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 Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]

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Salem Cordova
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MessageSujet: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Ven 9 Nov - 12:19


Depuis quelques jours, Salem n'était plus le même, enfin si quand même, mais il était plus souriant, surexcité et surtout plus accroc au basket que jamais. La raison était simple, il avait rejoint une nouvelle équipe de basket qui était, et de loin, plus intéressante que celle dans laquelle il se trouvait jusque-là. Pourtant, de son point de vue, il n'avait pas brillé sur le terrain, il faut dire qu'avec les déboires qu'il avait traversé quelques jours plus tôt lui avait fait perdre une bonne partie de sa vitesse, de sa fluidité, et la totalité de sa virginité anale.

L'entraîneuse ne manqua d'ailleurs de le remarquer, pas qu'il n'était plus vierge, mais qu'il n'était pas en pleine possession de ses moyens. Elle l'avait fait sortir du terrain au bout de seulement un quart d'heure, Salem avait cru que c'était finit pour lui, mais elle voulait juste savoir s'il allait bien. Après lui avoir expliqué dans les grandes lignes pourquoi il évitait de trop courir ou de bouger son bras gauche – en lui épargnant quelques détails gros comme Eigon – elle se contenta de conclure « Tu as du potentiel. » et de lui donner les horaires des entraînements. Salem avait interdiction de revenir tant qu'il n'était pas complètement remis, ça ne l'empêchait pas d'être heureux comme un coq. Le peu qu'il avait vu du jeu de ses camarades lui rappelait les matchs fabuleux qu'il avait pu faire a Boston, il avait hâte de s'y mettre. Salem ne manquait d'ailleurs pas de le faire savoir à Adam à la moindre occasion. S'il était déjà assez loquace en ce qui concernait son sport préféré avant, à l'heure actuelle tout ce sur quoi il posait les yeux le ramenait invariablement au basket.

Le prophète se défendait cependant, il répliquait avec des histoires de nutrition, un peu comme s'il était aussi important de manger des asperges que de soulever de la fonte pour devenir un grand joueur – n'importe quoi, sucres lents et protéines, ça suffit amplement. Salem avait jusque-là ardemment résisté aux tentatives de son homme de le remettre dans le droit chemin. Mais cette guerre ne pouvait durer éternellement, ils allaient devoir régler ça, face à face, comme des hommes. L'heure était grave, Salem fit quelque pas sur le bitume avant de tourner son regard scrutateur droit dans les pupilles d'Adam, l'air tout à fait sérieux.

« Bon, interdiction de mordre ou de se casser un os, à part ça, tous les coups sont permis. »

Il se mit à dribbler avec le ballon qu'il avait dans les mains, bras droit, bras gauche, ça allait déjà nettement mieux, en ce samedi matin, Salem ne sentait plus autant son bleu non plus, parfait. Il faisait un peu frais, en ce samedi matin, le soleil automnal illuminait Central Park. Salem avait laissé le blouson de motard d'Adam sur un banc et se baladait maintenant en tee-shirt, se disant qu'il n'aurait sans doute pas froid bien longtemps. Ils avaient encore passé la nuit ensemble et au matin, après une énième tentative de son compagnon de lui faire avaler du fenouil, il l'avait emmené sur le terrain de basket qui se trouvait présentement devant eux. Salem regarda successivement les deux paniers, avant de s'intéresser à nouveau à Adam.

« Tout ce qui est œuf, farine, sucre, on les compte pas, par contre, tu marques un panier, tu ajoutes un légume, ou ce que tu veux, à la liste de course. Et moi... on va dire que tous les cinq paniers je peux choisir un truc que tu ne pourras pas m'empêcher de prendre et... j'ai le droit de tirer que depuis la raquette, le rectangle sous le panier, là. Parce que sinon... »

Salem jeta la balle sans vraiment y regarder, quelques instants plus tard il entendit le son caractéristique du ballon qui traverse le cercle, lui continuait de fixer Adam.

« Ça, c'mon camp, t'es prêt ? »

L'instant d'après, il filait sur le terrain pour récupérer la balle, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'avait aucune pitié. Y'a pas d'amant qui tienne, et peu importait le niveau d'Adam, il l'esquiva fonça vers le panier, et à peine entré dans la zone de restriction, fit un petit bond et marqua. Salem retourna ensuite, non pas au centre du terrain, mais sous son propre panier, il fit une passe à Adam, le laissa essayer de tirer, intercepta la balle et fila à nouveau pour marquer. Au bout de quelques minutes, et d'un cinquième panier, l'explication de tout ce déchaînement fut soudain parfaitement limpide. Il pointa Adam du doigt, tel Phoenix Wright.

Spoiler:
 

« Bretzels ! Les bretzels, c'est pas discutable, ça pourrait donner le cancer que je changerais pas d'avis pour autant ! »

Les bretzels étaient sauf, Salem sembla soudain se calmer un peu, bon, il lui restait encore les sodas, les chips, les mini-pizzas et un certain nombre de choses à sauver, mais c'était nettement moins urgent. Il retourna vers Adam et lui laissa le ballon, tout en restant bien proche de lui pour l'empêcher de marquer. Ce n'est pas parce que ses précieux biscuits étaient sauvés qu'il allait faire preuve de beaucoup plus de tendresse non plus. Comme le disait si bien son entraîneur à Boston « Tout ce qui n'a rien à voir avec le sport, tu le laisses sur banc de touche, ta grippe aussi, tu la laisses, j'veux pas savoir, cours ! ». Ah, que c'est beau, le sport, quand même.


Dernière édition par Salem Cordova le Dim 18 Nov - 14:32, édité 1 fois
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Sam 10 Nov - 13:25

Depuis quelques jours, Salem était fidèle à lui-même : souriant, surexcité et accroc au basket. Adam le laissait d’autant plus volontiers s’abandonner à son habituelle volubilité qu’il n’était lui-même guère enclin à parler et surtout peu disposé à s’étendre sur ses propres affaires : il ne cessait donc d’offrir à son compagnon de nouvelles occasions de vanter les mérites de la nouvelle équipe qu’il avait rejointe et d’écrire par avance la geste de ses futurs exploits.

Ce bel enthousiasme était comme une consolation et le jeune homme songeait souvent avec plaisir que c’était grâce à son entregent que Salem avait pu rencontrer l’entraîneuse et rejoindre cette nouvelle équipe. Il n’était donc pas seulement celui qui attirait son ami dans des tripots obscurs des quartiers douteux de la ville pour se faire tabasser par des monstres gigantesques et il avait, en quelque manière, une influence positive sur son existence.

Adam était occupé à relacer pour la troisième fois ses baskets en écoutant les règles du jeu. Un jeu qui, d’ailleurs, lui paraissait singulièrement inégal. Il avait beau avoir été le meilleur en sport, toutes disciplines confondues, du collège au lycée et se défendre mieux que le quidam moyen au basket, son niveau était nécessairement très inférieur à celui de Salem et, pour ne rien arranger, cela faisait quelques mois qu’il n’avait pas pratiqué.

L’Asiatique se redressa et haussa les épaules à la question de l’adolescent. Il ne voyait pas comment il pouvait être prêt à une défaite assurée. Il n’avait du reste accepter le défi que parce qu’il ne comptait pas du tout en respecter l’enjeu : Salem mangerait des fruits et des légumes, qu’il le voulût ou non, et ce ne serait certainement pas ses performances au basket qui détermineraient le succès de sa croisade diététique.

Par ailleurs, il ne comptait pas non plus retirer quoi que ce fût de la consommation de son compagnon : simplement ajouter des aliments et varier les menus. Il se voyait mal priver un jeune homme de dix-huit ans, sportif et, de toute évidence, en parfaite santé, de bretzels ou de pizzas. En d’autres termes, il avait accepté les règles du jeu (ou tout du moins était resté silencieux pour ne pas les refuser formellement), parce qu’il savait pertinemment qu’il n’avait rien à perdre et que Salem n’avait rien gagné.

Ce qui ne l’empêchait pas de jouer, moins par esprit de compétition que pour faire plaisir à son hyperactif basketteur. Les premières minutes furent bien entendu entièrement en sa défaveur : il était plus loin, ses réflexes étaient moins affûtés et sa technique pratiquement inexistante. Ses souvenirs lointains s’assemblaient un peu lentement, il lui fallait quelque temps pour s’échauffer et Salem était sans pitié.

Les bretzels sauvés, Adam rattrapa le ballon que lui lançait Salem. Après quelques rebonds contemplatifs passés à fixer songeusement le panier qui lui faisait face, le jeune homme s’élança et, puisqu’il s’agissait d’être injuste, s’abandonna entièrement à ses intuitions ; les premières tentatives d’interception de Salem furent anticipées de manière parfaitement déloyale, contournées, et le ballon se précipita vers le panier.

Pour atterrir contre le grillage qui entourait le terrain, deux mètres à côté du cerceau. Nul doute que si le lancer avait été effectué deux secondes plus tard, le panier eût été marqué très élégamment, mais Adam avait eu, comme souvent, un temps d’avance — trop en avance. Le jeune homme s’arrêta, suivit quelques secondes la balle du regard, passa une main dans ses cheveux et enjoignit Salem de reprendre la partie.

Depuis quelques jours, ces incidents s’étaient multipliés. Mais ils demeuraient discrets, presque invisibles : une maladresse passagère, un peu de fatigue, le tempérament naturellement rêveur d’Adam suffisaient à expliquer quelques gestes désordonnés et quelques propos décousus et, dans l’euphorie de la sélection au club, dans le quotidien exigeant des journées de travail, la chose passait inaperçue.

La partie se poursuivit. Pour Adam, elle oscillait entre les périodes où il faisait la démonstration d’une aisance tout à fait surnaturelle, qui faisait voir à Salem, dans un domaine plus familier à lui que la boxe, l’application la plus pratique de son don, et de longues minutes durant lesquelles le jeune homme paraissait à contretemps — une oscillation qui faisait de lui un adversaire un peu imprévisible.

Cela n’empêcha certes pas Salem de dominer très largement le jeu et de sauver rapidement toutes les friandises qui lui tenaient tant à cœur et qu’Adam n’avait de toute façon jamais eu l’intention de lui ôter. L’Asiatique était tout de même parvenu à ajouter les légumes les plus communs sur la liste des futures courses conjugales et comme c’était les seuls qu’il sût cuisiner, il n’était pas mécontent du résultat de la partie.

Au bout d’une heure et demie de jeu, il leva la main cependant.


— Pause.

Il était fatigué, mais il y avait quelque chose dans sa fatigue qui ne tenait pas entièrement à l’effort physique. Il retira son tee-shirt, manifestement peu concerné par la relative fraîcheur de la matinée, alla s’asseoir sur un des bancs et, après avoir fouillé dans le sac qu’ils avaient apporté, tira une bouteille d’eau qu’il engloutit en quelques secondes. De l’autre côté de la rue, un groupe de jeunes avait ralenti sa marche pour pouvoir regarder plus à leur aise cet intéressant spectacle.

Adam n’y prêtait pas attention — il avait fermé les yeux, pour cacher les volutes d’encre noire qui commençaient à les emplir et à en effacer le blanc, signe infaillible chez lui d’un surcroît d’activité prémonitoire. Pour dissimuler le tremblement nerveux de ses mains, il les avait enfoncées dans ses poches. Tout cela n’était décidément pas très naturel, mais c’était le mieux qu’il pût faire.



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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Sam 10 Nov - 17:41

Évidement, le combat était inégal, Salem n'allait pas choisir une activité ou Adam aurait eu de bonnes chances de lui faire avaler du chou fleur. Même si cette histoire de nourriture était un peu secondaire pour lui aussi, il avait surtout envie de voir son compagnon pratiquer son sport favori, juste pour le plaisir. Plaisir qu'Adam ne semblait partager que moyennement, mais puisqu'il trouvait quand même le moyen de marquer et d'avoir des mouvements impressionnant où Salem décelait parfaitement l'influence de son pouvoir, il ne pouvait qu'en demander plus. Il mettait ses maladresses sur le compte du manque de pratique et du décalage qu'il commençait à bien connaître pour l'avoir encore vu le matin même et qui n'avait jamais été le signe avant coureur de quelque chose de plus grave.

Inépuisable, Salem aurait pu continuer comme ça un bon moment, mais une heure et demi à courir dans tous les coins, c'était déjà pas mal. Il suivit Adam jusqu'au banc, le regardant vider la bouteille d'eau non sans râler légèrement.

« Hey, laisse-m'en un peu, moi aussi j'ai soif... ça va ? »

Trop tard pour l'eau, et trop tard pour espérer une réponse aussi, Adam était partit. Salem se trouva à nouveau impuissant, il n'y avait plus qu'à attendre. Mais si la chose, aussi frustrante soit-elle, s'avérait plutôt simple quand ils étaient chez lui, elle l'était nettement moins aux abords du parc le plus visité de New York, en plein week-end. Les jeunes qui, soit dit en passant, avaient maté sans retenu le torse luisant de sueur de son mec – le spectacle intéressant ne venant sans doute pas de la bouteille d'eau, même si la descente d'Adam avait de quoi rivaliser avec celle d'Eigon. Les jeunes donc, ne manquèrent pas non plus de remarquer que le beau gosse avait l'air d'avoir un léger problème. Et v'la t'y pas qu'ils revinrent sur leurs pas pour voir ce qu'il se passait, attirant l'attention d'autres badauds, heureusement que le grillage les tenait tous à distance sinon tout ça aurait été une belle pagaille. Salem tenta un sourire rassurant et parfaitement sincère.

« C'est rien, circulez, juste une... allergie au pollen. »

Ça aurait peut-être pu être crédible si l'on était pas en automne et qu'Adam ne s'était pas mit à tomber doucement de son banc. Salem l'attrapa pour l'allonger par terre avant qu'il ne se fasse mal. Pendant qu'il essayait laborieusement de lui remettre son tee-shirt, un badaud avançait que ça ressemblait à une crise d'épilepsie tout en ajoutant qu'il n'avait jamais vu personne faire de crise d'épilepsie et une femme d'une quarante d'années lançait de façon dramatique « Appelez une ambulance ! ». Salem ne pu s'empêcher de calculer, une ambulance doit mettre entre cinq et quinze minutes à arriver, c'était pas comme s'ils vivaient dans un petit village perdu, et la dernière crise d'Adam avait durée... trois heures, sept minutes et...

Et merde, la journée avait pourtant bien commencée, Salem abandonna sa tentative de rhabiller Adam, il était trop tendu et agité de toute façon, il rassembla toutes leurs affaires et les fourra dans le sac qu'il balança sur ses épaules, il prit ensuite le Adam toujours secoué de convulsions à bras le corps et l'emmena dans le parc. Il serait bien rentré, mais si Adam ne tenait déjà pas sur un banc, il se voyait mal le hisser sur la moto, avec une corde pour l'attacher, à la limite ça aurait pu le faire, mais il n'en avait pas, et passer dans les rues avec ça, ce n'était même pas la peine d'y penser non plus. Après avoir maladroitement dévalé une pente entre les arbres sur quelques deux-cent mètres, Salem tomba à genoux dans les feuilles mortes. C'était vraiment lourd pour ses petits bras, sur ce coup le géant aurait été une nouvelle fois très utile. Faute de mieux, il l'attrapa sous les aisselles et le traîna sur encore plusieurs mètres. Il avait beau chercher, ici comme partout ailleurs dans New York, la nature même la plus l'air sauvage était aussi soigneusement entretenue qu'un jardin à la française. Il n'y avait pas le moindre coin de broussailles assez inextricable pour y planquer un cadavre – ou quelque chose qui s'en approchait beaucoup. Salem se cacha comme il put pour laisser passer une famille de trois enfants sur leurs vélos, un coup d’œil à droite lui indiqua qu'après les arbres il n'y avait qu'une vaste étendue d'herbe verte et rase comme celle d'un terrain de golf, et qu'à gauche c'était pareil avec des parterres de fleurs en plus, génial.

Il souleva à nouveau Adam dans ses bras pour traverser le plus rapidement possible une allée bourrée de promeneurs et de cyclistes avant d'entreprendre une nouvelle descente erratique entre les arbres, la terre meuble était assez instable, le poids d'Adam et la pente l'entraînait en avant, les arbres avaient des racines – sans blague – et il ne voyait pas ses pieds, le tout se termina donc dans un beau roulé-boulé et une envolée de feuilles de chêne jaunies. Heureusement, Adam n'avait rien vu, Salem resta étalé sur le sol un moment, à reprendre laborieusement son souffle, ça, c'était du sport. En se redressant, il espérait un peu être assez bas, assez à l'écart, pour éviter les regards des curieux, mais la première chose qu'il vit fut une petite fille de sept-huit ans en train de manger une glace sur un pont, ils avaient atteint le lac où tout le monde vient jeter les cadavres, à en croire NCIS.

