Partagez | 
 

 Tout le monde ment [PV]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar

Elizabeth Harrington
Mutante de niveau 2

Nombre de messages : 16
Date d'inscription : 14/07/2012
Clan : neutre
Age du personnage : 27
Pouvoirs : Diffusion d'hormones de bonheur & Absorption de la vitalité environnante
Profession : Détentrice d'une boîte de strip-tease & cheffe d'un important réseau de prostitution
Points de rp : 12

MessageSujet: Tout le monde ment [PV]   Jeu 11 Oct - 14:22

Bip. Bip. Bip. Bip. Bip.

Toujours le même refrain.

Bla bla bla bla bla bla.

Et encore, et encore...

Ma vie est envahie par le vacarme. Un brouhaha inepte, inconséquent et insolent qui me martèle inlassablement les tympans. J'ai du mal à décider ce qui m'agace le plus. Il y a une heure, le commentaire monocorde d'une machine reliée aux pulsations cardiaques de mon père agonisant, ou à présent, les discussions incroyablement creuses qui gonflent et se vautrent autour de moi. L'avantage de l'hôpital est qu'en dépit des inconvénients sonores ou de l'entêtante odeur de désinfectant – ou de mort, selon les chambres – il y règne un calme infini. Les médecins, infirmières, aide-soignants rôdaient dans les couloirs en passant un coup d'oeil à travers la porte entrouverte, tels des charognards attendant la mort de mon unique parent. Je savais qu'ils ne croyaient plus à son réveil, que d'une minute à l'autre ils annonceraient son décès avec lassitude – lassitude d'avoir raison, lassitude d'être impuissant – et passeraient un discret coup de fil à ceux qui les avaient payé pour obtenir cette information en exclusivité. Ma présence les gênait parce qu'elle leur rappelait que la corruption, c'est mal ; et tout au fond d'eux, leur conscience professionnelle gémissait de ce manque total de loyauté. Si mon père mourrait en mon absence, je serai la dernière au courant. Et tout le cercle qu'il s'était construit au cours de sa montée en pouvoir se battrait tel des hyènes pour le délicieux quartier de viande qu'il laisserait derrière lui. Sauf qu'ils s'affronteraient en vain. Mon père avait fait tout le nécessaire, et plus encore, pour me garantir l'héritage de ses droits, de son patrimoine. L'intégralité me revenait, et même l'Etat ne pourrait pas se servir ainsi qu'il l'aurait rêvé. Les précieux documents le prouvant étaient conservés dans des endroits différents, cachés à des dates multiples dans des villes et même des pays divers. On n'est jamais prudent quand le butin compte autant de zéros.

Lorsque je quittai l'hôpital, non sans avoir affiché une correcte mine de circonstance, je reçus l'appel d'Olivia, l'une des hôtesses de La Croqueuse chargée de l'accueil des clients.

« - Un problème, Olivia ? »

Mes filles et l'ensemble de mes employés savent que je serai toujours disponible pour régler un différend mais que s'ils me dérangent pour un problème pouvant attendre ma venue à l'établissement, ils s'attireront mes foudres.

« - Oh non patronne, aucun. C'est une bonne soirée qui s'annonce, je dirais même.
- Alors explique-moi pourquoi tu m'appelles ? Rétorquai-je d'un ton glacial.
- C'est la Reine de Cœur. Elle vous a organisé une fête surprise pour vous remonter le moral et elle est passée ici pour vous y emmener. Vous étiez absente, alors j'ai été chargée de vous transmettre la commission. »

Nous avions coutume d'utiliser des surnoms à La Croqueuse au sein du personnel pour parler de nos clients les plus importants – au sens politique ou financier. Aucun de ceux-ci n'était au courant de cette pratique, précisément pour éviter qu'ils ne cherchent à s'échanger leurs surnoms comme des cartes Pokémon.

« - Elle a dit qui elle invitait ?
- Tous vos amis, ont été ses mots exacts. »

On sentait une pointe d'ironie dans la voix d'Olivia. Si mes subordonnés ignoraient la vérité – que je n'aimais personne – il était facile de deviner que le terme « ami » était un peu rapidement employé au sein de la jet-set et que certains des invités couramment conviés par la Reine de Cœur étaient, de l'avis de tous, absolument insupportables.

