutionnaires à des tarifs exceptionnels qui changeront sa vie à jamais à condition d'appeler immédiatement et des pubs, des pubs et des pubs.

Salem parcourut l'ensemble du bouquet tv hospitalier en quelques minutes à peine et éteignit l'appareil, bon, plan B. Il s'achemina précautionneusement vers l'étagère de sa chambre pour voir s'il n'y avait pas des affaires à lui dedans, ses vêtements, il n'était pas sûr d'avoir très envie de les revoir, vu tout le sang qui avait du les imprégner, mais il avait laissé son sac de cours dans cuisine, logiquement, vu qu'il sortait de cours. Faisons comme si quelqu'un y avait songé à un moment ou un autre, Salem récupéra donc son sac et alla le poser sur son lit pour fouiner dedans, il sortit son portable, sa psp et son cahier de maths – qui l'empêchait de trouver son mp3 au fond du sac, il le laissa ensuite sur le lit, comme s'il allait faire ses devoirs à l’hôpital. Puis il partit s'asseoir sur une banquette plaquée contre les fenêtres et observa le ballet des voitures en écoutant de la musique et en envoyant des textos. Un pour Adam, qu'il ne reçut pas parce que son portable tenait présentement compagnie à des tonnes de déchets au fond de l'Hudson. Un pour Brad, et un pour chacun de ses amis, ce qui prit pas mal de temps, l'air de rien. Puis il laissa ses pensées dériver en regardant par la fenêtre, la grande majorité de ses préoccupations tournaient autour d'Adam, son « fiancé ».

Bien sûr, il se doutait bien qu'il avait raconté ça pour pouvoir venir en dehors des heures de visites ou quelques chosesdu même genre, mais même faisant tout pour être le plus rationnel possible, ça lui faisait quelque chose. Il avait soudainement l'impression que leur relation était solide, durable, c'était rassurant et exaltant à la fois, puis « mon fiancé » c'est joli, il se voyait bien dire ça devant les visages éberlués de ses amis, et puis « mon mari » c'est...

Waouh, waouh, doucement quand même, l'appartement, le chat et le petit Ewan, c'était pas exactement pour tout de suite. Surtout qu'Adam n'avait certainement pas prit cette histoire avec autant de sérieux, c'était juste pour pouvoir rester avec lui a l'hôpital qu'il avait parler de mariage, il s'emballait trop vite, encore une fois.

Tout à ses pensées il vit arrivé une caisse pourrie reconnaissable entres toutes, Adam était en avance, il s'en serait douté, Salem rejoignit son lit pour faire comme s'il avait été très sage en l'attendant, il repoussa son sac à dos sur la tablette-repas qui était resté à portée et se mit sous les couvertures en essayant de ne pas penser mariage pour ne pas finir rouge tomate.

La première chose qu'il remarqua chez Adam à son arrivée, ce fut le sachet de bretzels, faut dire qu'avec ce qu'il avait avalé à midi ça pouvait se comprendre. Mais il se retint de sauter dessus en voyant qu'Adam voulait dire quelque chose, Salem le laissa se jeter à l'eau. Il resta ensuite silencieux en virant au rouge camion de pompier tandis que son fiancé présumé changeait de sujet. Résumons les faits.

►Sortir ensemble : OK
►Faire crac-crac : OK
►Parler de bébé : OK
►Partager un appartement : In progress
►Ramasser un chat : Coming soon

Salem ouvrit la bouche, la referma, sans doute cette demande ne voulait pas dire grand-chose pour Adam, il voulait juste aider le temps qu'il aille mieux, oui. Tout ça lui aurait semblé tout à fait normal s'il ne se s'était pas monté la tête avec cette histoire de fiançailles. C'était le moment d'être cartésien, de ne pas s'emballer, mieux valait commencer par les questions sur sa santé, histoire d'avoir le temps de reprendre un peu contenance.

« Il est passé, oui, apparemment je me remets plus vite qu'il l'aurait cru, mais il me garde en observation jusqu'à demain matin, là, ils verront s'ils prolongent mon séjour ou pas. »

Voilà, sobre, détaché, un peu comme son compagnon, en quelques sortes, il reprit.

« L’ascenseur de mon immeuble marche toujours pas, j'aurais peut-être du mal à monter jusqu'en haut, et je sais pas si j'arriverais à bien cuisiner dans mon état, et puis me doucher, ça va être compliqué, en plus je dois pas mouiller le pansement. Et puis on dort déjà ensemble la moitié de la semaine, ça économisera des trajets et des sms aussi et, ça me dérange pas d'avoir un plan de New-York au-dessus du lit, promis je partirais pas en vadrouille tout seul, et puis... et puis ce serait juste génial. Je t'aime Adam, je... j'adorerais que tu vives avec moi... »

Tant pis pour la sobriété, Salem bougea pour venir se mettre derrière lui et l'entourer de ses bras en lui faisant quelques bisous. Il n'était pas sûr d'avoir pris toute la mesure de son engagement, mais ce dont il était certain c'est qu'il se sentait heureux comme jamais. Après un long câlin qui combla le gros manque qu'il avait pu avoir en l'attendant, il souffla pensivement.

« Va falloir que tu amènes des affaires à toi chez moi... Ça tombe bien j'aurais aussi besoin de fringues pour partir, puis si tu pouvais me ramener mon ordi et les magazines qui traînent sur mon bureau, que je meurs pas d'ennuis d'ici là... »

Il tendit le bras vers son sac et sortit ses clés, attrapant la bonne pour la lui mettre de les mains avant de se presser un peu plus contre lui et de lui déposer quelques baisers de plus dans la nuque etle cou.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Sam 24 Nov - 17:22

Adam avait l’impression d’être à un oral de mathématiques très difficile — même si les oraux de mathématiques ne lui avait jamais paru très difficiles — même si l’école ne lui avait jamais paru très difficile — et de ne pas connaître les réponses aux questions posées, d’essayer de les trouver sur l’extincteur le plus proche, qui présentait un visage moins hostile que l’examinateur.