« Maman, y'a un monsieur presque tout nu dans la forêt avec un autre monsieur. »
« Chérie ! Viens ici tout de suite ! »

Bon, après s'être assuré qu'Adam n'avait pas trop mal atterrit, Salem le cacha du mieux qu'il put – ce n'était donc pas très discret – et fila de l'autre coté du pont. Il en revint quelques minutes plus tard avec une barque « empruntée » à un couple d'amoureux qui, eux, faisait vraiment des trucs suspects dans les buissons. Il accosta, fit monter très laborieusement Adam dans l’embarcation et rama pour être le plus loin possible de tous ces gens, après quoi il le jeta dans il le prit dans ses bras, le dos d'Adam appuyé contre son torse, en le retenant assez pour lui éviter une chute fâcheuse. Voilà, de loin ils devaient avoir l'air de filer le parfait amour. De près c'était quand même moins drôle, Salem était épuisé et tendu, il caressait les cheveux d'Adam pour se donner une contenance en maudissant son inutilité.

« Allez, reviens Adam... »

Et en plus, toute cette eau et tous ces efforts, ça lui avait donné encore plus soif.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Sam 10 Nov - 19:54

Adam était d’ordinaire très réactif lorsque Salem le tripotait avec une telle énergie mais, ce jour-là, contrairement au matin même, et à la veille au soir, et à toutes les autres fois où ils avaient importuné Martha la gentille voisine depuis que les choses s’étaient en train considérablement débloquées, l’Asiatique demeurait peu coopératif avec les efforts que son compagnon fournissait pour améliorer leur situation.

Ce n’était pas proprement une vision et, d’ailleurs, il y mettait un peu du sien. De temps à autre, il reprenait conscience, trébuchait et descendait la pente beaucoup plus vite que Salem : une aide inestimable dans leur longue et périlleuse progression. Parfois, même, il ouvrit ses grands yeux parfaitement noirs, que Salem était obligé de couvrir pour éviter qu’on le prît pour un démon, et il murmurait quelque chose d’à peu près incompréhensible, quand ce n’était pas les numéros gagnants de la prochaine loterie — en Russie.

Néanmoins, à chaque fois que son regard, par mégarde, se posait sur un passant, il offrait gratuitement une prédication relative à son avenir immédiat : qu’il allait marcher dans une crotte de chien, que son sac de course allait se fendre, qu’elle renverserait sa glace, qu’elle se fera courser par un chien, que son employeur allait l’appeler pour le licencier. Bien sûr, comme sa voix était faible et ses phrases un peu décousues, Salem était le seul à profiter de ces judicieux avertissements.

Mais d’autres fois, il semblait replonger dans une apathie complète, animée seulement par quelques soubresauts nerveux, une sorte de cauchemar par intermittence, entrecoupé seulement de phases de délire, de sorte qu’il était difficile de déterminer laquelle des deux manifestations était préférable. Toujours était-il que cette crise sans précédent depuis qu’il connaissait Salem — mais il ne connaissait pas Salem depuis très longtemps ¬— avait choisi un curieux moment pour s’inviter dans leur existence commune.

Adam tituba généreusement au bas de la pente qui menait vers le lac, braqua un regard peu engageant sur la petite fille destinée à écrire plus tard des histoires yaoi, murmura que ses lacets allaient se défaire et s’écroula à nouveau comme un poids mort dans le barque, laissant sans vergogne Salem ramer jusqu’au milieu du lac, entre les rives protégées par les arbres, là où on ne pouvait les apercevoir guère que de loin.

Les passants curieux apercevraient sans doute assez de détails pour déduire qu’il s’agissait là de l’un de ces odieux couples homosexuels qui menaçaient la civilisation américaine et les valeurs familiales et religieuses sur lesquelles elle était fondée d’un déclin sans retour, spectacle hélas courant dans cet état coupablement progressiste qu’était New-York, mais pas assez pour se rendre compte que l’un des séides de Satan était dans un état lamentable — ce qui n’eût du reste conduit qu’à la très logique supposition qu’il devait être drogué, comme tous les gens de son espèce.

Plus le temps passait, plus les éclats de relative lucidité, tout du moins d’activité délirante, s’espaçaient, pour ne plus laisser d’Adam qu’une épave immobile dans la barque, qui dérivait paresseusement sur l’étendue d’eau. Même les crispations convulsives avaient cessé, ce qui eût été rassurant si Adam ne ressemblait pas tant à un macchabé — il y avait le mouvement de la respiration, parfois certaines veines qui se gonflaient, mais en dehors de cela, aucun des petits gestes parasites qui eussent sinon indiqué qu’il se contentait de dormir.

Le temps passa.

Puis, manifestement bien décidé à préparer Salem aux situations les plus extrêmes pour qu’il pût devenir un jour béret vert ou professeur de collège, Adam sortit brusquement de son inconscience, si brusquement que la barque tangua et que, à la différence de l’adolescent qui avait tous ses esprits et pouvait se retenir, le jeune homme tomba à l’eau, but la tasse (d’un goût douteux, il allait écrire à la mairie), manqua de se noyer mais se rétablit par instinct de survie, s’accrocha au rebord de la barque et, avec l’aide de son ami, se hissa à nouveau à bord, parfaitement trempé.

Avec un air de chien mouillé, les cheveux noirs plaqués sur le crâne et encore ruisselant, Adam murmura d’une toute petite voix :


— Désolé.

Puis il entreprit de promener son regard autour de lui. Aux dernières nouvelles, ils jouaient au basket. La manière dont ils s’étaient mystérieusement retrouvés à faire du canotage lui échappait quelque peu. Soit la municipalité avait creusé en express un bassin à la place du ci-devant terrain et leur avait fourni une embarcation pour les dédommager du dérangement occasionné, soit ils s ‘étaient déplacés eux-mêmes, et d’ailleurs Adam commençait à reconnaître en gros le décor de Central Park.

Ce qui impliquait, en concluait-il laborieusement, ou que Salem avait pris le temps de louer une barque pendant qu’il vomissait des prophéties aux grands-mères effrayées (parce que leur avenir immédiat était singulièrement plus sombre que celui du passant moyen), ou que l’adolescent avait subtilisé leur présent moyen de transport à des gens qui, peut-être, étaient désormais bloqués sur une des petites îles du vaste étang.

Cette belle preuve d’affection réchauffa le cœur d’Adam. Elle lui donnait un peu de courage.


— Salem… J’ai peur.

Le courage de dire qu’il avait peur, donc. Mais sa déclaration n’était pas très explicite. Certes, il avait des raisons de douter que l’adolescent sût manœuvrer une barque, tant Salem ne paraissait pas du genre à se promener sur les voies fluviales pour se distraire le dimanche après-midi, mais ce n’était pas une raison suffisante, sans doute, pour concevoir des inquiétudes.

Adam articula encore, perplexe :


— ‘’Je veux un enfant de toi’’ ?

Le jeune homme se mit à fouiller les berges les plus proches à la recherche de la bouche d’où allait bientôt émaner cette curieuse demande. Puis, se rendant compte que cette soudaine déclaration pouvait paraître un peu précipitée à son compagnon et être potentiellement mal interprétée, il reposa son regard, désormais parfaitement normal, sur Salem.

— T’as volé une barque à des gens en train de procréer ?

Mi-sérieux, mi-taquin, entièrement fatigué, il glissa :

— C’est très romantique. Il y a une deuxième bouteille d’eau dans le sac.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Sam 10 Nov - 22:25

Salem frôla la crise cardiaque lorsque Adam quitta sa tranquillité morbide en manquant de les faire chavirer et disparu au fond de l'eau.

« Adam ?! »

Il s'apprêtait à plonger pour le récupérer – bien que la seule nage qu'il maîtrise véritablement soit celle du fer à repasser. Mais par chance, Adam se sauva tout seul, Salem attrapa son bras dès qu'il surgit de l'eau et le ramena sur la barque. Il ne le lâcha pas une fois à bord, voulant être sûr qu'il ne risquait pas de basculer une fois de plus, les minutes qui suivirent furent donc occupées par une scrutation détaillée. Bon, ses yeux étaient redevenus normaux, il s'exprimait de façon intelligible, mais il était très pâle et fatigué. Il lui faudrait des vitamines, dire qu'après c'est lui qui est censé avoir des risques de carences, le monde à l'envers. Et donc, il avait peur, Salem le regarda d'un air un peu triste, il ne pensait pas lui non plus que ces capacités de capitaine de navire soit la cause de ses craintes – bien qu'il ne sache pas vraiment comment il était arrivé à mener leur coque de noix si loin, il s'était contenté d'agiter hasardeusement les rames et de les laisser dériver – mais que c'était plutôt en rapport avec sa crise étrange. Salem caressa son visage trempé et perdu, il écarta les mèches de ses cheveux qui lui tombait sur les yeux, puis entreprit de le sécher un peu avec son tee-shirt avant de lui faire enfiler son blouson de moto, histoire de ne pas faire basculer d'autre gamines dans le coté obscur.

« Tout va bien maintenant, t'inquiètes pas, je vais nous ramener sur le bord, normalement, et après on rentre se mettre au chaud chez moi. »

Enfin, peut-être qu'Adam avait d'autres projets immédiat pour eux, Salem écarquilla les yeux en entendant son homme parler de bébés.

« C'est notre futur ça ? »

Parce que Salem avait entendu tout un tas de futurs pendant les quelques minutes qu'avait duré leur folle descente vers le lac – et « fou » était un doux euphémisme au vu de ce qu'il s'était passé. Il avait bien eu le temps de faire le lien entre les prédictions d'Adam et les gens qu'il regardait. La dame au téléphone marcha d'un pied ferme sur la crotte de chien, celle dont le sac devait se déchirer vit son sac se déchirer, celle qui devait renverser sa glace la renversa, et ainsi de suite. Sauf que là, ils étaient tous les deux seuls sur une barque que Salem avait pris soin d'éloigner le plus possible de toute vie pensante. La déclaration avait donc de quoi troubler, mais la suite lui fit comprendre que non – déçu ? – il regarda vaguement du coté des tourtereaux qu'il avait aperçu, un peu perdu au milieu de toutes les infos.

« Et ce sera un garçon ou une fille ? »

Il n'attendait pas vraiment de réponses, la plaisanterie lui servait surtout à gérer le désordre que l'univers si étrange d'Adam provoquait dans sa vision des choses. Il ne pourrait sans doute jamais se défaire de l'idée que la vie toute entière étaient faite de données calculables et prévisible, que la seule chose qui empêchait chacun de voir l'avenir est qu'on avait jamais que la patte de l'éléphant sous les yeux, et pas le pachyderme entier – en gros il avait un peu tourné l'explication de son camarade à sa sauce. Adam bousculait tout avec ses futures multiples et sa capacité à sortir des vérités sur l'avenir de gens dont la somme des informations qu'il pouvait avoir sur eux ne valait pas plus qu'un poil dans les oreilles de l'éléphant. Enfin, peu importe que leurs visions du monde diffèrent totalement, Salem fut ravis d'apprendre que son futur immédiat consistait à boire de l'eau à grosses gorgées. Rien qu'avec ça, il se sentait déjà mieux.

« Deux bouteilles, tu es très prévoyant. »

Sans doute que ce serait le comble du devin de ne pas l'être. Salem reprit encore un peu d'eau, puis attrapa les rames pour tenter de les ramener sur la rive.

« Ça t'arrive souvent ce genre de... d'illumination prophétique satanique ? 'Fin, t'avais les yeux tout noirs, tu parlais et tout, ça fait un choc quand même... T'es pas obligé de m'expliquer en détails mais... je dois m'attendre à d'autres manifestations du même genre ? »

Salem espérait ne pas avoir froissé Adam avec la façon qu'il avait eut de parler de ce qu'il venait de faire. Il ne savait pas comment décrire ça, mais ce qui est sûr c'est qu'il aurait préféré savoir avant que ce genre de choses pouvaient arriver, voir mieux, ce qu'il était préférable de faire dans ces moments-là. Ce n'était pas évident pour lui de se faire prendre de court à chaque nouvelle crise prophétique, surtout qu'ils se voyaient tout de même très régulièrement – Martha pouvait en témoigner – et que ces crises feraient nécessairement partie de son quotidien désormais. L'air en pleine réflexion sur l'avenir, le sens de la vie et les fruits qui apporteraient à Adam un maximum de vitamine C et d'oméga 3 – comme dans les pubs – Salem ajouta d'autres questions qui lui paraissait importante maintenant que leur relation était un peu plus solide.

« T'as déjà vu, ou sentit, des trucs sur moi ? Tu me le dirais si ça arrivait ? »

Il le regarda, là encore, c'était un sujet épineux, si ça concernait son passé, il préférerait qu'Adam lui en parle pour au moins en discuter un peu. Ses visions ne pouvaient sans doute lui donner que des instants de sa vie et, quels qu'ils soient, il estimait tout de même un peu injuste qu'Adam puisse les récupérer et se faire son avis à son insu. Pour le futur, c'était plus compliqué, déjà parce que connaître le futur allait sans doute le modifier et puis, il n'était pas sur de vouloir savoir qu'il risquait d'avoir un accident ou ce genre de chose. Ses réflexions furent cependant interrompues par une question nettement plus terre-à-terre.

« On s'approche ou on s'éloigne là ? On s'éloigne... »

Salem avait parfaitement réussi à éloigner la barque tout à l'heure, mais il fallait croire que c'était la seule chose qu'il était capable de faire. D'un air pas très rassuré, il regarda l'eau comme s'il tentait de sonder le fond du lac.

« Je t'ai dis que je savais pas nager ? Enfin, je sais nager et j'adore l'eau mais quand j'ai pas pied je panique, j'ai du mal à évaluer la profondeur de l'eau, tout est plus compliqué dedans, même ouvrir les yeux. »

Salem ne savait pas vraiment pourquoi il disait ça maintenant, juste pour avertir Adam, sans doute, mais il n'avait par forcément l'air très rassuré non plus. Il était pressé d'être à nouveau près du bord – tout en continuant d'aller plus loin à grands coups de rame malgré ses efforts.

[Si seulement j'avais pu trouver la moindre petite excuse pour faire couler ou chavirer tout ça, haha.]
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Sam 10 Nov - 23:01

Comment ça, leur futur ? Adam manqua de tomber à l’eau à nouveau (ou presque) en entendant la question de son ami et, avec un regard un peu soupçonneux, il détaillait les traits de son visage, pour s’assurer que sous ce ton de plaisanterie ne se cachait pas le désir inavoué d’élever un enfant qui leur ressemblerait plus ou moins à tous les deux : un super-sportif asiaticaucasien super-migraineux flegmatico-hyperactif avec un goût immodéré pour les situations dangereuses et les beaux garçons.

Certes.

Adam ne se sentait pas vraiment prêt à avoir un enfant et, d’ailleurs, il n’aurait pas su comment s’y prendre. Sans doute existait-il désormais des techniques génétiques pour qu’ils pussent mélanger leurs ADNs (ce qui ne constituait pas nécessairement un cadeau pour leur progéniture). Ou alors ils pouvaient demander à une amie de les aider, mais alors Adam devrait se dévouer pour faire « la chose », parce que lui ne s’intéressait qu’aux garçons et que Salem, au contraire, risquerait de reprendre goût aux charmes féminins.

Le jeune homme frotta ses yeux, un peu perplexe quant à sa propre propension à examiner les moyens et les conséquences d’une pareille réalisation. Ce n’était pas pour tout de suite (espérait-il). Il mettait lui-même suffisamment de désordre dans le studio et l’existence de Salem pour ne pas y ajouter un bambin et ses jouets. Du reste, il supposait qu’un jour ou l’autre, son ami reviendrait le soir avec un chat trouvé dans la rue, qu’il se proposerait de recueillir — tout à fait le genre de Salem, à son avis.

L’Asiatique préféra donc occulter soigneusement cette question douteuse pour se concentrer sur celle de l’enfant à naître et qui, pour l’heure, n’en était pas encore à la réunion des gamètes. Il haussa les épaules.


— Trop tôt pour savoir. Pour moi.

Il n’avait jamais très clairement expliqué à Salem la différence entre ses intuitions et ses visions. A vrai dire, et il le savait pertinemment, il n’avait pas expliqué grand-chose à son compagnon, se contentant de quelques vagues indications quand il ne pouvait y échapper et de l’explication philosophique passablement hermétique qui avait été illustrée avec l’éléphant. C’était qu’il craignait les questions comme celles qui se préparaient sournoisement dans l’esprit de Salem.

Adam remonta la fermeture du blouson un peu plus et laissa son regard se poser sur les rides que les rames faisaient à la surface de l’eau. Lorsque Salem lui demanda si d’autres crises de ce genre étaient à prévoir, le jeune homme hocha la tête silencieusement, avant de répondre, quelques secondes plus tard :


— Je suis désolé… La vie avec moi doit pas être…

Comme à son habitude, lorsqu’il frôlait de trop près une confession trop sincère de ses craintes et de ses douleurs, il s’était interrompu, avait balayé la phrase qu’il avait commencé à former d’un haussement d’épaules et, aussitôt, il s’empressait d’attraper un autre bout des paroles de son compagnon pour détourner la conversation, fort de cette inextricable combinaison de pudeur japonaise, pudeur masculine, pudeur adamienne qui était la sienne — en matière de sentiments, parce que pour le corps, c’était une toute autre histoire (et les voisins de l’immeuble en face de celui de Salem commençaient à s’en rendre compte).