« - Où et quand ? »

L'hôtesse me lut ses notes. Il s'agissait de sa nouvelle villa, cadeau de son troisième mari pour leur six mois de mariage – un record à n'en pas douter. A votre avis, pourquoi l'appelions-nous ainsi ?

« - Je passerai vous voir vers 23 heures, minuit, mais je ne resterai pas longtemps. Dis aux autres de me préparer un résumé bref et concis sur les thèmes à traiter.
- Je comprends, dit Olivia, compatissante semblait-il. Nous ferons tout le nécessaire, patronne, pour que vous n'ayez pas à rester trop longtemps. Passez une bonne soirée !
- C'est ça. Au travail, maintenant, répondis-je avant de raccrocher. »

Je n'avais jamais été du genre à me répandre en familiarités avec mes employés, encore moi avec mes putes, mais je les traitais justement, c'est tout ce qu'elles demandaient. Si elles travaillaient correctement, ne faisaient pas d'esclandre, je ne les ennuyais pas. Elles étaient mieux payées que leurs collègues solitaires, elles profitaient d'une excellente couverture maladie et d'une sécurité optimale. En revanche elles n'avaient pas intérêt à tomber amoureuses, enceintes ou à me manquer de respect. Certaines avaient essayé...
Dans un élan paranoïaque, je me déplaçais uniquement avec le Hummer depuis quelques jours. Peu après que mon père soit tombé dans le coma, à vrai dire. On ne sait jamais, avec tout cet argent qui flottait au-dessus de ma tête tel une épée de Damoclès. Tout le monde voulait me la couper, et les cheveux avec, pour tendre les mains et recevoir le pactole. La Lamborghini était donc proscrite en les circonstances. Avant de me rendre à la fête, je passai chez moi, où je changeai de tenue, de coiffure et de maquillage le plus rapidement possible. Il fallait faire vite ; l'isolement donc je souffrais depuis ce matin – n'ayant vu pratiquement personne – commençait déjà à porter ses fruits. Ma peau était plus pâle, je frissonnais facilement, j'avais froid, je m'épuisais pour rien. Cet état de fatigue ne ferait que s'empirer si je ne me noyais pas dans la foule, ce que je m'apprêtais précisément à faire ce soir.

La villa, située en bordure de ville, était comme toutes les autres ; design. D'un blanc presque laqué, aux de nombreux coins et recoins évoquant une forme géométrique très à la mode, entourée d'une piscine gigantesque et de plusieurs jacuzzi, elle était agrémentée d'un jardin de type minimaliste, avec des bosquets taillés en cubes, sphères, étoiles grotesques – enfin, à mon goût bien entendu, ce qui ne m'empêcherait pas de m'extasier dessus en invitée que j'étais. Je garai la voiture dans l'immense parking sablonneux qui flanquait la demeure de la Reine de Cœur, communément appelée Andrea Blackwood. Du moins, Blackwood tant qu'elle serait mariée avec un dénommé Blackwood, cela s'entend. La nymphomane dont le métier officiel était mannequin me vouait une adoration des plus agaçantes. Heureusement qu'elle m'était utile.

« - Lizziiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie ! piaula quelqu'un dès alors que j'ôtais mon manteau de vison pour le remettre aux portiers.
- Andreaaaaaaaaaaaaaa ! M'exclamai-je sur le même ton, quoi qu'avec beaucoup plus de classe – la comédie n'oblige pas à se ridiculiser non plus ; toute la salle m'observait en nouvelle venue, il fallait être efficace. »

La jeune femme sautilla vers moi dans sa minuscule robe blanche, qui scintillait de mille feux dans les lumières bleues et blanches parsemant les murs. Elle était aussi lisse et transparente que ses baies vitrées. Ses très longs cheveux bruns rebondissaient gracieusement autour de son beau visage. Comme tout top model qui se respecte, elle était impeccable. Insupportable mais impeccable.