Il avait dit une idiotie, sans doute. Pas sur l’intégration par parties, les équations différentielles ou les sphères de congruence, mais sur le studio de Salem et la place qu’il pouvait y occuper. Même dans les comédies romantiques, les gens ne précipitaient pas les choses — enfin, à vrai dire, cela non plus, il n’en savait rien : il n’avait jamais vu de comédie romantique de son existence. En d’autres termes, il partait tout à fait de zéro.

L’Asiatique hocha régulièrement la tête pendant que Salem lui parlait de l’avis des médecins, pour essayer de se donner une contenance. Vraisemblablement, si l’adolescent lui avait annoncé que le personnel médical avait décidé de lui greffer un troisième œil et un jeu de tentacules, sa réaction n’eût pas été très différente.

Bon, et l’ascenseur ne marchait toujours pas, et les forfaits téléphoniques coûtaient chers du coup il fallait économiser les messages (illimités), et Salem ne pouvait pas cuisiner (accessoirement, il ne savait pas), et puis il aurait du mal à se laver, ce qui impliquait qu’il allait devoir passer quatre heures au lieu de deux dans la salle de bain (dont une consacrée à ses cheveux) et cela, nécessairement, n’était pas très bon pour sa productivité au travail. Toutes ces questions étaient très pragmatiques.

Adam était à deux doigts de proposer à Salem de lui payer une aide-soignante à domicile (vieille et moche de préférence), quand les conclusions de son compagnon, les bras qui l’entourèrent et les baisers qui déferlèrent dans son cou commencèrent à rendre cette idée un peu moins fameuse — si c’était l’accueil que l’adolescent réservait à celui ou celle qui prendrait soin de lui, même vieille et moche, Adam préférait se passer de l’aide-soignante.

Et Adam se sentait tout bizarre. Ce n’était pas seulement parce que Salem le tripotait dans tous les sens et que, même chastement et dans un hôpital, ce contact n’était pas fait pour laisser un jeune homme de son âge insensible. Ce n’était même (pour une fois) pas du tout la raison de son trouble. Simplement, cette chose étrange, vivre ensemble, qu’il avait soigneusement évitée avec ses précédents compagnons, lui paraissait soudain pleine de délicieux mystères.

Le jeune homme se retourna un peu pour attraper les lèvres de son ami au vol et transformer un chaste baiser sur la nuque en baiser un peu moins chaste et un peu plus long. C’était qu’il devait se montrer à la hauteur désormais du fantasme de l’infirmier — ou du secouriste, il ne savait pas très bien. Peut-être allait-il devoir s’acheter une bouée de sauvetage rouge pour distraire Salem pendant sa convalescence.

Leurs lèvres se détachèrent et Adam attrapa les clefs d’un air un peu intimidé. C’était les clés de leur studio. Il les fourra dans une de ses poches et haussa les sourcils en entendant la liste des exigences. D’un geste du menton, il désigna le cahier de mathématiques.


— T’as d’quoi t’occuper, pourtant.

Il se pencha pour attraper le cahier et se mit à la feuilleter d’un air vaguement concerné. Pendant ce temps, il entreprit de faire tourner Salem en bourrique, parce que c’était beaucoup plus facile (et digne, peut-être) que de fondre en larmes en lui disant qu’il était l’homme le plus heureux du monde.

— Et puis, elle est très bien, ta blouse d’hôpital. Bon, c’est un peu… aéré. Mais ça ouvre des perspectives.

Il releva les yeux vers Salem et avec une innocence qui, hélas, ne saurait plus convaincre personne, précisa :

— Je parle du point de vue de la haute couture, bien entendu.

Et, bien entendu, c’était du point de vue de la haute couture que l’une de ses mains abandonna le cahier pour se glisser dans l’ouverture arrière de la blouse et caresser le dos de Salem. D’ailleurs, Adam était un puits de science en matière de couture, c’était bien connu. Il ne lui fallait guère que trois essais infructueux pour nommer avec exactitude le col de tel ou tel vêtement — quand c’était un col en V ou roulé, bien entendu.

Il finit par lâcher le cahier de mathématiques, après avoir légèrement froncé les sourcils de désapprobation en tel ou tel endroit. Ses yeux se reposèrent sur Salem. Pour que son ami ne joignît pas la crise cardiaque à l’éventration ratée, il dit :


— J’vais aller te chercher ça maintenant, pour que tu puisses l’avoir vite. Ca m’prendra pas longtemps. J’essayerai de négocier un droit de visite conjugale pour pouvoir passer la nuit ici ce soir.

Il n’avait toujours pas donné d’explications précises sur leurs fiançailles inattendues et, sans s’en rendre compte, il n’était pas très pressé de les réduire à une simple commodité administrative (et mensongère).

— En attendant, fais tes maths. Les exercices sont super simples.

Evidemment. Pour donner à Salem un peu de cœur à l’ouvrage, Adam lui offrit un second baiser qui était aussi peu innocent que le premier — le fait que sa main fût descendue tout au bas du dos de l’adolescent ne jouait certes pas en sa faveur. Il se releva finalement à contrecoeur, se pencha pour l’embrasser encore, se redressa, résista à l’envie de l’embrasser une troisième fois et, avec un petit signe de la main, sortit de la chambre.

Le programme était simple : passer à l’Institut, faire une valise, passer au studio, poser sa valise, en faire une autre pour Salem, revenir à l’hôpital et convaincre les infirmières : 1) que des fiançailles dont personne n’avait aucune preuve donnaient les mêmes droits qu’un mariage officiel, 2) qu’il n’allait pas abuser de son droit pour vérifier qu’en dehors de sa blessure, le reste du corps de Salem fonctionnait parfaitement.

La première partie de sa mission fut réalisée sans grande difficulté. Sa valise posée, il empila dans un sac qu’il trouva dans le placard des vêtements pour quelques jours — au cas où le médecin se ravisât — les derniers numéros du Magazine des Super-Héros Extraordinaires et de la Gazette des Incroyables Pouvoirs, l’ordinateur, les affaires de toilette, etc.