— C’est rare. Ca arrive, je sais pas, une fois par semaine, maximum.

Avec Adam, la définition de « crise rare » était toujours un peu désespérante : entre le triple traumatisme quotidien de ses visions et cette nouvelle particularité pittoresque de son pouvoir, le tableau qu’il brossait par petites touches de son existence ordinaire prenait de plus en plus les allures d’une scène cauchemardesque. Qu’il contemplait avec une stoïque résignation.

En tournant soigneusement autour du gros du problème, Adam reprit :


— J’ai eu une semaine un peu difficile et du coup, les intuitions se pressent, très nombreuses, au même moment, sur tout, alors que d’habitude, elles sont ponctuelles. Ca se déclenche quand… Enfin, bref, peu importe. J’ai toujours les yeux noirs quand mon pouvoir s’active. Pendant les visions, souvent mes paupières se ferment, donc on voit pas. Quand c’est juste une intuition par-ci par-là, comme c’est la couleur habituelle de mes yeux, c’est pas flagrant non plus.

Avec un art consommé de l’esquive, Adam avait évité tous les vrais sujets : pourquoi sa semaine avait été éprouvante, pourquoi il n’en avait pas parlé à Salem, pourquoi la crise s’était déclenché, quelles étaient les sensations qu’elle éveillait en lui, etc. Au lieu de cela, il s’était concentré sur un détail finalement anodin et néanmoins spectaculaire : la couleur de ses yeux.

Mais il sentait bien que les nouvelles questions de Salem, beaucoup plus directes et concises, beaucoup, beaucoup plus épineuses surtout, lui offraient moins d’échappatoires, de sorte que le sujet plus immédiat de la dérive du bateau fut comme un miracle. Adam se retourna pour observer la rive vers laquelle ils étaient plus ou moins censés se diriger. Avant de reposer le regard sur Salem.

Ah. Machinalement, il balaya le paysage des yeux, pour s’assurer que, si d’aventure son compagnon tombait à l’eau, il serait bien capable de le ramener jusqu’à la terre ferme en nageant, quelque fatigué qu’il fût.


— Laisse, j’vais faire. J’suis déjà venu ici.

Avec Ulysses. Bien sûr, la seule raison ou presque pour laquelle l’on vînt louer une barque, c’était pour se promener en amoureux, de sorte que l’information qu’Adam venait de fournir était plus lourde de conséquence que, dans sa fatigue, il ne s’en rendait compte lui-même. Sans y songer, il avait attrapé les rames et commencé à manœuvrer — il faillit tourner en rond au début, mais bientôt, les réflexes reprirent le dessus et le frêle esquif commença sa lente progression vers la rive.


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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Dim 11 Nov - 10:27

Salem laissa les rames à Adam sans dire un mot, ce qui n'augurait rien de bon. Il fixait l'eau, la mine sombre, en pleine reflexion. Bien sûr, il avait dit qu'il ne voulait pas qu'Adam se sente obligé de lui donner des explications détaillées sur le comment et le pourquoi de sa crise. Mais son envie de comprendre était bien là et puis, il y avait une différence entre une explication non exhaustive et le texte à trou que son compagnon venait de lui servir. Comme presque à chaque fois, les pseudos explications d'Adam lui donnait plus de question que de réponses. Tout cela commençait vraiment à devenir pesant.

S'il est vrai que Salem pouvait avoir des réactions parfois un peu vives – c'est le cas de le dire – il ne voyait pas à quel moment son attitude aurait pu faire penser à son ami qu'il avait des raisons d'avoir peur de se confier à lui. Il avait assisté à pas mal de crises, à un nombre conséquent d'intuitions surnaturelles, il l'avait ramassé à moitié mort dans un garage et il était toujours là. Pourtant, avec son « la vie avec moi n'est pas... » Adam semblait vouloir lui dire qu'il n'était pas facile de partager sa vie et que d'une certaine façon il y avait encore un risque que Salem choisisse la solution de facilité en allant voir ailleurs. Bien sûr, il ne pouvait qu'essayer de deviner puisque monsieur n'avait pas pris la peine de finir sa phrase.

Salem se passa une main dans les cheveux, il paraissait de plus en plus agacé. C'est que s'il n'y avait eu que ça, encore, ça aurait pu passer, mais monsieur venait aussi de lui apprendre qu'il avait eu une semaine un peu difficile. Ce qui, dans son langage, voulait sans doute dire qu'elle se situait entre le très, très difficile et l'absolument abominable, grand minimum. Et il devait sans doute remercier sa crise, sans quoi il n'en aurait jamais rien su. Crise dont monsieur connaissait les raisons du déclenchement, une information capitale donc, qu'il ne souhaitait pas partager avec lui, histoire qu'il soit complètement prit au dépourvu la prochaine fois aussi. Merci, Adam.

« J'vais te dire une bonne chose... »

Aïe, aïe, aïe.

« Le principal obstacle entre nous c'est pas ton pouvoir, c'est toi»

Salem prit une inspiration, il essayait de rester calme, modéré, diplomatique. Il ne voulait pas faire de peine à Adam et s'il s'emportait ce n'était pas par colère, il se sentait juste perdu et désemparé devant le mur qu'était son compagnon.

« Si ça t'arrive toutes les semaines alors tu savais... tu savais que j'allais y être confronté et t'as préféré te taire en attendant gentiment que ça me tombe dessus. T'as une idée de l'effet que ça peut faire quand tu changes comme ça, d'un coup ? Mais j'imagine que ce serait trop te demander que de parler des manifestations concrètes de ton pouvoir, si t'es déjà pas foutu de me dire que t'as eu une semaine de merde. Le pire c'est que j'aurais du le voir... maintenant que tu le dis, ça se voyait, j'aurai du me poser des questions... fait chier... »

Sans doute, la dernière balade d'Adam sur le lac avec il ne savait quel beau gosse avait du mieux se passer – à moins que ce soit cet endroit qu'ait choisi Ulysses pour sa demande en mariage, le pauvre. Salem regardait la rive approcher, il se sentait à deux doigts de pleurer, pitoyable, finalement, il conclut presque à contrecœur.

« J'voudrais faire partie de ta vie, sincèrement, mais je commence à me demander si c'est ce que toi tu veux. Tu laisses personne d'approcher de trop près. »

Salem descendit de la barque une fois assez près de la rive, la noyade, ce sera pour une autre fois, même si elle aurait peut-être pu lui éviter cette épineuse conversation, il retourna vers le terrain de basket en traînant des pieds. Il se souvenait vaguement avoir abandonné son ballon dans l'aventure, même s'il n'était pas très motivé pour aller le récupéré tout là-haut. Il n'était plus motivé par rien de toute façon. Après plusieurs minutes silencieuses à suivre l'allée sans trop prêter attention aux gens autours, il s'approcha d'Adam et prit doucement sa main dans la sienne. Comme dirait le prophète, il avait été un peu dur avec lui et se le reprochait maintenant sans trouver de mots pour le dire. C'est main dans la main qu'ils croisèrent la yaoiste en herbe, avec sa glace, ses lacets défaits et sa bouche grande ouverte.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Dim 11 Nov - 11:19

Une constatation s’imposait : Adam n’était pas fait pour gagner la médaille d’or aux Jeux Olympiques d’aviron. Peut-être était-ce la fatigue, peut-être était-ce la rude semaine qu’il venait, à l’en croire, de passer, peut-être était-ce était l’orage à la fois très localisé et très violent qui couvait dans le mètre carré dans le barque, mais l’embarcation ne progressait pas très vite, parce que le jeune homme devant sans cesse corriger la trajectoire en synchronisant à nouveau la rame gauche et la rame droite. Mais ils progressaient.

La discussion aussi progressa — très rapidement et très brutalement. La scène n’était pas nouvelle, pour Adam : ce que lui reprochait Salem ressemblait, en substance, avec ce que lui avaient reproché, à un moment ou un autre de la relation, tous ses précédents compagnons, et puis certains de ses amis, et puis ses parents. Bref, c’était une partie de ce qui l’avait persuadé, au fil des années, qu’il était un monstre fini, incapable de nouer une relation normale et uniquement destiné à faire souffrir ceux qui l’entouraient — une conviction qui accentuait bien entendu le comportement qui lui était reproché, et le cercle vicieux ne cessait de s’entretenir lui-même.

Les mains d’Adam se resserraient un peu nerveusement sur les rames, sa mâchoire s’était crispée et son regard noir demeurait obstinément fixé sur les planches qui formaient le fond de la barque. Le cœur serré, il songeait que le moment fatidique était venu : Salem était lassé, blessé, épuisé, il allait le quitter et il trouverait quelqu’un d’autre, une fille très probablement, de plus calme, de plus normal et surtout de plus digne d’estime, pour jouer au basket, manger des bretzels, distraire Martha et parler de comics.

Evidemment, Adam ne répondait pas. A quoi bon ? Il n’avait aucune excuse. La barque finalement toucha la rive, dans un endroit entouré par les arbres, parce que le jeune homme supposait que Salem n’était pas en position de la restituer au loueur. Il sortit de l’embarcation, attrapa le sac à dos et sentit les larmes lui monter aux yeux alors que Salem lui portait le coup de grâce.

En somme, Salem lui reprochait de ne pas l’aimer assez. Si Adam avait été, avec tous ses compagnons précédents, contraint de reconnaître, au fond de lui-même, que l’accusation n’était pas entièrement infondée, cette fois-ci, il en sentait, sinon toute la cruauté, du moins toute la violence ; alors il ne sentit pas entièrement coupable, mais en partie injustement agressé, légitimement blessé — ce qui avait le mérite paradoxal d’adoucir son désespoir en transformant la rupture certaine en dispute potentielle.

Les deux jeunes gens marchaient silencieusement dans l’allée. Adam ne prêtait pas attention à grand-chose d’autre que ses pieds et un silence pesant s’était désormais installé entre eux. Le jeune homme ressassait les paroles de son compagnon. Il ne pouvait s’empêcher de songer que lui non plus ne savait pas grand-chose de l’existence de Salem, qu’il n’avait toujours pas rencontré ses amis (alors qu’il lui avait « présenté » Anne et Eigon, mais surtout introduit à l’Institut) et que Salem lui avait dit, à peu près, qu’il n’avait pas le courage de le faire pour l’heure, ce qui constituait bien un manque d’engagement peu flatteur.

Bien sûr, les sentiments blessés d’Adam s’ingéniaient à tordre un peu le passé pour alimenter la douleur : c’était le plus efficace mécanisme de toutes les disputes. D’un autre côté, le jeune homme se reprochait de trouver des choses à reprocher à Salem quand il devait ne se concentrer que sur ce que Salem lui reprochait et se le reprocher également. Tout cela lui donnait de plus en plus l’envie d’aller se cacher au fond de son lit.

Sur ces entrefaites, Salem lui prit la main. Adam allait très certainement mourir : il était trop vieux pour les montagnes russes émotionnelles et être la victime, en quelques minutes, d’un portrait assassin et d’un geste de tendresse inhabituel ne l’aidait guère à reprendre pied. Ses doigts ne s’en lièrent pas moins avec ceux de son ami, pendant que le jeune homme méditait cette nouvelle source de perplexité.


— Vous vous faites des bisous, aussi ?

La voix légère et curieuse de la petite fille força les deux jeunes gens à se retourner. Elle léchait sa glace en les fixant d’un regard obstiné ; sa mère discutait quelques mètres plus loin, avec une amie rencontrée sur le chemin. Trouvant manifestement que les deux compères n’avaient pas l’air particulièrement brillants, la petite fille jugea qu’il était nécessaire de répéter la question :

— Alors, est-ce que vous vous faites des bisous ?

Adam échangea un regard avec Salem. Il lâcha la main de son compagnon pour pouvoir se mettre à hauteur de la petite fille et répondit avec douceur :

— Pas en ce moment, parce qu’il est fâché.
— Pourquoi ?
— Parce que je suis méchant avec lui.
— Pourquoi ? C’est à cause de son drôle de truc dans l’oreille ? Ca te fait peur ?


Adam releva un instant les yeux vers Salem, avant de les reposer sur la petite fille.

— Non, ça, ça va.
— Alors, pourquoi ?
— J’ai peur qu’il parte.
— En vacances ? Tu pourrais aller avec lui.
— Non, qu’il me quitte. Qu’il ne veuille plus rester avec moi.
— Pourquoi il voudrait plus ?
— J’ai fait des choses. De mauvaises choses. J’en ferai de pire encore.
— Comment tu peux savoir ?
— Je sais, c’est tout.


La petite fille réfléchit quelques secondes, tout en croquant le cornet de sa glace. Finalement, elle décréta :

— T’es bête. Si il te tient la main, c’est que c’est ton amoureux. Si vous êtes amoureux et que vous vous faites des bisous, alors du coup, ça veut dire qu’il s’en fiche, du reste. Tu sais, les garçons, c’est pas compliqué. Tout ce qu’ils veulent, c’est qu’on s’occupe d’eux et qu’on fasse des bisous.
— Emily ! Reviens ici tout de suite.


La jeune fille hocha vigoureusement la tête, soit pour appuyer sa brillante démonstration, soit pour faire patienter sa mère. Elle s’approcha d’Adam, lui murmura quelque chose à l’oreille, et comme son prénom venait encore de résonner dans le parc, elle partit en courant vers sa mère, qui se fit un devoir de la sermonner, parce qu’elle avait mangé trop vite sa glace, parce que ses lacets étaient défaits, parce qu’elle parlait aux étrangers et aux gens « comme eux, là-bas ». Après avoir jeté un regard suspicieux au couple, la mère tira son enfant plus loin.

Adam se redressa et se retourna vers Salem, l’air un peu embarrassé. Un peu timidement, il tenta :


— T’as vu, elle a dit que je devais te faire manger des légumes…
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Dim 11 Nov - 13:34

Plus Salem pensait à ce qu'il avait dit, plus il s'en voulait. Il s'était senti blessé, sur le coup, en voyant qu'Adam ne lui révélait des choses importantes de sa vie qu'en dernier recours, lorsqu'il n'avait plus le choix. Mais ce n'était certainement pas avec une avalanche de reproches que son camarade allait se sentir à l'aise. Au moins, il n'avait pas refusé de lui prendre la main, c'était déjà un point positif même si le malaise était bien installé. Le silence fut rompu par une curieuse bienfaitrice en culotte courte, Salem se retourna avec Adam et lui adressa un regard surprit. Il resta ensuite le spectateur de leur drôle de conversation, se contentant de tripoter l'écarteur à son oreille en entendant la fillette en parler. Ça faisait peur aux enfants ou quoi ?

Quand il reprit sa route avec Adam, Salem se sentait toujours un peu triste, mais au moins il avait repris son calme. Il eut un petit sourire en l'entendant faire revenir les légumes sur le tapis, son ami ne changerait jamais.

« T'inquiètes, t'as déjà gagné le droit de me faire manger sept légumes, j'ai pas eu le temps de te dire que tu t'étais bien débrouillé, d'ailleurs. Tu as un style... intéressant. »

Son sourire s'élargit un peu en repensant au jeu parfois un peu déstabilisant d'Adam, il espérait pouvoir faire d'autre parties, en admettant que ce n'était pas ça qui avait provoqué la crise d'Adam. Il arrêta là ses pensées en repérant son ballon près du banc et accéléra pour le ramasser avant que quelqu'un d'autre ne le fasse. Salem le rejoignit ensuite sans pouvoir s'empêcher de faire quelques dribbles, qu'il arrêta cependant une fois près de lui, parce que ça ferait pas très sérieux avec ce qu'il prévoyait de dire. Le silence s'installa à nouveau, ne sachant pas trop par quoi commencer, il fit simple.

« Désolé pour tout à l'heure, je me suis emporté. »

C'était un bon début, mais pas assez à son goût, la conversation d'Adam avec la petite lui revint en mémoire. Force est de constater qu'il s'était montré nettement plus loquace avec elle qu'avec lui, même si c'était peut-être fait exprès. Sa main chercha encore celle d'Adam et son regard ses yeux, il ralentit un peu le pas même si le parking n'était plus très loin et que l'on voyait déjà la moto qui patientait.

« Je suis pas fâché, et t'es certainement pas méchant, t'as rien fais de mal, au contraire, c'est ce que tu fais pas que je t'ai reproché. Enfin bon... je vais pas t'obliger à me parler non plus, tu fais comme tu veux. »

On sentait quand même sur la fin qu'il avait un peu de mal à digérer l'idée qu'Adam puisse continuer à ne rien lui dire. Mais bon, il ne pouvait certes pas lui mettre un couteau sous la gorge pour au moins savoir pourquoi sa semaine avait été horrible. C'était maintenant plus cette idée que l'incident avec sa crise qui lui faisait mal. Salem repensait à toutes les fois où il l'avait bassiné avec sa sélection alors qu'il avait sans doute autre chose à penser. Il s'en voulait d'avoir été aveuglé par son bonheur au point de ne pas voir que son compagnon allait mal, alors qu'il était juste sous son nez. Mais malgré son désir d'en savoir plus il ne se sentait pas la force de prolonger encore cette discussion difficile, aussi, après avoir rangé leurs affaires dans le coffre, il adopta la technique de fuite adamienne.