« - Ma chérie, tu as pu venir ! Je suis si contente ! Quand j'ai su ce qui était arrivé à ton pauvre papa, tu penses bien que j'ai voulu faire quelque chose pour te changer les idées. Tu vas oublier tes problèmes et t'amuser !
- Comme c'est gentil de ta part, ma chérie, roucoulai-je en souriant tendrement et en serrant ses mains dans les miennes telles deux petites filles. C'est exactement ce dont j'avais besoin.
- Je le savais ! Allez, viens, je vais te présenter. »

Que disais-je déjà à propos de la Reine ? Ah oui, qu'elle avait l'appellation « ami » facile. La preuve, elle me prit le poignet pour m'emmener vers un groupe de mâles de son âge qui m'étaient totalement inconnus – la vingtaine – friqués, fringants et, via leurs parents, sûrement très influents. Que disais-je déjà à propos de l'utilité de la Reine ?

« - Les garçons, voici mon amie Lizzie. Enfin, son vrai nom, c'est Elizabeth Harrington, mais Lizzie c'est tellement plus mignon, vous ne trouvez pas ? Lizzie, voici Andrew, James, Connor et Quentin, un Français. Il vient tout juste d'arriver à New York, le pauvre, il est tout perdu, ajouta-t-elle en papillonnant des cils. 
- C'est un plaisir de vous rencontrer, dis-je en français au fameux Quentin, qui m'examina avec curiosité de ses grands yeux rêveurs. Je lui souris, il me sourit en retour. Je m'arrêtai toutefois là pour laisser le terrain libre à Andrea. Elle était stupide mais pas en matière de conquêtes, et si elle était chatouilleuse sur un domaine, c'était bien celui-là.
- Si je puis me permettre, Mademoiselle, votre robe est absolument délicieuse, fit le dénommé James en se fendant d'une grimace affamée. »

Délicieuse au sens d'appétent, je n'en doutais pas. La robe était du même noir profond que mon manteau de vison ; elle tombait en cascade sur ma poitrine, découvrant ma peau en un triangle qui allait presque jusqu'à mon nombril. Des perles couleur or maintenaient les deux pans suffisamment proches pour empêcher que je me retrouve véritablement nue. Le tissu était savamment plissé sur les hanches, donnant un côté presque romantique à cette tenue qui ne l'était pas. Un large collier d'or ceignait mon cou en une élégante menotte ; mon avant-bras droit était orné d'un bracelet du même métal, gravé des mêmes lignes noires. Mes chaussures, des Louboutin Casadei en peau de serpent noire, étaient assorties à un sac à main Sergio Rossi (de la même marque), également en peau de python et relevé d'une chaîne dorée. Si ma chevelure paraissait naturelle, cet effet n'était qu'illusoire, car ils avaient été soigneusement arrangés pour être les plus brillants, soyeux et sombres possibles.
Mon calvaire commença à partir de ce point.
Il me fallait jouer le jeu qu'on attendait d'une héritière jeune et belle, ne réfléchissant pas trop et riant beaucoup. Je m'y pliai docilement. J'avais toutes les raisons de le faire ; le dénommé Connor était, je le découvris avec un secret délice, le fils d'une journaliste qui s'acharnait à ternir la coquette réputation de mon établissement. Je savais pourquoi après avoir vu son mari s'attarder de nombreux soirs à l'étage avec une ou deux de mes filles... Si ces articles n'affectaient pas la venue de la clientèle actuelle, cela pouvait freiner de nouveaux consommateurs potentiels, et cela était hors de question. Fait amusant, son fils était timide et maladroit, et en dépit de son ennui de se trouver ici – sans doute sa mère était-elle l'une des « amies » d'Andrea – il semblait avoir trouvé une bonne raison d'être là. Je n'avais qu'à claquer des doigts, et il était à moi. Mais quel intérêt de le mettre dans mon lit, si cela ne m'apportait rien ? Il me fallait de l'utile, du concret. Et j'avais là-dessus une petite idée.

« - Viens, glissai-je à son oreille alors qu'Andrew contait une histoire de yacht et de maillot de bain volé, fuyons pendant qu'ils ne nous regardent pas. »

Connor ne se fit pas prier ; glissant un dernier coup d'oeil en arrière, il hocha la tête et me suivit à travers la foule noire, blanche, or et argent jusqu'au bar où une demi-douzaine de barmen s'agitaient.