Le combat contre les infirmières fut un épisode plus épique. Seul contre pas moins de trois — oui, trois — belligérantes expérimentées, Adam développa des arguments tous plus séduisants les uns que les autres, asséna les bienfaits de l’éthique du care, y mêla l’engagement sacré que constituait des fiançailles, raffina sur le règlement intérieur et décocha des sourires sincères et pleins de droiture.

Soit que ces armes eussent fini terrasser ses adversaires, soit que les adversaires en question jugeassent plus utiles de se préoccuper de leurs tâches médicales que d’explorer à fin des questions psychologiques et juridiques, le jeune homme remporta gain de cause. Ce fut donc victorieux qu’il rentra dans la chambre de Salem, déposa le sac sur une chaise et entreprit le récit de son odyssée.

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Sam 24 Nov - 21:53

Rien, en ce moment, n'aurait pu faire diminuer le sourire béat de Salem, pas même le cahier de maths qu'Adam agitait sous ses yeux dans un accès de sadisme tout en lui rappelant que sa blouse ne cachait pas grand-chose de lui. Salem lui tira la langue en l'entendant parler de haute couture.

« Si tu y tiens je sortirais de l'hôpital comme ça, histoire que tout le monde en profite. »

Il avait beau plaisanter, Salem ne savait plus où donner de la tête, Adam avait dû décider de l'achever sans doute, et entre le fait qu'il vienne s'installer chez lui, cette histoire de fiançailles, ses caresses et ses baisers, il n'en était pas loin. Salem se sentait vraiment tout drôle, comme s'il rêvait éveillé, et il avait du mal à se rendre compte que non, tout ce bonheur était bien réel. Il l'écouta parler de visite conjugale et d'exercices de maths tout en attendant juste qu'il l'embrasse encore et que les caresses dans son dos se fissent (o_O) plus précises. Sans doute que le devin pervers déteignait sur lui. Comme il craignait un peu de connaître l'explication – très probablement décevante – qui entourait cette histoire de mariage, il opta pour un sujet de conversation nettement moins intéressant.

« Je sais bien que c'est pas dur, mais je suis mécanicien, moi. Pourquoi on vient me prendre le chou avec des dérivations de fonctions composées ? Ça m'embrouille ce truc, en plus... »

Les trois petits points, c'est parce qu'Adam s'était rapproché de lui pour l'embrasser et que Salem n'allait certainement pas le couper dans son élan pour débattre de l'utilité de l'algèbre dans la vie de tous les jours. Tout en répondant très chaleureusement à ses baisers, il se releva un peu sur les genoux pour laisser la main de son compagnon descendre autant qu'elle le voulait. Ce qui était uniquement pour l'amour de la haute couture, évidemment, et de façon très secondaire, parce qu'avoir un trou dans le ventre ne changeait rien au fait qu'il soit un garçon, jeune, qui n'avait pas pu satisfaire ses désirs charnels le samedi précédent, parce qu'il était déjà perturbé par cette histoire d'Esther. Sachant qu'on était presque mercredi, cela faisait remonter leur dernier ébat à très, très loin – même Martha devait se demander ce qu'il se passe.

Cela dit, pour une fois, Adam fut le plus sérieux des deux et fila chercher ses affaires malgré le risque potentiel de ne pas pouvoir revenir. Il les voyait bien, ses gardiennes toutes de blanc vêtues, en train de gueuler à son aimé « Vous ne pass'rez paaas ! ». Enfin bon, il vaincrait, sans doute, parce que c'était le plus fort et le plus beau. Après un dernier baiser d'encouragement, Salem le laissa partir et fila à son point d'observation – sur la banquette – pour regarder l'épave quitter le parking. Dire qu'il allait sûrement ramener quelques affaires chez lui avant de revenir... ça y est, il se sentait tout drôle a nouveau, en plus il avait parler de visite conjugale comme ça, naturellement. Arf, non, ne pas s'emballer, c'était juste le temps de son séjour à l'hôpital qu'Adam se servait de cette histoire, à peine sera-t-il sortit qu'il arrêterait d'en parler. Oui, inutile de se rendre ridicule en abordant un sujet sans doute futile pour son compagnon, voire effrayant, vu la réaction avec son Ulysses, mieux valait attendre et voir les choses revenir à la normale d'elles-mêmes. De toute façon, ils ne se connaissaient pas depuis longtemps, et ils étaient trop jeunes pour ça, c'est l'infirmière qui l'avait dit.

C'est tout à ses réflexions qu'il attendit le retour d'Adam, en entamant sérieusement son sachet de bretzels – parce que s'il avait bien failli oublier son bidule à perfusions une deuxième fois, il n'avait pas oublié les bretzels. La voiture finit par réapparaître et en la voyant Salem retourna au lit et ouvrit son cahier de maths pour jouer les fiancés modèle en faisant ses exercices. La joute entre Adam et les infirmières lui laissa tout le temps nécessaire pour mélanger les u ○ v – ainsi que les u' et v', bien sûr, sinon c'est pas drôle – de sorte qu'il eut presque tout fini lorsque son amant apparut enfin, avec tout pleins d'histoires à lui raconter.

Salem ne put se retenir de regarder un peu quels choix vestimentaires s'offraient à lui, et de constater qu'il n'avait que le stricte minimum niveau nécessaire de toilette. Il est vrai que dans sa situation, être beau n'était pas franchement nécessaire, surtout avec les connaissances d'Adam en matière de mode, mais quand même. Il laissa cependant tomber ses préoccupations esthétiques pour écouter le récit de l'affrontement épique d'Adam et des trois infirmières, qui le fit rigoler.

« Mouais, ça devait pas être si difficile, je suis sûr que ça les fait rêver de savoir qu'on va se marier. »

Salem écarquilla les yeux tout en rougissant furieusement, dit comme ça, ça prêtait vraiment à confusion. Il était tant de fuir avec une bonne technique adamienne.