« Bon, on remonte chez moi pour que tu te changes, et après, si vraiment tu y tiens, on va faire deux courses, ça te va ? »

Il se mit le casque sur la tête, sortit les clés de sa poche parce qu'il les avait définitivement kidnappés et grimpa sur l'engin. Une fois de nouveau dans leur nid douillet, Salem piocha dans un de ses sachets de bretzels – les émotions, ça creuse – et partit fouiner dans des poches de vêtement H&M posés devant son placard, sans doute parce qu'il n'avait pas encore prit le temps de les ranger, ou alors qu'il n'avait plus la place. Il en sortit victorieusement un jean quelques instants plus tard.

« Tiens, y'avait une offre un jean acheté, un offert, alors j'en ai pris à ta taille. Avec ce que subissent tes vêtements je me suis dit qu'avoir un change ou deux ici serait pas du luxe. »

Il le lança sur le lit avant de sortir aussi une pochette de boxers avec des motifs sympas – très important d'avoir du style, même en slip – des chaussettes et un t-shirt. Et Adam pouvait s'estimé heureux, si Salem ne s'était pas retenu il aurait sûrement eu droit aux lunettes de soleil assorties aussi que trois ou quatre paires de basket et tout un tas d'autres accessoires. Même si du coup, pour les chaussures, Adam allait devoir faire avec ses pauvres tennis imbibées d'eau.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Dim 11 Nov - 14:21

Au fond de lui, Adam était un peu fier, tout de même : il avait réussi à avoir une conversation normale avec une enfant. Enfin, normale, ce n’était pas absolument certains, mais enfin, il ne l’avait pas faite pleurer, elle ne s’était pas enfuie en courant et elle avait eu l’air de comprendre, en gros, tout ce qui lui avait dit, ce qui constituait pour le jeune homme un triple exploit — et une curieuse coïncidence, quand il songeait que son compagnon l’avait interrogé moins d’un quart d’heure plus tôt sur leur future progéniture.

Le peut-être futur papa Adam reprit sa marche aux côtés du peut-être futur papa Salem, jusqu’au terrain de basket près duquel se trouvait le parking où ils avaient garé leur moto — car il fallait bien reconnaître que la moto d’Adam était devenue leur moto et le studio de Salem, leur studio, quoique ces réalités très concrètes de leur quotidien n’eussent pas encore été discutées ouvertement par le couple.

L’Asiatique suivit Salem des yeux pendant que ce dernier récupérait son ballon. Il se promettait intérieurement de s’entraîner un peu au basket, pour offrir des parties plus intéressantes à son compagnon — mais de s’entraîner en secret, bien entendu : c’était une question de fierté. Mais, surtout, il réfléchissait à la manière de reprendre leur épineuse conversation. L’interlude de la petite fille avait certes détendu l’atmosphère, mais tous les problèmes restaient encore à régler.

Adam secoua la tête quand Salem lui présenta des excuses.


— Non. C’est pas grave… C’est toi qui as raison.

Il s’empressa néanmoins de préciser :

— Sauf quand tu dis que j’ai pas envie de faire partie de ta vie. Ca, c’t’idiot. Mais paraît que c’est normal, les garçons sont comme ça.

Il reprit la main de Salem, très conscient que ce geste anodin pour un couple mixte constituait, pour son ami, un effort ou, tout du moins, un progrès. Adam n’était certes pas du genre à se promener toujours ainsi, mais il devait bien avouer que, ce jour-là, cette tendresse était salvatrice. Ils arrivaient près de la moto et la conversation, la vraie, s’engageait à nouveau ; plus Salem parlait, plus Adam devait se rendre à l’évidence : il ne pourrait couper à des explications, même si son ami prétendait pouvoir s’en passer.

Il hésita, promena son regard autour d’eux et finit par hocher la tête quand Salem lui proposa de rentrer. Un parking n’était sans doute pas le lieu le plus approprié pour fournir les éclaircissements tant demandés. Il attrapa donc son casque, s’installa derrière son compagnon et se laissa conduire, comme à son habitude désormais, jusqu’au studio, méditant pendant le trajet les différentes manières de présenter les choses.

Mais une fois les étages gravis et la porte franchie, une nouvelle bouleversante détourna entièrement son attention. Adam murmura avec incrédulité :


— Tu m’as acheté des vêtements ?

Pour lui, c’était une étape de plus franchie sur le chemin qui les amènerait un jour à verser une larme virile en regardant le petit Ewan Cordova-Tenseï faire sa première rentrée des classes. Adam était ému. Salem l’entourait peu à peu d’une tendre familiarité, d’une intimité qu’il n’avait jamais réellement connue. Sans doute son compagnon avait-il raison de lui reprocher ses mystères et ses demi-vérités ; il n’en restait pas moins qu’Adam s’était plus livré, fût-ce silencieusement, en quelques jours auprès de lui qu’en quelques mois auprès des précédents ex-futurs époux Tenseï. Le devin se retint de fondre en larmes d’émotion, parce qu’alors il eût certainement eu l’air totalement cinglé.

Après un remerciement timidement murmuré, il prit les vêtements et disparut dans la salle de bain. Une fois le jean enfilé, il s’examina sous toutes les coutures. Salem avait du goût décidément et c’était fou ce que ses fesses rendaient bien dans cette coupe. Ce qui était, vraisemblablement, l’intention première de son amant. Flatté d’être ainsi mis en valeur, Adam acheva de s’habiller, rassembla les vêtements mouillés pour les jeter dans le panier à linge et reparut dans la pièce principale.


— Salem…

Ca y est, c’était le moment : il lui fallait un peu de courage. Il poussa doucement l’adolescent pour qu’il s’assît sur le lit et s’installa à son tour en tailleur sur le matelas. Les yeux fixés sur le bout de couette qu’il avait entrepris de triturer entre ses doigts, il hésita encore un peu et se décida finalement à parler :

— Il y a des semaines… Comment dire ? Généralement, le contenu de mes visions est éclaté. Je veux dire, ça arrive souvent que plusieurs visions concernent le même événement, mais sur toute une semaine, il y a généralement une dizaine de trucs qui apparaissent. Mais il y a des semaines, je ne sais pas pourquoi, toutes les visions me concernent moi, plus ou moins directement.

C’est euh… Des futurs incertains, en général. C’est-à-dire, en gros, qu’une même vision fluctue entre différentes scènes qui sont des possibles, parfois très improbables. Enfin, les thèmes sont pas très variés. Globalement, ça concerne toutes les façons par lesquelles je pourrais mourir dans un avenir plus ou moins proche. Ca va de renversé et piétiné par un éléphant échappé du zoo à dépecer par un psychopathe. En passant par des choses plus… probables, je suppose, d’une certaine façon.


Même s’il avait formé le dessein, en commençant cette confession, d’être entièrement sincère, il passait malgré lui sous silence la vision beaucoup plus récurrente où il se jetait volontairement du haut d’un pont dans l’Hudson. C’était déjà un effort pour lui que de donner le ton général de ces réjouissants spectacles à Salem.

— Y a pas que ça, bien sûr. Y a aussi une vision récurrente où… Je tue quelqu’un. Avec un revolver. Une femme, dans un parking. De sang-froid, apparemment. Celle-là, ça fait un bout de temps qu’elle tourne. Il y en a eu d’autres comme ça. C’est pour ça que… Je sais pas, que j’préfère agir le plus indirectement possible, quitte à me faire tabasser. Même si ça serait beaucoup plus simple de traiter le mal à la source. Pour ça aussi que je me sens coupable. En partie. Je suppose.

Ce qui expliquait également que, quelque dangereuse que fussent ses aventures, il n’avait jamais essayé de se fournir un pistolet, ni même d’apprendre à s’en servir, s’en était toujours débarrassé au plus vite quand, par hasard, il en avait eu un autre les mains. Bien sûr, il fallait être Adam pour se sentir responsable de quelque chose qui de toute façon n’était pas arrivé et qui, peut-être, n’arriverait jamais.

Il ne voulait pas cependant s’interrompre trop longtemps, de peur de n’avoir plus ensuite la force de continuer. Il reprit donc presque aussitôt :


— Et cette semaine, il y a eu des visions sur toi. Des visions de futurs improbables, comme des flashs emmêlés qui se succèdent pendant quelques minutes. Des trucs… Désagréables. Des moments de… Enfin, du passé, je suppose. Où tu étais avec une fille. Enfin, je veux dire, où vous étiez en train de… Voilà. Des trucs pareils, avec des garçons, dans l’avenir. Des moments où tu me quittais. Et… Et… Des trucs comme ça, quoi.

Ca tourne beaucoup autour de moi, hein. C’est mes semaines d’égocentrisme. Bref, mon pouvoir est super sensible, un peu comme la peau quand on a la grippe, et du coup, si je suis dans une situation où il faut avoir des réflexes, mes intuitions se déclenchent, se multiplient, je perds pieds, et ce qui s’est passé tout à l’heure arrive.



Voilà.


Une semaine un peu difficile, en effet.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Dim 11 Nov - 18:50

Ewan Cordova-Tenseï, ça sonne bien, même s'ils n'en étaient encore qu'à la case « achats de chaussettes et explications », le petit allait devoir être un peu patient. En attendant, l'émotion bien visible d'Adam fit un effet bizarre dans le petit cœur de Salem et il se mit à sourire bêtement sans pouvoir se retenir, ravi de lui avoir fait plaisir. Ça rattrapait un peu la brusquerie qu'il avait eu sur la barque. Il le laissa allez se changer et ne manqua pas à son retour de s'assurer d'avoir fait les bons choix vestimentaires en l'observant de bas en haut, devant, et surtout derrière. Le résultat dépassait ses attentes, son homme était à tomber, ce qui lui faisait une nouvelle et excellente raison d'aller se ruiner dans les magasins.

Enfin, ce n'était pas exactement le moment de parler shopping, Adam préparait une de ses répliques fleuves, Salem s'assit sagement et se tut tandis qu'un nouvel aperçu de l'univers effrayant dans lequel vivait son compagnon lui était offert. Lui qui s'était justement demandé si Adam pouvait voir son propre futur avait sa réponse, mais si c'était pour voir ce genre de choses, sans doute s'en serait-il passé. Il n'osait pas imaginé à quel point tout ça devait être traumatisant, mais comprenait en tout cas un peu mieux d'où pouvait venir une partie des peurs ou des doutes de son compagnon.

Il allait tenter de dire quelque chose quand Adam reprit pour parler de ses visions de la semaine. Salem écarquilla les yeux, lui en train de... ? Et avec des filles comme avec garçons, en plus ? Ça lui paraissait totalement surréaliste. C'est vrai qu'au début de leur relation, il n'avait pas totalement lâché Jenny, mais il n'avait à aucun moment envisagé de tenter quelque chose avec un autre mec. Heureusement que tout ça n'était que des probabilités. Mais quand même, il l'avait vu en train de... Pas qu'une fois en plus, et avec des gens différents, dont ses exs très certainement... C'était quand même hyper gênant comme situation. Salem ne savait déjà plus trop quoi dire ni où se mettre, mais histoire de faire les choses bien, il essaya d'imaginer ce que ça pourrait lui faire de voir Adam en plein ébat avec, mettons, Robert Pattison.

« Oh mon dieu, c'est... »

Horrible, répugnant, épouvantable, et en plus ça lui donnait envie de tuer un acteur. Il se passa la main dans les cheveux, de tout ce qu'il avait pu apprendre de perturbant sur le pouvoir d'Adam, c'était le summum.

« D'accord, alors là... je sais pas quoi te dire... À part que le passé est vraiment passé et que le futur que je vois, moi, c'est avec toi. Y'en a eu beaucoup de... ? Non, non, ne dis rien je veux surtout pas savoir. »

Salem se gratta la tête, encore très, très perturbé. Non, il avait beau chercher, il ne voyait pas avec quel autre garçon Adam avait pu le voir faire des choses pareilles, sans doute ne les avaient-ils pas encore rencontré – il ignorait cependant que David, le garçon discret qui tentait laborieusement de s'intégrer dans le cercle de ses amis, était pourtant de ceux-là. Salem caressa doucement la joue d'Adam en lui faisant un petit sourire qu'il voulait rassurant, il avait envie de s'excuser même s'il n'y était pour rien.

« Je suis sûr qu'on fera mentir toutes ses visions. Ces probabilités, tu verrais les mêmes avec n'importe quel couple, ça veut rien dire. »

S'il avait bien compris en tout cas, puisque s'il le voyait le quitter et aller voir ailleurs, en gros, ça voulait dire qu'ils s'étaient disputé ou que la routine ou autre chose avait empoisonnée leur couple, et ça, c'était vraiment pareil pour tout le monde. À part qu'Adam n'avait pas regardé toutes les fois où c'est lui qui aurait lui envie de le quitter et toutes les probabilités qu'il couche avec d'autres... la vision de son homme plaqué contre une machine à laver en train de souffler « Oh oui Robert, mords-moi... » le dissuada de continuer à explorer cette hypothèse. Salem balaya ses images horribles comme il put avant de venir déposer une bise le front d'Adam, puis son nez, puis une plus longue sur ses lèvres.

« En tout cas, quand ça va pas comme ça, tu peux me parler, même si je sers pas à grand-chose. »

Il enroula ses bras autour de son cou et le berça un peu contre lui, espérant qu'un câlin lui apporterait un peu de réconfort. Il resta un moment silencieux avant qu'une nouvelle réflexion lui fit rouvrir la bouche.

« Et donc ta crise, c'était à cause du basket... ? J'y suis allé beaucoup trop fort, moi... »

Il lui sembla que c'était plus ou moins ce qu'il venait de lui dire, Adam avait tellement dû faire appel à ses intuitions pour lui survivre qu'il avait fini par griller. Salem devra y penser la prochaine fois, il n'avait pas vraiment envie de lui faire flamber les neurones, même pour du basket.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Dim 11 Nov - 20:15

Les raisons qui avaient poussé Adam à taire les détails de sa si trépidante existence étaient en partie évidentes. Non seulement il n’y avait pas de meilleur moyen de plomber l’ambiance que de glisser, entre deux récits enthousiastes de la sélection de Salem, qu’il s’était vu en train d’égorger un passant apparemment innocent et que c’était par crainte d’être déjà en quelque sorte un meurtrier qu’il culpabilisait comme le pire des névropathes quand il lui marchait sur le pied, le matin, en se lavant les dents.

Et puis, bien sûr, il y avait les Jenny, les Sarah, les David et les autres odieuses personnes qui avaient osé toucher son Salem. Ce n’était pas, à vrai dire, qu’Adam fût très jaloux : il avait surtout peur d’être abandonné. Le spectacle des ébats passés de Salem, qui l’eût bouleversé quelques semaines plus tôt, quand ils étaient encore en train de se découvrir laborieusement, lui avait été désormais indifférent et seul celui de ses futurs possibles avaient été brutal et traumatisant.

Bon, il n’avait pas parlé de la fois où il s’était vu tous les deux avec un troisième comparse, mais cela, c’était un rêve un peu spécial, pas une vision, du coup, ça ne comptait pas. (Parfois, Adam regrettait de ne pas avoir des visions de ce genre-là. Elles étaient si réalistes qu’il eût aimé, pour une fois, ne peut ressentir les horreurs comme si elles étaient réelles et se voir, plus tôt, l’objet des attentions effrénées d’une équipe de rugby. Quelque chose comme cela.)

Il haussa les sourcils en constatant que ce qui perturbait le plus Salem dans la série « je me suis vu mourir — je me suis vu tuer des gens — je t’ai vu dans les bras de Lady Gaga » était le troisième terme. L’Asiatique rosit un peu et murmura :


— J’suis désolé. J’voulais pas… être indiscret.

Plus indiscret que cela, c’était filmer la scène et la charger sur Youtube, une possibilité que, heureusement, son pouvoir ne lui offrirait jamais (et que quand bien même il n’eût jamais exploitée). Ce que craignait Adam surtout, c’était que Salem, en apprenant que ces futurs existaient déjà d’une certaine manière, se sentît attiré vers eux et que la simple mention de leur possibilité créât les conditions propices à leur existence.

Bien entendu, les tentatives de son compagnon pour le rassurer ne faisaient guère que l’inquiéter. S’ils étaient n’importe quel autre couple, cela voulait nécessairement dire que Salem finirait par se tourner vers quelqu’un de plus jeune, vers sa secrétaire — enfin, la sœur d’un de ses coéquipiers, ou l’un de ses coéquipiers, ou Eigon. Des suppositions plus ou moins farfelues fleurissaient dans l’esprit d’Adam — scénarios dramatiques dans lesquels il finissait invariablement seul et usé dans un hospice pour mutants déments. Ou bien piétiné par le troupeau de dromadaires échappé du cirque voisin.

Ce fut donc avec un manque flagrant de conviction qu’Adam hocha la tête. Il fallait bien avouer qu’après la scène de la barque, il lui était difficile d’envisager l’avenir avec un optimisme forcené. D’un autre côté, Salem lui avait acheté un pantalon pour son studio. Il allait donc avoir une place dans le placard de Salem pour ses vêtements. Et dans le gobelet de la salle de bain pour sa brosse à dent. Bref, il nageait entre deux eaux.