« - Enfin tranquilles, m'exclamai-je en posant une main sur le comptoir et l'autre dans mes boucles d'ébène.
- Bien d'accord avec vous, murmura-t-il dans un soupir.
- Dur dur, le monde des grands, n'est-ce pas Connor ? Le taquinai-je sans oublier le ton un soupçon maternel, un soupçon bonne copine, et le clin d'oeil bien sûr.
- Des requins, vous voulez dire, corrigea-t-il en pinçant les lèvres, avant de sursauter et de se reprendre en bafouillant : enfin, je veux dire, pas vous bien sûr, hein, je parlais des autres, euh, pas Andrea, Andrea est gentille, mais... »

Je le fis taire d'un doigt sur ses lèvres. Il se raidit aussitôt, les joues rosissantes.

« - Pas de panique ! Je suis d'accord avec toi. J'aime beaucoup Andrea, mais moi aussi, quand il y a trop de monde, j'étouffe.
- Vous n'en donniez pas l'impression, s'étonna le jeune homme, intéressé.
- Je suis bonne comédienne, expliquai-je en souriant. » Une de mes seules déclarations sincères de la soirée, sans doute. »

Depuis quelques minutes, je sentais peser un regard inquisiteur sur moi – ou nous, et cela durait trop longtemps pour être une simple curiosité d'inconnu à un autre inconnu de passage. D'un mouvement nonchalant, je me retournai dos au bar pour embrasser la salle d'un regard, agitant doucement la tête pour faire danser mes cheveux. Connor fit de même, droit comme un I. Il me faisait penser à ces intellectuels, au lycée, qui bavaient sur les pom pom girls sans jamais oser rêver de les toucher. C'était une proie si facile que je n'aurais même pas à me fatiguer.
J'allais le séduire et anéantir sa mère.
Ensuite, elle me haïrait, mais elle me laisserait tranquille. Car, après que tout le monde eut vu son mari puis son fils à La Croqueuse, comment pourrait-elle critiquer une nouvelle fois la clientèle fréquentant mon établissement ?

« - J'aimerais rester plus longtemps avec toi, Connor, chuchotai-je sans le regarder, pensive. Mais les affaires m'appellent. »

Le jeune homme suivit mon regard et aperçut la femme que je fixais d'un air neutre mais attentif ; elle était bien habillée, mais beaucoup plus que moi. Il émanait d'elle un professionnalisme, un sérieux courtois qui laissait soupçonner que cette personne n'était pas mon amie si elle me fixait, moi, la patronne de strip-teaseuses. Si je ne pus lire précisément ce qu'elle me disait de cette œillade insistante, je me doutais que ce n'était pas un compliment.

« - Des ennuis ? demanda Connor du bout des lèvres, comme s'il craignait de se faire tuer en prononçant cette phrase.
- Voyons, pourquoi aurions-nous des ennuis ? C'est une fête, ici, pas un tribunal. » Ce n'en était qu'un terrain plus propice à la chasse et aux complots, ajoutai-je froidement en pensée. « Je vais devoir te laisser, mais promets-moi que tu viendras me rendre visite ! Tu connais sûrement ma boîte, La Croqueuse. Il y a plein de garçons et de filles de ton âge, et on ne mange personne.
- Oui, je connais... Ma mère... M'en a un peu parlé.
- En bien, j'espère ! Tu n'auras qu'à l'emmener, si tu veux. Je serais ravie de la rencontrer.
- Oh, non, non, elle est très... Occupée, elle travaille beaucoup. Je viendrais seul, si cela ne vous dérange pas, bien sûr. »

Un sourire enchanté éclaira mon visage. J'avais eu ce que je voulais... Trop facile.

« - Voici ma carte, dis-je en tirant un carton brillant, joliment décoré de fleurs et de serpents rouges, noirs et blancs. Appelle-moi pour me prévenir de ton arrivée. Je ne voudrais pas te manquer.
- C'est très gentil de ta part, enfin, de votre part, Mademoiselle Harrington.
- Appelle-moi Elizabeth, murmurai-je en l'embrassant délicatement sur la joue. A bientôt, Connor. »

Il était conquis ; son cœur s'affolait dans sa poitrine et son sourire était évocateur. Après un dernier clin d'oeil, je pris congé de l'outil de ma vengeance et me dirigeai directement vers l'inconnue qui me fixait. En chemin, j'avisai un serveur inoccupé et lui fis signe de m'accompagner. Je m'assis en face de cette femme, qui était seule à une table de verre, entourée d'un canapé en demi-cercle. Lui adressant un sourire des plus ravissants, je lui tendis la main :