« Heu... c'était pas... 'fin... Tu peux m'aider à faire mes maths... ? »

Il se décala sur le lit et tapota le matelas pour inviter Adam à le rejoindre, puis mit le cahier au milieu et passa quelques minutes à faire semblant de s'intéresser. Néanmoins, son regard ne cessait de quitter les pages d'équations pour se perdre dans la contemplation d'Adam, de son visage, surtout, même si paradoxalement il faisait tout pour ne pas croiser son regard. Et bien que son compagnon ne portait pas de blouse, il finit par trouver beaucoup plus passionnant de glisser une main sous le bas de son haut pour caresser sa peau tout en l'écoutant.
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Sam 24 Nov - 22:33

Plus prolixe qu’Ulysse avec les Lotophages, plus dissert qu’Anna à la mort de Didon, plus volubile qu’Oddr-aux-Flèches devant ses ennemis, plus… Bon, Adam n’était peut-être pas aussi doué que les héros des sagas et des épopées, mais il ne se débrouillait pas trop mal quand il s’agissait de décrire en quelques traits frappants les réactions de tel ou tel personnage de son histoire, et il étendait volontiers le matériau pour rendre le récit plus piquant — mais Adam aimait bien raconter des histoires, essentiellement parce que les histoires qu’il inventait étaient les seuls qu’il pusse entendre sans sombrer temporairement dans le coma, et c’était une partie de sa personnalité qu’il n’avait pas encore révélée à son fi… à Salem.

Et puis, il fallait bien détourner l’attention de l’adolescent du fait qu’il n’avait eu strictement aucune idée des tubes de crèmes à choisir dans la sidérante collection qui ornait l’étagère dans la salle de bain et qu’en matière de vêtements, il s’était contenté de prendre ce qui s’étaient trouvés au-dessus de chaque pile, sans tout à fait comprendre les particularités qui les distinguaient de la montagne (soigneusement rangée) d’autres tenues qui dormait dans le placard de Salem — et puis Salem était, de toute façon, toujours beau.

La conclusion que l’adolescent apporta à son récit fit monter le rouge aux joues d’Adam et il avait l’air, tous les deux, le regard évasif, de deux parfaits idiots. C’était bien sûr d’autant plus stupide que cela n’avait aucune espèce d’importance, qu’il ne s’agissait guère que d’une ruse pour berner les policiers, qu’il n’y avait aucune conséquence à en tirer et que, de toute façon, il fallait encore choisir la salle, les fleurs, les témoins, etc.

Mais ne nous égarons pas.

Un peu tourneboulé, Adam hocha la tête — pour les mathématiques, bien entendu. Il se défit de ses chaussures et vint s’installer à côté de Salem. Pour se rendre compte très vite qu’un ensemble de facteurs l’empêchait de venir en aide à son ami. D’abord, cela faisait quelques années qu’il n’avait pas précisément mis le nez dans ce genre d’exercices et les vagues souvenirs qu’ils avaient éveillés quand il avait feuilleté le cahier avaient un peu de peine à se préciser — Adam avait beau être un petit génie, les mathématiques, à la différence du vélo, ça s’oubliait.

Quand même tout cela lui fût-il revenu rapidement et spontanément que ses talents de pédagogue notoirement défaillants ne lui permettaient guère que d’embrouiller des notions qui, manifestement, n’étaient déjà pas limpides pour Salem ¬— ce qui, bien entendu, éveillait chez Adam un sentiment d’impuissance et de culpabilité, qui à son tour bloquait sa verve didactique, et un cercle vicieux (plus que Salem) s’engageait duquel l’Asiatique ne parvenait guère à sortir.

Eût-il été un brillant enseignant que la main de son élève heureusement majeur qui se promenait sur ses abdominaux et s’égarait sur son torse sans en épargner les points les plus sensibles ne l’eût guère aidé à présenter les choses avec tout le calme qui eût été nécessaire. Il avait beau garder les yeux obstinément fixer sur le cahier et son esprit consciencieusement tourné vers les formules, il avait un peu de mal à ne pas trouver que le réglage du chauffage était un peu trop fort dans la chambre.

Après avoir tenté par inadvertance de dériver une suite géométrique tout en réfléchissant malgré lui aux moyens d’inspecter l’anatomie de Salem sans perturber la perfusion ni alerter les infirmières, Adam finit par reposer le cahier sur ses genoux et à murmurer d’une voix un peu confuse :


— Désolé, j’explique pas bien. C’est… J’ai un peu oublié tout ça, tu sais, et puis j’ai jamais été très doué pour rendre les choses claires.

Sans blague.

— Et puis, j’suis un peu fatigué, aussi…

Hélas pour Adam, son corps était manifestement d’un autre avis — tout du moins paraissait-il assez clairement que la fatigue ne l’empêchait pas d’apprécier les tactiles attentions de Salem à leur juste valeur. Adam se sentait un peu mal à l’aise, non tant qu’il songeât que l’irruption des infirmières pouvait être embarrassante, que parce qu’il craignait de passer aux yeux de Salem pour un sale pervers priapique.

Il se redressa dans le lit, cornant et décornant machinalement les pages du cahier de mathématiques.


— Salem…

A nouveau, il avait la curieuse impression que des déclarations dont il ne parvenait pas à deviner le contenu se pressaient au bord de ses lèvres sans parvenir à s’articuler. Il songea aux événements de la nuit — Salem couvert de sang, l’interrogatoire informel des policiers, l’attente à l’hôpital, les menaces implicites qu’il avait opposée aux instances d’Eigon, les menaces explicites qu’avait formulées son employeuse, le premier réveil de Salem.