Adam se laissa ainsi bercé bien volontiers par Salem — cela n’effaçait pas tous les problèmes, mais enfin, c’était un début. Formuler à voix haute les visions de cette semaine éprouvante, loin d’alléger ses craintes, leur avait donné plus de consistance. Des questions qu’il ne s’était jamais posé très explicitement affluaient désormais dans son esprit, des questions simples, communes, les mêmes que pour n’importe quel couple, et qui n’en demeuraient pas moins graves et obsédantes.

Il secoua la tête en entendant Salem se reprocher la crise.


— T’y es pour rien. J’peux pas vivre cloîtrer ici sans rien faire pour éviter que ça se déclenche. Il faut bien que ça passe.

Si le match n’avait pas déclenché la crise, c’eût été un film aperçu du coin de l’œil dans la salle commune de l’Institut, les chiffres de la bourse sur un panneau défilant des grands immeubles financiers de Manhattan ou le trajet des voitures dans les rues denses de la ville. Tout bien considéré, il ne s’en était pas trop mal sorti : il avait eu Salem près de lui pour le protéger.

Adam resta un long moment lové contre son compagnon, sans plus rien dire. De temps à autre, il tendit le cou pour déposer un baiser dans celui de l’adolescent, puis reposait sa tête sur son épaule. Il l’avait poussé à s’allonger finalement, avait tiré la couette au-dessus d’eux et il s’était pressé contre lui, il avait fermé les yeux. L’idée qu’il pût être un jour privé de cette présence chaleureuse contre son corps lui tordait l’estomac — alors il se pressait un peu plus contre Salem.

Au bout d’une dizaine de minutes, il murmura d’une voix pâteuse :


— …vais juste… quelques minutes…

Avant de s’endormir presque aussitôt, sous l’effet cumulé de la crise et de la tension nerveuse. C’était un vrai sommeil cette fois-ci, beaucoup plus rassurante que l’immobilité statuaire qui était la sienne quand son pouvoir l’avait brisé. Le mutant dormit ainsi pendant une heure, poussant de temps à autre un long soupir de satisfaction, avant de se retourner et d’embarquer une bonne partie de la couette en chemin.

Finalement, il émergea de cette saine torpeur, se redressa dans le lit et posa un regard un peu brumeux sur Salem. Pour une fois, son esprit au réveil était à peu près calme — vidé de son énergie surnaturelle pour quelque temps probablement. Adam passa une main dans ses cheveux en bataille, avant de s’étirer de manière presque innocente et de faire une proposition qui, sans doute, eût pu être plus coquine :


— Bon, on va acheter les légumes ?

Une idée fixe.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Dim 11 Nov - 22:25

Salem continuait de serrer Adam contre lui tandis que son esprit carburait ferme, toute sorte d'idées avait suivis l'hypothèse qu'Adam pouvait le quitter et partir se faire donner jusqu'à n'en plus pouvoir par un vampire – voire une équipe de rugby complète, avec l'entraîneur et l'arbitre. Déjà, si son compagnon se voyait mourir ou tuer quelqu'un, il pouvait tout aussi bien le voir lui pendant le même genre de scènes. Ce qui, bizarrement, lui rappela qu'il pouvait mourir, comme ça, d'un instant à l'autre, une idée qui ne l'avait pas souvent effleurée en dix-huit ans. Ce n'était pas très réjouissant, comme perspective, mais en tout cas il avait plus de facilité à s'imaginer lui dans le rôle d'un tueur qu'Adam, Adam il était beaucoup trop gentil, c'était un ange descendu sur terre comparé à lui. Par exemple, il ne lui aurait sans doute jamais parlé comme lui l'avait fait sur le lac, l'hypothèse qu'il puisse s'en prendre à quelqu'un lui paraissait totalement irrecevable, quand bien même il aurait la même vision chaque jour de sa vie.

Salem suivit le mouvement pour se mettre sous la couette, son homme semblait avoir un coup de fatigue, ce qui ne l'empêchait pas de se serrer contre lui comme si sa vie en dépendait. Cette idée le fit sourire et il lui caressa les cheveux avec bienveillance. Même si ce devait être la fatigue, c'était rassurant de voir qu'après leur dispute il était peut-être redevenu un peu plus serein – ou alors il n'était plus en état de réfléchir, oui, ça devait plutôt être ça. Adam le lui confirma en s'écroulant de sommeil, il resta un moment à le regarder, puis retira doucement sa main de ses cheveux, se recula un tout petit peu, sortit son portable de sa poche et prit une mignonne petite photo. Après quoi il revint contre lui, même s'il n'était pour sa part pas fatigué du tout : il n'était même pas midi, ses yeux s'était bien reposé toute la nuit et leur petit match ne l'avait pas vraiment usé niveau pouvoir, loin de là. En plus il n'avait presque pas mal à la tête, bref, il était au top. Il resta quand même tranquillement calé, à réfléchir

Tiens, c'est marrant comme les lacs leur réussissent pas d'ailleurs, à chaque fois ça tourne au drame en quelques secondes chrono. L'air humide devait ruiner leur alchimie sans doute. Salem regarda le plafond, se rappelant qu'Adam lui avait clairement dit qu'il voulait faire partie de sa vie. Encore une petite phrase qui fait plaisir, il est vrai que la pudeur de son compagnon concernant ses sentiments et ses attentes lui en avait parfois fait douter. Donc, pour Salem, les choses allaient plutôt mieux, il faut dire qu'il n'était pas du genre à imaginer le prophète le quitter pour un collègue de travail plus mature et fougueux que lui – l'expérience Pattinson lui avait suffi. Tout était donc en partie arrangé de son point de vue, enfin, jusqu'à ce qu'il ait un peu froid.

Il tourna la tête vers Adam pour le voir enroulé comme un nem dans sa couette, déjà qu'en bougeant il l'avait peu à peu repoussé vers le bord du matelas pour se mettre en travers du lit en ne lui laissant pour tout espace vital qu'une minuscule zone en forme de triangle rectangle. Salem s'était toujours endormis avant lui, le soir, il n'avait jamais remarqué à quel point son amant prenait de la place. Il se nota pour lui-même qu'un petit cours de géographie nuptiale sera nécessaire à son réveil, il était temps de déterminer quel coté était à qui. En attendant, il essaya de récupérait un bout de couette en tirant dessus, il crut rêver en voyant qu'Adam semblait inconsciemment faire de même de son coté, avant de terminer parfaitement le nem d'un petit roulement supplémentaire sur le coté. D'accord, alors c'est la guerre qu'il voulait.

Pour l'heure, et avec les événements précédents, Salem opta pour le repli stratégique, il n'avait pas envie de dormir de toute façon et s'installa donc, là où Adam daigna lui laisser un peu d'espace. Ordinateur, coca, biscuits apéritif, il se mit à pianoter frénétiquement, et c'est alors qu'il arrangeait la deuxième tour d'un château monumental dans minecraft que son adorable démon voleur de couette émergea du pays des rêves. Et non content d'avoir piétiné son territoire pendant soixante longues minutes, il vint l'assaillir de nouveau avec des histoires de diététique. Salem soupira, même s'il affichait un petit sourire amusé devant la bouille encore un peu endormie de son homme.

« J'avais espéré que tu oublierais ça. »

Pour se venger il ressortit son téléphone et prit une nouvelle photo. Quelques préparations et un court trajet plus tard, les voilà au milieu des rayons du walmart le plus proche. Salem traînait un panier à roulette déjà à moitié remplit de chips, de soda et de pâtes, en gros, il avait fait comme d'habitude. À part qu'il avait ajouté de la purée en sachet, mais vu la tête d'Adam ça ne devait pas compter comme un légume. Ils se retrouvèrent finalement dans le rayon tant redouté, peuplé, en ce samedi, d'innombrable mère de famille rondouillardes et de jeunes végétariennes toutes sèches. Comme on s'en serait douté, Salem n'allait jamais dans ce coin du magasin, il s'y fraya donc un chemin avec un mélange de curiosité et de crainte, laissant Adam gérer les achats tandis qu'il regardait toutes ses fibres en vadrouille avec méfiance. Il haussa un sourcil en attrapant un de ses ennemis jurés pour le regarder sous tous les angles

« Bon, celui-là tu le ramènes pas chez moi, il a trop une tête louche, c'est quoi ? Une espèce d'algue ?



Gingembre ? C'est à ça que ça ressemble, le gingembre ? Ah ouais... J'aime bien le gingembre, ça pique, c'est marrant. 
»

Il reposa quand même la chose informe pour faire d'autre remarques tout aussi recherchées à chaque fois qu'un fruit ou un légume lui paraissait bizarre, comme les betteraves ou les pêches plates.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Dim 11 Nov - 22:59

Adam n’avait pas oublié. Telle la tique qui attend des décennies accrochée à l’arbre qu’un malheureux animal sans défense passe pour se laisser tomber et enfoncer ses crocs goulus dans la chair innocente, le diététicien en herbe saisissait chaque occasion patiemment attendue pour abattre sa bienveillance tyrannique sur Salem. Bientôt, il y aurait du vert dans l’assiette de l’adolescent.

Insensible aux menaces photographiques, tenant courageusement le cap dans l’océan des pièges sournois que son compagnon lui tendait pour tenter de se soustraire à son inquisitorial diktat alimentaire, résistant même aux baisers suspicieusement suggestifs que Salem lui offrait pour lui faire oublier sa sainte croisade et après avoir effectivement commencé à oublier sa sainte croisade pour entreprendre une mission plus démoniaque qui avait consisté à plaquer Salem contre le mur pour approfondir le dit baiser, Adam avait, tel Saint Antoine dans le désert, résisté aux tentations et traîné son séduisant et temporaire adversaire à l’hypermarché.

Et il était tout heureux ¬— ce qui s’exprimait par une sorte de débauche d’expressions faciles. Il souriait, donc. Avec un plaisir un peu sadique, sur le chemin, il énumérait les bons et beaux légumes tordus et terreux sur lesquels ils allaient mettre la main. La vérité, c’était qu’il se réjouissait qu’après une matinée si catastrophique, ils fussent encore capables de se livrer aux activités les plus banales, comme un couple normal. Un couple homosexuel et americano-asiatique de mutants, mais un couple normal tout de même.

Ils pénétrèrent dans le magasin et Adam laissa d’autant plus volontiers Salem emplir le panier de soda, chips et autres pâtes qu’il n’avait pas lui-même l’intention de se nourrir exclusivement de haricots verts — il forçait un peu le trait pour remettre Salem dans le droit chemin, mais il fallait voir à ne pas trop plaisanter tout de même : ce ne serait pas demain la veille qu’il adopterait le végétalisme.

L’Asiatique ajouta donc quelques viandes bien rouges et saignantes au stock et, juste au cas où, quelques tablettes au chocolat, opposant aux moqueries de son compagnon qui en venait à questionner son déontologie de conseiller alimentaire un haussement d’épaules peu concernés, avant de le guider vers le Saint des Saints ou, du point de vue de Salem, le trente-sixième dessous. Le rayon des primeurs.

Force était de constater deux choses. D’abord, les légumes et les fruits avaient l’aspect uniforme qui était toujours le leur dans les enseignes de la grande distribution et ils étaient très loin d’avoir les dimensions et les formes variées de ceux que l’on vendait dans les magasins d’agriculture biologique. Ensuite, Salem et Adam juraient un peu dans la population exclusivement féminine des lieux.

Du reste, les remarques perplexes de l’adolescent ne les aidaient pas exactement à passer inaperçus. Adam leva les yeux au ciel en le voyant agiter le gingembre, puis se décida à arracher quelques sacs en plastique et à se livrer à ses emplettes. Le choix était de toute façon vite fait : il se limitait aux légumes qu’il connaissait, évitant soigneusement tous ceux qui, à lui aussi, lui paraissaient avoir des formes suspectes, sans rien dire de ses précautions à Salem, dont il imaginait déjà les remarques triomphantes.

Courgettes, aubergines, tomates (qui étaient des baies), poivrons, concombres, pommes de terre (qui ne comptaient pas comme un légume), chou-fleur, salade — avec une casuistique botanique très précise, Adam augmentait artificiellement la liste des légumes qu’il était théoriquement en droit de prendre. Il était d’ailleurs ravi que son ami fût tant fasciné par la diversité des produits et prît plus de plaisir à la lui faire remarquer qu’à surveiller la quantité croissante de végétaux qui s’accumulaient désormais dans le panier. Ce ne fut guère que la considération de la place qu’il y aurait dans le bac à légumes qui contraignit Adam à mettre un terme à l’approvisionnement.

Il restait les fruits — les fruits qu’il n’avait jamais été question de limiter, n’est-ce pas. Bananes, pommes, poires, raisin et oranges rejoignirent les légumes. Le tout était assemblé dans la plus parfaite méconnaissance de ce qui était de saison, sous l’œil parfois critique d’une mère de famille experte, qui suivait très scrupuleusement les indications fournies par l’almanach en cours.

Adam tracta le panier jusqu’à Salem, qui observait du coin de l’œil une vieille dame occupée à palper les melons avec un sérieux exemplaire.


— C’est bon.

Sans laisser le temps à Salem d’entamer une éventuelle diatribe sur le contenu du panier, une femme d’une cinquantaine d’années s’approcha d’eux, une courge à la main et, d’un air de confidence, leur souffla :

— Je tenais à vous dire que je trouve ça très courageux, ce que vous faites.

Adam songea avec perplexité que c’était décidément la journée où les étrangers donnaient leur avis sur leur couple. Il répondit avec une incrédulité ironique, feignant de ne pas saisir ce dont leur indiscrète interlocutrice voulait parler :

— Acheter des poires ? Elles n’ont pas l’air si mauvaises.

La femme cligna des yeux d’un air un peu surpris, avant de secouer la tête et de reprendre d’un ton plus pédagogique, comme si elle s’adressait à quelqu’un qui avait un léger retard mental :

— Non. Je veux dire : de vous afficher. J’ai un fils comme vous, je lui ai dit : Georges — il s’appelle Georges, comme son grand-père, du côté de son père, qui était dans la marine — je lui ai dit, Georges, écoute, si tu n’arrives pas à changer, ce n’est pas forcément dramatique.
— Très compréhensif de votre part.
— Merci, c’est gentil. Donc, je dis ça à Georges, et je trouve que c’est bien que les gens comme vous aient le courage de s’afficher, vraiment. Et en même temps, vous faites ça discrètement, je veux dire, vous ne vous embrasser pas comme ceux qu’on voit à la télé dans les manifestations. Après, bien sûr, il ne faut pas s’étonner que les gens aient des réactions. C’est ce que j’ai dit à Georges, d’ailleurs : ne va pas embêter le monde avec tes histoires, personne n’a besoin de savoir. Mais il est gentil quand même, mon Georges.


En parlant, elle faisait des moulinets de la main qui agitaient la courge sous le nez d’Adam — et les yeux de ce dernier se faisaient de seconde en seconde un peu plus perçants et assassins, laissant aisément prévoir à tout autre que la femme hypnotisée par le flot de ses propres paroles une tempête imminente.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Lun 12 Nov - 20:44

Salem avait presque trouvé ça marrant, de regarder les légumes. Bon, l'idée de les ramener chez lui ne lui disait toujours rien, mais son passage dans le rayon ne fut pas aussi épouvantable qu'il l'avait imaginé. Il était tellement occupé à poser un regard curieux aussi bien sur les végétaux que sur ceux qui les choisissaient – certains avait l'air d'avoir des techniques très compliquées, pourtant trouver un fruit mûr, c'est simple, suffit de regarder le taux de sucre – qu'il n'avait pas vraiment prêté attention aux regards ou étonnés, ou inquisiteurs, qu'on pouvait poser sur lui. Et ce n'est pas quand il vit revenir Adam avec une montagne de légumes qu'il allait s'en soucier non plus. Salem comprenait mieux, soudain, pourquoi son compagnon paraissait si heureux depuis qu'ils étaient partis, son sourire était celui du comploteur, il avait tout prévu. Mais ça n'allait pas se passer comme ça, Salem allait se défendre, lui expliquer qu'il n'avait gagné que sept légumes et que les fruits, il fallait les compter dedans aussi. Les agronomes et autres philosophes de la botanique pouvaient bien s'en arracher les cheveux qu'il n'en démordrait pas.

Cette prometteuse discussion fut cependant étouffé dans l’œuf par l'intervention inopinée d'une vieille – cinquante ans c'est presque le bout de la vie – et de sa courge. Comme avec la fillette, Salem avait opté pour le repli stratégique, lui qui n'arrivait déjà pas à évoquer sa sexualité devant ses proches n'allait certainement pas débattre avec de parfaits inconnus. Il ne pouvait tout de même pas s'empêcher de se demander ce que tous ces gens pouvait bien leur vouloir, sa vie ne les concernaient pas. Il l'écouta quand même, un peu exaspéré par la fausse tolérance de l’intéressée mais persuadé que la majorité des personnes autour d'eux devaient être comme elle voir pire. Et peu à peu il prit conscience des regards qu'on lui jetait, ou qu'on lui avait jeté, de tous, en même temps, et il commença à se sentir vraiment mal à l'aise. Voyant qu'Adam était au bord de l'implosion, il le tira par la manche pour l'éloigner, il ne manquerait plus que son amant fasse une scène. Salem n'avait qu'une envie, partir de là. Faute de mieux, il bafouilla.