« - Elizabeth Harrington, une connaissance d'Andrea. Laissez-moi me joindre à vous dans cette soirée décidément follement conviviale. »

Me tournant vers le serveur :

« - Avez-vous des vins italiens ? Je prendrais un amaretto.
- Bien sûr, Mademoiselle. Et pour Madame, ce sera ? »

Nous allions voir ce qu'elle me voulait. Aurait-elle été du style d'Andrea que je ne me serais même pas occupée d'elle. Mais voilà le truc. Elle n'était pas comme 90 % des gens de cette soirée, et c'était en cela qu'il me fallait m'en occuper.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Ashton Weaver
Mutante de niveau 3

Nombre de messages : 20
Date d'inscription : 02/10/2012
Localisation : Greenwich Village
Clan : réseau d'aide aux mutants
Age du personnage : 37 ans
Pouvoirs : Magnétisme (contrôle du métal)
Profession : Avocate au barreau de New York
Points de rp : 12

MessageSujet: Re: Tout le monde ment [PV]   Ven 12 Oct - 12:08

Ashton se demandait ce qu'elle fichait dans un tel endroit. Tout ce qu'elle savait, c'était que Sally l'avait bel et bien plantée tout seule, sur ce canapé en demi-cercle, lui assurant qu'elle ne ferait pas long avant d'aller retrouver une connaissance à elle. Mais voilà, cela faisait pas loin d'une bonne quarantaine de minutes qu'elle avait disparu dans cette foule colorée et clinquante. Du coup, elle se retrouvait plantée là comme une imbécile, à contempler les fines bulles qui pétillaient dans sa coupe de champagne et à jeter des regards blasés sur les invités de la soirée. Pas qu'elle soit une asociale complète, mais tous ces gens friqués, ces jeunes héritiers insouciants et ces grosses fortunes indétrônables... Fallait avouer que ce n'était pas vraiment sa tasse de thé. Cela tenait sans doute à ses origines plutôt modestes et aux valeurs qu'elle en avait retirées, ainsi qu'à son mépris pour ces nouveaux riches puants qui se souciaient bien peu des personnes dans le besoin, ceux qu'elle s'évertuaient à défendre et à aider du mieux qu'elle le pouvait. Bien entendu, tous n'étaient pas ainsi, mais ils étaient tellement peu... Bon, elle les enviait sans doute un peu, elle aurait évidemment bien avoir un peu plus d'argent pour être sûre que sa fille et elle seraient à l'abri du besoin si jamais elle devait perdre son boulot. Elle n'avait pas besoin de centaines de milliers de dollars, n'ayant jamais eu un mode vie très dépensier, mais n'empêche qu'elle se serait sentie plus tranquille.

Quoiqu'il en soit, elle n'était pas vraiment à l'aise, entourée de toute cette jeunesse dorée. Parce qu'elle s'était bien rendue compte qu'elle avait largement dix ou quinze ans de plus que la grande majorité des invités. Sally était marrante, elle l'avait harcelée pendant trois jours pour qu'elle l'accompagne à cette soirée, lui serinant que cela lui ferait du bien de voir de nouvelles personnes, de sortir un peu, de penser à autre chose qu'au boulot... Eh bien, c'était chose réussie. Elle se retrouvait au milieu de petits jeunes qui n'avaient aucun regard pour elle - quoique ça ne la dérangeait pas - et son amie l'y laissait en plan. Ashton connaissait bien la tendance de Sally à vouloir absolument la recaser et à tout faire pour qu'elle rencontre du monde. Cela partait d'une bonne intention, mais la jeune femme n'avait pas besoin d'elle pour cela, elle se rappelait encore comment on faisait. Elle lui avait cependant expliqué maintes et maintes fois qu'elle allait très bien, qu'elle n'était pas une désespérée sentimentale et que pour l'instant, elle avait d'autres priorités. Sa fille et son job, par exemple, et cela lui prenait déjà pas mal de temps et d'énergie, ce qui faisait qu'elle n'avait pas envie de se lancer dans une nouvelle histoire pour l'instant. Son petit cœur pouvait bien encore attendre deux ou trois ans, histoire que Mona soit un peu plus grande...