Il avait senti avec une clarté qu’il n’avait pas éprouvée depuis des années, en même temps que l’intensité des sentiments qu’il éprouvait pour son compagnon, la froide noirceur qui pouvait être parfois la sienne — la crainte qu’il avait vue la démarche d’Eigon, l’indifférence qu’il avait eue en songeant qu’il pouvait briser la vie de Rylan, le peu d’émotions qu’avaient suscitées en lui les avertissements d’Orckmann, tout cela réveillait une ancienne hantise : celle de n’être pas à la hauteur de ses principes et de trouver en soi-même l’un des monstres qu’il voyait dans ses visions.

Qui était-il pour pousser tout cela sous le tapis et prétendre expliquer paisiblement un exercice de mathématiques à son petit ami ? N’avait-il pas assez instillé dans la vie de Salem l’horreur qui tissait sa propre existence ? Quel besoin avait-il de venir en plus s’installer chez lui ?

Ces sournoises interrogations avaient eu au moins le mérite d’éteindre temporairement toute forme de désir charnel. Sans réfléchir, Adam lâcha :


— …je suis désolé…



…de pas être assez bien. Pour toi.


Au moins une des larmes qu’il avait retenues pendant les dernières vingt-quatre heures roula sur sa joue, mais il s’empressa de l’essuyer d’un revers de main. Il n’allait pas en plus imposer le spectacle de sa pathétique faiblesse à Salem, qui n’avait décidément pas besoin de cela. Adam rouvrit le cahier et, d’un ton qu’il voulait maître de soi, il reprit :

— Je vais… Relire encore une fois les formules. Ca va me revenir.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Dim 25 Nov - 14:50

Adam n'était certes pas doué pour expliquer les choses, heureusement que Salem ne l'écoutait qu'à moitié sinon il aurait sans doute été perdu définitivement dans ses histoires de dérivation – et se serait retrouvé à la dérive, haha *paf*. Salem prit ses excuses avec un haussement d'épaule, trop occupé à le regarder tenter laborieusement de rester sérieux malgré ses taquineries. Cependant, un autre genre d'excuses arriva très vite après et coupa un peu court aux idées peu chastes et pas franchement algébrique qui s'étaient invitées dans l'esprit de Salem. Adam n'était pas assez bien pour lui. Peut-être même qu'Adam n'était pas quelqu'un de bien tout court. Salem soupira, attrapa le cahier de maths, le referma en un claquement et le posa du coté de son sac.

« Allez, accouche, qu'on en finisse. »

Salem le regarda dans les yeux une seconde, avant d'ajouter.

« Ça n'arrêtes pas, depuis le début. Tu n'arrêtes pas de me dire que tu n'es pas assez bien, que tu n'es pas tellement sympa, que tu t'es vu tuer des gens et ce genre de chose. Anne m'a avertie dès qu'elle en a eu l'occasion, Eigon a peur de toi, Brad a certainement comploté cette histoire de tutorat pour te faire changer et maintenant, il veut que je protège Rylan... »

Il fronça les sourcils sur la fin, comme s'il n'était pas tout à fait sûr d'avoir tout compris lui-même et sortit son portable pour relire un de ses derniers messages. Oui, en omettant les habiles détours visant à faire passer cette idée pour quelque chose de pas du tout incongrue : Salem était à peine plus vieux que le gamin, ils avaient presque les mêmes centre d'intérêts, il avait parfaitement su gérer la situation puisqu'à sa première crise Eigon avait pulvérisé tout l'étage d'un immeuble, et pas mal de ceux qui y vivaient. Brad était sûr qu'au fond, il voulait aider le gamin, etc... Le tout parsemé de félicitations et de vœux de bon rétablissement. Nul doute que le garagiste manipulateur avait usé de tout son talent en rédigeant ce texto interminable. Mais Salem n'était plus dupe depuis longtemps et ne pouvait s'empêcher de noter que son patron avait habilement omis de préciser en quoi il était censé aider alors que le gamin en question était maintenant sous la protection d'un papa pour le moins solide et sans doute mieux placé que lui pour savoir quoi faire.

Il soupira, les mystères et les non-dits commençaient à peser lourd, mais connaissant Adam, ce n'est certainement pas avec un « Allez, accouches » qu'il allait le faire parler. C'était un peu désespérant, qu'était-il censé faire de tous ses avertissements ? Certes, ils avaient eu des hauts et des bas depuis leur première rencontre, mais de là à dire qu'il avait quelque chose à craindre de celui qui partageait son lit en ce moment même... Tout ça était juste n'importe quoi, même s'il ne pouvait s'empêcher de se poser des questions, il soupira.

« J't'oblige pas à parler, mais si tout le monde autour de toi est au courant de ces je-ne-sais-quoi qui ont l'air plutôt grave, je vais finir par le savoir aussi. Peut-être qu'il ne vaudrait mieux pas que ce soit par quelqu'un d'autre, ou qu'on soit déjà passé devant l'autel, j'dis ça, j'dis rien. »

Après cet aperçu plutôt concret de l'idée qu'avait Salem de leur avenir, il se laissa retomber sur le lit et regarda le plafond. Complètement refroidi lui aussi, tout ce qu'il avait maintenant en tête, c'est qu'Adam ne serait sans doute pas ravi non plus s'il lui apprenait au bout de 15 ans de vie commune qu'il avait le sida ou un truc du même genre. Du coup, il se mit aussi à chercher dans son passé s'il avait fait des choses dont il valait mieux parler tout de suite, on ne sait jamais.

« Une nuit, je suis allé dans mon ancien orphelinat pour mettre le bordel, mais c'est pas trop, trop grave ça, j'imagine... »

Il réfléchit, il y avait pléthore de petites choses pas très sympathiques qu'il avait faite dans sa vie, mais pas au point qu'on dise de lui qu'il était potentiellement dangereux.

«Je me sers de mon pouvoir pour récupérer un peu tout ce qui traîne... même si parfois c'est encore dans les poches de son propriétaire... Hum... Quand j'ai commencé à comprendre mes capacités, j'ai voulu cambrioler une banque. En quelques jours j'avais tout, les horaires des vigiles, le nombre de caméras, des clés, des codes d'accès... Finalement, je l'ai pas fais, et tu vois, c'est plutôt ça, l'important. »

Il réfléchit, comme si ce qu'il voulait dire était très très dur à formuler.