« Heu... Merci m'dame, on s'en souviendra... »

Salem ne voyait pas l'intérêt d'entretenir le débat avec cette grand-mère, de toute façon, elle sera bientôt morte et enterrée et ses idées avec. Malheureusement pour lui, il paraît qu'un malheur n'arrive jamais seul, il paraît aussi que jamais deux sans trois, et même si ces idées ne tiennent tellement pas debout que c'est à se demander pourquoi tout le monde le dit – c'est un peu comme l'horoscope, dès fois sa tombe juste alors on se dit que ça marche – cette fois-ci, ça allait se vérifier. Comme si quelqu'un – Dieu, peut-être, ou quelqu'un se prenant pour Dieu – avait décidé que le pauvre mutant migraineux ne s'en sortirait pas comme ça. Alors que la femme abaissait sa courge, Salem s'arrêta en la regardant fixement.

« On se connaît ? »

Vu la tête que fit la femme, il semblerait que non, après la surprise, elle sembla se mettre à chercher parmi les rares exs que « son Georges » avait eu le courage de lui présenter. Salem aussi doutait de l'avoir déjà vu, pourtant, il y avait quelque chose dans son visage qui lui semblait à la fois familier et très désagréable, il en comprit la raison un instant plus tard.

« Maman ! Tu m'as pris mon eau Taillefine ? Oh Salem, quelle surprise ! »
« Brittany... »

Salem avait blêmi, il regarda arriver une blondinette un peu enrobée pendant que sa mère lui demandait comment sa si charmante fille pouvait connaître ce superbe spécimen de dépravé congénital – de façon moins imagée, certes, mais l'idée était-là. La dénommée Brittany – appelé comme ça en mémoire de son arrière arrière grande tante, disparut alors qu'elle était en Pologne pour soigner des résistants pendant la guerre – resta un instant interdite, regardant successivement Salem, Adam et leur panier à provision commun, avant de se mettre à sourire.

« Ah, j'en étais sûr ! Je l'ai vu tout de suite, avec tes vêtements, ta coiffure... Tu as tellement de goût, c'était évident. »
« Heu... »

Salem se passa une main dans les cheveux en se demandant ce qu'ils avaient de spécial, sans doute rien, mais maintenant qu'il n'était plus hétéro, forcément, tout avait un sens. Ce qui est sûr en tout cas c'est qu'il était maintenant encore plus coincé et sur la défensive que quelques minutes plus tôt. De toutes les personnes de sa classe, il avait fallu qu'il tombe sur la plus agaçante et bavarde des distributrices de ragots. Heureusement, en voyant l'expression de Salem osciller entre le désespoir et la panique, Brittany entreprit de le rassurer.

« Ne t'en fais pas Salem, je ne dirais rien à personne, au lycée. N'empêche c'est Susan qui va être déçue, tu lui plaisais bien... Oh mince ! Ne lui dit pas que je te l'ai dit, surtout ! C'est un secret ! »

Sa vie était fichue, elle défilait devant ses yeux comme ils disent dans les films. Il y avait peut-être moyen de continuer à étudier pour son diplôme avec des cours par correspondance. Trop cher, sans doute, il allait devoir se débrouiller pour gérer ses camarades de lycée. Ce qui semblait plutôt mal barré puisqu'il ne savait déjà pas quoi faire de la blondasse.

« Je t'aurais pas imaginé avec un mec comme ça, quand même, il est très... »
« ….................................... Asiatique ? »
« Oui, enfin, j'ai rien contre les chinois hein, j'adore leur culture, le mahjong, les mangas, le k-pop... Mais c'est vrai que, toi, je pensais pas que c'était ton style. »
« ... »
« Vous pourriez pas vous faire un bisou ? Juste pour voir. »
« Tu te crois au zoo ? »
« Mais non, pourquoi t'es agressif, d'un coup ? J'ai rien dis de méchant moi, j'ai rien contre, tu sais, d'ailleurs mon frère est... »

Bon, changement de tactique, il allait lui péter le nez, lui donner un grand coup dans les genoux et la regarder baigner dans son sang en poussant des rires diaboliques. Enfin, ça c'était dans ses rêves, en vérité il avait trop peur des répercutions qu'aurait un tel comportement sur sa vie lycéenne pour oser faire quoi que ce soit.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Lun 12 Nov - 21:26

Depuis quelques jours, Adam n’avait pas eu de plus grand désir (sauf peut-être de retrouver Salem le soir habiller en… bref) que de rencontrer les personnes qui formaient la vie quotidienne de son compagnon et, petit à petit, il s’était senti un peu inquiet en constatant que l’adolescent, qui manifestement avait une vie sociale, des amis, des connaissances, ne semblait guère décider à quitter la bulle protectrice qu’ils s’étaient construite dans le studio et qui, Adam n’était pas dupe, était également le moyen de préserver un secret.

Comme tout jeune homme qui découvrait la vie d’adulte, l’Asiatique n’allait pas tarder à se heurter à la sagesse populaire incarnée dans une situation qui tenait de l’apologue édifiant et qui s’appelait Brittany : il faut toujours faire attention à ce que l’on souhaite. Alors qu’avec beaucoup de bon sens et de stratégie, Salem le tirait par la manche pour l’écarter de la ménagère de moins de cinquante ans ou environ qui courait le danger imminent de se voir (verbalement) réduite en miettes, une voix enjouée rompit le calme relatif de l’avant-tempête.

Adam jeta un coup d’œil à Salem quand le mot de sinistre augure, Brittany, sortit de ses lèvres. Le jeune homme connaissait bien le spécimen. Pour avoir été, en tant que sportif, rebelle et propriétaire précoce d’une automobile, l’un des « mecs cools » de son lycée, quelques années auparavant, il avait dû lui-même se frayer un chemin entre les assauts plus ou moins sincères de ce genre de jeunes filles, qu’il avait fini par repousser avec une formule efficace, mais peu élégante et dépourvue de tact, où il exprimait un peu crument ses pratiques personnelles.

Bref, il eût été loin de reprocher à Salem son soudain mécontentement s’il n’avait été plus qu’évident que ce n’était pas uniquement l’idée de converser avec la jeune fille qui lui déplaisait, mais la perspective que son fameux « secret » serait bientôt révélé. Sans doute Adam avait-il plus ou moins compris que Salem préférait la discrétion, mais ils avaient toujours très soigneusement évité d’abord une question aussi épineuse et c’était deux choses très différentes que de le savoir vaguement et d’en avoir la démonstration sous les yeux.

Les deux premiers interlocuteurs — Adam et la mère de famille — étaient réduits au silence désormais. La mère de Brittany et de Georges avait décidé de délaisser la conversation probablement inintéressante pour inspecter scrupuleusement les poireaux et Adam était fort occupé à se sentir à la fois blessé et humilié par l’embarras de Salem — deux sensations auxquelles s’ajoutaient sournoisement les souvenirs de leur très récente altercation à Central Park et des accusations, désormais douloureusement ironiques, que son compagnon lui avait alors adressées.

Adam broyait du noir en regardant dans le vague — mais son attention fut tout de même captée quand il apprit qu’il était très… Ça, évidemment, si l’image d’Epinal de Brittany, c’était les encyclopédies ambulantes de la haute couture qui achetaient leurs vêtements en chantonnant du Madonna, elle devait être un peu déçue par la version Tensei, qui ne chantonnait jamais rien du tout et ne connaissait pas vraiment la différence entre les différentes coupes de jeans (au grand désespoir des vendeuses qui tentaient de cerner son futur achat).

Du reste, la présence de Brittany commençait à l’indisposer sérieusement, autant parce qu’elle avait été l’occasion d’une démonstration d’embarras de Salem qui lui avait donné la vive impression d’être un petit secret honteux de son existence, que parce qu’elle était, elle-même, objectivement, un appel au meurtre. Sortant finalement de son mutisme, Adam murmura d’une voix lointaine, les yeux perdus dans le vague, comme s’il exhumait un souvenir :


— Brittany, c’est ça… ?

La jeune fille, qui jusqu’à lors ne l’avait guère considéré que comme un objet, l’incarnation d’un stéréotype, « l’homme » de Salem, celui qui réparait la machine à laver et qui offrait des fleurs pendant que Salem décorait la chambre de posters de Lady Gaga, David Bowie et Mylène Farmer, releva les yeux vers lui et, avec un rien d’incertitude, hocha la tête.

Adam braqua son regard noir dans celui de la jeune femme et avec un calme parfaitement inquiétant se mit à raconter :


— J’ai connu une Brittany, une fois. Enfin, connu, façon de parler. J’en ai entendu parler, quoi. Comme une vision qui passerait, si tu veux. Bref, elle te ressemblait un peu. Elle était peut-être un peu plus grand. C’était une gentille fille, je suppose. Mais elle s’est faite tuer et dévorer par un maniaque.

Adam n’eût jamais cru que cette anecdote sordide, qui avait fait jadis la une des journaux de Liverpool, pût un jour lui servir à quelque chose. Sans laisser le temps à la jeune fille de se demander pourquoi diable il lui racontait une chose aussi horrible, Adam reprit :

— Ceci étant dit, désolé d’couper tes rêves de sociabilité post-moderne, mais Salem et moi, on est juste colocs. Il est looké, ça, c’est sûr, mais manifestement, il est pas gay. Sinon, il aurait une drôle de façon de traiter son copain, tu crois pas ?

Ça, c’était pour Salem, histoire que tout le monde en prit pour son grade. Brittany, elle, elle ne croyait plus grand-chose, trop occupée à se demander comment on pouvait utiliser les mots « looké » et « sociabilité post-moderne » dans une même phrase et, surtout, à chercher un moyen à se tirer de la conversation, pour pouvoir téléphoner à ses amies, leur dire que Salem était en colocation avec un psychopathe et chercher un peu de réconfort dans leurs réactions fascinées.

— Maintenant, tu nous excuses, mais on a du surgelé, faudrait pas que ça se décongèle. C’était un plaisir de faire ta connaissance.
— Euh… Ouais. P-Pareil. Salut Salem.


Adam tourna les talons, laissant à Salem le soin de trainer le panier (et d’enlever tous les légumes qu’il voulait, il n’en avait absolument plus rien à faire, désormais). Pour sa part, il se posta dans la file d’attente pour payer en caisse, sans adresser le moindre regard à son « colocataire » et dans un silence glacial.

Il allait marquer cette journée parmi les pires de son existence, sans doute.

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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Mar 13 Nov - 19:40

Salem n’avait pas vraiment besoin d’un rappel à l’ordre pour savoir qu’il était en train de se planter lamentablement. Bien avant d’entendre la remarque quelque peu assassine de son compagnon il était déjà à se demander comment il allait lui expliquer tout ça. Peut-être n’avait-il pas opté pour la bonne stratégie, il savait d’avance que sa vie au lycée serait infernale si sa sexualité était révélé au grand jour, mais celle avec un Adam enragé serait peut-être pire encore. Sans plus se préoccuper des légumes, il traîna le panier avec lui, suivant le devin sans oser dire un mot. Le silence de plus en plus lourd ne l’aidait pas beaucoup, il avait l’impression que le briser serait l’acte de trop avant qu’Adam ne le lapide sur place.

Il vit revenir à lui des sentiments familiers qu'il croyait avoir un peu écarté en osant franchir le pas avec Adam : la culpabilité et la peur. Avant même de penser à la façon dont les autres le voyait, Salem avait sans doute grand besoin de réfléchir à sa propre façon de se regarder. C'est vrai que jusque-là, les choses avaient été assez simples pour qu'il puisse courageusement éviter le sujet, se cacher sous la couette et faire un coming-out à demi-mot par sms à son ex et meilleure amie, c'était à sa portée. Le reste lui demandait un courage qu'il n'avait pas encore eu la force de rassembler. Pourtant, en voyant la réaction d'Adam il eut soudain l'impression que, comme avec Jenny, il avait laissé traîné trop longtemps quelque chose qu'il n'aurait pas dû. L'expérience Jenny avait au moins le mérite d'être une bonne piqûre de rappel, il n'avait vraiment pas l'intention de les laisser aller dans une impasse, même s'il n'était pas sûr d'y arriver. Non, ne pas penser comme ça, il allait y arriver, rester positif, c'est la clé.

« Adam, je... »

Avant de partir rabattre le clapet des blondasses aux idées courtes, Salem allait déjà devoir remonter un peu dans l'estime d'Adam. Ce n'était pas gagné vu la tête qu'il faisait, et le pire c'est qu'il le comprenait, il ne se trouvait pas d'excuses. Donc plutôt que de jouer cette carte-là, il tenta celle de l'explication.

« Je parlerais de toi à mes amis, 'fin, j'aurais dû le faire avant... j'imagine... Mais elle c'était pas mon amie et ses potes encore moins... ils m'auraient démonté, j'te jure. Pardon... »

Bon, une excuse s'était glissé toute seule dans sa réplique alors qu'il posait la dernière poche de légumes sur le tapis roulant d'un air penaud. Il jeta un coup d’œil vers Adam, se demandant s'il avait amélioré la situation ou l'avait empiré. Salem continua de réfléchir intensément, le temps que les articles soit payés et ramenés à la maison – il laissa même les clés de la moto à Adam, peut-être que conduire lui remonterait le moral. Ce fut la première fois qu'un pareil malaise régnait dans le studio. Salem laissa les poches sur le bar et se mit à faire plus ou moins les cents pas – plutôt les trois pas, vu l'espace qu'il y avait. Il se sentait mal sans savoir si c'était la situation avec Adam ou sa quasi-résolution de sortir du placard qui lui nouait le plus le ventre.

« Ou alors faudrait que je commence par ma mère... »

Rah, c'était trop compliqué, il était trop compliqué, comment Adam pouvait supporter un type aussi compliqué ? Salem s'étala sur le lit pour tenter de s'étouffer en enfonçant sa tête dans un des oreillers. Il devait peut-être demander des conseils à google...



Salem émergea soudainement du coussin des lamentations et son regard se riva instantanément sur son camarade. Il demanda, avec un ton qui pouvait presque laisser croire que sa vie entière dépendait des réponses d'Adam.

« Comment tu fais, toi, pour le dire ? Ils te disent quoi les gens ? »

Ah, la modernité, penser à demander de l'aide à un ordinateur avant la personne en chair et en os à quelques mètres de là...
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Mar 13 Nov - 20:16

Parmi les nombreux talents d’Adam, il y en avait un qui n’était pas toujours très agréable à ceux qui le fréquentaient : le silence glacial. Si le jeune homme était toujours plus ou moins prêt à partir dans une tirade enflammée, enthousiaste ou assassine, pour des questions de politique, d’éthique ou de morale, des questions générales ou des cas particuliers qui n’étaient pas le sien, quand les choses le concernaient de trop près, son stoïcisme habituel se muait en ère glaciaire.

Il était blessé et c’était une sensation, pour lui, désagréable. Il avait passé, depuis le début des manifestations de son pouvoir, son existence dans une espèce de mélancolie continuelle, qui avait tenu le monde éloigné. Traumatisme après traumatisme, aidé par la résistance surnaturelle que son pouvoir impliquait, il s’était construit une indifférence qui était beaucoup moins une carapace qu’une fuite perpétuelle loin du monde, de la manière dont le monde pouvait l’affecter lui, lui Adam Tensei, pas le devin, pas le héros nocturne, pas le combattant — lui, l’adolescent puis le jeune homme normal qu’il avait été et demeurait.

Il savait résoudre des problèmes compliqués, faire preuve de courage dans des situations impossibles, mais les choses simples de l’existence, il ne les avait jamais tout à fait apprises, et la même timidité craintive, la même dévalorisation coupable, qui l’avait toujours retenu d’adresser la parole de sa propre initiative aux garçons qui lui plaisaient le poussait à se retirer en lui-même quand ces garçons, après avoir fait naître en lui des espoirs quasi enfantins, le décevaient.

C’était toujours pour lui une sorte de trahison monumentale et même si, rationnellement, il songeait que ces choses étaient parfaitement compréhensibles, qu’on pouvait même les pardonner assez facilement, que cela ne prêtait pas nécessairement à conséquence, ses sentiments, étrangers à ces raisonnements stériles, n’en restaient pas moins vifs et son cœur meurtri.

Alors, comme il ne faisait pas de reproches, comme il s’estimait toujours en quelque manière responsable du mal qu’on lui faisait, car après tout s’il souffrait, c’était nécessairement qu’il l’avait mérité, si on le blessait, c’était qu’il n’avait pas été assez bien pour mériter un meilleur traitement, alors il demeurait silencieux, désemparé dans sa fierté un peu sauvage, que des années de lectures philosophiques n’avaient pas entièrement policée et civilisée.

Il regardait les sachets de légumes passer devant la caisse et, lui qui avait ressenti un enthousiasme culinaire débridé en les emplissant de poivrons et d’aubergines, lui qui s’imaginait déjà le maître incontesté de la ratatouille (parce qu’il avait tout de même une mégalomanie à la mesure de ses talents plus que limités aux fourneaux), il observait désormais ce combat victorieux avec indifférence.