Perdue dans ses pensées, Ashton n'entendit pas tout de suite Sally l'appeler d'une voix haut perchée, une voix insupportable qu'elle prenait lorsqu'il y avait des hommes à proximité, d'autant plus lorsqu'il s'agissait de bons partis aux comptes en banques alléchants. Sally était une gentille fille, une jolie blonde sophistiquée âgée de trente ans. Au départ, c'était une amie de son frère, qu'Ashton avait rencontrée à l'occasion des vingt-huit ans de Shane, deux ans et demi auparavant. Elles s'étaient très vite entendues, malgré le premier préjugé de l'avocate : "Mais qui c'est, cette cruche ?" Il fallait bien l'avouer, Sally passait au premier abord pour une jolie idiote blonde, légèrement superficielle. Mais ceci, c'était avant qu'Ashton ne se souvienne d'elle. Elle l'avait déjà croisée au tribunal lors de l'une de ses anciennes affaires, Sally faisait partie du jury, Ashton avait discuté un moment avec elle lorsqu'elles s'étaient retrouvées à la machine à café. Une banquière intelligente, à l'esprit aiguisé et très cultivée. Du coup, l'avocate s'était prise d'amitié pour elle, et étaient devenues de très bonnes amies. La différence entre elles était que Sally avait le sens de la fête, qu'elle savait se défaire de son boulot une fois qu'elle en était sortie. Ce qu'Ashton semblait incapable de faire, depuis son divorce. Elle allait au travail, bossait comme une dingue, puis elle allait récupérer sa fille et rentrait enfin chez elle. Il y a une dizaine d'années, elle était à l'image de Sally, sachant mettre son professionnalisme de côté pour aller s'amuser. Mais maintenant qu'elle avait Mona et qu'elle était divorcée de Craig, elle n'avait plus ce loisir. Il fallait choisir ses priorités. Et peut-être n'avait-elle plus l'âge pour se retrouver dans ce genre d'endroits.

- Ashton, qu'est-ce que tu fabriques ? lança Sally, qui se planta devant elle, une main sur la hanche et un air de reproche dans le regard.

- Je sais ce que tu vas me dire, je végète toute seule dans mon coin.

- T'es décidément incorrigible, Ashton. Il y a plein de mecs supers, ici.

- Et tous ont minimum dix ans de moins que moi. J'ai déjà une fille de six ans, je n'ai pas besoin d'un deuxième enfant.

Sally soupira, mais ne put retenir un sourire devant le sarcasme d'avocate qui caractérisait bien Ashton.

- D'ailleurs, je me demande comment tu as fait pour être invitée à une telle soirée, reprit Ashton. Ce genre d'endroits est considéré comme assez select...

- Disons que je connais l'organisatrice, Andréa Blackwood. C'est ça, de bosser dans la finance, quand tu es dans les petits papiers de quelqu'un...

Ashton hocha de la tête d'un air entendu. Elle voyait bien ce que Sally voulait dire, c'était pareil dans le monde des hommes de loi. On ne se faisait pas de cadeaux, et vos amis d'aujourd'hui pouvaient devenir vos ennemis de demain. Quoiqu'il en soit, Ashton ne se sentait pas vraiment à sa place, ici. Sally repartit bien vite toucher un mot à un jeune minet, tandis que l'avocate observait la foule d'invités. Toutes les filles étaient vêtues de robes éclatantes et particulièrement sexy, parées de bijoux plus chers les uns que les autres. Ashton ne faisait pas tache au milieu d'elles, mais elle paraissait particulièrement sobre, dans sa robe d'un vert sombre à la coupe très classique. Droite, les bretelles fines... Rien de bien extravagant, reflétant du professionnalisme dont elle peinait à se défaire.
Au bout d'un moment, son regard fini par tomber sur une jeune femme aux cheveux couleurs aile de corbeau, vêtue d'une robe noire plutôt sexy sans pour autant tomber dans le vulgaire. Elle était accompagnée d'un jeune homme séduisant avec lequel elle flirtait de manière évidente. Une fille comme les autres, en apparence. Cependant, son visage parut familier à Ashton et cette dernière se creusait les méninges pour savoir où elle l'avait vue. L'avocate était très physionomiste, elle n'oubliait jamais les visages, même si elle ne se souvenait pas forcément du lieu ou des circonstances dans lesquels elle avait bien pu rencontrer cette personne. Une fois qu'elle avait gravé un visage, elle s'en souvenait. Cette fille avait peut-être eu affaire à la justice un jour ou l'autre, ou fait la une des journaux plusieurs fois... Bref, le temps qu'elle y réfléchisse, la jeune femme avait senti et vu son regard insistant, puis vint s'installer à la table où Ashton s'ennuyait depuis bien quarante-cinq minutes. La jeune femme lui tendit la main en se présentant, grand sourire aux lèvres puis fit signe à un serveur de s'approcher d'elles.