« J'aurais pu, je devais avoir 86.745 % de chances d'y arriver, à peu près, mais je l'ai pas fais parce que sinon j'aurais pas pu continuer à me dire que j'étais quelqu'un de bien. Tu vois ? Je suis sûr que tu vois. Tu as manqué de te faire tuer pour que des meurtriers aille en prison alors que ça aurait été moins risqué de leur distribuer quelques balles dans la tête. Si je suis avec toi, c'est pas parce que je te crois irréprochable, c'est parce que je suis persuadé que tu es quelqu'un de bien. »

Cela faisait un moment qu'il avait envie de dire quelque chose de ce genre à Adam, même s'il doutait que cela puisse complètement rassurer son compagnon névrosé adepte de l'auto-flagellation mentale, mais bon, c'était toujours ça de gagné. Avec un peu de chance, il s'excuserait même un peu moins d'être ce qu'il est, qu'il est doux de rêver.

Et c'est là qu'Adam lui annonce qu'il a tuer 15 personnes, dont des femmes, des enfants et des chatons.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Dim 25 Nov - 16:21

Adam regrettait vivement le cahier de mathématiques. Comme elles lui semblaient douces, désormais, ces fonctions à dériver ! Comme il eût aimé calculer l’accélération de ceci ou de cela ! Ou faire de la biologie, même, et des schémas de foraminifères ! Tout cela était assurément beaucoup plus simple que de parler à Salem de ses problèmes, de ses craintes, de sa vie, de la vie en générale et du sens du monde.

Evidemment, il comprenait qu’il ne pouvait pas espérer s’installer chez l’adolescent sans être un peu plus explicite sur ces sujets et quand il comprenait qu’il n’avait pas été le seul à dispenser de sinistres avertissements à Salem, Adam se rendait compte que son entourage ne travaillait pas très activement à redorer son blason et il commençait à s’étonner que son compagnon restât près de lui — il devait lui vouer une affection sans limite. Ou bien, il était cinglé.

Pendant qu’Adam intégrait la foule d’informations que Salem lui offrait et qui allait de « j’ai peint en vert la porte de ma professeur d’anglais » à « je veux braquer Fort Knox » en passant par « il va falloir songer à un prêtre qui accepte de nous marier », le jeune homme essayait également, avec plus ou moins de succès, de trouver une manière de formuler son propre problème. Le résumé que fit Salem de leur précédente aventure lui ouvrit une porte d’entrée.

A son tour, l’Asiatique s’allongea, les mains croisées sur le ventre, les yeux fixés sur le plafond. Ce n’était pas encore une psychanalyse, mais enfin la position prêtait aux confessions.


— J’ai pas envoyé en prison des meurtriers. J’ai envoyé en prison des gens qui, peut-être, auraient commis un meurtre. J’ai décidé qu’y avait pas de différence entre la possibilité de l’commettre et l’acte effectif, ou plutôt que cette différence était négligeable. J’ai décidé que j’devais être le seul à tout savoir et à tout contrôler, le seul à orchestrer, et j’ai bougé chaque élément comme un pion, y compris toi.

J’me suis jamais senti très à l’aise avec les gens, parce que les gens ont toujours été loin. C’est… Comment dire ? Tu vois, quand le futur bouge devant tes yeux et que tout n’est qu’une expression possible du réel, je suppose que tu deviens un peu insensible à ce qui existe vraiment. Les choses graves que je fais, j’m’en sens pas coupable. J’me sens coupable pour plein de choses, pour des choses futiles, mais pas souvent pour celles qui faudrait. Et j’suis pas tellement traumatisé par c’que j’vois.

Y a plein d’trucs pour lesquels j’suis pas très doué. J’veux dire, plein d’émotions. L’amitié, j’suppose. La pitié, surtout. La compassion. Le sens de la morale. La peur. L’instinct de préservation. J’sais pas, c’est peut-être mon pouvoir, peut-être que je suis juste comme ça à la base. Mais j’suis pas vraiment doué avec les scrupules, sur le coup. Après… Après c’est différent. Parfois. Pas tout l’temps.


Tout cela avait beau être plus précis et étendu que les mises en garde sibyllines, ce n’était tout de même pas très concret et Adam sentait bien que son pragmatique fiancé ne se satisferait guère d’asbtractions.

— J’ai… Hm.

Il avala péniblement sa salive et resta quelques secondes silencieux, avant de reprendre :

— J’ai… Piégé. Disons, piégé des gens. Je les ai jugés sur la foi d’un futur qui peut-être n’existerait pas. Certains sont en prisons, d’autres se sont enfuis, d’autres… D’autres sont morts, je suppose. J’veux dire, j’ai tué personne, pas directement, mais parfois, quand quelque chose change dans l’avenir, tout l’avenir change et les vies s’abrègent. Bien sûr, c’était des gens qui allaient peut-être, sans doute même, faire un truc affreux, vraiment ignoble. Certains étaient des récidivistes. Mais ça change pas grand-chose.

Et puis, longtemps, j’ai conçu les gens comme… Je ne sais pas, des outils. Comme des nœuds dans le réseau des événements. Je les forçais à contracter des dettes envers moi pour qu’ils me viennent en aide plus tard. Pour sauver une autre personne, mais ça change pas grand-chose non plus.

J’étais dans cet état-là quand Anne, ou Eigon, ou Brad m’ont connu. Avec l’Institut, les choses ont un peu changé. Peut-être que j’ai grandi, mûri, quelque chose comme cela. Je sais pas trop. Avec toi…

J’sais pas, Salem. J’ai dit à d’autres garçons que j’les aimais et tout, mais c’était pas vraiment vrai. J’les aimais bien. J’dis pas que j’étais une machine dénuée d’sentiments. Mais avec toi, c’est différent. C’est idiot, sans doute, tu dois trouver ça idiot, c’que j’te dis. Fleurs bleues. Mais avec toi, j’ai envie… pas d’une vie normale, j’dirais pas ça. Mais j’ai pas l’impression d’être un imposteur. J’ai l’impression de pas te mériter, que tu vas t’en rendre compte et partir avec une blonde à gros seins, mais j’ai pas l’impression de te mentir quand je te dis ce que je ressens.