Il sortit quelques billets, régla les courses, pris les sacs. Tout était automatique : les charger dans le coffre de la moto, prendre les clefs sans rien dire, mettre le casque, conduire. Il roulait moins vite, dépourvu d’intuitions à cause de sa crise, mais il ne le sentait même pas. Les excuses de Salem ne l’avaient guère convaincu. S’il n’avait rien dit à ses amis, ce n’était pas parce qu’il craignait que sa vie devînt un enfer. Cela, seulement, à la rigueur, Adam aurait pu (difficilement) le comprendre.

C’était tout le reste. Avoir été un secret pour Jenny, être un secret pour le reste du monde. Il songeait avec une certaine amertume au jour où, quand un de ses nouveaux collègues de travail lui avait demandé pourquoi il souriait bêtement en se préparant pour partir, il avait répondu, avec un embarras qui était né uniquement du fait d’exposer sa vie privée, indépendamment son contenu, qu’il allait rejoindre son « compagnon ». La simplicité avec laquelle il avait abordé les choses lui semblaient stupide désormais, ou prématuré : comme si le silence de Salem lui refusait cette qualité.

Ils étaient rentrés dans le studio. Leur monde était à l’envers : Salem tournait en rond pendant qu’Adam rangeait. Il mettait un temps infini à cela, à la fois parce que faire rentrer tous les légumes dans le minifrigo relevait du Tetris pour génie et parce qu’il n’avait pas envie de se retrouver à nouveau désemparé et de devoir affronter Salem.

Mais il ne pouvait fuir indéfiniment les questions de son ami. Adam repoussa la porte du frigo, s’adossa au mur et croisa les bras. Toujours sans regarder Salem, il répondit de la voix la plus neutre possible :


— Rien. La plupart des gens s’en fichent. Certains sont surpris, parce qu’ils s’imaginent la chose différemment. Ou que pour eux, on est par défaut hétérosexuel et que tout autre chose représente une originalité. C’est pas forcément hostile. Il y a des gens un peu lourds. Les vrais homophobes, j’en ai pas croisés tant que ça.

Il donnait un tableau un peu impersonnel des choses, comme s’il refusait de s’engager réellement dans la conversation.

— Quant à le dire… Ben, je l’étale pas. Je pars pas du principe que c’est une chose à corriger. Personne m’a jamais vu avec une fille, du coup, y a pas de raisons de supposer que c’est ça qui m’intéresse. J’le publie pas, quoi. Mais quand on me demande ce que je fais le soir, si j’ai quelqu’un, je dis que j’vais voir mon copain. C’est juste…

Il haussa les épaules.

— J’sais pas. La vérité.

Il n’avait offert aucune prise, aucune allusion à leur situation personnelle, à ce qui venait de se passer : il s’était contenté de répondre à Salem en décrivant objectivement ses habitudes, comme s’il avait répondu à une sorte d’enquête sociologique. La vérité, c’était qu’il n’avait qu’une envie : partir. Faire quelque chose. N’importe quoi pour ne pas être enfermé dans le studio comme dans une boîte à secrets.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Mer 14 Nov - 21:34

« Je vois... »

Salem l'écouta avec attention, ça avait l'air plutôt simple comme ça, presque trop, il devait se rendre à l'évidence, il se prenait trop la tête. Alors qu'il lui suffisait juste de parler de son copain comme il le faisait de ses anciennes copines. Il pouvait le faire. Sans doute. Y'a pas de raison. C'est vrai, il n'y avait pas de raison pour que les choses soient différentes d'avec ses exs après tout. La seule chose qui changeait est qu'il ressentait quelque chose de plus fort que tout ce qu'il avait pu ressentir avant. C'était peut-être à ça qu'il devait penser, il l'aimait, lui, Adam, un garçon, certes, mais Adam était tellement plus que ça. Les autres pouvaient bien essayer de le descendre, ils ne lui enlèveraient pas un dixième du bonheur qu'il pouvait ressentir en étant aux cotés d'Adam. Enfin, sauf en ce moment, parce que son amour faisait toujours sévèrement la gueule, et la température de la pièce avoisinait les -10 degrés, mine de rien.

Salem finit par prendre son courage à deux mains pour se lever et s'approcher un peu de lui, tout en restant de l'autre coté du bar pour ne par se retrouver congelé sur place. Il était quand même sacrément intimidant comme ça, Adam, ou alors c'était que Salem n'avait pas l'habitude de le voir se comporter comme ça avec lui. Ils avaient déjà eu des disputes et des silences difficiles, mais là c'était tout de même un record. Il fallait se rendre à l'évidence, Adam ne supporterait pas bien longtemps de le voir si indécis pour ce qui était d'assumer sa nouvelle configuration conjugale. Il avait intérêt à se bouger.

« Je te promets, je te jure que je vais changer ça, là, à partir de tout de suite. Je suis désolé pour tout à l'heure... Ça se reproduira pas, je ferais tout pour. »

Bien sûr, ils étaient toujours dans l'appartement, c'était donc plutôt facile à dire, mais il n'en était pas moins sincère. L'expérience venait de lui montrer que oui, sans doute, assumer était probablement nettement moins horrible que de faire de la peine à Adam. Car il lui avait fait de la peine, encore, sa se voyait autant dans son attitude que dans sa voix. C'était douloureux pour Salem de le voir se réfugier dans un coin comme un oiseau blessé, par sa faute. Ça lui rappelait la très mauvaise expérience du lac et l'horrible semaine qui l'avait suivis.

Et si c'était en train de recommencer ? Si Adam ne parlait plus parce qu'il cherchait un moyen de se sortir de là pour aller trouver quelqu'un qui ne le cachera pas sous une couette pour l'embrasser ? Un Ulysses, un Robert, enfin, il n'allait quand même pas abandonner si vite. Ou peut-être que si, après une expérience aussi catastrophique, autant de disputes en si peu de temps, peut-être qu'il trouverait n'importe qui plus reposant. Il avait déjà des visions à supporter, leurs histoires devaient lui plomber le moral encore plus.

C'est vrai ça, d'ailleurs, Salem n'avait même pas été capable de voir qu'il allait mal, et il allait mal parce qu'il avait peur de le perdre – et qu'il l'avait vu coucher avec Lady Gaga. Et lui, tout ce qu'il avait trouvé de mieux à faire était de le noyer sous les reproches et de l'humilier. Bravo. Encore une fois il avait vraiment fait n'importe quoi.

« Je fais vraiment n'importe quoi... »

Oui, exactement, Salem soupira en s'appuyant contre le bar, le regard baissé vers le sol.

« Je comprends pas, j'ai jamais autant voulu que les choses marchent avec quelqu'un, et j'ai jamais autant foiré de ma vie. Si c'est le truc de trop et que t'en a marre, je comprends... »

Il resta un moment silencieux, voilà, c'était sûrement le mieux, Adam ne devait pas se sentir coupable, et s'il en avait marre de lui et de ses problèmes de bicurieux complexé, il pouvait allait voir Roger l'esprit libre.



Salem se secoua d'un coup, c'est que son Adam était capable de partir pour de bon après la journée horrible qu'il venait de lui faire passer. Affrontant son stress, affrontant le blizzard, il vint se mettre face à lui.

« Mais... heu... Je suis sûr que ça serait mieux que tu me pardonnes, comme ça... tu verras que je vaux plus que ce que t'as pu voir tout à l'heure... Puis on pourra faire du bowling, et même du billard... avec mes amis et tout. Tu verras. »

Salem le regarda d'un air inquiet, il espérait un geste, n'importe quoi, même une gifle, pour peu qu'Adam sorte de son mutisme.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Jeu 15 Nov - 0:12

Le problème d’Adam, bien entendu, c’était que rester en colère très longtemps, il ne savait pas très bien faire. D’abord parce qu’il était terrifié à l’idée qu’une froideur prolongée éloignerait Salem de lui et qu’il perdrait tout, alors que précisément sa froideur venait de ce qu’il tenait trop à lui pour ne pas être indifférent. Ensuite, parce qu’il n’était pas indifférent, il lui était impossible de ne pas songer que Salem était, malgré tout, adorable, touchant, fragile et bien aisé à pardonner.

Ce n’était guère que l’accumulation en moins de deux semaines de Jenny, de Brittany et de la brutalité dans la barque du lac qui inspirait au mutant l’inquiétude vive et profonde qu’il exprimait par son mutisme sélectif. Son pessimisme naturel le forçait à songer que tous ces événements pouvaient recevoir une explication très simple et très éclairantes : Salem ne tenait guère à lui. Toute autre explication exigeait un système plus complexe, moins économique et donc, d’un point de vue strictement scientifique, moins valide.

Seulement, voilà, Adam et les sciences, cela faisait deux et, même si la relation était naissante, même s’il était discret sur ses sentiments, il n’en était pas moins amoureux — c’était même son premier amour, il s’en rendait compte à présent, et cet amour avait la force et la fragilité des émotions simples, communes et sincères, prêtes à être meurtries par le moindre signe mais poussées par une force d’espérer qui défiait l’entendement et le simple bon sens.

Alors quand Salem s’approchait et lui promettait de changer, Adam tout à la fois désirait le croire et se sentait sceptique. Sa raison le poussait autant à douter, sur la foi des échecs précédents, aux capacités de réformation de Salem et à admettre que ces premières hésitations étaient très compréhensibles ; ses sentiments lui soufflaient de ne plus prêter une confiance trop souvent trahie et, au même moment, de s’abandonner à la douceur de l’espoir qui le poussait vers celui qu’ils avaient élu.

Comme à son ordinaire, quand son monde intérieur devenait trop complexe, trop mêlé, trop subtil pour être encore compréhensible à son esprit qui ne s’était jamais exercé à l’introspection et qui n’avait jamais accordé la moindre attention aux mouvements de son âme, Adam réagissait de la manière la plus simple et la moins utile qu’il connût : il se dérobait, tout simplement.

Il haussa les épaules et, d’un air peu concerné, il lâcha :


— Tu fais bien ce que tu veux.

Enfin, l’air peu concerné, c’était ce qu’il s’imaginait. Il se voyait héroïquement flegmatique face à l’adversité des sentiments. En vérité, il paraissait bien plutôt sur le point de pleurer silencieusement. Il n’en fallait pas beaucoup pour le tirer de sa réserve et les nouvelles paroles de Salem y suffisaient largement : l’indécision, la sincérité, la fragilité de son compagnon le touchèrent. Pour la première fois, Salem avouait simplement qu’il était perdu et ne cherchait pas des excuses ou des raisons à son comportement.

Adam quitta le sol des yeux et releva le regard vers l’adolescent qui s’était approché de lui. Il ouvrit la bouche, la referma, l’ouvrit et à nouveau et murmura :


— Je t’aime.

Il ne l’avait pas répété depuis la première et l’unique fois où il l’avait dit, et ce sentiment nouveau, d’autant plus étrange qu’il s’était formé pour ainsi dire brusquement et sans lui offrir le temps de s’habituer aux sensations qu’il développait, ce sentiment lui demeurait encore un peu mystérieux, un peu étranger, et il ne commençait qu’à en saisir les conséquences les plus concrètes.

Le mutant tendit la main pour prendre la main de Salem.


— Je veux pas… Te perdre. J’ai toujours fait ça. Toujours tout perdu, je veux dire, les autres. Je sais pas… Faire avec les garçons. Et… J’ai peur que ce soit déjà trop tard. Que tu te sois fait une idée de moi, qu’au fond de toi tu te dises que je n’en vaux pas trop la peine, pas la peine de faire des efforts, et que du coup, tu laisses tomber.

J’ai peur que tu ais honte de moi. Que tu ne veuilles pas me présenter aux gens parce que tu ne me trouves pas assez drôle, ou sociable, ou alors trop bizarre. J’ai peur que tu t’ennuies avec moi, j’ai peur…


Il haussa les épaules.

— J’ai peur de tout ce qu’on voit dans les forums pour adolescents et les magazines féminins, je suppose. Peur de pas être assez drôle, ou assez changeant, ou assez viril, ou trop viril, de pas avoir assez de conversation, de pas avoir les mêmes centres d’intérêt, ou que tu trouves qu’on est routiniers, ou de ne pas te satisfaire euh… charnellement, ou de pas être assez, je sais pas, tendre, démonstratif, communicatif.

Du coup…


Son regard glissa sur le côté, dans le vide, alors qu’il cherchait à exprimer ces phénomènes fuyants et, pour lui, complexes, qui passaient dans son âme, ces choses qu’il n’avait jamais exprimées, qu’il n’avait même jamais examinées.

— Du coup, je sais pas comment dire… J’ai peur de dire des choses. J’ai peur que quand je me mets en colère, tu te dises que puisque je ne suis pas assez tout ça, ça ne vaut pas le coup pour toi de faire des efforts et qu’il vaut mieux laisser tomber. J’ai peur d’être trop authentique, si tu préfères, trop moi-même, et d’ajouter à la liste des insatisfactions que je suppose.

Alors du coup, je fais n’importe quoi, je perds la maîtrise et je deviens plus… sensible, parce que plus stressé. Parce que tout me paraît une confirmation de mes craintes. En gros.


Un sourire songeur passa sur son visage et ses yeux à nouveau retrouvèrent le chemin de ceux de son ami.

— Tu peux pas savoir comme ça m’a fait plaisir que tu m’achètes un vêtement. J’ai eu l’impression de faire partie de ta vie en général, pas seulement des heures coupées du monde qu’on passe ici. Et pareil, en allant faire les courses. C’est ridicule, mais pour moi, c’était comme un grand moment, une grande victoire. Et du coup, voir que tu me rejetais précisément à ce moment-là…

A voix basse il conclut :

— C’était juste horrible…
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Jeu 15 Nov - 22:13

Je t'aime. C'est fou l'effet que ces mots pouvaient avoir sur lui, un instant plus tôt, c'était un peu la fin du monde en avance et soudain, tout s'était illuminé. Ses inquiétudes lui apparurent immédiatement moins fondées, Adam l'aimait toujours, malgré ses écarts. Il pouvait recommencer à respirer.

Ses doigts s'entremêlèrent avec les siens quand il lui prit la main. Il écouta ses doutes, se retrouvant en partie dans ce qu'il disait, bien qu'Adam lui paraissait bien plus vulnérable, plus fragile qu'il ne l'était. Pas seulement parce qu'il semblait à deux doigts de pleurer, mais parce qu'il n'avait pas l'air de réaliser l'importance qu'il avait. Contrairement à Salem qui se cherchait toujours quelques excuses même quand il avait lui-même parfaitement conscience d'avoir mal agit. Adam continuait encore et encore à se dévaloriser, comme si seul de bonheur de Salem comptait dans l'équation. Tout ça lui donnait une furieuse envie de le protéger, d'éviter qu'il se torture tout seul par sa faute. Ce qu'il était loin d'avoir réussis à faire jusqu'ici, comme Adam le lui rappela, entendre le ressenti de son compagnon sur ce qui venait de se passer acheva de le convaincre qu'il s'était comporté comme un monstre avec lui depuis le début. Entre Jenny et ça...

« Je suis vraiment désolé Adam... »

Il était bien plus que ça, un peu comme si une partie de la souffrance qu'il lui avait infligé était venu se cacher dans son ventre. Il n'avait pas mal pour lui, mais avec lui, même si tout été sa faute.

« Je t'aime aussi et tu sais, ça dépasse complètement tout ce à quoi tu peux penser, je veux pas que tu sois drôle, ou viril, ou que t'épate tout le monde autour de toi. Moi je t'aime fragile, maladroit... tout ce que je découvre de toi te rend un peu plus fascinant, ça me fait tourner la tête. J'ai envie de t'embrasser à chaque fois que tu me souris, je retiens un fou rire quand t'essaie d'ouvrir la porte de la salle de bain deux mètres avant de l'atteindre, j'ai envie de pleurer quand je te vois triste. Personne m'a jamais fait cet effet-là, c'est tellement démesuré que j'aurais pas cru ça possible. »

Salem avait lâché la main d'Adam pour lui caresser la joue et les cheveux, il se demandait sérieusement comment il avait pu envisager de vivre sans ça juste dans le post d'avant. Ça aurait été comme perdre un peu de son être. Une part de sa raison lui soufflait que ce n'était pas très sain de considérer qu'Adam faisait comme partie de lui en à peine quelques semaines, mais il lui botta le cul. Le principe de prudence c'est utile en comptabilité, mais en amour il avait plus à perdre qu'à gagner en se protégeant trop. Il vaut mieux souffrir beaucoup d'avoir aimé beaucoup, que modérément d'avoir aimé modérément – c'était la phrase philosophique du jour. Fort de cette résolution, Salem déposa une bise au coin des lèvres de son compagnon – c'est qu'il avait cru voir un mince sourire sur son visage, v'comprenez – puis lança, comme pour le briefer avant de partir au combat.