- Ashton Weaver, c'est une amie qui m'a fait venir ici. Elle connait Andréa par le biais de son travail, répliqua-t-elle en serrant sa main tendue. Je reprendrais bien un verre de champagne.

Bah, elle avait bien le droit de se faire plaisir, elle n'avait pas l'occasion de boire du champagne toutes les semaines.

- Je suis désolée si mon regard vous a semblé insistant, dit-elle d'emblée, avec sa franchise habituelle. Votre visage m'était simplement familier, j'espère que vous ne vous êtes pas sentie offensée.

Ashton ne ressentait aucun malaise, cela arrivait à tout le monde de recroiser quelqu'un qu'on est persuadé d'avoir croisé quelque part sans pouvoir se souvenir où. Elle ne s'était simplement pas rendue compte qu'elle la dévisageait, ce qui n'était pas forcément très poli.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Elizabeth Harrington
Mutante de niveau 2

Nombre de messages : 16
Date d'inscription : 14/07/2012
Clan : neutre
Age du personnage : 27
Pouvoirs : Diffusion d'hormones de bonheur & Absorption de la vitalité environnante
Profession : Détentrice d'une boîte de strip-tease & cheffe d'un important réseau de prostitution
Points de rp : 12

MessageSujet: Re: Tout le monde ment [PV]   Jeu 25 Oct - 9:26

« - Ashton Weaver, c'est une amie qui m'a fait venir ici. Elle connait Andréa par le biais de son travail, répondit la désormais personne connue. »

Si ma mémoire visuelle me faisait parfois défaut – même les mutants sont imparfaits – jamais je n'oubliais un nom, à condition que celui-ci soit directement ou indirectement source potentielle soit de profit, soit d'ennuis. Ce fut donc avec un curieux mélange d'intérêt et de méfiance intérieure que je reconnus finalement la non-ingénue ; une avocate dynamique et engagée qui avaient offert leurs premiers cheveux blancs à certains de mes clients les plus influents. Si elle ne touchait pas aux domaines qui me concernaient véritablement – le trafic d'êtres humains, le blanchissement d'argent, le meurtre et toute la joyeuse famille du crime – elle n'était pas à traiter à la légère non plus, même pour moi. En effet, la cause la plus chère au cœur de Mme Weaver était le droit des mutants. L'ironie du sort voulait que les rares démêlés que j'eusse pu avoir avec les créatures de cette race s'étaient toujours bien terminés ; quelques-unes de mes filles étaient mutantes. Etant donné qu'elles n'ennuyaient ni leurs supérieurs, ni les clients, elles étaient traitées de la même façon que leurs homologues humaines. Cela ne me garantissait pas non plus que l'avocate, dans un excès de zèle, n'irait pas fouiner de mon côté si je ne me montrais pas aussi prudente qu'avec ses semblables. Et je ne mettrai jamais mon empire en péril par excès de confiance.

« - Je reprendrais bien un verre de champagne. »

Le serveur s'inclina légèrement, ses boucles soigneusement laquées reflétant en myriades d'étoiles les lumières artificielles qui nous environnaient. Il n'était pas laid ; nul doute qu'Andrea savait choyer ses invités, hommes ou femmes, en leur offrant des victuailles de qualité pour se repaître en paix. C'était avisé de sa part : les puissants n'oublient pas ce genre de gestes attentionnés.
Dommage pour eux – plus que pour moi, je n'étais pas intéressée. Ce genre de gestes, justement, je les offrais tous les jours contre rémunération. Enfin, toutes les nuits, plutôt, quoi que certains aient la fantaisie de me demander des rendez-vous en journée... Peur des vampires, peut-être ?
Mon petit doigt me disait – les informateurs des différents réseaux illégaux, en vérité – que mon interlocutrice ne serait pas plus tentée que moi par les affolants éphèbes qui évoluaient docilement autour de nous. En glissant un regard alentour, j'aperçus une quadragénaire et ses copines flatter les fesses d'un serveur comme on tâte la croupe d'un cheval. Charmant. Après avoir intérieurement soupiré sur la bassesse des créatures censées être d'une intelligence supérieure, je revins à Mme Weaver, qui avait toujours l'air de réfléchir à la case dans laquelle elle allait me ranger.