Et du coup, j’me sens globalement plus… sympa avec le monde. Disons.


Adam n’était pas très sûr que ses explications eussent été entièrement claires et ces problèmes ne l’étaient guère pour lui-même. Pour une large part, ils reposaient sur les paradoxes temporels qui organisaient son existence ; d’autres n’étaient perçus qu’à travers un voile confus. Le fait qu’il considérât nombre de ses actions comme immorales sans pour autant les regretter, qu’il les envisageât, en quelque sorte, comme un mal nécessaire dont il avait accepté de prendre la souillure, n’aidait certes pas à présenter les choses avec la simplicité du Bien-et-Mal.

Ce qu’il craignait surtout, c’était que la complexité de son existence où tout était toujours à double tranchant, où rien ne paraissait jamais devoir être normal, avoir la reposante simplicité de la normalité, que ce monde difficile et trouble blessât Salem. Quand il songeait que son ami devait être venu à New York avec l’idée d’y trouver, au fil des années, une charmante jeune fille protestante à épouser pour élever des enfants dans la quiétude des quartiers de banlieue et qu’il lui proposait désormais de partager l’existence d’un presque-psychopathe extralucide qui n’avait pas grand chose de féminin, il lui était difficile de ne pas craindre que Salem recouvrît brusquement la raison, prît son poteau de perfusion et s’enfuît aussi vite que ses viscères malmenées le lui permettaient.

Alors, timidement, il interrogea :


— T’es sûr de vouloir qu’on se ma… qu’on… qu’on vive ensemble ?

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Dim 25 Nov - 19:36

Salem écouta attentivement les explications qui, peut-être, allaient enfin l'éclairer sur les doutes qui planaient sur la gentillesse, ou la morale d'Adam. Comme il s'en doutait un peu, c'était en grande partie la faute de son pouvoir. Puisqu'il arrêtait les gens avant qu'ils aient commis leur délits, alors il s'en prenait à des innocents, ou des présumés innocents, sans parler des gens autour qu'il manipulait aussi. Tout ça était quand même un peu compliqué à cerner, ces histoires de futurs multiples et de futurs qui n'auront pas lieu embrouillaient presque autant Salem que les dérivés, mais il voyait quand même, en gros, ce que ça donnait.
L'autre chose qu'il comprit, c'est qu'Adam l'aimait lui, plus que tous ceux qui étaient venus avant, même Ulysses. Salem eut un sourire bête, c'était peut-être fleur bleue mais ça faisait plaisir à entendre de temps à autre, il bougea un peu pour recommencer à câliner son homme, et pouffa de rire en comment Adam s'imaginait qu'il allait le quitter.

« Une blonde à gros seins ? T'as de ses idées, en plus j'ai jamais aimé une fille comme je t'aime toi. »

Mais Adam étant un devin, ce qu'il pouvait dire n'était sans doute pas sans importance, peut-être y avait-il un fond de vérité, quelque part, comme quand il disait être quasiment sûr d'avoir abrégé la vie de certaines personnes.

Spoiler:
 

Non, décidément, Salem avait beau chercher, une blonde, aucune chance que ça arrive, surtout si c'était pour se retrouver avec une armée de gamins blonds, l'horreur. Comme pour piétiner définitivement toutes les chances que pouvaient avoir Eileen Cordova de voir le jour, Adam réitéra sa demande de fia... de concubinage de façon plus formelle, quel meurtrier sans scrupules, j'vous jure. Et ce fut avec une parfaite innocence et une joie non dissimulée que Salem assassinat sa propre fille.

« Oui, j'le veux vraiment. »

Et il se pencha sur Adam pour l'embrasser longuement, avant d'entendre la porte de sa chambre s'ouvrir. Ah... c'est vrai qu'ils sont à l'hôpital... Salem se retourna et sans laisser le temps à la grosse infirmière d'ouvrir la bouche, il appuya.

« On fait rien de mal ! On parlait de notre mariage, il a pleins de supers idées ! »

Avec ses yeux brillants et son sourire parfaitement crétin, Salem était tout à fait crédible, l'infirmière leva les yeux au ciel.

« Si vous continuez de vous agiter comme ça, vous ne serez pas en état le jour J. C'est prévu pour quand, d'ailleurs ? »
« Heu... c't'été ? J'voudrais pas qu'il fasse froid ou qu'il pleuve, ça craint trop. »

Salem jeta un coup incertain à Adam, il avait beau savoir que tout ça était faux, c'était un peu troublant. L'infirmière, vint vérifier son pansement, qui s'était à moitié décollé avec tout ce qu'il avait pu gigoter toute la journée, elle entreprit donc de lui en refaire un autre. Salem eut un air halluciné en voyant sa blessure pour la première fois.

« Ah, quand même... »

C'était grand, mine de rien, un couteau de cuisine, Salem savait plus ou moins qu'il avait de la chance d'être encore en vie, le personnel le lui avait suffisamment répété, mais s'en rendre compte de façon beaucoup plus concrète lui fit vraiment réaliser qu'il s'en été fallu de très peu pour qu'il ne soit pas là, à planifier un mariage imaginaire. Dire qu'il avait balayé les inquiétudes d'Adam de façon plutôt musclée le matin même, alors que c'était lui qui l'avait ramassé... Bon là, c'était vraiment sûr, il ne partirait plus en vadrouille tout seul.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: 3412 Secondes chrono [Fini]   Dim 25 Nov - 22:16

Adam ne put s’empêcher de remarquer que tout ce que Salem retenait de son discours, c’était la blonde à gros seins, et s’il avait été psychanalyste, il eût sans doute entendu dans la réponse de son compagnon une dénégation révélatrice. Mais comme il eût plus volontiers mangé des cristaux de soude que de se dire freudo-lacanien, le jeune homme se contenta d’entendre « oui, je le veux » — à propos du studio, bien entendu.