« Bon, cette aprèm, on ira faire un tour quelque part, histoire de tester un peu. La prochaine vieille truie qui approche, je lui fais sa fête. Mais avant ça, on devrait manger. »

Une bise supplémentaire plus tard – là, c'était juste qu'il en avait envie – Salem tendit le bras vers le minifrigo – Adam va toujours bouder entre le frigo et la poubelle, va savoir pourquoi. Son but initial était de trouver un bout de viande à ronger, mais lorsqu'il vit le toutes les fibres savamment agencées dans l'appareil, il le referma aussitôt pour partir se rabattre sur une boîte de chips au bacon entamée. C'est qu'avec tout ça, la règle des sept légumes-fruits n'avait pas du tout été respectée et maintenant, il fallait bien les utiliser, ces bidules louches de toutes les couleurs. Ça promettait des repas tristes comme des pâtes pas salées, heureusement qu'il avait gagné ses bretzels en faisant jouer Adam à sport où il ne pouvait pas le battre, il avait été malin sur ce coup – ah... s'il savait. Grâce à sa stratégie habile, il put même ajouter un verre de coca à son repas – oui, ceci est un repas.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Ven 16 Nov - 5:04

Comme à son habitude, Adam était loin de trouver que la confession avait été salvatrice — plus exactement ne se sentait-il pas soulagé, ni libéré d’un poids. Tout au contraire, entendre sa propre voix extraire de son âme confuse jusqu’à lors les inquiétudes qui le tourmentaient les rendaient soudain plus réelles et une nouvelle crainte l’habitait désormais : que la seule articulation de ces mots eût créée les conditions de réalisation de ses sinistres prophétiques, les voies pour la matérialisation de ses doutes.

Il se sentait faible surtout, et peut-être un peu ridicule. Ridicule de nourrir des peurs dont il ignorait tout à fait si elles étaient justifiées, normales, ou au contraire tout à fait extraordinaires. Salem n’allait-il pas penser qu’il donnait à cette relation trop d’importance, ou si ce n’était à la relation, du moins à ce que son ami considérait peut-être, probablement, comme des détails anodins sur lesquels ne pouvait guère s’attarder qu’un esprit parfaitement torturé avec lequel il ne ferait sans doute pas bon vivre.

Mais cette nouvelle incertitude, quelque sérieuse et profonde qu’elle fût, ne pouvait guère longtemps persister devant la réaction de Salem et les gestes comme la déclaration de son compagnon poussèrent Adam vers une autre sorte de fragilité, qui n’était pas celle de l’animal blessé, mais de la jeune pousse qui, sur un terrain favorable, s’épanouissait à nouveau après un temps sans soleil.

Sensible aux compliments sincères, Adam l’avait toujours été. Comme souvent les êtres dominateurs et doués d’un calme à première vue inébranlable, il avait toujours évolué dans le silence de ceux qui, tout en tenant à lui, n’avaient jamais jugé utile de l’exprimer, tant il leur avait paru que de semblables déclarations ne pouvaient être reçues qu’avec une certaine indifférence par un jeune homme tel que lui.

Ulysses l’avait noyé dans les compliments bien sûr, il avait multiplié les déclarations passionnés et toutes parfaitement authentiques, mais celles de Salem, sans qu’il pût en formuler la raison, avait une saveur particulière — elles étaient la promesse d’une lumière dans un avenir dont Adam s’était progressivement rendu compte qu’il était obscur. Leur jeune relation, si fragile en effet, lui en paraissait plus forte et plus solide que toutes celles qu’il pouvait imaginer.

Les mains du jeune homme s’étaient posées sur le torse de l’éloquent Salem, ses doigts s’étaient refermés sur le tissu, comme pour retenir celui qu’il enveloppait et être tout à fait certains que l’incarnation de ces sentiments si vivement exprimés n’allait pas s’enfuir, se dissiper comme un espoir un peu trop vain. Un léger sourire de benêt bien-être naissait sur le visage d’Adam.

Il n’était pas certain que le moindre de ses doutes, la moindre de ses peurs, fussent levés désormais, mais ils avaient ceci de plus simples qu’exprimés, ils n’en étaient plus des secrets. Adam retrouvait dans ce monde inconnu et complexe qu’avait toujours été pour lui celui des relations nouées entre les êtres la force de l’authenticité qui, dans les autres circonstances de son existence, réglait une partie de son comportement et il se sentait enfin véritablement soulagé — d’avoir comblé une contradiction de son être.

Bien sûr, il ne comprenait pas le dessein de Salem. Faire un tour, où ? Pour tester, quoi ? Mais peu importait. Tout irait mieux, désormais — non pas soudainement, non pas magiquement, mais lentement et sûrement, comme devaient aller les choses en se construisant, et les douleurs s’effaceraient quand naîtraient des assurances entièrement originales. Ce sentiment confus et grisant d’une sécurité future envahissait Adam.

Et lui donnait par conséquent la force de s’opposer aux sombres desseins de Salem.


— Ah non !

Ses yeux se relevèrent enfin vers ceux de son ami, animés par une vie nouvelle, un peu — émerveillée.

— C’pas un déjeuner, ça. On a pas affronter tout ça pour que tu te gaves de chips.

Fort de son autorité quasi médicale, Adam ôta le paquet de chips des mains de Salem et poussa l’adolescent hors de la cuisine (avec la charité néanmoins de lui laisser son verre de soda).

— Toi tu vas… J’sais pas, sur ton ordi, sur Facebook, jouer à des jeux, n’importe. Moi, j’fais à manger. Un vrai repas.

Et, après avoir autoritairement pointé l’ordinateur du doigt (ce qui, étant donné les dimensions du studio, avait le mérite de pointer tout le reste et d’offrir finalement à Salem le choix entre toutes les distractions possibles), Adam tourna les talons, s’approcha à grands pas (un seul) du réfrigérateur et sortit les légumes nécessaires à une ratatouille.

Il savait plus ou moins que pour obtenir un résultat parfait, il était supposé les cuire séparément, très longtemps, à feu doux, mais tout cela était un peu long, il était midi passé déjà, et il n’était pas convaincu que le résultat en serait nécessairement plus probant ; il opta donc pour la version plus simple, plus concentrée et plus rapide de la recette, décision rendue nécessaire par la survenue d’un problème inattendu : le caractère fort restreint du matériel culinaire de Salem.

Habitué à la cuisine aux trésors de l’Institut, Adam était un peu perplexe. Ce qui ne l’empêcha pas, bien entendu, de s’activer derrière les fourneaux (ou ce qui en tenait lieu), pendant plusieurs dizaines de minutes, lavant, évidant, tranchant, rissolant, mijotant, assaisonnant sa préparation. L’effluve d’une cuisine authentique se répandait dans le studio pour la première fois depuis le départ de son ancienne occupante et, en goûtant au fur et à mesure le plat, Adam n’était pas insatisfait de sa réalisation (quoiqu’il fût difficile, bien entendu, de rater une ratatouille).

Le riz enfin était égoutté, les assiettes dressées, la ratatouille élégamment (ou presque) disposée, le couvert mis. Adam contempla son œuvre avec une certaine fierté, parfaitement comblé par son activité ménagère (tant qu’elle ne devenait pas systématique, bien entendu). Il s’approcha de Salem, baissa le casque tonitruant de son ami (qui finirait vraisemblablement sourd, s’il n’intervenait pas aussi dans le domaine) et déclara :


— Le déjeuner est servi, Monsieur.

Bien sûr, bêtement, il ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu stressé par le verdict.
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Salem Cordova
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Sam 17 Nov - 12:14

S'il y avait bien une chose auquel Salem n'était pas habitué, c'était qu'on lui dise non. Les Cordova qui l'avait recueilli étaient une de ces nombreuses familles où l'on aime tellement ses enfants qu'on leur permet presque tout, et où les rares interdictions peuvent se négocier avec un beau sourire. Il n'y a guère eu que le jour où il avait réduit en miette tout un service de table en porcelaine de Limoges du 20ième siècle censé servir de cadeau pour le mariage de tante Estrella qu'il s'était trouvé sévèrement puni. Toutes les formes d'autorités lui semblaient donc plus ou moins exotiques, sa scolarité en fit largement les frais, puisque les professeurs appréciaient peu qu'on leur réponde ou qu'on leur rie au nez alors qu'il tentait pour la énième fois de faire régner un peu d'ordre dans leur cours.

L'exclamation d'Adam fut donc accueilli par un regard surprit, venant de lui, la chose lui paraissait encore plus incongrue. D'autant plus qu'il venait tout juste d'évoquer la foule d'incertitudes qui le minaient. Le temps que le message inattendu fasse son chemin, Adam lui arrachait le paquet de chips des mains et le jetait dehors – ou plus exactement, le poussait deux mètres plus loin. L'incrédulité de Salem n'en fut que plus grande, c'est qu'il mettait en application ce qu'il disait, en plus, sans quatrième avertissements ni rien.

« Mais heu... J'peux en prendre juste un peu, pour l'apéro... »

Salem tenta de riposter en adoptant une stratégie usée mais efficace, la tête de chien battu, mais déjà le doigt du prophète pointait avec autorité les trois-quart de l'appartement et, honnêtement, il n'avait pas très envie de faire de résistance. Il fit donc quelques pas vers le lit, pour qu'Adam puisse s'affairer tranquillement. Pendant quelques minutes, Salem ne trouva pas de meilleure activité que de le regarder faire, en temps normal ça aurait été le signe qu'il guettait un moment d’inattention pour récupérer son paquet et reprendre son plan diabolique. Mais cette fois, il était sage, la surprise avait laissé place à un bien-être franc et indéfinissable. Il était rassuré de voir qu'Adam osait lui dire non, tout comme il appréciait de le voir évoluer presque sans difficultés dans son appartement – ses ustensiles de cuisine réduits au stricte minimum ne suffisait apparemment pas pour faire autre chose que des pâtes, mais à part ça, il était à l'aise. Cela donnait à leurs sentiments quelque chose de plus concret, de plus quotidien, et laissait entrevoir un avenir possible pour le moins agréable.

Le spectacle étant tout de même un peu long, en plus de lui donner de plus en plus faim, Salem finit par glisser sur le lit après s'être emparé de son ordinateur. Très vite, le pauvre appareil eut de quoi chauffer, musique, facebook, forum, vidéos, news, Salem ouvrait page sur page, onglet sur onglet, enregistrait les infos en un instant et passait aux autres. Filant rapidement des actualités et dernières nouvelles de ses amis, pour finir perdu entre des news débiles sur des stars éphémères et des vidéos de chats qui se font mal. C'est alors qu'il se mettait en quête d'inspiration pour la décoration de son château minecraft qu'Adam le tira de son monde virtuel, il se redressa pour regarder les assiettes soigneusement dressées avec curiosité.

« Hum... Ça sent bon en tout cas. »

Salem vint s'attabler au bar, bon, la tête de la ratatouille l'inspirait moyennement, il y'avait un peu trop de légumes, sans doute. Il opta donc pour la technique du : prendre beaucoup de riz et un peu de légumes pour atténuer le goût supposé de la mixture.

« Pas mauvais. »

C'était quand même des légumes, Salem n'allait quand même pas dire que c'était bon, ce serait comme si Adam avait gagné la bataille. Cependant, maintenant qu'il y avait goûté, il engloutissait le contenu de son assiette de bon cœur. Il sortit même le pain de mie pour éponger le reste de jus et laissa le plat si propre qu'on aurait presque pu le remettre dans le placard par inadvertance.

« Bon... C'était vraiment pas mauvais. Tu caches bien ton jeu, je croyais que t'étais pas doué en cuisine. »

Salem lui fit un sourire, bon, si c'était le genre de plat qu'Adam aimait manger, il allait avoir du boulot pour apprendre le temps de cuisson idéal de chaque légu... Arf ça y est, ça commence, son esprit est corrompu par les fibres. Il avait une revanche gastronomique à prendre, c'était certain, l'agroalimentaire aseptisé n'a pas dit son dernier mot – to be continued.
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Adam Tenseï
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MessageSujet: Re: Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]   Dim 18 Nov - 14:08

Adam avait beau avoir suivi à la lettre le judicieux conseil acquis lorsqu’il avait regardé l’émission TopChef à la télévision à l’Institut, un soir (moins par intérêt pour l’émission en question, il est vrai, que pour le charmant jeune homme qui avait ce soir-là sélectionné le problème dans la salle commune), il avait beau avoir goûté, à chaque étape de la préparation, le plat qui mijotait, il n’en demeurait pas moins inquiet à l’idée que Salem, dont le régime alimentaire était notoirement sinistré, pût ne pas trouver à son goût le fruit de son patient travail.

L’Asiatique en oubliait presque de manger lui-même, tout occupé qu’il était à surveiller, plus ou moins discrètement, le trajet de la fourchette de Salem, les expressions de son visage, le fond de son œil. La ratatouille est une première étape dans le long et difficile chemin qui, un jour, les mènerait main dans la main vers la soupe de légumes, et comme tous les départs, il était crucial de ne pas le manquer.

Bon, tout cela ne semblait pas trop mal se passer. La soupe aux légumes était probablement un rêve encore un peu lointain et ce n’était pas demain la veille qu’il verrait Salem délaisser volontairement un paquet de bretzels pour croquer à belles dents dans un bâtonnet de carottes, mais enfin, tout cela s’approchait à grands pas, c’était certain. Adam allait désormais devoir réfléchir à la suite des événements.

Rassuré sur le succès de son entreprise présente et les possibilités radieuses de ses entreprises futures, Adam commença enfin à manger et, lui qui n’avait jamais accorder qu’une attention très relative à la perfection sapide de ses plats, beaucoup plus préoccupé par leurs apports énergétiques, se prenait à noter les petits défauts qu’un assaisonnement mieux pensé et une cuisson plus maîtrisée eussent probablement fait disparaître — il allait devoir lire des livres de cuisine et regarder TopChef plus souvent.

Mais comme tout grand artiste, il était de son devoir désormais de minimiser la perfection de sa création culinaire pour augmenter encore la valeur éthique de son engagement esthétique. En d’autres termes, il fallait faire le modeste.


— C’est pas très compliqué, tu sais. C’est pas un soufflé*, quoi.

*En français dans le texte.

Parce qu’il savait ce que c’était qu’un soufflé, oui, Monsieur ! Certes, il ne savait pas exactement la manière de le réaliser, mais c’était un petit détail. Sa culture culinaire était encyclopédie — enfin, elle le deviendrait sous peu — et il pouvait même utiliser certains termes français ou techniques, s’il le voulait. Bref, sa réussite lui donnait des ailes — ou une toque.

Cependant, comme Adam était, malgré quelques brefs moments d’hybris aux fourneaux, un jeune homme fort modeste, il ne comptait pas s’étendre trop en long sur sa victoire et, bientôt, peu soucieux d’arracher à Salem des compliments plus dithyrambiques sur ses succulentes aubergines, il tourna la conversation vers d’autres sujets, soulagé de trouver dans la douceur de ce repas pris en commun une réalité sensible qui démentait les craintes multiples que la matinée avait réveillées autour d’eux.

Il n’en faisait pas moins des efforts, dans la conversation, pour donner plus d’informations. Des informations anodines, sans doute, sur son emploi du temps, sur ce qui se passait au travail, les chantiers qu’il allait examiner, les derniers événements de l’Institut, mais c’était plus, beaucoup plus que ce que d’ordinaire, dans ses récits évasifs, il livrait de sa vie quotidienne. Il était certes demeuré silencieux lorsque Salem lui avait jeté ses reproches sur le lac, mais ces protestations n’étaient pas restées lettres mortes et, avec une confiance renouvelée, Adam s’attelait à améliorer les choses.

Après le match de basket éprouvant, la crise dans Central Park, la dispute au supermarché, le repas coupait leur journée en deux et rejetait la matinée dans un lointain passé qu’Adam comptait bien rendre chaque jour un peu plus éloigné. Il lui semblait que silencieusement ou de vive voix, des décisions importantes avaient été prises, dans la douleur de l’incompréhension, qui transformaient leur relation perpétuellement naissante en un lien plus étroit et plus sérieux.

Finalement, après avoir écouté (une nouvelle fois) le détail de la stratégie pour le prochain match de la nouvelle équipe de basket de Salem et avoir volontairement (par une sorte de masochisme mystérieux), relancé son compagnon sur plusieurs points de détail, Adam glissa d’un air un peu timide :


— Avant de sortir, on pourrait peut-être euh…

Adam triturait machinalement un coin de son essuie-tout.

— Faire une sieste. En quelque sorte…

Oui, parce que l’entente des esprits, c’était une chose, mais enfin ils n’avaient pas quatre-vingt dix ans et pour sceller leur tout nouveau contrat conjugal, il y avait des procédures — des procédures auxquelles, décidemment, il était bien impossible de couper, qui donnaient toute leur valeur à ces choses-là, des procédures très officielles qu’Adam n’évoquait que parce qu’il était très consciencieux, avec, voyez-vous, presque une sorte d’abnégation.

Et tout cela n’avait rien à voir avec le fait qu’il avait des envies très précises impliquant qu’à défaut de pouvoir le démontrer à Brittany, Salem lui fît la démonstration à lui de combien il pouvait être, malgré ses vêtements choisis avec goût, viril et puissant — absolument rien à voir, bien entendu.


FIN
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Mangez, bougez, qu'il disait [Fini]

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