« - Je suis désolée si mon regard vous a semblé insistant. Votre visage m'était simplement familier, j'espère que vous ne vous êtes pas sentie offensée.
- Nullement, répondis-je en toute honnêteté – il en fallait plus que ça pour me vexer. Disons que je m'interrogeais sur la raison de ce regard si pénétrant. Il n'est jamais bon d'être ainsi observé dans un milieu comme celui-ci. Il m'apparaissait donc évident de dissiper un éventuel malentendu.

J'accompagnai mes paroles de mon habituel sourire de façade, façonné avec l'expérience, un sourire calme, courtois et chaleureux. Il n'était pas étonnant qu'elle ait l'impression de m'avoir déjà vue quelque part, pour les mêmes raisons que je m'étais souvenue vaguement de son visage.

« - Beaucoup de gens ont eu vent de mon patronyme ou vu ma photo, sans savoir précisément qui je suis, laissez-moi donc vous montrer comment. »

Le serveur s'était approché de nous alors que j'avais commencé ma phrase ; il déposa notre commande d'un geste professionnel, puis nous interrogea du regard, quêtant une possible autre demande.

« - Amenez-moi le journal People d'hier, lui demandai-je. Andrea raffole de ces... Ouvrages, elle en a toute une bibliothèque. Vous devrez bien le trouver quelque part. Presto.»

Le jeune homme sembla surpris mais ne fit aucun commentaire. Il approuva et fila en douce.

« - Vous n'êtes pas encore parue dans l'un de ces magazines en papier glacé, sans doute ? Dis-je à mon interlocutrice d'un ton à la fois agacé à la pensée de ces désolants quotidiens. Cela ne saurait tarder. Plus vous vous mettrez sur le devant de la scène, plus les gens s'intéresseront à vous – en bien ou en mal – et moins vous aurez d'intimité. Si vous avez des enfants, ils seront chassés comme des faisans, ajoutai-je avec légèreté, l'air de rien, de plaisanter, presque. »

Plaisanterie faussement innocente puisque je savais qu'elle avait une fille. Un de mes clients qu'elle avait indirectement atteint m'avait confié qu'il avait souvent songé à s'en servir pour négocier son retrait des affaires. Saoul comme une vache lors de cette confession, il avait fini par abandonner cette idée pour s'en tenir à des méthodes plus traditionnelles.
Ce fut précisément le moment que choisit le serveur pour m'apporter le fameux quotidien, où je savais avoir été représentée la veille.

« - Tenez, régalez-vous, ironisai-je en lui tendant l'objet et en congédiant le jeune homme. »

J'avais « l'insigne honneur » d'occuper le sujet central après qu'une soirée organisée à La Croqueuse en guise d'anniversaire à un député influent ait fait les fantasmes de toute la région. Des photos avaient été glanées après de longues batailles avec les services de sécurité ; bien entendu, nous nous étions accordés les gardes et moi pour que les journalistes puissent repartir avec quelques clichés, afin qu'ils aient l'impression d'avoir obtenu un trésor, durement arraché à une soirée exceptionnelle. Si elle l'avait été – le député ne s'en était pas encore remis, m'avait-on dit – il ne coûte rien d'inspirer les rédacteurs à l'emphase. Et cela rapporte énormément d'argent.
On y vantait la beauté, la classe et le talent de la patronne de La Croqueuse, mais aussi le nombre de ses conquêtes et un nombre intriguant de rumeurs tordues à mon sujet.
Mais aucune, absolument aucune ne soupçonnant que j'étais un mutant. Ce qui, en soit, était plutôt amusant.
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Tout le monde ment [PV]   

Revenir en haut Aller en bas
 

Tout le monde ment [PV]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
X-Men Extended :: NEW YORK CITY :: Greenwich & West Village-