Bien entendu, il avait trop l’habitude lui-même de cacher les problèmes sous les meubles plutôt que de tenter de les régler pour ne pas se rendre compte qu’il était fort probable que Salem fût précisément en train de faire la même chose. Mais Adam avait un peu de mal à se rendre compte de la manière dont ceux qui ne possédaient pas son pouvoir — le reste du monde, donc — pouvaient comprendre ses scrupules paradoxaux et cette incommunicabilité l’empêchait de déterminer si Salem était très compréhensif ou très fuyant.

Ces incertitudes furent rapidement balayées par deux événements à la douceur diverse — dans le premier, les lèvres d’Adam trouvèrent un emploi plus agréable que celui des excuses et des confessions ; dans le second, le jeune homme trouva une nouvelle raison de détester les hôpitaux : on ne pouvait s’y débaucher en paix. Bon, ce n’était peut-être pas la fonction originelle du lieu, mais tout de même.

Le jeune homme descendit du lit, pour laisser à l’infirmière, somme toute très patiente, la liberté de refaire le pansement de son ami, allant pour sa part dissimuler son embarras dans une contemplation pensive du parking de l’hôpital — un panorama exceptionnel qui valait bien de se faire éventrer. Tout de même, Salem y mettait du cœur, dans cette histoire de mariage — alors que lui, bien sûr, il faisait tout pour clarifier la situation, lever les malentendus et écarter les rêveries déraisonnables. Presque tout.

Pendant qu’Adam faisait des efforts considérables pour ne pas imaginer la typographie de sa nouvelle carte de visite au nom d’Adam Tenseï-Cordova et éviter de dresser mentalement le plan de table du dîner, essentiellement parce qu’il ne savait pas exactement le nombre de places qu’il faudrait prévoir du côté Cordova, il portait de temps en temps son regard vers Salem, qui était somme toute plus intéressant que le ballet des voitures qui embarquaient ou débarquaient des vieux avec leurs cannes.

De loin, il jeta un coup d’œil à la blessure de l’adolescent, mais ne parut pas en concevoir une vie inquiétude. Ce qui certes, de la part d’un type dont la principale occupation avait été de se faire tabasser pendant des années et qui se faisait remettre en forme sur une table de torture dans un appartement douteux du quartier le plus famé de New York n’était pas exactement rassurant.

Quand l’infirmière fut partie, il vint s’asseoir sur le bord du lit.


— T’inquiète pas. C’est impressionnant comme ça, mais si le médecin a dit qu’il te laissait sortir demain, c’est que c’est pas bien grave. Si ça avait touché un organe vital, tu serais déjà mort.

Adam ou l’art du réconfort. Mais comme d’habitude avec Salem, Adam se rendait compte qu’il manquait de délicatesse — ce qui ne l’eût pas chiffonné avec tout autre. Il baissa les yeux et esquissa un léger sourire d’excuse.

— Désolé… J’veux juste dire que ça va aller. Tu pourras pas faire de basket pendant un moment, mais pour le reste, c’est pas handicapant, suffit d’y aller en douceur.

Et comme d’habitude avec Salem, Adam prenait conscience du double sens potentiel de ses propos. Il rougit donc et se lança dans l’une de ses nébuleuses tentatives d’explication :

— Dans la vie de tous les jours, j’veux dire. Pas pour… Enfin si, aussi pour ça, mais c’est pas ce que je… Enfin, tu sais, les trucs comme dormir, marcher, s’habiller, prendre une bouche, j’veux dire, une douche. Ce genre de choses. De toute façon, j’m’occuperai de toi.

Et Adam partageait avec les infirmières au moins une conviction : s’occuper d’un Salem convalescent impliquait essentiellement de l’empêcher de se promener à droite à gauche pour faire des choses stupides. Simplement, certaines des choses qu’elles condamnaient lui semblaient à lui tout à fait possibles, moyennant quelques aménagements, et le fait qu’il fût l’un des principaux intéressés dans l’affaire ne nuisait bien entendu en rien à l’objectivité de son jugement.

Ceci étant dit, après avoir rassuré Salem et avoir prouvé une nouvelle fois l’étendue de sa perversité (plus ou moins) latente, le jeune homme s’installa à nouveau sur le lit, à côté de son compagnon et, délaissant le cahier de mathématiques pour l’ordinateur, lui proposa une partie de jeux vidéos. Les baisers et les caresses ne manquaient certes pas de charme après cette longue période de chasteté de plusieurs dizaines d’heures, mais tout passionné qu’il fût, Adam n’était pas tout à fait à son aise avec les interruptions incessantes des infirmières. Le fantasme de l’exhibition ne faisait pas partie de ses scénarios favoris.

Ainsi la soirée fut-elle plutôt calme et si leurs mains s’égaraient parfois un peu trop, une aide-soignante, mue semblait-il par la volonté divine, faisait irruption, pour apporter un plateau repas, changer une perfusion, remporter un plateau repas, vérifier le pansement. Adam perdit systématiquement aux jeux vidéos — le tour par tour, ce n’était pas son domaine de spécialité. Et puis les deux jeunes gens échangèrent des allusions à leur futur mariage — pour rigoler, bien sûr, voyons, allons donc, tout cela n’était pas sérieux.

Ce soir-là, en s’allongeant près de Salem, dans l’atmosphère éthérée de l’hôpital, Adam se demanda s’il fallait être fou pour songer que cette aventure, avec toute sa brutalité, avait été en quelque manière une bénédiction pour eux. Mais y avait-il encore de leur vie, et dans celle de tous les mutants, quoi que ce fût qui parût normal et raisonnable ? Non — et décidément, Cordova-Tenseï sonnait mieux que Tenseï-Cordova.

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